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dimanche 20 mars 2022

Un deuxième grand tour au Picture Festival

Livres abandonnés mis à germer  par Anne Herbauts et Loren Capelli
à la Wittockania.

Week-end béni pour les amoureux des livres et des images que celui de ces 18, 19 et 20 mars à Bruxelles. Trois événements s'y superposent, s'y entrecroisent, s'y épousent, Semaine du livre, Salon des littératures singulières et Picture Festival (lire ici). 

Deuxième tour, ce samedi, entre des embouteillages jamais vus. Presque 50 kilomètres au compteur. Mais que de bonheurs pour les yeux. Les expos sont extraordinaires de beauté, de créativité et de diversité.
Toutes les infos sur le Picture Festival sur leur site, fort joli et fort bien fait.

Arrêt 1, long arrêt, à la Galerie Bortier

En noir et blanc
Loren Capelli et Sarah Cheveau ont "fait feu de tout bois" au sens premier.


Installation de Loren Capelli à faire et à refaire.

La première en proposant notamment des installations artistiques de sa récolte bruxelloise, la seconde en brossant en bois brûlé d'énormes portraits d'animaux de la forêt. Impressionnant et réussi.


Sarah Cheveau dessine avec le bois ramassé qu'elle a brûlé.

 
En proclamation,
les prix jeunesse Libbylit (section belge francophone de l'IBBY)



Album belge
"Quand Hadda reviendra-t-elle?", d'Anne Herbauts  (Casterman)
Album "Petite enfance"
"Et si?", de Chris Haughton (traduit de l'anglais par Camille Gautier, Ed. Thierry Magnier)
Album
"Comment mettre une baleine dans une valise?", de Guridi (traduit de l'espagnol par Anne Casterman,  Cotcotcot éditions)
Roman belge
"Eden fille de personne", de Marie Colot (Actes Sud Junior)
Mention spéciale 
"Debout dans l'eau", premier roman de Zoé Derleyn (Rouergue)
Roman junior
"Martine ne sait rien faire", de Dominique Perichon (Rouergue Jeunesse)
Roman ado
"Sois belle et bats-toi", de T. S. Easton (traduit de l'anglais par Anne Delcourt, Nathan) 



En poésie
Brussels City of Stories invite le public à écrire un texte, sur place, ou à envoyer plus tard (infos ici). Attention, la collecte s'arrête le 1er avril. Les histoires seront rendues publiques le samedi 4 juin.

Brussels City of Stories.


Arrêt 2 aux Ecuries Royales

Entre le Palais Royal et le Palais des Académies, les Ecuries Royales tiennent salon littéraire dans une ambiance amicale et chaleureuse. A l'intérieur où les stands proposent des centaines de livres, une foule de dédicaces des auteurs et quelques rencontres à thème. Dans la courette, écrivains, éditeurs et visiteurs prennent le soleil en devisant. Le Salon des Littératures singulières a rassemblé  55 maisons d'édition, 120 auteurs et 2.000 visiteurs.


Arrêt 3 à la Wittockania

Anne Herbauts et Loren Capelli nous invitent à sauter à pieds joints dans une flaque.  A la regarder de diverses manières, de plus en plus profondément. Et c'est merveilleux. Pour cela, l'artiste belge et l'artiste française ont investi les vitrines d'un mur de la bibliothèque. Sur le fond, des flaques peintes et découpées par Loren, sur les vitres, divers éléments peints, noirs, multicolores ou bleutés, dessinés par Anne, assemblés et collés par elles deux lors de l'installation lundi dernier. Cela donne de fantastiques jeu d'ombres de mystères et de révélations. De vitrine en vitrine, les objets se détachent de la vitre jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus un seul. On est alors au fond de la flaque, opaque. 

"Une fois les tâches définies, nous avons travaillé à distance, Loren et moi", explique Anne Herbauts. "En s'envoyant par WhatsApp des photos au fur et à mesure." Lundi, les deux se sont baladées au musée de Tervueren, lieu de calme et d'inspiration. Elles ont peaufiné leur projet commun. A la bibliothèque, elles ont déroulé les papiers peints qu'elles avaient réalisés chacune et les ont découpés pour les fixer aux fonds et sur les vitres en une diffraction décomposant les niveaux d'une flaque, miroitement, eau limpide, profondeur opaque, fond vaseux. Le résultat est époustouflant de beauté et de créativité. Très difficile à photographier à cause des reflets du lieu.

A pieds joints dans la flaque d'Anne Herbauts et Loren Capelli.


A voir encore, une xylothèque bien fournie, clin d'œil à Léopold II, et des livres abandonnés à germer (trèfle incarnat, livèche et luzerne).



Arrêt 4 à la galerie Encore

Quand Benoît Guillaume et Valfret s'emparent de la frise Josaphat.

Aux murs, d'immenses peintures paysagères pleines de couleurs (merci les peintures à la caséine Paon-Lin), réalisées à quatre mains par Benoît Guillaume, venu de Marseille, et Valfret. Une première collaboration pour les deux artistes qui avaient la friche Josaphat comme sujet imposé. Ils s'y sont rendus, ils en ont eu des photos et ils ont travaillé à fond toute la semaine pour être prêts pour l'expo "FFRRRCCHH" du Festival. Une réussite pour le visiteur, un défi vécu différemment par le duo.

"Tout a été fait en huit jours", commence Valfret, "alors que nous ne nous connaissions pas. Nous avons une compréhension commune mais des différences dans la manière de travailler." Ils ont travaillé par couches successives, chacun passant sur le dessin de l'autre, vert, jaune, rouge,, vert..., et ainsi plusieurs fois. A l'arrivée, difficile de dire qui a fait quoi dans ce splendide travail commun. "J'ai été surpris par les peintures qui ne proposent pas les couleurs primaires", poursuit Valfret. "Je me suis senti coincé parfois, par exemple avec le jaune." 

Le résultat vaut le détour, illuminant les cimaises de la galerie de ces grands papiers colorés qui célèbrent une nature encore sauvage mais terriblement menacée. "L'expérience était trop courte pour que ça se passe mal", sourit Benoît Guillaume. "Nous nous sommes lancés sans trop discuter. Nous passions naturellement l'un après l'autre. Le résultat final me plaît, ces dessins pas trop léchés. On est allé à l'essentiel vu l'urgence. On a fait des paysages mais on a ajouté des détails grinçants comme l'immobilier et les hommes d'affaires et des détails de biodiversité. Mais il faut bien regarder pour trouver la grenouille ou la libellule."
 
La frise Josaphat par Benoît Guillaume et Valfret.




mercredi 17 mars 2021

Et si on transformait les contes classiques?

Le gros papa ours, la grosse maman ourse et leur tout petit ourson
s'éloignent de la maison. (c) l'école des loisirs.

Album lauréat du prix Libbylit 2021 album (palmarès en fin de texte), "Notre Boucle d'Or" d'Adrien Albert (l'école des loisirs, 36 pages, 2020) apparaît comme une révolution douce. On ne voit pas tout de suite le "Notre" du titre. On s'attend donc à une mouture du conte de Boucle d'Or. Pourquoi pas? Il y en a tellement, et d'excellentes. En réalité, l'auteur-illustrateur nous propose sa variation sur le conte. Le "notre" supplémentaire  annonce une autre version, sans l'imposer. Une délicatesse appréciable en ces temps d'injonctions.

Fidèle à sa technique des aplats (lire ici), Adrien Albert pousse ici à fond ses couleurs: une maison rose vif tranche agréablement sur le vert de l'herbe et le beige des troncs d'arbre. Il s'agit bien entendu de la maison de la famille ours, le gros papa ours, la grosse maman ourse et leur tout petit ourson. Pendant que le trio jardine à l'arrière, un visiteur s'approche de la porte. Un petit garçon, dit le texte, aux cheveux d'or, qui entre sans frapper. Après une chute de chaise haute et un bris de bol de chocolat chaud - le petit bol, les deux grands, de taille égale, sont intacts -, la narration se mue en une interpellation du personnage: "Ça va, tu ne t'es pas fait mal? Mais... qu'est-ce que tu fais? C'est dégoûtant!!!"

L'intrus est découvert.
(c) l'école des loisirs.
De fait, il y a des traces de chocolat partout, des empreintes de mains et de pieds. La famille ours arrive... Pas contente. La narration reprend avec un jeu de piste à travers la maison aux jolies couleurs. Il mène à la découverte du responsable de tout ce bazar. La grosse maman ourse le reconnaît: c'est le petit garçon de la ferme voisine. Quelques émotions et consolations plus tard, le jeune visiteur est reconduit près de chez lui par la famille ours au complet. Cest seulement à la dernière page, quand il retrouve ses parents, qu'on découvrira son prénom.

Si Adrien Albert a puisé dans les éléments du conte traditionnel, il les transforme fort joliment, donnant à maman ourse la même taille et la même importance que papa ours, changeant le sexe de Boucle d'Or, lui faisant vivre un épisode inattendu dont le dénouement met sur pied d'égalité les deux parents et les deux enfants. Un air de ne pas y toucher qui sait se faire son chemin dans l'esprit du lecteur et est porté par un graphisme de toute beauté, épuré dans le trait, flamboyant dans la couleur. Notamment cette magnifique scène sur double page du retour de Boucle d'Or chez lui, en rose, vert et bordeaux. Un album précieux, subtilement mis en pages avec l'alternance des illustrations cadrées de blanc et celles à fond perdu, le jeu sur la simple et la double page et l'amusante mosaïque du début lors de l'approche du bol de chocolat. Généreux, "Notre Boucle d'Or" est à regarder de près.

Le retour de Boucle d'Or chez lui. (c) l'école des loisirs.

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Dans une veine identique de détournement finalisé d'un conte mais de façon nettement plus appuyée, "Roule, Ginette!", le premier album jeunesse d'Anne Dory et Mirion Malle (La ville brûle, 48 pages), s'inspire du conte traditionnel russe "Koloblok", voisin de notre "Roule, galette", pour en faire un conte écoféministe contemporain.

Dès le début, il y a des changements par rapport au conte classique. Le couple de vieux est bien là mais l'ambiance entre eux n'est pas à la paix. Le Vieux se repose, la Vieille bosse. Le Vieux ordonne, la Vieille obéit. Le Vieux râle et engueule, la Vieille encaisse sans réagir même si elle est en colère. Lors de la chute de la galette mise à refroidir sur l'appui de fenêtre, par extraordinaire, c'est la Vieille qui est transformée en galette et peut ainsi s'enfuir. Elle rencontrera les divers animaux de l'histoire, auxquels elle fera part de sa joie de ne plus être prisonnière de son mari tout en leur échappant. Cela se corsera avec le renard. Néanmoins, un nouveau miracle sauvera la Vieille transformée en galette. Elle reprend sa forme humaine et découvre tout près de là une communauté faisant penser aux babayagas de feu Thérèse Clerc à Montreuil où elle sera désormais accueillie. La Vieille y perd l'anonymat de sa fonction d'épouse ménagère et porte alors son prénom, Ginette.

Le propos de l'album est clair, dénoncer le machisme de la répartition des rôles et faire de la malheureuse Ginette une super-héroïne à cheveux blancs. Pourquoi pas? Mais pourquoi ne pas faire une autre histoire puisque la fin du conte original disparaît au profit d'une autre, parfaitement sympathique? Dommage aussi que le graphisme ne soit pas plus qualitatif aussi, certaines pages apparaissant vraiment pauvres. Mirion Malle semble avoir été plus inspirée dans les livres "Les règles... quelle aventure!" ou "C'est comme ça que je disparais" par exemple.

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Palmarès des prix Libbylit 2021

Albums

  • Prix Petite enfance: Marine Scheider pour "Grand ours, petit ours" (Cambourakis)
  • Prix Album belge: Bernadette Gervais pour "En 4 temps" (Albin Michel Jeunesse, lire ici)
  • Mention Album belge: Jacques & Lise pour "Victor" (Seuil Jeunesse)
  • Prix Album: Adrien Albert pour "Notre Boucle d'or" (l'école des loisirs); Mention Album: Gilles Baum et Régis Lejonc pour "Fechamos" (Editions des Eléphants)

Romans

  • Prix Roman belge: Aylin Manço pour "Ogresse" (Sarbacane) et Geneviève Damas pour "Molly" (Editions Lansman)
  • Prix Roman junior: Thomas Gerbaux et Pauline Kerleroux pour "L'incroyable histoire du homard qui sauva sa carapace" (La Joie de lire)
  • Prix Roman ado: Marie Pavlenko pour "Et le désert disparaîtra" (Flammarion)

Pour visionner la remise complète des prix, avec les interventions de tous les lauréats, c'est ici.

L'affiche 2021, réalisée par Fanny Dreyer.





vendredi 13 mars 2020

E1P2FDL 4 Marions-les! Promenons-les!

Encore un peu de Foire du Livre de Bruxelles, E1P2FDL

Au hasard de mes pérégrinations, entre rendez-vous fixés et rencontres de hasard.

L'édition 2020, la cinquantième, la cinquième où l'entrée est gratuite, a été suspendue à l'avancée du coronavirus. Mais le Covid-19 n'a eu raison ni de la Foire, ni de l'enthousiasme des lecteurs. On a dénombré 60.000 visiteurs dans les allées de Tour & Taxis au cours des quatre jours (du jeudi 5 au dimanche 8 mars), 12.000 de moins que l'an dernier, mais l'on sait pourquoi.
Cap sur la Suisse l'an prochain, du 25 au 28 février 2021.

"Marions-les!" (c) L'étagère du bas.

Le rire est le propre de l'homme, dit-on. Et celui des enfants? Assurément, si les adultes acceptent de lire à ces derniers des histoires pour... rire. La preuve dans ces deux albums jeunesse mis à l'honneur par la section belge francophone de l'IBBY (International board on books for young people).

"Marions-les" est une croquignolette histoire écrite par Eric Sanvoisin et illustrée par Delphine Jacquot (L'étagère du bas, 2019). Dans ce format en hauteur, à la tranche couleur carotte, il est question d'un mariage évidemment, mais de celui d'un lapin et d'une carotte! On va suivre tout le parcours de chacun des deux protagonistes que tout semble opposer jusqu'à la célébration de leur union qui les rapprochera plus que jamais après avoir failli les séparer.
Un autre atout de cet album en doubles pages, sur papier mat, est que les différentes scènes, la rencontre, le coup de foudre, la crainte de l'autre, le don de soi, les fiançailles, les préparatifs, etc., sont commentés en direct en bas de page par un ver de terre et une araignée particulièrement diserts, observateurs et souvent de mauvaise foi: "Je déteste les histoires qui commencent par "Il était une fois"!", disent-ils au tout début. Pas de chance, ils auront deux "Il était une fois" dans le même livre, une fois pour le lapin, une fois pour la carotte.

Le texte est extrêmement plaisant et plein d'humour, abordant l'air de rien plein de sujets de société tout en se mettant au diapason d'un enfant. Le lapin se fait par exemple retirer ses grandes dents pour ne plus effrayer la carotte. Les illustrations aux crayons de couleurs, éclatantes de tonalités vives, précises, expressives, jouent sur les angles et les plans et confèrent un beau dynamisme à cette histoire bondissante d'épisodes en épisodes jusqu'à la surprise finale (lire ici aussi). A partir de 5 ans.


"Marions-les!" (c) L'étagère du bas.


Dans "Kiki en promenade" (Les Fourmis Rouges, 2019), destiné aux plus jeunes, mention "Opera prima" à la Foire de Bologne 2020 (lire ici), Marie Mirgaine met très habilement en scène la promenade de Julien et de son chien Kiki. Une balade des plus drôles puisque Kiki, au bout de sa laisse, dans le dos de l'homme qui ne s'aperçoit de rien, est emporté par un aigle. Julien promène donc son aigle et non son chien. Aigle qui sera remplacé par un tigre. Et les changements se poursuivent au bout de la laisse, sans que le maître n'en sache rien. Y passeront successivement un renard, une pieuvre, une mouche, une licorne, jusqu'au retour de Kiki.

C'est simple, beau avec les illustrations en papiers découpés et jouissif dans la cohorte accumulée en bout de laisse. Un tremplin pour l'imagination. Qui sera le suivant? Julien va-t-il découvrir ce qui se passe dans son dos? On ne promènera plus jamais un chien comme avant après avoir lu "Kiki en promenade"! A partir de 3 ans.



"Kiki en promanade".(c) Les fourmis rouges.



Palmarès des prix Libbylit 2019

Album belge
"Poppeup", Benoît Jacques (Benoît Jacques Books, 2019)
Petite enfance
"Kiki en promenade", Marie Mirgaine (Les Fourmis Rouges, 2019)
Album
"Marions-les!", Eric Sanvoisin et Delphine Jacquot (L'étagère du bas, 2019)
Roman belge
"Les couleurs du Ghetto", Aline Sax (traduit du néerlandais (Belgique) par Maurice Lomré, La joie de lire, 2019)
Roman junior
"La cavale", Ulf stark  et Kitty Crowther (traduit du suédois par Alain Gnaedig, l'école des loisirs, Pastel, 2019)
"Les loups au clair de lune : histoires naturelles", Xavier-Laurent Petit (l'école des loisirs, 2019)
Roman ado
"Si l'on me tend l'oreille", Hélène Vignal (Rouergue, 2019)


Les lauréats présents à la remise officielle, le 7 mars 2020,
de gauche à droite, Kitty Crowther, Xavier-Laurent Petit,
 Robert Schmidt (président Ibby belge francophone),
Hélène Vignal, Delphine Monteil (éditrice de L'étagère du bas),
Aline Sax et Luc Battieuw (membre du jury).



Rappel

E1P2FDL 1 Prix 1ère, premier prix pour "Sœur" (ici)
E1P2FDL 2 Prendre un thé avec Gaya (ici)
E1P2FDL 3 Deux auteurs belges flamands, un sujet commun et sans concertation (ici)








mardi 26 février 2019

E1P2FDL 4 Une fillette et un bison amis à vie

Encore un peu de Foire du Livre de Bruxelles, E1P2FDL 

Au hasard de mes pérégrinations, entre rendez-vous fixés et rencontres de hasard.
L'édition 2019, la quarante-neuvième, la quatrième où l'entrée est gratuite, a été illuminée par le déploiement du Flirt Flamand et de l'espace européen qui n'ont pas désempli. Elle marquait les 50 ans de la Foire, créée en 1969. On a dénombré 72.000 visiteurs dans les allées de Tour & Taxis, dont 5.000 scolaires, au cours des quatre jours (du jeudi 14 au dimanche 17 février), soit 5 % de plus que l'an dernier.

Le plaisir d'être ensemble. (c) MeMo.

Aujourd'hui, le premier album jeunesse d'une auteure-illustratrice belge, aussi remarquable par le fond que par la forme, "Mon bison", au possessif goûteux, signé Gaya Wisniewski (MeMo, 36 pages, 2018). Il a obtenu le prix Libbylit 2018 en catégorie "album belge" (palmarès complet en fin de note).

Le livre frappe dès sa couverture, le dessin au fusain d'une petite fille et d'un bison dont les visages se pressent, s'épousent. Le titre est simple. "Mon bison". Comme on aurait pu dire "Mon chien", ou "Mon chat", ou "Mon cheval". L'attitude du dessin et le titre laissent deviner une histoire de tendresse, une histoire de complicité au-delà des apparences. Ce sera le cas.
Toujours au fusain noir, relevé d'un peu de feutre Posca blanc et de traits d'aquarelle bleutée, les doubles pages nous entraînent dans une merveilleuse amitié. Dans une histoire de vie qui est, comme toutes les histoires de vie, aussi une histoire de mort.

Il y a du "Ernest et Célestine" (lire ici) pour la complicité entre les deux héros, du "Zuza" (lire ici) pour la différence de taille, du trentenaire "Chien bleu" ou du "Prince tigre" (lire ici) pour l'ami imaginaire, ou pas, protecteur dans ce très beau premier album.

Retour annuel. (c) MeMo.

La narratrice nous conte son histoire: "La première fois que je l'ai vu, c'était le printemps. Dans les herbes hautes, je ne voyais pas grand-chose du haut de mes quatre ans." C'est sa maman qui lui montre le bison, nous dit-elle: "Regarde! Il est revenu!". Pas l'ombre d'un questionnement sur la nature de l'animal, relié à la mère de la petite. Ami réel, ami rêvé? A chacun de choisir.

Première rencontre. (c) MeMo.

La toute petite fille et l'énorme bête s'apprivoisent peu à peu, se découvrent, se trouvent bien ensemble. Se respectent aussi. Le bison n'aime pas toujours ce qu'elle lui cuisine. La fillette apprend à admettre qu'il va partir chaque printemps rejoindre les siens mais qu'il reviendra à l'hiver suivant. Leurs retrouvailles sont toujours enthousiastes. Comme s'ils s'étaient quittés la veille. L'amitié est là, grandit, se double de tendresse. Se mue en amour. Les années passent. Le duo s'épanouit. Chacun veille sur l'autre. Ils s'entendent, se sentent, se parlent, s'écoutent. Les années passent et la maman disparue apparaît dans leurs conversations. Des souvenirs chaleureux qui annoncent peut-être la suite. Un hiver, le bison ne revient pas. Mais ses larmes séchées, l'ancienne petite fille devenue une très vieille femme sent que le bison, son bison, est toujours à ses côtés et elle se souvient de leurs conversations.

Un ami précieux. (c) MeMo.
On découvre une très belle force de vie dans cette histoire. Une énergie que rendent remarquablement les dessins en noir et blanc, illuminés parfois de quelques touches bleues. Voilà un noir et blanc qui n'a rien de sombre, au contraire. Les scènes captent finement les attitudes des protagonistes. Quelle douceur quand ils se reposent l'un sur l'autre, au sens propre comme au sens figuré. Quelle tendresse quand ils devisent ensemble près du feu. Quelle belle image que les souvenirs qui naissent dans la fumée du lait chaud. Quelle lumière dans la nuit qui compte une étoile de plus. Vraiment, "Mon bison" est un premier album d'exception, qui enchante et nourrit, d'une merveilleuse richesse sous son apparente simplicité.



Après avoir fait des études d'illustration à l'institut Saint-Luc à Bruxelles, y être devenue professeur de dessin et avoir animé des ateliers d'illustration à Bruxelles pendant six ans, Gaya Wisniewski a eu envie de raconter des histoires. A trente-six ans, en 2016, elle s'est installée dans le Gers et s'y consacre à l'illustration. Son second album jeunesse, "Chnourka", toujours chez MeMo mais en couleurs, paraîtra le 21 mars.





Palmarès des prix Libbylit 2018

Album belge
"Mon bison", Gaya Wisniewski (MeMo)
Roman belge
"Deux secondes en moins", Marie Colot et Nancy Guilbert (Magnard)
Traduction belge
"Le trésor de Barracuda", Llanos Campos (traduit par Anne Cohen Beucher, illustré par Nicolas Pitz, l'école des loisirs, lire ici)
Petite enfance
"L'œuf",  Kevin Henkes (Le Genévrier)
Album
"Cache-cache cauchemars", Jean Lecointre (Thierry Magnier)
Ovni
"Et puis", Icinori (Albin Michel Jeunesse)
Roman 
"La peau de mon tambour", Marie Sellier (Thierry Magnier)
Roman graphique
"Les amours d'un fantôme en temps de guerre", Nicolas de Crécy (Albin Michel)
Théâtre
"La poupée barbue", Edouard Elvis Bvouma (Lansman)


Rappel

E1P2FDL 1 "La jeune fille et le soldat", Aline Sax et Ann de Bode (roman enfant, La joie de lire, ici)
E1P2FDL 2 "Le banc au milieu du monde", Paul Verrept et Ingrid Godon (roman ado, Alice Jeunesse, ici)
E1P2FDL 3  "Ceci est ma ferme", Chris de Stoop (récit, Christian Bourgois, ici)