On connaît assez bien
Sydney Smith
chez nous. Qu'ils soient réalisés en solo ou en duo, la plupart des albums de l'artiste canadien né en 1980 en Nouvelle-Écosse sont traduits en français et ont été mis à l'honneur. Je l'ai
rappelé à l'occasion du prix Hans Christian Andersen de l'IBBY dont il a été
lauréat l'an dernier (lire
ici).
Les albums de Sydney Smith traduits en français.
Prix Andersen 2024, Sydney Smith a donc réalisé la couverture de l'"Illustrators Annual 2025"
de la Foire de Bologne et y a bénéficié d'une exposition (lire
ici). Une magnifique exposition même pour laquelle il avait fait le déplacement du
Canada en Italie. L'occasion de le rencontrer brièvement.
Comment avez-vous abordé l'illustration de la couverture de l'"Annual
Illustrator"?
Illustrer la couverture était vertigineux. Je me suis retrouvé dans la
situation de quelqu'un qui commence à illustrer. J'étais complètement libre de
faire ce que je voulais. Je balançais entre excitation et responsabilité. En
Amérique du Nord, on n'a pas la même créativité qu'en Europe. Je voulais
expérimenter, me pousser hors de mon confort. J'ai testé différentes idées sur
ce que représente pour moi l'illustration. Et puis, j'ai vu mes enfants. Mes
enfants dans ma salle à manger. Un moment qui m'a transcendé.
L'illustration de couverture complète.
Vos dessins se reconnaissent de loin.
Ma liberté a été encouragée par ce qui se passe ici à la Foire du livre pour
enfants de Bologne.
Vous êtes né et avez grandi à la campagne. Est-ce que cela influence votre
œuvre?
Oui, je pense que l'environnement a une influence sur le travail. L'océan, les frontières, ce n'est pas rien.
Nous étions des personnes isolées mais nous avions de l'humour. J'ai effectivement grandi à la
campagne, dans une ferme. Je fais des albums pour connecter les lecteurs à
cela, pour me connecter moi-même aussi, pour retrouver ces moments d'enfance qui sont très
naturels pour moi. En tant qu'adulte, j'ai l'impression d'avoir un peu perdu
cela avec l'âge.
Quelles sont vos sources d'inspiration?
Tous mes livres sont inspirés de mon expérience ou de mes observations. Je suis
aussi inspiré par l'enfant que j'étais que par la personne que je suis
maintenant. Par contre, quand je fais mes livres, je ne pense pas aux enfants qui vont me
lire. Je pense à l'enfant que j'étais, moi. Bien sûr, il y a énormément de manières de faire des livres, il n'y a pas de mauvaise manière.
Quel enfant étiez-vous?
J'étais un enfant sensible. Petit, je voulais
déjà devenir un artiste. J'ai fait des études artistiques dans une école. Bien
avant de terminer l'école, j'avais choisi de faire des livres pour les
enfants. Être très sensible est un état. C'est le rôle de l'artiste.
Vous faites des livres en duo, en illustrant les textes d'autres, et des
livres en solo. Comment organisez-vous cela?
Pour moi, écrire est une lutte. J'éprouve même parfois de la peine à écrire le texte de mes
livres. Jamais à les illustrer. Pour cela, j'utilise un mélange de techniques, l'aquarelle,
la gouache, les pigments. Je scanne les illustrations pour ajuster les
contrastes mais pas trop. Par contre, illustrer le texte de quelqu'un d'autre est un
challenge. Le résultat est unique quand on est deux et qu'on est deux à
résoudre les problèmes. En solo, les problèmes sont différents.
Vous avez une manière particulière de souligner vos personnages d'une ligne
blanche.
La ligne blanche est ma signature. J'essaie d'inventer quelque chose chaque
fois. J'ai besoin de me sentir excité et mon excitation vient de la nouveauté
à trouver.
Quelques-unes des illustrations de Sydney Smith exposées à la Foire de Bologne 2025. (c) BCBF.
L'IBBY (Internation
Board on Books for Young People) vient de dévoiler la liste des
78 candidats, en provenance de 44 pays, qu'elle a retenus pour les
prix Andersen 2026, 41en catégorie auteur et 37 en catégorie illustrateur. Une belle
augmentation par rapport à l'édition précédente (2024) qui comprenait 59
candidats de 33 pays. Joie, deux Belges, l'écrivain francophone
Thomas Lavachery (lire
ici) et l'illustrateur flamand
Leo Timmers (traduit
chez Cambourakis) y figurent.
D'autres noms sélectionnés font
également plaisir, Timothée de Fombelle et Grégoire Solotareff pour la France,
Beatrice Alemagna pour l'Italie, Nikolaus
Heidelbach pour l'Allemagne, Edward van de Vendel pour les Pays-Bas, Øyvind Torseter pour la Norvège, Catherine Louis pour la Suisse, Michael Rosen et Emily Gravett pour
la Grande-Bretagne.
Le jury: Shereeh Kreidieh (Liban), présidente, Brenda Dales (USA), Nadia El Koly (Egypte), Giorgia Grilly (Italie), Diana Laura Kovach (Argentine), Shailaja Menon (Indie), Maare Müürsepp (Estonie), Margaret Anne Suggs (Irlande), Tan Fengxia (Chine), Holly Tonks (Royaume-Uni), Morgane Vasta (France) et Carolina Ballester (IBBY Executive Director).
La liste complète des candidats
Argentine: Auteur Sandra Siemens; Illustrateur María Wernicke,
Australie: Auteur Emily Rodda; Illustrateur Bruce Whatley
Autriche: Auteur Elisabeth Steinkellner; Illustrateur Helga Bansch
Belgique: Auteur Thomas Lavachery; Illustrateur Leo Timmers
Événement gigantesque, la Foire du livre pour enfants de Bologne (lire ici) remet ses propres distinctions, les BRAW, les BolognaRagazzi Awards (lire ici), un peu avant son ouverture. Elle en accueille d'autres pendant son déroulé sur sa scène principale. Notamment, le prix Andersen de l'IBBY un an sur deux en ouverture le lundi, le prix Astrid Lindgren chaque année le mardi. Et aussi celui de la Fondacion SM.
Les prix Andersen 2024
Lundi 8 avril, Liz Page, la présidente du jury du prix IBBY, a annoncé les deux lauréats du prix Hans Christian Andersen 2024 choisis parmi les douze finalistes (lire ici). Il s'agit de l'écrivain autrichien Heinz Janisch et de l'auteur-illustrateur canadien Sydney Smith. Ce dernier était déjà finaliste en 2022 (lire ici).
Très connu en Autriche comme auteur de livres pour enfants, Heinz Janisch, 64 ans, par ailleurs journaliste radio et écrivain, est moins célèbre en terres francophones. On le connaît principalement pour trois albums, un peu anciens, "Le Roi et la mer. 21 petites histoires", illustré par Wolf Erlbruch (La joie de lire, 2009), "L'Arche de Noé", illustré par Lisbeth Zwerger (Minédition, 2008) et "Une maison au bord de la mer", illustré par Helga Bansch (Belin, 2010).
Ce qu'en dit le jury:
"Heinz Janisch affirme que "rien n’est trop petit pour la littérature". Il est né en 1960 dans le Burgenland, non loin de la frontière hongroise et vit aujourd'hui à Vienne. Janisch est un maître du récit court qui laisse place à l'imagination des lecteurs. Bien que beaucoup de ses œuvres soient humoristiques, voire parfois absurdes, il y a un élément philosophique dans son écriture qui rend souvent ses livres profonds. Ses textes simples sont significatifs, et le dicton "moins c'est plus" peut s'appliquer à l'auteur lauréat 2024. Son écriture est universelle et séduit les enfants et les jeunes du monde entier. De plus, sa contribution à la littérature est énorme, non seulement à travers ses écrits, mais aussi par ses nombreuses lectures, ateliers d'écriture littéraire et créative pour enfants et adultes, y compris des ateliers de création pour jeunes artistes handicapés. L'écriture de Janisch est nuancée par de nombreuses couches, ce qui la rend universelle et édifiante."
"Le jardin de Baba", illustré par Sydney Smith. (c) Didier Jeunesse.
Le nom de Sydney Smith est plus familier aux francophones. L'auteur-illustrateur canadien a sept albums et un roman publiés ici depuis 2015. Un d'eux, "Le jardin de Baba", a reçu le prix Sorcières Carrément beau maxi 2024 le mois dernier (lire ici). Amateur de dessin enfant, Sydney Smith en a fait le sujet de ses études à Halifax. Affichiste à Toronto, il s'est orienté vers la littérature de jeunesse en 2010 en rejoignant un atelier d'artistes. Il utilise diverses techniques, le plus souvent l'encre et le pinceau. Aujourd'hui, il est retourné dans sa Nouvelle-Écosse natale où il continue de rechercher et de capturer "des moments sublimes trouvés dans des endroits banals".
"Tu te rappelles" (traduit de l'anglais par Rose-Marie Vassallo, Kaléidoscope, 2024) égrène les souvenirs d'une mère et de son fils.
"Le jardin de Baba" (texte se Jordan Scott, traduit de l'anglais par Michèle Moreau, Didier Jeunesse, 2023) évoque les sons et les odeurs que ressent un enfant chez sa grand-mère adorée, Baba, particulièrement dans son jardin. Avant que les rôles ne s'inversent.
"Splash" (roman de Kenneth Oppel, traduit de l'anglais par Eric Betsch, PKJ, 2023) est le nom de la petite goutte d'encre qui s'anime une nuit et devient l'amie de la famille en résolvant ses problèmes de mots.
"Je parle comme une rivière" (texte de Jordan Scott, traduit de l'anglais par Shaïne Cassim, Didier Jeunesse, 2021), la promenade au bord de la rivière d'un enfant qui bégaie et son papa qui l'aide à trouver sa voix.
"Perdu dans la ville" (traduit de l'anglais par Rosalind Elland-Goldsmith, Kaléidoscope, 2020) inquiète le lecteur au début, avec ce mini-héros qui déambule seul en ville mais la fin se fera rassurante.
"D'ici, je vois la mer" (texte de Joanne Schwartz, traduit de l'anglais par Michèle Moreau, Didier Jeunesse, 2019) est un dialogue dans les années 50 entre un jeune garçon au bord de la mer et son père qui y travaille.
"Le chat blanc et le moine" (texte de Jo-Ellen Bogart, traduit de l'anglais par Elisabeth Duval, Kaléidoscope, 2017) dit la complicité entre un savant et un chat dans la quiétude d'un monastère.
"Les fleurs de la ville" (Jon Arno Lawson, Sarbacane, 2015), un album sans paroles où une petite fille en rouge apprécie les couleurs de sa ville grise et les partage.
Ce qu'en dit le jury:
"Dans une interview avec le professeur Deirdre Baker en avril 2022, Sydney Smith a déclaré que "l'écoute… correspond davantage à la façon dont j'aborde les histoires" lorsqu'il illustre les textes des autres et qu'il illustre ses propres histoires. Smith est né en 1980 dans une région rurale de la Nouvelle-Écosse et est maintenant revenu dans la province avec sa famille après avoir vécu plusieurs années à Toronto. Le travail de Smith s'apparente à un récit visuel ou à un court souvenir musical, ce qui fait écho à sa déclaration selon laquelle l'écoute est la manière dont il aborde les histoires. Il utilise des techniques apparemment simples pour raconter l'histoire – en réalité le résultat d'une pratique intense. Ses personnages modestes mais authentiques sont à la fois sympathiques et doux. Il utilise la couleur pour introduire la nature, les odeurs et le drame dans chaque livre. Le dicton "moins c'est plus" peut également s'appliquer à chacune de ses œuvres puisqu'il élimine le superflu pour exprimer des émotions. Smith est un artiste véritablement universel."
Le prix IBBY-Asahi Reading Promotion Award 2024 va à l'association ATD Quart Monde (ATD Fourth World, All Together in Dignity), une série de soixante bibliothèques de rue offrant des espaces de lecture aux enfants pauvres.
Les lauréates du prix IBBY-iRead Outstanding Reading Promoter Award 2024 sont Basarat Kazim, du Pakistan, et Irene Vasco de Colombie.
La cérémonie d'annonce peut être revue sur Youtube ici.
Palmarès du prix Andersen
Auteur (depuis 1956)
2022 Marie-Aude Murail (France)
2020 Jacqueline Woodson (USA)
2018 Eiko Kadono (Japon) 2016 Cao Wenxuan (Chine) 2014 Nahoko Uehashi (Japon) 2012 Maria Teresa Andruetto (Argentine) 2010 David Almond (Grande-Bretagne) 2008 Jürg Schubiger (Suisse) 2006 Margaret Mahy (Nouvelle-Zélande) 2004 Martin Waddell (Irlande) 2002 Aidan Chambers (Grande-Bretagne) 2000 Ana Maria Machado (Brésil) 1998 Katherine Paterson (USA) 1996 Uri Orlev (Israël) 1994 Michio Mado (Japon) 1992 Virginia Hamilton (USA) 1990 Tormod Haugen (Norvège) 1988 Annie M. G. Schmidt (Pays-Bas) 1986 Patricia Wrightson (Australie) 1984 Christine Nöstlinger (Autriche) 1982 Lygia Bojunga Nunes (Brésil) 1980 Bohumil Riha (Tchécoslovaquie) 1978 Paula Fox (USA) 1976 Cecil Bødker (Danemark) 1974 Maria Gripe (Suède) 1972 Scott O'Dell (USA) 1970 Gianni Rodari (Italie) 1968 James Krüss (Allemagne) José Maria
Sanchez-Silva (Espagne) 1966 Tove Jansson (Finlande) 1964 René Guillot (France) 1962 Meindert DeJong (USA) 1960 Erich Kästner (Allemagne) 1958 Astrid Lindgren (Suède) 1956 Eleanor Farjeon (Grande-Bretagne)
Illustrateur (depuis 1966)
2022 Susy Lee (Corée du sud)
2020 Albertine (Suisse)
2018 Igor Oleynikov (Russie) 2016 Rotraut Susanne Berner (Allemagne) 2014 Roger Mello (Brésil) 2012 Peter Sís (République tchèque) 2010 Jutta Bauer (Allemagne) 2008 Roberto Innocenti (Italie) 2006 Wolf Erlbruch (Allemagne) 2004 Max Velthuijs (Pays-Bas) 2002 Quentin Blake (Grande-Bretagne) 2000 Anthony Browne (Grande-Bretagne) 1998 Tomi Ungerer (France) 1996 Klaus Ensikat (Allemagne) 1994 Jörg Müller (Suisse) 1992 Kveta Pacovská (République tchèque) 1990 Lisbeth Zwerger (Autriche) 1988 Dusan Kállay (Tchécoslovaquie) 1986 Robert Ingpen (Australie) 1984 Mitsumasa Anno (Japon) 1982 Zbigniew Rychlicki (Pologne) 1980 Suekichi Akaba (Japon) 1978 Svend Otto S. (Danemark) 1976 Tatjana Mawrina (URSS) 1974 Farshid Mesghali (Iran) 1972 Ib Spang Olsen (Danemark) 1970 Maurice Sendak (USA) 1968 Jirí Trnka (Tchécoslovaquie) 1966 Alois Carigiet (Suisse)
Pour ne pas s'embrouiller entre les différents prix Andersen, c'est ici.
Le prix Astrid Lindgren
Le prix Astrid Lindgren 2024 a été attribué le mardi 9 avril à l'organisation australienne "Indigenous Literacy Foundation", fondée en 2011.
Le coup de téléphone au lauréat.
L'Indigenous Literacy Foundation (ILF) a été créée pour encourager la lecture et promouvoir l'alphabétisation en garantissant l'accès à de la bonne littérature aux enfants des Premières Nations d'Australie. Le travail de promotion de la lecture de l'ILF repose sur la collaboration et l'engagement des communautés locales. À travers divers programmes, elle propose des packs de livres aux enfants et aux familles des communautés des Premières Nations en Australie et sur les îles du détroit de Torres, elle traduit des livres, organise des activités de lecture à haute voix et soutient la publication de livres pour enfants créés dans les communautés. Aujourd'hui, l'ILF travaille dans 427 communautés des Premières Nations sur tout le continent australien.
Ce qu'en dit le jury:
"Avec curiosité et respect, l'Indigenous Literacy Foundation travaille dans le domaine de la lecture et du conte chez les enfants des Premières Nations d'Australie. En étroite collaboration avec les communautés, elle met en valeur la valeur des langues et des histoires de chacun. En diffusant des livres et en stimulant la lecture, le conte et la créativité, la Fondation pour l'alphabétisation autochtone suscite le désir de lire et favorise la fierté, la confiance en soi et le sentiment d'appartenance. Chaque enfant a droit à sa langue et à ses histoires."
(c) Indigenous Literacy Foundation.
Les lauréats ALMA précédents
2023 Laurie Halse Anderson (lire ici) 2022 Eva Lindström (lire
ici) 2021 Jean-Claude Mourlevat (lire
ici) 2020 Baek Hee-na (lire
ici) 2019 Bart Moeyaert (lire
ici) 2018 Jacqueline
Woodson (lire
ici) 2017 Wolf Erlbruch (lire
ici) 2016 Meg Rosoff (lire ici) 2015 Praesa (lire ici) 2014 Barbro Lindgren (lire ici) 2013 Isol 2012 Guus Kuijer (lire
ici) 2011 Shaun Tan 2010 Kitty Crowther 2009 Tamer Institute 2008 Sonya Hartnett 2007 Banco del Libro 2006 Katherine Paterson 2005 Philip Pullman et Ryôji Arai 2004 Lydia Bojunga 2003 Maurice Sendak et Christine Nöstlinger
Le prix international de l'illustration Fundación SM
Le prix Fundación SM 2024 va à l'illustrateur brésilien Henrique Moreira, âgé de 25 ans. Diplômé en design graphique, le lauréat se dit très intéressé à explorer la façon de communiquer des histoires avec des illustrations, en particulier en travaillant avec des livres muets.
Jury: Philip Giordano (illustrateur), Ayami Moriizumi Cometti (Itabashi Art Museum), Sara Rioja Gutiérrez (Designer SM Madrid).
Créé en 2009, le Prix international de l'illustration Foire du livre jeunesse de Bologne - Fundación SM est réservé aux artistes de moins de 35 ans qui ont déjà été sélectionnés pour l'Exposition des Illustrateurs. Il est doté d'un chèque de 15.000 € afin de donner au lauréat es ressources nécessaires pendant un an pour développer un livre d'images qui sera publié et commercialisé sur le marché mondial par les Espagnols. Les illustrations originales du livre seront présentées à la prochaine édition du Salon du livre jeunesse de Bologne pour une exposition personnelle dédiée au lauréat.
La 61e
Foire du livre pour enfants de Bologne (BCBF)
vient de se tenir en Italie, drainant 31.735 visiteurs professionnels (10% de
plus qu'en 2023). Si cette édition avait la Slovénie comme pays invité
d'honneur, la Belgique pouvait s'enorgueillir des deux magnifiques expositions
dédiées à
Anne Brouillard,
lauréate en 2015 du Grand prix triennal de littérature de jeunesse de la
Fédération Wallonie-Bruxelles (lire
ici). Depuis 2020, notre artiste est finaliste chaque année du célèbre prix
Astrid Lindgren et est la candidate belge historique au prix Andersen en
catégorie "illustration".
L'excellente Association culturelle italienne Hamelin présentait
remarquablement son travail, en parallèle à un essai tout neuf à elle consacré
(lire plus bas). Une première exposition à la Fondazione del Monte di Bologna
e Ravenna - là où on avait vu Beatrice Alemagna l'an dernier, lire
ici -
"La terre tourne. Glisser dans le temps d'Anne Brouillard", plus de deux cents originaux fort bien accrochés. Une seconde exposition en
ses lieux propres, davantage scénographiée, accueillant une bonne cinquantaine
d'originaux réunis sous l'appellation
"La maison de Killiok".
L'occasion d'admirer les extraordinaires originaux d'Anne Brouillard
pour les voyageurs en Emilie-Romagne et les fans de la première heure - elle
publie depuis 1990 - et aussi pour les Italiens qui découvrent son travail
dans leur langue. Trois albums ont été récemment traduits:
"Killiok" en mars 2024 (Babalibri),
"Viaggio d'inverno" ("Voyage d'hiver") en
décembre 2023 (orecchio acerbo),
"Nino" en août 2023 (orecchio acerbo).
Les deux expositions bolognaises proposaient un large aperçu du travail
d'Anne Brouillard,
publié au fil des ans chez divers éditeurs, Dessain/Le Sorbier, Syros,
Casterman, Milan, Seuil Jeunesse, Esperluète, Éditions des Éléphants, l'école
des loisirs/Pastel, Thierry Magnier... Dans l'une comme dans l'autre, admirés de loin, les
nombreux originaux réunis par albums permettaient d'apprécier la
constance de l'artiste belge de 56 ans dans l'approche de ses sujets, scrutés de près
de savourer le luxe inouï des détails. "La terre tourne" proposait
également la machine à deux manivelles permettant de faire défiler le
leporello du "Voyage d’hiver" ainsi que deux vitrines d'écrits d'enfance, de
carnets de préparation et autres ébauches tandis que l'espace, les murs et le
jardin d'Hamelin avaient été requis pour aussi mettre en scène la "Maison de
Killiok".
La Fondation Hamelin présentait dans sa collection de monographies sur
des auteurs jeunesse le
"Oblò (Hublot) N° 8" consacré précisément
à Anne Brouillard. Écrit en italien et
richement illustré, il comporte un long entretien avec l'artiste belge.
On notera que "Oblò N°7" est dédié à Ulf Stark, le 6 à David Almond,
le 5 à "notre" Kitty Crowther, le 4 à Adelchi Galloni, le 3 à Mino
Milani, le 2 à Sergio Ruzzier et le 1 à Gilles Bachelet (ici).
La 61e Foire
du livre pour enfants de Bologne (BCBF), ce sont
1.523 exposants venus d'une centaine de pays et régions (arrivée ou retour de
l'Angola, de la Biélorussie, du Bénin, de la Bolivie, du Cameroun, de la
Colombie, du Luxembourg, de Maurice, de Monaco, de la Moldavie, du Paraguay,
des Philippines, du Togo et de l'Ouganda). C'est un événement de quatre jours
durant lequel sont organisés 385 événements BCBF en plus des 220 mis en place par les
exposants et la ville de Bologne.
La 61e Foire
du livre pour enfants de Bologne (BCBF), ce sont
L' IBBY vient de rendre
publique la liste des douze finalistes du
prix Hans Christian Andersen, six dans la catégorie auteurs (dont quatre Européens), six dans la catégorie
illustrateurs (dont deux Européens). Divine surprise, un Belge y figure. Le
Flamand Bart Moeyaert,
déjà lauréat du prix Astrid Lindgren en 2019 (lire
ici). Mais bon, il n'est pas rare que les jurys des deux prix opèrent les mêmes
choix à quelques années d'intervalle. Le finaliste belge sera notamment en lice
avec son collègue et ami néerlandais Edward van de Vendel. Tous deux sont
traduits en français, ce qui n'est pas, ou très rarement, le cas pour les autres
auteurs retenus. Les illustrateurs finalistes sont, eux, davantage connus du
public francophone. C'est le cas de tous sauf le Chinois.
Les finalistes
Auteurs
Marina Colasanti (Brésil)
Heinz Janisch (Autriche)
Lee Geum-yi (Corée)
Bart Moeyaert (Belgique)
Timo Parvela (Finlande)
Edward van de Vendel (Pays-Bas)
Illustrateurs
Cai Gao (Chine)
Iwona Chmielewska (Pologne)
Nelson Cruz (Brésil)
Elena Odriozola (Espagne)
Sydney Smith (Canada)
Paloma Valdivia (Chili)
Cinquante-neuf candidats, provenant de trente-trois pays avaient été finalistes du prix Hans Christian Andersen 2024, dont la Belge Anne Brouillard en catégorie illustration (liste complète
ici).
Fortement féminin, dix femmes et un homme, le jury du prix Hans Christian Andersen 2024
était composé de dix membres, Evelyn Arizpe (Mexique/Royaume-Uni), Brenda
Dales (États-Unis), Sabine Fuchs (Autriche), Diana Laura Kovach (Argentine),
Shereen Kreidieh (Liban), Bettina Kümmerling-Meibauer (Allemagne). ), Jaana
Pesonen (Finlande), Tan Fengxia (Chine), Pavle Učakar (Slovénie) et Morgane
Vasta (France), et une présidente du jury, Liz Page. Carolina Ballester,
directrice exécutive de l'IBBY, en assurait le secrétariat.
Les
critères utilisés pour évaluer les nominations comprenaient la qualité
esthétique et littéraire ainsi que la fraîcheur et l'innovation de l'œuvre; la
capacité de voir le point de vue de l'enfant et d'éveiller sa curiosité. Tous
les candidats ont été évalués sur l'ensemble de leur œuvre. A l'issue de la
réunion, la présidente du jury, Liz Page, a déclaré:
"Ce fut un honneur de travailler avec un jury aussi professionnel et
remarquable. Malgré la tâche difficile que représente l'évaluation d'une
liste aussi diversifiée de candidats, les réunions et les discussions ont
été harmonieuses et enrichissantes. Dans l'atmosphère tendue du monde
actuel, il est rassurant de savoir qu'il n'est pas nécessaire qu'il y ait
des barrières à la compréhension mutuelle entre nous. Avec cette liste
exceptionnelle de 12 créateurs d'œuvres pour enfants et jeunes adultes, nous
espérons que les jeunes du monde entier apprendront à comprendre les autres
et à prendre soin d'eux."
Rendez-vous le lundi 8 avril pour découvrir les noms des deux
gagnants.
"L'été de Vivaldi", de Suzy Lee. (c) Rue du monde.
On le sait, l'artiste coréenne
Suzy Lee est la lauréate
2022 du prix Andersen de l'IBBY en catégorie illustration (lire
ici). On sait aussi que son dernier album en date, "Summer", a remporté une
mention à la dernière Foire du livre pour enfants de Bologne (lire
ici). Cet ouvrage superbe, éblouissant, éclaboussant, épais et de grand format, est désormais disponible en
traduction française, sous le titre
"L'été de Vivaldi" (adapté en français par
Alain Serres, Rue du monde, 148 pages). Un titre qui précise la démarche de
l'artiste qui met énormément d'images et très peu de mots sur les trois
mouvements de "L'été" de Vivaldi.
Quelle magnifique idée
Suzy Lee a eue là! Les
dessins que lui inspirent les trois mouvements de "L'été", une des "Quatre
saisons" de Vivaldi, faut-il le rappeler, sont tout simplement magnifiques.
Ici, elle montre un peu l'orchestre qui les interprète, là elle présente en d'innombrables scènes pleines d'énergie et de beauté les enfants qui les expérimentent. Tout en admirant ses illustrations, tout en
les laissant infuser, on peut écouter la musique qui les lui inspire via un QR code fourni dans
l'album.
Pas d'inquiétude devant les pages en papier brillant: elles ne
servent qu'à introduire les différents mouvements en quelques phrases,
Allegro non molto, Adagio et Presto. Ensuite, on retrouve le
beau papier mat, si doux au toucher, accueillant successivement en une ronde joyeuse toutes les techniques
utilisées par la Coréenne dans ses livres, peinture, pulvérisation, collages,
jets de couleur, dessin.
Le concert va se terminer. (c) Rue du monde.
De couleur bleue, teinte jalonnant tout l'album, le rideau de scène
sert de transition entre les musiciens à l'œuvre et les enfants inspirés et
exubérants dans la chaleur de l'été. Des jeux d'eau de toutes sortes émane un
plaisir fou dans le premier mouvement. Le deuxième, celui de l'arrivée de
l'orage et de la pluie, est davantage graphique et abstrait tandis que le
troisième, celui de l'orage, redevient figuratif jusqu'au double salut final,
celui de l'orchestre et celui des enfants. Pour tous, dès 4 ans.
Plus classique mais graphiquement fort réussi aussi, un album un poil plus
ancien paraît en même temps en français chez le même éditeur. Ecrit par
Cao Wenxuan, fort peu
traduit même s'il a été prix Andersen 2016 de l'IBBY en catégorie auteur (lire
ici), et illustré par
Suzy Lee, "La peinture de Yulu" (traduit et adapté
par Alain Serres, Rue du monde, 48 pages) met en scène une petit fille aux
prises avec les ambitions artistiques familiales qui pèsent sur elle. Elle sera la peintre
que son père n'a pu être.
Yulu n'est pas opposée à ce destin. Elle suit des cours avec les meilleurs
artistes. Un jour, son père lui enjoint de peindre son premier autoportrait.
Il lui offre une toile de qualité supérieure, en lin Yulu. Sans savoir que les
deux Yulu vont s'affronter durement. Comme par magie, la toile abîme la nuit
la peinture que la fillette y pose le jour, générant même des crises familiales.
Yulu se montrera toutefois d'une persévérance à toute épreuve, jusqu'à son
triomphe final. Les dessins de Suzy Lee suivent admirablement la progression
de l'intrigue, rapportée par un texte manquant parfois de légèreté. Dès 5 ans.
La toile en lin Yulu renvoie Yulu à elle-même. (c) Rue du monde.
Liz Page, lors de la fête pour son départ à la retraite en octobre 2022.
La crise autour du nom de la présidente du jury du prochain prix Hans Christian Andersen de l'IBBY avait pris de l'ampleur ces derniers jours.
Le Comité exécutif de l'association annonce ce 10 janvier la démission de la présidente contestée, la Russe Anastasia Arkhipova, et son remplacement, ad interim, par Liz Page , ex-directrice générale, qui avait été admise à la retraite en août dernier.
Retour sur six mois de (mauvaise) saga
A la fin de l'été, l'IBBY (International Board on Books for Young People) tenait son congrès bisannuel en Malaisie (lire ici). Y étaient alors élus aux suffrages des sections présentes, 42 sur 80, les membres du Comité exécutif 2022-2024.
Janelle Mathis (USA) et Petros Panaou (USA), rédacteurs du magazine "Bookbird"
Dès la mi-octobre, plusieurs sections nationales, Suède, Finlande, Norvège, Belgique francophone et néerlandophone, Estonie, Lituanie et Lettonie, marquaient dans une lettre ouverte adressée à IBBY international leur opposition aux nominations de deux Russes à des postes-clés, Anastasia Arkhipova en tant que présidente du jury du prix Hans Christian Andersen, Denis Beznosov en tant que membre du Comité exécutif. Non contre les personnes elles-mêmes mais en raison de leur nationalité en pleine guerre d'Ukraine. Elles demandaient leur retrait dans le souci d'être cohérent et logique pour le public d'une association existant depuis 1954 - l'IBBY a condamné officiellement la guerre menée par la Russie en Ukraine. Elles ne furent pas entendues.
Le 18 novembre, IBBY international annonçait la composition du jury du prix Andersen 2024 qui allait travailler sous la présidence d'Anastasia Arkhipova (Russie): Evelyn Arizpe (Mexique/UK), Brenda Dales (USA), Sabine Fuchs (Autriche), Diana Laura Kovach (Argentine), Shereen Kreidieh (Liban), Bettina Kümmerling-Meibauer (Allemagne), Jaana Pesonen (Finlande), Tan Fengxia (Chine), Pavle Učakar (Slovénie), Morgane Vasta (France) et Carolina Ballester, membre ex officio car directrice exécutive.
Fin novembre, une deuxième lettre ouverte d'opposition clairement motivée était envoyée dans la foulée à la présidente de l'IBBY Sylvia Vardell par les sections d'Estonie, de Lettonie et de Lituanie. Que faire par exemple d'un livre présentant la guerre en Ukraine? Une présidente de jury russe ne doit-elle pas in fine rendre des comptes aux autorités de son pays sur ses choix? Quelle est sa liberté, sa marche de manœuvre? A la fin de leur plaidoirie, les trois sections y annonçaient qu'elles retiraient leurs candidats au prix Andersen 2024. Sans autre résultat qu'une réponse de la présidente.
Depuis plus de nouvelles. Mais on apprenait par exemple que les sections danoise et suédoise retiraient elles aussi leurs candidats à l'estimé prix bisannuel! Et puis, il y a eu cet article du site Actualitté, basé sur la presse danoise, qui annonçait que la reine Margrethe II du Danemark supprimait son parrainage au prix à cause de la présidente élue (ici).
On ne peut que regretter que l'IBBY international n'ait pas communiqué elle-même ces éléments majeurs, préférant se retrancher derrière la méchanceté des réseaux sociaux, ayant été repris par une presse mal informée selon elle.
L'affaire avait toutefois pris suffisamment d'ampleur pour qu'une réunion extraordinaire du Comité exécutif soit convoquée ce 10 janvier. A son terme, la présidente de l'IBBY, Sylvia Vardell, a annoncé la démission de la présidente du jury du prix Hans Christian Andersen 2024.
"Anastasia Arkhipova a présenté sa démission en tant que Présidente du jury du prix Hans Christian Andersen 2024, démission qui a été acceptée par le Comité exécutif de l'IBBY. Le Comité exécutif a nommé Liz Page, ancienne directrice exécutive d'IBBY, pour administrer le processus du jury de 2024 en tant que présidente par intérim.".