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lundi 15 octobre 2018

Bernadette Gervais en visite chez le Père Castor

Bernadette Gervais.


Le fonds des historiques Editions du Père Castor, fondées en 1931 par Paul Faucher (1898-1967), a été inscrit au registre Mémoire du Monde de l'Unesco en 2017. Ce qui a permis entre autres à la médiathèque intercommunale de Meuzac, qui conserve les archives du Père Castor, et à l'Ecole nationale supérieure d'art de Limoges d'organiser une résidence d'auteur/illustrateur de jeunesse longue de douze semaines. Un séjour qui permettra à des artistes, auteurs et illustrateurs contemporains, de découvrir ce fonds incomparable et de mettre en place un travail artistique en lien avec des enfants et des étudiants, dans la tradition des albums du Père Castor, illustratifs d'un bel équilibre entre art, littérature et pédagogie.



























C'est notre Bernadette Gervais nationale qui a été choisie parmi les candidats à cette première édition de la résidence. Émilie-Anne Dufour, directrice de la médiathèque intercommunale du Père Castor explique: "L'étude des dossiers de candidature a été pour nous l'occasion de constater à quel point étaient forts l'attachement et la sensibilité des illustrateurs contemporains au Père Castor, et combien le travail de Paul Faucher, fondateur de cette maison d'édition, avait nourri leur imaginaire d'enfant puis d'artiste avec des livres tels que ceux de Nathalie Parain, Rojankovski ou Hélène Guertik.

Parmi les illustrateurs qui ont répondu à notre appel, Bernadette Gervais, dont les livres figurent sur les rayonnages de la médiathèque depuis de nombreuses années, faisait particulièrement écho à l'émotion qui nous saisit aujourd'hui encore lorsque nous travaillons sur les archives du Père Castor. Ses dessins venant en appui au livre, elle sait par ailleurs donner à chaque ouvrage la technique et la forme qui lui conviendront le mieux. Aussi à l'aise dans le réalisme et le sens du détail que dans l'abécédaire ou le livre-objet, elle nous semblait pouvoir jouer sur toutes les facettes de la collection du Père Castor."

Quand on connaît l'intérêt de l'intéressée pour le patrimoine de la littérature de jeunesse, et ses connaissances dans ce domaine, que ce soit les livres du Père Castor ou ceux d'André Hellé, pour ne citer que ceux-là, on imagine sa joie de pouvoir aller farfouiller dans de telles archives. Laissez Bernadette Gervais sur une brocante ou un vide-grenier, elle vous déniche des trésors de livres devant lesquels vous seriez passés sans vous en soucier.

"Je suis plutôt reconnue comme une "faiseuse de livres, et c'est plus fondamentalement ce que je suis", dit celle dont la bibliographie s'enorgueillit de plus de cent titres, en duo avec Francesco Pittau et en solo depuis quelques années. "Je ne cherche pas à faire des dessins qui existent pour eux-mêmes, mes illustrations sont faites pour prendre place dans des livres."

Bernadette Gervais résidera en Haute Vienne dès demain jusqu'en mars 2019, à raison d'une quinzaine de jours par mois. A charge pour elle de créer un livre pour enfants en relation avec les archives du Père Castor, de faire découvrir aux élèves du coin les différentes étapes de la création d'un livre et d'expérimenter avec eux les techniques du pochoir, "sa" technique favorite. Une résidence à suivre.









mardi 13 février 2018

John Burningham et Helen Oxenbury honorés

Helen Oxenbury et John Burningham.

Joie que cette double bonne nouvelle. Helen  Oxenbury et John Burningham viennent de remporter chacun le BookTrust Lifetime  Achievement Award, un prix britannique qui récompense l'ensemble de la carrière d'un artiste! C'est la première fois que la récompense est attribuée en double, mais avec de telles figures de la littérature de jeunesse, britannique et mondiale, ce n'est pas étonnant. Ces deux géants s'inscrivent naturellement dans un palmarès où figurent les noms de Shirley Hughes pour 2015, Judith Kerr (lire ici) pour 2016 et Raymond Briggs (lire ici et ici) pour 2017. Encore du beau monde!
Le jury de ce prix est composé de Nicolette Jones, auteure et critique, Anthony Browne, auteur-illustrateur, Lauren Child, auteure-illustratrice, Floella Benjamin, actrice et auteure, Joseph Coelho, acteur et poète, et Diana Gerald (Booktrust).

John Burningham comme Helen Oxenbury sont extrêmement connus, appréciés et récompensés pour les multiples livres qu'ils ont créés chacun de leur côté. Citons en vrac, de l'un et de l'autre, "La chasse à l'ours" (texte de Michael Rosen, Kaléidoscope), "Préférerais-tu?" (Kaléidoscope), "Très, très fort!" (texte de Trish Cooke, Père Castor Flammarion), "Le cadeau de Noël de Gaston Grippemine" (Flammarion), "Dodo, l'enfant do" (texte de Timothy Knapman, Kaléidoscope, lire ici), "C'est un secret" (Kaléidoscope), "Le canard fermier" (texte de Martin Waddell, l'école des loisirs, Pastel), "Le panier de Stéphane" (Kaléidoscope). D'autres albums de John Burningham ici, dont le seul livre réalisé en duo par ce couple qui s'est marié en 1964, "Bébé" (Père Castor/Flammarion, 2011).


John Burningham à propos de la récompense:
"Je suis incroyablement reconnaissant d'avoir reçu un prix pour toute une vie de travail. Je suis tellement flatté quand j'entends des gens dire qu'ils aiment mes livres et qu'un album que j'ai fait il y a cinquante ans fonctionne toujours aujourd'hui et est apprécié par leur famille."

Helen Oxenbury: 
"Il est particulièrement agréable que nous ayons reçu cet honneur conjointement - et recevoir un prix de BookTrust qui sait que tout ce qu'il y a à savoir sur les livres pour enfants est tout simplement merveilleux."

Le dernier album traduit en date de John Burningham est "Logis de souris" (lire ici).










Le dernier album traduit en date d'Helen Oxenbury est "Le Bondivore Géant" ("The Giant Jumperee", texte de Julia Donaldson, traduit de l'anglais par Rosalind Elland-Goldsmith, Kaléidoscope, 40 pages, 2017). En bon format, une exquise histoire de rumeur, de peur et de rire comme on les apprécie tant, rondement menée et remarquablement illustrée à l'aquarelle. Qui mêle dans un paysage bucolique les animaux aimés des enfants.

Tout commence quand Lapin veut rentrer dans son terrier et qu'il entend une voix qui s'y est cachée lui dire: "C'est moi, le Bondivore Géant, aussi horrible que méchant!" Mince alors, il s'arrête et appelle à l'aide. La chatte Minette lui propose de déloger l'importun. Mais... "C'est moi le Bondivore Géant, et je t'écraserai comme un taon!" Ours et Eléphant vont aussi tenter d'aider Lapin. En vain. Chaque fois le Bondivore les menace d'une phrase aussi comique que rimée en vers de mirliton. Le salut viendra de Maman Grenouille en une finale délicieusement drôle et célébrant l'amitié entre tous.

Quelle beauté dans les illustrations tellement expressives des émotions des personnages. Voilà une bande de copains qu'on aimerait avoir pour soi. Ainsi qu'une Maman Grenouille aussi résolue, maligne et joyeuse. A partir de 3/4 ans.




Les trois premières doubles pages. (c) Kaléidoscope.




vendredi 24 février 2017

Splitch, splatch, pour contenter un monstre

Il y a des avantages à être, comme Colin Boyd, le beau-fils du célèbre auteur-illustrateur britannique Tony Ross. Celui, par exemple, de publier un premier album inspiré par l'heure du bain de son jeune fils et illustré par Beau-Papa: "Le Monstre du Bain" (pas de mention de traducteur, Seuil Jeunesse, 32 pages). Un ouvrage sympathique, qui ne révolutionne pas le genre, mais permet de se régaler des images de l'ami Tony.

"T'es-tu déjà demandé où allait l'eau sale de ton bain?", commence le texte, posé au-dessus du dessin d'une mère à longs cheveux blonds essuyant son gamin tête en bas. Le rouquin se prénomme Jackson et partage son goût pour "le désordre et la saleté" avec son meilleur ami, le nommé Dexter. On voit le duo à l'action et ce n'est vraiment pas triste, surtout leurs séances de foot dans la boue...

"Non mais regarde-toi! Va te laver immédiatement ou le Monstre du Bain va venir te chercher" est la phrase que Maman répète chaque soir à Jackson. Un monstre bien connu qui a comme second plat préféré l'eau sale de la baignoire... D'ailleurs les glouglous qu'on entend quand l'eau s'en va ne sont que les bruits d'aspiration du Monstre équipé d'une paille spéciale!

Le Monstre du Bain a une paille spéciale, très sonore. (c) Seuil Jeunesse.

En grandissant, le gamin finit par se demander si le Monstre du Bain existe vraiment. Si cela ne l'empêche pas de rentrer encore plus crotté que d'habitude après ses jeux avec son pote, il refuse de se laver. Ce qui, évidemment, ne convient pas du tout au Monstre tapi sous le plancher de la salle de bain qui, faute d'eau sale, va devoir se rabattre sur son plat préféré pour se nourrir...

Le Monstre du Bain existe-t-il ou pas? (c) Seuil Jeunesse.

Un suspense final bien amusant pour cette histoire complètement à hauteur de jeune enfant et superbement illustrée par le grand Tony Ross qui sait soigner les détails. Dès 3 ou 4 ans.


Et aussi

Sur des sujets analogues, mystères de la baignoire ou jeux de boue, on avait déjà eu l'excellent l'album "Veux-tu sortir du bain, Marcelle!" du génial John Burningham (traduit de l'anglais par Catherine Deloraine, Père Castor/Flammarion, 1978, épuisé), où le sérieux monologue maternel s'oppose aux rêves de la jeune héroïne, qui file par la bonde à la conquête d'autres mondes - à propos de John Burningham, lire ici.

Près de quarante ans plus tard, "Le bain d'Abel" d'Audrey Poussier (l'école des loisirs, 2014) emprunte la même idée d'évasion par la bonde pour savoir où va l'eau sale.

Plus près de nous, "La flaque" de May Angeli (Editions des Eléphants, lire ici) célèbre les joies des jeux dans la boue avant le bain final.


mardi 7 février 2017

Le tigre, héros de la littérature de jeunesse

Au milieu des années 1960 sont sortis en Grande-Bretagne deux albums pour enfants devenus célébrissimes, impliquant chacun un tigre et la sacro-sainte cérémonie du thé. Le second était resté inédit en français jusqu'à ce jour.

Joie non dissimulée donc de voir sortir en élégant grand format le célèbre album de Judith Kerr, "Le tigre qui s'invita pour le thé" ("The tiger who came to tea" (G-B, 1968), traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Ramona Badescu, Albin Michel Jeunesse, 32 pages). Un livre qui lui a été inspiré par sa fille et qui est un véritable best-seller avec ses dix millions d'exemplaires vendus de par le monde. L'histoire est toute simple: on sonne à la porte au moment où Sophie prend le thé dans la cuisine avec sa maman.

Qui cela pourrait-il être? La maman énumère ceux qui sont pas censés sonner ce jour-là. Suspense. Sophie va ouvrir. C'est un tigre, bien poli: "Excusez-moi, mais j'ai une faim terrible. Pensez-vous que je peux prendre le thé avec vous?" "Bien sûr", répond la maman, même pas déconcertée. Les voilà attablés à trois, tout sourire.

Le tigre s'invite pour le thé. (c) Albin Michel Jeunesse.


Même l'eau du robinet y passe. (c) Albin Michel Jeunesse.
Et c'est là que les surprises vont se succéder à bon rythme. Car le visiteur inopiné a plus qu'une faim terrible. Il est carrément affamé et va faire en sorte de se rassasier. Un appétit qui étonne et divertit Sophie, sa maman et les lecteurs. Le tigre est assoiffé aussi...

Des scènes très amusantes le montrent faisant un sort à tout ce qui est mangeable ou buvable dans la maison. Ensuite, il s'en va, "Merci pour ce délicieux goûter", laissant une cuisine ruinée de ses provisions. Plus rien à manger? Pas grave. Papa qui est rentré entre-temps a une excellente idée, qui sera l'occasion de la seule illustration à bords perdus de l'album, les autres images apparaissant sur fond blanc.

Il est l'heure de se séparer. (c) Albin Michel Jeunesse.

Ce qui est formidable dans cet album, c'est la bonne humeur constante qui se dégage de ces pages où le non-sense est partout présent mais jamais signalé. Judith Kerr signe un texte charmant qui va bien faire rigoler les enfants à partir de 3 ou 4 ans et un graphisme forcément un peu daté qui ne détonne pas du tout. On voudrait plus d'histoires drôles qui bousculent la normalité. Excellente idée d'avoir traduit cet épatant album!


Entamant son programme de découverte d'une œuvre considérée comme un trésor national anglais, l'éditeur parisien avait déjà publié fin 2016 deux albums inédits en français de Judith Kerr, consacrés à son célèbre chat Mog (17 titres en anglais), "Mog oublie tout" et "Joyeux Noël, Mog!" (traduits de l'anglais (Royaume-Uni) par Ramona Badescu, Albin Michel Jeunesse, 40 pages chacun).


Rappelons enfin que Judith Kerr, née le 14 juin  1923 dans une famille juive de Berlin qui, devant la montée de l'hitlérisme, s'installe finalement à Londres en 1936, est l'auteur de deux excellents romans pour ados, totalement autobiographiques, "Quand Hitler s'empara du lapin rose" (traduit de l'anglais par Boris Moissard, l'école des loisirs, 1987, indisponible) et "Ici Londres" (traduit de l'anglais par Antoine Lermuzeaux, l'école des loisirs, 1991, disponible). Judith Kerr est décédée le 22 mai 2019  à Londres.




L'autre album des années 1960 dont je voulais parler est l'extrêmement délicieux "Un tigre dans la théière" de Betty Yurdin, illustré par Solvej Crévelier dans la version française (traduit de l'anglais par A. Telier, Père Castor- Flammarion, Castor poche, 1986) indisponible depuis trop longtemps. La version originale anglaise, "The tiger in the teapot" date de 1967 et est illustrée par William Pène du Bois.

Un album tellement lu et relu chez moi qu'il est tout usé - une autre raison de demander sa réimpression.

Il commence ainsi. Qui ne s'en rappelle pas?
"C'est l'heure du thé.
Comme chaque après-midi, Mrs Smith se préparait à faire le thé. Il y avait aussi, pour ce jour là, un cake, un pudding à la crème, des biscuits et un gâteau au chocolat.
Mrs Smith mit sur le feu la bouilloire pleine d'eau et descendit la théière de l'étagère.
C'était une très grande théière, parce que Mrs Smith est une mère de famille nombreuse. 
Mrs Smith posa la théière sur la table. Elle souleva le couvercle et s'aperçut qu'elle ne pouvait pas faire le thé. Il y avait un tigre dans la théière."
Tous les membres de la famille vont tour à tour tenter de chasser l'intrus, chacun à sa façon, occasion de situations plutôt comiques. Finalement, c'est Josy, la plus jeune de tous, qui saura se faire entendre du tigre installé dans la théière familiale. Dès 4 ans.


Et aussi


Un tigre dans le jardin
Anne-Marie Pol
PKJ, 116 pages

Le roman se déroule dans une famille nombreuse française d'Indochine, en 1931. Elle est inspirée de l'enfance de la maman de la romancière. Paule, 8 ans, a de la peine à accepter les règles familiales: être sage, ne pas bouger, ne pas aller à l'école... Elle a un grand frère et des petites sœurs pour jouer mais aucun n'a son goût pour l'imagination et l'aventure. Alors, pour échapper au monde compliqué des adultes, la petite fille se construit un univers autour du tigre qu'elle voit se glisser dans les hautes herbes à l’heure de la sieste. Elle ne dort pas, bien entendu, malgré la consigne de sa maman. Elle explore le jardin, seule, insensible à la chaleur. Le tigre devient son confident.

En arrière-plan se déroule la vie de la famille bourgeoise et des domestiques, dont la nounou que Paule a maltraitée. On ne peut pas ne pas penser à Sophie de la Comtesse de Ségur. Le roman se poursuit au rythme du pays et se terminera par un drame qui sera néanmoins l'occasion d'un rapprochement entre Paule et son papa. Un joli texte, intéressant aussi par le décalage qu'imposent l'époque et le lieu choisis. Dès 9 ans.


Il y a un tigre dans le jardin
Lizzy Stewart
adapté en français par Sophie Koechlin
Gautier-Languereau, 2016, 40 pages

Plein de choses à observer dans cet album au style vintage. Que ce soit dans la maison de Grand-Mère où Nora s'ennuie. Ou dans le jardin où va jouer la petite fille, accompagnée de sa girafe Jeff. Un jardin que Mamie a présenté comme une jungle, avec tigre, libellules géantes, plantes carnivores, ours polaire grincheux... Nora n'en croit pas et mot et grogne jusqu'au moment où elle croise des libellules géantes. Et si? La petite fille va aller de découverte en découverte. Sa Grand-Mère aurait-elle finalement raison? Nora devra utiliser toute son imagination pour trancher entre rêve et réalité. Cet album agréablement illustré navigue joliment sur la frontière du réel, privilège de l'enfance, et raconte une histoire pleine de charme entre tous ces gros animaux, dont un tigre. Dès 5 ans.


Rugissement dans la nuit
Paola De Narvaez
Versant Sud, 2016, 36 pages

Cette histoire vraie, venue de la jungle colombienne que connaît bien la jeune auteure-illustratrice, commence par une double page sans texte, pleine de couleurs de plantes et d'une silhouette orange et tigrée. Au village, c'est la désolation. Le tigre mange les poules la nuit puis va se cacher dans la forêt. Le jeune narrateur, accompagné de ses amis Second et Troisième, décide de partir à la chasse au tigre. Ils sont bien équipés et seront aidés par trois chiens. Après une longue traque, c'est la confrontation avec l'animal, terrible, inquiétante, terrorisante. Jusqu'à ce que les chiens montrent qu'autre chose est possible avec le tigre. Un album plein de couleurs pour se faire peur par plaisir. Dès 4 ans.





vendredi 4 décembre 2015

Grands formats pour aider Saint Nicolas P-Z

Je le reconnais. Quand mes filles étaient petites, je leur donnais les "Babar" en lutin poche et j'en réservais les formats originaux à une lecture en famille. Que de bons souvenirs dans ces moments où elles se penchaient sur les grands formats pour en savourer tous les détails... Il y a eu les "Babar", il y a eu les Claude Ponti. J'ai apprécié que l'école des loisirs réédite certains de ses classiques en grand format, idéal pour une lecture à une bande d'enfants, que le Seuil jeunesse publie dans le même esprit les "petits contes du tapis". Heureusement, aujourd'hui, les éditeurs jeunesse continuent à éditer des grands albums, la plupart en dessous de vingt euros, invitant adultes et enfants à partager les mêmes images, les mêmes textes. La lecture est triangulaire, on le sait.

En voici une sélection, puisée dans les parutions récentes, selon l'ordre alphabétique de l'illustrateur/trice.


Ugo, tu rêves?
Pierre Coran
Nathalie Paulhiac
A pas de loups
40 pages






Ugo est un rêveur. Le matin, il vole comme un oiseau de son lit au lavabo. Ce dernier devient vite un lac où plonger. Tant pis si Papa est pressé. Ugo est un rêveur. On le suit au cours de la journée avec tout ce qui lui traverse l'esprit et il y en a du monde dans son cerveau, du monde qui a plein d'idées. Un joli texte de Pierre Coran, rendant justice aux rêveurs, posé sur les illustrations réussies de Nathalie Paulhiac, mêlant réalité et imagination. A partir de 4 ans.


Troisième branche à gauche
Alexandra Pichard
Les fourmis rouges
40 pages







Délicieuse histoire sans fin où une petite fille qui attend son papa le soir part jouer dehors avec son chat. Quand celui-ci disparaît dans l'arbre, elle grimpe à sa recherche et croise une foule de personnages qui, tous, ont perdu quelque chose et lui demandent son aide. Un merle a perdu son nid, un ver son amie la chenille, les patineurs une écharpe, un homme super bien équipé question ménage sa chaussette gauche, etc. etc. La petite fille cherche toujours son chat dans cet arbre aux proportions impressionnantes - on y  croise même les Beatles. C'est savoureux en diable, par la fantaisie du ton et par la qualité des illustrations, sobres, expressives et résolument modernes. Plein de petites histoires se dessinent en marge de la quête initiale, laquelle une fois résolue, permettra à l'héroïne aux longs cheveux orange de poser une nouvelle question. A partir de 4 ans.


La ballade de Mulan
texte source traduit par Chun-Liang Yeh
Clémence Pollet
Hongfei cultures
44 pages






"Tsi-tsi et encore tsi-tsi, Mulan tisse à la maison..." Ainsi commence une célèbre ballade chinoise datant du IVe siècle. Il y est question de guerre bien entendu mais surtout d'amour filial: c'est Mulan, la petite sœur qui va délaisser son métier à tisser et partir à la place du père, le frère étant trop jeune encore. Pour cela, elle s'habille en homme, agit en homme, se bat en homme. Après douze années de guerres, elle rentre chez elle et révèle son sexe à ses anciens compagnons d'armes. Les linogravures en quatre couleurs de Clémence Pollet apportent beaucoup de profondeur à ce texte sur la guerre, la liberté et le genre qui résonne d'une brûlante actualité. A partir de 7 ans.


L'appel de la forêt
Jack London
traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Annie-France Mistral
illustré par Maurizio A.C. Quarello
Sarbacane, 96 pages





Il s'agit de la première illustration à la peinture en grand format (22 tableaux à l'huile et 10 dessins au trait) du célèbre roman jeunesse de Jack London (1876-1916) dont on célèbrera l'an prochain le centenaire de la mort. Dans "L'appel de la forêt", oublié aux Etats-Unis en 1903, l'écrivain américain met en scène Buck, un chien géant qui va quitter le monde des hommes après en avoir adoré un pour celui des loups, lors de la sauvage ruée vers l'or. Il passera de la paisible Californie aux glaces du Klondike. Un destin en quelque inverse de celui de Croc-Blanc, autre titre phare du romancier. Les illustrations de Quarello apportent autant de nouvelles fenêtres pour l'imaginaire à ce récit prenant. L'Italien n'est pas un inconnu: il avait notamment illustré les albums "L'autobus de Rosa" et "Le voyage de la femme éléphant" parus en français chez le même éditeur. Un bon roman pour bons lecteurs, ou à partager en famille.


Grand Loup et Petit Loup
Nadine Brun-Cosme
Olivier Tallec
Père Castor-Flammarion
32 pages






En format fortement agrandi et complétée d'une frise à colorier en jaquette, la réédition de cet album paru il y a dix ans et toujours aussi plaisant (54.000 exemplaires vendus). Une histoire d'amitié forte, entamée par plusieurs épisodes d'apprivoisement et dite en mots simples. Rappelez-vous. Grand Loup était heureux, tout seul sous son arbre. Il est bousculé par l'arrivée de Petit Loup. Il l'aide un peu mais pas trop. Le jour où ce dernier disparaît, Grand Loup est fou d'inquiétude. Les retrouvailles seront l'occasion de déclarations d'amitié réciproques. A partir de 4 ans.


Espèces de monstres!
François David et Olivier Thiébaut
Motus
48 pages







Il y en a des choses à regarder dans ce catalogue original de monstres apparaissant dans des tableaux subtils, composés d'éléments de récupération, en rapport bien entendu avec le thème abordé et brièvement présenté dans le texte, imprimé sur de vieux parchemins. Profil gauche, profil droit, les monstres se succèdent à bon rythme jusqu'au dernier qui fait tout simplement face au lecteur. Monstre de tendresse (loup ou grand-mère?), monstre mutant (un robot mais nouveau le robot), monstre fumeux (rapport aux voitures), monstre marin (plein de dents sous son sac plastique), immonde monstre (encore des détritus) et quatorze autres congénères racontent à leur façon notre monde, ses habitants, leurs craintes et leurs espoirs. Humour et imagination donnent ici des lettres de noblesse à l'expression "Espèce de monstre", bien trop mal utilisée. Dès 5 ans.


L'arbre à gâteaux
Etsuko Watanabe
Albin Michel Jeunesse
64 pages







Dans ce grand format coloré, graphiquement fort agréable, on suit sur doubles pages les aventures de Jeanne, une toute petite fille aussi mini que mimi qui vit sur une île sans fleurs ni arbres. Avec son ours en peluche Théo, elle part lire son nouveau livre à bord d'un dinghy jaune flottant sur un océan immense. Une histoire d'arbre à gâteaux, capable d'exaucer les souhaits des enfants grâce à ses fruits-gâteaux. Cela pourrait paraître un peu gnangan, ce ne l'est pas du tout. On va vivre de prodigieuses aventures en compagnie de Jeanne, menacée par un poisson gigantesque et sauvée par une pieuvre. La profondeur des mers donne vie à la peluche et le duo va passer de découverte en découverte dans les fonds sous-marins. Etsuko Watanabe compose de belles images expressives, prolongation de ces aventures multiples, dont les couleurs s'adaptent aux ambiances et qui rappellent qu'elle est Japonaise. Le duo finira par trouver l'arbre magique et, surprise, c'est lui qui exaucera son vœu avant d'être également entendu. A partir de 4 ans.


De A à D, ici
De G à M, ici







lundi 20 octobre 2014

Un chouette nouvel album de John Burningham pour les 25 ans des éditions Kaléidoscope

John Burningham.

John Burningham a imaginé quasiment autant de fantastiques albums pour enfants qu'il n'a d'années. Un indice: l'auteur-illustrateur britannique est né en 1936.

Mais l'Histoire retiendra qu'il n'en a fait qu'un seul avec son épouse, Helen Oxenbury, également talentueuse auteure-illustratrice - ils se sont mariés en 1964. C'était "Bébé" tout simplement (traduit de l'anglais par Alice Delabre, Père Castor Flammarion, 2011), la confrontation des points de vue d'une maman et de son petit garçon à l'annonce de l'arrivée d'un nouveau bébé.

Mais revenons à la dernière création en date de John Burningham, l'impeccable album "Le zoo derrière la porte" (traduit de l'anglais par Elisabeth Duval, Kaléidoscope, 48 pages), qui synthétise magnifiquement tout le talent de l'auteur: humour, fantaisie et sens de la narration au service d'un départ réaliste, ici l'endormissement de Sylvie, suivi d'un envol dans un monde imaginaire, dans ce cas, la découverte d'une porte secrète dans le mur de la chambre. Le lendemain soir, la petite fille s'en va voir où mènent les escaliers derrière la porte. Vers une autre porte? Non, elle ne peut en rester là.

Les animaux regardaient Sylvie. (c) Kaléidoscope.

Elle pousse le lourd battant de toutes ses forces et découvre un "zoo rempli d'animaux qui la regardaient". Pas inquiète pour un sou, elle remonte dans sa chambre et se glisse dans son lit, accompagnée d'un ourson qu'elle reconduira chez lui le lendemain matin.

La nuit avec les pingouins. (c) Kaléidoscope.

Bien entendu, tous les animaux veulent passer la nuit avec Sylvie. C'est facile avec les plus petits de taille, ce sont les premiers élus, ce n'est impossible ni avec les pingouins, ni avec le tigre et son petit, ni avec les oiseaux, ni.... Mais c'est parfois très compliqué, question de taille principalement.

Un matin, Sylvie a manqué de temps. (c) Kaléidoscope.

Les nuits de Sylvie se suivent et ne se ressemblent pas. Et le lecteur y assiste avec plaisir jusqu'au matin où l'écolière n'eut pas le temps de reconduire ses invités secrets. Quelle surprise dans le salon à son retour de classe! Quel désordre! Et sa mère qui va bientôt rentrer. Elle va en effet arriver très vite, la mère, avec une formule dont sa fille et les lecteurs pourront savourer tout le sel.

"Le zoo derrière la porte" est encore un de ces délicieux albums à déguster pour le plaisir des mots, des images et du rapport texte-images.

Il est dommage que si peu d'albums de John Burningham soient disponibles en français, mais il convient bien entendu de saluer l'éditrice Isabel Finkenstaedt qui le publiait déjà chez Père Castor Flammarion dans les années 70 et 80, avant qu'elle ne fonde les éditions Kaléidoscope il y a tout juste 25 ans et l'y emmène souvent avec elle. Bravo à elle de suivre ce Britannique indispensable et de le rééditer régulièrement.

Sont donc disponibles les titres suivants (outre "Bébé", déjà cité)

Tir à la corde
John Burningham
traduit de l'anglais par Elisabeth Duval
Kaléidoscope, 2013

Lièvre face aux deux colosses bornés que sont Éléphant et Hippopotame.
Le panier de Stéphane
John Burningham
traduit de l'anglais par Elisabeth Duval
Réédition
Kaléidoscope, 2012
Flammarion, 1984

Un trajet vers les courses peu commun.



Préférerais-tu...
John Burningham
traduit de l'anglais par Elisabeth Duval
Réédition
Kaléidoscope, 2011
Flammarion, 1978

Questions pour réfléchir, et surtout rire, à lire ici.



C'est un secret!
John Burningham
traduit de l'anglais par Elisabeth Duval
Kaléidoscope, 2010

A la fête secrète des chats en compagnie de Marie-Hélène et Malcolm.
Le cadeau de Noël de Gaston Grippemine
John Burningham
traduit de l'anglais par Rose-Marie Vassallo
Flammarion, 1998

Bigre, à son retour de tournée, le Père Noël s'aperçoit qu'il a oublié de déposer le cadeau de Gaston Grippemine!






Et puis, il y a tous les titres épuisés dont la lecture rappelle tant de bons souvenirs. En voici quelques-uns.





 














Comment fêter le quart de siècle d'une maison d'édition?

En publiant par exemple un recueil grand format de 25 histoires emblématiques, au prix de 25 euros. C'est ce qu'a fait Kaléidoscope dans  "Kaléidoscope d'histoires" (240 pages).
On imagine la difficulté du choix à puiser dans les près de 850 titres publiés depuis 1989 par Isabel Finkenstaedt, avec toujours la volonté d'accompagner la petite enfance, en la faisant "lire, rire et grandir". Mais les voilà, les 25 élus pour les 25 ans, apparaissant déjà en couverture. Selon l'âge qu'on a, on en reconnaîtra immédiatement l'un ou l'autre, tellement ils ont marqué les esprits.

Dans le recueil-anthologie, les histoires sont présentées par âge croissant. Des créations et des traductions, toujours en version intégrale, dont la nouvelle maquette surprendra peut-être les habitués des titres mais qui célèbrent joliment l'esprit de la maison. On trouve par exemple les "Bébés chouettes", de Martin Waddell et Patrick Besson, pour les tout-petits, "Elmer", de David McKee, pour les 3-4 ans, ainsi que "A-A-A-A-Atchoum", de Philip C. Stead et Erin E. Stead, sans oublier "Princesse" d'Anne Wilsdorf et "Une histoire à quatre voix" d'Anthony Browne pour les 5-6 ans (et plus). Et vingt autres titres que je vous laisse découvrir.

Toutefois, en marge du recueil, voici encore les 25 titres qui ont marqué les 25 ans de Kaléidoscope.

1989 : "Elmer" de David McKee
1990 : "La Course" de Béatrice Tanaka et Michel Gay
1991 : "L’Os prodigieux" de William Steig
1992 : "Chloé et la dent de lait" de Caroline Pistinier
1993 : "Bébés chouettes" de Martin Waddell et Patrick Benson
1994 : "Le loup est revenu!" de Geoffroy de Pennart
1995 : "Blanc sur noir / Noir sur blanc" de Tana Hoban
1996 : "Va-t’en Grand Monstre Vert" d'Ed Emberley
1997 : "La Chasse à l’ours" de Helen Oxenbury (réédition)
1998 : "Jujube" d'Anne Wilsdorf
1999 : "Les tableaux de Marcel" d'Anthony Browne
2000 : "Madame Letourneau" de Christine Davenier
2001 : "La Semaine de Souris Chérie" de Magdalena Guirao Jullien et Maïté Laboudigue
2002 : "La Princesse coquette" de Christine Naumann-Villemin et Marianne Barcilon
2003 : "Bidou" d'Alexis Deacon
2004 : "Le Parcours de Paulo" de Nicholas Allen
2005 : "L’Heure du pipi" de Mo Willems
2006 : "Chers Maman et Papa" d'Emily Gravett
2007 : "Petite histoire" d'Élisabeth Duval et François Soutif
2008 : "L’Alphabet des monstres" de Jean-François Dumont
2009 : "La Vague" de Suzy Lee
2010 : "La Princesse Rosebonbon" de Magdalena Guirao Jullien et Éléonore Thuillier
2011 : "Que vois-tu"  de Stéphane Sénégas
2012 : "Sans le A" de Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo
2013 : "La Contrebasse" de Stéphane Henrich