Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est Passa Porta. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Passa Porta. Afficher tous les articles

mardi 29 octobre 2024

Joepie! Le retour de Flirt Flamand

Joepie! Youpie!  Passa Porta annonce une nouvelle édition du "Flirt Flamand", cette opération lançant des ponts entre littératures belges en français et en flamand. Ce sera bref, cinq rendez-vous dans cinq  librairies phares de Bruxelles le temps d'un week-end, celui du 22 au 24 novembre. Ce sera bref mais ce sera en français, et gratuit (places limitées, réservation obligatoire ici). La nouveauté de l'année est que les dialogues entre auteur.e.s auront lieu dans une librairie. L'occasion de découvrir cinq auteur.e.s flamands récemment traduits en français. Et on nous dit que des exemplaires de livres seront offerts au public.
 
Programme

Flirt numéro 1: Eva Kamanda et Anna Safiatou Touré

 

Eva Kamanda et Anna Safiatou Touré.


L'actrice et autrice flamande Eva Kamanda ("Une vie sous silence", traduit du néerlandais par Marie Hooghe, Racine) s'entretient avec l'artiste franco-malienne installée à Bruxelles Anna Safiatou Touré ("Herbier du département congolais des Serres royales de Laeken", CFC éditions) pour explorer les conséquences du passé colonial belgo-congolais.

Librairie CFC, Pl. des Martyrs 14, 1000 Bruxelles
Vendredi 22 novembre à 18 heures
 
 

Flirt numéro 2: Angelo Tijssens et Lara Gasparotto


Angelo Tijssens et Lara Gasparotto.

Le dramaturge et scénariste flamand Angelo Tijssens (les films "Girl" et "Close" de Lukas Dhont) échange avec la photographe belge Lara Gasparotto autour de son premier roman beau et cru traduit en français, "Au bord" (traduit du néerlandais par Guillaume Deneufbourg, Julliard).
 
Les Yeux Gourmands, Av. Jean Volders 64, 1060 Saint-Gilles
Vendredi 22 novembre à 19h30


Flirt numéro 3: Mieke Versyp et Dominique Goblet

 

Mieke Versyp et Dominique Goblet.

La scénariste et autrice flamande Mieke Versyp vient parler de "Peau", son premier roman graphique (illustré par Sabien Clement, traduit du néerlandais par Françoise Antoine, Editions çà et là) en échange avec l'artiste Dominique Goblet ("Le Jardin des candidats", avec Kai Pfeiffer, FRMK) de ce que veut dire écrire sur les corps des femmes, leurs vieillissements et leurs désirs.

Brin d'acier, Rue Josaphat 269, 1030 Schaerbeek
Samedi 23 novembre à 19 heure
 

Flirt numéro 4: Miriam Van hee et Philippe Noble

 

Miriam Van hee et Philippe Noble.
 
La poétesse flamande Miriam Van hee (Gand) s'entretient avec son traducteur Philippe Noble, directeur de la collection "Lettres néerlandaises" aux éditions Actes Sud, à propos de la traduction française de son recueil "Entre bord et quai" (Cheyne).

Tropismes, 11 Galerie des Princes, 1000 Bruxelles
Dimanche 24 novembre à 11 heures




Flirt numéro 5: Rachida Lamrabet et Veronika Mabardi

 
Rachida Lamrabet et Veronika Mabardi.

L'autrice flamande Rachida Lamrabet vient présenter sa première traduction vers le français, "Raconte-le à quelqu'un" (nom du traducteur inconnu, La croisée des chemins). Elle échangera avec la dramaturge et autrice bilingue Veronika Mabardi, Grand prix du Roman de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique 2022 pour le bouleversant "Sauvage est celui qui se sauve" (Esperluète, lire ici).

TULITU, Rue de Flandre 55 à 1000 Bruxelles
Dimanche 24 novembre à 12h30

mercredi 5 octobre 2022

Lancement du choix Goncourt de la Belgique 2022


Le choix Goncourt de la Belgique, on sait désormais bien de quoi il s'agit. C'est la septième fois que de la Belgique réunira plus de cent cinquante étudiant(e)s en langues et en littérature d'universités et de hautes écoles belges, francophones et néerlandophones afin qu'ils et elles choisissent leur livre préféré dans la deuxième sélection de l'Académie Goncourt, composée de huit titres. Chance, elle a été rendue publique ce mardi 4 octobre. La voici.
  • Grégoire Bouillier, "Le cœur ne cède pas" (Flammarion)
  • Nathan Devers, "Les liens artificiels" (Albin Michel)
  • Giuliano da Empoli, "Le Mage du Kremlin" (Gallimard)
  • Brigitte Giraud, "Vivre vite" (Flammarion)
  • Cloé Korman, "Les Presque Sœurs" (Seuil)
  • Makenzy Orcel, "Une somme humaine" (Rivages)
  • Pascale Robert-Diard, "La petite menteuse" (L'Iconoclaste)
  • Monica Sabolo, "La vie clandestine" (Gallimard)

Pauline Delabroy-Allard.
(c) Francesca Mantovani-Gallimard.
Cette année, le choix Goncourt de la Belgique sera lancé mardi prochain, le 11 octobre, à 20 heures, à Passa Porta (rue Antoine Dansaert 46, 1000 Bruxelles), en présence de Pauline Delabroy-Allard, marraine de cette septième  édition. On se rappellera combien son premier roman "Ça raconte Sarah" (Minuit) avait marqué la rentrée littéraire 2018. Il avait figuré dans les première et deuxième sélections du prix Goncourt et avait failli être le lauréat belge 2018, à une époque où c'était la première sélection qui était proposée aux étudiants (lire ici). Il avait par contre été choix Goncourt de la Pologne, de la Roumanie et de la Suisse.

La soirée sera l'occasion d'entendre la romancière expliquer ce que change la réception d'un prix littéraire dans la carrière d'une écrivaine, quelle lectrice elle est, étant elle-même autrice (adulte et jeunesse), qui détient le pouvoir de la consécration dans le champ littéraire...  Fine observatrice du monde de la littérature contemporaine, elle s'entretiendra de ses expériences et entrouvrira les portes de sa bibliothèque personnelle.

Infos et tickets ici.


Depuis 2016, la Belgique a son Choix Goncourt, auquel participent francophones et néerlandophones étudiant à l'université ou en haute école. L'opération est organisée conjointement depuis sa création par l'Ambassade de France en Belgique, la direction Europe de l'Ouest de l'Agence Universitaire de la Francophonie, l'Alliance française de Bruxelles-Europe et Passa Porta, la maison internationale des littératures à Bruxelles, avec le soutien de l'Académie Goncourt. Le prix a pour but de promouvoir la littérature de langue française et la francophonie en Belgique.

Le jury composé de représentants des différentes hautes écoles et universités se réunira le 13 décembre à Bruxelles afin de désigner le lauréat. Le résultat des votes sera annoncé en présence d'un membre de l'Académie Goncourt et de l'Ambassadeur de France en Belgique en février 2023. Le/la lauréat(e) sera invité(e) au Passa Porta Festival, qui se tiendra en mars 2023 pour recevoir son prix et rencontrer les étudiants.


Palmarès
  • 2021 Louis-Philippe Dalembert pour "Milwaukee Blues" (Editions Sabine Wespieser, lire ici)
  • 2020 Hervé Le Tellier pour "L'anomalie" (Gallimard, lire ici)
  • 2019 Santiago Amigorena pour "Le ghetto intérieur" (P.O.L., lire ici)
  • 2018 Adeline Dieudonné pour "La vraie vie" (L'Iconoclaste, lire ici)
  • 2017 Alice Zeniter pour "L'Art de perdre" (Flammarion, lire ici)
  • 2016 Catherine Cusset pour "L'autre qu'on adorait" (Gallimard, lire ici)





vendredi 23 septembre 2022

Allons au marché, à un marché de poésie!

"C'est le bazar!" Une des expressions favorites du regretté chanteur Arno (1949-2022) se pose naturellement sur une manifestation de trois jours qui débute ce vendredi 23 septembre après-midi à Bruxelles, le Poetik Bazar. Soit un marché bilingue de la poésie qui se déroule jusqu'au dimanche 25 septembre au BE-HERE (Rue Dieudonné Lefèvre 4, au-delà de Tour & Taxis, entrée gratuite). Quasiment aux mêmes dates que la première édition qui s'y était tenue avec succès (3.000 personnes) du 24 au 26 septembre 2021.

Pourquoi ne pas vivre le temps d'un week-end au rythme de la poésie? Ce mot de six lettres qui fait encore souvent peur, surtout si on lui adjoint l'adjectif "contemporaine". On pourrait tenter l'idée "poésie actuelle", peut-être moins rébarbative? Car l'essayer, c'est l'adopter. Comment faire? En farfouillant dans les livres de poésie présents sur les stands, en écoutant les poètes et poétesses lors de lectures, en se promenant avec eux, en tentant l'un ou l'autre atelier. La diversité de la poésie contemporaine est tellement incroyable qu'il est impossible de ne pas y trouver l'un ou l'autre atome qui vous crochera.

Le Poetik Bazar se veut un événement intergénérationnel, un reflet de notre société moderne et de ses multiplicités. Une considérable variété éditoriale est proposée lors de ce marché bilingue, accueillant près de cent maisons d'édition. Rencontres et animations témoigneront aussi de cette diversité. Le public visé? Les petits et les grands lecteurs, les passionnés et les professionnels, les curieux de tout horizon.

Le Poetik Bazar, projet d'un marché de la poésie bilingue, est porté par un collectif d'asbl francophones et néerlandophones: Les éditeurs singuliers, la Foire du livre de Bruxelles, maelstrÖm reEvolution, la Maison de la poésie d'Amay, les Midis de la poésie et VONK & Zonen, en collaboration avec la Maison de la poésie de Namur, le Marché de la poésie de Paris et Passa Porta.

Le marché de la poésie bilingue accueillera 70 maisons d'édition de Belgique, de France et des Pays-Bas. Trois espaces librairies hébergeront une trentaine d'autres maisons: un espace librairie francophone, un espace librairie néerlandophone et un espace librairie Afro-poésie (liste complète ici).

La programmation multilingue vise autant les petits que les grands grâce à des ateliers et des rencontres bilingues, des rencontres en anglais, des lectures en français, en néerlandais, des focus sur la langue arabe, des événements traduits en live, des séances de dédicaces, etc. Dont l'édition bilingue de poésie, la traduction du slam, la place de la poésie en librairie, Henri Michaux (programme complet ici).

Parmi les artistes présents cette année: Antoine Wauters (lire ici), Milady Renoir (une des voix de la Voix des sans-papiers), l'actuel poète national Mustafa Kör, Serge Delaive, la championne d'Europe de slam poésie et formidable lectrice Marie Darah, Anne Provoost.

Divers événements en lien avec le Poetik Bazar ont déjà eu lieu depuis le 17 septembre, d'autres comme des parcours et des promenades poétiques sont toujours en cours (programme détaillé ici). La toute grande majorité des activités indoor et outdoor au cours des trois prochains jours sont gratuites, pas les trois soirées (ici).









vendredi 20 mai 2022

Une lauréate bilingue au concours de poésie transfrontalier "Je te Poème"

Neuf des dix lauréats étaient présents à Passa Porta. (c) Caroline Lessire.

Soirée poésie jeudi soir à Passa Porta où se clôturait l'idée 2022 de Flirt Flamand, en collaboration avec la Foire du livre et Bruxelles et la maison internationale des littératures Passa Porta, "Ik poëzie je graag / Je te poème", soit un concours de poésie transfrontalier dont le premier et le dernier vers imposés avaient été écrits par Lize Spit et Thomas Gunzig (lire ici), le couple de #THOMIZE. Les dix poèmes finalistes ont été lus dans leur langue originale, leur traduction dans l'autre langue étant projetée sur un écran, en présence de neuf des dix auteurs. Suspense pour eux et leurs accompagnants car seul/e, le/la lauréat/e était au courant de son prix.

Soirée bonne humeur car si Lize Spit, absente, est intervenue via une vidéo projetée, Thomas Gunzig était bien là et a expliqué que Lize et lui avaient tiré à pile ou face pour savoir qui écrirait quel vers. Le sort ayant désigné Lize pour le premier, "Une pieuvre a trois cœurs", fruit de recherches sur internet, Thomas a plongé dans son imagination pour dégainer le dernier, "Et quand l'un après l'autre ils se taisent, la nuit tombe dans les fonds marins."

Soirée poésie, les dix poèmes finalistes (cinq francophones, cinq néerlandophones) témoignant d'une réjouissante variété de ton et d'approche. En réalité, ce sont plus de 700 participants qui ont complété l'espace libre entre les deux vers pour créer leur poème: 481 néerlandophones et 234 francophones. Un chiffre qui enchante les organisateurs qui, en croisant très fort leurs doigts, en espéraient 500. Les 735 poèmes sont à lire ici.

Soirée bonne humeur car les finalistes devaient répondre à quelques questions sur un podium décoré de fanfreluches roses. Surprise de découvrir leurs origines géographiques à ce concours de poésie, certes sur internet mais belge au départ: deux venaient des Pays-Bas, un de Paris et un de Bretagne.

Soirée poésie quand a été dévoilé le nom de la lauréate, Céline Delattre, 41 ans, parfaitement bilingue, originaire de Tournai et installée actuellement à Courtrai par amour, pour son poème "Encre marine". Elle s'exprime dans les deux langues, sans doute davantage en néerlandais, mais a écrit son poème en français! "On ne pouvait pas rêver mieux", commente Els Aerts de Flirt Flamand.

"J'écris lentement", a commenté la gagnante. "C'était aussi le cas pour ce concours. Le premier vers de Lize, “Une pieuvre a trois cœurs”, m'a entraînée à mon insu dans le monde sous-marin. Ce n'est qu'au tout dernier moment que j'ai achevé le poème en le débarrassant de ses clichés."

Le poème gagnant.

Soirée bonne humeur
quand la lauréate a découvert ses cadeaux, les deux annoncés lors du concours, soit une publication dans la revue "Poëziekrant" et une nuitée dans le studio de la résidence de Passa Porta, et un troisième, surprise, une parure de lit Flirt Flamand où a été imprimé son poème.


Céline Delattre et Thomas Gunzig. (c) Caroline Lessire.


Le cadeau surprise. (c) Caroline Lessire.


Les  neuf autres finalistes sont:
  • Tako (Miranda Nijenhuis), "Drie liefjes geen"
  • Bauke Vermaas, "Frequentie"
  • Rita Horions, "Giftige inkt"
  • Antony Samson, "Octopussy"
  • Evelyne Dendoncker, "Strijdlied"
  • Dominique Theurz, "Atout"
  • Jean-François Joubert, "L'horloge sans heure"
  • Emma Massart, "La taciturnité des tambours"
  • Nicolas Collignon, "Pieuvre tonique"




mercredi 30 mars 2022

Créer un poème avec Thomas Gunzig et Lize Spit

Lize Spit et Thomas Gunzig nous invitent en poésie.

"Flirt Flamand", le concept est apparu lors de la Foire du Livre de Bruxelles 2019 dont la Flandre était l'invitée d'honneur (lire ici et ici). Une réussite qui a permis le rapprochement des auteurs, des éditeurs, des traducteurs et des publics francophones et néerlandophones. En 2020, l'aventure amoureuse a été "à la p(l)age" (lire ici). En 2021, année de confinement, elle a débouché sur plusieurs projets, des interviews d'auteurs, des rencontres entre lecteurs grâce au Matchmaker et même un mariage littéraire, celui de Thomas Gunzig et Lize Spit (#THOMIZE), dont les préparatifs ont donné lieu à de belles joutes oratoires sur internet (lire ici, ici et ici).

Cette année 20💓  où l'habituelle Foire du livre de Bruxelles a été annulée et remplacée par une Semaine du livre (lire ici), "Flirt Flamand" reprend encore du service, sous une autre forme, celle d'un concours de poésie transfrontalier ouvert au public, organisé avec la maison internationale des littératures Passa Porta. Une façon pour le projet de continuer à être le tiret entre nos littératures néerlandophone et francophone. 


"Ik poëzie je graag / Je te poème" invite à composer un poème avec Thomas Gunzig et Lize Spit. Les consignes sont simples:
  • le premier vers est écrit par Lize Spit
  • le dernier par Thomas Gunzig
  • on écrit dans l'espace entre les deux (maximum vingt-deux lignes en tout)
  • en français ou en néerlandais ou dans les deux langues
  • on ajoute un titre
  • on écrit en son nom ou sous pseudo
En résumé, chacun fait ce qui lui plaît mais avant le 29 avril, date ultime de réception des textes. 


Tout se passe en ligne (ici). Les consignes, l'écriture, la publication. Actuellement, 81 textes dont un quart en français figurent déjà déjà sur le site, le concours ayant été lancé le 21 mars. Ils peuvent être "likés", partagés sur les réseaux et téléchargés sous forme d'affiche.

Lize Spit et Thomas Gunzig sélectionneront un poème gagnant qui sera annoncé le 21 mai, deux mois après la journée mondiale de la poésie. Le poème vedette de "Flirt Flamand" sera traduit dans l'autre langue nationale et publié dans la revue "Poëziekrant". En outre, son auteur ou autrice recevra en cadeau une nuitée poétique dans le studio de la résidence de Passa Porta, au centre de Bruxelles. 
"Vous est-il déjà arrivé, dans votre enfance, de marcher le long d’un talus ou dans un pré et de cueillir des fleurs pour votre mère? C'est ce sentiment que la poésie éveille en moi, à ceci près que mon bouquet pour le lecteur, je le crée à travers l'écriture. Lire le poème d'un autre, c'est recevoir un bouquet fraîchement cueilli."
Lize Spit







jeudi 10 mars 2022

Louis-Philippe Dalembert, choix Goncourt belge

Louis-Philippe Dalembert (c) Marco Castro.


Pour la sixième fois mais de plus en plus nombreux au fil des années, les étudiants francophones et néerlandophones volontaires, appartenant à dix-sept universités et hautes écoles de Belgique, ont décerné mi-décembre via leurs représentants "leur" prix Goncourt (lire ici). Leur choix, basé sur la deuxième sélection de l'Académie Goncourt (lire ci-dessous), s'est porté au terme de trois heures de débats sur "Milwaukee Blues" de Louis-Philippe Dalembert (Editions Sabine Wespieser). Les étudiants disent avoir notamment été sensibles à la force du roman et à son écho à l'actualité.

Dans ce livre, l'auteur, né le 8 décembre 1962 à Port-au-Prince (Haïti) et vivant à Paris, s'inspire du meurtre de George Floyd en mai 2020 et de son "I can't breathe" (Je ne peux plus respirer). Il imagine le personnage d'Emmett, jeune noir au destin prometteur qu'un accident de la vie a fait basculer dans la précarité et les petits boulots. Il reviendra éreinté dans sa ville natale et mourra, on le sait, étouffé sous le genou d'un policier blanc, à cause d'une suspicion de faux billet. L'écrivain donne la parole à plusieurs personnes dont le gérant pakistanais de la supérette de Franklin Heights, un quartier au nord de Milwaukee, où a eu lieu le drame. Ceux et celles qui ont connu Emmett de son vivant, par exemple son ancienne institutrice, ses amis d'enfance ou sa fiancée du temps où il était à l'université, dressent le portrait attachant d'un homme qui aurait dû rester ordinaire. 

Pour lire en ligne le début de "Milwaukee Blues", c'est ici.

Louis-Philippe Dalembert sera à Bruxelles le jeudi 24 mars pour recevoir le Choix Goncourt de la Belgique et rencontrer les étudiants et les partenaires du prix au cours d'un entretien public qui aura lieu à Passa Porta (rue Antoine Dansaert 46, Bruxelles) à 20 heures.


Les établissements participants en 2021
HENALLUX, Université d'Anvers, Université de Liège, Université Saint-Louis, Université catholique de Louvain, Université de Mons, Arteveldehogeschool, VUB, HE Condorcet, KU Leuven, HELMO Sainte-Croix, Université de Gand, ULB, Karel de Grote Hogeschool, Haute Ecole de la ville de Liège, UNamur, Odisee.


Les neuf  livres en lice en 2021
  • "Le Voyage dans l'Est", de Christine Angot (Flammarion)
  • "La carte postale", d'Anne Berest (Grasset)
  • "Enfant de Salaud", de Sorj Chalandon (Grasset)
  • "Milwaukee Blues", de Louis-Philippe Dalembert (Sabine Wespieser)
  • "L'Éternel fiancé", d'Agnès Desarthe (L'Olivier)
  • "S'adapter", de Clara Dupont-Monod (Stock)
  • "Le voyant d'Étampes", d'Abel Quentin (L'Observatoire)
  • "La plus secrète mémoire des hommes", de Mohamed Mbougar Sarr (Philippe Rey)
  •  "La fille qu'on appelle", de Tanguy Viel (Minuit)

Palmarès
  • 2020 Hervé Le Tellier pour "L'anomalie" (Gallimard, lire ici)
  • 2019 Santiago Amigorena pour "Le ghetto intérieur" (P.O.L., lire ici)
  • 2018 Adeline Dieudonné pour "La vraie vie" (L'Iconoclaste, lire ici)
  • 2017 Alice Zeniter pour "L'Art de perdre" (Flammarion, lire ici)
  • 2016 Catherine Cusset pour "L'autre qu'on adorait" (Gallimard, lire ici)


Depuis 2016, la Belgique a son Choix Goncourt, auquel participent francophones et néerlandophones étudiant à l'université ou en haute école. L'opération est organisée conjointement depuis sa création par l'Ambassade de France en Belgique, la direction Europe de l'Ouest de l'Agence Universitaire de la Francophonie, l'Alliance française de Bruxelles-Europe et Passa Porta, la maison internationale des littératures à Bruxelles avec le soutien de l'Académie Goncourt.










mercredi 31 mars 2021

Il y en a un peu plus, je vous le mets? A propos de l'édition 2021 du Passa Porta Festival

Le PPF2021 s'est déroulé en digital.

Le Passa Porta Festival 2021 s'est tenu, on le sait du 21 au 28 mars (lire ici). Il s'est déroulé en digital, émaillant la semaine de rencontres littéraires plus merveilleuses les unes que les autres. Inconvénient de la formule: pas de présentiel. Avantage: la possibilité de tout suivre de chez soi, en direct ou en rediffusion, la plupart des événements étant même sous-titrés. Un fameux atout quand on ne maîtrise pas complètement une langue. Avantage au carré: la possibilité de revoir toute l'édition 2021 chez soi jusqu'au 5 avril. Mais attention il faut prendre les tickets au plus tard le 1er avril (ici).

Annelies Beck à Bruxelles et Maggie O'Farrell à Edimbourg.

Alors, si comme moi, vous n'avez pas tout vu tout de suite, foncez.
Dans ce que j'ai suivi, l'entretien avec Maggie O'Farrell était une merveille, celui avec Hervé Le Tellier d'une intelligente douceur, celui avec Eduardo Hualfon décoiffant, celui avec Adeline Dieudonné et Geneviève Damas sincère et intime, les New Voices in Brussels passionnantes... Bref, il me reste six jours pour éponger mes retards et je compte bien le faire.







dimanche 21 mars 2021

Des histoires racontées à domicile

Le comédiens Alexis Vandist,
dans le cadre de Brussels, City of Stories.


Dimanche 21 mars 17h20. On sonne. C'est Alexis Vandist qui vient me raconter trois histoires, comme ça, chez moi, dans le cadre de "Brussels, City of Stories", une initiative lancée par Passa Porta, la Foire du Livre, Le 140, Muntpunt, Picture festival, La Ville des Mots 2021 et la Chaire Mahmoud Darwich/Bozar, en ouverture du Passa Porta Festival. Le comédien bruxellois m'a lu trois histoires dans ma langue, le français, mais le projet propose quatre langues aux candidats à l'écoute, français, néerlandais, anglais et arabe, et adapte le choix des textes selon que le public est adulte ou enfantin. De quoi faire de Bruxelles une ville aux 1.001 récits. Bruxelles, cette ville où on décompte 184 nationalités.

Sac à dos et drapeau déposé, Alexis m'a donc lu trois histoires durant une quinzaine de minutes, en précédant chacune d'une courte introduction sur l'auteur.e. C'était juste parfait. Des textes bien choisis, fort bien transmis, avec pile ce qu'il faut d'intonation. De grands sourires et une belle disponibilité. Les deux premiers textes proposés concernaient Bruxelles. L'un avait été écrit par Joëlle Sambi Nzeba dans le cadre de l'opération "Courage" de Passa Porta l'an dernier, "Bruxelles c'est nous" (lire ici) et enseignait quelques mots de lingala. L'autre était la célèbre "Lettre à Bruxelles", pleine de mots et d'expressions mais sans ponctuation, de Laurence Vielle, poète nationale 2016-2018 (lire ici). Le troisième texte était l'inventif, amoureux et rigolo "La paire de chaussures", un des "Contes de la Rue Broca" de Pierre Gripari.

Ce 21 mars a été la première journée estampillée "City of stories", il y en aura quatre autres ce printemps (les 25 avril, 13 mai, 5 juin et 11 juillet). Comme pour une pizza, des sushis ou des fleurs, on réserve en ligne et un.e comédien.ne vous apporte l'histoire à domicile à l'heure dite. Il est aussi possible, comme on offre un verre de vin à une autre table au restaurant, d'offrir une histoire à quelqu'un.e, à condition d'être sûr que la personne sera chez elle au moment annoncé. Pour recréer du lien par des mots, des textes, des idées. Magnifique.
Infos ici.



En ouverture du PPF21, création d'une "Bourse Jacques De Decker – Ode à la curiosité"

Jacques De Decker à Flagey lors du PPF17,
entre l'écrivain Juan Gabriel Vásquez et Hugo De Greef, vice-président de Passa Porta.

Excellente nouvelle! En ouverture du Passa Porta Festival 21 qui débute aujourd'hui (lire ici), la maison internationale des littératures Passa Porta annonce la création d'une "Bourse Jacques De Decker – Ode à la curiosité", qui sera annuelle. On ne pouvait pas trouver meilleur thème pour rendre hommage à l'homme de lettres décédé l'an dernier, le 13 avril (lire ici). Jacques De Decker qui fut longtemps le président de Passa Porta a toujours défendu avec énergie et porté les lettres belges et autres de toutes ses forces. 

La "Bourse Jacques De Decker – Ode à la curiosité" entend perpétuer l'insatiable curiosité de celui qui fut un pilier du monde littéraire de part et d'autre de la frontière linguistique et un découvreur de  nouvelles façons de rendre la littérature vivante 

Ce dimanche 21 mars, appel à candidatures est lancé à tous les jeunes (jusqu'à 35 ans) créateurs et créatrices littéraires, Belges ou non:  auteurs et autrices, traducteurs et traductrices, éditeurs et éditrices mais aussi podcasteurs et podcastrices, DJ’s, créateurs et créatrices de jeux (vidéo ou non) et autres artistes.

Date limite de réception des projets: le 30 juin 2021.

En pratique, les candidat.e.s doivent rendre une description de leur projet à l'adresse connect@passaporta.be et le budget y attenant. Le jury choisira le projet répondant le mieux à différents critères: caractère novateur du projet, impact pour le public, durabilité, aspect participatif, aptitude à créer de nouveaux échanges par-delà la frontière linguistique. La Bourse est dotée de 5.000 euros et la réalisation du projet choisi pourra être accompagnée par l’équipe de Passa Porta.


vendredi 19 mars 2021

Un Passa Porta Festival 2021 de huit jours, une folle semaine de littérature


Bruxelles fêtera le printemps avec une nouvelle édition du Passa Porta Festival, qui se déroulera du 21 au 28 mars. Soit huit jours au lieu des deux et demi habituels. On s'en doute, la majorité des lectures, rencontres, conversations, débats, performances,.. se dérouleront en ligne, mesures sanitaires obligent. Quarante rendez-vous à suivre en direct, ou en replay jusqu'au 5 avril. Une édition qui usera moins les semelles des chaussures puisqu'il suffira d'un clic pour passer d'un rendez-vous à l'autre.

Si confinement et couvre-feu sont des murs, les mots et la littérature n'en ont cure. Intitulée "the author is present", cette édition 2021 du festival interroge les auteurs. Regardent-ils le passé? Imaginent-ils le futur? Se confrontent-ils au présent?

Sept auteurs ont été contactés par Passa Porta pour leur demander par quoi ils étaient traversés. Belges ou non, chacun depuis son coin du monde a répondu, à sa manière, de l'essai à la poésie, de l'écologie au plurilinguisme. Les sept textes inédits sont signés
  • du Belge résidant au Mexique Hubert Antoine, "Chiconneries", ici
  • de la Française Marie Darrieussecq, "Les Autres Animaux"
  • de la Nigériane installée aux Etats-Unis à Atlanta Chika Unigwe, "A Hand Across Her Back" qu'elle lira pendant le festival
  • de la Polonaise installée à Bruxelles Aleksandra Lun, "Antimatter", ici
  • du Britannique de Bath Max Porter, un long texte poétique qu'il lira pendant le festival
  • de la Hollandaise Marieke Lucas Rijneveld, un cycle de poèmes qu'elle lira pendant le festival
  • de la Camerounaise installée aux Etats-Unis Imbolo Mbue, "Power", ici

A ces sept s'ajouteront notamment l'Irlandaise Maggie O'Farrell, la Française Nastassja Martin, la Britannique Deborah Levy, la Franco-Marocaine Fatima Ouassak, l'Helvéto-Camerounais Max Lobe, les Belges Jean-Philippe Toussaint, Caroline de Mulder, Lisette Lombé, Lize Spit, David Vandermeulen, Stefan Hertmans, la Japonaise Yoko Ogawa, le Guatémaltèque Eduardo Halfon, le Tchèque Marek Sindelka, l'Argentine Samanta Schweblin, le Suisse Joseph Incardona, l'Ougandaise Jennifer Nansubuga Makumbi, le Norvégien Matias Faldbakken... Leurs noms permettent de comprendre qu'on aura du roman, de l'essai, de la bande dessinée et des surprises lors de leurs rencontres. En français, en néerlandais ou en anglais (avec des sous-titres bilingues lors des lectures).

Pour le dire autrement, les 80 intervenants et plus peuvent également se répartir ainsi:
35 écrivains vivant en Belgique
Adnan Adil - Ubah Cristina Ali Farah - Hasna Ankal - Avery Bertrand Iradukunda - Rua Breathnach - Véronique Clette-Gakuba - Geneviève Damas - Saskia De Coster - Caroline De Mulder - Heleen Debruyne - Adeline Dieudonné - Souad El Mesbahi - Andy Fierens - Dalilla Hermans - Stefan Hertmans - Zuher Karim - Lisette Lombé - Aleksandra Lun - Monem Mahjoub - Jeroen Olyslaegers - Hosheng Ossi - Grażyna Plebanek - Barrack Rima - Ammen S. Ogedengbe - Gaea Schoeters - Leslie-Sefora Sesa - Aiko Solovkine - Lize Spit - Tracy Tansia - Kristof Van Baarle - Charlotte Van den
Broeck - Nikkie Van Lierop - Katrien Vandenberghe - David Vandermeulen - Catherine
Vuylsteke

20 écrivains francophones
Hubert Antoine – Daniel Casanave – Véronique CletteGakuba – Geneviève Damas – Marie Darrieussecq – Caroline De Mulder – Adeline Dieudonné – Souad El Mesbahi –Joseph Incardona – Max Lobe – Lisette Lombé – Nastassja Martin - Carl Norac – Fatima Ouassak - Elisa Shua Dusapin - Aiko Solovkine – Lucie Taïeb - Jean-Philippe Toussaint – Kristof Van Baarle - David Vandermeulen

22 écrivains néerlandophones
Hasna Ankal - Simone Atangana Bekono - Avery Bertrand Iradukunda - Saskia De Coster - Heleen Debruyne - Andy Fierens - Dalilla Hermans - Stefan Hertmans - Lisette Ma Neza - Malique Mohamud - Jeroen Olyslaegers - Ilja Leonard Pfeijffer - Marieke Lucas Rijneveld - Ammen S. Ogedengbe - Gaea Schoeters - Leslie Sefora Sesa - Lize Spit - Tracy Tansia - Charlotte Van den Broeck - Nikkie Van Lierop - Katrien Vandenberghe - Catherine Vuylsteke

7 écrivains anglophones
Deborah Levy - Jennifer Nansubuga Makumbi – Imbolo Mbue - Maggie O'Farrell - Max Porter - Douglas Stuart - Chika Unigwe

20 écrivains en langue étrangère
Adnan Adil - Ubah Cristina Ali Farah - Rua Breathnach – Tania Haberland - Eduardo Halfon – Matias Faldbakken – Roy Jacobsen – Mia Kankimäki – Zuher Karim – Aleksandra Lun - Monem Mahjoub – Lamia Makaddam – Jakub Małecki – Hosheng Ossi - Grażyna Plebanek - Barrack Rima – Judith Schalansky – Samanta Schweblin – Marek Šindelka – Yoko Ogawa

9 traducteurs littéraires:
Najoua Bentayeb - Elizabeth Bryer - Linda Coverdale - Katelijne De Vuyst - Catherine Gibert - Charles Recoursé - Lori Saint-Martin - Saskia van der Lingen - Theo Veenhof
La semaine qui vient sera donc une folle semaine de littérature, à suivre en ligne en direct ou en différé jusqu'au 5 avril, le matin, le midi, l'après-midi, le soir ou même la nuit. Des grands entretiens, des rencontres à propos de nouveaux livres, des thématiques, des présentations originales...

Quelques temps forts

Dimanche 21 mars
18:00-19:00 Lecture de son texte par Max Porter
20:00-21:00 Rencontre avec Maggie O'Farrell, à l'occasion de la sortie de son nouveau roman, "Hamnet" (Belfond), en anglais, sous-titré en français et néerlandais

Lundi 22 mars
17:00-19:00 Atelier d'écriture sur l'écologie avec Lisette Lombé

Mardi 23 mars
12:30-13:30 Alexandra Lun, son texte "Antimatière" et d'autres sujets (en anglais)
18:30-19:30 entretien entre Caroline Lamarche et Hervé Le Tellier, choix Goncourt de la Belgique (lire ici), gratuit.
21:30-22:30 Eduardo Halfon, dont "Cancion" vient de paraître (La Table ronde), en anglais, sous-titré en français et néerlandais

Mercredi 24 mars
14:30-15:30 Nouvelles voix en Belgique, le poète Irakien Zuher Karim, la romancière polonaise Grażyna Plebanek, l’auteur de BD Libanais Barrack Rima, gratuit, en plusieurs langues, sous-titré en français et néerlandais
15:30-16:30 Nouvelles voix en Belgique, l'Italienne d'origine somalienne Ubah Cristina Ali Farah, le poète et écrivain syrien kurde Hosheng Ossi et le poète et philosophe libyen Monem Mahjoub, gratuit, en plusieurs langues, sous-titré en français et néerlandais
17:30-18:30 Geneviève Damas et Adeline Dieudonné, romancières, dramaturges, comédiennes et féministes, gratuit
20:00-21:00 l'épopée éditoriale de "Sapiens" de Yuval Noah Harari, essai passé en bande dessinée par le Belge David Vandermeulen (au scénario) et le Français Daniel Casanave (au dessin)
21:30-22:30 Caroline De Mulder ("Manger Bambi", Gallimard) et Joseph Incardona ("La Soustraction des possibles", Finitude) à propos du goût du pouvoir

Jeudi 25 mars
14:30-15:30 Chika Unigwe et son texte "A Hand Across her Back", en anglais, sous-titré en français et néerlandais
22:30-23:30 Douglas Stuart, lauréat du Booker Prize 2020 pour son premier roman, "Shuggie Bain", non encore traduit en français, en anglais

Vendredi 26 mars
18:30-19:30 Jean-Philippe Toussaint et l'idée de perte
19:30-20:30 Yoko Ogawa, en japonais, sous-titré en anglais

Samedi 27 mars
10:30-11:30 Lize Spit et son nouveau roman, en néerlandais et français
18:30-19:30 Aleksandra Lun et la langue dans laquelle on écrit, en anglais

Dimanche 28 mars (heure d'été)
14:30-15:30 Hubert Antoine ("Les Formes d'un soupir", Verticales), Elisa Shua Dusapin et Max Lobe à propos de l'endroit d'où ils écrivent
18:30-19:30 Marie Darrieussecq, Nastassja Martin et Lucie Taïeb à propos de l'écologie
20:00-22:00 Poésie
20:30-21:30 Max Porter, celui qui avait ouvert le festival


En pratique
Une partie des 40 rendez-vous du festival sera visible gratuitement.
Les autres seront accessibles selon deux formules, ticket unique ou Festival Pass, donnant accès à tout.
Programme complet, spécifiant la langue des rencontres ici.
Renseignements et réservations ici.


mardi 16 mars 2021

Hervé Le Tellier, choix Goncourt de la Belgique



Décerné depuis 2016 par les étudiants universitaires francophones et néerlandophones de Belgique (lire ici et ici), le choix Goncourt de la Belgique 2020 avait été attribué le 15 décembre 2020 à Hervé Le Tellier pour "L'Anomalie" (Gallimard), prix Goncourt 2020 (lire ici).

Le jury, composé de seize représentants de seize universités et hautes écoles francophones et néerlandophones, avait délibéré lors d'une réunion virtuelle le 15 décembre 2020. Ils s'étaient ainsi fait les porte-voix des 200 étudiants qui participent chaque année à ce prix.

Les étudiants disent avoir apprécié:
  • le caractère hybride du roman, à la croisée de nombreuses formes littéraires,
  • la réflexion philosophique et le regard critique portés sur la vie humaine dans un ouvrage très original et très référencé et malgré tout accessible,
  • l'humour de l'auteur, mis au service d'une intrigue prenante et efficace.
La remise du choix Goncourt de la Belgique s'est tenue ce mardi 16 mars à la Résidence de France, en présence de l'Ambassadrice de France en Belgique, Hélène Farnaud-Defromont, de Pierre Assouline, membre de l'Académie Goncourt et parrain du choix Goncourt de la Belgique, et de Caroline Lamarche, prix Goncourt de la Nouvelle en 2019 et marraine belge du choix Goncourt de la Belgique.
"Le Choix Goncourt de la Belgique est une initiative de grande qualité qui fête cette année sa cinquième édition", a déclaré l'ambassadrice. "Il accorde une place centrale aux jeunes générations qui sont au cœur de la relation entre la France et la Belgique. Par sa mise en commun du plaisir de la lecture et de la culture du débat, ce prix littéraire est une très belle illustration du rôle fédérateur et inclusif de la culture".

Hervé Le Tellier a eu ces mots:
"Beaucoup de fierté, et le regret de ne pas avoir fait d'un de mes personnages, Lucie Bogaert, au nom flamand, une véritable Belge."

Une rencontre avec Hervé Le Tellier sera diffusée gratuitement en ligne le 23 mars à 18h30 dans le cadre du Festival Passa Porta, et sera accessible jusqu'au 6 avril. 

Le choix Goncourt de la Belgique est organisé par l'Ambassade de France en Belgique en partenariat avec l'Agence universitaire de la Francophonie Europe de l'Ouest, l'Alliance française de Bruxelles-Europe et Passa Porta, la maison internationale des littératures à Bruxelles.























Enfin, afin d’accompagner le réseau des librairies belges, l’Ambassade de France mettra à leur disposition des outils de communication « Choix Goncourt de la Belgique ».

samedi 28 mars 2020

L'"Avis à la population" de Joke van Leeuwen

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque5

Joke van Leeuwen.

On ne sait trop si Joke van Leeuwen est une auteure-illustratrice et poétesse Néerlando-Belge ou Belgo-Néerlandaise tant la native de La Haye (1952) a de liens avec la Belgique. Elle y a déménagé, étudié, vécu, ce qui est de nouveau le cas aujourd'hui. Joke van Leeuwen crée principalement des albums, des pièces de théâtre et des romans pour la jeunesse. Egalement des œuvres pour adultes, en fiction et en non-fiction. Il est vraiment dommage qu'elle soit aussi mal connue en français, sauf dans le domaine de la jeunesse où elle est un peu traduite. Car sa plume est particulièrement intéressante. Quand Joke écrit, et elle écrit beaucoup, elle passe le monde à la moulinette originale de son esprit libre et imaginatif, elle joue avec la langue (courage aux traducteurs).

Citons pour la jeunesse

  • son délicieux roman philosopho-humoristique "Tchip-tchip!" (traduit du néerlandais par Maurice Lomré, l'école des loisirs, "Neuf", 1996)
  • son autre roman célèbre, "Libérez mon frère", avec Malika Blain (traduit du néerlandais par Maurice Lomré, l'école des loisirs, "Médium", 2002)
  • ses albums auto-illustrés "Saipas" et "Qui a vu ma sœur?" (traduits du néerlandais par Emmanuèle Sandron, La Joie de Lire, 2006 et 2007)
  • et enfin, plus récemment, le roman "Quand c'était la guerre et que je ne comprenais pas le monde" (traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron, Alice Jeunesse, 2016)





Il y a vingt ans, à Namur, Joke van Leeuwen me disait: "J'ai écrit ma première histoire à cinq ans. Elle était très courte, c'était un "a". Essayez. Lisez-la. Elle peut être une simple lettre ou le rugissement effrayant d'un tigre!" Elle adore raconter que son nom signifie "blague des lions" quand on y mélange l'anglais et le néerlandais. Et elle explique sa façon de concevoir son métier: "Une image apparaît dans ma tête, puis le petit film grandit, je marche, je pense beaucoup, je commence alors à écrire sans nécessairement connaître la fin."

En ces temps de coronavirus et de distanciation sociale, Passa Porta, la maison internationale des littératures à Bruxelles a demandé à une série d'auteurs nationaux et internationaux, de rédiger un "Avis à la population" personnel en direct de leur salle d'écriture. La première contribution est celle de Joke van Leeuwen, l'une des voix du DeadLadiesShow#2, malheureusement reporté.

La voici, écrite le 19/3/2020 et traduite du néerlandais par Judith Hoorens.




COVID-19

1. C'est l'herbe entre les quelques proches d'un défunt connu de tous.
2. C'est le magnolia (non cité comme raison absolument nécessaire de quitter sa maison) qui jubile au coin de la rue.
3. C'est le type qui gare son vélo et décharge de son dos transpirant un cube de plats qu’il n'aurait pas choisis lui-même.
4. C'est le bleu sur le visage de l'infirmière qui porte des masques trop serrés à longueur de journée et a deux enfants.
5. C'est le mannequin qui exhibe une robe de soirée à paillettes dans la vitrine d'une célèbre rue commerçante devant trois moineaux et un chat perdu.
6. C'est la mousse entre les dalles de la terrasse d'un café qui a attendu tout l'hiver la première vraie journée de printemps.
7. C'est l'institutrice qui continue à lire par écrans interposés le livre qu'elle avait commencé en classe, parce qu'on veut tous savoir comment se termine ce qui a commencé.
8. C'est être seul entouré de meubles patients et de livres avec des phrases oubliées et se parler à soi-même à haute voix, même sans attendre de réponse.
9. C'est le souvenir des journaux qu'un grand-père découpait en feuilles de papier toilette, de fesses d’enfants essuyées avec l'actualité internationale.
10. C'est le chant d’un oiseau matinal au cœur de la ville qui n'est pas étouffé.
11. C'est enfin ranger une armoire et retrouver quelque chose qu'on croyait perdu à jamais.
12. C'est la caisse vide d’un magasin désert où s'expose tant de vaisselle qui peut se briser.
13. C'est la vieille dame qui se demande où sont passés ses petits-enfants, parce qu'elle en a, ou pas ?
14. C'est le balcon qui sert de scène à une chanson que les voisins peuvent chanter aussi.
15. C'est se rendre compte le soir que la serrure de nuit est restée toute la journée sur la porte d’entrée.
16. C'est la famille qui soudain ne rentre plus tout à fait dans une seule maison.
17. C'est l’église vide dans laquelle Allez en paix est encore suspendu entre les piliers.
18. C'est le dernier baiser mouillé autorisé par le gouvernement qui brûle encore sur les lèvres.
19. C'est



jeudi 16 janvier 2020

Victoire de la mémoire

Par Sarah Trillet, invitée de LU cie & co


Santiago H. Amigorena. (c) Sarah Trillet.


Le dixième roman de Santiago H. Amigorena, "Le Ghetto intérieur" (P.O.L., 191 pages) vient s'imbriquer dans la vaste entreprise autobiographique du romancier né à Buenos Aires le 15 févier 1962, qu'il a nommée "Le Dernier Livre" et révèle un nouveau pan de son histoire. Evoquant la tragédie de la Shoah sous un angle original, il démontre de façon sublime la mécanique d'une transmission transgénérationnelle.

La narration se concentre sur le poids de l'exil du grand-père maternel du romancier. Vicente Rosenberg quitte la Pologne en 1928 pour s'installer en Argentine. Un exil qui lui permet, quinze ans plus tard, d'échapper au destin tragique des juifs restés au pays mais qui, dans le même temps, le précipite dans un abîme où tous ses repères volent en éclat.

Dès 1940, il assiste, impuissant, à la dégradation de la situation en Europe, voit les murs du ghetto de Varsovie se refermer sur sa mère, l'arrière-grand-mère de l'auteur. A mesure que les lettres de cette dernière disent et révèlent l'horreur, la conscience de Vicente, marié à Rosita et père de trois enfants désormais, se paralyse. Il se vide de ses mots.

Le silence est désormais la seule traduction possible de l'irreprésentable, de la culpabilité et de son identité rétrécie. Vicente devient incapable de se situer, de faire "un" et de trouver du sens à ses différentes appartenances, mari, père, fils, et sa judéité.  Avec force et une délicate pudeur, Santiago H. Amigorena nous fait entrer au plus près de l'intimité de Vicente. Il redonne une voix et des mots à son silence. On en perçoit la densité et ce qui se débat derrière ses murs intérieurs, et le processus - terrible - de l'effondrement de soi qui est en cours.

"(...) il allait éprouver une double haine de lui-même que jamais le fait de se sentir juif n'allait soulager. “Pourquoi jusqu'aujourd'hui j'ai été enfant, adulte, polonais, soldat, officier, étudiant, marié, père, argentin vendeur de meuble, mais jamais juif? Pourquoi je n'ai jamais été juif comme je le suis aujourd'hui - aujourd'hui où je ne suis plus que ça."

"(...) C'est comme si maintenant il pouvait tout exprimer sans le moindre mouvement de ses lèvres (...) son regard est devenu beaucoup plus bavard que ne l'était sa bouche du temps où il parlait encore. C'est comme s'il y avait une quantité très grande et en même temps très définie de choses à dire et qu'elles avaient juste trouvé une autre forme d'expression, un nouveau langage qui leur convenait à merveille."

Nous suivons, tout aussi impuissants, le quotidien de Vicente et de sa famille, quasi caméra à l'épaule, jusqu'aux dernières pages, poignantes, où le romancier réapparaît et reconnecte l'histoire de Vicente à la sienne. Nous sommes alors les témoins du lien ultime qu'il établit entre le silence de son grand-père et celui qu'il a reçu en héritage. Et par là-même, qui réinscrit ce roman au sein d'une histoire tenant de l'universel.

"J'ai souvent affirmé, en écrivant, que j'écrivais seulement pour survivre à mon passé. J'ai souvent écrit que l'oubli était plus important que la mémoire (...) Aujourd'hui pourtant (...) j'aime penser que Vicente et Rosita vivent en moi, et qu'ils vivront toujours lorsque moi-même je ne vivrai plus - qu'ils vivront dans le souvenir de mes enfants qui ne les ont jamais connus, et dans ces mots, que grâce à mon cousin aîné, j'ai pu leur adresser."

Santiago H. Amigorena.
(c) H Bamberger/P.O.L.
Avec "Le Ghetto intérieur", Santiago H. Amigorena a remporté les choix Goncourt 2019 de la Belgique et de la Roumanie.

Pour lire le début du "Ghetto intérieur", c'est ici.

Santiago H. Amigorena sera à Passa Porta (46 rue Dansaert, 1000 Bruxelles) pour une conversation avec Georges Didi-Huberman (infos ici).