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mercredi 23 mars 2022

Un troisième (et mini) tour au Picture Festival

Emile Seron expose son dernier album à la librairie Candide.

Après Bologne et Stockholm où ont été attribués lundi et mardi les plus prestigieux prix en littérature de jeunesse (lire ici et ici), retour à Bruxelles où le Picture Festival se tient jusqu'au 30 mars (lire ici). Cap sur la librairie Candide qui expose une série d'originaux très intéressants d'Emilie Seron, provenant de son dernier album jeunesse en date, "Boubou en était sûr", écrit par Karen Hottois (La Partie, 48 pages). Un rien plus grands que la version imprimée, très intéressants parce qu'on y distingue les détails de peinture, brillants ou carrément dorés.

Emile Seron expose son dernier album à la librairie Candide.


"Boubou en était sûr"
est un très bel album à deux voix et épistolaire à la fois, ce qui est assez rare dans la tranche d'âge à laquelle il s'adresse, celle des grandes maternelles. Il y est question d'amour, d'une évidence de sentiments qu'il faut exprimer, mais aussi d'hésitations, de confirmations, de reculades angoissées et de rencontre radieuse. Tout cela grâce aux bons soins du rat Fromage qui se charge de porter leurs missives aux deux amoureux, qui observe les réactions de Boubou et de Nadia et qui joue à l'intermédiaire pour que les deux enfants parviennent à se rencontrer.

L'histoire se développe agréablement, avec du suspense à propos des lettres échangées, et surtout  de la dernière, interceptée par un écureuil. Elle s'étend dans le temps, les illustrations montrant les changements de saison. Elle présente délicatement la fragilité de ceux qui sont dans l'état amoureux, surtout quand il se mue en un imbroglio plein de quiproquos qui seront finalement déjoués. Boubou, Nadia et Fromage déambulent dans des images finement réalisées, pleines de détails à observer, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur, la journée, le soir ou la nuit. Prenant et invitant de nombreux animaux aux côtés des deux enfants, le texte est porté par une typo grand format qui n'est pas sans rappeler le style des albums publiés notamment par les Editions des Femmes dans les années 1970.

Original et réussi, "Boubou en était sûr" aide à mettre en mots les émotions et les sentiments comme l'amour, des mots qui se coincent souvent, pour de multiples raisons.



"Boubou en était sûr", de Karen Hottois et Emilie Seron. (c) La Partie.


A savoir
  • Masterclasse avec Béatrice Vincent, éditrice à La Partie (ex-Albin Michel Jeunesse) le vendredi 25 mars à 17 heures à l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles (Rue du Midi 144, 1000 Bruxelles)
  • Séance de dédicaces d'Emilie Seron le vendredi 25 mars de 17h à 19h dans son exposition à la librairie Candide (Place Brugmann 2, 1050 Bruxelles).

jeudi 15 octobre 2020

Un Oiseau bleu peut en cacher d'autres

"L'Oiseau bleu" d'Isaure Fouquet. (c) MeMo.


"L'Oiseau bleu", c'est bien entendu la pièce de théâtre écrite en 1908 par l'écrivain belge Maurice Maeterlinck, prix Nobel de littérature en 1911. Se rappelle-t-on qu'elle fut jouée pour la première fois en 1908 au Théâtre d'art de Moscou de Constantin Stanislavski, adaptée au cinéma déjà deux ans plus tard, et jouée à Paris en 1911 au Théâtre Réjane?

"L'Oiseau bleu" est maintenant aussi un livre pour enfants de grande qualité, dû à Isaure Fouquet (MeMo, 32 pages), illustratrice et plasticienne. "Un oiseau parcourt le ciel. C'est l'Oiseau bleu. Ses ailes sont comme les rivières. Partout où il va, le bleu des eaux répond à l'Oiseau bleu", ainsi débute le texte. Car la particularité de cet album aux très jolies illustrations à la fois épurées et plutôt joyeuses, dont on perçoit le plaisir pris à les réaliser, et au texte imprimé en bleu ponctué d'onomatopées, "Sssszzzzzz, Brroom, Blip-blop, Ffllchhh,..", est que le périple de l'oiseau est mis en relation avec le cycle de l'eau.

Le départ. (c) MeMo.

A l'heure du grand départ, les hirondelles prennent leur envol. L'Oiseau bleu voudrait bien les rejoindre. C'est sans compter les caprices de Dame nature. Le tonnerre gronde, annonçant l'orage. Le ciel se déchire. L'Oiseau bleu est obligé de changer de cap, de se poser. Il perd ses guides ailés. Comment les retrouver? Grâce à l'aide de Mille-pattes, d'Escargot et de fleurs encore ensommeillées, le héros va finalement les retrouver. Les gouttes, les ruisseaux, les flaques,.. sont autant d'étapes qui le rapprochent de son objectif. "Comme l'eau des rivières, l'Oiseau bleu a parcouru la terre." Ce bel album est à la fois narratif, documentaire et poétique. L'auteure-illustratrice s'amuse avec les formes géométriques simples dans les pages, en aplats de couleur ou pas, dans un graphisme plaisant à la joie communicative.

L'orage. (c) MeMo.

Elégantes, esthétiques, pleines de détails à observer et diablement expressives, les illustrations d'Isaure Fouquet servent admirablement le propos de "L'Oiseau bleu". Plusieurs des originaux seront exposés à partir du vendredi 16 octobre et jusqu'au 12 novembre à la librairie Candide, 1-2 place Brugmann. L'artiste sera présente le vendredi à partir de 18h30.


L'aide. (c) MeMo.



Autre Oiseau bleu, ce canari bien jaune dont la tête sera bleuie en quatrième de couverture de l'album tout carton pour les tout-petits "A deux mains" de Katy Couprie (Editions Thierry Magnier, 22 pages). Il s'agit de la réédition, bienvenue, en format très légèrement réduit et avec une nouvelle couverture, d'un album paru en 2001. Quel plaisir de retrouver l'auteure-illustratrice et ses peintures tellement expressives. En quelques traits qui campent deux mains, elle dit tout, jouant habilement avec les couleurs de ses fonds d'image.

Vingt ans plus tard, ce très beau travail de représentations de mains dans différentes postures est toujours aussi réussi. Il explore ce qu'on peut faire avec ses deux mains . Se dire bonjour, se dire au revoir, jouer aux ombres chinoises, se faire peur, être en colère, montrer une direction, donner, travailler, dessiner, raconter, et même peindre la tête d'un oiseau en bleu! Un bel hommage à la créativité.


Ombre chinoise. (c) Ed. Thierry Magnier.



mercredi 20 février 2019

Sous la coquille de l'escargot

🎵"Escargot de Bourgogne 🎵
🎵 montre-moi tes cornes 🎵
🎵 Si tu ne me les montre pas 🎵
🎵 je te mets la tête en bas!" 🎵



Après "La Coccinelle", "Le Champignon" et "La Grenouille", Bernadette Gervais publie un nouveau documentaire à rabats à destination des plus jeunes, ceux qui sont en classes maternelles, sur un sujet bien baveux qui devrait leur plaire, "L'escargot" (Albin Michel Jeunesse). Avec en couverture, le célèbre escargot de Bourgogne. On apprendra vite en tournant les pages qu'on ne dit pas "cornes" pour le mollusque mais "tentacules oculaires". On apprendra aussi mille autre choses.

Le plan du livre est assez simple: description générale et détaillée, reproduction, estive et hibernation, alimentation, prédateurs, sortes du plus petit au plus grand ainsi qu'un jeu des sept erreurs en finale. Ce qui est réjouissant dans ce bon format, c'est la qualité des illustrations venant renforcer les informations, qu'elles apparaissant directement ou qu'on doive les débusquer derrière les rabats.

De la naissance à l'âge adulte. (c) Albin Michel Jeunesse.

Ce mercredi 20 février à 18 heures a lieu une rencontre avec Bernadette Gervais et le vernissage de l'exposition consacrée à ses nouveaux albums, "L'escargot" et "Légumes" (lire ici) à la Librairie Candide (1-2 place Brugmann, 1050 Bruxelles). L'exposition se tiendra jusqu'au 6 mars.


vendredi 11 janvier 2019

Bastien Contraire et Loïc Gaume chez Candide



Regardez le gif ci-dessus ou le carton ci-dessous. C'est vrai que le travail des auteurs-illustrateurs jeunesse Loïc Gaume et Bastien Contraire a un petit air de famille. Les deux artistes français, l'un installé à Bruxelles, l'autre pas, seront en tout cas présents ce vendredi 11 janvier à 18h30 à la librairie Candide (place Brugmann, 1-2 à 1050 Bruxelles) pour une rencontre qui vernira en quelque sorte l'exposition de leurs originaux (jusqu'au 1er février).




Bastien Contraire s'est fait remarquer avec son premier album jeunesse "Les intrus" (Albin Michel Jeunesse, 2016, lire ici), destinés aux plus jeunes. Un album aussi beau que rigolo, réalisé en pochoirs, technique que l'artiste autodidacte a découverte quand il a fondé en 2008, avec Romina Pelagatti, la maison d'édition et le fanzine Papier Gâché. Depuis, il la travaille et la décline, jouant avec les formes et les couleurs. Il crée des ensembles où se cache chaque fois un intrus. Un travail à la fois plastique et plein d'humour.


Les intrus. (c) Albin Michel Jeunesse.

Bastien Contraire accompagne ce premier livre de trois déclinaisons tout-carton, "Les intrus Animaux" (Albin Michel Jeunesse, 2016), "Les intrus Véhicules" (Albin Michel Jeunesse, 2017) et "Les intrus Aliments" (Albin Michel Jeunesse, 2018). Très réussis, tous les trois. Les animaux en jaune et mauve, les véhicules en bleu moyen et fuchsia, les aliments en vert et rouge. Ce choix de couleurs posées sur le blanc crème des pages crée de jolies gammes que soutiennent les choix par formes faits pour chaque page.



Dans chaque livre, ce sont douze devinettes qui sont proposées aux jeunes lecteurs (réponses en pages de garde arrière). C'est simple, joyeux et esthétique. Plein d'humour et parfois plus compliqué à trouver qu'on ne l'imagine. Car tout est dessiné, rien n'est écrit. L'idée de ces "intrus" multiples est excellente, aiguise le sens critique et réjouit l'œil. Il serait juste préférable que l'éditeur adapte la phrase d'ouverture, "Parmi ces choses se cache un intrus...", au sujet de l'album comme il l'a fait pour le troisième paru: "Parmi ces aliments se cache un intrus..." Pourquoi ne pas parler d'"animaux" et de "véhicules" dans les deux premiers?

Quel intrus parmi ces animaux? (c) Albin Michel Jeunesse.

Quel intrus parmi ces véhicules? (c) Albin Michel Jeunesse.

Quel intrus parmi ces aliments? (c) Albin Michel Jeunesse.




L'autre artiste exposé est Loïc Gaume qui a déboulé en littérature de jeunesse en 2016 avec un formidable petit format toilé de bleu et à la couverture imprimée en couleur or, "Contes au carré" (Editions Thierry Magnier, 88 pages), mention spéciale de la première œuvre aux BolognaRagazzi Awards la Foire de Bologne 2017 (lire ici). Soit trente-sept contes classiques transposés en séries de quatre cases illustrées. Une façon originale, audacieuse et percutante de résumer par le texte et l'image ces histoires bien connues.




"Contes au carré". (c) Editions Thierry Magnier.

Né en 1983 en France, Loïc Gaume vit à Bruxelles depuis ses études d'art à l'abbaye de La Cambre. Auteur-illustrateur jeunesse et graphiste, il a également créé  une micro-structure d’édition de bande dessinée contemporaine, Les Détails.


Loïc Gaume vient de publier l'album "Catastrophes!" (Editions Thierry Magnier, 48 pages), une histoire aussi dingue que jubilatoire de catastrophes qui s'enchaînent au départ d'un simple petit accident de voiture. A côté de cela, la marquise de la chanson de Ray Ventura peut aller se rhabiller.

De page en page et d'interjection en interjection, on suit les multiples tribulations que va vivre Monsieur, le conducteur de la voiture qui a fait une sortie de route et s'est retrouvée dans un sapin. Mais l'atout de cet album est que le beau papier mat de ses pages, illustré de dessins en noir, est découpé de multiples fenêtres rythmant encore davantage cette histoire endiablée, jusqu'à la chute apaisante. Ces fenêtres créent des aplats de très intéressants aplats de couleur.

Accident, incendie, carambolage, gel, patinoire, jambe cassée, ours, loups, éclipse lunaire, marche nocturne, avion abandonné, tempête, brouillard, accident, tigre, baleine, raz-de-marée, montagne, avalanche, volcan, sirène, épidémie, tremblement de terre, voilà quelques-uns des éléments disparates que l'auteur-illustrateur assemble dans une histoire haletante dont l'engrenage semble irrémédiable. Un remarquable traitement graphique, épuré mais drôlement efficace, sert admirablement les épisodes qui semblent voués à empirer. Encore un très beau travail plastique doublé d'une grande complicité avec le lecteur.



"Catastrophes!" (c) Editions Thierry Magnier.




mardi 18 avril 2017

"Dessins sans papiers" en visite à Bruxelles


"Dessins sans papiers" est un collectif français qui organise des ateliers de dessin dans des camps de migrants et dans des centres d'hébergement près de Paris. Il réunit journalistes, urbanistes, dessinateurs, étudiants, professeurs, réalisateurs, photographes, musiciens, artistes, activistes et d'autres. Le but? Construire un réseau de solidarité entre communautés et migrants, se rencontrer et faire circuler les dessins sans papiers. Une association, ATELIER SP, gère les dons de ce projet.

Un crowdfunding a permis au collectif de publier en février un livre réunissant 200 dessins, intitulé tout simplement "Dessins sans papiers" (Atelier SP, 200 pages, 20 euros). On y trouve des dessins bien entendu dont les auteurs sont originaires du Soudan, du Tchad, du Mali, d'Iran, d'Irak, de Syrie, d’Afghanistan... Autant de pays fuis pour des raisons qui apparaissent clairement dans les dessins. La guerre principalement, déclinée à toutes les échelles. Autant d'histoires dans ces dessins, autant de vies, de souvenirs qui devraient être entendus lors des demandes d'asile.

On y trouve aussi des témoignages écrits, en français et en anglais, dont celui de Mohamed Nour Wana, originaire du Soudan: "(...) Je suis la preuve vivante de toutes vos blessures, vos peines, vos pluies de balles, vos violences, vos tortures, vos crimes, vos larmes, vos mépris, vos pensées, vos souhaits, vos rêves. Je suis le résultat de la misère, du racisme, des violences, des crimes et de la terreur infligés aux autres. Je suis mille fois tous. Sans papiers, je ne suis pas une menace pour les autres. Et vous, qui êtes-vous?"

Ou celui d'Ershad Parsa, d'Afghanistan: "(...) nous sommes passe par 1 iran 2 turke 3 bulghare 4 maqdunia 5 serbie 6 salvania 7 italia et nous ne sommes pas venu ici par avion nous sommes quelques fois dans la voiture, nous sommes rencontrent dans le petit bateau, nous pensons que nous meurent chaque fois et maintenant nous sommes en France, mais France qu’est ce que tu fais avec refugiés? (...)"

Quelques dessins de réfugiés provenant du recueil.

Abdel Fadeil (Soudan). (c) Dessins sans papiers.

Amar Tiger (Afghanistan). (c) Dessins sans papiers.


Fathel Zamn. (c) Dessins sans papiers.
Narin Hassan (Syrie). (c) Dessins sans papiers.

Ahmed Gadisa (Ethiopie). (c) Dessins sans papiers.

Zimkhang Tenzin Khedup (Tibet). (c) Dessins sans papiers.


Le livre "Dessins sans papiers" sera présenté et mis en vente à la librairie Candide (1-2 place Brugmann, 1050 Bruxelles) le jeudi 20 avril à partir de 18 heures. L'occasion de découvrir la démarche du collectif, de rencontrer des associations belges qui viennent en aide aux migrants et de visiter la petite exposition de reproductions de dessins tirés du livre qui sera visible jusqu'au 27 avril.
Le livre se vend 20 euros dont 10 seront reversés, en ce qui concerne les ventes chez Candide, à des associations belges, désireuses elles aussi de lancer de tels ateliers.

A ce propos, un premier atelier pour les hébergés aura déjà lieu le mercredi 19 avril à Bruxelles, au Centre Maximilien, en compagnie de Nathalie Dupont, professeure de français, et de l'artiste @Geraldine Marchal. Certains dessins réalisés alors pourraient bien se retrouver aux cimaises de la librairie le jeudi.

Atelier de Dessins sans papiers

"La première fois que nous avons organisé un atelier sur le camp de la Halle Pajol à Paris", explique le collectif, "des passants qui longeaient les tentes ont commencé à s'arrêter, et des échanges se sont engagés avec ceux qui dessinaient. On a continué à apporter des feutres et du papier dans les camps chaque semaine pendant tout l'été, à Pajol puis à Jaurès devant les bureaux de France Terre d'Asile, sur les tables de La Rotonde à Stalingrad, et dans des centres d'hébergement à Paris et à Nantes depuis la rentrée. 

Sur chacune de ces feuilles, il y a une histoire qui échappe à l'anonymat et à Google Translate. Ici les migrants nous font un don. Ils nous confient aussi une mission: partager ces histoires avec ceux qui veulent comprendre leur situation, au-delà des chiffres et de la politique."

Autant d'histoires que de dessins (c) Dessins sans papiers.

Le livre prend forme. (c) Dessins sans papiers. 

Pour suivre le collectif "Dessins sans papiers" sur Facebook, c'est ici.


Cet événement du 20 avril est une excellente manière de se préparer à la "Journée solidaire avec les personnes exilées" dont l'un des points forts sera la vente de dessins originaux au profit des réfugiés qui aura lieu le mercredi 10 mai à Molenbeek. Mais on en reparlera bien entendu.


mercredi 8 février 2017

L'enfant qui fit de deux femmes des mères

Patricia Emsens. (c) Editions des Busclats.

La Belge Patricia Emsens publie son second roman, "Deux mères pour une fille" (Editions des Busclats, 208 pages). Un fort joli livre sur un sujet assez rare, l'adoption d'un enfant d'ici. Expérience que la romancière a vécue sans qu'elle ne se glisse dans son héroïne de papier.  C'est l'histoire d'une famille et non un roman autobiographique. Le texte pourra surprendre ceux qui n'habitent pas en Belgique. Régulièrement, des petites phrases arrivent en néerlandais, langue du lieu. Pas d'affolement, les traductions en français sont en notes de bas de page.

L'histoire se déroule dans un passé assez proche, les années 1950 et 1960, qui témoigne néanmoins d'une autre époque, d'autres modes de vie, d'autres manières de penser. Quoique, on croise pas mal de rebelles dans les pages. On est dans le nord de la Belgique, du côté d'Anvers, pas loin de la frontière avec les Pays-Bas. Là-bas, en Hollande, est née le 25 avril 1950 Greta Devries, l'enfant d'amours sans lendemain de sa mère et un soldat américain en mission. Anke n'a toutefois pas voulu accoucher sous X. Elle a choisi l'autre formule, garder le bébé pendant huit semaines, lui donner son nom, puis le remettre aux bonnes sœurs d'un couvent proche. Avec une petite poupée en souvenir de ces deux mois.

C'est là que Jan et Lucie Van Daele sont allés chercher Greta, trois ans plus tard, afin de l'adopter. Le médecin et l'institutrice ont décidé de lui donner un nouveau prénom, Annemie. La petite fille découvre sa nouvelle vie, sa nouvelle famille, une nouvelle langue, le français, et grandit petit à petit. On la voit évoluer, s'adapter, se découvrir, apprendre à aimer et être aimée. Si ses parents sont parfois maladroits, ils sont pleins de bonne volonté. Greta parle encore parfois à l'oreille d'Annemie. Mais elle trouve sa place dans la famille, entre sa grand-mère, Maria la bonne de toujours, ses oncles et tantes dont Mia, ses cousins-cousines. Elle sait qu'elle a aussi une mère de naissance mais n'en parle guère.

En parallèle, Patricia Emsens raconte le couple douloureux que forment Jan et Lucie et ceux, également difficiles, de leurs parents. Avec les parts de lumière, d'ombre et de secrets qu'ont toutes les familles - la guerre est toujours présente.

A l'adolescence d'Annemie, les choses vont se corser. Criser. Comme si ce qui avait été dit ne suffisait pas. Comme si l'amour et la tendresse étaient insuffisants. Mais Lucie veille, maternelle, patiente, attentive, confiante, discrètement présente comme elle l'a toujours été. Elle sait qu'elle est devenue mère parce qu'une autre mère a laissé son bébé. Ecrit au présent, "Deux mères pour une fille" explore avec beaucoup de délicatesse cette attachante famille de papier et particulièrement la relation entre Lucie et Annemie, tout en campant de beaux personnages secondaires, dont le géant Johan et l'ami imaginaire Wim.

Patricia Emsens sera ce mercredi 8 février à 19 heures à la librairie Candide (1 place Brugmann, 1050 Bruxelles) pour une rencontre autour de ce livre.