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jeudi 6 avril 2023

Cinq moments de la Foire du livre de Bruxelles

Louis Joos.


Record d'affluence pour la 53e Foire du livre de Bruxelles qui s'est tenue à Tour & Taxis du 30 mars au 2 avril. Les organisateurs annoncent qu'elle a généré 80.000 tickets. S'ils n'ont peut-être pas tous donné lieu à une visite, il y a eu un monde inouï dans les allées tout au long du week-end. Et partout, une fois que la signalétique avait été améliorée, indiquant en grand que la visite se poursuivait dans un autre bâtiment, celui de la Gare Maritime. Comme chaque fois, il y a eu les auteurs qui généraient des files incroyables de chasseurs d'autographes, Amélie Nothomb, Eric-Emmanuel Schmitt, Grégoire Delacourt pour ne citer qu'eux, et il y a eu ceux qui ont attendu le client/le lecteur. Comme chaque fois, il y a eu les maisons d'édition et les librairies qui ont super bien vendu, et il y a eu les maisons d'édition et les librairies qui ont dû remballer leur stock. Comme chaque fois, il y a eu les rencontres qui faisaient salle comble et il y a eu celles où les sièges sont restés vides. C'est la loi d'une Foire du livre à Bruxelles, le côté positif 2023 étant l'enthousiasme des visiteurs qui y sont revenus en masse.


Louis Joos à l'honneur

Parmi les rencontres peu suivies, celle organisée dimanche après-midi autour de Louis Joos. Notre merveilleux illustrateur était accompagné de Rascal, son vieux complice, et de son ami auteur-illustrateur Pascal Lemaître. La conversation précédait la remise, des mains de Nadine Vanwelkenhuyzen, directrice générale adjointe au Service général des Lettres et du Livre, du Prix de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour sa contribution au rayonnement de la littérature jeunesse en Belgique francophone.  Un maigre public d'une petite vingtaine de personnes, membres du jury l'ayant couronné, membres d'une fondation privée, personnes de sa maison d'édition ou famille du lauréat. Quel dommage!

Quoi qu'il en soit, ces lauriers sont une excellente nouvelle et une juste consécration, couronnant un immense artiste en littérature, jeunesse, BD et jazz, et en peinture (lire ici). Autre motif de réjouissance, la sortie en septembre d'un nouvel album jeunesse illustré par Louis Joos sur un texte de Rascal, "Buffalo Kid" (l'école des loisirs, Pastel). Cette histoire de bisons en Amérique arrivera plus de dix ans après la précédente, "Mère magie" (texte de Carl Norac, même éditeur). Un projet dont Louis Joos m'avait déjà parlé fin 2017 (lire ici en pages 32 à 37). Un album qui s'est créé comme les précédents du duo Rascal-Louis Joos: le premier compose une ébauche de texte, le second dessine et fait quelques suggestions, le premier écrit le texte définitif sur base des dessins réalisés.

Editeur jeunesse écoresponsable

Maison d'édition jeunesse créée à Nantes en 2019, La cabane bleue publie des livres illustrés pour sensibiliser les enfants à la protection de la planète dans une démarche 100 % écoresponsable. C'est-à-dire, quatre titres par an maximum, bien conçus et accompagnés, tous sur le même format pour optimiser l'impression réalisée en France, sans couverture à pelliculage plastique, avec des droits d'auteur supérieurs à la moyenne, distribués en Belgique par Makassar.

Les titres des différentes collections montrent bien combien chaque album apparaît original dans l'océan de livres jeunesse publiés sur tout et n'importe quoi. La collection "Mon humain et moi" présente des personnes célèbres par le biais de leur animal. "Les herbes folles" évoquent la nature et l'écologie autrement. "Suis du doigt" invite l'enfant à déterminer son parcours dans les pages qui lui présentent une espèce menacée. "Les histoires" réunissent des fictions sur les questions écologiques. Catalogue complet ici.

Aglaé, par Giulia Vetri. (c) La cabane bleue.

Revenons sur l'album documentaire "Charles et moi" d'Emmanuelle Grundmann aux textes et Giulia Vetri aux illustrations (La cabane bleue, 2019, 28 pages). Bien sûr, il y sera de la découverte de la théorie de l'évolution par Charles Darwin. Mais toute l'originalité de l'album tient dans le fait que la narratrice en est Aglaé, le poulpe que le naturaliste a capturé en 1832 près des îles du Cap-Vert et installé dans un bocal posé sur son bureau à bord du Beagle. Aglaé nous raconte l'homme en face d'elle, ses recherches, ses découvertes et l'évolution de leur relation. Un point de vue original et percutant porté par de somptueuses illustrations. Dès 8 ans.


Poésie jeunesse voyageuse

Quelle belle rencontre que les mots de la Belge Béatrice Libert et les dessins de Kotimi, une Japonaise vivant depuis longtemps à Paris (lire ici). Leur recueil de poèmes, "Voyages à perdre haleine" (Motus, 64 pages) est une puissante invitation à bouger. Qu'on soit une valise, un voyageur, un chapeau, un vaisseau spatial, un éléphant ou un escargot... C'est que chez la poétesse à la belle imagination, à la toute aussi grande tendresse et à l'humour très présent, tout peut voyager. Les humains comme les animaux ou les objets. Cela donne lieu à de formidables petits textes, souvent fantaisistes, où la première phrase ne permet en général pas de deviner la dernière. Ce merveilleux pouvoir de la poésie de tout déménager est transcendé par les illustrations de Kotimi qui a réinterprété chaque poème pour le porter encore plus loin. Combien de kilomètres parcourt-on dans cet excellent recueil? La question ne demande pas de réponse car le plus important est l'envie de remuer, de bouger, de voyager, que distillent irrésistiblement toutes ces doubles pages. Pour tous dès 6 ans.

In "Voyages à perdre haleine". (c) Motus.


Multiples familles animales

On ne cesse de parler de la multiplicité des familles chez les humains. Qu'en est-il chez les animaux, s'est demandé Karine Granier-Deferre dans son premier album documentaire junior, "Naître animal", fort bien illustré par Marie Caudry (Casterman, 48 pages). En vingt-six histoires, elle démontre que chez les animaux, la famille est tout aussi diversifiée que chez les humains, lesquels apparaissent en dernière double page. Il y a ceux qui inversent les rôles traditionnels comme la hyène. Il y a des mères célibataires, chez l'orang-outan par exemple. Il y a ceux qui changent de sexe par nécessité, cela arrive chez le poisson-clown et chez l'albatros.

L'auteure nous raconte tout cela avec force détails dans de petits textes ciselés, aux titres littéraires, le noms des espèces présentées apparaissant dans le cartouche scientifique. Ils sont superbement accompagnés par les dessins de Marie Caudry.

Présente à la Foire du livre de Bruxelles, Karine Granier-Deferre a répondu à mes questions.

Pourquoi "Naître animal"? "C'est un documentaire différent. Il fait écho aux changements de modèles familiaux dans la société. Je ne porte pas de jugement mais je veux montrer aux enfants les différentes familles qui existent. C'est une façon de parler de la différence, d'inciter à ne pas souffrir de la différence. Quand on voit toutes ces différences, on comprend que plus personne ne l'est, puisqu'on est tous différents. J'ai fait énormément de recherches, j'ai beaucoup lu, je me suis constitué mon réseau, j'ai échangé avec des chercheurs. J'ai fait un livre d'éthologie, de comportement."

Comment avez-vous établi votre sélection? "Je présente 26 animaux, dont l'être humain en finale. Pour les choisir, j'ai pris un peu dans toutes les espèces, avec des schémas très  différents, contre les clichés répandus comme celui que chez les mammifères, ce sont les mamans qui s'occupent des petits et non les papas. J'ai aussi opté pour des animaux qui plaisent aux enfants."

L'histoire qui vous a le plus étonnée? "Le nombre d’animaux qui grandissent sans parents. Autres étonnements: sur les quatre types de hyène, le fait qu'une soit complètement différente, et aussi que les campagnols soient les plus proches de la famille nucléaire."

Pourquoi Marie Caudry? "C'est l'éditeur qui a choisi l'illustratrice. J'aime le côté onirique de Marie Caudry, proche du conte. Elle a créé un vrai rapport texte-images, sans anthropomorphiser mais avec une touche affective pour l'émotion. Elle a choisi un pantone orange comme fil conducteur entre tous ses dessins."


La tortue Arrau. (c) Casterman.


Une plume adulte à suivre

Son recueil de nouvelles s'intitule "Incisives" (Lamiroy, 233 pages). Normal, Caroline Wlomainck y montre les crocs dans une écriture au scalpel épinglant divers faits de notre société. Cinq textes courts bien mordants qui, en réalité, enchantent. Qui secouent, dégoûtent, sidèrent et perturbent. Dans le bon sens du terme.
On avait découvert la Tournaisienne  en septembre dernier sous le nom de Kro. Déjà les crocs. Elle prêtait sa plume à une voyante, "Madame Irma" dont elle a égrené les lettres en deux volumes, "Perles fines" (lire ici), suivi en janvier de "Perles rares" (Lamiroy).

Sous son nom, Caroline Wlomainck se lançait aussi en janvier dans la nouvelle, plutôt noire, avec l'excellent opuscule "Little paradise" (Lamiroy, lire ici). Un texte qui se retrouve au milieu du recueil "Incisives" tout juste paru. Avant, dans un texte à deux voix, un jeune couple de "Vautours" qui se montre aimable avec sa vieille voisine, dans l'unique but de lui rafler sa maison au joli jardin. Sans imaginer que la fine Eliane allait déployer de redoutables ruses. Dans "Débordement", un journaliste déçu et dégoûté par l'ultralibéralisme décide de faire justice lui-même. Il enlève le big boss d'une multinationale de l'agroalimentaire, un pourri de la pire espèce. Ce sera la grande malbouffe! Des scènes incroyables et une finale inattendue. 

Après "Little paradise" arrive un texte tout aussi incisif, "Eté 89", où un ancien gamin se remémore les étés de sa jeunesse, au camping dans le sud. Les balades avec son meilleur ami, les explorations, les découvertes, les paris et les défis… Un texte à deux voix, leurs surnoms de l'époque, vingt ans plus tôt, car le destin a sacrément rebattu les cartes des inséparables. Enfin, "Joker" porte un grand coup dans la vie de couple. Vingt-cinq ans après leur mariage, Fred, le narrateur, travaille toujours (à la police) mais Hélène tourne en rond (syndrome du nid vide). Les bonnes intentions suffisent-elles?

Dans ces cinq nouvelles, Caroline Wlomainck pointe d'une écriture acérée, porte la plume, comme on disait avant, dans ce qui émerge de notre monde, l'argent, encore l'argent, le couple, les remords... Elle a de l'imagination et du style. Elle nous secoue pas mal et ça fait du bien.




mercredi 26 octobre 2016

Les ours sortent groupés, dirait-on

Une expo d'ours

Autant solder immédiatement un sujet qui fâche. Oui, l'affiche qui annonce la sympathique exposition "Grrr! L'ours dans tous ses états..." au Centre d'Art du Rouge-Cloître, exposition montée en collaboration avec le CLJBxl (Centre de Littérature de Jeunesse de Bruxelles), est tout simplement hideuse - et son titre ridicule. Qui a eu l'idée de juxtaposer ainsi ces différents ours dessinés? Cela ne ressemble à rien. C'est d'autant plus navrant que l'idée de l'expo est excellente, réunir les ours nés des pinceaux de neuf illustrateurs jeunesse belges au cours des vingt-cinq années écoulées et pas des moindres: Claude K. Dubois, Jean-Luc Englebert, Gaëtan Evrard, Émile Jadoul, Louis Joos, Rascal, Stibane, Gabrielle Vincent et Marie Wabbes. La plupart d'entre eux sont édités chez Pastel ou à la maison-mère française, l'école les loisirs. Leurs styles graphiques différents disent bien combien l'ours est multiple. Beaucoup de dessins originaux, plus d'une centaine, sont exposés sur les deux niveaux habituels du lieu. Un ensemble plutôt plaisant.

Ci-dessous, les couvertures de la plupart des albums dont sont tirées les illustrations exposées (ceux qui sont disponibles sont en vente à l'entrée).



Plus précisément, et par ordre d'apparition au visiteur:
  • "Le voyage d'Oregon", Louis Joos et Rascal
  • "Le rêve de l'ours", Louis Joos et Carl Norac
  • "C'est un papa", Louis Joos et Rascal
  • "Un ours à l'école", Jean-Luc Englebert (lire ici)
  • "Ourson blanc", Claude K. Dubois
  • "Papa-île", Emile Jadoul
  • "Où est la lumière", Stibane
  • "Boucle d'or & les trois ours", Rascal
  • "Je voudrais que tu m'aimes", Marie Wabbes (lire ici)
  • "Portraits d'ours en peluche", Marie Wabbes
  • "Ours, es-tu là?", Gaétan Evrard
  • "Wang le pêcheur", Gaétan Evrard
  • "Ernest et Célestine au musée", Gabrielle Vincent
  • "Ernest et Célestine chez le photographe", Gabrielle Vincent
  • "Ernest et Célestine Le sapin de Noël", Gabrielle Vincent

On ne croise pas que des originaux dans cette expo. Des ours en peluche aussi, dont une sélection par la collectionneuse experte qu'est Marie Wabbes. Des vitrines proposent plein d'albums pour enfants sur le thème de l'ours, des titres qui sont encore dans toutes les mémoires. Choix plus discutables, les photos d'ours blancs et d'ours bruns, et les reproductions géantes des illustrations de cet excellent album qu'est "Un ours, des ours" (Sarbacane, lire ci-dessous), sans rapport avec le thème initial des ours par des créateurs belges.

L'exposition se tient au Centre d'art de Rouge-cloître, 4, rue du Rouge-Cloître, 1160 Bruxelles. Elle est ouverte jusqu'au 29 janvier 2017, du mercredi au dimanche de 14 à 17 heures (entrée: 3 ou 2 euros pour les plus de 12 ans. Fermé du 23/12/2016 au 3/01/2017 inclus. Plus d'infos (animations, ateliers avec les artistes) sur www.rouge-cloitre.be - 02.660.55.97.


Un album d'ours

"Un ours, des ours" (32 illustrateurs, Sarbacane, 72 pages) est un superbe album pour enfants dès 5 ans, épais et de grand format, d'une audace pleinement réussie. Il présente les dessins de trente-deux illustrateurs qui ont répondu à l'invitation "Dessine-moi un ours". Mais ces trente-deux graphismes différents, du classique à l'ultra-moderne, de l'aquarelle à l'ordinateur, du débutant au confirmé, ont un formidable liant, les textes que François David a posés sur chacun d'eux.

Chaque fois que l'écrivain, éditeur (Motus, c'est lui) et poète recevait une contribution illustrée à cette carte blanche ambitieuse, il lui composait un poème. Original, particulier, en écho et en prolongement de l'image. Rien de gratuit, mais du fond, de la forme et du piquant. De l'humour aussi et une fantaisie débridée. Le fait d'avoir un auteur unique, le "liant", permet au livre de ne pas être une succession de dessins et de textes mais un véritable album, incarné et brillant, avec un rapport textes-images extrêmement intéressant.

Les illustrations se succèdent de manière très agréable dans "Un ours, des ours". Sur fond blanc ou à bords perdus, sobres ou bourrées de détails, en tons pastel ou en teintes vives, elles occupent toujours la page de droite, celle de gauche étant réservée aux poèmes de longueur variable - et au  nom de l'illustrateur. Quelles merveilles que ces textes, tous différents, tous enchanteurs, drôles ou plus sérieux. François David a su capter l'essence des ours et des ourses qui lui étaient présentés. Un "ours rouge" pour Séverin Millet, une "ourse bleue" pour Daniela Olejnikova, un "Ours Dort" pour Marie Dorléans, un "ours presque rhinocéroc" pour Alfred, un "ourceberg" pour Audrey Spiry, des "ours en kit ou double" pour Elisa Géhin, sans oublier les blancs et les noirs pour ne citer que quelques-uns d'entre eux.


L'ourse bleue de Daniela Olejníková. (c) Sarbacane.

Trente-deux illustrateurs ont pris part à cette aventure éditoriale, dont trois Belges. Par ordre alphabétique, qui n'est pas celui d'apparition dans les pages, je nomme Alfred, Matthias Aregui, Betty Bone, Jean-Baptiste Bourgois, Jonathan Burton, Nathalie Choux, Marie Dorléans, Fanny Ducassé, Jérémie Fischer, Henri Galeron, Élisa Géhin, Bernadette Gervais, Bruno Gibert, Vincent Godeau, Ilya Green, Gilbert Legrand, Marie Mignot, Séverin Millet, Sébastien Mourrain, Marie Novion, Daniela Olejníková, Becky Palmer, Olivier Philipponneau et Raphaële Enjary, Francesco Pittau, Guillaume Plantevin, Stéphane Poulin, Terkel Risjberg, Mélanie Rutten, Audrey Spiry, Amélie Videlo, Henning Wagenbreth et Julia Wauters.

L'ours blanc d'Henri Galeron. (c) Sarbacane.


Une revue sur les ours (pour les grands)

Les ours sont partout en cet automne, dirait-on. A Paris, le Muséum d'histoire naturelle propose jusqu'au 19 juin 2007 l'exposition "Espèces d'ours!" Elle se prolonge fort bien dans le numéro 9 de la revue Billebaude, sobrement titré "L'ours" (Glénat/Fondation François Sommer/Muséum, 96 pages), une revue à propos de nature mariant terrain, art et réflexion. Un titre qui ne dit pas assez l'extrême richesse de la centaine de pages superbement illustrées.

Que sait-on de l'ours au fond? Que sa variété blanche est menacée depuis qu'une photo l'a montré dérivant tout maigre sur un bout d'iceberg? Que sa variété sombre est la chérie des enfants, même devenus adultes, sous l'appellation de teddy bear? Qu'il a donné lieu à un immense marché de jouets? Des fragments d'informations qui ne sont pas faux mais que la revue Billebaude, coordonnée par Anne de Malleray, remet en place et complète de façon exemplaire.

"Wilder Mann", Charles Fréger.
"Wilder Mann", Charles Fréger.












Illustrés de quelques reproductions de dessins anciens et surtout de nombreuses photos étonnantes, dont ces "Wilder Mann" de Charles Fréger (2010-2011) ou d'installations contemporaines, toujours en pleine page, les chapitres successifs procurent autant d'informations que de surprises. Saviez-vous que longtemps en Europe le roi des animaux ne fut pas le lion mais l'ours, admiré, vénéré, pensé comme un parent ou un ancêtre de l'homme? Que c'est un ours, dénommé Smokey Bear, qui est la mascotte de la prévention des incendies aux Etats-Unis?

Billebaude invite à redécouvrir les ours sauvages et imaginaires qui peuplent toujours les forêts et les mythes. De la rencontre des âmes sauvages en Alaska aux questions que pose la réintroduction des ours en France, en passant par des approches historique, philosophique, biologique, anthropologique, géopolitique, mythologique, artistique et littéraire, l'ours nous est révélé comme jamais.

Pour feuilleter la revue en ligne, c'est ici.





samedi 25 janvier 2014

L100 goisse pour les petits réfugiés sans papiers

L'édition originale danoise du saisissant livre "Hvis der war krig i Norden", de Janne Teller, a déjà dix ans. Et il y a maintenant deux ans que sa traduction française est disponible: "GUERRE, et si ça nous arrivait?" (traduction du danois par Laurence W. O. Larsen, illustrations de Jean-François Martin, Les Grandes Personnes, 64 pages).
Un puissant roman d’anticipation, sobrement illustré, pour les pré-ados, les ados et les adultes.

Dans ce petit format aux dimensions et à la couleur d'un passeport européen, jusqu'aux coins arrondis, l'écrivaine a tout simplement renversé les perspectives.
C'est très bien expliqué en quatrième de couverture.



Dans la version française de "Guerre" – les traductions sont adaptées en fonction des pays –, la guerre dévaste la France, et non les pays lointains comme les médias le rapportent. "Et si ça nous arrivait?", interroge le sous-titre.

La situation est grave. Des régimes nationalistes ont vu le jour en Europe. Le narrateur, 14 ans, raconte simplement ce qui se passe  mais qu'est-ce que cela interpelle le lecteur! Il dit les tirs, les balles, les pénuries, les morts, les passeurs, la fuite vers le sud, l’Egypte, la langue arabe qu'il ne comprend pas, le rejet des populations locales, les questions de religion, les années qui passent, les demandes d’asile…

L'état de réfugié prend une toute autre dimension dans ce roman bref et  percutant qui invite à endosser une peau inconnue, à devenir un émigré, à devenir un immigré. L’idée de l’inversion des situations est superbe et redoutablement efficace.

Janne Teller, l'auteure, explique avoir écrit une première version de "Guerre" en 2001, quand des débats sur les réfugiés ont agité le Danemark. Elle espérait alors que sa fiction devienne vite obsolète… 

Deux exemples de doubles pages.



"Etranger" est écrit en arabe.
































Personne n’a oublié le magnifique album "Flon-Flon et Musette" (L'école des loisirs, Pastel, 1993), où Elzbieta disait si bien la guerre vue du côté des enfants. Avec ces deux petits lapins voisins qui jouent ensemble toute la journée, en attendant de se marier. Jusqu'au jour où une haie d'épines remplace le ruisseau entre eux.
Une façon extrêmement juste de montrer l'incompréhension des enfants face à la guerre que se font les adultes.



Dans "Akim court" (L'école des loisirs, Pastel,  labellisé Amnesty International,
96 pages), Claude K. Dubois raconte, elle, un petit garçon au cœur de la guerre.
Voilà un très bel album à l’italienne, sur papier crème, à l’aquarelle et aux crayons, tout en teintes de terre, croquis et dessins rapides. Arrivé dans l'esprit de l'auteure, comme une nécessité impérieuse, un jour de repas en famille au jardin.

Souvent, le texte annonce les illustrations qui vont suivre, simples et évocatrices, d’autant plus poignantes et terribles.

La vie coulait dans le village d’Akim jusqu’au jour où des tirs ont résonné. Des explosions ont détruit les maisons. Dans la fumée et la poussière, un petit garçon cherche éperdument les siens. Mais il ne retrouve personne de sa famille. Un adulte tente de l’aider à fuir puis le perd.


Akim se retrouve seul sur le champ de bataille, au milieu des corps. Seul, encore. Une femme avec un bébé le recueille. Bref répit. Des soldats arrivent, emmènent les enfants pour les servir.

Akim parviendra à s’enfuir un jour, à rejoindre d’autres fuyards, à passer la frontière. Enfin, il est de l’autre côté, celui de l’aide humanitaire. Claude K. Dubois a ménagé une finale heureuse pour un album dont la crudité est nécessaire.

"Cet album est venu de l’actualité, de ces morts qu’on montre à la télévision sans cesse. J’ai pris l’inverse, la position d’un enfant qui est dans la guerre, qui la vit de l’intérieur. J’ai pris le risque du dessin en crayonné. L’album plaît énormément aux 8-9 ans, quelque chose leur parle. 

J’adapte mon dessin pour qu’il corresponde à l’âge de ceux qui vont me lire. Pas de rondeurs pour "Akim" mais une façon de dessiner différente parce que cela correspondait à ce que je voulais dire. Dans cet album, il y a quelques scènes dures avec des morts par terre. Mais  je limite la violence, je la suggère. C’est pour cela aussi que j’ai opté pour le noir et blanc. Je ne représente pas de choses intolérables parce que je m’adresse à des enfants. Les enfants entrent tellement dans les histoires! Ils sont en empathie avec le personnage.
Je fais attention à ce que je fais. Je ne choisis pas ce genre de sujet pour les traumatiser mais pour les interpeller. Je me rappelle très bien que, plus jeune, j’ai vu des reportages sur des camps de concentration et que j’en ai fait des cauchemars pendant des mois, encore maintenant je ne peux plus les voir. Je fais attention à ce que je fais."





Couverture en carton épais, texte aérien lourd de sens, illustrations audacieuses: ainsi se présente l’album "Sans papiers" (texte de Rascal, photos de Cendrine Genin, illustrations de Jean-François Martin, Editions Escabelle, 48 pages, dès 9 ans).  Les deux silhouettes en couverture, un père et sa fille, sont les symboles des sans papiers pleins d'espoir. Un livre à rechercher puisque la maison qui l'a édité a cessé ses activités l'an dernier.

Une petite fille raconte comment elle est arrivée avec son papa en France, terre d’asile, pays des droits de l’homme, après la mort de sa maman, le premier jour de la guerre chez eux, comment ils ont brûlé leurs papiers et comment elle a appris à ne pas se faire remarquer.

Après quatre ans de cette vie, elle connaît le français et l’a enseigné à son père. Elle va à l’école pendant que lui effectue des petits boulots. Ce jour-là, justement, est prévue la photo de classe. La jeune narratrice a mis sa plus belle robe et ses chaussures vernies. Mais des policiers en civil guettent devant l’école celle qui se sent devenue française. Ils la conduisent au commissariat où est déjà assis son père.

Prochaine étape pour ces deux sans-papiers qui étaient pleins d’espoir, et même d’espérance: Orly et l’avion qui les attend pour les reconduire au-delà de la frontière. "Sans papiers" dit superbement l’arrachement au pays d’origine et la joie d’une intégration réussie. Jusqu’à ce que…


Le jour du drame.