Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est Quentin Blake. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Quentin Blake. Afficher tous les articles

jeudi 4 juillet 2024

L'indispensable Miroslav Šašek

Miroslav Sasek tel qu'il se représente dans l'album "Paris". (c) Casterman.

Miroslav Šašek (1916-1980) a été un auteur-illustrateur jeunesse grandement apprécié dans les années 60 et 70 grâce au graphisme inventif et au ton poético-humoristico-documentaire de ses albums partant à la découverte de villes et de pays. On a peut-être oublié son nom, ou pas retenu son nom, mais la célèbre collection en grand format, "This is Paris, London, Rome, New York" etc., c'est lui. Les deux premiers titres sont sortis en 1959, les deux suivants en 1960. Ils se suivront à bon rythme jusqu'en 1974 où ils seront dix-huit.
 
1959-1960.

Du côté francophone, c'est Casterman qui a immédiatement embrayé, en réduisant le titre au nom de la ville ou du pays, "Paris", "Londres", "Rome", "New York"... Toujours en grand format, les livres paraissent dans la collection "L'encyclopédie Casterman". Les trois premiers en même temps que les originaux. Dix autres suivront jusqu'en 1972, cinq ne seront pas traduits.

1959-1960-1961.
 
Le succès fou des débuts va toutefois s'arrêter en français. Les années 80 valent une longue traversée du désert à l'artiste tchèque. Il faut attendre 2009 pour que Casterman remette en lumière l'artiste globe-trotter en republiant trois de ses albums, "Londres", "Paris" et "Rome", conformes à l'édition originale et complétés d'une page finale indiquant les principaux changements ou les nouveaux monuments apparus en cinquante ans. En cette année 2024, la même maison republie quatre titres dans leur nouvelle version complétée - avec une nouvelle couverture pour Paris, "Paris", "Londres", "New York" et "Venise".
 
2024.
 
Demeurent disponibles dans leur ancienne version "Hong Kong", "San Francisco" et "Rome".
 
 
S'il n'y a pas de nouvelle réédition des guides prévue en 2025, vient de sortir par contre une passionnante biographie illustrée consacrée à Miroslav Šašek. Elle nous vient de Grande-Bretagne, dans la collection "The illustrators" dirigée par le célèbre Quentin Blake chez Thames & Hudson. Une collection qui présente en couverture une œuvre majeure de l'artiste et la souligne de sa signature. "Miroslav Šašek" de Martin Salisbury (traduit de l'anglais par Julie Debiton, Flammarion, collection "Les illustrateurs",112 pages) se lit comme un roman et propose énormément d'illustrations bien choisies.

En ces temps politiquement incertains, on découvre l'itinéraire d'un artiste émigré. Miroslav Šašek a été chassé de son pays par le coup de Prague en février 1948. Paris, Bruges, Munich, il déménage souvent, aussi à cause de sa vie sentimentale. A partir de 1959, il voyagera pendant quinze ans en Europe et dans le monde afin d'alimenter ce nouveau genre qu'il a inventé, celui des reportages visuels à destination des enfants. "Avant de commencer à dessiner, il est essentiel de regarder, d'écouter, voire de respirer et d'une manière générale, d'absorber l'atmosphère sensorielle pour saisir l'esprit d'un lieu", pensait-il. Installé à Paris en 1959, il lui consacrera son premier titre.
 
Miroslav Šašek. (c) Flammarion.

La biographie de Martin Salisbury nous éclaire magnifiquement sur l'œuvre et la vie de Miroslav Šašek. Son enfance à Prague, son goût pour le dessin et sa décision, à l'âge de dix ans, de devenir artiste, ses études d'architecture pour rassurer ses parents, sa passion pour le vol et le pilotage, son intérêt pour les voyages, les conséquences de la politique sur son existence... L'ouvrage présente aussi une très belle sélection de ses dessins, montrant combien son style a évolué avant de devenir celui qu'on lui connaît, stylisé et moderniste. Animateur à l'antenne tchèque de la Radio Free Europe (RFE), Miroslav Šašek peaufinera son style. On découvre aussi comment il reprend une compositions pour "Clochemerle" (1948) dans son guide sur "Paris" (1959). Surtout, on savoure ses compositions pleines de charme et riches en détails jamais gratuits. Nous sont présentées des planches originales et d'autres non utilisées, des précisions de cadrage. Le Tchèque connaîtra vite un succès immense, ses albums se vendant par milliers et étant traduits dans une dizaine de langues. Il ne sera toutefois publié dans son propre pays qu'en 1990, dix ans après sa mort, après la chute du mur de Berlin et la fin du régime communiste.

Londres. (c) Flammarion.
 
Ses guides en grand format alimentent la plus grosse partie du livre. Pour chacun, on découvre comment s'y est pris l'artiste et c'est passionnant. A remettre bien entendu dans le contexte de l'époque. Entre choix personnels et commandes, on voyage de Londres à Cap Canaveral en passant par Venise et Rome. Avec l'énoncé des dessins composés sur place et des documents rapportés rassemblés, figurés par l'emblématique carton à dessin marbré que l'auteur-illustrateur a sous le bras. Il se met en effet régulièrement en scène dans ses pages. Il n'était pas rare qu'il passe trois mois sur place pour découvrir un lieu et en sentir l'atmosphère. Résultat: des albums alliant talent, modernité, souffle, humour et poésie. Colorés, pleins d'esprit et proposant un point de vue souvent inattendu, l'immigré d'hier qua été Miroslav Šašek a profondément influencé la littérature de jeunesse.

Edimbourg. (c) Flammarion.



**
*

A noter qu'a paru à l'automne dernier chez l'éditeur français une autre très intéressante biographie illustrée consacrée, elle, à la fantastique Tove Jansson, la créatrice des Moumine: "Tove Jansson" par Paul Gravett (traduit de l'anglais par Julie Debiton, Flammariion, 112 pages).





 
 
 
On ne saurait trop espérer de nouvelles traductions, la collection originale "The Illustrators" (ici) regorgeant de noms choisis. Actuellement, on y trouve: Ludwig Bemelmans (la série Madeleine), Raymond Briggs (le bonhomme de neige), Dick Bruna (Miffy), Judith Kerr (Mog), Posy Simmonds (Matilda) et Walter Crane moins connu chez nous.

La collection "The Illustrators".


vendredi 5 mai 2017

Les oiseaux si humains de Quentin Blake

La dédicace, dessin pour "Le Figaro Littéraire" en 2012. (c) Quentin Blake.

Les Londoniens ont bien de la chance. Ils peuvent visiter l'exposition de Quentin Blake "The Life of Birds" qui vient de s'ouvrir à la House of Illustration (adresse ici) et s'y  tiendra jusqu'au 1er octobre.

Autoportrait. (c) Quentin Blake.
Ils y découvriront l'inclination de l'auteur-illustrateur britannique, chantre en images de nombreux écrits de Roald Dahl, à dessiner des oiseaux, ces "petits amis emplumés" comme les qualifie leur créateur. Des œuvres connues mais aussi une vingtaine de dessins jamais montrés.

"J'ai toujours aimé dessiner des oiseaux", commente Quentin Blake. "Je ne sais pas vraiment expliquer pourquoi mais peut-être parce que, comme nous, ils sont sur deux jambes et ont des gestes expressifs. C'est une façon de commenter les gens que nous voyons autour de nous sans vraiment dessiner des individus."


L'exposition thématique proposera toute une série de dessins originaux provenant des archives personnelles de Quentin Blake, fortes de plus de 35.000 dessins. Des oiseaux dans des situations quotidiennes, commentaires originaux de la condition humaine.  Mais beaucoup des œuvres exposées ont été publiées dans le livre "The Life of Birds" de Quentin Blake en 2005, et traduit en français la même année par Gallimard. L'exposition présentera également des dessins personnels, créés depuis 2005, notamment pour le "Figaro Littéraire".

En introduction du livre, le critique Peter Campbell (1937-2011) écrivait: "Ces images sont le produit d'un demi-siècle consacré à la vie des personnages. Dans "The Life of Birds", Blake suit les traces de grands illustrateurs comme Daumier et Lear, et de fabulistes tels Esope et La Fontaine. Les oiseaux de Blake sont davantage comme des personnages de romanciers que des exemples de moralistes. Comme Daumier, il crée des individus qui sont des exemples, non réduits, de types. Les dessins sont, tour à tour, insidieusement charmants, absurdement tristes et vigoureusement observateurs. Ils suggèrent des sentiments sur le vieillissement, la vie de l'art, l'insupportabilité des personnes stupides et le désagrément des intimidateurs."

En français, l'ouvrage de Quentin Blake est devenu "Nous les oiseaux" (Gallimard, 80 pages, 2005) et a été préfacé par Daniel Pennac. Né en 1932, le Britannique qui a créé plus de 300 ouvrages, majoritairement en littérature de jeunesse, largement traduits en français, surtout chez Gallimard, a dédié en 2005 un album aux adultes. "Nous les oiseaux" s'inscrit dans la tradition picturale de la représentation animalière de l'homme. Mais quel souffle dans ces dessins à peine légendés! Quelle finesse dans l'observation de l'humain!

Sans sa préface à la version française, le romancier Daniel Pennac note que "quand il songe aux quatre vérités de l'homme, le dormeur Quentin Blake rêve oiseaux", et que "pour faire le tour de l'homme, c'est un oiseau que Quentin Blake dessinera d'abord". Pourquoi? Aux réponses évasives de l'intéressé, préférons ses dessins, nés "d'une vision". Chaque oiseau croqué raconte une histoire, parfois la nôtre. Petits bonheurs, joies profondes, tristesses infinies... En quelques traits délavés! Les expressions naissent de la courbe ou de l'intensité d'une ligne, du tracé d'une silhouette. Enfants, ados, adultes, Quentin Blake a tout vu de la vie, tout compris. Pour le dire, il choisit la tangente de ces "Oiseaux" qui nous masquent un peu. Ses dessins somptueux se lisent aussi simplement qu'un roman ou une nouvelle.

Deux autres dessins à découvrir dans l'exposition de Londres.

Aperçus profonds, dessin pour le "Figaro Littéraire", 2012. (c) Quentin Blake. 

La maîtresse, dans "Nous les oiseaux" (c) Quentin Blake.

Mais Quentin Blake n'avait pas attendu 2005 pour représenter des oiseaux. Il les aime trop. La preuve dans quelques albums pour enfants qui leur sont dédiés, sans oublier les exquises illustrations réalisées pour son personnage Armeline Fourchedrue.


Les Cacatoès
Quentin Blake
traduit de l'anglais par Marie Saint-Dizier
Gallimard Jeunesse
1992, plusieurs éditions

Un sujet en or pour les jeunes enfants au moment où ils adorent prononcer certains mots interdits. Car les cacatoès du professeur Dupont apparaissent à toutes les pages. Enfin, apparaissent au lecteur. Le scientifique lui, malgré ses lunettes, ne voit rien du tout. C'est peut-être l'émotion qui le rend aveugle. Écoutez ce qui lui arrive: lui dont chaque jour de sa vie se déroule selon le même rituel immuable (lever, toilette, salut sonore aux dix cacatoès vivant dans sa serre), ne trouve pas ce matin-là ses compagnons ailés. Ses "petits amis emplumés" en ont tout d'un coup eu par-dessus la tête de ces habitudes.

"Les  cacatoès" (c) Gallimard Jeunesse.
Espérant donner au professeur une leçon qui modifierait ses habitudes, les oiseaux ont filé à l'anglaise, s'enfuyant par un carreau cassé de leur maison de verre. Leur grand ami à lunettes, décontenancé par cette intrusion du hasard dans sa vie, visite toute sa maison à leur recherche. De la cave au grenier, en passant par la cuisine et la chambre à coucher, il cherche partout ses cacatoès. Mais ne les voit nulle part. Or, le lecteur, lui, gentiment pris à partie par l'auteur, retrouve dans chaque dessin les volatiles qui se dissimulent à leur hôte. Le savant finit par abandonner sa chasse aux cacatoès, bredouille! Après une nuit agitée, il reprend ses habitudes matinales. Quand il arrive dans la serre, miracle, les perroquets sont revenus. Ne pouvant contenir sa joie, le professeur Dupont les salue d'un superbe "Bonjour mes petits amis emplumés" qui marque le signal d'un nouveau départ desdits amis. Sera-t-il définitif? Un album très réussi, au texte et aux dessins débordants d'humour et de cocasserie.


Les poules
John Yeoman
Quentin Blake
traduit de l'anglais par Pascale Houssin
Gallimard Jeunesse
1993, 80 pages, plusieurs éditions

Nées à la ferme du Bois-Joli, une espèce de grand hangar destiné à la ponte industrielle, Flossie et Bessie, les deux poules de cette histoire, y mènent une vie paisible et fort monotone. N'étant jamais sorties de chez elles, elles vivent dans une ignorance heureuse, jusqu'au jour où un choucas ouvre inopinément la porte de leur cage. Les deux sœurs acceptent de le suivre pour aller déjeuner dehors et s'échappent sans le vouloir. N'ayant jamais appris à voler, elles ne sont pas à l'abri du danger mais le choucas les prend sous son aile….

Ajouter une légende
L'aventure commence, comique et mouvementée, à travers le village et dans la forêt, où le choucas parviendra à conduire, avec beaucoup de patience, ces deux poules têtues, peureuses et ingénues.






Trois petites chouettes
Emanuele Luzzati 
John Yeoman
Quentin Blake 
traduit de l'anglais
par Jean-François Ménard
Gallimard Jeunesse, 2014

De vers en vers et de strophe en strophe, trois hiboux facétieux nous entraînent autour du monde, au gré des saisons, d'un Noël au suivant, comme on marcherait dans un rêve.


Allez, les oiseaux!
John Yeoman
Quentin Blake
traduit de l'anglais par Marie Saint-Dizier
Gallimard Jeunesse, 1998

Que se passait-il au temps où les oiseaux ne savaient pas voler? Ils trottinaient dans les rues et envahissaient les maisons. Chez les Tiredaile, comme partout, la situation était devenue intenable. Par bonheur, M. Tiredaile avait l'âme d'un grand inventeur… Une aventure aérienne extrêmement drôle.