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lundi 19 avril 2021

Le baroque raffiné de Thierry Bosquet en décor somptueux de Fables de Jean de La Fontaine

#belgicothèque 13

Jean de La Fontaine et Thierry Bosquet. (c) Kate'Art.


On célèbre cette année les 400 ans de Jean de La Fontaine, né précisément le 8 juillet 1621 - et mort le 13 avril 1695. On va nous le répéter au moins 400 fois. Mais le rapport qui fait entrer le fabuliste dans ma belgicothèque? Il est simple! Le somptueux leporello en format A4 "Les Fables de Jean de La Fontaine" illustrées par le fameux peintre et décorateur belge, aujourd'hui octogénaire, Thierry Bosquet (Kate'Art Editions)! Long de 160 cm, ce livre-accordéon présente douze fables célèbres imprimées sur des décors baroques créés spécialement pour elles! Et en version audio (lien envoyé à l'achat du livre), il propose vingt fables contées par des comédiens belges à la manière du XVIIe siècle et à celle de notre temps.


Thierry Bosquet au travail. (c) Kate'Art.

Côté coulisses, on apprend que ce projet un peu fou mais hautement appréciable vient de l'idée conjointe du grand décorateur d'opéra et de théâtre Thierry Bosquet et de l'éditrice Catherine de Duve, d'honorer les fables de Jean de La Fontaine. Thierry Bosquet a pris ses pinceaux et a illustré à la gouache sur papier une quinzaine des fables choisies. De son style baroque et raffiné, comme on l'était à l'époque du fabuliste. Quelle merveille que ces dessins qui rappellent le décor de théâtre mais surtout sont le support parfait aux vers du maître de la fable.

Le leporello en affiche douze, somptueusement illustrées:

  • "La grenouille qui..." (c) Kate'Art.
    Le Corbeau et le Renard
  • La Cigale et la Fourmi
  • Le Renard et les raisins
  • Le Lièvre et la Tortue
  • Le Loup et l'Agneau
  • La Laitière et le Pot au lait
  • Le Loup, la Chèvre et le Chevreau
  • La Poule aux œufs d'or
  • La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf 
  • Le Rat de ville et le Rat des champs 
  • Le Chêne et le Roseau
  • Le Lion, le Loup et le Renard

Jean de La Fontaine et Thierry Bosquet. (c) Kate'Art.

Mais le projet a ensuite pris de l'ampleur! L'éditrice a voulu y intégrer des fables récitées également à la manière baroque également. Douze comédiens et la claveciniste Dubee Sohn ont conjugué leurs talents pour concocter vingt fables audio, parfois en versions ancienne et moderne, contées sur la pièce pour clavecin "Les Barricades mystérieuses" de François Couperin.

Les comédiens. (c) Kate'Art.



Les fables audios sont, les quatre premières étant en deux versions:
  • Le Corbeau et le Renard,  contée par Jacqueline Bir et Ségolène van der Straten
  • La Cigale et la Fourmi, contée par Jacqueline Bir et Ségolène van der Straten
  • Le Chêne et le Roseau, contée par Jacqueline Bir et Ségolène van der Straten
  • Le Loup et l'Agneau, contée par Jacqueline Bir et Ségolène van der Straten
  • Le Loup et le Chien, conté par Jacqueline Bir
  • Le Lièvre et la Tortue, contée par Charlie Dupont et Tania Garbarski
  • La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf, contée par Astrid Whettnall
  • La Laitière et le Pot au lait, contée par Maureen Dor
  • La Poule aux œufs d'or, contée par Frédéric Etherlinck
  • Le Renard et les raisins, contée par Frédéric Etherlinck
  • Le Rat de ville et le Rat des champs, contée par Robert Guilmard
  • Le Lièvre et la Perdrix, contée par Robert Guilmard
  • Le Loup, la Chèvre et le Chevreau, contée par Philippe Drecq
  • Le Lion, le Loup et le Renard, contée par In Koli Jean Bofane
  • L'Âne et le Chien, contée par Hélène d'Udekem
  • Le Héron, contée par Odile Matthieu

Jean de La Fontaine et Thierry Bosquet. (c) Kate'Art.


Quatre cents bravos pour ce formidable projet!




Que sont les rêves d'Aleksander devenus?

#belgicothèque 12

Aleksander a retrouvé ses souvenirs. (c) MeMo.

Voici un grand format en noir et blanc, ou plutôt en noir et crème car il est imprimé, en tons directs, sur un beau papier crème, bien plus doux et sensuel qu'un blanc pur. "Ours à New York" (MeMo, 48 pages, novembre 2020) est le quatrième album jeunesse de Gaya Wisniewski (lire ici). Il traite sous forme de parabole des choix qu'on fait pour sa vie, de comment un adulte compose avec ses rêves d'enfants. Ou pas. Pour cela, l'auteure-illustratrice met en scène Aleksander. Si le jeune New-Yorkais se montre adepte du "métro-boulot, dodo", il a tout de même un goût de trop peu dans sa vie: "Il ne se passe rien".


Ours attend Aleksander. (c) MeMo.

Qu'a fait Aleksander de ses rêves d'enfant? Quand il se projetait dessinateur? Sa vie d'adulte est monotone. Les mêmes trajets chaque jour, le même boulot et, en plus, un boulot qui l'ennuie. Mais Aleksander porte un costume et se cache derrière le fait qu'il se sent important. Jusqu'au soir où son chemin habituel lui est barré par un immense ours, la réplique gigantesque de celui qu'il avait petit.
"- Pourquoi es-tu si grand?
- Je veux que tu me voies." 
Matin et soir, soir et matin, l'énorme animal va interroger Aleksander sur ses choix, pointer le fait qu'il n'est pas heureux mais qu'il pourrait l'être. Mauvaise formule. Ours fait alors appel à Foxi, l'ancien doudou renard du jeune homme devenu sérieux. Autre procédé: Foxi s'entretient brièvement avec Aleksander et s'en va.

Aleksander et Foxi. (c) MeMo.

Les efforts conjugués des deux compères donnent des résultats. Aleksander a un déclic. Il retrouve ses souvenirs de famille qui le poussent à mettre en pratique ses rêves d'enfant, à se retrouver en harmonie avec lui-même et du coup, à s'octroyer sa place dans le monde. Mettant en scène un adulte et ses choix d'adulte, "Ours à New York" est plutôt destiné aux enfants à l'école primaire, capables de se projeter ou d'appréhender ce parcours ainsi que ces réflexions teintées de philosophie. Mais rien n'empêche les enfants de tout âge et les adultes d'admirer les magnifiques illustrations de Gaya Wisniewski, croquant New York avec vigueur, glissant dans le réalisme des rues et des quartiers cet immense ours en peluche et le doudou renard dotés de la parole. Des merveilles.


New York. (c) MeMo.






Comment réparer le cœur brisé de Thomas

#belgicothèque 11

Thomas demande l'aide de la couturière. (c) D'Eux.


Simplement titré du prénom "Thomas", cet album jeunesse de Martine Arpin au texte et Claude K. Dubois aux illustrations (D'Eux, 48 pages), raconte avec beaucoup de douceur comment un tout petit bonhomme réagit au décès de sa maman. Il ressent un trou dans son cœur. Il parcourt la ville, de magasin en officine ou atelier, pour trouver quelqu'un qui l'aidera à réparer son cœur brisé. Mais ni la couturière, ni le docteur, ni le menuisier chez qui il s'était rendu précédemment avec sa maman, n'ont d'outils ou de méthode pour lui venir en aide.

C'est en rentrant chez lui et en regardant avec son papa, effondré lui aussi, des photos de sa maman que Thomas a l'idée qui va l'aider. "Dans ce grand trou qui avait pris place dans mon cœur, j'ai décidé de mettre de petits morceaux de ma maman." Le voilà qui parcourt ses souvenirs. La voix de sa maman est là, et l'odeur du feu de camp, et la chaleur de ses sourires, et plein d'autres images qui lui remplissent le cœur et qu'il partage avec son papa.

Les illustrations de Claude K. Dubois épousent superbement le texte du premier album de Martine Arpin. En tons extrêmement doux, ses aquarelles tout juste esquissées semblent effleurer le papier, conférant beaucoup de douceur aux scènes douloureuses que sont le cimetière ou le périple en ville infructueux de Thomas. Qu'il semble petit dans les paysages, le héros. L'atmosphère passe ensuite de l'empathie à la véritable tendresse quand sont évoquées les scènes avec la maman. Des moments de bonheur que père et fils se promettent de poursuivre. "Thomas" entrera dans la liste des beaux albums qui traitent du deuil. Dès 4 ans.

Souvenirs. (c) D'Eux.


Un tiercé Francesco Pittau

#belgicothèque 10

Une des deux histoires de "Fred". (c) l'école des loisirs/Pastel.

Il est l'auteur de plus d'une centaine de livres pour enfants. Egalement poète pour la jeunesse et pour les adultes, Francesco Pittau illustre aussi ses albums désormais. Prolifique, comme auteur, comme auteur-illustrateur, ou comme illustrateur, il a publié sept albums et romans jeunesse au cours des deux dernières années: "Un ananas dans un bateau. L'alphabet par Francesco Pittau" (Seuil Jeunesse, octobre 2020), "Fred" (l'école des loisirs/Pastel, octobre 2020), "Petit-Loup", illustré par Julia Woignier (Albin Michel Jeunesse, septembre 2020), "Petit garçon. Histoires", illustré par Catherine Chardonnay (MeMo, "Petite Polynie", septembre 2019), "Thomas et la jupe" (l'école des loisirs/Pastel, septembre 2019), "Le château de sable" (Gallimard Jeunesse/Giboulées, juin 2019), "Milo à la neige", texte d'Anne Pym (l'école des loisirs/Pastel, janvier 2019), sans oublier quelques rééditions.

Voici quelques détails sur trois d'entre elles.

Deux histoires de Fred
Francesco Pittau
l'école des loisirs/Pastel
48 pages, octobre 2020
dès 3 ans

Qu'il est réussi, ce petit format carré nous présentant le lapin Fred et ses idées à hauteur d'enfant. Quand il voit la plante assoiffée, il veut l'arroser mais butte d'écueil en écueil jusqu'au moment où il a l'idée de souffler sur un nuage plein de pluie. Pareil dans son histoire avec les fourmis qu'il poursuit entre mille embûches pour découvrir avec elles ce qu'elles ne voulaient pas lui dire. Le texte est joyeux, les dessins expressifs et l'ambiance oscille entre amitié, attention à l'autre et poésie. 

Première embûche. (c) l'école des loisirs/Pastel.


Milo à la neige
Anne Pym (texte)
Francesco Pittau (illustrations)
l'école des loisirs/Pastel
32 pages, janvier 2019
dès 4 ans

C'est l'hiver. Il neige. Milo le petit cochon s'en va jouer dehors avec son voisin le petit ours Boris. Ce dernier a pris un carton pour faire une luge. Les deux compères s'amusent comme des fous dans leurs jeux d'hiver. Enthousiasmes, ratages, éclats de rire... ils rigolent tellement qu'ils ne se rendent pas compte qu'ils se sont enfoncés dans la forêt et que le soir tombe. Comment vont-ils s'en sortir? Se montreront-ils plus prudents à l'avenir? La réponse à la première question est bien, à la seconde non. Un album joyeux où l'on se plaît à suivre les aventures de Milo en manteau rouge rayé et de Boris en manteau bleu quadrillé. Les décors n'apparaissent que quand ils sont utiles dans l'histoire, laissant tout l'espace blanc aux deux gamins.


Petit-Loup
Francesco Pittau (texte)
Julia Woignier (illustrations)
Albin Michel Jeunesse
"Trapèze"
48 pages, septembre 2020
dès 6 ans

Voilà l'histoire de Petit-Loup. Elle s'est déroulée il y a très longtemps quand tous les animaux parlaient encore tous ensemble la même langue. A cette époque, un animal présentait poliment ses excuses à celui qu'il allait manger et celui qui allait être mangé comprenait. C'était ainsi. Né au printemps, Petit-Loup est encore trop petit pour chasser. Il est un gros bébé loup, choyé par sa maman. Son meilleur copain est Kroc, un bébé écureuil qui a exactement son âge. Les deux font la paire pour s'amuser, apprendre, expérimenter, discuter. Ainsi Petit-Loup promet-il à Kroc que jamais il ne le mangera ni aucun écureuil.

Mais voilà, les mois passent. La neige réjouit les deux copains qui la découvrent. Les écureuils avaient fait des provisions pour tout l'hiver. Pas les loups. Papa-Loup part donc tous les matins tôt pour tenter de ramener un repas à sa famille. Difficile car l'hiver, les animaux se cachent ou sont partis. Les repas sont maigres malgré les efforts du chasseur qui s'épuise à la tâche. C'est alors que les parents de Petit-Loup décident qu'il est assez grand pour apprendre à chasser. Père et fils s'en vont donc de concert et chassent selon les usages de leur temps, en prévenant la proie. Les repas s'améliorent du coup dans la tanière. Jusqu'au jour où père et fils loups vont croiser le chemin de Kroc. Petit-Loup va-t-il suivre son instinct ou sa promesse? Obéir à son père ou pas? Le jeune héros trouvera sa façon à lui d'être un loup dans ce dilemme très finement abordé grâce à un texte d'une belle longueur qui se lit avec appétit et est accompagné par les splendides peintures de Julia Woignier.

Petit-Loup et Kroc. (c) Albin Michel Jeunesse.










Lino et sa cohorte de baladins

 #belgicothèque 9

Lino balade sa ballade. (c) Versant Sud Jeunesse.

Auteure-illustratrice française résidant à Bruxelles, Mathilde Brosset se reconnaît de loin à ses collages, véritables puzzles de papier assemblés avec minutie et inventivité (lire ici). Dans "La ballade de Lino" (Versant Sud Jeunesse, 40 pages, juin 2020), son dernier album jeunesse en date, elle met en scène Lino, un zèbre poète qui déclame sa ballade ici et là contre un repas ou quelques pièces. Il voyage avec sa guitare et sa caravane. Il parcourt le monde, passant de village en village. Leur particularité? Ils sont tous habités par une seule espèce animale.

Cet album sur l'acceptation de la différence et la célébration de la poésie et de l'amitié nous fait successivement rencontrer le village des poissons, celui des moutons, celui des hérons, celui des caméléons. Le baladin y est chaque fois assez mal reçu. Personne ne veut de ce vagabond. Mais à chaque endroit se lèvent quelques résistants à la pensée dominante. Ils se font connaître et emboîtent le pas à Lino, forts de leurs compétences. Buller pour le poisson Octave, faire des acrobaties pour les moutons Wonder Cabrioleurs, vendre des glaces pour le héron Milo, chanter pour les punkettes caméléons Candy et Sandy.

De halte en halte, la troupe s'agrandit et avance sur les routes, là où elle se sent chez elle, présente son spectacle. La ballade se balade. Des illustrations originales et réussies pour cet album qu'apprécieront les enfants à partir de 5 ans qui aiment les textes un peu longs.

Premier à embarquer dans l'aventure, Octave, le poisson qui bulle.
(c) Versant Sud Jeunesse.






Pas facile de fuguer à dix ans!

 #belgicothèque 8

Grandir aujourd'hui. (c) Flammarion Jeunesse.


Après quatre albums jeunesse publiés dans la petite maison d'édition Marcel et Joachim, voilà que Charly Delwart, auteur de romans pour adultes reconnu et apprécié, déboule avec un premier roman destiné à la jeunesse (dès 8 ans). Illustré par Ronan Badel, "Les aventures de moi-même", sous-titré "Journal de ma fugue" (Flammarion Jeunesse, 128 pages) s'avère tout simplement hilarant. Il met en scène Gaspard, quasiment dix ans, qui décide de faire une fugue. Pourquoi? Il nous l'explique lui-même.


(c) Flammarion Jeunesse.

Comme si on allait le croire.
Car il y a évidemment une autre raison.
Gaspard et ses parents ne sont pas d'accord sur le choix du futur collège de l'écolier.
Et le jeune narrateur de nous entretenir de ce différend.

D'incise en incise, on en revient au vrai sujet du roman, la fugue de Gaspard. On pourrait croire qu'elle est imminente. Il a toutefois annoncé qu'il voulait bien s'y préparer. C'est sans compter ses copains de classe, Arto et Nils, dont il est inséparable et qui ont bien entendu leur avis, divergent, forcément divergent, sur la question.

Bref, Gaspard nous entretient de jour en jour de son projet sans cesse reporté. Ronan Badel ajoute ses illustrations croquant les cènes avec beaucoup d'humour et on passe un excellent moment dans l'univers des pré-ados, à préparer cette fugue, et surtout à rire des préparatifs du principal concerné. Charly Delwart arrive à épingler tout ce petit monde qu'il a bien observé sans jamais s'en moquer.

Pour feuilleter en ligne le début du roman "Les aventures de moi-même", c'est ici.





Un animal peut en cacher bien d'autres

#belgicothèque 7

Qu'elles sont belles, les gravures de Geert Vervaeke, une illustratrice flamande originaire d'Anvers, qui composent l'album en noir et blanc et sans texte "Quel zoo!" ("Tierenduin" dans sa version originale en néerlandais, un jeu de mots intraduisible, Editions Esperluète, 48 pages, octobre 2020)! Au début de ce grand format broché, on peut les prendre pour des motifs abstraits. Puis le regard s'affine, perçoit un animal, certes stylisé, puis un autre. Parfois deux sur une même page, parfois trois. Parfois encore plus selon le sens dans lequel on regarde les pages.

On se prend vite à ce jeu de cache-cache géant, diablement esthétique de surcroît, un animal en cachant un autre, parfois, souvent, à l'intérieur de lui. Certains se voient tout de suite, d'autres sont habilement intégrés dans les illustrations. L'artiste joue avec les perspectives, les compositions et les espaces blancs et noirs. On est face à une illusion d'optique géante qui réserve mille surprises à celui qui prend le temps de se laisser séduire et amuser. Entre les pattes d'un ours, on distingue la tête d'un singe. L'ours blanc perché sur un sommet peut se voir comme un plan rapproché d'un éléphant... Plus on regarde les doubles pages, plus on débusque d'autres animaux! Quel tour de force que cet album qui se présente sous la forme classique d'un album mais pourrait constituer une longue frise car il est articulé selon le principe du cadavre exquis, chaque image se rattachant à la précédent et à la suivante. En finale, une double page reprend tous les animaux présentés et leur nombre d'occurrences. Bigre, les avons-nous tous vus? "Quel zoo!" est un livre-jeu qui séduira les petits et les grands. Mais il rappelle aussi en filigranes que tout est lié dans la nature et qu'il est grand temps de redonner sa place à cette dernière.



Trois doubles pages, combien d'animaux? (c) Esperluète.


Un bonnet contre un froid de canard

#belgicothèque 6

Le bonnet. (c) Versant Sud Jeunesse.

Si on applique, mutatis mutandis, le principe de la goutte d'eau qui fait déborder le vase à un bonnet à pompon qui se remplit d'animaux, on obtient le fort sympathique album "Plus de place!" de Loïc Gaume, auteur-illustrateur français installé à Bruxelles (Versant Sud Jeunesse, 32 pages, novembre 2020). On peut aussi le considérer comme une variation sur le célèbre conte de "La moufle". A noter que ce petit format a été offert à tous les enfants en classe de première maternelle à la rentrée 2019 en Belgique francophone dans le cadre de la Fureur de lire.

Parce qu'il fait grand froid, les animaux qui passent par là s'installent les uns après les autres dans un bonnet de couleur sombre, histoire de se mettre à l'abri. Loïc Gaume joue habilement avec le pli de la page pour y poser en page de gauche le fameux couvre-chef et laisser voir en page de droite l'animal qui s'y installe, et parfois ses prédécesseurs. Ce qui donne de très belles illustrations en aplats, où les formes des animaux se rapprochent de l'abstrait.

Logiquement, plus les visiteurs sont nombreux, plus le bonnet s'étire. Surtout que les animaux, multicolores et représentés sous la forme de papiers découpés, sont de plus en plus grands. Evidemment, quand la minuscule fourmi se glisse enfin dans l'abri après l'ours, arrive ce qui devait arriver. Le bonnet éclate, privant tous ses occupants de chaleur et entraînant du coup pas mal de grogne.

"Plus de place!" réjouit par son excellent traitement graphique, offrant une très belle esthétique à cette histoire de nonsense pour les plus jeunes, par son choix d'animaux connus des enfants et par les expressions langagières accolées à chaque nouveau visiteur. Un album pour frémir, rire et imaginer.





Les occupants sont de plus en plus nombreux. (c) Versant Sud Jeunesse.




Loïc Gaume
a aussi publié "Mythes au carré" (Editions Thierry Magnier, 88 pages, septembre 2020) dans l'esprit du précédent "Contes au carré" (lire ici). Un petit format toilé de vert et à la couverture imprimée en couleur or, qui transpose trente-sept récits de la mythologie grecque en séries de quatre cases illustrées. Des mythes les plus connus comme ceux relatifs à Ulysse, Héraclès ou Thésée, les histoires des dieux de l'Olympe, à des récits moins célèbres comme ceux de Typhon ou Atalante. Un défi relevé haut la main que d'extraire les points essentiels de ces histoires universelles sur lesquelles on a tellement brodé.

Un petit format à regarder de près pour apprécier les dessins en traits noirs, les aplats de couleurs identifiant les personnages et découvrir ces textes, de véritables condensés des récits. A partir de 5 ans.



"Mythes au carré". (c) Ed. Thierry Magnier.





Des vêtements pour toutes les circonstances

#belgicothèque 5

Jours de pluie. (c) Les Grandes Personnes.


Heureusement, Annette Tamarkin n'a pas choisi de présenter son album grand format intitulé "Mes petits vêtements" (Les Grandes Personnes, 10 pages animées, septembre 2020) selon les saisons car de saisons, en ce début 2021, on le sait, il n'y en a plus. Non, les dix animaux différents qui apparaissent successivement sur les pages en épais carton se réfèrent plutôt au soleil ou à la pluie, sans oublier le carnaval et d'autres circonstances comme la peinture, le travail salissant, l'école ou la fête.

Chacun des personnages, masculin ou féminin, facilement reconnaissable, est habillé de vêtements avec des rabats que l'enfant peut manipuler pour le déshabiller ou le rhabiller: les imperméables et les bottes en caoutchouc pour les jours de pluie, le tablier lors de l'atelier-peinture, la robe de bal pour la fête... Avec chaque fois, les couleurs claquantes et les aplats stylisés qui font reconnaître de loin le style joyeux de l'auteure-illustratrice. Une façon de jouer, de manipuler et d'apprendre des noms de vêtements. Dès 1 an.




mercredi 14 avril 2021

Une "vie de merde" désamorcée

#belgicothèque 4

Anne-Sophie Vandevoorde.


Quelles sont les fées qui se sont penchées sur le berceau de Léa? La jeune femme est née à Bruxelles, ses parents sont sales, elle ne sait rien ou pas grand chose. Le jour où elle rencontre Boris, plutôt mauvais garçon, son destin est tracé. Léa termine l'école secondaire enceinte et découvre l'amour en donnant naissance à Clément. Au fond des tripes, Léa a la volonté, le désir absolu, de sortir de cette "vie de merde". Un fait divers lui en donne l'occasion. La petite famille s'installe à Masbourg, à 120 kilomètres de Bruxelles. Une nouvelle vie commence pour Léa et Clément tandis que Boris se laisse aller chaque jour davantage à ses démons. Jusqu'à la violence de trop. Car Léa est prête à tout pour son bonheur et celui de son fils. Avec "Une petite ambition" (Lamiroy éditions, Opuscule #174, 40 pages), Anne-Sophie Vandevoorde cisèle une nouvelle noire et lumineuse à la fois.

Infos et renseignements ici.






La nature, cette force surnaturelle

#belgicothèque 3

Patrick Delperdange.


Dans cette campagne, il n'y a plus de champs de blé. A peine y pousse-t-il péniblement de l'orge ou du sarrasin. Dans cette campagne, il n'y a plus de vaches aux prés. Mais dans cette campagne, il y a un natif, le Champenois, qui contemple le désastre. Il y a aussi sa femme, Catherine, qui fait les comptes. Quand il y a des comptes à faire, vu le désastre économique annoncé. Et puis il y a ce Thierry Chastain, spécialisé dans les subventions à demander à l'Europe, moyennant un petit dédommagement. Au début de l'opuscule, tout le monde a l'air plus ou moins content. Mais en chemin...

Patrick Delperdange nous déroule une impeccable et implacable nouvelle: "Nous n'irons plus au bois" (Editions Lamiroy, Opuscule #173, 36 pages) est acide à souhait, avec juste ce qu'il faut de mots.

Infos et renseignements ici.

jeudi 8 avril 2021

Le jubilatoire sergent-chef de Jean-Louis Sbille

#belgicothèque 2

Jean-Louis Sbille en pleine lecture.


Les romans en librairie ne vous tentent pas? Trop tristes, trop lourds, trop dramatiques, trop longs, trop légers, trop gnangnan, trop... Optez alors franchement  pour "Sergent-Chef Massamba", le dernier-né de Jean-Louis Sbille (Editions Lamiroy, 124 pages). Vous serez étonné, amusé, dépaysé, bousculé, bref comblé à tous points de vue, littéraire compris. Une intrigue complètement improbable, des rebondissements incroyables, une écriture déjantée et une maîtrise telle pour enchevêtrer tout ça qu'on ne lâche pas le bouquin une seule seconde. Au contraire! Ce sont des "oh, comme il ose" et des "ah, il nous emballe".

"Sergent-Chef Massamba", c'est un texte qui dépote et un écrivain qui cache bien son jeu. Quand Sbille nous fait rencontrer son narrateur, Alexandre, 40 ans, bon vivant, amateur de femmes, producteur de son état, homme pressé, un peu raté, et un vieillard africain qui a été tirailleur sénégalais pendant la guerre, n'a rien oublié de la sagesse prophétique de son pays, on ne sait pas où il va nous emmener. Du premier au dernier chapitre, son texte apparaît complètement imprévisible. Pas tant que ça sans doute car on y mord. Et pas qu'un peu. La rencontre des deux personnages principaux a lieu pas loin de l'aéroport. Le premier a crevé un pneu, le second arrive à pied, une petit valise à la main. Le premier ne sait réparer que les pneus de vélo, le second s'occupe de tout en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.

Le temps du roman, Jean-Louis Sbille entretiendra ses lecteurs de quelques dizaines de digressions et d'incises. On rit beaucoup, on s'émeut un peu. Et on accompagne le duo dans une enquête familiale urgente qui va le mener chez le commandant Robert à Bruxelles d'abord jusqu'à une fermette en Alsace. Abandonnées, les galipettes avec Miss Kisskiss. Mais le narrateur a de quoi les remplacer avec des lettres vieilles d'un demi-siècle, des conversations sur mille sujets, des aveux et des secrets. Déjanté et jubilatoire, ce roman cache une approche originale de l'histoire récente et révèle une belle histoire d'amour. A lui seul, "Sergent-Chef Massamba" conjugue un road-movie, un polar, une satire de la société, une caricature de l'économie actuelle et glisse de multiples sujets de réflexion sur la vie, l'amour, l'amitié et la mort. OK OK Go, on y fonce.