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jeudi 12 décembre 2024

Découvrir le brutalisme belge

Le signal de Zellik. (c) Prisme Editions.

Le mot sonne un peu bizarrement
aux oreilles des non-initiés, "brutalisme". Il s'agit tout simplement de l'appellation d'un courant architectural récent, 1950-1980, donné à des constructions réalisées entièrement en béton brut, structure et enveloppe. Elles sont plus nombreuses qu'on ne le croit dans notre petit royaume. On les connaît sans nécessairement les cataloguer de cette manière. Parmi les plus célèbres, l'immeuble Intégrale et la tour Kennedy à Liège, le musée de Mariemont, l'ancienne banque Lambert avenue Marnix, le Crédit communal et le Passage 44, l'immeuble CBR chaussée de la Hulpe, le buiding CGER rue du Marais ainsi que le signal de Zellik à l'entrée de l'autoroute de la mer à Bruxelles, le Singel à Anvers, le magasin C & A à Namur, le musée des Sciences à Louvain-la-Neuve...
 
Pendant deux ans, ou plutôt pendant tous ses week-ends entre décembre 2022 et octobre 2024,  Pierrick de Stexhe, "architecte de formation, photographe par passion", a promené sa chambre technique aux quatre coins de la Belgique. Il en a ramené une formidable série de clichés en noir et blanc déclinant ce courant brutaliste. Quatre cents en tout dont cent cinquante apparaissent dans l'excellent beau livre "Brutalism in Belgium" (Pierrick de Stexhe, Aurélien Jacob, Jacinthe Gigou, Jean-Marc Basyn, Marc Dubois, Prisme Editions, bilingue français-anglais, 266 pages).
 
Rien à voir avec un traité d'architecture classique. C'est un épais grand format qui initie à une forme de construction par la photo, qui est magnifiquement imprimé en un noir et blanc riche et superbement mis en pages. Il présente un intéressant contraste entre les photos argentiques sur fond blanc et les textes sur fond noir, avec la surprise de photos en négatif, dont un autoportrait du photographe en reflet dans une vitre, témoignant encore davantage de la pureté des lignes. De brefs textes rédigés par Aurélien Jacob et Pierrick de Stexhe disent brièvement l'histoire de ces cinquante et quelques constructions: immeubles de logement, banques, lieux culturels, universités, hôpitaux, magasins,  piscines, églises, sculpture... Elles sont situées à Bruxelles, Liège, Namur, Anvers, Gand, Louvain-la-Neuve, Louvain, Turnhout, Charleroi, Mons, Hasselt, Dilbeek, Harelbeke et Ostende.
 
La surprise de photos en négatif. (c) Prisme Editions.

"J'ai choisi les bâtiments selon trois critères", nous explique Pierrick de Stexhe, "l'attrait personnel, le fait qu'ils ne soient pas mitoyens pour avoir du ciel gris et qu'ils aient été construits entre 1950 et 1980, durant tout le temps du brutalisme. Le brutalisme est un courant auquel je me suis intéressé après avoir visité le centre Barbican à Londres. J'ai été frappé par la puissance de cette architecture. Je me suis demandé si elle existait en Belgique aussi. La réponse est oui. J'ai voulu rendre hommage au patrimoine belge brutaliste à un moment crucial de son destin. Faut-il rénover ces bâtiments qui vieillissent, les démolir?"
 
Parc de vacances au Coq. (c) Prisme Editions.

La chambre technique.
Pourquoi des bâtiments à quatre façades? Le photographe nous répond: "Je voulais qu'il y ait des nuages gris autour des constructions. Afin de faire ressortir leurs détails dans les photos en noir et blanc et pour donner une ligne graphique au livre." Si la météo est un élément incontrôlable en Belgique, elle a été très coopérante pour le projet, personne n'a oublié ce qu'elle nous a servi depuis deux ans. "Avant de faire les photos, je fais le tour du bâtiment en repérage. Puis je fais un premier point de vue et ensuite les autres. Je fais six scènes par bâtiment, une frontale, d'autres en angle afin de pouvoir faire une sélection. J'utilise une chambre technique, dispositif qui permet de supprimer le point de chute supérieur et j'évite ainsi les contre-plongées. Je développe la pellicule chez moi dans une chambre noire. Puis je scanne le négatif pour le travailler en vue de l'impression." Travail artisanal que la photo argentique, écho à l'artisanat que nécessite le béton.
 
Des bâtiments d'une extrême puissance visuelle dont l'avenir est en effet incertain: abandonnés, transformés ou simplement démolis comme la piscine d'Ostende. Comment les isoler éventuellement en respectant le purisme de leur architecture?
 
Les trois séries chronologiques de photographies de Pierrick de Stexhe sont entrecoupées de textes abordant les principales caractéristiques architecturales et urbaines des constructions.
- "Images et magie du béton", par Jacinthe Gigou
- "Généalogie du brutalisme international" et "Ligne du temps du brutalisme", par Jean-Marc Basyn
- "Matérialité", par Marc Dubois
Une abondante bibliographie termine ce splendide travail collectif.





vendredi 1 décembre 2023

La vie comme un roman de Simone Guillissen-Hoa

EDIT 20-11-2024 
Le livre vient de remporter le Prix du livre d'Architecture 202, décerné par l'Académie d'architecture à Paris.

Louvain-la-Neuve, en partie bâtie selon les plans de Simone Guillissen-Hoa.
(c) Jean-Dominique Burton/Prisme.
 
Louvain-la-Neuve. Tout le monde connaît ce projet fou des années 1970 de construire une ville nouvelle au milieu des champs. Qui sait toutefois qu'une de ses plus anciennes parties fut établie selon les plans de Simone Guillissen-Hoa? Une architecte belge! Une des premières femmes architectes belges même! Une architecte moderniste belge, du second modernisme exactement, dont le nom n'a guère percé, contrairement à celui de ses homologues masculins, Henry Van de Velde ou Constantin Brodzki pour ne citer qu'eux.

Le nom de Simone Guillissen-Hoa va pouvoir sortir de l'ombre grâce à la formidable biographie illustrée que lui consacre Caroline Mierop, l'ancienne directrice de l'ENSAAV La Cambre - entre autres fonctions. Tout simplement intitulée "Simone Guillissen-Hoa Architecte 1916-1996" (Prisme éditions, 232 pages), elle se lit comme un roman grâce à une écriture précise mais virevoltante. Le texte marie avec justesse et élégance éléments de vie, témoignages, écrits, engagements et réflexions. Il est ponctué de sept "portraits-souvenirs" signés Jean-Pierre Hoa, le fils de l'architecte devenu également architecte dont on découvre l'origine du prénom.

1916-1996. Ces deux dates balisent une vie qui fut extraordinaire à tous points de vue. Simone naît en effet d'un père chinois et d'une mère juive polonaise qui se sont rencontrés à Paris et se sont installés en Chine. La famille qui s'est agrandie voyage entre l'Asie et l'Europe. Après Paris et l'Angleterre, Simone viendra faire ses études d'architecture à La Cambre. Une école où étudier et établir de solides amitiés. On suit la jeune femme dans tous ses chemins, amitiés, amours, architecture, famille, engagements politique et civil, féminisme et maternité en solo. Résistante pendant la guerre, elle connaîtra un camp de concentration dont elle reviendra mais ne dira rien. En parallèle, devenue Simone Guillissen-Hoa par mariage, elle travaille, assistant un architecte ici, créant là ses propres maisons ou des bâtiments publics. Avec en constante la recherche de la lumière naturelle. Les six chapitres du livre sur l'architecte permettent de bien suivre l'évolution de ses recherches et leur aboutissement. Des éléments les plus importants à d'attachantes anecdotes.

Une des premières doubles pages. (c) Prisme éditions.

En parallèle à son sujet principal, Caroline Mierop conte cette Belgique créatrice et innovante. Que ce soit à l'école avec la fréquentation de l'école Hamaïde ou lors de rencontres amicales ou de plans conçus pour des amis, ici ou ailleurs, on perçoit l'énergie de cette jeune femme qui semblait ne jamais devoir vieillir. Les noms égrenés au fil des pages raviront les habitants du sud de Bruxelles, pour peu qu'ils aient un certain âge. C'est en effet là que sont nés plusieurs maisons ou immeubles de Simone Guillissen-Hoa, dont celui qu'elle s'est fait pour elle-même rue Langeveld à Uccle et qui existe toujours.

Les innombrables photos ponctuent les différents épisodes de cette vie incroyable, habilement mis en page et dont les textes sont présentés dans un caractère au noir affirmé qui correspond parfaitement au style moderniste de l'architecte. D'avoir rencontré Simone Guillissen-Hoa dans ces pages splendides, on se sent grandi. 
 
L'appartement de l'architecte dans l'immeuble de la rue Langeveld.
(c) ArchitectenWoning/Prisme éditions.

lundi 9 juin 2014

LC fait un petit pont aussi

Enfin petit, c'est parce que l'expression le dit ainsi. Et que, lundi de Pentecôte fini, on va reprendre de belles grandes semaines de cinq jours ouvrables.

En récompense, je me suis offert la lecture du super album documentaire intitulé "Tous les ponts sont dans la nature", de Didier Cornille (Hélium, 80 pages). Logique.



C'est la troisième fois que l'auteur-illustrateur français, diplômé des Arts décos de Paris, explique aussi joliment aux enfants des chefs-d’œuvre de l'architecture. Il est déjà l'auteur des très réussis "Toutes les maisons sont dans la nature" (Hélium, 2012), primé à la Foire de Bologne 2013, et de "Tous les gratte-ciels sont dans la nature" (Hélium, 2013). Le regard curieux et précis de Didier Cornille épingle chaque fois la valeur des chefs-d’œuvre qu'il a élus dans un dessin élégant qui s’appuie sur des plans, des photos et des documents d’époque.

C'est aussi le cas dans "Tous les ponts sont dans la nature", tout juste paru. En format tout en hauteur, l’album se tient reliure vers le haut. Ce qui lui procure l’espace nécessaire à présenter huit ponts remarquables, disséminés dans le monde, construits entre 1779 et 2013. Du plus spectaculaire au plus moderne.

Successivement, on empruntera
le pont de Coalbrookdale (Grande-Bretagne), 1779
le Brooklyn bridge (Etats-Unis), 1883
le Firth of Forth (Ecosse), 1890
le pont de Plougastel (France), 1930
le Golden Gate (Etats-Unis), 1937
le pont Rio-Niteroi (Brésil), 1974
le viaduc de Millau (France), 2004
la passerelle du MuCEM (France), 2012 .

Chaque construction est traitée dans un petit chapitre particulier, attrayant et documenté, magnifiquement illustré des dessins de Didier Cornille sans qu'il soit besoin de photos. On découvre en détail les différents ouvrages d’art, leurs architectes et ingénieurs, les matériaux utilisés et chaque édification est replacée dans le contexte historique de son époque. 

Exemple avec le pont de Brooklyn.




 

On le voit, c'est magnifique, et l'ensemble donne drôlement envie de s'intéresser à l'architecture et à l’ingénierie. Ce petit bijou de livre fait découvrir aussi bien des ponts ferroviaires que des ponts pour les voitures ou les piétons. Plus besoin de filer à Avignon.