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mardi 15 juillet 2025

Leporellos, cocottes et autres livres-objets en bd

La vitrine des leporellos. (c) Daniel Fouss/CBBD.

Un livre-objet, nous dit Google est un livre dont la forme, la matière ou la présentation matérielle attire l'attention, le rapprochant d'une œuvre d'art plutôt qu'un simple support de lecture. Il se caractérise par une dimension plastique et expérimentale, souvent en marge des livres traditionnels, mettant en valeur l'aspect visuel et tactile autant que le contenu textuel.
 
Quand on dit livre-objet, on pense immédiatement à ceux que la littérature générale et de la littérature  jeunesse ont créés. Des livres d'artistes, des pop-ups, bien d'autres, véritables sculptures sur papier. On pense moins à la bande dessinée alors que c'est précisément le thème d'une nouvelle exposition au CBBD (Centre Belge de la Bande Dessinée). "Le livre-objet en bd" se tient à l'espace Gallery jusqu'au début septembre. On y trouve cinquante trésors, des attendus et des surprises, des pièces uniques, des tirages limités et des éditions "normales". Tout cela constitue un vaste panorama de ce genre.
 
Pourquoi la bande dessinée s'est-elle donc intéressée au livre-objet? "Cela a été une réponse aux blogs BD qui sont arrivés en masse au début des années 2000", assure Greg Shaw, du CBBD. "En réponse aux écrans, le neuvième art a voulu exprimer son attachement à l'objet, à la matière et au toucher." Le  responsable de la BDthèque du CBBD et de sa revue "Le dessableur" signe ici sa première prestation de commissaire d'exposition. "On parle d'un livre-objet quand la forme d'un bouquin est aussi importante que son contenu. Et d'un livre-objet en BD quand il respecte le rythme typique de la bande dessinée, par exemple les phylactères."
 
Une exposition didactique, chaque catégorie, leporello, rouleau, pop-up, etc., faisant l'objet d'une vitrine - le livre-objet est fragile - et d'un repère coloré mais une exposition passionnante qui réjouira le connaisseur comme le néophyte. Qu'y découvre-t-on, sachant que 99% des œuvres exposées viennent de la bédéthèque du musée? Des raretés et des curiosités, déjà présentes en vitrine d'ouverture.
 
Leporello
Magnifiques ces livres-accordéons où on trouve notamment "Première suite aux idées noires" de Franquin (Kunst der Comics, 1989) et "Le petit chaperon rouge" de Warja Lavater (Maeght, 1965).
 
 
 
Pop-up
Un impressionnant poulpe se dresse des pages du "Moby Dick" de Sam Ita (Mango Jeunesse, 2008), juste à côté du cultissime Charlie Brown de Charles Schultz ("Here comes Charlie Brown!", Abrams Comicarts, 2024).
 

Pliures diverses
Variations sur la cocotte en papier ("A love letter to..." de Nausicaa Gournay, autopublication, 2024) ou dépliage d’une image géante façon carte routière ("Soirée d'un faune" de Ruppert & Mulot (L'Association, 2018). 
  

Découpe/déchirure
Ici, on trouve une série d'albums aux découpes de cases ou entre les cases, de pages déchirées sur les bords et aussi cet album du Norvégien Oyvind Torseter avec un trou au milieu des pages dans sa version néerlandaise ("Het Gat", De Harmonie, 2015). Notons que "Le trou" existe en traduction française à la Joie de lire depuis 2013 (lire ici).
 

 
Forme-format
Incroyablement grands ou petits, en relief ou en 3D, dont l'œuvre collective "Un fanzine carré C" (Hécatombe, 2013), composant un ensemble de 999 livres uniques. 
 
 
 
 
  
Objet détourné
Le plus commun en BD sont des jeux de société transformés en album aux possibilités multiples de création de récits. En témoignent le "Scroubabble" de Lécroart & Co (L'Association, 2005) ou la "Piramide" d'Olivier Philipponneau & Renaud Farace (Hoochie Coochie, 2018).
 

 
Pièce unique
Un livre-objet créé à l'occasion d'un évènement temporaire, d'un exercice scolaire ou maquette d'un projet non retenu par un éditeur, qui surprend le lecteur comme le "Bandit manchot" d'Hélène Meyssirel (version machine, 2019).
 
 

 

Multicaractère
Quand certaines bandes dessinées cumulent plusieurs aspects du livre-objet. La taille du livre accordéon de Zeina Abirache, "38, rue Youssef Semaani" (Cambourakis, 2006) par exemple.
 















Enfin, deux vitrine spécifiques, l'une dédiée au Français Marc-Antoine Mathieu, grand maître en jeux avec le livre, l'autre aux éditions Polystyrène d'Angoulême qui proposent des "livres à manipuler". 
 



 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  
Pratique
Centre Belge de la Bande dessinée, espace Gallery
Rue des Sables 20, 1000 Bruxelles
Du mardi au dimanche, de 10 à 18 heures, jusqu'au 7 septembre.
Plus d'infos ici.
 
 
 

mardi 10 juin 2025

Lorenzo aux JO

La flamme olympique par Lorenzo Mattotti (c) Galerie Martel.
 
Exposition Mattotti à Bruxelles.
Personne n'a oublié les Jeux Olympiques et Paralympiques qui se sont déroulés l'été dernier à Paris. Une ouverture sous des pluies dignes de la Belgique, des performances sportives incroyables dans des cadres souvent magnifiques. Des jours d'union, nationale ou pas, où les malheurs du monde se sont un peu effacés. Ces souvenirs reviennent instantanément en mémoire en parcourant la nouvelle exposition bruxelloise de la galerie Martel, espace inauguré à la fin de l'année dernière (lire ici). Elle est entièrement dédiée à la vision des JO de Lorenzo Mattotti. Et elle est magnifique. Le natif de Brescia installé à Paris attrape l'élan du sportif comme personne. "Je me suis rendu compte que, pour arriver à donner l'idée de mouvement dans une image arrêtée, il fallait parvenir à enlever ce qui est superflu pour ne conserver que la tension extrême du trait et de la forme. Par la composition, l'imbrication des formes et des couleurs, on parvient alors à créer une tension particulièrement forte dans le dessin", en a-t-il dit.

Une soixantaine d’œuvres sont présentées.

On retrouve aux cimaises largement occupées - une soixantaine d’œuvres y sont accrochées - les couleurs si caractéristiques de l'artiste, son trait, sa représentation des corps. Sa célébration des corps qui, ici, courent, soulèvent des poids, font la course à vélo, à cheval ou dans l'eau ou sur l'eau. Des corps tendus, en pleine compétition. Des corps d'athlètes. Des hommes et des femmes dans différentes disciplines des Jeux Olympiques et Paralympiques. On croit les reconnaître comme on croit retrouver le ciel sombre lors de l'avancée de la flamme. 
 
Différentes techniques, ici des encres de couleur.
 
A un moment, on se rend compte que toutes ces œuvres ont été créées bien avant le mois d'août 2024. Et ce n'est pas grave car l'émotion et le plaisir sont là. Bien sûr, si on avait suivi l'actualité bibliographique de Lorenzo Mattotti, on l'aurait su. Les originaux superbes présentés à Bruxelles viennent de deux beaux livres publiés l'an dernier. "Attraper la course" (Casterman, 128 pages, 2024), le catalogue de la centaine de dessins réalisés par Mattotti pour une exposition du Festival d'Angoulême 2024, ponctués de textes de Maria Pourchet et "Se dépasser" (Casterman, 128 pages, 2024) qui reprend les dessins et les peintures qu'il a réalisés à l'occasion des Jeux Paralympiques et qui ont été exposés dans les plus grandes gares de France.
 
Pastel et crayons de couleur.

Si Mattotti recourt à sa technique de crayons de couleur et de pastels qu'on lui connaît bien, il utilise aussi les encres de couleur et l'encre de Chine pour certains dessins. "Courir, se dépasser", une exposition qui donne la pêche en ces jours gris.

Jeux Olympiques et Paralympiques. 

 
Infos pratiques
Galerie Martel Bruxelles
Chaussée d'Ixelles, 337, 1050 Bruxelles
Jusqu'au 26 juillet
Du mardi au samedi de 14h30 à 19 heures
+32 2 721 79 57
contact@galeriemartel.com
Liste des œuvres ici



mercredi 19 mars 2025

Treize dessinateurs d'humour à la douzaine

Dessins de Saul Steinberg. (c) Sébastien Roberty
(c) The Saul Steinberg Foundation, SABAM, Brussels, 2025.

 
On connaissait Folon peintre et sculpteur. On l'a découvert photographe (lire ici). L'exposition "Drawing room" qui vient de s'ouvrir à La Hulpe dévoile une autre facette de l'artiste (1934-2005). Le dessin d'humour. Une pratique qu'il a intensément pratiquée dans les années 1950, avant sa notoriété, sous l'influence de l'artiste américain Saul Steinberg. "Il y a eu un Folon qui fait du dessin d'humour avant le Folon que l'on connaît", explique la Fondation. Tout jeune, Folon avait quitté Bruxelles et était parti s'installer à Bougival, à 20 kilomètres de Paris. Pour survivre, pour ne pas crever de faim, il dessine. D'abord pour "Moustique", "Paris-Match" et "Pan" de 1955 à 1960 à raison d'un dessin par semaine. Il se forge ainsi son univers graphique. Ensuite, il collaborera avec fruit au "New-Yorker" aux États-Unis. Sa réussite américaine lui conférera son succès en Europe.
 
Le plus curieux de l'histoire des dessins d'humour de Folon est que peu de monde connaissait cette facette de son œuvre. En vidant son appartement de Monaco, Stéphanie Angelroth, directrice de la Fondation, a découvert dans la salle de bain une boîte contenant des centaines de dessins. Folon ne lui en avait jamais parlé alors qu'ils étaient proches!

Dessins de Folon. (c) Sébastien Roberty
(c) Fondation Folon_ADAGP, Paris, 2025.

 
Riche de cent cinquante pièces provenant de plusieurs collections dont celles de la Fondation Folon et de la galerie Martine Gossieaux, ce "cabinet de dessins" célèbre treize dessinateurs d'envergure qui ont fait œuvre de philosophes en maniant de façon créative leurs crayons et leurs pinceaux. Il témoigne du dessin du XXe siècle dans le regard de Folon. Autour de lui, douze maîtres du dessin qui l'ont marqué, à qui il a écrit, avec qui il a dialogué, parfois créé. Avec qui il s'est beaucoup amusé: Saul Steinberg, André François, Raymond Savignac, Ronald Searle, Chaval, Roland Topor, Bara, Bosc, R.O. Blechman, Sempé, Pierre Alechinsky, Milton Glaser, une fameuse brochette! Elle réjouira les connaisseurs et permettra aux autres de belles découvertes. 

André François.

Le parcours est à la fois chronologique, thématique et chromatique: quelques cimaises pour chaque artiste, à chacun sa couleur. En fil rouge de ces séries d'œuvres représentatives, complétées de notices biographiques suffisantes et des mots de Folon y apposés, un petit bonhomme court sur les murs et sert de guide. "Drawing room" est une exposition pour le plaisir qui fait aussi réfléchir. La qualité du dessin d'humour. Elle enchantera l'amateur qui découvrira des merveilles comme l'érudit qui y reconnaîtra les artistes qu'il chérit. Elle propose le regard de Folon sur le dessin au XXe siècle.  Elle démontre parfaitement que le dessin est un genre en lui-même, encore trop peu présent dans les musées d'Europe.
 

Ronald Searle. (c) Sébastien Roberty.

 
Dans la première pièce, dédiée aux dessins de Folon, on comprend combien l'artiste formait une famille d'esprit avec plein de dessinateurs. On y découvre cette forme de philosophie souriante, rappelant que l'humour est souvent la politesse du désespoir. Suivent les dessins à la plume experte de Saul Steinberg, "écrivain qui dessine" comme il se définit, dont celui sans relever l'outil qui figure sur l'affiche, les tableaux si reconnaissables d'André François, les affiches témoignant du sens de l'ellipse de Savignac, la ligne faussement hésitante de Ronald Searle, la férocité de Chaval, par ailleurs cultivateur d'absurdie. On continue avec les géniales créations de Topor, les dessins de Bara, le trait minimaliste et efficace de Bosc, les dessins de R.O. Blechman, tellement méconnu en français. On termine avec quelques œuvres de Sempé, toujours délicieuses, d'Alechinsky et de Milton Glaser, autre immense artiste américain que les nouvelles générations d'artistes ignorent malheureusement.
 

Topor. (c) Sébastien Roberty.

En complément des dessins réalisés en solo par leurs auteurs, on en découvre aussi plusieurs, réalisés en duo avec Folon. L'homme qui aimait les artistes, aimait les rencontrer et faisait tout pour parvenir à ses fins comme le raconte joliment l'exposition "Drawing room".

Milton Glaser en solo et en duo avec Folon.

Pratique
Où? Fondation Folon, drève de la Ramée 6A, 1310 La Hulpe
Quand? Jusqu'au 31 août, du mardi au vendredi de 9 à 17 heures, le week-end de 10 à 18 heures.
Combien? 15 euros pour les +26, 12 euros pour les +65, 5 euros pour les 6-25 ans.
Autres infos ici.


jeudi 20 février 2025

Nicole Claveloux au baroque étrange et attractif

"Ce soir, c'est cauchemar". (c) Huberty & Breyne.
 
Qui est Nicole Claveloux
pour vous? Chacun aura sans doute une réponse différente selon son âge. Les plus jeunes imaginent-ils que certaines de ses œuvres ont de plus de cinquante ans? D'autant que l'infatigable artiste - elle aura 85 ans le 23 juin prochain - a encore publié une bande dessinée (adulte) l'an dernier. "Ce soir, c'est cauchemar" (Cornélius, 88 pages, 2024) porte le même titre que  l'exposition qui lui est actuellement consacrée à la galerie Huberty & Breyne de Bruxelles. L'album propose une expédition au pays des rêves et des cauchemars en compagnie d'une foule de personnages et d'elle-même. Une trentaine des planches sont présentes aux cimaises. Ce ne sont pas les seules planches exposées. On rencontre aussi son célébrissime personnage, "L'insupportable Grabote et Léonidas", née à ses débuts dans le magazine "Okapi".
 
"Mes chers voisins". (c) Huberty & Breyne.
 
L'exposition propose un parcours dans l'œuvre, avec aussi des créations plus anciennes, démontrant l'immensité du talent de Nicole Claveloux - près d'une centaine de livres parus sans compter tout ce qu'elle a publié dans la presse. Dessinatrice ou peintre, elle surprend et séduit. Ses tableaux à l'huile célèbrent le baroque, ses planches sont foisonnantes d'éléments narratifs et d'humour. En témoignent aussi la signature qu'elle appose sur ses tableaux. On se réjouit de pouvoir admirer à Bruxelles diverses facettes de son travail. De retrouver des peintures de  "Mes chers voisins" (Patrick Couratin pour le Seuil Jeunesse, 2003) dont la couverture. De découvrir ses autoportraits et ceux d'écrivains et sa vision des six sens, ses "Main-arbre" ainsi que d'autres thématiques.
 
Il faut regarder ses créations, ne pas craindre son côté baroque, s'en laisser imprégner pour apprécier tout ce qu'elle nous dit par ses traits, sérieux et drôles, déliant l'imagination et suscitant la réflexion ou le rire. De notre quotidien, elle crée son univers et nous propose de nous y mirer.
 
 
Les signatures de Nicole Claveloux.
 
Nicole Claveloux créa des albums pour enfants chez les éditeurs Harlin Quist et François Ruy-Vidal dans les années 1970, des albums avec et pour Christian Bruel au Sourire qui mord dans les années 1980 et 90 ("Quel genre de bisous?", "Dedans les gens",..), chez Être ensuite. Elle illustra de nombreux classiques ici et là, dont "Les aventures d'Alice au pays des merveilles" et "De l'autre côté du miroir et ce qu'Alice y trouva" chez Grasset-Jeunesse (lire ici), "La Belle et la Bête" repris en 2013 chez Thierry Magnier, les bandes dessinées jeunesse dans "Okapi", les bandes dessinées adultes chez Cornélius, plein d'albums chez Bayard et ailleurs.
 
 
Infos pratiques
Galerie Huberty & Breyne
33, place du Châtelain
1050 Bruxelles
Du mercredi au samedi, de 11 à 18 heures
Jusqu'au 8 mars.

dimanche 8 décembre 2024

Les différents talents de Kitty Crowther

VU & approuvé
 
Kitty Crowther à la galerie Le Serpent Vert.

Depuis plusieurs années, Kitty Crowther développe en marge de ses albums pour enfants et de ses projets d'illustration  une recherche graphique personnelle. Des visages par dizaines, des petits et des très grands, des papillons, des chouettes, des variations sur le thème des fleurs aquatiques et d'autres sujets. Une exposition réunit une belle série de ces illustrations,  monotypes et peintures récentes dans l'agréable espace de la galerie parisienne itinérante Le Serpent Vert. Sont également proposées une dizaine d'images provenant de ses albums jeunesse, "Le petit homme et Dieu" (Pastel/l'école des loisirs) et " Dans moi" (MeMo).
 
Papillons verts.
(c) K. Cr.
Il est très intéressant de voir comment l'artiste belge, prix Astrid Lindgren 2010, diversifie son art tout en gardant son identité. On peut ainsi voir 80 petits visages en crayons de couleurs de la série Face the day, réalisée durant sa résidence à Fotokino (Marseille) au printemps de l'an dernier. Des monotypes de grands visages sont aussi présents aux cimaises, ainsi qu'une série de papillons verts et une attirante chouette. Sans oublier les études de plantes aquatiques. On y retrouve la sensibilité que l'on connaît dans son travail d'auteure-illustratrice pour la jeunesse où elle fait des merveilles depuis trente ans déjà. En témoignent les originaux des deux albums exposés. 

"Face the day". (c) Kitty Crowther.

Chouette. (c) Kitty Crowther.



Illustrations provenant d'albums jeunesse. (c) Kitty Crowther.

 
Pratique
  • Où? Galerie Le Serpent Vert, 4 rue des Guillemites Paris 75004.
  • Quand? Du mardi au dimanche de 14 à 19 heures jusqu'au 15 décembre.

 

samedi 7 décembre 2024

"L'illustration, quelle histoire!"

Expo des 20 ans.

Pfff, comme le temps passe! A Paris, la galerie Robillard fête déjà ses vingt ans. Combien d'artistes en littérature de jeunesse n'a-t-elle pas exposés? Impossible à dire. Pour fêter cet anniversaire, la galerie a d'une part organisé une journée professionnelle le vendredi 29 novembre autour du joli thème "L'illustration, c'est tout un art!". D'autre part, elle propose une exposition collective au titre identique depuis la même date (voir ici). Uniquement des œuvres inédites, la galerie ayant invité les illustrateurs et illustratrices qu'elle représente à créer un hommage à l'histoire de l'illustration, à un artiste ou à un de ses personnages (en vente également en ligne). Il est très intéressant de se plonger dans le catalogue qui a été réalisé pour cette exposition, réunissant les différentes œuvres et les raisons des choix des artistes. Des témoignages extrêmement touchants.

Les quarante-deux artistes qui ont répondu à l'invitation.
 
Géraldine Alibeu - Marion Arbona - Julien Arnal - Thomas Baas
Irène Bonacina - Rozenn Brécard - Benjamin Chaud
Julia Chausson - Carll Cneut - Joanna Concejo - Didier Cornille
Laurent Corvaisier - Rébecca Dautremer - Camille de Cussac
Federica Del Proposto - Olivier Desvaux - Marie Détrée
Manon Diemer - Hélène Druvert - Raphaële Enjary & Olivier Philipponneau
Tom Haugomat - Vanessa Hié - Victor Hussenot - Icinori
Delphine Jacquot - Martin Jarrie - Véronique Joffre
Florence Koenig - Charlotte Gastaut - Ilya Green - Cécile Jacoud
Magali Le Huche - Mona Leu-Leu - Chloé Malard
Fleur Oury - Aurore Petit - Clémence Pollet
Marjorie Pourchet - Éric Puybaret - Seng Soun Ratanavanh
Julia Spiers - Gaya Wisniewski

Quel plaisir de découvrir leur participation! C'est toute l'histoire de la littérature de jeunesse qui défile dans ces hommages. Des contes bien entendu mais aussi ceux qui sont devenus des "classiques". Quelques exemples de choix. L'album "Préférerais-tu?" de John Burningham pour Thomas Baas, "Fifi Brindacier" d'Astrid Lindgren pour Rozenn Brécard et Clémence Pollet, "Frédéric" de Leo Lionni pour Benjamin Chaud et Florence Koenig, Claude Ponti pour Joanna Concejo, "Caroline" de Pierre Probst pour Camille de Cussac, Corentin pour Rebecca Dautremer, Susie Morgenstern, Grande Ourse 2024, pour Hélène Druvert, "Fantômette" de Georges Chaulet pour Ilya Green, "Chien bleu" de Nadja pour Tom Haugomat, "Babar" pour Delphine Jacquot et Éric Puybaret, Tomi Ungerer pour Martin Jarrie, Richard Scarry pour Gaya Wisniewski. Sans oublier celui, sincère mais rattrapé par l'actualité, de Géraldine Alibeu à "Tom-Tom et Nana" de Bernadette Després.

Quelques-uns des hommages. (c) Galerie Robillard.
 
Galerie Robillard, exposition "L'illustration, quelle histoire!", jusqu'au 8 décembre de 11 à 19 heures, 38 rue de Malte (Paris 11).


mardi 19 novembre 2024

Des originaux de 43 artistes jeunesse exposés

"Collectionner l'image" aux Brasseurs à Liège.

L'espace est vaste et le lieu joli avec son carrelage en ciment peint au sol et sa galerie aux rambardes de fer forgé en mezzanine. La galerie d'art liégeoise Les Brasseurs était dans le passé, nous dit-on, un magasin de linge de maison. Elle accueille aujourd'hui la très belle et très riche exposition "Collectionner l'image", soit la collection d'illustrations originales d'artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) réalisée par les ATI. Kesako? Ce sont les Ateliers du Texte et de l'Image, nés à Liège à la fin des années 2000 pour pérenniser le Fonds Michel Defourny, critique de littérature jeunesse. L'histoire de leur logotype se trouve ici. Il s'agit d'un des trois centres de littérature de jeunesse de Belgique francophone. Complément d'infos en fin de note.
 
Cadres et dessins sous plexi aux cimaises...




... complétées des albums correspondants aux originaux.

Une scénographie soignée jusque dans le détail du banc.

On sait que depuis 2022, les ATI collectionnent des illustrations originales d'artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Comment les voir? En se rendant actuellement à la galerie Les Brasseurs. L'exposition "Collectionner l'image" présente dans une attirante scénographie 151 œuvres de 43 artistes de chez nous, œuvrant en littérature de jeunesse. Le titre n'est pas usurpé. Il s'agit effectivement de collectionner l'image. Les images. De montrer l'éventail de ces talents variés. Avec des artistes confirmés comme Louis Joos, Kitty Crowther, Benoît Jacques, Bernadette Gervais, Jean-Luc Englebert, Thisou Dartois, José Parrondo et d'autres encore. Avec des pousses plus jeunes aussi. Toutes les images exposées ont en commun d'être des originaux de livres publiés. Pour chacun des artistes sont montrés quelques dessins, parfois assortis de dessins préparatoires, de croquis ou d'un chemin de fer, ainsi que l'album qu'ils ont engendré. A l'intérieur de celui-ci, les indications bibliographiques. Le tout dans un plaisant arrangement.

Quelle joie de pouvoir quasiment poser son nez sur tant d'originaux, d'en découvrir les moindres détails, de se laisser surprendre par une texture ou un format, pas toujours perceptible à la lecture du livre imprimé. Quelle joie de baguenauder dans ce lieu magnifique où les panneaux de bois clair inclinés comme des chevalets rendent hommage au talent des artistes. La plupart des œuvres sont encadrées. Celles qui ne le sont pas figurent sous plexi. Quelques-unes sont simplement fixées par des aimants à l'apparence de punaises. L'album dont elles sont originaires est posé sur des tiges métalliques fixées dans la série de trous qui courent sur toute la largeur de tous les panneaux. Le goût du détail des scénographes va jusqu'à assortir aux cimaises le banc invitant les visiteurs à regarder les vidéos des carnets des artistes annoncés en vitrine. Soit Anne Brouillard, Mélanie Rutten, Valfret, Anne Herbauts, Fanny Dreyer.

Avec 43 artistes, "Collectionner l'image" propose un excellent panorama de la création francophone. On y découvre un rouleau de tissu de Benoît Jacques, brodé à Madagascar par Harizo Rakotomalala, des broderies de Thisou Dartois pour "Le petit Poucet" et d'autres, plus coquines, d'Aurélie William Levaux ("Le verre à moitié vide"). Les autres œuvres présentées sont peintes ou dessinées ou collées. Comme les aquarelles de Louis Joos de son merveilleux "Oregon", les splendides pochoirs de dahlia et de doryphore de Bernadette Gervais d'"ABC de la nature", les dessins à l'encre de Thomas Lavachery de "J'irai voir les Sioux", les pastels très colorés d'Etienne Beck ("Jack et le haricot magique"), les originaux et les croquis d'"Akim court" de Claude K. Dubois, les dessins préparatoires de Valfret pour l'affiche du Picture Festival 2022 (lire ici), sans oublier la réelle découverte que sont les fins collages d'Anne Crahay pour "Le sourire de Suzie". Pour ne citer qu'eux.

Quelques vues de l’exposition
 
"Le sourire de Suzie", Anne Crahay.

Broderie d'Aurélie William Levaux.

"Le voyage d'Oregon", Louis Joos.

"Face the day", Kitty Crowther.

José Parrondo et Noémie Favart.

Geneviève Casterman.

Un rouleau de Benoît Jacques.

Broderies de Thisou Dartois.

Pochoir de dahlia par Bernadette Gervais.

Loïc Gaume.
 
Les artistes exposé.e.s
 
Martina Aranda, Jeanne Ashbé, Étienne Beck, Mathilde Brosset, Anne Brouillard,
Anne Brugni, Geneviève Casterman, Sarah Cheveau, Anne Crahay, Kitty Crowther,
Thisou Dartois, Fanny Dreyer, Claude K. Dubois, Peter Elliott, Jean-Luc Englebert,
Noémie Favart, Loïc Gaume, Bernadette Gervais, Sara Gréselle, Anne Herbauts,
Benoît Jacques, Émile Jadoul, Louis Joos, Valentine Laffitte, Thomas Lavachery,
Pascal Lemaître, Marie Mahler, Vincent Mathy, José Parrondo, Chloé Perarnau,
Catherine Pineur, Rascal, Lisbeth Renardy, Françoise Rogier, Mélanie Rutten,
Elisa Sartori, Marine Schneider, Émilie Seron, Valfret, Michel Van Zeveren,
Giulia Vetri, Aurélie William Levaux, Gaya Wisniewski
 
Pratique
Quoi? Exposition "Collectionner l'image".
Qui? Les Ateliers du Texte et de l'Image (scénographie de Maud Dallemagne et Benjamin Dupuis, avec la participation de DesignWithGenius).
Où? Galerie Les Brasseurs,  Rue du Pont, 26/28, 4000, Liège.
Quand? Du mercredi au samedi, de 11 à 18 heures, jusqu'au 14 décembre
Visites guidées de l'exposition les 21 & 28 novembre, à 9h30 (durée de 2h30, 10 euros par personne, inscription et information: nina.cavillot@ccrliege.be).
Combien? Entrée libre.
 
 
Le catalogue
 
L'exposition se complète d'un remarquable catalogue illustré de bon format, répondant au même titre, "Collectionner l'image", fruit de la collaboration de Ateliers du Texte et de l'Image et de l'Atelier du Livre de Mariemont (160 pages, 20 euros).
 
Derrière la couverture stylisée, on trouve un très beau travail d'information. Chacun des 43 artistes de la collection 2022-2024 des ATI bénéficie d'une ou deux doubles pages illustrées. Chaque fois, côté texte, un portrait bio-bibliographique joliment écrits, une brève déclaration de l'artiste, des mots-repères et une bibliographie sélective. Côté-image, une ou deux de celles qui sont exposées aux Brasseurs. Un répertoire amélioré qui se consulte mais aussi se lit avec intérêt et plaisir.

Les deux doubles pages du catalogue sur Sarah Cheveau.

La double page consacrée à Giulia Vetri.

Si l'ouvrage s'achève sur un utile répertoire d'adresses belges (lieux d'enseignement, de stages, de résidences, d'aides à la création, de recherche en littérature de jeunesse), il s'ouvre sur plusieurs textes de réflexion. Dont un sur l'histoire de la littérature de jeunesse belge. Et c'est là qu'on tique. Car comme les mousquetaires étaient quatre, les "pionnières du livre illustré en Belgique francophone" ne sont pas trois mais quatre. Aux trois citées à raison, Elisabeth Ivanovsky, Albertine Deletaille et Gabrielle Vincent, il manque Marie Wabbes (lire ici). Elle qui a près de 200 albums pour enfants à son actif, a publié en Belgique, en France, à Londres et à New York chez les meilleurs éditeurs. Elle qui a figuré dans le premier catalogue de l'école des loisirs en 1965. Elle qui a reçu en 2006 - lors de l'attribution du premier Grand prix triennal de littérature de jeunesse à Kitty Crowther- et en même temps que Pierre Coran pour le texte, le prix de la Communauté française pour le rayonnement de la littérature jeunesse. Elle qui a été faite Commandeur de l'Ordre de la Couronne cette année (lire ici). Elle qui a souvent eu le tort de traiter de sujets avant qu'ils ne soient "dans le vent": autonomie financière, chasse, écologie, divorce, inceste, migrants...

 
Les conférences (gratuites, sauf mention contraire)
  • 19 novembre à 19 heures: rencontre avec Pascal Lemaître animée par Patrick Corillon (Le Corridor, Rue Vivegnis, 411 – 4000 Liège).
  • 25 novembre à 18 heures: conférence de Loïc Boyer, "Exposer le livre jeunesse" (Le Corridor, Rue Vivegnis, 411 – 4000 Liège).
  • 27 novembre à 14 heures: conférence d'Anne Quévy, "La Belgique: terre d’illustrateurs" (Centre Culturel Les Chiroux, Place des Carmes, 8 – 4000 Liège).
  • 10 décembre à 19 heures: conférence ABCDefourny (Le Corridor, Rue Vivegnis, 411 – 4000 Liège).
  • 11 décembre à 17 heures: rencontre avec Bernadette Gervais et Brigitte Morel (éditions Les Grandes Personnes) animée par Anne Quévy (B3, Place des Arts, 1 – 4020 Liège, sur inscription à info@leb3.be).
 
 
Trois centres plus un = réseau Cailloux
"Y a-t-il un centre de littérature de jeunesse en Belgique?", me demande-t-on parfois à l'étranger. Il y en a trois, étais-je obligée de répondre à la stupéfaction souvent de l'interlocuteur, qui se sont ouverts au milieu des années 2000, à Bruxelles (2005), La Louvière (2005) et Liège (2009), la nouvelle appellation officialisant parfois une initiative déjà existante. Aujourd'hui, je devrais lui dire qu'a été créé le réseau Cailloux, rassemblant les trois centres existants, le Centre de Littérature de Jeunesse à Bruxelles (CLJBxl), le Centre André Canonne à La Louvière, les Ateliers du Texte et de l'Image à Liège (ATI), auxquels il est adjoint Le Wolf - La Maison de la Littérature de Jeunesse de Bruxelles. L'idée, vieille de quatorze ans? Mettre en réseau les centres de littératures jeunesse et graphique. Bonus pour tous.