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lundi 25 mars 2024

Les dix finalistes du prix Prem1ère 2024


C'est à 14 heures le jeudi 4 avril, premier jour de la Foire du livre de Bruxelles, que sera dévoilé en direct et remis le prix Prem1ère 2024. Lequel/laquelle des dix primo-romancier/ère.s finalistes sera-t-il/elle récompensé.e? L'émission spéciale de Laurent Dehossay, président du jury, vous l'apprendra. Cinq des livres sélectionnés datent de la rentrée littéraire d'août 2023, cinq de celle de janvier 2024.

Rappelons que ce prix est un prix de lecteurs, les jurés étant choisis sur base des dossiers qu'ils ont envoyés à la RTBF. Ils ont à lire les dix premiers romans écrits en langue française qui ont été retenus par un comité de professionnels du livre, libraires, journalistes et critiques littéraires.

Les finalistes

Selon la chronologie de leur passage dans le magazine Le Mug (La Première, ici).


Éléonore de Duve
"Donato"
José Corti, 2023

(c) Bruno de Duve.

L'histoire de Donato, ouvrier mineur originaire des Pouilles venu vivre et travailler au Pays noir, telle que l'imagine Clio, sa petite-fille, dans une très grande inventivité langagière.

Présentation du livre le 21 mars dans Le Mug.


Bruno Markov
"Le dernier étage du monde"
Anne Carrière, 2023

(c) Abigail Auperin.

Bruno Markov réinvente le mythe de la réussite individuelle à l'heure des nouvelles technologies. Captivant, émouvant et subversif, il s'empare des questions éthiques les plus brûlantes autour de l'intelligence artificielle et de l’économie de l’attention.

Présentation du livre le 22 mars dans Le Mug sur La Première.

Virginie Bouyx
"La Varangue"
Le Pommier, 2023

(c) Hannah Assouline.

Avec beaucoup de pudeur et de délicatesse, dans une langue belle et émouvante, ce court roman aux allures de conte écologique nous parle de la disparition des êtres chers, de l'inexorable montée des eaux et de la place du rêve dans nos vies.

Présentation du livre le 25 mars dans Le Mug sur La Première.

Debora Levyh
"La Version"
Allia, 2023

(c) Ayoh Kré Duchâtelet.

Ce récit aux accents anthropologiques nous plonge avec inventivité dans l'observation d'un peuple imaginaire en mue perpétuelle, chez qui la notion d’identité n'a pas de valeur. L'occasion d'analyser finement la question du langage, et la difficulté à parler d'une culture dans une langue qui n'est pas la sienne.

Présentation du livre le 26 mars dans Le Mug sur La Première.

Pascal Lorent
"Retour à Anvie"
Weyrich, 2023

 
Solitaire, rigoureux et austère, un policier va devoir affronter son passé pour résoudre le meurtre qui lui est confié. Affronter un deuil qui se réveille quand il retourne à Anvie, innocente bourgade provinciale.

Présentation du livre le 27 mars dans Le Mug sur La Première.

Sébastien Bailly
"Parfois l'homme"
Le Tripode, 2024

(c) Le Tripode.

Ce roman de la condition masculine et de son agonie nous invite au rire en revisitant toutes les étapes de vies désormais pathétiques, hésitantes, égarées. De la naissance à la mort, des premières craintes aux ultimes lâchetés, des émois adolescents aux dernières rancœurs.

Présentation du livre le 28 mars dans Le Mug sur La Première.

Louis Vendel
"Solal ou la chute des corps"
Seuil, 2024

(c) Astrid di Crollalanza.

Dans ce livre, il n'y a ni personnages inventés, ni histoires imaginées, tout y est strictement vrai. Le rapport au monde de Solal, ami bipolaire du narrateur. Pourtant, on le lit comme un pur roman, au plus proche du réel. Une narration littéraire au service d’une éthique du récit.

Présentation du livre le 29 mars dans Le Mug sur La Première.

Cyril Anton
"Le nain de Whitechapel"
Les Éditions du Sonneur, 2024

A Londres, à la fin du XIXe siècle, la misère rôde. Prostitution, cirques de curiosités, corruption, mendicité, Jack l’Éventreur, Elephant Man, le gang Tabula Rasa... Un nain arrivera-t-il à offrir un refuge à tous les marginaux pourchassés avec son immense boule à neige magique?

Présentation du livre le 1er avril dans Le Mug sur La Première.

Paloma de Boismorel
"La fin du sommeil"
L'Olivier, 2024

(c) Patrice Normand.

Autour d'un architecte devenu malgré lui à la mode, une comédie absurde et pleine d'esprit qui se joue avec vivacité de la tyrannie du bien-être, des vanités et des faux-semblants.

Présentation du livre le 2 avril dans Le Mug sur La Première.

Marion Fayolle
"Du même bois"
Gallimard, 2024

(c) Francesca Mantovani.

Dans une ferme, l'histoire se reproduit de génération en génération: on s'occupe des bêtes, on vit avec, celles qui sont dans l’étable et celles qui ruminent dans les têtes. Les vies se dupliquent en dégradé face aux bêtes qui ont tout un paysage à pâturer.

Présentation du livre le 3 avril dans Le Mug sur La Première.





vendredi 14 janvier 2022

Nathalie Skowronek élue à l'Académie belge

Nathalie Skowronek (c) Aline Frisch.

Auteure multiprimée en Belgique et en Europe (lire ici), Nathalie Skowronek a été élue le 8 janvier dernier à l'ARLLFB (Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique). Elle s'installe au fauteuil 20, occupé précédemment par Jacques Crickillon. Elle sera reçue par Yves Namur, secrétaire perpétuel de l'Académie (lire ici), lors d'une séance publique à l'automne 2022. Au cours de cette séance, Paul Emond recevra aussi Luc Dellisse, élu le 11 septembre 2021 au fauteuil 8, qui succède à Jacques De Decker, décédé en avril 2020 (lire ici).

En dix ans de temps seulement, Nathalie Skowronek s'est fait une place et sa place en littérature. Née à Bruxelles en 1973, agrégée de Lettres, elle publie son premier roman en 2011 chez Arléa, petite maison française qui a l'art d'accueillir et de lancer les nouveaux talents. Immédiatement repéré par la critique, "Karen et moi" raconte la rencontre entre Karen Blixen et une petite fille de onze ans qui lit "La Ferme africaine" sous une tente. Ce premier volet d'une trilogie familiale sera suivi deux ans plus tard par "Max, en apparence" (Arléa, 2013), l'histoire du grand-père de la romancière, rescapé des camps, vivant dans le Berlin d'après-guerre avec un passé qu'il aurait voulu effacer, et par "Un monde sur mesure" (Grasset, 2017) explorant aussi le passé familial, du côté de la grand-mère cette fois, si fière de son magasin de tissus.

Entre-temps, Nathalie Skowronek publie un essai sur le thème lié à sa famille, "La Shoah de Monsieur Durand" (Gallimard,2015). Elle y montre que le devoir de mémoire cesse d'être opérant de nos jours. En 2018, elle publie "Paradis blanc" chez Weyrich, dans la formidable collection "La Traversée", destinée aux adultes récemment alphabétisés (lire ici)

En 2020, elle revient au roman proprement dit avec "La carte des regrets" (Grasset), l'histoire bouleversante d'une femme et de sa double vie amoureuse qui est découverte à son décès par les trois personnes qui se partagent le chagrin de sa disparition: son mari, son amant et sa fille, Mina.

La romancière est également enseignante depuis 2016 au master de l'Atelier des écritures contemporaines de La Cambre/École nationale supérieure des arts visuels. Elle anime encore à Bruxelles, l'atelier d'écriture du Club Antonin Artaud, un centre de jour pour adultes souffrant de difficultés psychologiques. Et elle a créé l'an dernier avec son compagnon, l'écrivain Jean Rouaud, les rencontres littéraires du Puyméras.





Les membres actuels de l'Académie belge

Forte de quarante fauteuils, l'ARLLFB compte 26 écrivains et 14 philologues. Trente de ses membres appartiennent à la communauté française de Belgique et dix sont étrangers, écrivains ou philologues. Les membres sont élus au scrutin secret par l'ARLLFB siégeant en séance plénière. Nul ne peut faire acte de candidature. Un siège de philologue belge est à pourvoir actuellement.

  • Danielle Bajomée, membre belge philologue
  • Jean-Baptiste Baronian, membre belge littéraire
  • Sophie Basch, membre belge philologue
  • Marie-José Béguelin, membre étranger philologue
  • Véronique Bergen, membre belge littéraire
  • Roland Beyen, membre belge philologue
  • Marie-Claire Blais, membre étranger littéraire
  • Jean Claude Bologne, membre belge littéraire
  • Michel Brix, membre belge philologue
  • Éric Brogniet, membre belge littéraire
  • Anne Carlier, membre belge philologue
  • Philippe Claudel, membre étranger littéraire
  • Robert Darnton, membre étranger philologue
  • Gérard de Cortanze, membre étranger littéraire
  • Michel del Castillo, membre étranger littéraire
  • Luc Dellisse, membre belge littéraire
  • Daniel Droixhe, membre belge philologue
  • François Emmanuel, membre belge littéraire
  • Paul Emond, membre belge littéraire
  • Lydia Flem, membre belge littéraire
  • David Gaatone, membre étranger philologue
  • Sylvie Germain, membre étranger littéraire
  • André Guyaux, membre belge philologue
  • Xavier Hanotte, membre belge littéraire
  • Corinne Hoex, membre belge littéraire
  • Armel Job, membre belge littéraire
  • Georges Kleiber, membre étranger philologue
  • Jean Klein, membre belge philologue
  • Caroline Lamarche, membre belge littéraire
  • Philippe Lekeuche, membre belge littéraire
  • Jacques Charles Lemaire, membre belge philologue
  • Pierre Mertens, membre belge littéraire
  • Yves Namur, membre belge littéraire
  • Amélie Nothomb, membre belge littéraire
  • Jean-Luc Outers, membre belge littéraire
  • Gabriel Ringlet, membre belge littéraire
  • Eric-Emmanuel Schmitt, membre étranger littéraire
  • Nathalie Skowronek, membre belge littéraire
  • Jean-Philippe Toussaint, membre belge littéraire



mercredi 16 décembre 2020

La collection "La Traversée" mise à l'honneur

Riche de vingt-sept titres actuellement, l'épatante collection "La Traversée" des éditions Weyrich vient de recevoir le prix Joseph Hanse, décerné par l'Association Charles Plisnier. Ce prix couronne une initiative originale de lutte pour l'alphabétisation. Elle ne pouvait pas mieux choisir. Cette collection est le fruit d'une collaboration entre l'éditeur Weyrich et l'Association Lire et écrire. Les romans qu'elle réunit sont écrits par des auteurs belges reconnus qui se plient à la contrainte du public particulier des adultes qui entrent dans la lecture. Avant de se lancer, ils rencontrent même le public qui les lira.

Si la collection "La Traversée" publie des romans qui permettent aux adultes d'apprendre à lire et de découvrir le plaisir de la lecture, elle peut néanmoins être lue par tout le monde. Par les petits appétits de lecture par exemple. Liste des titres ici.

On y trouve les signatures de Geneviève Damas, Thierry Robberecht, Corine Jamar, Vincent Engel, Colette Nys-Mazure, Jean Jauniaux, Christine Van Acker, Jean-Marc Ceci, Nathalie Skowronek, Luc Baba, Frédérique Dolphijn, Patrick Delperdange et d'autres encore.

La naissance de "La Traversée"

L'aventure de cette collection a commencé il y a dix ans, en mai 2010, lors du "Printemps de l'Alpha", organisé à Libramont par l'asbl Lire et Écrire. Ce jour-là, plus de 400 apprenants et formateurs en alphabétisation se réunissent pour partager leurs livres "coups de cœur". La grande majorité des ouvrages présentés sont des livres pour la jeunesse ou pour enfants, choisis pour leur accessibilité, la simplicité de l'écriture, la lisibilité. Un souhait émerge pourtant chez ces adultes en démarche d'alphabétisation: celui de pouvoir rencontrer d'autres littératures, d'autres univers, de plonger dans des livres aux cadres de référence davantage familiers. Dans un même temps, formateurs en alphabétisation, libraires et bibliothécaires réclament des ouvrages susceptibles de leur permettre de fournir une réponse appropriée à toutes les sollicitations. Lire et Écrire Luxembourg se lance
alors dans le projet de créer une collection de romans accessibles à tout adulte, au bon lecteur
comme au lecteur débutant.

Conscient de l'enjeu et de la diversité des compétences à mobiliser, Lire et Écrire fait appel à plusieurs 
professionnels pour constituer le comité d'accompagnement du projet. La maison d'édition Weyrich est 
d'emblée convaincue et accepte d'accueillir la collection. D'autres partenaires – des bibliothécaires, des libraires, des enseignants – rejoignent l'équipe.

La mission du comité d'accompagnement est d'envisager la faisabilité du projet tant aux niveaux éditorial que pédagogique et financier pour ensuite l'accompagner tout au long de son développement
et de sa concrétisation. Lire et Écrire Luxembourg sollicite alors une trentaine d'auteurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles et leur présente le projet. Tous sont enthousiasmés et la grande majorité décide de se lancer dans l'aventure. Pour les soutenir, un guide méthodologique d'accompagnement à l'écriture est réalisé, fruit d'un important travail avec des apprenants en alphabétisation.

Vient le temps des rencontres entre les auteurs et des adultes en démarche d'alphabétisation. Des
temps d'échange, de partage autour de productions littéraires dont les objectifs sont de permettre, d'une
part aux apprenants de parler de leurs attentes, envies de lectures, d'autre part aux auteurs de se
familiariser avec les réalités que connaissent les adultes illettrés, de mieux comprendre leurs situations, leurs centres d'intérêt, leurs habitudes de lecture, leurs ressources et leurs difficultés.













L’Association Charles Plisnier est fière de mettre en évidence, grâce à ce prix, une initiative qui associe l’engagement social, la réflexion sur la langue, la dimension pédagogique et la qualité littéraire.









Vous pourrez trouver sur notre blog des informations sur les finalistes du Prix Joseph Hanse, sur le projet de « La Traversée » ainsi que la liste des romans publiés dans la collection : La Traversée, Prix Joseph Hanse 2020

lundi 6 juillet 2020

Le mort était trop beau

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Louvain-la-Neuve, ville piétonne.

Il y avait les Dupont-Dupond. Il y a désormais les Dumont-Dupuis. Plus précisément Agnès Dumont et Patrick Dupuis, nouvellistes tous les deux, éditeur également pour le second, qui signent ensemble une enquête policière à Louvain-la-Neuve très réussie, "Une mort pas très catholique" (Weyrich, collection "Noir Corbeau", 188 pages). Un roman policier contemporain bien mené qui nous balade aux quatre coins de la ville piétonne de Louvain-la-Neuve. Une ville universitaire belge bâtie de toutes pièces au milieu des champs de betteraves au début des années 1970. En Région wallonne, entre Bruxelles et Namur.

Le roman commence sans préambule. On est le vendredi 18 juillet et on entre à la suite de Roger Staquet dans un appartement du quartier chic des Bruyères, près du lac de Louvain-la-Neuve. Le retraité est un ami de Jean Meunier, le propriétaire du lieu, inquiet de ne pas parvenir à joindre son locataire. Et pour cause! Quand le serrurier ouvre la porte fermée à double tour, les visiteurs découvrent un mort en pyjama, couché sur son lit. Infarctus? Peut-être mais pas sûr. Bien entendu, la police est appelée. Arrive un agent de quartier, le jeune Paul Ben Mimoun, précédé de peu du médecin qui a son cabinet au rez et son logement dans l'immeuble.

La première conversation entre Staquet et Ben Mimoun est un peu rude. Dès les présentations faites entre le jeune flic et l'aîné qui s'avère être un flic bruxellois à la retraite, les deux vont mieux s'entendre. Ils ont flairé une affaire. Hélas ni la seringue à côté du lit, ni le téléphone décroché, ni le double tour de la serrure n'ont ému l'officier de garde qui refuse d'ouvrir une enquête.

Qu'à cela ne tienne, les deux policiers vont s'en occuper, en toute illégalité donc, puisque le premier est retraité et que le second est en week-end prolongé à l'occasion du 21 juillet. Ils n'ont que peu de jours devant eux avant les funérailles. Ils vont devoir faire très vite pour mettre des mots sur leurs soupçons, découvrir l'identité du cadavre et les raisons de sa "mort pas très catholique". Roger Staquet le veuf au penchant sérieux pour le marc de Bourgogne et Paul Ben Mimoun le gamin amateur de cigarettes tout juste largué par sa copine vont se jauger, se juger et s'épauler pour cette enquête qui touche le milieu des trafiquants textiles et celui, bien plus dangereux des sugar babies.

L'intrigue progresse agréablement avec indices, récapitulatifs et fausses pistes. On rencontre d'intéressants personnages secondaires. On suit avec intérêt le duo échafauder ses théories, les confirmer ou les infirmer, avec une tension qui va croissant jusqu'à la finale, évidemment différente de ce qu'on aurait pu imaginer, mais miroir d'un grave problème de société.

L'écriture est plaisante, qui se partage entre le portrait des deux policiers, leurs ressemblances et leurs différences, leurs conversations, les différentes pistes et l'enquête elle-même. Bien sûr, on n'est pas terrifié mais agréablement pris dans ce récit noir savamment construit. Ecrit à quatre mains, soit à vingt doigts? "Disons que ce fut une écriture à 10 doigts (2 x 5)", rectifie Patrick Dupuis, "car Agnès et moi nous ne sommes pas pianistes. J'ai demandé à Agnès de m'accompagner alors que j'avais entamé le chemin et que mes personnages commençaient à m'enquiquiner quelque peu (je suis, comme elle, d'abord et avant tout nouvelliste). Je l'ai fait car j'ai toujours considéré que nos univers étaient proches. Ça a bien fonctionné, on s'est d'abord mis d'accord sur la suite qu'il fallait donner à ce qui existait déjà, on a écrit et, ensuite, on a passé un temps fou à se corriger mutuellement, ce qui a donné une unité au roman. J'ajoute qu'on s'est bien amusé." Hé bien, pareil pour la lectrice que je suis, je me suis bien amusée.





















vendredi 14 août 2015

DTPE 9 Des nouvelles de Saint-Idesbald

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans et des récits. L'été, le temps de relire aussi.

On a tous dans le cœur, du moins si on est issu ou proche d'une famille belge, l'un ou l'autre souvenir de la côte belge. Glaces ou 15 août mondain à Knokke-le-Zoute, ou, à l'autre bout des soixante kilomètres de sable longeant la mer du Nord, l'horloge de la Croix-Rouge sur la digue de Saint-Idesbald. Réédition bienvenue pour le très bon troisième recueil de nouvelles de Jean Jauniaux, "L'année dernière à Saint-Idesbald" (Weyrich, Plumes de coq, 195 pages), lauréat d'une deuxième vie méritée.

Jean Jauniaux.
Il ne faut pas complètement se fier au titre qui rime comme un film d'Alain Resnais. S'il est bien question de Saint-Idesbald dans les nouvelles, dans leur toute grande majorité excellentes, elles ne s'y déroulent pas systématiquement mais y sont reliées d'une manière ou d'une autre. Non, le titre est simplement le nom du blog d'un SDF amateur de littérature, lecteur et écrivain. Le blogueur est hébergé dans une bibliothèque dont le personnel a été sensible à son cas. Et il revaudra à Marie-Ange, Jacques et Edmond qui complète le trio d'anges gardiens ce qu'ils lui ont permis en l'initiant à l'informatique: une suite de vies de personnes croisées lors de son existence vagabonde dont il pose les destins dans les articles de son blog.

L'ensemble est une réussite car Jean Jauniaux arrive à placer un humour qui sonne bien, des sourires spontanés sur des histoires qui n'ont souvent rien de comique mais sont racontées avec verve. Ce sont d'autres SDF qu'il nous présente, via son SDF blogueur de papier, sans misérabilisme, avec de belles trouvailles, en des tranches de vie que la fiction n'oserait pas toujours inventer. Des itinéraires qui ne tombent pas du ciel mais s'inscrivent dans le quotidien de la Belgique, via personnalités, événements et médias. Dans celui de l'auteur également, discrètement.

La villa Mieke, à Saint-Idesbald, présente dans les nouvelles.

On va successivement croiser l'homme mystérieux qui revient chaque année au même endroit avec sa charrette, ses craies et sa clé, un ex-sans-papiers pris dans un savant jeu de bookcrossing, Mathieu et son expédition au Royal cinéma. On partira à Saint-Idesbald aussi, lieu de vacances de Jean-Idesbald, dont l'histoire émeut autant que celle de Mathieu. Après un détour moins réussi chez le Roi, on revient à Bruxelles, à la rencontre de William, ex-cariste victime de la crise, reconverti dans l'évaluation des pièces accessibles des hôtels quand il n'est pas lui aussi en train de lire en bibliothèque.

Plus loin, une famille rom hésite à traverser la frontière entre la France et la Belgique, Albert-Félix ferme sa boutique "La cravate royale", Ferdinand s'interroge sur l'Europe, Julien comprend l'horreur de la guerre vécue par son grand-père, Bérénice tente de se faire soigner, des réfugiés en fuite de Sangatte trouvent asile à Saint-Idesbald, un petit Thomas perdu au Salon de l'auto auprès d'une hôtesse...

Autant d'histoires qu'on découvre avec intérêt et plaisir, tapis rouges vers des personnes que la vie n'a pas gâtées mais qui existent à leur façon dans "L'Année dernière à Saint-Idesbald".



Rappel
DTPE 1 "Nous étions l'avenir", de Yaël Neeman (Actes Sud)
DTPE 2  "Jules", de Didier van Cauwelaert (Albin Michel)
DTPE 3 "Le Caillou", de Sigolène Vinson (Le Tripode)
DTPE 4 "Georges, si tu savais...", de Maryse Wolinski (Seuil)
DTPE 5 "Quatre murs", de Kéthévane Davrichewy (S. Wespieser/10-18)
DTPE 6 "Et si on aimait la France", de Bernard Maris (Grasset)
DTPE 7 "Les quatre saisons de l'été", de Grégoire Delacourt (JC Lattès)
DTPE 8 "Soudain, seuls", d'Isabelle Autissier (Stock)