Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est bibliothèque. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est bibliothèque. Afficher tous les articles

jeudi 21 avril 2022

Marie-Aude Murail bientôt en Belgique

Marie-Aude Murail.

Sait-on assez que Marie-Aude Murail n'est pas seulement une formidable auteure de livres pour enfants, tout juste couronnée par le prix Andersen (lire ici)? Des romans principalement, pour différentes tranches d'âge, que les lecteurs plébiscitent depuis trente-cinq ans. Des romans "isolés" variant les thèmes, les époques, les genres, et des sagas, historiques comme "Emilien", "Nils Hazard" ou "L'espionne", récentes comme "Sauveur & Fils'" et "Angie", cette dernière avec son frère Lorris. Une centaine de titres publiés à l'école des loisirs, chez Bayard, Pocket et Albin Michel Jeunesse. Tout cela entrecoupé d'essais parfaitement accessibles interrogeant la lecture des enfants ou sa pratique d'écrivain.

Sait-on assez que Marie-Aude Murail n'est pas seulement une formidable auteure de livres pour enfants? Elle écrit aussi pour les adultes, de temps en temps. On a oublié, et c'est normal, que ses deux premiers romans leur étaient destinés, "Passage" (1985) et "Voici Lou" (1986), parus chez l'éditeur suisse Pierre-Marcel Favre. Mais en 2018, Marie-Aude Murail est retournée vers le public adulte avec "En nous beaucoup d'hommes respirent" (L'Iconoclaste, 440 pages, Le Livre de poche, 2020). Un texte constitué à partir d'archives familiales exceptionnelles, que l'écrivaine a trouvées en vidant la maison de ses parents.

Découvertes, ouvertes, les boîtes à archives ont réveillé les morts. Albums photos, menus de mariage, images de communion, dents de lait, documents administratifs, lettres et journaux intimes déroulaient l'histoire de la famille Murail sur trois générations, de 14-18 aux années 2.000. Une invitation à plonger dans un roman familial et à mener une enquête plus intime. "En nous beaucoup d'hommes respirent" dit à la fois une famille française comme tant d'autres et cette famille particulière qui a permis à Marie-Aude de comprendre d'où vient sa création. De son père poète bien sûr. De ses lectures, évidemment. Et des mots consignés dans les archives familiales.
"Je ne puis lire une ligne sans penser à tous les livres qui me demeurent inconnus et j'ai envie de fermer celui que j'ai entamé pour pleurer sur le néant de mon être présent. Les journées sont trop courtes et ma constitution trop faible. J'enrage de vivre si peu, d'aller si lentement sur le chemin de la connaissance."
Marie-Aude Murail
C'est à propos de ce livre que Marie-Aude Murail viendra début mai à La Louvière en Belgique, juste avant son anniversaire qui tombe le 6 mai. Les bibliothèques hennuyères, section adulte et section jeunesse, se sont mobilisées autour du thème du livre. Elles clôturent leur travail avec cette visite. Quelle chance de revoir Marie-Aude Murail en terres belges pour des rencontres avec le public. L'écouter parler est un bonheur toujours renouvelé. Une source d'inspiration et un tremplin pour la réflexion.

Marie-Aude Murail à La Louvière

  • Mercredi 4 mai, de 14 à 16 heures, à la Bibliothèque provinciale-Jeunesse.
La section Jeunesse est partie en exploration avec son jeune public, pour découvrir l'enfance des parents et des grands-parents. Cet après-midi permettra à Marie-Aude Murail et au public de découvrir ce travail et de poursuivre le partage d'histoires (par Camille Cougnet et Véronique Tambour). Dès 7 ans.
Réservation obligatoire au 064/312 409.

  • Mercredi 4 mai, à 18 heures, à la Maison des Associations à La Louvière. 
Rencontre avec Marie-Aude Murail autour de sa saga familiale "En nous beaucoup d'hommes respirent" et de ses livres pour la jeunesse (animée par Isabelle Auquier et Deborah Danblon).
Inscriptions au 064/312 508.

  • Jeudi 5 mai, à 19 heures, au Gazomètre.
Atelier d'écriture par Isabelle Auquier et Marie-Noëlle Mortelette: puiser dans une malle des objets, des photos, des odeurs ou une musique oubliée. Ecrire, fouiller un moment, faire revivre le passé. Public adultes.
Réservation obligatoire au 064/312 508.

  • Vendredi 17 juin, à 19 heures, au Gazomètre. 
Chaîne et club de lecture: lire ensemble "En nous beaucoup d'hommes respirent". Pour ce faire, il faut emprunter le roman de Marie-Aude Murail à la section Adultes, partager ses émotions sur le groupe Facebook, "En nous beaucoup d'hommes respirent", participer au club de lecture qui clôturera cette chaîne en une soirée d'échanges autour de cette passionnante saga familiale.

  • Trois dates en juin ou trois dates en juillet, au Gazomètre.
Stage MAMé [moire]: réalisation d'un jeu de cartes à transmettre à ses proches (par Christelle Claessens et Véronique Janzyk).  Public adulte. Infos complémentaires et réservation obligatoire au 064/312 508.

Informations complémentaires ici.


lundi 7 janvier 2019

La triste nouvelle du décès d'Hubertine Leemans

Hubertine Leemans dans les années 1990.

Tout qui a approché la littérature de jeunesse à Bruxelles ou en Belgique en général, et à Ganshoren en particulier, au cours des soixante années écoulées, a forcément rencontré une fois ou de nombreuses fois Hubertine Leemans dont je viens d'apprendre le décès à un âge bien avancé. Une bibliothécaire extraordinaire, au verbe fort et au grand cœur, débordante d'idées et d'énergie. Elle avait créé dans sa commune en 1955, du haut de ses vingt-six ans, la Bibliothèque Spéciale pour la jeunesse, modèle inédit de bibliothèque de jeunesse entièrement gérée par ses lecteurs, aujourd'hui disparue. La bibliothèque se trouvait au 43, rue Louis Delhove, à Ganshoren.
Hubertine Leemans avait aussi enseigné la littérature de jeunesse à de nombreux élèves bibliothécaires et avait participé à l'aventure de l'IBBY Belgique.

La Bibliothèque Spéciale pour la jeunesse.


Ci-dessous l'hommage que lui rend Magali Noirfalise, qui a été une de ses adjointes.

HOMMAGE à HUBERTINE LEEMANS ("Chouette")
"C'est au début des années septante que que j'ai poussé la porte de la bibliothèque spéciale pour la jeunesse de Ganshoren pour la première fois. Impressionnée par le lieu et ses deux principales responsables, Hubertine, "Chouette" de son nom de cheftaine et Denise, sa belle-sœur, il m'est vite apparu que plusieurs  adolescents les secondaient dans leurs tâches, le conseil des jeunes. En quelques semaines, je suis devenue l'une de leurs lectrices les plus assidues pour finir par être, aux alentours de douze ans, admise dans ce fameux conseil... 
L'idée de cette première bibliothèque de Belgique entièrement dédiée à la jeunesse avait surgi dans la tête d'Hubertine, alors cheftaine des lutins (fillettes de 6 à 11 ans) qu'elle animait le dimanche. Armée de son inébranlable enthousiasme et de sa détermination, elle avait réussi en 1955 à trouver un local (en sous-sol, une cave), à dégoter un minimum de matériel et quelques francs pour faire l'acquisition des premiers livres. Au fil des années, les subsides provinciaux et communaux permirent à l'entreprise de se poursuivre avec toujours au cœur le souhait de proposer aux jeunes lecteurs des livres de qualité, romans ou livres documentaires. Le classement même de ces documentaires était similaire à celui de toute bibliothèque qui se respecte, respectant la classification décimale universelle, ce qui permettait de se familiariser dés l'enfance avec ce système largement répandu.
Le succès de cette première bibliothèque est allé grandissant et l'idée de mettre en place un conseil de jeunes a rapidement suivi. Il s'agissait pour la dizaine de jeunes d'accueillir, de conseiller, d'inscrire les lecteurs, mais aussi de gérer les prêts, d'organiser et de proposer des animations en tous genres. Il fallait également participer au rangement des livres et des lieux. Je me souviens avec amusement de la tête effarée de mes parents découvrant une missive de Chouette me demandant de veiller à bien "faire le trottoir" avec la prochaine séance.
Des fêtes étaient organisées chaque année et amenaient un déploiement de moyens très supérieur à la modestie du lieu. Je pense à cet immense parachute tendu au plafond pour recréer l'ambiance d'une tente berbère ou aux nombreux déguisements arborés par toute l'équipe...
La bibliothèque était aussi un lieu d'ouverture sur le monde et son fonctionnement. Hubertine veillait, grâce à son réseau étendu, à inviter des personnes susceptibles de communiquer aux jeunes lecteurs leurs passions. Qu'ils soient journalistes, comédiens ou responsable de la communication chez les pompiers (Monsieur Boileau, ça ne s'invente pas), ils débarquaient, toujours attendus avec impatience par leur auditoire.   
En coulisse, Hubertine veillait en permanence au bon fonctionnement de cette petite entreprise, stocks en tous genres pour palier n'importe quel besoin, pailles, cartons outils, tout était prévu.
Les fêtes qu'elle organisait pour remercier son équipe étaient légendaires. Elle achetait tout au long de l'année moult petits objets qu'elle distribuait ces soirs-là par le biais de jeux de culture générale ou de vocabulaire.
Elle a tenu cet endroit merveilleux durant plus d'une cinquantaine d'années, ne perdant jamais l'espoir de le faire durer plus encore. Les jeunes de son conseil sont partis tour à tour pour entamer des études supérieures, mais à chaque fois, d'autres arrivaient. La mise en place de visites de  classes des écoles voisines l'a amenée à faire appel à d'autres adultes pour les accueillir.
En marge de cette passionnante activité, Hubertine occupa  durant plus d'une quarantaine d'années un poste de secrétaire à la questure du Sénat et d'enseignante spécialisée pour la jeunesse auprès des futurs bibliothécaires...
Elle fut membre et secrétaire du Conseil pour la lecture jeunesse et occupa encore divers postes toujours avec perfectionnisme et implication.
Elle organisa durant de très longues années plusieurs tournantes de livres qu'elle se faisait un devoir de lire avant de les proposer aux lecteurs. Elle lisait et faisait la critique de près de 200 romans chaque année pour n'en sélectionner qu'une septantaine. 
Elle prenait le soin d'envoyer à tout son entourage des cartes à chaque anniversaire.
Elle nous a quittés ce 24 décembre suite à une brève hospitalisation pour problèmes cardiaques.
Elle me disait au téléphone il y a une quinzaine de jours qu'elle n'allait pas bien, que c'était une mauvaise journée, mais qu'elle irait bientôt en revalidation et qu'elle avait déjà choisi ses livres pour la tournante 2019.
Elle avait fait le choix de donner son corps à la science, ce qui fait qu'aucune cérémonie n'a encore eu lieu. Je tenais à lui rendre cet hommage et à la remercier d'avoir offert à tant de jeunes cette ouverture sur le monde et pour tout ce qu'elle a fait autour d’elle."

Magali Noirfalise 

lundi 6 août 2012

LA découvert un petit trésor

Regardez cette bibliothèque.
Attrayante comme elle se présente, elle pourrait faire partie de cette série de photos de lieux enchanteurs qui circule sur les réseaux sociaux (Improbables librairies, improbables bibliothèques).


Regardez-la bien.
Au premier coup d’œil, on comprend tout de suite qu'elle est anglaise.

Mais, car il y a un mais, regardez-la bien. Elle n'est pas à notre échelle. Elle appartient à une maison de poupées!


Celle de la Queen Mary, la grand-mère de la souveraine britannique actuelle.

La Reine Mary en 1917, précédant son mari, le roi Georges V.

Passionnée de maisons de poupées, la reine Mary reçut cette magnifique construction en 1922, d'une cousine à elle, la princesse Marie-Louise.
On voit ici la miniature en construction, par les meilleurs artisans de l'époque. A l'échelle 1/12e, elle ne sera achevée qu'en 1924.


L'ouvrage d'art se trouve aujourd'hui au château de Windsor.

Si la maison de poupée nous intéresse aujourd'hui, c'est parce que les deux cents livres de sa bibliothèque étaient tous de vrais livres. Réalisés à la main par les écrivains célèbres de l'époque, reliés de cuir, dorés... Tous en un format minuscule de 4 cm  x 3.


Les auteurs de l'époque n'étaient autres que Sir Arthur Conan Doyle, Thomas Hardy, Rudyard Kipling, Edith Wharton, J. M. Barrie, W. Somerset Maugham, Aldous Huxley... George Bernard Shaw aurait refusé l'invitation.

Et aussi Cyril Kenneth Bird, alias Fougasse (1887-1965), rédacteur à "Punch Magazine", illustrateur et affichiste fameux du début du XXe siècle, célèbre notamment pour ses affiches de propagande britannique durant la Seconde Guerre mondiale. "Parler sans précautions coûte des vies", "Les murs ont des oreilles", "Vous ne savez jamais qui vous écoute", c'est lui.





Un autre de ses titres de gloire est la confection d'un des livres miniatures de la mythique bibliothèque de la maison de poupée du château de Windsor, le mini-album "J. Smith", qui n'avait jamais été publié jusqu'à ce jour, ni en taille poupée, ni en taille humaine!

 

Mais le voilà qui sort, 90 ans après sa création, en anglais chez Walker Books, en français à L'école des loisirs, sous le titre "Un elfe tombé du ciel" (texte et illustrations de Cyril Kenneth Bird, alias Fougasse, traduit de l’anglais par Agathe Peltereau-Villeneuve, L'école des loisirs).



Petit objet précieux, même en format agrandi trois fois pour bien tenir dans la main, tendu de soie, doré sur tranche et doté d'un ruban marque-page.
Tout de suite, on reconnaît le trait de l'auteur-illustrateur britannique.

C'est l'histoire d'un elfe "soufflé hors du monde des fées" et tombé accidentellement en plein Londres, à Eaton Square.


Chaque page est un petit tableau mêlant dessin et texte en écriture manuscrite.

L'elfe erre dans les rues et arrive à Hyde Park. Chez lui, croit-il.
Au moment où il en escalade les grilles, il est surpris par un policier qui le conduit au commissariat.
Difficile pour lui évidemment d'expliquer qu'il est un elfe. Mais il en fait la démonstration.
L'inspecteur décide de s'en occuper et de lui permettre de retrouver les siens.

Ils discutent ensemble. L'elfe explique "Je sais chanter, danser, peindre les coquillages, les fleurs ou même les soleils couchants mais je ne suis qu'un amateur."

 

Le policier convainc l'elfe de rester chez les humains, de se faire passer pour son neveu.
Et c'est là que l'histoire prend la force d'une parabole. Car toutes les tentatives de l'elfe pour s'intégrer, danser, chanter, peindre, chaque fois de la plus exquise des façons, vont se heurter brutalement à la logique humaine.

Voilà un album charmant, drôlement bien conçu et illustré, plein de péripéties, et faisant réfléchir à des tas de choses.
Seul inconvénient:  il faudra attendre le 18 octobre pour trouver cette petite merveille en librairie!