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mardi 24 décembre 2024

Sous le sapin, un trio féminin


Trois romans de femmes, trois récits romancés, trois bonheurs de lecture.


Amélie Nothomb. (c) Charlotte Abramow.
Évoquer Amélie Nothomb, c'est illico penser champagne. Ou Japon, pays qui pulse dans les veines de la romancière belge qui y a passé sa petite enfance, dans le sillage de son père diplomate, et s'est longtemps considérée comme Japonaise. En raison de ses premiers succès littéraires sans doute et de son attrait pour Paris, elle y est finalement peu retournée. Une fois en 1987, jeune adulte de 21 ans, pour y travailler. Une expérience qui donnera deux romans, "Stupeur et Tremblements" (1999) et "Ni d'Ève ni d'Adam" (2007). Elle s'y rendra encore en 2012 pour un tournage avec une équipe de télévision, évoquée dans "La nostalgie heureuse" (2013,  lire ici). Elle reviendra sur son enfance en Asie dans "Psychopompe" (2023).
 
Le grand saut, elle le fait cette année avec "L'impossible retour" (Albin Michel, 162 pages), le récit romancé d'un voyage au Japon qu'elle a effectué du 20 au 31 mai 2023 avec son amie photographe Peb Beni, à la demande de celle-ci. Il s'agit de son trente-troisième livre publié (bibliographie en fin de note) même si elle a terminé d'écrire le cent-dixième - on sait qu'elle écrit trois romans par an mais n'en propose qu'un à son éditeur, Francis Esménard, celui qui a fait d'elle en 1992 une primo-romancière.
 
"L'impossible retour", dont la quatrième de couverture annonce crânement "Tout retour est impossible, l'amour le plus absolu n'en donne pas la clef". Alors? Alors, on fait un magnifique voyage-découverte du Japon en compagnie des deux amies dont les dialogues s'avèrent extrêmement savoureux. Qu'elles discutent, se disputent, se promènent, boivent, mangent, sortent. Surtout, on plonge dans le cerveau et le cœur de la narratrice dans ce texte touchant écrit à la première personne. Ce retour au pays, non pas natal, elle est née à Bruxelles, mais presque, et bien sûr idéalisé, vibre de toutes les émotions qu'il déclenche, ravive tant de souvenirs. La langue japonaise, les endroits visités en compagnie de son père, les usages des lieux... Il est aussi la source de mille questions auxquelles il est répondu. Il y a de la nostalgie bien entendu mais aussi une folle énergie dans ce prenant roman au ton enlevé et au vocabulaire choisi, comme toujours chez Amélie Nothomb.

Pour lire en ligne le début de "L'impossible retour", c'est ici


Le selfie de la cinquantaine.
Dès le titre, "Mes enfants sont partis" (Grasset, 162 pages), Julie Bonnie annonce la couleur. Son récit romancé débute toutefois quelques mois plus tôt, le soir de la fête de ses cinquante ans qui a réuni famille et amis. "Je me suis couchée soûle et heureuse, contre Nicolas, prête à en découdre avec la cinquantaine. (...) Puis je me suis réveillée." 
 
Et puis, celle qui a mené de front, et tambour battant, sa carrière de rockeuse et de jeune maman, de travailleuse en maternité et de chanteuse, plus récemment, de romancière - elle en est à son septième livre en littérature générale (lire ici), toujours épaulée par son amoureux Nicolas, doit affronter l'inimaginable pour elle, le départ du nid pour leurs études de ses deux enfants. Très vite l'un après l'autre. La même semaine. Emile en grande banlieue, Rose, 28 ans, à Bruxelles. "Depuis que je sais qu'ils doivent partir, je suis affolée. Je ne me reconnais plus. Les nuits sont blanches, emplies de cauchemars [ménagers]. Je n'ai pas eu le temps de me préparer à ce moment, je ne l'ai pas vu venir. Ou plutôt, je n'en avais pas du tout mesuré l'importance."

Avec une sincérité totale, l'auteure rapporte cette nouvelle situation, comment les détails pratiques, dont ce fameux paillasson, menacent de l'égarer, elle que sa gynécologue a déjà ébranlée par ses propos sur sa prochaine ménopause. C'est à la fois déchirant et drôle, dramatiquement drôle. Jamais pleurnichard ou mièvre. Au contraire, à l'occasion de cet événement majeur de la vie des femmes, des "vieilles", Julie Bonnie parcourt son chemin de vie personnel, entre la musique, le couple et la maternité. Elle détaille minutieusement ces premiers mois sans enfants à la maison. D'une écriture variée. Avec leurs hauts et leurs bas, mais toujours avec Nicolas. On s'y reconnaît bien entendu. Quel miroir empathique. Mais la romancière enlève le jeu et fait œuvre littéraire en parsemant son récit d'inattendus portraits de femmes du même âge.

Pour lire en ligne le début de "Mes enfants sont partis", c'est ici. 


Julia Deck. (c) Hélène Bamberger.
Avec son sixième roman,  le très prenant "Ann d'Angleterre" (Seuil, 252 pages), Julia Deck ose se lancer dans le roman autobiographique. A la première personne mais à sa manière. Percutante. Après s'être sûrement interrogée mille fois. En réussissant à faire une histoire universelle de la vie peu commune de sa mère. Une jeune Anglaise qui a bourlingué et s'est installée en France. Qui élèvera sa fille dans les deux langues. Qui n'en fera jamais qu'à sa tête, avec une incroyable exigence pour elle et pour les autres. Une force de la nature.

C'est cette femme forte que la narratrice retrouvera à terre dans son appartement parisien en avril 2022, victime d'un accident cérébral. Premiers remords: pourquoi l'a-t-elle quittée si vite la veille? Le premier miracle est qu'Ann, 85 ans, soit toujours vivante, le deuxième qu'elle survive dans les conditions qui lui sont imposées par la médecine d'urgence française. Par la médecine d'urgence pour les personnes âgées, devrait-on dire. Le troisième que la patiente déjoue petit à petit tous les diagnostics. Non, elle ne mourra pas là. Même si elle l'exige, elle ne pourra toutefois plus vivre seule. Et sa fille unique d'entamer un long slalom entre divers établissements de soins. Avec la lumière en bout de piste.

Ce pourrait être un récit glauque, ce ne l'est pas du tout même si on est ébranlé par ce qu'on lit. Mais Julia Deck manie habilement l'humour british à propos de ses inquiétudes, de ses questionnements et de ses colères légitimes. Elle fait le choix de la vérité, de la sincérité. Elle ne cache rien de ses regrets ou de ses interrogations. Elle se montre à nu, ennuyée parfois, fort dévouée et très lucide. L'air de rien, elle témoigne de l'état inquiétant de la santé publique hexagonale. En filigrane constant se glisse son amour pour sa mère, son admiration pour celle qui lui a donné la vie. 
 
Les étapes du parcours médical d'Ann sont ponctuées d'éléments de son histoire, petite fille née dans une famille ouvrière anglaise. Jeune femme passionnée de littérature qui s'est élevée socialement, à la joie de sa propre mère, et est venue habiter en France. Une femme volontaire qui n'a peut-être jamais tout dit d'elle-même. Quand Julia décèle une étrangeté dans les rapports qu'Ann entretient avec sa famille d'Angleterre, elle comprend qu'elle a toujours vécu à côté d'un secret. Un énorme secret peut-être, au sujet duquel sa mère grandement atteinte par son AVC lui glisse cependant certains indices. Quel destin et quelle force dans cette "Ann d'Angleterre" que Julia Deck nous présente dans un texte splendidement construit qui suscite l'admiration et ravit.

Pour lire en ligne un extrait de "Ann d'Angleterre", c'est ici.




La bibliographie d'Amélie Nothomb 

  • 1992 "Hygiène de l'assassin", Prix René Fallet
  • 1993 "Le Sabotage amoureux", Prix de la Vocation / Prix Alain-Fournier / Prix Chardonne
  • 1994 "Les Combustibles"
  • 1995 "Les Catilinaires", Prix du Jury Jean Giono
  • 1996 "Péplum"
  • 1997 "Attentat"
  • 1998 "Mercure"
  • 1999 "Stupeur et tremblements", Grand Prix du roman de l'Académie française
  • 2000 "Métaphysique des tubes"
  • 2001 "Cosmétique de l'ennemi"
  • 2002 "Robert des noms propres"
  • 2003" Antéchrista"
  • 2004 "Biographie de la faim" 
  • 2005 "Acide sulfurique"
  • 2006 "Journal d'Hirondelle"
  • 2007 "Ni d'Ève ni d'Adam", Prix de Flore
  • 2008  "Le Fait du prince", Grand Prix Jean Giono pour l'ensemble de son œuvre
  • 2009 "Le Voyage d'hiver"
  • 2010 "Une forme de vie"
  • 2011 "Tuer le père"
  • 2012 "Barbe Bleue"
  • 2013 "La nostalgie heureuse" (lire ici)
  • 2014 "Pétronille" (lire ici)
  • 2015 "Le crime du Comte Neville" (lire ici)
  • 2016 "Riquet à la houppe"
  • 2017 "Frappe-toi le cœur" (lire ici)
  • 2018 "Les prénoms épicènes" (lire ici)
  • 2019 "Soif"
  • 2020 "Les aérostats" (lire ici)
  • 2021 "Premier sang", prix Renaudot (lire ici)
  • 2022 "Le livre des sœurs" (lire ici)
  • 2023 "Psychopompe"

lundi 3 octobre 2022

Plaisir et liberté chez Amélie Nothomb

Nausicaa Dewez.


Diantre! Covid ou non, le temps file et nous voilà déjà à la vingt-cinquième parution de "L'article", mensuel littéraire belge composé d'un seul article de 5.000 mots (Editions Lamiroy) et inauguré en septembre 2020 (lire ici). La troisième année s'ouvre avec notre chère Amélie Nothomb nationale (lire ici), croquée dans un "article" de Nausicaa Dewez intitulé "Shéhérazade père et fille". Un point de vue original et passionnant sur le "métronome de la rentrée littéraire" depuis trente ans par la rédactrice en chef du blog des Lettres belges francophones, "Le Carnet et les Instants".

D'entrée de jeu, Nausicaa Dewez fait remarquer qu'Amélie Nothomb n'est pas prophète dans son pays: snobée par les prix littéraires nationaux, elle est bien davantage reconnue par les jurys en France. Elle se lance ensuite dans une exploration sans a priori de l'œuvre de "son" auteure, au départ de "Mauvais sang", magnifique roman de l'an dernier couronné par le prix Renaudot, écrit à la première personne et consacré au père de la romancière avant sa naissance (lire ici). Nous voilà à Shéhérazade, ce procédé qui a sauvé la vie à Patrick Nothomb diplomate, une figure qui était déjà apparue dans d'autres livres de sa fille. "Le pouvoir de la littérature, la puissance de Shéhérazade ne s'entend pas sans le plaisir", analyse le texte. Plaisir et liberté d'inventer dans le chef d'Amélie Nothomb au point de ne pas toujours paraître crédible à ses débuts. Plaisir de se raconter dans des romans mariant fiction et autobiographie, liberté de devenir le personnage du livre, plaisir et liberté d'inventer des personnages et de leur donner des noms. En cinq mille mots, Nausicaa Dewez cerne Amélie Nothomb sans jamais l'enfermer. Un "article" libre et plaisant.



Il y a quelques mois, un autre numéro du mensuel littéraire belge se faisait remarquer par son brio et sa documentation, "Arthur Conan Doyle: Puis-je marier Sherlock Holmes?", celui d'Isabelle Chevalier (Lamiroy, mars 2022, #18). Tout est présent dès le titre. Peut-on distinguer le héros de l'auteur? Isabelle Chevalier a enquêté autant sur le désamour qu'Arthur Conan Doyle vouait au Sherlock Holmes qu'il avait créé, préférant se tourner vers d'autres horizons et constamment ramené par le public à celui qu'il ne voulait plus voir que sur cette réalité, cette humanité, qu'ont donnée les lecteurs à un enquêteur de papier tellement aimé. C'est documenté, passionné, passionnant et aussi très amusant quand on réfléchit à ces deux questions qui émaillent l'histoire de la littérature.


D'autres notes sur d'autres "Articles" ici.

Parutions
  1. "Stephen King: Le plus grand écrivain du monde?", un article de Gorian Delpâture - octobre 2020
  2. "Jacques De Decker: L'immortel de l'Académie royale de Belgique", un article de Véronique Bergen - novembre 2020
  3. "Arno: Le roi des belges", un article de Thierry Coljon - décembre 2020
  4. "Victor Hugo: Les années d'exil et d'écriture à Bruxelles", un article de Marc Meganck - janvier 2021
  5. "Bernard Werber: Les Fourmis, trente ans après", un article de Jérémy Guerineau - février 2021
  6. "Camille Lemonnier: Et s'il entrait dans la Pléiade?"un article de Frédéric Saenen - mars 2021
  7. "Jean-Patrick Manchette: le franc tireur du roman noir", un article de Jérémy Bouquin - avril 2021
  8. "Bob Marley: Des paroles dures et militantes au message d'amour universel", un article de Brice Depasse - mai 2021
  9. "H. P. Lovecraft: L'horreur en grande profondeur", un article de Arnaud de la Croix - juin 2021
  10. "Julos Beaucarne: La poésie comme royaume", un article de Jean Jauniaux - juillet 2021
  11. "Marguerite Duras: Aimer les huîtres, la mer, le tout. Aimer Duras.", un article de Michel Zumkir - août 2021
  12. "Marc Levy: Et si c'était lui...", un article de Xavier Huberland - septembre 2021
  13. "Jean Ray: Un écrivain au pied marin", un article de François Crunelle - octobre 2021
  14. "Jim Morrison: Un poète américain", un article de Gorian Delpâture - novembre 2021
  15. "Henri Vernes : L'aventure est éternelle", un article de Christophe Corthouts - décembre 2021
  16. "Emmanuelle Arsan: Un prénom davantage qu'un visage", un article de Daniel Bastié - janvier 2022
  17. "Eddy Mitchell: Claude Moine est un (rock) auteur", un article de Alain Magerotte - février 2022
  18. "Arthur Conan Doyle: Puis-je marier Sherlock Holmes?", un article d'Isabelle Chevalier - mars 2022
  19. "Pierre Rapsat: Un artiste d'eau douce", un article de Guy Delhasse - avril 2022
  20. "Émile Verhaeren: Balades dans les pas du poète", un article de Kate Milie - mai 2022
  21. "Gilbert Keith Chesterton: Le Père Brown, détective céleste", un article de Jean-Baptiste Baronian - juin 2022
  22. "Marcel Proust: Tant de jours sont venus se placer dans le Temps", un article d'Eric Lamiroy - juillet 2022
  23. "Sacha Guitry: Ça rend fou, la littérature", un article de Gaëtan Faucer - août 2022
  24. "Hervé Guibert: Les ombres blanches de l'ange", un article de Stéphane Maton-Vann - septembre 2022
  25. "Amélie Nothomb: Shéhérazade Père et Fille", un article de Nausicaa Dewez - octobre 2022
A venir
  • "Michel Audiard: L'homme à la casquette à carreaux qui en avait sous le capot", un article d'Alain Magerotte - novembre 2022
  • "Christian Dotremont: Cent ans", un article de Georges A Bertrand - décembre 2022
  • "Georges Simenon: Les pendules de Saint-Pholien", un article de Guy Delhasse - janvier 2023
  • "Molière: Le malade imaginaire est mort il y a 350 ans", un article de Gaëtan Faucer - février 2023
  • "Pierre Louÿs: Entre sexe et silence", un article de Luc Dellisse - mars 2023
Illustration des couvertures: Hugues Hausman
Informations et abonnements à "L'article" ici.


lundi 29 août 2022

Rentrons donc avec Amélie Nothomb

Amélie Nothomb. (c) Nikos Aliagas.

C'est mon rituel. Le premier roman de la rentrée que je lis est celui d'Amélie Nothomb. Je suis sûre de mon choix. La romancière belge installée à Paris en publie un par an, toujours chez Albin Michel. Même si elle en écrit plusieurs autres durant les douze mois d'intervalle.
"Le livre des sœurs" (Albin Michel, 194 pages) marque le trentième anniversaire de sa première publication, "Hygiène de l'assassin", en 1992. Comment est donc son trente-et-unième roman? Pas mal, distrayant mais pas aussi emballant que le précédent, le magnifique "Premier sang" où elle rendait un hommage original et réussi à son père et qui lui valut le prix Renaudot l'an dernier.

Avec "Le livre des sœurs", Amélie Nothomb semble poursuivre l'exploration de la famille. Si elle-même est la cadette de Juliette, de trois ans son aînée, et a formé très longtemps avec elle un couple fusionnel, elle se défend d'avoir fait un roman autobiographique. Le seul point commun entre le livre et elle est qu'il traite d'un couple de sœurs fusionnel, situation qu'elle a connue.

En réalité, dans le livre, ce sont deux couples fusionnels qui évoluent. Celui des parents, Florent et Nora, qui se rencontrent par hasard et vont se fondre l'un dans l'autre, par passion d'abord, par habitude ensuite. Celui des filles, Tristane et Laetitia, née quatre ans et demi après, complètement ouvert sur le monde.
"L'amour entre les deux sœurs n'était aucunement une transposition de l'amour entre Florent et Nora. Ce dernier appartenait à une catégorie, l'état amoureux, qu'il ne s'agit pas d'amoindrir. Entre Tristane et Laetitia se produit l'amour au sens absolu, l'amour hors catégorie, un phénomène d'autant plus puissant que non répertorié. A la fois tout l'amour et toute la liberté, il échappait à l'altération des classifications.
Ainsi, Laetitia naquit dans la plénitude, quand Tristane la découvrit à l'âge de quatre ans et demi. Laetitia ignora que le cœur pouvait crever de faim, Tristane ne put jamais l'oublier. En même temps que leur amour apparut un hiatus: Laetitia n'aurait jamais l'angoisse de ne pas être aimée, Tristane la conserverait éternellement."
Ce qui touche vraiment dans ces pages, c'est la partie avant la naissance de Laetitia. Celle où Tristane se heurte à ses parents forteresse, qui semblent n'avoir fait un enfant que parce qu'il le fallait bien. Une toute petite fille qui ne trouve pour exister et être appréciée de ses géniteurs à défaut d'en être aimée que d'être extraordinaire. D'inverser les rôles, de devenir leur mère plutôt que leur fille, de briller en compétences, cuisine, ménage, lecture, écriture, de ne prendre aucune place. Soutenue de temps en temps par une excentrique tante Bobette, Tristane va s'épanouir à la naissance de sa sœur, canalisant sur elle l'amour qui jaillit de son cœur. Et trouve sa réciproque.

Malgré les épisodes familiaux, le groupe de rock, les rencontres de garçons, les études, les déménagements et d'autres rebondissements, la suite du livre suscite moins l'adhésion. On suit la romancière avec plaisir mais on aurait aimé vibrer davantage.

Pour lire en ligne le début du "Livre des sœurs", c'est ici.


Amélie Nothomb, métronome de la rentrée littéraire
  • 1992 "Hygiène de l'assassin", Prix René Fallet
  • 1993 "Le Sabotage amoureux", Prix de la Vocation / Prix Alain-Fournier / Prix Chardonne
  • 1994 "Les Combustibles"
  • 1995 "Les Catilinaires", Prix du Jury Jean Giono
  • 1996 "Péplum"
  • 1997 "Attentat"
  • 1998 "Mercure"
  • 1999 "Stupeur et tremblements", Grand Prix du roman de l'Académie française
  • 2000 "Métaphysique des tubes"
  • 2001 "Cosmétique de l'ennemi"
  • 2002 "Robert des noms propres"
  • 2003" Antéchrista"
  • 2004 "Biographie de la faim" 
  • 2005 "Acide sulfurique"
  • 2006 "Journal d'Hirondelle"
  • 2007 "Ni d'Ève ni d'Adam", Prix de Flore
  • 2008  "Le Fait du prince", Grand Prix Jean Giono pour l'ensemble de son œuvre
  • 2009 "Le Voyage d'hiver"
  • 2010 "Une forme de vie"
  • 2011 "Tuer le père"
  • 2012 "Barbe Bleue"
  • 2013 "La nostalgie heureuse" (lire ici)
  • 2014 "Pétronille" (lire ici)
  • 2015 "Le crime du Comte Neville" (lire ici)
  • 2016 "Riquet à la houppe"
  • 2017 "Frappe-toi le cœur" (lire ici)
  • 2018 "Les prénoms épicènes" (lire ici)
  • 2019 "Soif"
  • 2020 "Les aérostats" (lire ici)
  • 2021 "Premier sang", prix Renaudot (lire ici)

Tous les livres d'Amélie Nothomb sont publiés chez Albin Michel, et ensuite, en format poche, au Livre de Poche. 

**
*

Il se dit partout que cette rentrée 2022 est celle des sœurs.
En tout cas en titre de livre.
Peut-être oui, peut-être non à voir ma rapide - et fastidieuse - recherche.

D'autres "sœurs"

Vu sur Facebook.

Et aussi...

Adultes
  • "Petite sœur" de Manie Nimier (Gallimard)
  • "Les presque sœurs", de Cloé Korman (Seuil)
  • "Grande sœur" de Gunnar Staalesen (traduction d'Alex Fouillet, Gaïa)
  • "Sœur" d'Abel Quentin (L'Observatoire, lire ici)
  • "La sœur" de Sándor Márai (traduction de Catherine Fay, Albin Michel)
  • "Sœurs" de Bernard Minier (XO)
  • "Sœurs" de Wajdi Mouawad (Actes Sud)"Sœurs" de Daisy Johnson (traduction de Laetitia Devaux, Stock)
  • "Les sœurs de Blackwater" d'Alyson Hagy (traduction de David Fauquemberg, Zulma)
  • "Sœurs dans la guerre" de Sarah Hall (traduction d'Eric Chédaille, Rivages)
  • "Mes bien chères sœurs" de Chloé Delaume (Seuil)
  • "Sœurs de sable" de Stéphane Héaume (Rivages)
  • "Les sœurs Charbrey" de Cassandra O'Donnell (J'ai lu)
  • "Frères et Sœurs" d'Ivy Compton-Burnett (traduction de Lola Tranec, 10-18)
  • "Une sœur" de Bastien Vivès (Casterman)
  • "Les Sœurs du Titanic" de Patricia Falvey (traduction de Laura Vaz, Belfond)
  • "Sœurs de sang" de Dominique Sylvain (Viviane Hamy)
  • "Les sœurs aux yeux bleus" de Marie Sizun (Arléa)
  • la série "Les sœurs Mitford enquêtent" de Jessica Fellowes (traduction de Valérie Rosier, Le Masque)
  • "Cassandra et ses sœurs" d'Anna Jacobs (traduction de Sebastian Danchin, Archipel)

sans oublier
  • "Les deux sœurs" de Stefan Zweig (traduction de Nicole Taubes et Claudine Layre, Gallimard)
  • "Trois sœurs" de Tchekhov (divers traducteurs, divers éditeurs)
  • "Quatre sœurs" de Jun'ichiro Tanizaki (traduction de Georges Renondeau, Gallimard)


Ados et préados
  • "Quatre sœurs - L'intégrale" de Malika Ferdjoukh (l'école des loisirs)
  • "Trois sœurs" de Stéphane Servant et Lisa Zordan (Thierry Magnier)
  • la série "Quatre sœurs" de Sophie Rigal-Goulard et Diglee (Rageot)
  • la série "Sœurs sorcières" de Jessica Spotswood (traduction de Rose-Marie Vassallo et Papillon, Rageot)
  • la série "Les étranges sœurs Wilcox" de Fabrice Colin (Gallimard Jeunesse)

Enfants
  • "Un amour de petite sœur" d'Astrid Desbordes et Pauline Martin (Albin Michel Jeunesse)
  • "Sœurs et frères" de Claude Ponti (l'école des loisirs)
  • "Ma sœur est une brute épaisse" de Sandrine Bonini (Grasset Jeunesse)
  • "Une petite sœur pour Tommy" de Rotraut Susanne Berner (Seuil Jeunesse)
  • "Trois sœurs" de Jo Hoestlandt et Nathalie Novi (Gallimard Jeunesse)
  • "La Petite Sœur de Kafka" de François David et Anne Herbauts (Esperluète)
  • "La petite sœur de Lisa" d'Anne Gutman et Georg Hallensleben (Hachette Jeunesse)
  • "Petite sœur" de Pierre Gripari (Grasset Jeunesse)
  • "Papa, maman, ma sœur et moi" de Philippe Corentin (l'école des loisirs)
  • "Aya et sa petite sœur" de Yoriko Tsutsui et Akiko Hayashi (l'école des loisirs)
  • "La petite sœur de CriCri lapin" de Ulf Nilsson et Eva Eriksson (Centurion)



mercredi 3 novembre 2021

Le prix Goncourt 2021 au Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, le prix Renaudot 2021 à la Belge Amélie Nothomb

Le lauréat 2021 du prix Goncourt découvre ceux qui l'attendent.
(c) Pierre Assouline.

Mohamed Mbougar Sarr.
(c) Académie Goncourt.
Après les remous de septembre (polémiques Camille Laurens, cette membre du jury qui a un compagnon dont le livre est présent en première sélection (lire ici) et n'hésite pas à dézinguer dans "Le Monde" un autre titre en sélection, celui d'Anne Berest), après les changements de règlement (fini les livres des proches), après l'avis d'écarter les livres déjà primés (alors que le livre de Christine Angot, prix Médicis, est maintenu dans les quatre titres finalistes (lire ici), le jury de l'Académie Goncourt a rendu son verdict ce mercredi 3 novembre par la voix de son secrétaire Philippe Claudel. Le prix Goncourt 2021 a été attribué au premier tour de scrutin par six voix au Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, 31 ans, pour "La plus secrète mémoire des hommes" (Editions Philippe Rey, en coédition avec Jimsaan, Sénégal, 448 pages). Une annonce précédée d'un invraisemblable mic-mac sur Twitter, le lauréat y ayant annoncé lui-même ses lauriers bien avant l'annonce officielle de 12h45. Un faux compte dont l'annonce a été largement suivie. "L'espoir est si fort,", écrivait un commentateur, "l'enthousiasme débordant. Précipité. Espérons qu’il soit prémonitoire ! (Sourire)." 

Voilà donc un jeune écrivain choisi par la plus prestigieuse des récompenses littéraires en France. Un choix audacieux car Mohamed Mbougar Sarr n'a encore que quatre romans à son actif, les deux derniers étant publiés dans la petite maison indépendante de Philippe Rey. On notera que le Sénégalais qui vit en France remporte le prix pile cent ans après le Martiniquais René Maran qui fut le premier écrivain noir à avoir reçu cette distinction pour "Batouala" (Albin Michel). On remarquera aussi que la malédiction d'être multisélectionné et jamais primé n'a pas fonctionné pour lui. Heureusement.

"La plus secrète mémoire des hommes" est un roman virtuose, à la fois magistral roman d'apprentissage et saisissante enquête sur les traces d'un mystérieux auteur. L'éditeur le présente ainsi: "En 2018, Diégane Latyr Faye, jeune écrivain sénégalais, découvre à Paris un livre mythique, paru en 1938: "Le labyrinthe de l'inhumain". On a perdu la trace de son auteur, qualifié en son temps de "Rimbaud nègre", depuis le scandale que déclencha la parution de son texte. Diégane s'engage alors, fasciné, sur la piste du mystérieux T.C. Elimane, se confrontant aux grandes tragédies que sont le colonialisme ou la Shoah. Du Sénégal à la France en passant par l'Argentine, quelle vérité l'attend au centre de ce labyrinthe?
Sans jamais perdre le fil de cette quête qui l'accapare, Diégane, à Paris,  fréquente un groupe de jeunes auteurs africains: tous s'observent, discutent, boivent, font beaucoup l'amour, et s'interrogent sur la nécessité de la création à partir de l'exil. Il va surtout s'attacher à deux femmes: la sulfureuse Siga, détentrice de secrets, et la fugace photojournaliste Aïda…
D'une perpétuelle inventivité, "La plus secrète mémoire des hommes" est un roman étourdissant, dominé par l'exigence du choix entre l'écriture et la vie, ou encore par le désir de dépasser la question du face-à-face entre Afrique et Occident. Il est surtout un chant d’amour à la littérature et
à son pouvoir intemporel."

Mohamed Mbougar Sarr s'expliquait ainsi au moment de la parution de son roman. Il semble avoir été compris.
"J'ai mis mon obsession de la littérature, ma fascination pour l'écriture au cœur d'une histoire romanesque et incarnée, celle d'un écrivain mythique dont le destin a traversé le terrible XXe siècle, T.C. Elimane. Il est imaginaire, mais ressemble à plusieurs écrivains africains du siècle dernier et même d'aujourd’hui. Il symbolise le sort littéraire et existentiel de nombre d'auteurs africains établis en Occident, et dont la réception des œuvres, leur perception dans le champ littéraire européen, sont souvent ambiguës ou fondées sur des malentendus. Comment et pourquoi lit-on les écrivains africains vivant et publiant en France?
J'ai inscrit ces questionnements philosophiques ou sociologiques à l'intérieur d'une véritable fiction. Elle prend la forme d'une quête et d'une enquête, d'un polar littéraire, d'un jeu de piste. J'ai écrit mon livre le plus personnel, même s'il n'a rien d'une autofiction. Après trois romans, je souhaitais m'éloigner des sujets traditionnels de la littérature dite africaine. Le personnage qui cherche, Diégane Latyr Faye, pourrait être mon double. Il cherche le grand écrivain disparu. Il cherche la valeur de son propre engagement littéraire. Il cherche sa génération littéraire ou l'enterre. Il cherche évidemment l'amour. Mais il se pourrait que l'objet véritable de sa quête se situe ailleurs, un ailleurs mystérieux et qui se trouve, peut-être, dans la plus secrète mémoire des hommes."

Jury: Didier Decoin (président), Eric-Emmanuel Schmitt, Pascal Bruckner, Paule Constant, Patrick Rambaud, Tahar Ben Jelloun, Camille Laurens, Françoise Chandernagor, Philippe Claudel (secrétaire) et Pierre Assouline.





Champagne! Le prix Renaudot 2021 a, lui, couronné la Belge de Paris Amélie Nothomb, ce même mercredi 3 novembre, pour son roman "Premier sang" (Albin Michel), au deuxième tour de scrutin par six voix contre deux à Anne Berest ("La carte postale", Grasset) et une à Abel Quentin ("Le Voyant d'Etampes", L'Observatoire). Un livre magnifique où elle rend hommage à son père à sa façon, en se glissant dans sa peau (lire ici).





Le Renaudot essai va à Anthony Palou pour "Dans ma rue y avait trois boutiques" (Presses de la Cité). Un témoignage sur la disparition des petits commerces locaux. 

Le Renaudot poche va à Olivier Rony pour sa biographie du comédien "Louis Jouvet" (Gallimard, Folio). 
 
Jury: Christian Giudicelli, Frédéric Beigbeder, Dominique Bona, Patrick Besson, Georges-Olivier Châteaureynaud, Franz-Olivier Giesbert, J.M.G. Le Clézio, Stéphanie Janicot, Cécile Guilbert et Jean-Noël Pancrazi.


mercredi 8 septembre 2021

Magnifique livre où Amélie Nothomb se glisse, le temps de l'écrire, dans la peau de son père

Amélie Nothomb. (c) Jean-Paul Delfino.

Le 17 mars 2020, le jour précédent le premier confinement en Belgique, le diplomate belge Patrick Nothomb, chanteur de nô à ses heures, meurt d'une rupture d'anévrisme à Habay-la-Neuve. Il ratera son 84e anniversaire de quelques semaines. Cet époux depuis soixante ans et père de trois enfants, André (1962), Juliette (1963) et Fabienne dite Amélie (1966), sera aussi privé de funérailles familiales vu les mesures sanitaires alors imposées. Amélie Nothomb, sa fille, est bloquée à Paris, en quarantaine avec son chagrin. Comment dire au revoir à ce père qu'elle adorait et admirait et qu'elle n'a pu revoir? Par un livre, se dit-elle. Il sera le centième qu'elle a écrit mais le trentième qu'elle publie.


Dans le superbe "Premier sang" (Albin Michel, 175 pages), un des 524 romans de la rentrée littéraire, dont 379 titres en littérature française (chiffres Livres Hebdo/Electre), Amélie Nothomb EST son père. Dès la première ligne, elle se glisse dans la peau du jeune homme qu'il était en 1964. Le diplomate a vingt-huit ans et est conduit devant un peloton d'exécution à Stanleyville. Consul de Belgique, il y représente le gouvernement belge et fait partie des 1.600 personnes, dont 525 Belges, prises en otages par des rebelles congolais. Par son éloquence, il sera parvienu à retarder pendant quatre mois les menaces d'exécution.
"Dans le véhicule qui m'emmenait au monument, j'ai regardé le monde et j'ai commencé à m'apercevoir de sa beauté. Dommage d'avoir à quitter cette splendeur. Dommage, surtout, d'avoir mis vingt-huit années d'existence à y être à ce point sensible."
Le peloton d'exécution fait plonger Patrick Nothomb "dans le noyau dur du présent". Ce dernier nous est présenté chronologiquement dès le chapitre suivant par Amélie Nothomb qui devient l'enfant que son père fut et le fait parler. Orphelin de père à huit mois, délaissé par sa mère dont il devient non "son premier mais son unique enfant", le poupon sera élevé par ses grands-parents maternels. A la grande joie de Bonne-Maman.

Les années passent, entre joies et chagrins dits avec une infinie délicatesse, la guerre arrive, aussi l'école maternelle censée aguerrir le tendre petit garçon. Quand il a six ans, Bon-Papa décide de l'envoyer pour les vacances chez ses autres grands-parents, au Pont d'Oye. Cela donne une scène très amusante car on s'amuse beaucoup dans ce roman qui refuse les lamentos propres aux tombeaux comme pour mieux célébrer la vie et la rendre au défunt.
"[Bon-Papa] Ne t'aveugle pas, il est trop tendre. Ma chérie, il n'y a qu'une solution: il faut l'envoyer passer l'été chez les Nothomb.
Maman blêmit.
- Le pauvre petit!
- Je te rappelle que tu as épousé l'un d'entre eux.
- J'ai épousé le seul Nothomb qui n'était pas un barbare.
- (...) Patrick a besoin d'un peu de dureté que ta mère est incapable de lui prodiguer. Cet enfant s'amollit, il est grand temps de le reprendre en main.
- De là à le confier aux Nothomb!"
En route pour le château des Ardennes, à Habay-la-Neuve au-delà d'Arlon. "Une élégante bâtisse du dix-septième siècle". Le petit garçon va y faire la connaissance de son autre grand-père. Veuf, le "baron" poète s'est remarié quinze ans plus tôt et se présente au "premier fils de feu son premier fils": il a treize enfants de ses deux mariages, de tous les âges, et il en perdu trois. Cette conversation ne permet pas au jeune narrateur d'imaginer ce qui va suivre. "Elle [Grand-Mère] disparut, me laissant seul pour rencontrer ceux qui légalement étaient mes oncles et tantes et s'avérèrent être une horde de Huns."

Saccage des vêtements, pillage des provisions emportées, méchanceté gratuite, repas pris selon le principe d'un "darwinisme pur et dur": une nourriture chiche, les aînés servis d'abord, les restes aux cadets, les restes des restes aux plus petits. L'adage est: "Si tu atteins l'âge de seize ans, tu seras nourri."

Il n'est pas facile de grandir au Pont d'Oye mais Amélie Nothomb réussit à ne voir cette vie rude et injuste que par les yeux de son père enfant. Un gamin qui demande à retourner là à chaque période de vacances. Même les hivers sans chauffage. Malgré les tortures. Un gamin qui souffre d'une maladie terriblement invalidante en milieu hostile: il s'évanouit quand il voit une goutte de sang. On s'imagine ce que cela donne au milieu d'enfants sauvages. "Appartenir à une bande d'enfants ne cessait de m'exalter" formule toutefois l'enfant qui va découvrir la poésie et son pouvoir avec Arthur Rimbaud.

Aussi inconcevable que cela paraisse à des yeux d'adulte, "Premier sang" se lit avec appétit et une curiosité non morbide. Plein d'humour, excellemment écrit, avec un goût inouï pour le mot juste, ou le mot rare de temps en temps, le livre campe l'existence d'enfants, en parallèle à des adultes. Amélie Nothomb raconte ensuite la scolarité de son père à Bruxelles, ses premières amitiés, l'éveil amoureux, la choix de la "carrière" diplomatique parce que celle de la poésie n'est pas "concevable", les études, l'amour et ses lettres à écrire, l'incroyable rencontre avec Danièle que Patrick allait épouser envers et contre tous, le poste au Congo... La romancière boucle la boucle de ce livre magistral dont on réalise en finale qu'il couvre l'existence de son père jusqu'en 1964, avant sa naissance donc. Des pages d'amour et de vie extrêmement personnelles qui enchantent et emportent.


Amélie Nothomb, métronome de la rentrée littéraire
  • 1992 "Hygiène de l'assassin", Prix René Fallet
  • 1993 "Le Sabotage amoureux", Prix de la Vocation / Prix Alain-Fournier / Prix Chardonne
  • 1994 "Les Combustibles"
  • 1995 "Les Catilinaires", Prix du Jury Jean Giono
  • 1996 "Péplum"
  • 1997 "Attentat"
  • 1998 "Mercure"
  • 1999 "Stupeur et tremblements", Grand Prix du roman de l'Académie française
  • 2000 "Métaphysique des tubes"
  • 2001 "Cosmétique de l'ennemi"
  • 2002 "Robert des noms propres"
  • 2003" Antéchrista"
  • 2004 "Biographie de la faim" 
  • 2005 "Acide sulfurique"
  • 2006 "Journal d'Hirondelle"
  • 2007 "Ni d'Ève ni d'Adam", Prix de Flore
  • 2008  "Le Fait du prince", Grand Prix Jean Giono pour l'ensemble de son œuvre
  • 2009 "Le Voyage d'hiver"
  • 2010 "Une forme de vie"
  • 2011 "Tuer le père"
  • 2012 "Barbe Bleue"
  • 2013 "La nostalgie heureuse" (lire ici)
  • 2014 "Pétronille" (lire ici)
  • 2015 "Le crime du Comte Neville" (lire ici)
  • 2016 "Riquet à la houppe"
  • 2017 "Frappe-toi le cœur" (lire ici)
  • 2018 "Les prénoms épicènes" (lire ici)
  • 2019 "Soif"
  • 2020 "Les aérostats" (lire ici)

Tous les livres d'Amélie Nothomb sont publiés chez Albin Michel, et ensuite, en format poche, au Livre de Poche.


mardi 25 août 2020

Le roman d'amour à la lecture d'Amélie Nothomb

Amélie Nothomb. (c) Jean-Baptiste Mondino/Albin Michel.

Comme d'habitude, entamons la rentrée littéraire 2020 et ses 511 titres annoncés par le nouveau roman d'Amélie Nothomb, présente pour la vingt-neuvième fois depuis qu'"Hygiène de l'assassin" est sorti en 1992, "Les aérostats" (Albin Michel, 176 pages). Un roman au titre énigmatique dont, comme d'habitude, la quatrième de couverture ne nous dit rien, se contentant de piquer notre curiosité: "La jeunesse est un talent, il faut des années pour l'acquérir." Lecture faite, il s'agit d'n roman pétillant, presque sans champagne, qui se déroule à Bruxelles, célèbre la littérature et m'a égoïstement enchantée.

J'ai retrouvé encore une fois dans "Les aérostats" le style d'Amélie Nothomb que j'aime tant, vif, plus travaillé sans doute qu'il n'y paraît, ses mots choisis, ses dialogues, ses formules, ses observations et ses piques pleines d'humour, l'usage du passé simple qui me réjouit. Plaisir supplémentaire, elle y parle de littérature et de jeunes qui aiment lire alors qu'ils pensaient le contraire, tout simplement parce qu'ils n'avaient pas essayé. Ou n'y avaient pas été obligés.

On y rencontre, Ange Daulnoy, une jeune femme de 19 ans au prénom épicène, étudiante en lettres bruxelloise plutôt sérieuse, qui vit en colocation avec une infâme Donate, à peine plus âgée, 22 ans, maniaque jusqu'au bout des ongles et assez désagréable. On suit Ange qui  a répondu à une petite annonce, donner des cours particuliers quotidiens à un grand ado dyslexique, chez Pie Roussaire, 16 ans, de nationalité suisse mais scolarisé au Lycée français, un étudiant du genre rebelle, notamment à la littérature.

Entre ces deux, elle de 19 ans et lui de 16 ans, se tisse immédiatement un lien. Ce n'est pas "Le diable au corps" de Radiguet même s'ils ont les âges de Marthe et François car ils ne vont pas jusqu'au bout mais ils communient intimement dans leurs lectures communes. En effet, Ange n'y va pas de main morte lors de sa première rencontre avec Pie. Elle lui ordonne de lire "Le Rouge et le Noir" en un jour! Initiation au bonheur de lire radicale.

Le lecteur suit les rencontres entre l'étudiante et le lycéen, discussions passionnantes sur les livres lus et à lire, sur la littérature et la lecture. De joyeux moments de critique littéraire. Quel plaisir de redécouvrir en leur compagnie "L'Iliade", "L'Odyssée", "La Métamorphose", "Le Diable au corps", "Le Bal du Comte d'Orgel" ou "La Princesse de Clèves". Mais "Les aérostats" n'est pas qu'un roman qui chante et celèbre la littérature, il dit aussi les partages entre Ange et Pie sur les sujets chers à ce dernier, les aérostats en général, les zeppelins en particulier, il constate de solides problèmes familiaux chez l'adolescent, coincé entre un père assez pervers et une mère sérieusement à l'ouest et il est le terreau de plusieurs amours. Sans oublier qu'il nous promène en divers endroits de Bruxelles.

Si on se laisse volontiers porter vers le haut par la romancière dans les épisodes qui se succèdent dans "Les aérostats", on ne peut hélas en dire autant de la fin du roman, loupée. Ce qui n'empêche pas de largement apprécier les pages précédentes, célébrant la jeunesse sans nier ses difficultés et montrant comment la légèreté peut survenir, qu'on soit Pie, coincé dans sa vie, ou Ange, dramatiquement sérieuse.

Pour lire le débit des "Aérostats", c'est ici.

Amélie Nothomb, métronome de la rentrée littéraire
  • 1992 "Hygiène de l'assassin", Prix René Fallet
  • 1993 "Le Sabotage amoureux", Prix de la Vocation / Prix Alain-Fournier / Prix Chardonne
  • 1994 "Les Combustibles"
  • 1995 "Les Catilinaires", Prix du Jury Jean Giono
  • 1996 "Péplum"
  • 1997 "Attentat"
  • 1998 "Mercure"
  • 1999 "Stupeur et tremblements", Grand Prix du roman de l'Académie française
  • 2000 "Métaphysique des tubes"
  • 2001 "Cosmétique de l'ennemi"
  • 2002 "Robert des noms propres"
  • 2003" Antéchrista"
  • 2004 "Biographie de la faim" 
  • 2005 "Acide sulfurique"
  • 2006 "Journal d'Hirondelle"
  • 2007 "Ni d'Ève ni d'Adam", Prix de Flore
  • 2008  "Le Fait du prince", Grand Prix Jean Giono pour l'ensemble de son œuvre
  • 2009 "Le Voyage d'hiver"
  • 2010 "Une forme de vie"
  • 2011 "Tuer le père"
  • 2012 "Barbe Bleue"
  • 2013 "La nostalgie heureuse" (lire ici)
  • 2014 "Pétronille" (lire ici)
  • 2015 "Le crime du Comte Neville" (lire ici)
  • 2016 "Riquet à la houppe"
  • 2017 "Frappe-toi le cœur" (lire ici)
  • 2018 "Les prénoms épicènes" (lire ici)
  • 2019 "Soif"
  • 2020 "Les aérostats"

Tous les livres d'Amélie Nothomb sont publiés chez Albin Michel, et ensuite, en format poche, au Livre de Poche.




samedi 1 septembre 2018

Rentrée littéraire? Quelle rentrée littéraire?

Amélie Nothomb.

Poursuivons l'habitude. Entamons la rentrée littéraire et ses 567 titres (lire ici) par le nouveau roman d'Amélie Nothomb, présente pour la vingt-septième fois depuis qu'"Hygiène de l'assassin" est sorti en 1992. "Les prénoms épicènes" (Albin Michel, 155 pages), est conforme à ce qui en avait filtré en avril (lire ici). Une relation fille-père, disons, compliquée. En quatrième de couverture, une phrase énigmatique autant qu'apéritive: "La personne qui aime est toujours la plus forte."

Passé un premier chapitre sur la rupture soudaine et tempétueuse entre Reine et un homme non nommé qui ne rêve que de vengeance ultérieure, on rencontre Dominique (elle) et Claude (lui). Une première scène dont l'histoire du cru 2018 sera le prolongement. On est dans les années 70. Les deux Brestois deviendront très vite un couple aux deux prénoms épicènes ("prénom qui convient aux deux sexes, aussi bien par l'orthographe que par leur sonorité", en dit Amélie Nothomb). Montés à Paris, ils auront, difficilement, un enfant, une petite fille prénommée Epicène ("prénom utilisé par Ben Jonson (1572-1637), un contemporain de Shakespeare,  dans "Volpone"", rappelle la romancière belge).

On va suivre Epicène durant trente ans, depuis sa naissance. Très vite, on comprend que son père ne l'aime pas. Enfant lucide, comme beaucoup d'enfants, elle le réalise aussi très vite. A cinq ans. Et, à onze ans, la demoiselle jusque-là réservée, se met à le détester et décide de s'en venger. C'est un des points communs qu'elle a avec son père, lui aussi en mode vengeance. Mais de ces deux vengeances, une va rater et l'autre réussir.

"Les prénoms épicènes", ça se lit, entre coupes de champagne Deutz et parfum Chanel n°5, mais ça n'emballe pas vraiment. Il y a de beaux passages, comme l'amitié profonde entre Epicène et sa copine de classe Samia, l'idée de se transformer en cœlacanthe, poisson capable de mourir et de ressusciter, le mystère de Madame Cléry mais le roman ne prend pas vraiment et laisse le lecteur à distance malgré le suspense et les retournements de situation. La finale le sauve un peu par l'usage remarquable du verbe anglais "to crave".


Pour lire la première page des "Prénoms épicènes", c'est ici,  et pour retrouver l'entretien vidéo d'Amélie Nothomb à propos de ce nouveau roman, c'est ici.


Amélie Nothomb, métronome de la rentrée littéraire
  • 1992 "Hygiène de l'assassin", Prix René Fallet
  • 1993 "Le Sabotage amoureux", Prix de la Vocation / Prix Alain-Fournier / Prix Chardonne
  • 1994 "Les Combustibles"
  • 1995 "Les Catilinaires", Prix du Jury Jean Giono
  • 1996 "Péplum"
  • 1997 "Attentat"
  • 1998 "Mercure"
  • 1999 "Stupeur et tremblements", Grand Prix du roman de l'Académie française
  • 2000 "Métaphysique des tubes"
  • 2001 "Cosmétique de l'ennemi"
  • 2002 "Robert des noms propres"
  • 2003" Antéchrista"
  • 2004 "Biographie de la faim" 
  • 2005 "Acide sulfurique"
  • 2006 "Journal d'Hirondelle"
  • 2007 "Ni d'Ève ni d'Adam", Prix de Flore
  • 2008  "Le Fait du prince", Grand Prix Jean Giono pour l'ensemble de son œuvre
  • 2009 "Le Voyage d'hiver"
  • 2010 "Une forme de vie"
  • 2011 "Tuer le père"
  • 2012 "Barbe Bleue"
  • 2013 "La nostalgie heureuse" (lire ici)
  • 2014 "Pétronille" (lire ici)
  • 2015 "Le crime du Comte Neville" (lire ici)
  • 2016 "Riquet à la houppe"
  • 2017 "Frappe-toi le cœur" (lire ici)
  • 2018 "Les prénoms épicènes"
Tous ses livres sont publiés chez Albin Michel, et ensuite, en format poche, au Livre de Poche.

jeudi 12 avril 2018

Les prénoms mixtes d'Amélie

"Les prénoms épicènes", à paraître le 22 août. (c) Albin Michel.

Ambroise, Camille,
Céleste, Charlie, Claude, Dany, Dominique, Hippolyte, Leslie, Lou, Stéphane, Yannick... autant de prénoms qui se portent au masculin comme au féminin, même si on ne le sait pas toujours.

Amélie Nothomb.
On peut parler à leur propos de prénoms mixtes, mais il existe aussi une appellation beaucoup plus savante, que, scoop d'avril, Amélie Nothomb a justement choisie pour son roman à paraître à la prochaine rentrée, le vingt-septième, le 22 août, chez Albin Michel comme toujours. Ce sera "Les prénoms épicènes". Le titre est définitif et la couverture est là - bizarrement, pas d'accent visible sur le "é" d'Amélie. Le livre, nous dit-on, traitera d'une relation fille-père au contraire de son précédent qui abordait la relation mère-fille ("Frappe-toi le cœur", Albin Michel, 2017, lire ici).



mardi 12 septembre 2017

Quand Amélie Nothomb touche au cœur

Amélie Nothomb. (c) Jean-Baptiste Mondino.

Tradition oblige (lire ici), ma rentrée commence par le nouveau roman d'Amélie Nothomb. Son vingt-sixième en vingt-cinq ans de parutions. L'excellent "Frappe-toi le cœur" (Albin Michel, 169 pages) qui emprunte son titre à la phrase d'Alfred de Musset "Frappe-toi le cœur, c'est là qu'est le génie." Tiré à 170.000 exemplaires, il s'est installé tout de suite en tête des ventes en France. Tant mieux car si ses fans la suivent tête baissée, ceux qui la toisent feraient bien de revoir cette fois leur jugement.

"Frappe-toi le cœur" traite de la jalousie côté cour et côté jardin. Du manque d'amour et de ses conséquences. Nous sommes en 1971. Marie fait partie de la jeunesse dorée d'une ville de province. Elle est jolie. Elle le sait et en joue, réjouie de susciter la jalousie chez les autres filles. Son plan est évidemment de ferrer le plus beau garçon de la ville, Olivier. Le fils du pharmacien est naïf et aveugle. Il se croit aimé. La parade du jeune couple est de courte durée. Marie, 19 ans, tombe tout de suite enceinte. A la grande joie du futur papa. Ils se marient très vite mais la noce ne satisfait pas la jeune épousée: pas assez d'envie dans l'assistance.

Après avoir mis ces éléments en place, Amélie Nothomb plonge dans le vif du roman, la jalousie que suscite le bébé Diane chez sa mère. Pas que le bébé n'aime pas sa mère, bien au contraire! La romancière raconte simplement ce qui se passe, immergeant le lecteur dans l'effroi.  Est-il possible qu'une mère soit à ce point toxique pour sa fille? Heureusement, Diane est soutenue par ses grands-parents maternels, clairvoyants à propos de leur fille puînée. Ils lui offrent leur amour, élément indispensable pour grandir. Plus généreux que celui de Marie, résumé à une seule expérience, magnifiquement traitée dans le texte.

Le roman se poursuit, implacable dans sa dénonciation de la jalousie, avec cette belle plume, claire, nette, sans gras, qui caractérise l'auteure. Diane semble avoir accepté sa situation de mal aimée. Elle fait contre mauvaise fortune bon cœur. Mais coince quand elle devient l'aînée d'un frère ET d'une sœur aimés de leur mère. A la maternité, elle lui dit silencieusement:
"Maman, j'ai tout accepté, j'ai toujours été de ton côté, je t'ai donné raison jusque dans tes injustices les plus flagrantes, j'ai supporté ta jalousie parce que je comprenais que tu attendais davantage de l’existence, j'ai enduré que tu m'en veuilles des compliments des autres et que tu me le fasses payer, j'ai toléré que tu montres ta tendresse à mon frère alors que tu ne m'en as jamais témoigné une miette, mais là, ce que tu fais devant moi, c'est mal. Une seule fois,  tu m'as aimée, et j'ai su qu'il n'y avait rien de meilleur en ce monde. Je pensais que ce qui t'empêchait de me manifester ton amour, c'était que je sois une fille. Or, à présent, sous mes yeux, l'être que tu arroses de l'amour le plus profond que tu aies manifesté, c'est une fille. Mon explication de l'univers s'écroule. Et je comprends que, tout simplement, tu m'aimes à peine, tu m'aimes si peu que tu ne penses même pas à dissimuler un rien ta passion folle pour ce bébé. La vérité, maman, c'est qu'il est une vertu qui te manque, c'est le tact."
Peu de mots, mais tout est dit. On comprend que l'enfance de Diane s'arrêtera là, à cinq ans. "Elle se transforma en une créature désenchantée dont l'obsession fut de ne pas sombrer dans le gouffre que cette situation avait creusé en elle", poursuit la romancière.

Il est difficile de ne pas recopier tout le livre tant les mots sont bien choisis, coulent d'évidence pour dire une situation épouvantable, le non-amour d'une mère pour cause de jalousie mère-fille et les désastres que va causer ce manque absolu. Diane est obligée de vieillir trop vite pour résister à sa mère malveillante. Une belle-mère de conte de fées ne ferait pas pire que Marie.

Les enfants grandissent, lucides comme des enfants. Diane, la mal aimée, Nicolas, l'équilibré qui garantit la santé de la famille, Célia, la trop aimée. Amélie Nothomb nous les confie, dans ce récit de trahisons, de désespoir et de tentatives de vie. "Frappe-toi le cœur" suit jusqu'en 2007 l'itinéraire de Diane, douée pour le meilleur mais incapable d'y accéder à cause d'une faille originelle qu'elle analyse sans tricher. Mais en élargissant son expérience à son entourage où mépris, jalousie et amour ne font pas bon ménage. Un roman prenant, résolument du côté des enfants, et qui touche au cœur.

Une présentation vidéo de "Frappe-toi le cœur"  par Amélie Nothomb elle-même est à voir ici. Pour lire un extrait en ligne du livre, c'est ici.

Amélie Nothomb, métronome de la rentrée littéraire
  • 1992 "Hygiène de l'assassin", Prix René Fallet
  • 1993 "Le Sabotage amoureux", Prix de la Vocation / Prix Alain-Fournier / Prix Chardonne
  • 1994 "Les Combustibles"
  • 1995 "Les Catilinaires", Prix du Jury Jean Giono
  • 1996 "Péplum"
  • 1997 "Attentat"
  • 1998 "Mercure"
  • 1999 "Stupeur et tremblements", Grand Prix du roman de l'Académie française
  • 2000 "Métaphysique des tubes"
  • 2001 "Cosmétique de l'ennemi"
  • 2002 "Robert des noms propres"
  • 2003" Antéchrista"
  • 2004 "Biographie de la faim" 
  • 2005 "Acide sulfurique"
  • 2006 "Journal d'Hirondelle"
  • 2007 "Ni d'Ève ni d'Adam", Prix de Flore
  • 2008  "Le Fait du prince", Grand Prix Jean Giono pour l'ensemble de son œuvre
  • 2009 "Le Voyage d'hiver"
  • 2010 "Une forme de vie"
  • 2011 "Tuer le père"
  • 2012 "Barbe Bleue"
  • 2013 "La nostalgie heureuse"
  • 2014 "Pétronille"
  • 2015 "Le crime du Comte Neville"
  • 2016 "Riquet à la houppe"
  • 2017 "Frappe-toi le cœur"
Tous ses livres sont publiés chez Albin Michel, et ensuite, en format poche, au Livre de Poche.