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vendredi 25 mars 2022

Féminisme et sexe SM en taxi avec Hyam Yared

Hyam Yared. (c) Astrid di Crollalanza-Flammarion.

L'écrivaine libanaise Hyam Yared était début février à Bruxelles, invitée par la librairie Tropismes à propos de son dernier roman en date, "Implosions" (Editions des Equateurs, 2021, 272 pages). Revoilà la  signataire du Manifeste du Parlement des écrivaines francophones (lire ici) dans la capitale belge, à la maison Autrique cette fois, à l'occasion de la soirée Portées-Portraits qui est consacrée à son roman précédent, "Nos longues années en tant que filles" (Flammarion, 2020). 

Un roman qui commence justement à Bruxelles, rue Antoine Dansaert, et dont les premières lignes surprendront sûrement le lecteur. Piquante, Hyam Yared nous montre son héroïne entrer dans un taxi. Auteure de romans érotiques sous le pseudo de Victoria Akabal a rendez-vous avec Evan, prénom que son maître en sado-masochisme rencontré sur Tinder lui interdit de prononcer. Y penser dans sa tête, elle se l'y autorise, surtout quand elle est déjà apprêtée comme il le lui a ordonné.

Si le texte commence tambour battant, il n'en est pas de même du taxi dans lequel a prix place la Libanaise en instance de divorce, mère de deux enfants, qui parcourt le monde pour obéir aux rendez-vous que lui fixe son maître Evan. Ou son soumis, car il exige du SM switch. Pilotée par une femme transgenre, la voiture n'avance pas, coincée dans un embouteillage monstrueux comme en a connu le Paris post-attentat. Cette course contre la montre vers Melun est l'occasion de magnifiques échanges entre ces deux femmes qui ne se connaissaient pas.

Ecrivaine engagée, poétesse et romancière, Hyam Yared donne la parole à l'une et puis à l'autre, entremêle leur présent et leur passé, questionne les notions de genre, de sexe, de plaisir, de consentement, de féminisme, d'éducation, de déterminisme. L'histoire du Liban est aussi abordée dans ce magnifique roman en très courts chapitres posant toutes les questions qui concernent les femmes, leur désirs, leur soumission, voulue ou héritée. Les mots de l'écrivaine ne se voilent pas de fausse pudeur quand ils traitent de séances de sado-masochisme ou qu'ils retracent les enfances des deux voyageuses. On les suit intensément jusqu'à l'arrivée de ce taxi dont on sort, certaines certitudes ébranlées.

Pour lire en ligne le début de "Nos longues années en tant que filles", c'est ici.

Hyam Yared sera présente à la Maison Autrique dès 19 heures pour une rencontre avec le public. A 20h 15 débutera la lecture-spectacle de "Nos longues années en tant que filles". Le texte sera lu
par Sandrine Bonjean accompagnée par la DJ Laura Di Sciascio, dans une mise en voix de Geneviève Damas.

Pratique
Où? Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 28 mars.
A quelle heure? La lecture-spectacle commence à 20h15. Elle est précédée d'une rencontre avec l'auteure à 19 heures.
Durée? 1 heure.
Combien? 8 euros (possibilité de visiter toute la maison)
Renseignements ici,  réservation indispensable. Par mail à reservations.compagniealbertine@gmail.com

Terminons avec un mot sur le superbe "Implosions" au titre piquant où Hyam Yared traite à sa manière l'explosion qui a eu lieu dans le port de Beyrouth le 4 août 2020 à 18h07. Le livre s'ouvre sur la narratrice qui explique où elle était au moment de la déflagration. Chez une thérapeute où elle consulte avec son mari pour leurs problèmes de couple. Immédiatement reviennent à l'esprit les images du port et de ses alentours revues et revues. Mais surtout à lire ce récit, tragique et drôle, on réalise combien les Libanais sont marqués dans leur chair et dans leur esprit par les guerres qui s'y sont succédées depuis plusieurs générations.


Deux autres visions littéraires de l'explosion à Beyrouth ici.


Bibliographie
  • "Reflets de lune", poésie (Editions Dar An-Nahar, 2001-
  • "Blessures de l'eau", poésie (Éditions Dar An-Nahar, 2004)
  • "L'Armoire des ombres", roman (Sabine Wespieser Éditeur, 2006)
  • "Naître si mourir", poésie (L'Idée Bleue, 2008)
  • "Sous la tonnelle", roman (Sabine Wespieser Éditeur, 2009)
  • "Beyrouth, comme si l'oubli", témoignage (avec Nayla Hachem, Éditions Zellige, 2012)
  • "La Malédiction, Sainte-Marguerite sur Mer", roman (Editions des Équateurs, 2012)
  • "Esthétique de la prédation", poésie (Mémoire d'Encrier, 2013)
  • "Tout est halluciné", roman (Fayard, 2016)
  • "Nos longues années en tant que filles", roman (Flammarion, 2020)
  • "Implosions", roman (Editions des Équateurs, 2021)


lundi 1 octobre 2018

"Liberté, égalité, féminité", le Manifeste du Parlement des écrivaines francophones

La première session du Parlement des écrivaines francophones.

Soixante-six écrivaines issues de vingt-sept pays différents se sont réunies durant trois jours à Orléans (du mercredi 26 septembre au vendredi 28 septembre) à l'initiative de l'écrivaine tunisienne Fawzia Zouari et ont clôturé la première session du Parlement des écrivaines francophones en publiant un Manifeste qui équivaut à un acte de naissance.


Le Parlement des écrivaines francophones est né d'une proposition de Fawzia Zouari, écrivaine et journaliste tunisienne, et est appuyé par Leïla Slimani et Sedef Ecer. Il vise à offrir aux
femmes un espace de rencontre, de prise de parole et de débat sur l'écriture, la langue française et les sujets qui agitent nos sociétés.

Fawzia Zouari.


Voici le Manifeste, tel qu'il a été publié sur le site du journal "Le Monde".
"Nous, écrivaines francophones, réunies ce 28 septembre à Orléans pour notre première session parlementaire, avons décidé de parler ensemble, d'une seule voix et dans la même langue. Parce que nous sommes souvent questionnées et que nous n'arrivons pas à répondre, parce que d'autres parlent à notre place, parce que nous avons envie d'être écoutées, sur nous-mêmes, sur notre propre sort, sur le monde où nous vivons et qui n'est pas si tendre avec nous. Nous voulons sortir du silence, et puisque nous disposons du pouvoir des mots, nous nous arrogeons cette parole collective et ce droit de regard sur une histoire qui continue de se faire sans nous.
Ecrire est notre passion, notre métier, mais cela ne peut être le lieu de nos solitudes, de notre enfermement. Ecrire est une demeure dont nous ouvrons les fenêtres sur la planète entière. Nous voulons sortir de la nuit de Shéhérazade pour nous affirmer à la lumière du jour.
Notre littérature n'est pas, comme on l'insinue souvent, une littérature qui se complaît dans le subjectivisme et les larmes, même si elle répugne à être une politique ou une idéologie. Notre littérature est notre voix du monde. Notre choix du monde. Combative et sereine. Décidée et généreuse. Qui se joue des imaginaires. Une littérature de toutes les enfances et de toutes les filiations, une littérature qui se réclame rarement de la norme spécifique. L'Humain et sa mesure.
Oui, il y a bien une littérature réinventée au féminin, qui entend être au rendez-vous de l'Histoire et engagée dans les batailles, toutes les batailles. Celle qui consiste d'abord à affirmer la solidarité des écrivaines entre elles et ne craint pas de parler de "sororité".
Nous voulons créer un réseau d'écrivaines, encourager et marrainer les plus jeunes d'entre nous. Tout tenter pour pousser à lire et à écrire.
Nous voulons aussi faire en sorte que toute femme ou homme de plume puisse ne pas subir la répression, les intimidations, les fatwas en tout genre. L'impossibilité de traverser les frontières.
Nous voulons nous opposer aux guerres. Toutes les guerres. A commencer par celles visibles ou insidieuses, voilées ou à découvert, dirigées contre les femmes: le patriarcat sous toutes ses formes, le viol, le harcèlement, les mutilations génitales, les féminicides, les violences conjugales (sept femmes en meurent chaque jour au Mexique, deux en Argentine et une tous les trois jours en France). Preuve que le corps des femmes reste, au Nord comme au Sud, un enjeu de pouvoir et un théâtre de conflit. Preuve que le contrôle de la sexualité féminine reste le mot d'ordre de toutes les religions. Quand il ne s'agit pas de l'assigner à la marchandisation et aux usages publicitaires dégradants.
Guerre contre la guerre. Celle dont les civils sont les premières cibles. Motivée par des luttes de pouvoir et des idéologies assassines. Nous combattrons le terrorisme, le djihadisme, les populismes, les discours de haine, les extrémismes religieux et le rejet de l'autre. Et tout ce qui s'en suit: ces populations errantes, perdues, accrochées aux fils de barbelé, entassées sur des bateaux de fortune parce que leurs pays leur ont refusé la perspective d'un avenir, parce que l'Europe ne leur a laissé pour perspective que d'échouer sur ses côtes comme des poissons morts.
N'oublions pas cette phrase d'Aristophane: "Quand la guerre sera l'affaire des femmes, elle s'appellera la paix!" Pourquoi? Parce que chaque femme consciente et libre est un danger pour les dictatures. Parce que chaque femme qui traverse une frontière réhabilite la parole sur l'altérité.
Ces temps de violences et de replis ont lieu sur fond d'une planète qui s'affole et d'une nature à l'épreuve de la globalisation, de l'industrialisation à outrance, du consumérisme et de la pollution. Nous disons, nous les femmes, que le combat de l'environnement est notre combat. Que la Terre est notre seul véritable pays. Celui que nous voulons transmettre à nos enfants.
Nous disons tout cela, ensemble, dans une seule langue: le français. Nous n'en avons pas honte. Nous n'avons pas de complexe à nous exprimer dans ce qui n'est plus seulement la langue de Molière. Au contraire: nous voulons renouveler voire refonder le discours sur le français. Rompre avec la terminologie de guerre - "butins" et "langue du colonisateur" - et nous débarrasser des litiges du passé. Nous faisons de cette langue notre enfant légitime.
Nous lui apprendrons à dire nos origines, nos parcours, les causes qui nous tiennent à cœur. Nous lui apprendrons à moduler le chant de ses phrases sur les berceuses de nos mères, et cette langue dont nous userons en ce qu'elle a de plus noble et de plus juste et de plus universel nous dira. Elle en profitera pour rester en mouvement, pour élargir son territoire d'hospitalité, pour rajeunir à la source de nos métissages.
Mais nous ne serons pas là que pour pointer les déséquilibres et détecter les tragédies. Nous voulons redonner au monde sa belle voix, ancrée dans l'espoir et soucieuse des générations futures. Retisser ses liens sociaux et réhabiliter ses traditions de convivialité. Impulser une modernité qui aurait cet attribut féminin de savoir réguler les différences et les différends.
Nous rêvons? Eh bien tant mieux! Parce que le jour où les femmes ne rêveront plus, ce sera le plus grand cauchemar pour les Hommes. Rêvons! Et faisons en sorte que nos rêves s'achèvent dans une raison du monde. Par notre voix s'édifie la seule civilisation qui vaille à nos yeux: la civilisation universelle."

Les signataires (par ordre alphabétique)

  • Marie-Rose Abomo-Maurin
  • Maram Al-Massri
  • Marie-José Alie-Monthieux
  • Ysiaka Anam
  • Dalila Azzi Messabih
  • Safiatou Ba
  • Linda Maria Baros
  • Emna Bel Haj Yahia
  • Nassira Belloula
  • Maïssa Bey
  • Lila Benzaza,
  • Lamia Berrada-Berca
  • Sophie Bessis
  • Tanella Boni
  • Hemley Boum
  • Dora Carpenter-Latiri
  • Nadia Chafik
  • Chahla Chafiq
  • Sonia Chamkhi
  • Miniya Chatterji
  • Aya Cissoko
  • Catherine Cusset
  • Geneviève Damas
  • Zakiya Daoud
  • Bettina de Cosnac
  • Nafissatou Dia Diouf
  • Eva Doumbia
  • Suzanne Dracius
  • Alicia Dujovne Ortiz
  • Sedef Ecer
  • Charline Effah
  • Lise Gauvin
  • Laurence Gavron
  • Khadi Hane
  • Flore Hazoumé
  • Monique Ilboudo
  • Françoise James Ousénié
  • Fabienne Kanor
  • Fatoumata Keïta
  • Liliana Lazar
  • Sylvie Le Clech
  • Catherine Le Pelletier
  • Tchisseka Lobelt
  • Kettly Mars
  • Marie-Sœurette Mathieu
  • Madeleine Monette
  • Hala Moughanie
  • Cécile Oumhani
  • Emeline Pierre
  • Gisèle Pineau
  • Emmelie Prophète
  • Michèle Rakotoson
  • Edith Serotte
  • Leïla Slimani
  • Aminata Sow Fall
  • Elizabeth Tchoungui
  • Audrée Wilhelmy
  • Hyam Yared
  • Olfa Youssef
  • Fawzia Zouari