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dimanche 5 avril 2015

Les délicieux lapins-poulpes de Malika Doray

En ce jour de Pâques, une histoire de lapins, mais pas que...

Malika Doray est une illustratrice admirable qui a un talent fou pour s'adresser de façon artistique aux plus jeunes. Il n'en est pas autrement dans son nouvel album, le malicieux "Si les parents lapins dormaient avec leurs enfants..." (MeMo, 32 pages). On l'a compris. Avec son trait simple et joyeux, elle va  aborder de biais, c'est-à-dire en la retournant complètement, cette épineuse histoire de coucher: enfants et parents doivent-ils dormir chacun dans leur lit ou pas?

Trois petits lapins avec leurs parents. (c) MeMo.
Dans ce formidable petit album, Malika Doray annonce la couleur en couverture et en page de titre: "Si les parents lapins dormaient avec leurs enfants..." "Avec tous leurs enfants!" "Tous les jours!" "Ce serait le bonheur!" En phylactères, les paroles fusent depuis trois petits lits. On en voit ensuite l'effet: les trois petits lapins quittent leurs couettes respectives pour rejoindre leurs parents dans le grand lit.

Cette image de bonheur tranquille, avec son jeu sur les formes géométriques, des ronds, des carrés,  des quadrillages, va être bousculée dans les doubles pages suivantes. Car toute la famille, grands-parents, oncles, tantes, cousins et cousines, décide de faire de même! Ils s'installent tous dans le grand lit, qu'il faut même agrandir.

Les propos sont extrêmement rigolos et les illustrations sont très réussies avec leurs gros traits de pinceaux multicolores.

Le fouillis de lapins dans le lit en devient presque un tableau abstrait. Il y a des oreilles de lapins partout. Les parents y remettent bon ordre: "A présent, tout le monde baisse ses oreilles..." "Et maintenant on multiplie et on allonge ses bras!" 


Un fouillis d'oreilles de lapins. (c) MeMo.

Cette nouvelle présentation est une situation idéale pour se faire des câlins tous à la fois. Mais, oreilles baissées, les personnages ressemblent dorénavant très fort à des poulpes. Ce qui permet à Malika Doray de nous entraîner tous au fond de l'océan voir comment vivent et rêvent de dormir les petits... poulpes. Chacun dans son lit comme un petit lapin, peut-être? La boucle est bouclée et le lecteur charmé. "Si les parents lapins dormaient avec leurs enfants" est un album aussi jouissif pour les yeux que pour les oreilles.




vendredi 3 avril 2015

L'œuf et la poule, sans oublier le(s) poussin(s)

Deux albums de saison, Pâques obligent.

A destination des plus jeunes, Edouard Manceau revisite dans "Madame Cocotte" (Seuil Jeunesse, 32 pages) l'éternelle question de l'œuf et de la poule. Voilà un album tout en hauteur, plein de belles couleurs vives posées en aplats. Madame Cocotte regarde son œuf avec étonnement. De qui est-il la maison? Pour obtenir une réponse à sa question, Madame Cocotte va devoir enlever un à un, son petit chapeau, ses petites bottes, son petit bec pointu, ses petites ailes, ses petites plumes... Que reste-t-il?

Il reste un œuf, tout blanc, qui se fendille pour laisser sortir un petit Piou-Piou venant faire un gros câlin à sa maman!

Le petit chapeau s'en va. (c) Seuil Jeunesse.
Le fond rouge des doubles pages accueille opportunément le texte en haut de page gauche et le dessin en bas de page droite.

Les phrases sont joyeuses et musicales, jouant sans fin sur la répétition du mot "petit" et s'adressant souvent directement à Madame Cocotte. Elles se posent sur des images où la poule multicolore perd peu à peu ses éléments jusqu'à redevenir un simple œuf blanc, lequel se transformera, lui, en poussin jaune.

C'est bien pensé, bien imaginé, bien mis en images et en mots. Bref, cette "Madame Cocotte" est fort sympathique et dépasse l'album de Pâques classique.




Pour les enfants un peu plus grands vient de sortir le très bon album "C'est la vie mon poussin!" de René Guichoux et Henri Meunier (Albin Michel Jeunesse, 32 pages), "joyœuf" comme pas deux.  Il s'ouvre sur un œuf tout blanc sur son fond noir. Normal quand on veut parler de vie et de poussins. Mais ensuite que de surprises! Car la ribambelle d’œufs qui dévale sous les sunlights des pages va tout simplement nous raconter nos familles.

Les œufs ont de nombreuses activités très humaines. (c) Albin Michel Jeun.

Oui, nos familles, toutes les familles! La petite famille de Madame œuf et Monsieur œuf. Mais encore celles de Madame œuf et Madame œuf et celle de Monsieur œuf et Monsieur œuf. Et quand il s'ajoute encore des œufs ou des œuves? C'est tout simple: d'autres familles se forment, qui vivent leur vie, peu importe à combien finalement. Texte et images nous montrent des scènes humaines quotidiennes au pays de ces œufs plein de couleurs.

L'arrivée des œufs brouillés. (c) Albin Michel Jeunesse.

Mais si des œufs, forcément brouillés, voient cela d'un mauvais œil? S'ils manifestent, imposent d'être comme eux, se montrent "hargnœufs"? Cela donne des bagarres, et donc omelettes, œufs durs, œufs mollets, œufs pochés, œufs panés. Mais les œufs du début sont bien obligés de vivre avec ceux-là et leurs "histoirœufs""C'est aussi la vie, mon poussin!", analyse la dernière phrase du livre.

Joyeuse bande à examiner de près que ces œufs qui copient avec tendresse les humains dans des images débordantes d'activités et de couleurs vives. Jusqu'à la baguette et au béret basque en passant par la crête d'Iroquois. Jouant sur les mots en "œuf", le texte présente joyeusement les multiples possibilités d'être en famille. S'il épingle les manières conservatrices, il invite à la tolérance avec un bel humour et une profonde bienveillance.