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mardi 18 décembre 2018

"Eux, c'est nous." réédité et en version audio

"Eux, c'est nous."

2015.
En 2015, les éditeurs jeunesse français publiaient collectivement "Eux, c'est nous.", un livre sur les réfugiés à destination des enfants (lire ici). Un livre pour réfléchir, comprendre et agir. Cent mille exemplaires en avaient été vendus et tous les bénéfices reversés à La Cimade qui aide les personnes réfugiées, migrantes et en demande d'asile.

2018.
Trois ans après, "Eux, c'est nous." (32 pages, 3 euros) reparaît dans une nouvelle édition. Les textes de base sont quasiment identiques, celui de Daniel Pennac, illustré par Serge Bloch, les huit textes sur les huit lettres du mot "réfugiés" écrits par Carole Saturno et Jessie Magana ont été actualisés en fonction de l'actualité. Mais la version 2018 s'ouvre sur une préface de Christophe Deltombe, président de La Cimade, surtout complétée d'une lecture des textes par Sandrine Bonnaire (à écouter ici ou via un QR code en quatrième de couverture) et de fiches pédagogiques (ici).

Les éditeurs jeunesse (liste ci-dessous) entendent ainsi réaffirmer leurs valeurs d'accueil et de solidarité à l’égard des personnes réfugiées. Bien entendu, les bénéfices de la vente du livre seront à nouveau versés à La Cimade (Association de solidarité active, La Cimade agit pour les droits et la dignité des personnes réfugiées et migrantes grâce à un mouvement de 2.500 bénévoles et 108 salarié·e·s en métropole et en outre-mer. La Cimade accompagne, héberge et défend plus de 100.000 personnes étrangères chaque année, et intervient en centre de rétention et en prison. Elle informe et sensibilise sur les
enjeux liés aux migrations).


Les éditeurs jeunesse solidaires
ABC Melody Éditions, Actes Sud Junior, L'Agrume, Albin Michel Jeunesse, Amaterra, Bayard, Calligram, Cambourakis, Casterman, Coll.Libri, Éditeurs en Pays de la Loire, DADA, Dargaud, Delcourt, Didier Jeunesse, Dupuis, L'école des loisirs, Les Editions des Éléphants, Editions Thierry Magnier, L'Elan vert, Flammarion, Fleurus Éditions, Les Fourmis Rouges, Frimousse, Gallimard Jeunesse, Glénat, Grasset Jeunesse, Hachette Jeunesse, Hachette Romans, Hatier Jeunesse, Hélium, HongFei Cultures, Kaléidoscope, Kanjil, Magnard, La maison est en carton, De La Martinière Jeunesse, Milan, Møtus, Nathan, Palette, La Palissade, Pastel, Père Castor-Flammarion, Les petites bulles éditions, Pocket Jeunesse, Rageot, Retz, Ricochet, Des ronds dans l'O, Le Rouergue Jeunesse, Rue du Monde, Sarbacane, Scrineo, Seuil Jeunesse, Syros, Talents Hauts, Usborne.




lundi 10 décembre 2018

La Grande Librairie passe en mode jeunesse le mercredi 19 décembre

Le mercredi 19 décembre, François Busnel consacrera pour la troisième fois son émission "La Grande Librairie" à la littérature de jeunesse (France 5, 20h50). Il invitera divers auteurs à réfléchir ensemble à un grand sujet: comment faire lire les jeunes?  

Seront les invités de l'émission

  • Daniel Pennac, "Le tour du ciel" (RMN/Calmann-Lévy)
  • Anne Sylvestre, "Coquelicot et autres mots que j'aime" (Points)
  • Benoît Minville, "Héros" (Sarbacane)
  • Timothée de Fombelle, "Capitaine Rosalie" (Gallimard Jeunesse)
  • Catel et Anne Goscinny, "Le monde de Lucrèce" (Casterman Jeunesse)
  • Benjamin Lacombe, "Le magicien d'Oz" (Albin Michel Jeunesse)
  • Wassim et Eloïse (1er et 2e prix des Petits Champions de la lecture)     





vendredi 5 mai 2017

Les oiseaux si humains de Quentin Blake

La dédicace, dessin pour "Le Figaro Littéraire" en 2012. (c) Quentin Blake.

Les Londoniens ont bien de la chance. Ils peuvent visiter l'exposition de Quentin Blake "The Life of Birds" qui vient de s'ouvrir à la House of Illustration (adresse ici) et s'y  tiendra jusqu'au 1er octobre.

Autoportrait. (c) Quentin Blake.
Ils y découvriront l'inclination de l'auteur-illustrateur britannique, chantre en images de nombreux écrits de Roald Dahl, à dessiner des oiseaux, ces "petits amis emplumés" comme les qualifie leur créateur. Des œuvres connues mais aussi une vingtaine de dessins jamais montrés.

"J'ai toujours aimé dessiner des oiseaux", commente Quentin Blake. "Je ne sais pas vraiment expliquer pourquoi mais peut-être parce que, comme nous, ils sont sur deux jambes et ont des gestes expressifs. C'est une façon de commenter les gens que nous voyons autour de nous sans vraiment dessiner des individus."


L'exposition thématique proposera toute une série de dessins originaux provenant des archives personnelles de Quentin Blake, fortes de plus de 35.000 dessins. Des oiseaux dans des situations quotidiennes, commentaires originaux de la condition humaine.  Mais beaucoup des œuvres exposées ont été publiées dans le livre "The Life of Birds" de Quentin Blake en 2005, et traduit en français la même année par Gallimard. L'exposition présentera également des dessins personnels, créés depuis 2005, notamment pour le "Figaro Littéraire".

En introduction du livre, le critique Peter Campbell (1937-2011) écrivait: "Ces images sont le produit d'un demi-siècle consacré à la vie des personnages. Dans "The Life of Birds", Blake suit les traces de grands illustrateurs comme Daumier et Lear, et de fabulistes tels Esope et La Fontaine. Les oiseaux de Blake sont davantage comme des personnages de romanciers que des exemples de moralistes. Comme Daumier, il crée des individus qui sont des exemples, non réduits, de types. Les dessins sont, tour à tour, insidieusement charmants, absurdement tristes et vigoureusement observateurs. Ils suggèrent des sentiments sur le vieillissement, la vie de l'art, l'insupportabilité des personnes stupides et le désagrément des intimidateurs."

En français, l'ouvrage de Quentin Blake est devenu "Nous les oiseaux" (Gallimard, 80 pages, 2005) et a été préfacé par Daniel Pennac. Né en 1932, le Britannique qui a créé plus de 300 ouvrages, majoritairement en littérature de jeunesse, largement traduits en français, surtout chez Gallimard, a dédié en 2005 un album aux adultes. "Nous les oiseaux" s'inscrit dans la tradition picturale de la représentation animalière de l'homme. Mais quel souffle dans ces dessins à peine légendés! Quelle finesse dans l'observation de l'humain!

Sans sa préface à la version française, le romancier Daniel Pennac note que "quand il songe aux quatre vérités de l'homme, le dormeur Quentin Blake rêve oiseaux", et que "pour faire le tour de l'homme, c'est un oiseau que Quentin Blake dessinera d'abord". Pourquoi? Aux réponses évasives de l'intéressé, préférons ses dessins, nés "d'une vision". Chaque oiseau croqué raconte une histoire, parfois la nôtre. Petits bonheurs, joies profondes, tristesses infinies... En quelques traits délavés! Les expressions naissent de la courbe ou de l'intensité d'une ligne, du tracé d'une silhouette. Enfants, ados, adultes, Quentin Blake a tout vu de la vie, tout compris. Pour le dire, il choisit la tangente de ces "Oiseaux" qui nous masquent un peu. Ses dessins somptueux se lisent aussi simplement qu'un roman ou une nouvelle.

Deux autres dessins à découvrir dans l'exposition de Londres.

Aperçus profonds, dessin pour le "Figaro Littéraire", 2012. (c) Quentin Blake. 

La maîtresse, dans "Nous les oiseaux" (c) Quentin Blake.

Mais Quentin Blake n'avait pas attendu 2005 pour représenter des oiseaux. Il les aime trop. La preuve dans quelques albums pour enfants qui leur sont dédiés, sans oublier les exquises illustrations réalisées pour son personnage Armeline Fourchedrue.


Les Cacatoès
Quentin Blake
traduit de l'anglais par Marie Saint-Dizier
Gallimard Jeunesse
1992, plusieurs éditions

Un sujet en or pour les jeunes enfants au moment où ils adorent prononcer certains mots interdits. Car les cacatoès du professeur Dupont apparaissent à toutes les pages. Enfin, apparaissent au lecteur. Le scientifique lui, malgré ses lunettes, ne voit rien du tout. C'est peut-être l'émotion qui le rend aveugle. Écoutez ce qui lui arrive: lui dont chaque jour de sa vie se déroule selon le même rituel immuable (lever, toilette, salut sonore aux dix cacatoès vivant dans sa serre), ne trouve pas ce matin-là ses compagnons ailés. Ses "petits amis emplumés" en ont tout d'un coup eu par-dessus la tête de ces habitudes.

"Les  cacatoès" (c) Gallimard Jeunesse.
Espérant donner au professeur une leçon qui modifierait ses habitudes, les oiseaux ont filé à l'anglaise, s'enfuyant par un carreau cassé de leur maison de verre. Leur grand ami à lunettes, décontenancé par cette intrusion du hasard dans sa vie, visite toute sa maison à leur recherche. De la cave au grenier, en passant par la cuisine et la chambre à coucher, il cherche partout ses cacatoès. Mais ne les voit nulle part. Or, le lecteur, lui, gentiment pris à partie par l'auteur, retrouve dans chaque dessin les volatiles qui se dissimulent à leur hôte. Le savant finit par abandonner sa chasse aux cacatoès, bredouille! Après une nuit agitée, il reprend ses habitudes matinales. Quand il arrive dans la serre, miracle, les perroquets sont revenus. Ne pouvant contenir sa joie, le professeur Dupont les salue d'un superbe "Bonjour mes petits amis emplumés" qui marque le signal d'un nouveau départ desdits amis. Sera-t-il définitif? Un album très réussi, au texte et aux dessins débordants d'humour et de cocasserie.


Les poules
John Yeoman
Quentin Blake
traduit de l'anglais par Pascale Houssin
Gallimard Jeunesse
1993, 80 pages, plusieurs éditions

Nées à la ferme du Bois-Joli, une espèce de grand hangar destiné à la ponte industrielle, Flossie et Bessie, les deux poules de cette histoire, y mènent une vie paisible et fort monotone. N'étant jamais sorties de chez elles, elles vivent dans une ignorance heureuse, jusqu'au jour où un choucas ouvre inopinément la porte de leur cage. Les deux sœurs acceptent de le suivre pour aller déjeuner dehors et s'échappent sans le vouloir. N'ayant jamais appris à voler, elles ne sont pas à l'abri du danger mais le choucas les prend sous son aile….

Ajouter une légende
L'aventure commence, comique et mouvementée, à travers le village et dans la forêt, où le choucas parviendra à conduire, avec beaucoup de patience, ces deux poules têtues, peureuses et ingénues.






Trois petites chouettes
Emanuele Luzzati 
John Yeoman
Quentin Blake 
traduit de l'anglais
par Jean-François Ménard
Gallimard Jeunesse, 2014

De vers en vers et de strophe en strophe, trois hiboux facétieux nous entraînent autour du monde, au gré des saisons, d'un Noël au suivant, comme on marcherait dans un rêve.


Allez, les oiseaux!
John Yeoman
Quentin Blake
traduit de l'anglais par Marie Saint-Dizier
Gallimard Jeunesse, 1998

Que se passait-il au temps où les oiseaux ne savaient pas voler? Ils trottinaient dans les rues et envahissaient les maisons. Chez les Tiredaile, comme partout, la situation était devenue intenable. Par bonheur, M. Tiredaile avait l'âme d'un grand inventeur… Une aventure aérienne extrêmement drôle.



lundi 27 février 2017

RATP, femmes, livres et l’œil d'Audrey Siourd

Audrey Siourd est aussi pianiste. (c) Gérard Cambon.

L'autre soir à Bruxelles, Saliha, ma voisine de chaise, me dit:
- "Attends, je sors tout juste du métro. Je range mon livre."
- "Ah bon, tu lis dans les transports en commun?"
- "Oui, toujours, et je suis loin d'être la seule."

L'affiche de l'exposition.


Je ne prends pas assez le métro bruxellois pour le savoir mais j'ai confiance en ma bibliothécaire chérie. Sa remarque me fait immédiatement transplaner à Paris où se déroule jusqu'au 5 mars (de 16 à 20 heures) l'exposition visuelle et sonore d'Audrey Siourd "Les Liseuses de bonne aventure (Instantanés de femmes qui lisent dans le métro)". C'est à la galerie La Ville A des Arts, Villa des Arts, 15 rue Hégésippe Moreau, Paris 18.

Une déclinaison parfaite de la phrase de Daniel Pennac extraite de "Comme un roman" (Gallimard):
"Le temps de lire est toujours  du temps volé.  C'est sans doute la raison  pour laquelle le métro  se trouve être  la plus grande bibliothèque  du monde."

Des "liseuses" donc, comme le mot qui désigne les tablettes numériques. Ou celui qui, au singulier, est le titre d'un très beau roman de Paul Fournel (P.O.L., 2012, lire ici en fin de note). Mais des "liseuses" bien vivantes même si elles paraissent être ailleurs que dans le métro.


(c) Audrey Siourd.

(c) Audrey Siourd.

Assises le plus souvent, mais parfois debout ou en mouvement sur un tapis roulant, des femmes lisent. Chacune est dans son livre, dans sa lecture, comme hors du monde ou hors du temps, saisie avec émotion et respect.

Parvenir à de telles attitudes dans les sous-sols parisiens, c'est cela, la magie et la grâce de la littérature.  Encore faut-il qu'un œil féminin, muni d'un appareil photographique, soit là pour capturer ces moments, ces attitudes, ces présences-absences. Cet œil, c'est celui d'Audrey Siourd, femme multiple. Attachée de presse dans l'édition, musicienne, parolière, compositrice, photographe, sans oublier sa vie privée.

Elle nous dit être née le 19 octobre 1976, sans trop savoir ce qu'il s'est passé ce jour-là. Ce jour-là était un mardi où il ne s'est pas passé grand-chose à l'échelle (inter)nationale. Mais la jeune femme partage sa date de naissance avec Agnès Jaoui (1964), Giulia Sarkozy (2011), John Le Carré (1931), Laurent de Belgique (1963), Philip Pullmann (1946) et même Pierre Alechinsky (1927).

(c) Audrey Siourd.

"Il y a un an", explique Audrey Siourd, "une femme aux cheveux carmin  s'est assise en face de moi dans le métro et a ouvert  un livre. Quelque chose de puissant émanait d'elle.  Une force dans sa concentration m'a captivée.  Elle semblait indifférente au brouhaha alentour.  J'ai eu envie de la photographier. Le lendemain,  une autre lectrice s'est installée près de moi.  Le surlendemain, une autre encore. L'idée de faire  une série de portraits de femmes lisant dans le métro  est devenue une évidence."

"Lire dans le métro, au milieu de la foule et de son bourdonnement, est une activité à la fois fréquente – presque banale – et une acrobatie extraordinaire. Embusquée dans ma rame, je me plais à observer  toutes ces vies qui s'entremêlent et toutes ces histoires contenues dans les livres qui flottent au-dessus  et au-dedans de nous."

"Liseuses de bonne aventure" est un projet artistique plurimédia qui entremêle photographies numériques et bande-son originale (lectures de textes, ambiances sonores et petites pièces musicales).  On peut en écouter un extrait ici. Quelle chance ont les Parisiens de pouvoir découvrir ces liseuses!


(c) Audrey Siourd.







vendredi 20 novembre 2015

20 novembre, journée des droits de l'enfant

C'est donc aujourd'hui, 20 novembre, Journée internationale des droits de l'enfant, que paraît le petit livre illustré que, le mois dernier, les éditeurs jeunesse français ont décidé de publier pour soutenir les réfugiés.
"Eux, c'est nous." (Les éditeurs jeunesse avec les réfugiés, 32 pages, 3 euros) comporte un bref texte, explicatif et accusateur, de Daniel Pennac et une partie plus documentaire en huit entrées correspondant aux lettres du mot "réfugiés" (réfugié, étranger, frontière, urgence, guerre, immigration, économie, solidarité), réalisée par Jessie Magana et Carole Saturno. Autant d'acrostiches qui permettent de réunir une foule d'informations de faits et de chiffres. L'ensemble est sobrement illustré par Serge Bloch.

Un dessin de Serge Bloch.
Daniel Pennac ne mâche pas ses mots pour engueuler ses compatriotes qui refusent d'accueillir les réfugiés, pétrifiés par leur peur de l'autre, du différent. Il pointe la responsabilité des médias qui focalisent l'attention sur le nombre de migrants plutôt que sur leur état d'être humain, homme, femme ou enfant. Il fait ses comptes enfin, alignant les chiffres de part et d'autre, pour conclure que, évidemment, l'accueil est possible. Et il rappelle que cet accueil a déjà existé au milieu du siècle dernier. Sur ce texte fort et sans concession se posent les illustrations minimales et expressives de Serge Bloch. Oui, mille fois oui, "Eux, c'est nous."

Le livre a été réalisé bénévolement par les auteurs et les éditeurs, toute la chaîne du livre se mobilisant pour réaliser ce petit bouquin, incisif et salutaire, créé dans l'urgence devant l'afflux des réfugiés en Europe, et la manière dont ils étaient accueillis. L'intégralité des ventes sera versée à la CIMADE, association française de solidarité avec les migrants, les réfugiés et les demandeurs d'asile.

Ok donc à cet éditorial illustré, faisant le point sur une situation intolérable, même si l'actualité terrifiante du 13 novembre a refoulé le problème des réfugiés loin des soucis et risque fort de porter préjudice à ceux qui demandent l'asile, les amalgames se faisant vite. OK, puisque c'est l'ensemble de l'édition jeunesse en France qui s'est, cette fois, uni derrière ce projet. OK à ce "J'accuse 2015" si on n'oublie pas que de nombreux livres jeunesse, albums et romans, abordent aussi le sujet, fort bien et depuis longtemps.


Sur les réfugiés, il y a bien sûr le magnifique album de Claude K. Dubois, "Akim court" (L'école des loisirs/Pastel) dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises (lire ici et ici).




Il y a d'autres titres plus ou moins récents dont j'ai déjà dit tout le bien que je pensais, ici.








Il y a enfin des livres plus anciens.
Des dates de sortie qui disent que le sujet n'est pas neuf.
Certains sont toujours en vente en librairie, d'autres sont à dénicher en bibliothèque.

"Le jeu des sept cailloux"
Dominique Sampiero et Zaü
Grasset-Jeunesse, "Lampe de poche"
48 pages, 2010

L'histoire est celle d'une famille tchétchène réfugiée à Rouen, en France: la mère, ses deux enfants et le bébé à naître. Elle a été prise en charge par une association. Mais l'atout de ce petit livre poignant et remarquablement illustré est qu'il dépasse le cadre strict de la réalité pour nous emmener dans un univers où même les réfugiés ont des rêves, des souvenirs et des projets de vie. Dont celui du jeu des sept cailloux, qui permet de tenir. Dès 9 ans.


"L'enfant qui venait de la mer" 
Marie Wabbes
Grandir, 2007

Un couple âgé découvre Amina, une petite fille morte de fatigue, que la mer a déposée sur le rivage. Ils la considèrent comme un cadeau du ciel. Petit à petit, complicité et confiance s'installent entre les deux vieux et la fillette, arrivée de nulle part. Plus tard, la télévision résoudra l'énigme de son identité... Si l'histoire est belle, elle met aussi, l'air de rien, l'accent sur le problème des réfugiés. Dès 5 ans.


"Le vélo rose"
Jeanne Ashbé
L'école des loisirs/Pastel
32 pages, 2000

Zoran est arrivé dans la ville rouge avec sa famille après avoir séjourné dans un camp où la guerre dans son pays l'avait poussé. Ici, il s'est rééquilibré. A beaucoup raconté. Zoran peut à nouveau jouer, profiter de son vélo, entendre le vent chanter dans ses oreilles. Mais il est aussi capable de remarquer qu'une de ses voisines est triste. Quels sont les souvenirs qui l'accablent et la freinent? Zoran va raconter à Rose ce qui lui est arrivé. Un passé dur et pourtant impossible à changer. Et donner ainsi à Rose la possibilité de se remettre à avancer. Pour tous, dès 5 ans.


"La robe de Jneina"
May Angeli
Syros Jeunesse, Les petits voisins,
32 pages, 2000

Le titre inaugurait une collection d'histoires d'enfants d'ailleurs qui vivent en France. On y suit Jneina tout au long d'une semaine. Sept jours qui précèdent la grande fête qui réunira tous ceux que les hasards de l'existence ont conduits dans un centre pour étrangers. Comme ses voisins, Jneina a dû quitter son pays. Des bribes de ces histoires se glissent dans le compte-rendu des journées.
May Angeli a eu la bonne idée d'entamer chaque journée par la description du vêtement de son héroïne. Dimanche, jeans pour aller au marché. Lundi, salopette. Mardi, pantalon bouffant. Mercredi, "survêt". Jeudi, bermudas. Vendredi, combinaison, et samedi, caleçon... Et le dimanche suivant apparaît "la" robe, confectionnée avec amour tout au long de la semaine. Une très belle robe, à la mesure de la fête organisée au foyer.  L'illustratrice a délaissé ses habituelles xylogravures au profit d'agréables crayons de couleur. Dès 3 ans.


"Fils de guerre"
Xavier-Laurent Petit
L'école des loisirs/Médium
168 pages, 1999

Le roman met en scène un de ces enfants perdus dans les conflits qui embrasent la planète. Le texte juxtapose une succession d'enregistrements faits par le narrateur dans un camp de réfugiés. Il y a apprivoisé un adolescent, Jozef, qui confie par bribes au magnétoscope les souvenirs que sa mémoire veut bien lui restituer. Un patchwork de faits entraîne le lecteur au cœur de la guerre des Balkans. Les hommes mobilisés qui partent, le quotidien qui s'organise sans eux. L'instituteur résistant, dénoncé et assassiné. Les valeurs s'effondrent. Les familles, les amitiés explosent. Remplacées par la lutte pour la survie, la peur, l'angoisse, la terreur, la réquisition des enfants. Jozef témoigne de ces mois d'horreur. Il raconte, simplement. Comment expliquer à ses copains d'hier que sa sœur, née juste avant les bombardements avec un tache de vin sur le bras, n'est pas responsable des malheurs du village? Jozef résiste jusqu'au bout de sa nuit, jusqu'à retrouver un bébé qui remplacera sa sœur. Un roman dru, poignant, indispensable. Pour tous dès 13 ans.


"Un foulard dans la nuit"
Milena et Georges Lemoine
Editions du Sorbier et Amnesty International
32 pages, 1998

L'auteur fait le lien entre la déportation d'enfants durant la guerre de 40-45 et les atrocités subies dans les années 1990 par les réfugiés albanais. L'illustrateur français Georges Lemoine a conçu graphiquement les pages et en a signé les images, des tableaux poignants. L'album raconte le rêve de David, plongé dans le cauchemar des camps: un matin glacé, il s'enfuit et retrouve sa famille après un chemin de souffrances. David, dont le petit-fils au prénom identique a discuté en classe des enfants pris, comme lui, au milieu des guerres. David, dont la mémoire, selon le souhait de ses fils et petit-fils, doit être plus forte que l'oubli. Pour tous dès 9 ans.


"Les petits bonshommes sur le carreau" 
Olivier Douzou et Isabelle Simon
Rouergue, 1994 (version souple, 1998)

Un enfant regarde par la fenêtre, dans la rue, la nuit. La vitre sépare et rapproche à la fois les acteurs des deux côtés de la paroi de verre. Côté recto, l'enfant trace avec le doigt des bonshommes sur la buée de la vitre, côté verso, des sans-abri sont couchés dehors, dans le froid. Ils se devinent d'abord dans la transparence des dessins de l'enfant, sur le carreau, puis apparaissent dans toute leur misère, sur le carreau aussi. Olivier Douzou raconte avec beaucoup de justesse et d'émotion la réalité des SDF. L'album est d'autant plus fort que les personnages sont d'éloquentes sculptures d'Isabelle Simon, photographiées en situation. Pour tous dès 5 ans.


Ci-dessous, un message de Bernard De Vos, le Délégué général belge aux droits de l'enfant depuis 2008, ce matin, sur sa page Facebook, à l'occasion du 20 novembre.
"C'est une longue journée qui commence et j'espère qu'elle se passera en paix, comme une trêve aux quatre coins du globe.
Les enfants ont des droits et c'est un 20 novembre qu'ils ont été inscrits dans un texte international, il y a 26 ans déjà. Défendre leurs droits spécifiques, les promouvoir mais aussi reconnaître leurs spécificités et le besoin des plus jeunes à bénéficier d'une protection et d'une assistance adaptées à leurs réalités, c'est tout le sens de cette convention que nous sommes nombreux à défendre, partout dans le monde.
Plus d'un quart de siècle plus tard, le bilan est loin d'être satisfaisant: malnutrition, maladies, traite, privations des soins, ignorance, discriminations, violences. Ce sont, chaque année, des dizaines de millions de vies qui sont amputées ou anéanties. Chez nous aussi, les droits de l'enfant sont compromis: pauvreté galopante, inégalités scolaires, ségrégation des enfants porteurs de handicap, violences domestiques, manque d'accueil des enfants migrants sont, parmi d'autres, des atteintes quotidiennes bien trop présentes dans le rapport que je remettrai ce matin au Parlement et au gouvernement.
Les temps sont moroses. Mais, plus que jamais, il faut rappeler qu'élever les enfants dans le respect de leurs droits n'est pas une faveur déraisonnable. C'est au contraire, inscrire dès le plus jeune âge les germes de la bienveillance et nous garantir, qu'en grandissant, les enfant auront à cœur de perpétuer le cercle vertueux de respect mutuel, d'humanisme et de solidarité. Bonne fête aux enfants et vive leurs droits!"










dimanche 7 octobre 2012

LE tombée à la renverse

Pourquoi? Comment? Pas à cause d'une illumination ou de la rencontre d'un saint.
Plus simplement, en lisant le nouveau livre de Daniel Pennac, destiné aux 8-10 ans, "Le roman d'Ernest et Célestine" (Gallimard Jeunesse/Casterman).
Elle est tombée à la renverse. D'incompréhension, de déception et de colère même.



Incrédule, elle a lu les 200 pages du roman qui l'avait attirée par le titre, par les qualités de l'auteur et par l'arrière de la bande qui entoure le livre: une des exquises images de Gabrielle Vincent, la créatrice de ces formidables personnages.


Que sont devenus Ernest et Célestine sous la plume de cet écrivain qu'on a connu remarquable dans ses précédents ouvrages à destination de la jeunesse (les "Kamo" notamment)? Un ours et une souris!
Mais ils sont un ours et une souris, me direz-vous.
Oui, ils sont dessinés en ours et en souris mais Ernest et Célestine sont avant tout humains, éprouvant émotions et sentiments comme vous et moi.
On les a aimés dans les vingt-cinq albums que l'auteure-illustratrice belge décédée en 2000 leur a consacrés. On s'est glissé dans ses images. On a cru lire nos mots dans les conversations entre le gros ours et la petite souris. On a ri avec eux, souri, frémi et même pleuré. Tout était juste dans ses livres.
Ernest et Célestine sont très vite devenus des classiques de la littérature de jeunesse de qualité.

Publiés au début chez Duculot, ils sont passés sous la bannière Casterman avec le rachat de la maison d'édition de Gembloux. Et l'éditeur prend soin de republier régulièrement tous les titres de notre grande dame.

Mais Casterman s'est aussi arrangé pour faire un dessin animé d'Ernest et Célestine, projet que Gabrielle Vincent avait toujours refusé de son vivant (plusieurs personnes s'en rappellent encore aujourd’hui). Il sera sur les écrans des salles de cinéma en fin d'année. On jugera alors.
Pour le moment, on n'a encore que le livre de Daniel Pennac, scénariste du film.

Pauvres enfants qui découvriront les personnages à travers  "Le roman d’Ernest et Célestine"!
Et surtout  pauvre Gabrielle Vincent ! On n’y retrouve rien de l’univers qu’elle avait créé.
Ernest y est un vrai ours, avec des soucis d’ours. Célestine une vraie souris avec des préoccupations de souris. Rien à voir avec ce que faisaient ressentir les albums initiaux. Tous deux sont devenus de vrais animaux alors qu'ils étaient des projections d'humains.
Le texte est lourd, répétitif, faussement complice avec le lecteur, pratiquant un humour pesant. Très dialogué, il fait intervenir les deux héros mais aussi "L'auteur" et "Le lecteur". Les trente-et-un chapitres sont titrés, et sous-titrés de façon pseudo-amusante.

Le scénario parle d’opposition entre mondes d’en haut et d’en bas, de dentiste, de police, de prison. Que de déceptions. On ne parle même pas des erreurs factuelles car "La naissance de Célestine" n'est évidemment pas le premier album de la collection.

Rien n'est à garder dans ce roman sauf  le dernier chapitre où Daniel Pennac partage joliment l'amitié épistolaire qu'il avait tissée avec Gabrielle Vincent !

Mais on comprend d'autant moins qu'il ait fait de ses personnages ce qu'il en a fait.