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jeudi 1 avril 2021

Moon, muse de Sébastien Mourrain confiné

"Jour 18". (c) Editions de La Martinière.


"55 jours chez mon chat"
de Sébastien Mourrain (Editions de La Martinière, 120 pages) est un petit album carré à la couverture jaune soleil où se prélasse un chat. Un album pleins d'expressifs dessins en noir, sans texte à l'exception du compteur-calendrier, qui réjouira autant les amateurs de chat que les enfants qui peuvent le regarder comme un "Où est Charlie", le gamin dégingandé étant remplacé par un chat. Et quel chat! Celui chez qui habite Sébastien Mourrain et les siens. Moon, qui a été la muse du dessinateur français confiné l'an dernier. Moon, que l'on suit de page en page, de jour 1 en jour 2 jusqu'au jour 55, dans ces savoureux dessins croqués sur l'instant. L'allocution du président, l'école à la maison, les réunions zoom, la fenêtre ouverte comme unique horizon, l'infecte balance...  et chaque fois, ce chat tout noir qu'on s'amuse à dénicher dans le dessin du jour. Un album de confinement qui met du baume au cœur car il a tout vu, tout ressenti et tout partagé. Pour tous. 




Les jours 1 à 4, il y en a 51 autres à découvrir, tout aussi savoureux.
(c) de La Martinière.


"Il y a presque un an", écrit Sébastien Mourrain sur sa page Facebook, "nous étions confinés pendant 55 jours. Tous les jours, j'ai réalisé un dessin pour garder un souvenir de ce moment hors du commun. Petit à petit, mon chat Moon est devenu ma muse. En dessinant toutes les pièces de mon appartement, j'ai lutté contre l'ennui et je me suis progressivement identifié à mon chat. Ces dessins ne devaient pas être édités mais l'enthousiasme de Marie Bluteau, éditrice chez de La Martinière, a permis à ce livre d'exister. Merci à Moon, à ma chérie Magali et à mes fils Enzo et Mathis d'avoir posé pour moi et de m'avoir supporté pendant ce confinement." 

Une genèse que confirme sur le même réseau social Marie Bluteau: "Il y a maintenant presqu'un an allait démarrer le premier confinement. Entre télétravail et enfants en bas âge, les moments de calme étaient rares. Et je ne parle pas du manque de liberté qui se faisait cruellement ressentir. Je suivais sur ses réseaux sociaux Sébastien Mourrain, avec qui j'avais déjà travaillé sur un album et chaque jour, il postait un dessin mettant en scène son chat tout aussi confiné que sa famille et lui. Avec humour et poésie, il dévoilait ainsi quelques bribes de son quotidien pendant cette période collective si étonnante à vivre. Ces dessins, qui n'étaient pas destinés à être publiés, m'ont beaucoup touchée! À leur manière, ces illustrations avaient mis de la tendresse et de la légèreté dans des journées parfois compliquées. Je lui ai donc proposé d'en faire un livre. C'est ainsi qu'est né "55 jours chez mon chat" dans lequel Sébastien Mourrain offre aux lecteurs un regard tendre et drôle sur cette période inédite."

"Jour 18". (c) Sébastien Mourrain.




jeudi 14 mai 2020

Mamie Bigoudi a aussi été une petite fille

#confinothèque36
Aujourd'hui, un de ces albums jeunesse qui ont croisé la covid19 et sont arrivés en librairies juste avant ou en même temps que la fermeture de ces dernières à cause des mesures de confinement.

Le déménagement qui a tout bouleversé. (c) Les fourmis rouges.


On se souvient du superbe album "Bigoudi" racontant le quotidien d'une mamie citadine, désespérée par la mort de son chien Alphonse jusqu'à la visite inopinée d'un laveur de vitres sensible (lire ici).

Dans ce nouvel album, en jolis tons pêche,  "Louise ou l'enfance de Bigoudi" des mêmes auteurs, Delphine Perret pour le texte et Sébastien Mourrain pour les illustrations (Les fourmis rouges, 40 pages), on découvre l'enfance de la vieille dame. Elle n'a pas toujours habité la grande ville de New York, bien au contraire.

Cet antépisode, ou préquelle, nous fait connaître de manière tendre et sensible son enfance. Louise vivait à la campagne avec ses parents.On remarque qu'elle avait les cheveux tout raides, on comprend qu'elle adorait la vie au milieu des champs.

Le passé de Louise. (c) Les fourmis rouges.

Quand la petite fille est obligée de déménager dans un appartement de cette grande ville bouillonnante qu'est New York, même s'il est à côté d'une animalerie dénommée Alphonse, elle n'est pas d'accord. Et le fait savoir à son entourage. La petite rebelle snobe son lit, campe dans un carton, fait crise sur crise. Même les lettres de Mamy ne la consolent pas complètement. Pauvre petite déracinée.

Le nouveau présent de Louise. (c) Les fourmis rouges.

C'est une brutale empoignade capillaire qui sortira finalement Louise de son marasme. Sa rencontre avec  Ella est terrible, violente, mais les deux petites filles se sont trouvées. La blanche à longs cheveux blonds et la noire à cheveux crépus ne se quitteront plus. Ella devient l'ambassadrice de la vie en ville et fait aussi découvrir à Louise ce qui lui manque le plus, le ciel, du haut de leur immeuble. La force et le pouvoir de l'amitié.

Voilà un album très réussi et charmant, qui dans sa douceur extrême, dit bien les difficultés de l'enfance face aux changements. Il rassure et donne confiance tout en clignant de l'œil à l'épisode  précédent. On découvre ainsi que le goût de Louise pour les lunettes extraordinaires et les boucles dans les cheveux est très ancien. Delphine Perret raconte cette histoire au plus proche de l'enfance et Sébastien Mourrain l'illustre délicatement tout en lui donnant de l'espace et en y réservant une place pour chaque lecteur (à partir de 4 ans).


mardi 7 août 2018

DTPE 19 Lisez jeunesse, riez jeunesse

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.

Rien de tel que de rire en lisant aux enfants. Sélection.


Parler le plutonien. (c) l'école des loisirs.

Apprendre le plutonien


Le plein de Blorg
Matthieu Sylvander
Perceval Barrier
l'école des loisirs
Mouche, 56 pages

Misère! Alors que la jeune Ninon garde la ferme de ses grands-parents partis faire les courses, un vaisseau spatial y atterrit... Ce qui donne lieu à mille discussions entre les animaux. Les choses se compliquent lorsque le module s'ouvre et que des créatures en sortent et se mettent à parler en plutonien (alphabet en postface). Que veulent-ils dire? Que demandent-ils? Quoi? Ils veulent détruire la Terre dans une heure et ils ont besoin de faire le plein de blorg? Ce serait facile si on savait ce qu'est le blorg.
Un petit roman hilarant avec des animaux qui parlent bien, une Ninon qui ne s'en laisse pas compter, de savoureux dialogues avec ces Plutoniens qui s'appellent tous Jean-quelque chose et une finale totalement inattendue. Encore une merveille de livre signée du duo gagnant Matthieu Sylvander et Perceval Barrier (lire ici, ici et ici). Pour lecteurs débutants.

Le début du roman. (c) l'école des loisirs.


La bande à Coco


Mimi commande
Christophe Nicolas
Anouk Ricard
Les fourmis rouges
32 pages
Ouin-ouin Chagrin
Christophe Nicolas
Anouk Ricard
Les fourmis rouges
32 pages



Membre de la Douzou team au Rouergue, Anouk Ricard fait aussi partie du top 25 des Françaises les plus drôles décerné par le magazine GQ. C'est dire si elle s'y connaît en matière de poilade. Avec Christophe Nicolas, elle crée la "Bande à Coco", dont voici les créatures trois et quatre (après "Coco Bagarre" et "Princesse Caca").

"Mimi commande". (c) Les fourmis rouges.
"Mimi commande" donne le ton dès la couverture: avec Mimi, on ne rigole pas, c'est la demoiselle qui commande! Enfin, c'est ce qu'elle voudrait bien. Car ni Jojo, ni Princesse, ni Coco ne semblent prêts à l'écouter, ce qui déclenche des torrents de larmes chez Mimi. Le trio est de bonne volonté mais Mimi est trop carrée pour ne pas susciter l'hilarité, y compris celle du lecteur et de la lectrice régulièrement pris à partie dans cette histoire hilarante.

"Ouin-Ouin chagrin". (c) Les fourmis rouges.
"Ouin-Ouin chagrin" est tout aussi explicite dès la couverture: le rose personnage va pleurer beaucoup, se montrer inconsolable, user des centaines de mouchoirs, enchaîner les expériences plus attristantes les unes que les autres mais se laissera en finale consoler par ses potes et par ses lecteurs-lectrices.

L'impertinence de la Bande à Coco est une merveille d'observation fine de l'enfance, sans aucune moquerie mais avec un sens certain de la réalité. Les dessins malicieux et le texte joliment tourné et sonnant agréablement à l'oreille se conjuguent à merveille pour nous faire rire. Dès 3 ans.


Farceuse, cette langue rouge


J'ai perdu ma langue
Michaël Escoffier
Sébastien Mourrain
Seuil Jeunesse
28 pages carton

Variation sur un thème connu: as-tu perdu ta langue? Où est donc passée la langue de l'enfant qui raconte l'histoire? Elle a disparu subitement quand, la veille, il mangeait tout simplement une glace.

L'aide du policier. (c) Seuil Jeunesse.
Cet album tout carton conte avec une très amusante fantaisie sa longue recherche. Chaque double page comporte une étape que détaille un texte écrit en grandes lettres cursives bleues, prolongé par une image dépouillée, elle aussi, dans laquelle se détache la petite langue égarée, toute rouge. A chacun de comprendre, sans donner sa langue au chat, car la fofolle prend mille allures: casque de policier, gâteau, baignoire, fleur... Une fantaisie sympathique et très drôle dont la chute inattendue fera rire les petits tout en leur ayant offert une agréable promenade entre les formes et les mots. Dès 2 ans.


Qui cherche-t-on, au fond?


Don Romualdo
Margarita Del Mazo
Natascha Rosenberg
traduit de l'espagnol par Laura Ciezar
P"titGlénat
36 pages

L'album commence de façon classique: il nous présente Don Romuldo chez lui et puis durant sa journée dont chaque épisode nous est présenté. Il sort de chez lui, traverse la rue, prend l'autobus, travaille, mange un peu parce qu'il est nerveux. Il a en effet rendez-vous avec une demoiselle! Tout cela est bien mignon mais qui est Don Romualdo?

En réalité, il est caché dans les images qui débordent de personnages, et ce n'est qu'en lisant l'histoire jusqu'au bout qu'on parviendra à l'identifier!  Il faudra alors vite relire tout le livre pour le débusquer partout où il se trouvait et retrouver tous les indices qui l'indiquaient! L'idée est très amusante et les illustrations fort agréables à regarder. Dès 3 ans.

Pour lire les premières pages de l'album, c'est ici.

Où est Don Romualdo? (c) p'titGlénat.


Etre super heureux


Mon feel good book
Françoize Boucher
Casterman
120 pages

Loin des livres de "développement personnel" tellement à la mode, une série de "90 trucs pour être super heureux et trop zen" particulièrement bien trouvés et drôlement encourageants.
L'humour et la perspicacité de Françoize Boucher (les "Foufous", lire ici) font mouche et font beaucoup rire. Un style direct dans le texte, des illustrations efficaces qui font relativiser et amusent. Pour bons lecteurs.

Pour feuilleter le livre en ligne, c'est ici.

(c) Casterman.


Sans oublier
DTPE 1: "Moria" de Marie Doutrepont (récit, 180° éditions)
DTPE 2: "The t'Serstevens collection" (photos, Husson éditeur/IRPA)
DTPE 3: "La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michaël Uras (roman, Préludes)
DTPE 4: "Le passé définitif" de Jean-Daniel Verhaeghe (roman, Serge Safran éditeur)
DTPE 5: "Ecrire en marchant" de Chantal Deltenre (récit, maelström reEvolution)
DTPE 6: "Encyclopædia Inutilis" de Hervé Le Tellier (nouvelles, Le Castor Astral)
DTPE 7: "Poisson dans l'eau" d'Albane Gellé et Séverine Bérard (jeunesse) et "Trente cette mère - maintenant" de Marcella et Pépée (poésie, Editions Les Carnets du Dessert de Lune)
DTPE 8: "Christian Bérard clochard magnifique" de Jean Pierre Pastori (biographie, Séguier)
DTPE 9: "N'essuie jamais de larmes sans gants" de Jonas Gardell (roman, Gaïa)
DTPE 10: "Terres promises" de Milena Agus (roman, Liana Levi)
DTPE 11: "Peut-être pas immortelle" de Frédéric Boyer et "Deuil" de Dominique Fourcade (poésie et récit, P.O.L.)
DTPE 12: "Maria" d'Angélique Villeneuve (roman, Grasset)
DTPE 13: "Les étrangers" d'Eric Pessan et Olivier de Solminihac (roman, l'école des loisirs)
DTPE 14: "Le chagrin d'aimer" de Geneviève Brisac (roman, Grasset)
DTPE 15: "Je vous embrasse" de Pascale Pujol (roman, Lunatique)
DTPE 16: Partir en vacances avec le Muz
DTPE 17: "La poule Germaine" pour les sept ans de mon blog (texte, Lucien Noullez)
DTPE 18: "Ta vie ou la mienne" de Guillaume Para (premier roman, Anne Carrière)



lundi 5 mai 2014

LS père aussi croiser un laveur de vitres

Prononcez le  mot "bigoudis" et surgit aussitôt dans la tête l'image d'une vieille dame aux cheveux blancs, ou gris, ou mauves, mais toujours permanentés à coup de gros rouleaux.

Elle est de cette famille, la "Bigoudi" qui donne son titre au très bel album de Delphine Perret (textes) et Sébastien Mourrain (illustrations) juste paru (Les fourmis rouges, 40 pages). Joliment écrit au passé simple, le temps de la narration.
La vieille dame aux lunettes de star habite avec Alphonse, son bouledogue français, au 156e étage d'un immeuble d'une ville à l'étonnant urbanisme. Des bâtiments de toutes les époques s'y côtoient allègrement. Les taxis jaunes y fourmillent. Cela ressemble à New York mais la ville n'est pas nommée.

On rencontre le duo à l'aube. On va le suivre dans tous ses petits rituels quotidiens. Le café chez Luigi, la frange et les magazines chez Orlando le coiffeur, l'arrêt chez Georges le boucher, le hot-dog chez Monsieur Yamasaki, le grand magasin, le cours de poterie de Bigoudi, le cours de gym d'Alphonse... Sans oublier le thé-poker chez Beatrix et, en finale, l'arrêt chez l'épicier Louis.

Chacune des journées de Bigoudi et Alphonse commence chez Luigi. (c) Les fourmis rouges.

Cette plaisante routine s'arrête avec la mort inattendue d'Alphonse. Les vieux chiens doivent-ils vraiment mourir? Bigoudi se transforme en fontaine de larmes. Elle pleure partout, partout, partout. "Après cela", écrit joliment Delphine Perret, "elle se dit "plus jamais", et décida donc que plus jamais cela ne lui arriverait."

Bigoudi pense à tous ceux qui lui sont chers et dont la disparition lui causerait tant d'autres chagrins. Elle choisit de ne plus les voir et ferme sa porte à double tour. "Qu'elle était plus heureuse comme ça. Oui, vraiment plus heureuse."

Un an se passe sans que la vieille dame ne rencontre personne. "Elle faisait ses courses par correspondance, ne répondait plus au téléphone, regardait des gens tout plats à la télévision." Ce morne train-train sera interrompu par la visite impromptue d'un laveur de vitres. Il apparaît de l'autre côté de la fenêtre et, du haut de sa nacelle, dit à Bigoudi quelque chose que cette dernière ne comprend pas.

Le laveur de vitres à l’œil perçant va rendre Bigoudi à la vie. (c) Les fourmis rouges.

La suite est plus rocambolesque mais trouve bien sa place dans cet album plein d'empathie jusqu'au moment où il se mue en tremplin pour aimer à nouveau l'existence. Voilà notre attachante Bigoudi sauvée et repartie dans la vie, la vraie, celle avec Luigi et tous ses autres amis. Rendue à l'amitié et à l'amour.

Le travail graphique de Sébastien Mourrain, tout en douceur et en demi-teintes, correspond très bien au texte de Delphine Perret. Il glisse des détails qui racontent leurs histoires, sans insister mais en nourrissant le thème initial. "Bigoudi" est un très joli album, délicat et drôle à la fois, sur le deuil et le chagrin. Seul mini-bémol: l'impression du texte en gris très très clair rend parfois la lecture un peu difficile, surtout avec une lampe de chevet en guise d'éclairage.