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lundi 23 mars 2026

Quel avenir pour les albums jeunesse du Rouergue, présents, passés et futurs?

Quelques-uns des albums carrés du Rouergue.

Y aura-t-il de la neige à Noël? La question comporte à la fois espoir et résignation, car on sait bien qu'il ne neige plus tellement souvent en décembre. De la même manière, on peut se demander s'il y aura des albums jeunesse aux éditions du Rouergue en 2027. L'édition ne relève pas de la magie. On sait que les albums à paraître l'an prochain sont à préparer maintenant, surtout ceux de création - ceux en traduction ont peut-être un peu plus de marge. Or, aucun signal vert n'est actuellement donné aux auteur.e.s. de la maison appartenant au groupe Actes Sud. Au contraire. Elles et eux ont vu les signaux rouges s'allumer les uns après les autres depuis plusieurs années et singulièrement depuis l'an dernier. Leur œuvre est aujourd'hui considérée par la direction comme une "collection ancienne", ce qui leur fait craindre le pire pour l'avenir de l'actuel catalogue. Enterré ou réimprimé? Les auteur.e.s ont reçu l'été dernier un mail de la direction: "La situation en librairie est devenue extrêmement difficile. La fréquentation a chuté de façon dramatique et les alertes des libraires au sujet de la surproduction nous ont conduits à une révision de la programmation du second semestre." Ils et elles ont vu l'équipe éditoriale historique, Olivier Douzou et David Fourré, remerciée à la même époque. Après plus de trente ans et sans autre discussion. Sans qu'ils en sachent davantage, à part le mantra de la direction selon lequel "les albums ne s'arrêtent pas".

 
"Jojo la mâche"
Cette maison d'édition qui a dynamité la création jeunesse française dans les années 1990 va-t-elle subir le même sort que son premier titre "Jojo la mâche" (Rouergue, 1993)?  Dans cet album drôle et poétique d'Olivier Douzou, une vache perd peu à peu ses attributs, corne, queue, gamelles, jusqu'à disparaître elle-même. En levant le nez au ciel, on y retrouve des morceaux de la mâche. Faudra-t-il faire pareil pour retrouver les albums jeunesse du Rouergue?
 
La Foire de Bologne se tient dans trois semaines. Et la présidente du Rouergue, Alzira Martins, ne sera "malheureusement" pas présente à la grand-messe mondiale de la littérature de jeunesse, m'informe-t-elle. Sa maison sera-t-elle représentée sur l'espace collectif Actes Sud? Je regarderai.
 
Un collectif créé 
Les auteurs s'inquiètent depuis longtemps (lire ci-dessous, sans oublier le texte du "Libé des auteur.es jeunesse" ici) et n'obtiennent pas de réponse claire à leurs questions. Ils se sont donc regroupés dans un collectif, Roule toujours (ici), réunissant des libraires, bibliothécaires, médiateurs, journalistes, chroniqueurs, associations pour la lecture, organisateurs de salons, Écoles d'Arts Appliqués, membres des commissions CNL, de collectivités, de l'ADAGP, du SGDL, de la charte des auteurs, illustrateurs, éditeurs et lecteurs. Quasiment 300 membres aujourd'hui, dont le secteur Livre et lecture petite enfance du Conseil départemental du Val-de-Marne qui réagit ainsi: "Je suis choquée d'apprendre cette triste nouvelle et bien sûr en total désaccord avec "les décideurs" qui ne prennent pas en compte la dimension essentielle de ce catalogue. Toute cette collection doit perdurer, s'enrichir encore d'œuvres créatives, audacieuses, intelligentes où l'humour aussi a sa place essentielle dans notre monde si lourd. Les enfants apprécient grandement ces albums, nous le savons, nous qui sommes au plus près des familles." 
 
Le collectif a envoyé une lettre s'inquiétant de l'avenir aux directions du Rouergue et d'Actes Sud le 18 février. Un gros mois plus tard, pas de réponse.
 
Seule indication de la direction, lapidaire, à mes questions sur l'avenir des albums: 
"En effet la collection Albums est suspendue pour le moment, le temps pour nous de prendre le recul nécessaire et d’en définir une ligne nouvelle. Tous les interlocuteurs directement concernés seront bien évidemment informés dès que nous aurons suffisamment avancé dans nos réflexions. Auteurs et illustrateurs savent, et peuvent facilement le vérifier en librairie, que leurs albums parus sont disponibles et font l'objet de toute notre attention. Pour le reste, et nous sommes très sensibles à cette mobilisation générale des prescripteurs et acteurs de la chaîne du livre, qui malheureusement arrive un peu tard pour l'ancienne collection des Albums, le Rouergue est une entreprise privée qui doit assurer sa pérennité par ses seuls résultats économiques. C'est à ce prix que nous pourrons continuer à accompagner la création." 
La lettre de Roule toujours
"Madame, Monsieur,
Suite aux décisions prises fin Juin 2025, nous souhaiterions prendre connaissance du projet concernant l'édition à venir des albums au Rouergue. En octobre dernier a été en effet évoquée une concertation - début d’année 26 -  avec l'équipe en place, encadrée par des éditeurs de la maison Actes Sud, pour envisager une continuation avec l'objectif précis de publications dès 2027. Nous, auteurs au Rouergue, manifestons une inquiétude légitime quant à l'avenir de cette collection, essentiel pour l'existence d'une œuvre collective riche, reconnue depuis plus de trente ans. Merci donc de nous donner toutes les précisions et garanties sur ce prolongement annoncé, nécessaire à l'accompagnement de nos ouvrages publiés jusqu'ici."
Une pause est-elle bénéfique comme le croit la direction du Rouergue jeunesse ou enterre-t-elle une ligne éditoriale qui a créé plusieurs centaines d'albums identifiables de loin? Toujours aussi appréciés des prescripteurs que de la critique et du public. Qui ont remporté une quinzaine d'appels d'offre pour des livres de naissance en France. Une place perdue sur les tables des libraires se récupère-t-elle? Alors pourquoi faire moins de livres, ou ne plus en faire du tout?


Hier, aujourd'hui, demain

La naissance d'une maison
En 1993, Olivier Douzou publie dans la jeune maison des Éditions du Rouergue un premier album jeunesse, "Jojo la mâche". Il sera rapidement suivie d'un autre titre, "Mono le cyclope". Le premier deviendra rapidement une pierre d'angle dans l'histoire de la littérature jeunesse, remportant succès critique et public. La direction de l'époque embraie et confie en 1994 à Olivier Douzou le poste de directeur artistique des nouvelles éditions du Rouergue jeunesse. Ce sont des années en or. Le ton est différent, la forme aussi, avec ce choix délibéré du début d'albums tous carrés. Chaque livre est travaillé, dans la rencontre entre le texte et l'image, dans le jeu entre les deux, dans la mise en scène, le rythme, la construction. Différent de ce qui se fait alors. Tout le monde veut être publié au Rouergue. Les auteurs et les étudiants en fin de cursus envoient leurs projets à Rodez. Henri Meunier, Gaétan Dorémus, José Parrondo, Frédérique Bertrand, Annie Agopian, Christian Voltz, Anouk Ricard, Natali Fortier pour ne citer qu'eux, sont du premier train. On se rappelle de la fierté de Bruno Heitz, artiste aux innombrables créations, d'être publié au Rouergue. Les titres se suivent à bon rythme, cinquante en moins de cinq ans. Et une trentaine par an ensuite.
 
Les saisons s'enchaînent, avec des albums variés, récoltant toujours autant l'enthousiasme des lecteurs, des bibliothécaires, des libraires, des critiques, du public. Souvent primés. Il y a une façon Rouergue jeunesse qui se décline d'année en année dans les différentes collections peu à peu crées.
 
Douzou out, Douzou in 
Mais en juin 2001, Olivier Douzou quitte le Rouergue jeunesse par lassitude et envie de nouveaux espaces, alors qu'Actes Sud entre par ailleurs au capital de la maison à hauteur de 25 % - en 2005 Actes Sud rachètera les 100 %. Les titres que le directeur artistique a préparés continueront à paraître pendant les premiers temps. Le filon sera ensuite épuisé. Les nouveautés choisies par la personne qui lui succède ne rencontrent pas le même succès. Olivier Douzou sera rappelé en 2011 par Actes Sud avec la promesse d'une liberté éditoriale complète. Il le dit lui-même: "Le monde de l'édition a alors changé. Ce qui était nouveau à ses débuts ne l'est plus. Beaucoup d'autres maisons d'édition ont aussi fait évoluer la littérature de jeunesse en France." Lui, ce qui intéresse, c'est de faire du neuf. Il le fera avec ses auteurs historiques et une quarantaine de nouveaux qui rejoignent la maison, dont Michel Galvin, Juliette Binet, Piret Raud, Marine Rivoal... Des auteurs qui continuent d'être souvent récompensés, même récemment. Leurs albums apparaissent régulièrement dans les sélections des librairies Sorcières ou du SLPJ (Salon de Montreuil selon l'appellation ancienne). Le succès reviendra, la maison ayant représentants convaincants et attachée de presse performante.
 
Diminution du personnel
A l'hiver 2021, les auteurs du Rouergue lancent une première alerte à la nouvelle directrice du Rouergue chez Actes Sud, en poste depuis 2010, Alzira Martins, chargée aussi de la coordination avec les autres maisons jeunesse du groupe. Leurs livres ne sont plus accompagnés depuis la rentrée 2018, déplorent-ils. Ils se sentent abandonnés. Ils ne sont plus invités ni en librairie, ni dans les salons. Les sorties ne sont plus célébrées par un événement ou une exposition. On rappellera que plusieurs personnes extrêmement compétentes et performantes ont quitté le Rouergue et n'ont pas toutes été remplacées. Ensuite, il y a eu le Covid où les réseaux sociaux prennent une place importante dans la communication. Et après? Rien ou pas grand-chose. Des équipes régulièrement renouvelées, des débutants sans réelle connaissance de l'album jeunesse ou du terrain.
 
Diminution des parutions
En parallèle, le catalogue perd des plumes à chaque rentrée. De moins en moins de titres sont publiés, d'autres sont reportés. Comment les auteur.e.s peuvent-ils alors exister, le nom d'une maison se perpétuer? Loin des yeux, loin du cœur. En juillet 2025, lors de la présentation des albums jeunesse de la rentrée, Olivier Douzou n'est pas là. Et pour cause, il vient d'apprendre quand il a présenté à Arles le programme qu'il a engagé pour 2026 que la maison met fin à ses services à la fin de l'année et à ceux de son équipe. Son programme est annulé dans sa quasi-globalité alors que des titres sont prêts pour l'impression. Motif: les livres ne répondent plus à un marché qui se détourne des ouvrages exigeants.
 
A l'été 2025
A ma question "Qu'en est-il de l'avenir des albums au Rouergue en 2026? J'ai vu passer des messages alarmants sur Instagram", Alzira Martins me répond le 7 juillet:
"Il n'est nullement question d'arrêter les albums au Rouergue car ils font partie de notre ADN. Nous constatons depuis quelques années déjà que les ouvrages exigeants qui ont fait la renommée de la maison et, on peut le dire en toute modestie (!), révolutionné à l'époque les albums jeunesse, peinent à présent à trouver leur public.
Les lecteurs se renouvèlent, ce qui est heureux, et les libraires aussi. Et nous nous trouvons face à une nouvelle génération de professionnels qui n'a pas forcément la même appétence pour ce travail.
Il nous est apparu important de nous remettre en question et de placer la collection en sommeil pour trouver le temps, les moyens et l'énergie de lui donner un nouveau souffle. Quelques albums figurent au programme de 2026 et nous espérons revenir au plus vite avec une programmation différente et, je l'espère, tout aussi audacieuse."
 
2026
Effectivement, il y aura trois albums estampillés Douzou au Rouergue en 2026. Il faut toutefois constater qu'il n'y en a eu aucun en novembre et en décembre 2025, époque où les éditeurs mettent le turbo en prévision du Salon de Montreuil et des fêtes de fin d'année.
 
Dans le "Libé des auteur.es jeunesse", le 25 novembre 2025, Henri Meunier, auteur historique des éditions du Rouergue précise les choses: 
"En juin dernier, la direction de cette petite maison du groupe Actes Sud a mis un point final à cette histoire. D'un mail lapidaire, douze lignes, s'ouvrant sur un aveu sidérant: « Il semblerait que l'époque ne soit plus aux projets ambitieux qui ont fait la renommée du Rouergue. » De fait, l'équipe éditoriale historique a été remerciée. L'essentiel des projets en cours a été annulé, au mépris des contrats signés. Deux promesses imprécises ont été esquissées par la direction: les livres existants restent une priorité et un secteur album régénéré reviendra. L'avenir montrera si ces promesses valent plus que les contrats signés." 

Témoignages
Les auteurs du Rouergue déplorent tous la situation: "La fin annoncée d'une ligne éditoriale d'une importance historique majeure et pertinence actuelle féconde est d'une tristesse infinie pour nombre d'entre nous." 
L'un pointe que les questions posées depuis longtemps à propos de la commercialisation de leurs ouvrages ne sont pas étudiées. Comme si un livre n'avait pas besoin de toute la chaîne pour exister.
L'autre se dit "dégoûtée de tout ce gâchis et du naufrage auquel on a toutes et tous assisté, révoltée par l'irrespect total de la direction du Rouergue envers ses auteur.ice.s, et en colère". Elle a d'ailleurs décidé de ne plus faire de nouveau livre au Rouergue il y a plus de trois ans, pour limiter la casse et cesser de produire dans le vide des livres dont personne ne s'occupait.
"Je suis dégoûtée", témoigne encore une autre, "et en colère, d'être traitée de la sorte, de ne pas savoir ce que deviendront mes titres, qui sont ma seule vitrine. Car la précarité des auteurs n'est pas une légende et ne vivant que de l'exploitation de ces titres, c'est extrêmement dur. Et ce flou m'est préjudiciable. Je suis dépitée de cette fin si violente, sans respect pour le travail de chacun, éditeur comme auteurs." 
 
Les projets signés ou projetés
Pour les auteurs, la situation est difficile. Des contrats signés sont annulés, même si les avances ont été versées. "Ce qui rend la présentation du travail à un autre éditeur impossible le temps du délai contractuel", confie un auteur.
Un autre constate que deux de ses projets proposés par Olivier Douzou et David Fourré ont été balayés par Alzira Martins.
Marine Rivoal a vu son projet re-maquetté de façon tellement désastreuse l'été dernier qu'elle l'a refusé, donnant ainsi à Actes Sud le moyen d'annuler le contrat. Elle y a laissé la moitié de son à-valoir mais "Loupiotes" est sorti ce 19 mars aux Éditions des Grandes Personnes, maison qui sait allier exigence, qualité de fabrication et réussite commerciale. 

Être auteur.e jeunesse
De manière plus générale, la crise au Rouergue est l'occasion de réfléchir au métier de créateur en littérature de jeunesse. Un métier mal rémunéré, ne permettant en général pas de vivre de son travail. Une précarité des auteurs accrue par la surproduction, qui s'est mise en place depuis quinze ans. "Cette surproduction", explique un auteur, "a profité à la chaîne du livre mais pas aux auteurs, le volume des ventes globales augmentant au détriment du nombre des ventes de chaque titre, donc des droits d'auteur." Un autre ajoute: "Depuis que je fais ce métier, je ne me suis jamais autant vu comme fragile."  Un auteur doit-il devenir un "fournisseur de contenu" comme cela lui est demandé? Ou est-il un artiste? 
 
 
 

Les sélections des prix Sorcières 2026


Le chaudron
où puisent l'ABF (Association des Bibliothécaires de France), avec le soutien de la Sofia et l'ALSJ-Librairies Sorcières semble inépuisable. En sont sortis, 30 livres de littérature de jeunesse sélectionnés pour les prix Sorcières 2026 et répartis en six catégories. On note quatre titres publiés par Les Grandes Personnes, quatre par les Editions Thierry Magnier, quatre par l'école des loisirs. Aucun auteur belge cette année par contre. 

Pour rappel, la catégorie "Carrément Beau" privilégie la qualité graphique, "Carrément Passionnant" le scénario et l'histoire. "Carrément Sorcières" pointe des livres un peu exceptionnels dont des documentaires.
 
Verdict la semaine prochaine, le lundi 30 mars.
 

Sélections


Catégorie Carrément Beau mini

  • "36 mois", de Julia Spiers (Les Grandes Personnes)
  • "Allons voir la nuit. Un livre à animer ensemble", d'Aurélie Sarrazin, illustré par Xavier Deneux (Sens Dessus Dessous)
  • "L'imagier des objets et des matières", de Pascale Estellon (Les Grandes Personnes)
  • "Printemps", de Léa Louis (Éditions Courtes et Longues)
  • "Raouf", de Krocui (L'Articho)

 


Catégorie Carrément Beau maxi

  • "Chamalloux", de Lee Gee-eun (traduit du coréen par Yeong-hee Lim, Les fourmis rouges)
  • "La chasse aux rainettes", d'Antonin Faure (Éditions Thierry Magnier)
  • "L'été de Mamie", Bonsoir Lune (traduit du coréen par Clémentine Picq, Cambourakis)
  • "La Grande Cradolasse. Princesse du Pays de Boue", de Beatrice Alemagna (l'école des loisirs)
  • "Lune", d'Eva Diop, illustré par Chloé Fraser (hélium)

 


Catégorie Carrément Passionnant mini

  • "Droméo et Chuliette", de Marcus Malte, illustré par Henri Meunier (Rouergue)
  • "Esprits d'enfance", de Stéphane Servant, illustré par Gaya Wisniewski (Rouergue)
  • "Une histoire de rien du tout", de Marie Dorléans (Seuil Jeunesse)
  • "Oskar et moi. Et tous nos petits endroits", de Maria Parr, illustré par Ashild Irgens (traduit du norvégien par Aude Pasquier, Éditions Thierry Magnier)
  • "La petite fille au fusil. L'histoire d'une jeune résistante", de Marius Marcinkevičius, illustré par Lina Itagaki (traduit du lituanien par Marielle Vitureau, Éditions du Ricochet)

 


Catégorie Carrément Passionnant maxi

  • "Les Adelphides", d'Alice Dozier (Actes Sud Jeunesse)
  • "L'archipel de béton", d'Olivier Dain-Belmont (Sarbacane)
  • "Finding Phoebe", de Gavin Extence (traduit de l'anglais par Isabelle Troin, Seuil Jeunesse)
  • "La part du vent", de Nathalie Bernard (Éditions Thierry Magnier)
  • "Quelque chose de beau", de Julie Rey (l'école des loisirs)

 


Catégorie Carrément Sorcières fiction

  • "Boucle d'Or. En chemin", de Caroline Gamon (hélium, lire ici)
  • "La cité des lettres", de Jonas Tjäder, illustré par Maja Knochenhauer (traduit du suédois par Catherine Renaud, Rue du monde)
  • "Dia de Muertos", d'Anne-Florence Lemasson, illustré par Dominique Ehrhard (Les Grandes Personnes)
  • "Le jeu du plus qu'un jour", d'Audrey Poussier (l'école des loisirs, lire ici)
  • "Le tambour", de Jeanne Saboureault (MeMo, lire ici)

 


Catégorie Carrément Sorcières non-fiction 

  • "Histoire de l'information", de Chris Haughton (traduit de l'anglais par Emmanuel Gros, Éditions Thierry Magnier)
  • "Une île est née", de Virgine Aladjidi et Caroline Pellissier, illustré par Manon Diemer, Saltimbanque)
  • "Tout le monde se parle! Petite encyclopédie des 1 000 manières de communiquer chez les humains et autres êtres vivants", de Romana Romanyshyn et Andriy Lesiv (traduit de l'ukrainien par Laurana Serres-Giardi, Rue du monde)
  • "L'univers de Pi. Le nombre mystérieux qui rend tout le monde dingue", d'Anita Lehmann et Jean-Baptiste Aubin, illustré par Joonas Sildre (traduit de l'anglais par Adèle Boillat, Helvetiq)
  • "Voir et savoir. Dans l'intimité du monde végétal", de Fanny Pageaud (Les Grandes Personnes)

 

 

 

mardi 17 mars 2026

La triste nouvelle du décès de Jean Delas

Jean Delas. (c) Photosegor.

Il faut avoir un certain âge pour avoir connu Jean Delas, un des trois cofondateurs de l'école des loisirs. Né le 31 août 1939 dans les Landes, il est décédé ce 16 mars 2026 à Hossegor. Cravate Hermès et rire sonore, il a mené sa maison de main de maître quand il n'exerçait pas son second métier, gestionnaire de forêts.
 
Sa maison d'édition a annoncé son décès à ses auteurs par ces mots:
"J'ai la grande tristesse de vous annoncer la disparition de Jean Delas, qui s'est éteint ce 16 mars à l'âge de 86 ans.
Éditeur de conviction, il était un infatigable défenseur de la création libre, de la promotion de la lecture chez les jeunes et de la lutte contre l'illettrisme.
Avec Jean Fabre, puis Jean-Louis Fabre et Arthur Hubschmid, il a animé notre maison pendant 50 ans avec une énergie farouche, la volonté de toujours aller de l'avant et, surtout, une passion pour les enfants et leur épanouissement."
l'école des loisirs, entreprise familiale qui a soufflé ses soixante bougies l'an dernier, a été créée en septembre 1965 par un trio, Jean Fabre (décédé en 2014, lire ici), son neveu Jean Delas et Arthur Hubschmid, un graphiste suisse. Un nom qui s'ajoute aux Éditions de l'École, spécialisées dans le manuel scolaire, créées par Raymond Fabry en 1922 et où entre en 1942 Jean Fabre, gendre du fondateur. Les y rejoint en 1945 Jean Fabry, fils de Raymond Fabry, à son retour de captivité. En 1949, au décès du fondateur, la maison sera dirigée par Jean Fabry (jusqu'en 1984) et Jean Fabre. Scolaires, les Éditions de l’École lorgnent toutefois vers autre chose. Surtout quand en 1962, elles sont rejointes par Arthur Hubschmid et Jean Delas, petit-fils du fondateur, de formation économique et commerciale. Le trio est là. Il sera rejoint en 1975 par Jean-Louis Fabre, fils de Jean Fabre et petit-fils du fondateur.

En septembre 1965, l'école des loisirs est créée. Dès ses débuts, elle publiera des auteurs majeurs, Tomi Ungerer, Maurice Sendak, Arnold Lobel, Leo Lionni, Peter Spier, Mitsumasa Anno, Iela et Enzo Mari. Des artistes francophones aussi, dont Marie Wabbes et sa série "Les enfants d'un autre temps". Tout de suite, elle se positionne comme un éditeur de référence, visant le meilleur pour les enfants (lire ici). Au sein de la maison, les rôles sont clairs: à Jean Fabre et Arthur Hubschmid, le côté créatif, à Jean Delas le visionnaire et le bâtisseur, les aspects plus pragmatiques. Et même s'il ne croit pas toujours à tous les titres que ses coéquipiers publient, il les défend. Et n'hésite jamais à appliquer une politique d'auteurs. Il sait qu'un titre moyen peut amener à l'excellence. Il patiente. Même s'il s'impatiente souvent. Il sait aussi qu'en engageant toute une série de femmes jeunes, ces dernières partiront en congé de maternité. Et il se réjouit de l'arrivée de ces futurs lecteurs. A l'extérieur, il traite magnifiquement les libraires et les bibliothécaires, ceux et celles qui passent les livres. Dont les siens à propos desquels il fait tout pour qu'ils soient connus - ils le méritent.

Évoquer Jean Delas, c'est parcourir la chronologie de sa maison d'édition car il n'a cessé d'innover, pour la faire grandir, pour la solidifier:
  • création de la SEREG en 1969, atelier éditorial dirigé par d'Arthur Hubschmid.
  • ouverture en 1974 à Paris de la librairie spécialisée pour enfants Chantelivre.
  • lancement en 1975 de la collection "Renard poche", première collection cartonnée de poche en France pour les enfants.
  • publication à partir de 1976 d'auteurs-illustrateurs français comme Yvan Pommaux, Philippe Dumas, Michel Gay, Frédéric Stehr, Claude Boujon.
  • lancement en 1977 de la collection "Lutin poche", première collection d'albums au format de poche pour les plus jeunes.
  • publication en 1978 de romans, les collections "Mouche", "Neuf" et "Médium" d'aujourd'hui et la création des "Classiques abrégés".
  • création en 1981 du premier club français d'abonnement-livres pour enfants, "Kilimax", qui sera suivi de sept autres "clubs Max", pour les âges allant de la toute petite enfance à la grande adolescence.
  • apparition d'une nouvelle génération à partir de 1987, la famille Lecaye (Grégoire Solotareff, Nadja et leur mère Olga), Philippe Corentin et Claude Ponti, etc. 
  • création en 1988 de l'imprint belge Pastel.
  • prise en diffusion en 1990 des éditions Kaléidoscope.
  • création en 1992 du label d'albums documentaires "Archimède" dont la devise est "Avec une histoire, je comprends".
  • création en 1994 du label "loulou & cie", pour les tout-petits et en Allemagne de l'imprint Moritz Verlag.
  • création en 1995 de la collection "Théâtre" et l'arrivée de nouveaux noms comme Adrien Albert, Stéphanie Blake, Magali Bonniol, Chen Jiang Hong,  Catharina Valckx, Anaïs Vaugelade...
  • création en 1998 à Barcelone de l'imprint Editorial Corimbo (castillan et catalan).
  • création en 1999 à Milan de l'imprint Babalibri.
  • création en 2001 de la collection "Petite Bibliothèque de l'école des loisirs", année où Jean Delas et Jean-Louis Fabre sont officiellement nommés directeurs généraux..
  • création en 2005 de la collection "Belles Vies", qui deviendra "Médium documents" en 2010.
  • arrivée en 2007 dans l'équipe de direction de Guillaume Fabre, petit-fils de Jean Fabre qui, âgé de plus de 85 ans, s'éloigne.
  • création en 2008 de la nouvelle holding familiale Nova Groupe.
  • création en 2009 de la collection audio "Chut!".
  • création en 2010 de la collection de BD poche pour enfants "Mille bulles".
  • départ en 2013 de Jean Delas quand son fils Louis lui succède à la direction générale, en binôme avec Jean-Louis Fabre dont le fils, Guillaume, est nommé directeur adjoint.
Ensuite, le passionné de rugby a poursuivi son engagement ancien contre l'illettrisme, en créant en 2015 le festival Lire sur la vague. Car pour lui, l'accès aux livres est un enjeu fondamental d'égalité.
 
 



Jean Delas.




Mira, Mireille et Nina (Neuray)

Mira et Mireille entourent un projet de couverture.

 
Il n'est pas si fréquent de voir quasiment toutes les images originales d'un album accrochées à des cimaises. C'est le cas pour celles qui composent l'épatant livre pour enfants (dès 6 ans) "Cric! Crac! Les taupes passent à l'attaque!" de Nina Neuray et Aurélien Dony au texte (CotCotCot éditions, 60 pages, 2025). Elles illuminent un long couloir au rez de la Maison de la Francité à Bruxelles. L'exposition permet d'apprécier tous les détails des dessins, un peu plus grands qu'imprimés, et de découvrir l'une ou l'autre surprise absente de l'ouvrage en papier.
 
Hexamètres et alexandrins, souvent rimés, pas toujours, racontent d'abord la vie de Mira, jeune taupe espiègle et débordante d'énergie. Elle et ses congénères se débrouillent sous terre, dans le noir, comme si elles y voyaient. "Cric! Crac! On met la terre en vrac!" revient en fil rouge tout au long des pages. Ce qui n'empêche pas la jeune Mira de filer de galerie en galerie vers l'extérieur, voir ce qu'il s'y passe. C'est aussi là qu'elle retrouve sa chère amie Mireille. Aveugles, elles inventent le paysage, prenant du bon temps au soleil.
 
Une quiétude qui fait envie.

Cette vie agréable s'interrompt avec de sombres grondements, avec les pleurs du soleil et ceux d'une petite fille. Mira et Mireille filent la retrouver. Là, près de la rivière, l'enfant qui parle aux animaux leur annonce la terrible nouvelle, l'arrivée imminente de l'Ultrasupermarché! La forêt va-t-elle être détruite? Et avec elle, ses habitants?
 
À l'attaque contre l'Ultrasupermarché. 
 
Les petites taupes ne peuvent admettre cela. Résistance est leur mot d'ordre et on va voir comment elles vont l'organiser en compagnie des animaux de la forêt et de l'enfant-rivière. "Cric! Crac! On met la terre en vrac!" Avec une force telle que les humains ne pourront résister. Cette guerre venue de sous la terre s'achève sur une finale apaisée. Un point pour le respect de l'environnement. Les pages déroulent d'exquises illustrations de nature où tout est à observer au son du texte délicatement composé. David contre Goliath. Mira, Mireille contre l'Ultrasupermarché. Un petit format qui célèbre la résistance et encourage les plus petits à ne pas se laisser faire.
 
PS: On avait déjà pu admirer et se régaler des illustrations de nature de Nina Neuray dans son précédent album, son premier en solo, "A la lisière" (La partie, 2024, lire ici) après l'illustration de la traduction par Anne Brunet d'un texte d'Elisa Sartori, "Les polis topilins" (Editions Thierry Magnier, 2023).

 
Pratique
  • Quoi? Exposition Nina Neuray. 
  • Où? Maison de la Francité, 18, rue Joseph II, 1000 Bruxelles
  • Quand? Jusqu'au jeudi 2 avril, du lundi au vendredi de 9 à 17 heures (sauf weekends et jours fériés)
  • Combien? Entrée libre.
 
 
 


lundi 16 mars 2026

Les prix 2025 de l'Académie belge

Les lauréats 2025. (c) ARLLFB.

Samedi matin, l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (Arllfb)
a remis ses prix littéraires 2025 en son lieu, le Palais des Académies. Un palmarès en huit temps, tous les prix n'étant pas annuels, qui se distingue par ses deux choix féminins,  portés sur deux candidates malheureuses au prix Rossel 2025 (lire ici). 
 
 
Les huit livres mis à l'honneur.


Grand prix de poésie

Le Grand prix de poésie (1.500 €) récompense un poète ou une poétesse belge pour un recueil remarquable.
 
Lauréat
Harry Szpilmann, pour "La vie fragile" (Le Taillis Pré)
 
Étaient aussi finalistes: 
  • Carino Bucciarelli, "Une poignée de secondes" (L'Herbe qui tremble)
  • Françoise Lison-Leroy, "Tu ouvres et c'est le jour" (Rougerie)
  • Marc Quaghebeur, "Labiales" (Lieux-Dits éditions)
  • Martine Rouhart, "En ce lieu clos" (Toi éditions)
  • Laurence Skivée, "Je trace" (La lettre volée)

 

 

Grand prix des arts du spectacle

Le Grand prix des arts du spectacle (1.500 €) récompense l'auteur belge d'une pièce de théâtre, mais éventuellement d'un scénario de cinéma ou de télévision, d'un seul en scène… Il peut également l'être pour l'ensemble d'une œuvre.
 
Lauréat
Jean-Marie Piemme, pour "Cabots mordus" (Edern)
 
Étaient aussi finalistes: 
  • Stanislas Cotton, "Tirésias jette l'éponge" (Edern)
  • Christine Delmotte, "Je voudrais mourir par curiosité" (Les Oiseaux de nuit)
  • Adrien d'Hose, "Collet" (Lansman)
  • Valériane De Maerteleire, "La reine rouge" (Lansman)

 

Grand prix du roman

Ce prix annuel (1.500 €) récompense un auteur ou une autrice belge ou vivant en Belgique, pour un roman mais aussi pour d'autres genres de fiction en prose (nouvelles, récits, apologues, etc.).
 
Lauréate
Emmanuelle Pol, pour "Jan sur un air de jazz" (Finitude)
 
 Étaient aussi finalistes: 
  • Frédérique Dolphijn, "Les oubliés" (Esperluète)
  • Claire Huynen, "Les femmes de Louxor" (Arléa)
  • Patrick Roegiers, "Satie" (Grasset)
  • Giuseppe Santoliquido, "Le don du père" (Gallimard)

 

Grand prix de l'essai

Ce prix (1.500 €) récompense l'auteur ou l'autrice belge d'un essai de philosophie, histoire, sociologie, spiritualité, religion… à l'exclusion de la critique littéraire, l'histoire de la littérature, la linguistique et la philologie qui font l'objet de prix distincts.
 
Lauréat
Pascal Chabot, pour "Un sens à la vie. Enquête philosophique sur l'essentiel" (PUF)

Étaient aussi finalistes: 
  • Gilles Collard, "Klaus, Une vie antifasciste" (Flammarion)
  • Chantal Deltenre, "Le regard retrouvé" (Esperluète)
  • Laurence Rosier, "La riposte, Femmes, discours et violences" (Payot)
  • Frédéric Saenen, "Léon Degrelle" (Perrin)
  • Pierre Schoentjes, "Inventer des grottes. Pré-histoires romanesques" (Le mot et le reste)
 
 

Grand prix d'histoire de la littérature

Ce prix (1.500 €) récompense l'auteur ou l'autrice belge ou écrivant en langue française, d'un ouvrage concernant l'histoire de la littérature mais aussi l'histoire des idées, des mentalités et des courants littéraires.
 
Lauréat 
Paolo Tortonese, pour "Remords. Zola, Dostoïevski" (Hermann)

Étaient aussi finalistes:
  • Sara Buekens, "Écologies littéraires africaines. L'imaginaire de l'environnement dans la littérature francophone postcoloniale" (Brill, 2025).
  • Esther Demoulin, "Beauvoir et Sartre. Écrire côte à côte" (Les impressions nouvelles, 2024).
  • Denis Saint-Amand, "Fictions du monde littéraire, Trois enquêtes" (Presses universitaires de Liège, 2025).
  • Myriam Watthee-Delmotte, "La littérature, une réponse au désastre" (Académie royale de Belgique, coll. L'Académie en poche, 2025).

 

 

Prix international de littérature française (catégorie théâtre)

Ce prix international (2.000 €) récompense alternativement un recueil de poésie, un roman et une pièce de théâtre et ce, pour une autrice ou un auteur issu de la francophonie et âgé de moins de 50 ans. L'année 2025 est dédiée au théâtre.

Lauréat
Samuel Gallet, pour "Le Pays innocent" (Éditions Espaces 34)

Étaient aussi finalistes: 
  • Thomas Depryck et Antoine Laubin, "Maria et les oiseaux" (De Facto/CED-WB/E&C)
  • Claire-Marie Lievens, "Qui a tué Patrice Lumumba?" (Les Oiseaux de nuit)
  • Lydie Tamisier, "L'odeur des tissus" (Tapuscrit, Théâtre ouvert)
  • Azilys Tanneau, "Rest/e" (Lansman)

 

 

Prix Verdickt-Rijdams

Le prix Verdickt-Rijdams récompense un auteur ou une autrice belge dont l'ouvrage porte sur le dialogue entre les arts et les sciences.

Lauréat
Jérémie Brugidou, pour "Bestiaire de lumière. Plongée dans les aventures lumineuses du vivant" (Éditions de l'Ogre)
 
Étaient aussi finalistes: 
  • Athane Adrahane, "Des lucioles et des ruines. Quatre récits pour un éveil écologique" (Le pommier)
  • Vinciane Despret et Pierre Kroll, "Dieu, Darwin, tout et n'importe quoi" (Arènes BD)
  • Paul Jorion, "L'avènement de la Singularité. L'humain ébranlé par l'intelligence artificielle" (Textuel)
  • Pierre Schoentjes, "Inventer des grottes. Pré-histoires romanesques" (Le mot et le reste)

 

Prix Découverte

Ce prix (1.000 €)  récompense une première œuvre littéraire d'un auteur ou une autrice belge. Il est remis alternativement, sur trois ans, à un recueil de poésie, un roman ou une pièce de théâtre. L'année 2025 est dédiée au roman.
 
Lauréate
Sandra de Vivies, pour "La femme du lac" (Cambourakis)
 
Étaient aussi finalistes: 
  • Rachel. M. Choltz, "Pipeline" (Seuil)
  • Claire Mathot, "La saison du silence" (Actes Sud)
  • Myriam Watthee-Delmotte, "Indemne, Où va Moby-Dick?" (Actes Sud)






vendredi 13 mars 2026

Dix mots pour dire un monde à venir

"Alunir", le premier mot 2026, illustré
par Philippe de Kemmeter. (c) FWB.

L'appellation est un peu kitsch, peut-être même rédhibitoire. Par ce qu'elle a été créée il y a trente ans? Et pourtant, l'opération annuelle "La langue française en fête", organisée par la Direction de la langue française de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), est une mine de propositions dynamiques, joyeuses, lettrées. Pour tous les âges. Déclinant un thème par an. Mais il y a tellement de propositions à des moments différents qu'on peine parfois à s'y retrouver entre ateliers, concours, animations, propositions à destination des écoles. Dépliants et calendrier des villes de mots foisonnent d'idées et sont à télécharger... à différents endroits du site. Une constante, tout est gratuit pour les participants.
 
Le thème 2026, celui de la 31e édition? Le même que celui de la Foire du livre de Bruxelles (lire ici), "un monde à venir". Il se décline en dix mots: alunir, anticipation, continuum, dystopique, humanoïde, particule, programmer, sidéral, théorie et transmuter. Et est parrainé par Gorian Delpâture, critique littéraire féru de science-fiction. Il explique les 10 mots choisis ici, en langue des signes ici.
 
 
 
 
 
 
 
 
Mais reprenons avec Aurore Dumont, responsable de la Direction de la Langue française
 
C'est quoi, "la langue française en fête"?
La langue française en fête est une opération annuelle de sensibilisation à la langue, organisée par la Direction de la Langue française (DLF). La langue française a la réputation d'être une langue difficile. Dès lors, de nombreux locuteurs et locutrices ressentent un inconfort à l'utiliser, de peur de commettre des erreurs. La langue française en fête a justement pour objectif de rappeler à chacun et chacune que la langue peut également être conviviale. Elle n'est pas un monument figé et inaltérable, un ensemble de règles compliquées, mais un formidable instrument de créativité, vivant et évolutif.
 
En Belgique ou en francophonie?
La langue française en fête se déploie dans le spectre plus large de l’opération "Dis-moi dix mots" portée par le Réseau Opale, constitué d'organismes de politique linguistique francophones (France, Luxembourg, Fédération Wallonie-Bruxelles, Organisation internationale de la francophonie, Québec et Suisse). Cette opération, qui propose chaque année la mise en valeur d’un thème et de dix mots associés, se diffuse à l'échelle de la francophonie. En 2026 (NDLR édition 2025-2026), c'est le thème de la science-fiction qui a été choisi. Il se décline sous le slogan "Dis-moi dix mots d'un monde à venir". 
 
Rappelons que "La langue française en fête" ne se déroule pas que du 14 au 22 mars 2026. D'autres activités, notamment scolaires, sont organisées en dehors. Infos sur le site.
 
Sélection: 
  • Les dix mots expliqués par le parrain 2026, Gorian Delpâture, c'est ici, en langue des signes ici.
  • Le Livret des dix mots, "Dis-moi dix mots d'un monde à venir", regroupant définitions, nouvelles d'auteurs de francophonie (dont deux Belges), illustrations, jeux et solutions, c'est ici.
  • Le Cahier pédagogique des 10 mots, qui accompagne le livret, propose pistes d'écriture, bibliographie jeunesse et activités culturelles, les textes des deux auteurs belges, Anne-Sophie Devriese (avec un titre et un texte modifiés pour passer à l'écriture inclusive en Belgique) et Dominique Warfa, un bonus venant de la revue "Philéas & Autobule", le tout illustré par Philippe de Kemmeter, c'est ici.
  • La plaquette 10 mots/10 défis en 10 minutes, soit un concours d'écriture rapide (ou pas) du 14 au 22 mars, c'est ici.
  • La Ville des mots 2026, c'est Pont-à-Celles qui fêtera la langue française toute la semaine (programme ici), sans oublier les fanzines à créer dans le cadre du Réseau des Villes des mots (ici).

 


Le texte écrit par Anne-Sophie Devriese pour le livret.


 
 

lundi 9 mars 2026

Deux titres belges dans les recommandations du jury du prix Andersen (IBBY)


On le sait, c'est le 13 avril prochain que seront dévoilés les lauréats 2026 du prix Hans Christian Andersen de l'IBBY (International Board on Books for Young People). Cela se passera à la Foire du livre de Bologne, comme chaque deux ans. Les douze finalistes sont connus depuis la fin janvier (lire ici). Avec quelques déceptions puisque 78 nominations avaient été soumises. Aujourd'hui le jury communique une liste de 21 titres qu'il recommande. Beaucoup d'albums et quelques romans, souvent assez anciens. Joie! On y trouve le nom du Belge Thomas Lavachery pour l'album "Padouk s'en va" (mise en couleur par Denis Roussel, l'école des loisirs, 48 pages, 2011). Un titre qui figurait parmi d'autres dans la bibliographie envoyée aux jurés. 
Voici ce que j'en écrivais à sa sortie: "On retrouve Jojo de la jungle, découvert dans l'album éponyme, dans une histoire un peu triste mais pleine d'amour. Les amis de Padouk peinent à accepter la mort de leur copain, très malade. Ils essaient de le retenir avant de finir par écouter le mourant. Padouk s'éteint paisiblement. Pour Jojo et les autres, la vie reprend, avec ses découvertes. Jusqu'à ce que l'affolement les étreigne: ils ne se souviennent plus des traits de Padouk. Un portrait en terre sculptée de l'absent les réconfortera, cultivant le souvenir et déjouant la mort. Un album sensible et vécu."
L'autre titre belge sélectionné est celui du néerlandophone Leo Timmers, "Het eiland van Olifant" (Querido, 2020). Il a été traduit en français par Lauren Bayer sous le titre "L'Île d'Éléphant" (Cambourakis, 2021, 48 pages). L'histoire d'un éléphant naufragé que d'autres animaux tentent d'aider.

Plaisir aussi de découvrir un album de Grégoire Solotareff ainsi que d'autres titres dont existe une traduction française.


 
Recommandations du jury du prix Andersen
 
"Bombay"
Sandra Siemens
Isol
Fondo de Cultura Económica de Argentina (Argentine, 2023)

"Padouk s'en va" 
Thomas Lavachery
l'école des loisirs (France, 2011)
 
"Sugar Falls: A Residential School Story" (Sugar Falls: L'histoire d'un pensionnat autochtone)
David A. Robertson
Scott B. Henderson & Donovan Yaciuk
HighWater Press (Canada, 2011)

"Kai Kai De Men" (Une porte ouverte)
Jin Bo
New Buds Publishing House (Chine, 2011)

"Jeg fortæller en krig" (Je te raconterai une guerre)
Kim Fupz Aakeson
Anna Margrethe Kjærgaard
Gyldendal (Danemark,  2024)

"Die Mitte der Welt"

Andreas Steinhöfel
Carlsen Verlag (Allemagne, 1998) 
"Le Milieu du monde"
traduit de l'allemand par Michaël Wilhelm
Aleph Éditions, 2018, 480 pages

"Divas Almas" (Âmes de divas)
Inese Zandere
Anete Bajāre-Babčuka
Liels un mazs (Lettonie, 2021)

"Tonje Glimmerdal"
Maria Parr
Åshild lrgensSamlaget (Norvège, 2009) 
"La petite terreur de Glimmerdal"
traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud
Éditions Thierry Magnier, 2012

"Rahalat Ajeeba fi al-Bilad al-Ghareeba" (Voyages extraordinaires en terres étranges)
Sonia Nimr
Rauf al- Karai
Tamer Institute (Palestine, 2013)

"Het eiland van Olifant" (L'île d'Éléphant)
Leo Timmers
Querido (Pays-Bas, 2020)

"Poiss ja papa" (Papa et le garçon)
Triinu Laan
Anne Pikkov
Päike ja pilv (Estonie, 2024)

"Toi grand et moi petit"
Grégoire Solotareff
l'école des loisirs (France, 1996)

"Marina"
Nikolaus Heidelbach
Beltz & Gelberg (Allemagne, 2022)
 
"To kotsíphi" (Le merle)
Photini Stephanidi
Kaleidoscope (Grèce, 2023)

"Chiknik Choon"
Sushil Shukla
Atanu Roy
Eklavya (Inde, 2016)

"Jabe-ye khaterat" (Ma boîte à souvenirs)
Babak Saberi
Alireza Goldouzian
Candle & Fog Publishing (Royaume-Uni, 2025)

"Dobutsuen gaido"  (Premier guide du zoo pour les petits enfants)
Hiroshi Abe
Fukuinkan Shoten (Japon, 1995)

"Jal ga, annyeong" (Ne t'inquiète pas)
Kim Dong-soo
Borim Press (Corée, 2016)

"Mulegutten"
Øyvind Torseter
Cappelen Damm (Norvège, 2015) 
"Tête de mule"
traduit du norvégien par Aude Pasquier
La joie de lire, 2016
 
"Os sete cabritinhos" 
Tareixa Alonso
Teresa Lima
OQO Editora (Espagne, 2008) 
"Les sept chevreaux"
traduit de l'espagnol
OQO, 2009, indisponible


"Finding Winnie: The True Story of the World's Most Famous Bear" (A la recherche de Winnie : la véritable histoire de l'ours le plus célèbre du monde)
Lindsay Mattick
Sophie Blackall
Little, Brown and Company (USA, 2015)


 
 

jeudi 5 mars 2026

Des Belges primées à la Foire du livre de Bologne

"Troupeau" de la Belge Sarah Cheveau remporte une mention spéciale
 en catégorie "Tout-petits". (c) La Partie.


Waw! 4.120 titres candidats, provenant de 73 pays et régions du monde. Soit 6,8 % de titres de plus et 13 % d'éditeurs en plus qu'en 2025, année qui avait déjà enregistré des records de participation (lire ici). Les jurés des différents BolognaRagazzi Awards (BRAW) ont eu du pain sur la planche. Ils sont toutefois parvenus au bout de leur tâche et ont publié les noms des artistes lauréats des estimés prix de la Foire du livre pour enfants de Bologne. Ils seront à découvrir durant la 63ᵉ Fiera del libro per ragazzi de Bologne va se tenir du 13 au 16 avril prochains.
 
A noter que sur les 25 récompenses accordées, deux reviennent à des Belges, un prix et une mention, et cinq à des Français (deux prix et trois mentions). Sans compter les titres lauréats qui ont déjà été traduits en français (ou le seront prochainement). Pas mal pour la création en langue francophone dont plusieurs petites maisons d'édition sont ainsi mises à l'honneur.
 
L'édition 2026 de la Bologna Children's Book Fair a la Norvège comme pays invité d'honneur. A cette occasion, 49 illustrateurs norvégiens feront le déplacement en Italie et un programme "What if?" (Et si?), comportant exposition, conférences et rencontres sera proposé. Seront aussi célébrés les 60 ans de l'Exposition des Illustrateurs dont les 75 artistes de l'année sont déjà connus (lire ici), les 200 ans de la naissance de Carlo Collodi (exposition consacrée à Pinocchio de 50 illustrations d'artistes contemporains), les 100 ans de la naissance de Mitsumasa Anno. Entre autres.
 
Mais revenons-en aux prix. Il faut se rappeler que les BRAW sont divisés en cinq catégories permanentes, "Fiction", "Non fiction", "Opera prima" (première œuvre), "Comics" (BD en trois catégories d'âge), "New Horizons" et "Toddler" (tout-petits) auxquelles s'ajoute une catégorie annuelle, "Contes et Fables" cette fois. 
  • Jury Fiction, Non-Fiction, Opera Prima, Toddler, Fables & Fairy Tales, New Horizons: Katia Canton (artiste), Cathie Mercier (universitaire), Francesca Rizzi (libraire), Lola Rubio (IBBY Argentine) et Klara van Duijkeren (éditrice). 
  • Jury Bande dessinée: Nicolas Blechman (illustrateur), Valentina De Poli (critique) et Sarah Vuillermoz (libraire).

 

Palmarès
 

FICTION


Prix
"Ingrávida" (Légèreté)
Fran Pintadera
Raquel Catalina
bookolia (Espagne, 2025)
 
Amitié et promesses le temps d'un été à la mer. Par les auteurs du merveilleux album "Le plus beau match de Madani" (Les éditions des Eléphants, Prix IBBY Belgique francophone 2023 de l'album traduit, lire ici). 
 
 
 
Mention spéciale
"Lucy en Donker"
Karst-Janneke Rogaar
Querido (Pays-Bas, 2025)
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale
"Tomber 8 fois, se relever 9"
Frédéric Marais 🅕🆁
HongFei Cultures (France, 2024, finaliste du Prix IBBY Belgique francophone 2024 de l'album, lire ici)

 
 
 
 
 
 

NON FICTION

Prix 
"Who Am I?" (Qui suis-je?)
Qais Hinti
Esraa Hedery
Al Salwa Publishers (Jordanie, 2025)
 
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale
"Cromosomi" (Chromosomes)
Fabian Negrin
Kalina Muhova
Edizioni Corsare (Italie, 2025)
 
L'histoire d'une famille embarquée dans un fascinant voyage à travers le temps.
 
"Le fil de notre histoire"
Fabian Negrin
Kalina Muhova
La Martinière jeunesse, 2026
 
 
Mention spéciale
"З півслова" (Do you read me?)
Romana Romanyshyn, Andriy Lesiv
The Old Lion Publishing House (Ukraine, 2025)
 
Les 1000 manières de communiquer chez les humains et autres êtres vivants.

Tout le monde se parle
Romana Romanyshyn, Andriy Lesiv
traduction de Laurana Serres-Giardi 
Rue du monde (2025) 
 

 

OPERA PRIMA (première œuvre)


Prix 
"Dove andiamo quando moriamo?" (Où va-t-on quand on meurt?)
Samy Ramos
Corraini Edizioni (Italie, 2025)
 
 
 
 
Mention spéciale
"Nora the Stray Cat"
Izumi Suge
Poplar Publishing (Japon, 2025)








Mention spéciale
"The Heart Bowl"
Jeon Bora
tokkiseom (Corée du Sud, 2025)


 
 
 
 
 
 
 
 

TODDLER (tout-petits)

 
Prix 
"Río Viento" (Vent de rivière)
Adolfo Córdova
Mariana Alcántara
Ediciones El Naranjo (Mexique, 2025) 
 
 


 
 
 
 
Mention spéciale
"Troupeau - l'hiver, l'été"
Sarah Cheveau 🅑🅔
La Partie (France, 2025, lire ici)









Mention spéciale
"Un instant"
Liuna Virardi 🅕🅡
L'Agrume (France, 2025)
 


 
 
 
 
 
 

NEW HORIZONS

 
Prix 
"Village"
Julie Safirstein 🅕🅡
Éditions du livre (France, 2025)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

CONTES &  FABLES

 
Prix 
"The Story of a Brother and a Sister"
Lee Uk Bae
Sakyejul Publishing (Corée du Sud, 2020)
 

Mention honorable
"Delivering Watermelon"
Jia Yuqian
Oriental Babies & Kids (Chine, 2024)

 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale
"Zur Zeit, wo das Wünschen noch geholfen hat" (Au temps où les souhaits pouvaient encore aider)
Les frères Grimm
Julie Völk
Gerstenberg Verlag (Allemagne, 2021)
 
 
 
 
 


 

BANDE DESSINÉE - JEUNE LECTEUR

 
Prix 
"Casey's Cases: The Mysterious New Girl" (La mystérieuse nouvelle fille)
Kay Healy
Neal Porter Books (Holiday House Publishing, USA, 2025) 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale
"Ão, ão!" (Ouaf, Ouaf!)
Joana Estrela
Planeta Tangerina (Portugal, 2025)

 
"Ouaf!"
Joana Estrela 
Eidola éditions (à paraître en mai 2026)
 
 
 
 
Mention spéciale
"What's That Sound?" (Quel est ce son?)
Yuichi Yokoyama
PIE International (Japon, 2024)
 
 
Mention spéciale
"Die Grille in der Geige" (Le criquet dans le violon)
Anna Haifisch
Rotopol (Allemagne, 2025)
 
 


 
 
 
 

BANDE DESSINÉE - MEDIUM

 
Prix 
"Le Journal de Samuel"
Emilie Tronche 🅕🅡 
Casterman (France, 2025)
 
 
 
 
 
 

 
 

BANDE DESSINÉE - JEUNE ADULTE

 
Prix 
"Sentimental Kiss"
Camille Van Hoof 🅑🅔
L'employé du moi (Belgique, 2025)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale
"Vieille"
Delphine Panique 🅕🅡
MISMA (France, 2025)

 
 
 
 
 
 
 

Mention spéciale 
"Nobody in Walled City"
Rex Koo
Kedama Sha (Hong Kong - China, 2025)

Mention spéciale 
"L'autobus incantato" (L'autobus enchanté)
Majid Bita
Canicola Edizioni (Italie,2025)

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Traductions françaises d'albums primés.