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lundi 30 mars 2015

Reading in the rain, reading in the rain

Le formidable Festival Passa Porta 2015, cela a été ceci et cela hier dimanche 29 mars. Mais cela n'a pas empêché 8.000 personnes, selon les organisateurs, de se rendre de rencontre littéraire en rencontre littéraire dans le centre de Bruxelles, croisant par moments les participants à la Grande Parade. Une centaine d'écrivains étaient venus à Bruxelles pour cette cinquième édition (lire ici). Seule Lydie Salvayre avait dû annuler sa participation pour raisons personnelles.

Frédéric Beigbeder a accueilli son public par ces mots: "Merci d'avoir bravé les intempéries, le froid et la pluie mais aussi le vent; je suis venu à pied de mon hôtel, c'était terrible." 

Le malicieux Ian McEwan a aussi remercié la très nombreuse assemblée de la salle Henri le Bœuf , commentant ainsi sa première visite à Bruxelles: "J'ai vu à Bruxelles les plus belles et les plus vilaines rues".

Impossible d'être partout, malgré chaussures de marche et parapluie, mais voici quelques points de mon parcours. Demeurent bien entendu les livres de tous ces auteurs, nos meilleurs amis. Extraits de mon carnet de notes.

Nancy Huston "Il faut des faiblesses pour écrire des romans".

Pierre Assouline "La guerre oblige les gens à se révéler"

Valérie Zenatti "La guerre est une main invisible qui saisit les êtres
et les fracasse"

Pierre Assouline "Il y a des livres qu'on écrit à 30 ans, à 40 ans, à 50 ans, à 60 ans. Chaque livre vient à son heure. Il s'impose dans votre vie"

Régis Jauffret "Je suis un auteur comique"

Frédéric Beigbeder "Je suis très Dr Jekyll et Mr Hide"

Frédéric Beigbeder "Je suis plus vieux que toutes mes idoles écrivains, mortes entre 40 et 50 ans"

Ian McEwan "Le roman entre dans l'esprit des personnages,
 ce que ne fait pas le reportage"

Ian McEwan "C'est la curiosité qui nous maintient dans le monde
et dirige un roman".






dimanche 29 mars 2015

Trop triste que le décès de Gérard Dhôtel

Gérard Dhôtel.

Murielle Szac, éditrice chez Actes Sud Junior notamment, a publié vendredi sur sa page Facebook la triste nouvelle du décès de l'écrivain jeunesse Gérard Dhôtel: "Notre ami, notre frère Gérard Dhôtel nous a quitté cette nuit. Nous sommes bouleversés. La force de son humanité, de son incroyable générosité, son talent, ses convictions, son engagement pour une presse de valeur, pour un monde plus juste, et tout ce qui faisait de lui non seulement un grand journaliste et un grand auteur mais plus que tout une belle personne, resteront à jamais parmi nous. Nous pensons fort ce soir aux siens, à Marie-Noëlle, Pauline et Maxime qui ont fait preuve du même courage que lui. Ceux-qui-ont-dit-non (ndlr: nom d'une collection) s'est transformé en ceux-qui-ont-dit-nous. Nous pleurons avec Louise Michel et Victor Schoelcher."

Qu'ajouter sinon que ce décès m'attriste. Gérard Dhôtel était né  né le 29 juillet 1955 à Vitry-le-François, en Champagne. Journaliste spécialisé ados, il a été rédacteur en chef du "Monde des ados" (Fleurus Presse) jusqu'en février 2010. Il s'est consacré ensuite à l'écriture d'ouvrages pour la jeunesse: notamment "Louise Michel", "Non à l'exploitation", "Victor Schoelcher", "Non à l'esclavage" (Actes Sud Junior, Collection "Ceux qui ont dit non").

Je l'ai découvert tardivement, avec la Pépite documentaire qu'il a reçue à Montreuil en 2013 pour l'épatant "Israël-Palestine, une terre pour deux" (Actes Sud Junior, à lire ici) et son superbe "Comment parler de l'islam aux enfants" (Le Baron perché, à lire ici).

Je ne l'ai jamais rencontré mais il me manque déjà tant ce qu'il a écrit m'a impressionnée.


vendredi 27 mars 2015

JMG Le Clézio a ouvert le Festival Passa Porta

C'est la foule des grands jours à Bozar jeudi soir, hier soir donc. Même le Roi et la Reine sont là. Oui, mais pas pour la même raison que moi. Eux vont au concert de l'Orchestre national de Belgique.
Moi, je vais écouter  l'écrivain aux plus de quarante livres  Jean-Marie-Gustave Le Clézio qui ouvre le Festival Passa Porta 2015 (lire ici et ici). La salle M est pleine à craquer.

David Van Reybrouck fait le discours d'ouverture, super intéressant, en néerlandais. Les traductions françaises et anglaises s'affichent sur un écran. Pas toujours synchro, mais c'est pas grave. On suit avec plaisir et intérêt la pensée de l'écrivain néerlandophone ("Congo", Actes Sud, c'est lui, entre autres ouvrages), qui réfléchit devant nous à l'impossible actualité de la phrase de Tchekhov disant que le rôle de l'artiste est de poser les questions, pas d'y répondre. C'est brillant, autant que la trace que laissent la nuit les limaces sur le sol de la maison de l'écrivain. Ceux qui étaient là comprendront.

JMG Le Clézio.

Ensuite, c'est le tour de JMG Le Clézio. Il répondra aux questions de Jean-Luc Outers. Brièvement au départ, de plus en plus longuement ensuite. Il revient sur plusieurs de ses livres, de ses voyages, de ses rencontres. Toujours, l'intérêt inouï du Prix Nobel de littérature 2008 pour l'autre, surtout quand ce dernier est petit, écrasé. Littérature et engagement politique vont de pair chez lui.

Morceaux choisis dans ce qu'a dit cet écrivain pour qui la mer est avant tout un élément littéraire: une de ses premières lectures d'enfant a été "Capitaine courageux" de Rudyard Kipling!

"Ecrire est un acte du présent."

"Vivre sur une île, à part quelques exceptions paradisiaques, est difficile. Quand on est d'une île, on sait mieux les choses que quand on est du continent."

"Le but de l'humanité devrait être que chacun ait un passeport pour visiter le monde."

"Je suis déraisonnablement nostalgique."

"Ecrire, c'est merveilleux pour moi. Je veux que tout soit exact, vrai, précis."

"L'idéal serait d'abolir les frontières mais on sait que cela ne se réalisera pas. Mais c'est à garder dans la tête."

"Je veux comprendre comment le monde s'est transformé de colonial à industriel, tout aussi cruel pour les populations dominées."


La bibliographie de JMG Le Clézio (Gallimard) se trouve ici.








jeudi 26 mars 2015

De San Francisco à New York en dessins

Le projet Howdy... Cela vous a un petit air de nom codé alors qu'il s'agit tout simplement de l'abréviation américaine de la célèbre expression "How do you do?"  "Howdy" est même utilisé dans le sud des Etats-Unis depuis 1840!

Le projet Howdy, c'est aussi le voyage qu'ont fait en 2013 deux illustrateurs français, Yann Kebbi et Idir Davaine, traversant les Etats-Unis d'ouest en est durant trois mois dans le but d'en dresser le panorama dessiné. Les gaillards sont allés de San Francisco à New York, faisant étape à Las Vegas et à La Nouvelle-Orléans. Ils ont aussi laissé flotter leur regard sur les vastes zones entre ces villes. Les bourlingueurs n'ont pas chômé. Ils ont rapporté de leur "route" des dizaines de dessins réalisés sur place, en grand et en petit format, selon différentes techniques et non retouchés ensuite.

Le projet Howdy, c'est encore le beau livre qui vient de sortir de presse, réunissant près d'une centaine de dessins des deux voyageurs, en techniques diverses, intitulé bien évidemment "Howdy, dessins d'Amérique" (Michel Lagarde, 132 pages).
Dans ce magnifique album en format à l'italienne se suivent en une longue farandole les dessins de Yann Kebbi et d'Idir Davaine. Pas de légende de lieu, d'auteur ou de technique (ces indications apparaissent en fin d'ouvrage) mais une longue fresque graphique qui nous fait voyager à travers tous les Etats-Unis. En noir et blanc et en couleurs, cette succession d'images nous donne à  voir l'immense pays comme on le voit rarement même quand on croit le connaître.

Nevada, par Idir Davaine. (c) Michel Lagarde.
Il faut se lancer à l'aventure de ces pages à la fois richement et sobrement illustrées sans avoir peur de ne pas savoir où on va. L'expérience visuelle est épatante et les dessins s'articulent drôlement bien les uns aux autres, montrant autant des lieux connus que d'autres endroits à découvrir. Ici, on se remémore un film, là une photo... Ou bien on se contente de savourer, de regarder encore et encore. D'admirer le talent des auteurs qui, à deux, font vraiment la paire. Au point qu'il est parfois difficile de distinguer le travail de l'un du travail de l'autre. Mais est-ce nécessaire, finalement?

Nouvelle-Orléans, par Yann Kebbi. (c) Michel Lagarde.
Le projet Howdy, c'est enfin une exposition doublée d'une vente qui se tient à la librairie Candide
(1, Place Brugmann,
à 1050 Bruxelles), en collaboration avec la galerie Champaka, jusqu'au 27 avril (tous les jours de 8 h à 19 h).
Vernissage ce jeudi 26 mars de 18 h à 20h30 en présence des artistes.

Voilà l'occasion de voir de près une quarantaine de dessins du livre en version originale. Un bonheur et en plus la surprise de découvrir le format dans lequel ils sont nés. Car si certains ont été reproduits 1/1, à l'identique, ou quasiment, d'autres ont été fortement réduits. A se demander combien de cartons à dessins les voyageurs avaient emporté avec eux.

A propos, "How do you do?" Non je veux dire  "Howdy?"



mercredi 25 mars 2015

Juste à temps pour le Festival Passa Porta!

Le Festival Passa Porta est l'occasion, tous les deux ans, de se mettre de la littérature plein les oreilles. Sa cinquième édition se déroule cette année du 26 au 29 mars, c'est-à-dire de demain jeudi à dimanche!
Lectures, conférences, discussions, rencontres, performances, balades, il y en aura pour tous les goûts (fiction, essai, poésie, bande dessinée,..) et pour toutes les langues, la manifestation se voulant un pont entre francophones, néerlandophones et autres. Pour tous les âges aussi, puisqu'un parcours Kids spécifique est organisé cette année. Et pour tous les horaires car on passe à l'heure d'été dans la nuit de samedi à dimanche (une heure de repos en moins). D'autant plus amusant que le thème 2015 est "now & then", explorant les rapports entre la littérature et le temps.

J'ai déjà parlé ici  des quatre grandes soirées de la manifestation bruxelloise (JMG Le Clézio, Dany Laferrière/Nancy Huston, Nuit de la nouvelle et Ian McEwan).

Venons-en donc aux deux parcours.

Pour les grands, c'est dimanche.

Pour les petits, c'est samedi et dimanche. Samedi soir, parce que c'est l'heure des histoires et qu'un parcours Kids ne peut pas rater cela: Histoires courtes pour une longue nuit, de 18 h à 20h15 au Bronks, en néerlandais, français, turc ou arabe selon les séquences. Avec Mélanie Rutten et Fatima Sharafeddine pour les francophones.

Dimanche, de 10h30 à 18h15, au Bronks et au Wolf.
J'ai pointé dans le programme plusieurs activités en français ou avec traduction française, beaucoup d'entre elles, fort tentantes, se tenant en néerlandais seulement.
- La plus petite bibliothèque du monde (Bronks, de 11 à 15 h, en néerlandais, français, turc, arabe, portugais, chinois): lecture des plus beaux livres pour enfants dans leur langue originale, avec traduction française ou néerlandaise.
- N'ouvre pas ce livre! (Bronks, 11 h): Fatima Sharafeddine, auteure belgo-libanaise, lit en français et en arabe cet album qui présente deux faces, l'une rassurante, l'autre jouant sur la peur.
- Step in 2 time. (Bronks, 14 h): atelier pour les ados sur inscription préalable.
Paysage d'Anne Brouillard.
- Le paysage grandissant (Le Wolf, de 14 à 17h): atelier de peinture à l'œuf avec Anne Brouillard. Chaque participant peindra un petit bout de paysage sur une toile commune. Une expérience qui avait été réalisée avec grand succès lors de la remise du dernier prix Bernard Versele (à lire ici).
- 50 ans de l'école des loisirs (Le Wolf, 15 h): inauguration de l'exposition des reproductions de dessins pour les 50 ans de la maison d'édition française, en présence d'auteurs.
- Time to slam the mic! (Bronks, 16 h): tournoi verbal pour les ados et les adultes.
- Meg Rosoff (Bronks, 15h15, en anglais): pour les ados, rencontre avec l'immense romancière britannique, auteure notamment de "Maintenant, c'est ma vie" (traduit de l'anglais par Hélène Collon, Albin Michel Jeunesse, 2006). Il y aura aussi à 16h30 au Bronks la première belge du film adaptant son premier roman pour ados, "How I live now", mais il faut savoir que c'est en anglais, sous-titré en néerlandais.

- Informations complémentaires ici.



Quelques-uns des écrivains du Festival Passa Porta 2015.

Et pour les grands, c'est donc dimanche. Il va comme toujours être difficile de choisir. Qui écouter parmi la centaine d'écrivains se déplaçant à Bruxelles? Sur place ou ici, un programme sous forme de grille horaire en couleurs permet de mieux organiser ses choix car vingt-quatre lieux accueillent le festival - même s'ils ne sont pas loin les uns des autres, il est utile de prévoir des chaussures de marche.

Voici mes propositions, opérées par choix parmi les rencontres en français, toutes les autres, et pas des moindres, étant bien entendu reprises sur le site du Festival, ici.

- Nancy Huston (Vaudeville, 11 h): l'écrivaine dont le dernier livre, "Bad Girl", questionne la manière dont le temps peut apaiser le passé, répondra aux questions de  Martine Cornil.

- Hubert Reeves (Théâtre des Martyrs, 12 h): l'astrophysicien, observateur de notre temps, débattra de "la belle histoire de l'univers" et de celle, "moins belle" de l'humanité. Il sera au micro d'Eddy Caekelberghs.

- Poésie érotique (Beurskafee, 12h30): les membres du Collectif bruxellois et plurilingue de poètes expriment le désir dans de nouveaux vers qui composent un corps érotique.

- Raconter la guerre (La Bellone, 12h30): Pierre Assouline ("Sigmaringen", Gallimard) et Valérie Zenatti ("Jacob, Jacob", L'Olivier) croisent leurs regards d'écrivains sur cette question. Modérateur: Eric Russon.

- Eugène Savitzkaya (La Centrale, 13 h): l'écrivain belge lit des extraits de ses deux derniers livres, le roman "Fraudeur" et le recueil de poèmes "À la cyprine" (Minuit).

- Pierre Bayard (Théâtre des Martyrs, 13 h): l'auteur de "Comment parler des livres que l'on n'a pas lus" s'entretiendra avec Laurent de Sutter sur ses derniers essais, "Le plagiat par anticipation" et "Aurais-je été résistant ou bourreau?" (Minuit).

- Livres interdits (Goupil Le Fol, 13h30): Karel Logist lit un extrait de l'un des nombreux livres qui ont été interdits ou censurés en Occident.
- Conversations fictives (Bozar, 14h30): l'écrivain mexicain Álvaro Enrigue répond aux questions qu'il ou que ses personnages posent... dans ses romans. Concept et entretien: Ignasi Duarte.

- Walter Siti (Beursschouwburg, 14h30): célèbre pour critiquer la réalité italienne par des histoires d'amours homosexuelles, l'écrivain parle de son dernier roman,  "Résister ne sert à rien" (Métailié, Premio Strega 2013) et de Pasolini, assassiné il y a 40 ans. Rencontre animée par Laurent Moosen.

- Le temps d'une lessive (Maximousse, 14h30, 15h30, 16h30): Karel Logist, Kenan Görgün, Vol au Vent et Benjamin Pottel, tous auteurs des Editions Maelström, donnent une lecture performance poétique à la durée fixée par le chronomètre implacable d'une machine à laver.

- Le temps des prix littéraires (Vaudeville, 14 h): prix Goncourt 2014 pour "Pas pleurer" (Seuil), Lydie Salvayre conversera avec Antoine Volodine, prix Médicis 2014 pour "Terminus radieux" (Seuil).

- Régis Jauffret (La Bellone, 14 h): le nouveau livre de l'écrivain, "Bravo" (Seuil), revient à la fiction classique, avec des nouvelles sur les thèmes de l'âge, de la fin et de la mort. Martine Cornil l'interrogera.

- Philip Roth, le temps d'une œuvre (Les Brigittines, 14 h): la critique Josyane Savigneau connaît bien Philip Roth à qui elle a consacré le livre "Avec Philip Roth" (Gallimard).

- Judith Vanistendael & Dominique Goblet (De Markten, 14 h): première rencontre entre ces deux grandes de la BD, de part et d'autre de la frontière linguistique belge.
- Christine Angot (Les Brigittines, 15 h): la romancière s'entretient avec Josyane Savigneau à propos du regard sur notre époque qu'elle pose à travers les portraits de personnages rassemblés dans "La petite foule" (Gallimard).

- Temps, errance, exil (Riches-Claires, 15h15): conversation entre les écrivains Linda Lê et Kamel Daoud, modérée par Gilles Collard.

- Eric Reinhardt (La Bellone, 15h45): comment le temps s'inscrit-il dans une œuvre du XXIe siècle? Réponse avec l'auteur de "L'Amour et les Forêts" (Gallimard).

- Frédéric Beigbeder (AB, 16h30):  l'auteur de "99 francs" (Grasset) est-il un écrivain de son temps?

- Dany Laferrière (Riches-Claires, 17 h): "ralentir le rythme sans baisser l'intensité" est le credo de cet écrivain au regard décalé et poétique, devenu expert dans "L'Art presque perdu de ne rien faire" (Grasset). Modération: Nathalie Skowronek.

(c) dans l'ordre des images:  Fanny Dion, Astrid di Crollalanza, DR, Catherine Hélie/Gallimard, DR, Marie André, Hélène Bamberger, Serge Delaive, Luc de Rooy, Elisabette Claudio, DR, Hermance Triay, DR, Hermance Triay, Yann Revol, Daphné Titeca/Le Lombard, DR, Jean-Luc Bertini, Mathieu Bourgois, DR, Catherine Hélie/Gallimard, J.-F. Paga/Grasset.

- Informations complémentaires ici.


En prolongation du Festival, ou en remplacement, ou en écho aux dix années d'existence de Passa Porta, on plongera avec fruit dans "Les présents de l'écriture" (Les impressions nouvelles/Passa Porta, 256 pages). Voilà un fort précieux recueil de remarquables essais brefs, textes écrits à la demande de Passa Porta ou paroles dites lors de soirées littéraires, toujours en rapport avec la puissance de la littérature en ce début de XXIe siècle, pendant la décennie qui vient de s'écouler à la Maison des littératures de Bruxelles.

Peut-on mieux fêter un tel anniversaire qu'en réunissant des textes magnifiques sur la littérature que signent, par ordre alphabétique, Annelies Beck, Jens Christian Grøndahl, Alain Mabanckou, Claudio Magris, Alberto Manguel, Antonio Muñoz Molina, Nawal El Saadawi, Boualem Sansal, Mikhaïl Chichkine, Goce Smilevski, Ilija Trojanow, Dubravka Ugresic et Juan Gabriel Vásquez, et des fragments d’entretiens avec Paul Auster, Julian Barnes, A.S. Byatt, Mircea Cărtărescu, Bernardo Carvalho, Jonathan Coe, Marie Darrieussecq, Lydia Davis, Amitav Ghosh, David Grossman, Alan Hollinghurst, Siri Hustvedt, Howard Jacobson, Ismail Kadare, António Lobo Antunes, Amin Maalouf, Javier Marías, David Mitchell, Herta Müller, Ben Okri, Orhan Pamuk, José Luis Peixoto, Olivier Rolin, Jorge Semprún, Meir Shalev, Su Tong, Derek Walcott et Kjell Westö?

A noter que le livre existe en français et en néerlandais.

Pour lire un extrait de "Les présents de l'écriture", c'est ici.




mardi 24 mars 2015

Deux épatatants petits formats en tons pastels

Rappelez-vous, lundi dernier, je vous parlais de deux albums petit format pleins de couleurs (à lire ici). L'actualité a un peu bouleversé mon planning, car je voulais vous présenter le lendemain une autre paire d'albums. Les voici aujourd'hui.
Encore une rencontre entre albums pour enfants, liée au calendrier des envois.
Encore deux petits formats, l'un carré (16 x 16 cm), l'autre rectangulaire à peine plus grand.
Des tons pastels cette fois mais à nouveau des couvertures qui se clignent de l’œil. Jugez.












Le premier est "Hourra!", de la très douée Juliette Binet (Rouergue, 18 pages cartonnées et découpées).
Le second est "Mon petit étang", de l'Allemande Katrin Wiehle (Hélium, 16 pages en carton recyclé).


La première double page de "Hourra!" (c) Rouergue.
Album muet, "Hourra!" se compose de doubles pages découpées de trous figurant les cavités dans lesquelles se glisse un explorateur qu'on ne verra que de dos. Pantalon quadrillé, chapeau et mini-besace, il apparaît bien équipé. Prudent, l'homme progresse entre les bosses et les fosses des dessins, à la fois alpiniste et spéléologue. Il entre, serpente, escalade et se faufile jusqu'à la sortie et la surprise finale de cet album tout en douceur, en fantaisie et en imagination.

On retrouve avec joie le style minutieux de Juliette Binet dans ce livre qui peut se voir comme une allégorie de la naissance. Etapes et passages jusqu'à la délivrance, lecture avec les yeux et aussi avec les doigts pour un contact fort avec l'objet livre. Un superbe graphisme dans les tons gris des pierres et des rochers, éclairés du jaune ocre du chapeau et du pantalon du victorieux explorateur. Hourra!


La première double page de "Mon petit étang". (c) Hélium.
"Mon petit étang" est, lui l'œuvre de l'illustratrice allemande Katrin Wiehle. Il fait partie d'une série  "écologique", utilisant un carton léger recyclé et des encres naturelles.  Il sort en même temps que l'album "Ma petite jungle" (même éditeur). A noter que la première livraison, parue chez Hélium en 2013, comportait "Ma petite forêt", prix du plus beau livre en Allemagne en 2013, et "Mon petit jardin".

Le propos est tout simple: partir à la découverte de l'étang en compagnie de trois de ses habitants, canard, poisson et grenouille. Mais le ton est délicieux et l'atmosphère joyeuse et ludique. Que l'on soit sur l'eau, sous l'eau ou à côté de l'eau, il s'en passe des choses dans ce petit étang. Plein d'animaux s'y rendent, plus ou moins visibles, plein de plantes y poussent. Bien sûr, tout est nommé dans cet imagier qui invite sans le demander à retrouver ses trois héros principaux dans chacune des illustrations. Katrin Wiehle a le sens de la narration autant que de la composition "Mon petit étang" est tellement bien fait et charmant qu'on voudrait bien être de nouveau tout-petit lecteur.




lundi 23 mars 2015

Aujourd'hui, on dessine avec Anthony Browne

Moi aussi, je suis capable de composer un marabout-boutdeficelle.

La preuve: je suis passée de "100(0) moments de dessin" (lire ici) à "Quand je dessine je peux dépasser" (lire ici). Et aujourd'hui, c'est une page de ce dernier opus qui me mène à l'album pour enfants "Frida et Petit Ours", de la Danoise Hanne Bartholin, illustré par le Britannique  Anthony Browne (traduit de l'anglais par Elisabeth Duval, Kaléidoscope, 32 pages).


Le dessin d'Olivier Douzou. (c) Actes Sud Junior.
La page tremplin est celle d'Olivier Douzou, chargé d'illustrer le mot "figurer". Son dessin est légendé: "Figure-toi qu'en t'aidant des figures ci-contre, tu peux toi aussi figurer des figures".
Figures et exemples composent le dessin.

On retrouve un propos analogue dans le tout nouvel album illustré par Anthony Browne. Si "Frida et Petit Ours" adorent dessiner, chacun à sa table, un jour, l'ourson n'a plus d'idée. La petite éléphante lui vient en aide. Elle "dessine une forme et la donne à Petit Ours" et lui propose de la transformer en quelque chose.

(c) Kaléidoscope.

Le résultat. (c) Kaléidoscope.
La forme. (c) Kaléidoscope.












Tilt! L'ourson a une idée et reprend son crayon. La forme bizarre deviendra un petit chien. Surtout, un jeu s'engage entre les deux enfants du livre. Chacun dessine une forme que l'autre est chargé de compléter. Et il est vraiment amusant de voir ce qui peut sortir de l'imagination au départ d'une forme non signifiante. C'est excellent pour les méninges et pour les zygomatiques.

Il est là! (c) Kaléidoscope.
Mais... ne manquerait-il pas une silhouette dans ce nouvel album d'Anthony Browne, agréablement illustré mais sans grands effets pour laisser toute la place au sujet principal? On y a croisé une éléphante, un ourson, un chien, un poisson, un cochon, un bonhomme. NON, il est là, le singe que tous les fans du Britannique attendaient, né d'un bout de papier d'emballage. "Il a l'air filou", commente Frida.

Pas autant filou que Petit Ours qui dégaine une brindille et la donne à compléter à Frida. Car bien sûr, toutes les formes peuvent être utilisées pour dessiner, les lignes tracées sur le papier, les papiers déchirés et les éléments de la nature. "Frida et Petit Ours" se termine par la galerie des dessins que les deux héros ont réalisés et par quelques suggestions qui invitent les lecteurs se lancer également dans le jeu des formes. Anthony Browne y jouait avec son frère les jours de pluie. On voit ce qu'il est devenu! Un des meilleurs auteurs-illustrateurs pour la jeunesse contemporains.

Et pour prolonger encore l'idée de ces jeux de formes, le Muz (Musée des œuvres des enfants) en association avec les éditions Kaléidoscope, de créer avec Anthony Browne. C'est à lire ici.  Deux formes à télécharger sont proposées et des exemples sont fournis, issus de l'album "Frida et Petit Ours".
A vos papiers et à vos crayons!