Nombre total de pages vues

lundi 2 mars 2015

On apprend tard la disparition de l'Américain Talus Taylor, le père de Barbapapa

Barbapapa.

Etait-ce un syndrome AFP? Vous savez, l'agence de presse qui annonce la mort de Martin Bouygues le 28 février pour l'infirmer une heure après. En tout cas, l'information parue sur Facebook ce week-end à propos de la disparition de Talus Taylor, le papa de Barbapapa, le fameux personnage rose en forme de poire, a suscité de nombreux commentaires méfiants. Pourquoi? Parce qu'un seul blog l'avait relayée, celui de François Forcadell (ici), et que cette source unique, celle sans doute reprise par la librairie Delvaux qui avait porté l'affaire samedi sur FB, semblait insuffisante. Faut-il être plus royaliste que le roi? Comme si les bloggeurs s'amusaient à annoncer des décès désagréables. Aujourd'hui, les médias se déchaînent et commentent à tour de bras la mort de l'Américain vivant à Paris. La littérature de jeunesse à l'honneur, tant mieux. Qu'ils continuent...

Talus Taylor était né en 1933 à San Francisco. Il est mort le 19 février à Paris. Avec son épouse Annette Tison, architecte française née en 1942 à Hossegor, le professeur de sciences a créé en 1970 la série des Barbapapa, écologique avant l'heure, prônant l’imagination, la joie et la gentillesse. Les premiers livres reprenant les aventures de la famille multiforme et multicolore ont été publiés par Jean Fabre à L'école des loisirs. Barbapapa et Barbamama, le père rose et la mère noire, Barbalala, Barbabelle et Barbotine, les bébés filles, Barbidur, Barbibul, Barbidou et Barbouille, les bébés garçons, sans oublier le chien Lolita et les enfants Claudine et François, ont connu un succès mondial.










On a eu "Barbapapa", "Le voyage de Barbapapa", "La maison de Barbapapa" et ainsi de suite. Une dizaine de titres. Talus Taylor et Annette Tyson ont publié à L'école des loisirs jusqu'en 1981 ("Le Noël de Barbapapa"), maison qui rééditera leurs titres jusque dans les années 1990 - avec un petit pas de côté à  La Farandole durant cette période. Mais ce sont Les Deux coqs d'or qui sortiront "La disparition de Barbapapa" en 1984.

Ces charmants albums connaissent immédiatement un grand succès et sont rapidement traduits en une trentaine de langues. Ils donnent aussi naissance à des dessins animés, avec la voix de Ricet Barrier pour le texte et les chansons.

Suivent vingt années de silence. Puis, les Editions du Dragon d'Or rachètent les droits et republient en 2003 les premiers Barbapapa. D'autres livres vont suivre, ainsi qu'un important merchandising en objets et en édition. Rien ne semble plus arrêter la famille Taylor puisque les nouveaux titres Barbapapa sont désormais signé Alice et Thomas Taylor.





jeudi 26 février 2015

Océane Madelaine, entre céramique et littérature



Elle aurait pu signer son remarquable premier roman des mots "Fait par moi, Océane Madelaine", à l'instar des potiers du XIXe siècle que l'on découvre dans le premier livre de la jeune Française Océane Madelaine, "D'argile et de feu" (Editions des Busclats, 122 pages), qui vient de remporter le Prix Première 2015 (5.000 euros), attribué par un jury de dix auditeurs de la RTBF. En effet, la lauréate née en 1980 à la Roche Saint-Secret, en Drôme, est autant céramiste qu'écrivain.

"D'argile et de feu" est de ces premiers romans qui enthousiasment par leur degré de qualité et leur originalité. Oui, il y a encore des choses à écrire, et de quelle manière. Le livre s'ouvre sur un bref texte introductif dont on comprendra tout le sens une fois la lecture terminée. Océane Madelaine fait se croiser deux Marie, celle d'aujourd'hui, qui a presque trente ans et se raconte dans un cahier blanc, celle d'hier (1814-1874), qui s'appela d'abord Jeanne, fut potière dans un monde d'hommes et se raconte dans un cahier rouge. Celle qui signait ses bouteilles "Fait par moi, Marie Prat".

"Je suis un point qui marche", écrit la narratrice du cahier blanc. On la découvre traversant la France du nord au sud dont elle est originaire. Seule et à pied: "tout quitter avec mes pieds pour seuls complices". Une nécessité impérieuse qui s'impose un jour à elle. Elle, le point, part pour faire le point. Sur quoi? Elle qui a peur du feu part pour retrouver la garrigue qui s'est embrasée quand elle était petite fille. Pour l'affronter. Pour s'affronter. On découvre peu à peu son chemin dans ce beau roman initiatique, dont les mots sont pétris, malaxés, raffinés et donnent une écriture magnifique, enveloppante, incantatoire par moment lorsque les expressions se répètent.

En route, la Marie d'aujourd'hui va s'arrêter dans une cabane abandonnée, découvrir cette autre Marie d'hier, à moins qu'elle se fut appelée Jeanne, la potière qui paraît sûre d'elle malgré ses origines inavouées, l'aïeule dont l'énergie va glisser en elle à travers le temps et lui permettre d'affronter ce passé insupportable. Ce passé qu'elle a toujours tenté d'oublier, ces souvenirs enfouis qu'elle va apprendre à regarder en face, ce feu qui la terrifie, on la comprend, qu'elle va réapprivoiser. "D'argile et de feu" est un roman qui prend au cœur.

Océane Madelaine signe un livre finalement très construit au-delà des apparences, sur la mémoire et les cauchemars qu'elle provoque quand elle est mise au secret. Sa langue travaillée séduit et emporte le lecteur alors que son histoire permet à ce dernier d'en combler les blancs à sa guise. Comme si ses deux Marie se parlaient à travers le temps, l'énergie de l'aînée, soutenue par son talent inné de potière, reconnue et aimée, se transmettant à la cadette, petite fille foudroyée par la violence de ses parents pourtant aimants et devenue muette à ce sujet à cause de cela. Jusqu'à l'apaisement final. "Je suis une ligne d'horizon", écrit-elle alors dans son cahier blanc.

Océane Madelaine est la lauréate du Prix Première 2015. (c) Pierre Havrenne/RTBF

Un apaisement souhaité car tout est équilibre chez la jeune romancière aux yeux bleus et aux cheveux de feu. "Je navigue entre le monde de la céramique et celui de la littérature", me dit Océane Madelaine. "Au départ, j'étais plus portée sur la littérature. Mais à la fin de mes études de littérature, je me suis rendu compte qu'il me manquait quelque chose. J'ai alors suivi une longue formation en céramique."

A suivi l'ouverture d'un atelier. "J'ai toujours écrit et fait de la céramique. J'ai participé deux fois au concours de nouvelles du jeune écrivain. Et puis tout d'un coup, il fallait que mon premier livre sorte, qu'il soit publié. Il me fallait me rééquilibrer avec la notoriété que j'avais en tant que potière. Je cherche constamment des liens entre mes deux pratiques. Je travaille beaucoup la langue comme une matière que je pétris, que je malaxe, que je raffine.  J'aime pétrir les mots, les cuire.  Dans la céramique, c'est l'inverse. Je cherche l'évanescence."

"D'argile et de feu" est né avec le personnage de la Marie contemporaine. "J'ai d'abord eu le personnage. J'avais l'obsession d'un personnage qui marche. Puis il a pris l'épaisseur de la mémoire. Il y a deux cahiers car il y a deux récits dont j'ai toujours su qu'ils allaient se rejoindre. La surprise a été comment. Un cahier rouge comme le feu pour la potière d'hier, un cahier blanc comme le vide pour la narratrice d'aujourd'hui. Le lien entre les pères et les filles s'est, lui, tissé pendant l'écriture. Cette figure paternelle en double, en plus de la figure des mères, m'a bien plu. J'ai aussi voulu laisser beaucoup de place pour le lecteur."

"J'aime maîtriser ce que je fais. La parution de ce livre me donne un nouvel équilibre. Avoir l'objet publié, ce n'est pas rien. C'est une autorisation. Maintenant, j'ai le droit d'écrire pendant la journée. Maintenant, je suis dans une histoire double. Ça va continuer."

La journée idéale d'Océane Madelaine? Encore un exercice d'équilibre: "une ou deux heures d'écriture le matin, puis l'atelier où je plonge dans l'argile."


Les précédents lauréats du Prix Première

2014 Antoine Wauters, "Nos mères" (Verdier)
2013 Hoai Huong Nguyen, "L'ombre douce" (Viviane Hamy)
2012 Virginie Deloffre, "Lena" (Albin Michel)
2011 Nicole Roland, "Kosaburo, 1945" (Actes Sud)
2010 Liliana Hazar, "Terre des affranchis" (Gaïa)
2009 Nicolas Marchal, "Les Conquêtes véritables" (Les Éditions namuroises)
2008 Marc Lepape, "Vasilsca" (Galaade)
2007 Houda Rouane, "Pieds-blancs" (Philippe Rey)








lundi 23 février 2015

La littérature et notre temps à Passa Porta

Attendre deux ans, c'est long.
"Cela dépend quoi", grinceront certains.
Mais attendre deux ans l'impeccable Festival Passa Porta, c'est long.
C'est pourtant le temps qui s'écoule entre deux de ses éditions.
Le temps est justement le sujet du prochain festival, le cinquième, qui se déroulera en divers lieux de Bruxelles, du jeudi 26 mars au dimanche 29 mars.
Le thème choisi est "Now & Then", qu'on peut comprendre comme "la littérature et notre temps".

En résumé, trois soirées littéraires sont programmées les jeudi, vendredi et samedi soirs, et deux parcours, l'un adulte, l'autre jeunesse, proposés le dimanche toute la journée ou les samedi et dimanche. Le tout pour explorer le thème retenu, dans le souci de la littérature et de l'engagement sociétal. Sont attendus à Bruxelles plus de cent écrivains de vingt pays, vingt dessinateurs de BD et quelques auteurs-illustrateurs jeunesse.

Une petite centaine de lectures, rencontres, débats, conférences et animations attendent le public, en quinze langues et en vingt-cinq lieux. Le programme détaillé apparaît sur le site de Passa Porta.

Quatre grandes soirées

JMG Le Clézio. (c) C. Hélie/Gallimard.
Ouverture le jeudi 26 mars avec JMG Le Clézio, suffisamment rare pour qu'on s'en pourlèche déjà les doigts (Bozar, 20 heures).

La rencontre avec le Prix Nobel de littérature 2008 sera animée par Jean-Luc Outers. Elle sera précédée par le discours d'ouverture du festival, composé par David Van Reybrouck cette année.

Temps composés avec Nancy Huston et Dany Laferrière le vendredi 27 mars qui ont chacun écrit à leur manière sur le temps (Botanique, 20 heures). Jérôme Colin les fera dialoguer tandis que Nicolas Michaux (ex-Eté 67) proposera notamment les deux morceaux que les derniers livres des écrivains lui ont inspirés.

Nuit de la nouvelle le samedi 28 mars avec les écrivains français  Christine Angot et  Régis Jauffretirlandais Kevin Barry, britannique Michel Faber, russe Ludmilla Petrushevskaya, néerlandais A.L. Snijders et belge Annelies Verbeke qui a écrit une nouvelle pour la soirée. Des histoires courtes pour un longue nuit, accompagnée en musique par An Pierlé. (Flagey, 20 heures).

Ian McEwan. (c) Joost van den Broek.
Clôture le dimanche 29 mars avec l’écrivain britannique Ian McEwan qui sera interrogé par Annelies Beck (Bozar, 18 h 15).


 




Deux parcours 

J'y reviendrai plus en détails plus près dans le temps de l'événement.
Pour les adultes, le dimanche 29 mars de 10 à 19 heures, dont un parcours littéraire pour aveugles et malvoyants.
Pour les kids, nouveauté 2015, les samedi 28 et dimanche 29 mars, en plusieurs tranches d'âge.

Trois apéritifs

Le lundi 9 mars à 20 heures à Passa Porta, entretien sur "Qu'est-ce que le temps?". Barbara Cassin et Marc Augé répondront aux questions de Laurent de Sutter.

"samen lezen" @ passa porta, soit trois séances d’initiation à la littérature internationale

Le jeudi 12 mars à 20 heures à Passa Porta, présentation du livre "Les présents de l'écriture" (Les Impressions nouvelles/Passa Porta, 256 pages, 15 euros, en français ou en néerlandais), une formidable anthologie marquant les dix ans d'existence de Passa Porta. Textes et entretiens d'exception à propos d'une littérature qui donne à penser, à s'ouvrir et à débattre.

Un petit test

Rendez à l'auteur sa phrase.

"Trente ans, la durée de vie d'une vache."

 "L'art est bien la seule tentative de réponse sérieuse à l'angoisse de l'homme face à ce monstre insatiable qu'est le temps."

"We don’t have much time. Not many years. Either we start living again, really living, or we give up and accept it’s misery from here to the end."

 "La vraie littérature est un passeport entre les individus et les cultures; mais pour que ce passeport soit valide, pour que grâce à lui on puisse franchir les frontières que dresse le pouvoir, la vraie littérature doit être au préalable autre chose: une parole rebelle."

"Het verleden! De geschiedenis! Ik ben er dol op, maar soms vrees ik dat ze alleen een blok zijn aan ons been.”

"Le trauma n’est pas une mauvaise passe, c'est une impasse, une chose qui ne passe pas. En lui le temps se fige. Répétons: le trauma reste à jamais dans le présent."

"Le temps grossit comme un chou et ses feuilles sont très serrées, on ne peut les séparer sans les casser."

"Mое время, ночь, свидание со звездами и с Богом."
"Time is night. This is my time of peace, of conversation with deity and stars."

"De tijd van het vervulde moment is een klok zonder wijzers."

"Wenn es so ist, dass wir nur einen kleinen Teil von dem leben können, was in uns ist – was geschieht mit dem Rest?"

"Given that we can live only a small part of what there is in us — what happens with the rest?"


Pascal Mercier
Joke Hermsen
Ludmilla Petrushevskaya
Eugène Savitzkaya
Nancy Huston
Tom Lanoye
Javier Cercas
Ian McEwan
Dany Laferrière
JMG Le Clézio

Réponses: le premier texte est dû à l'écrivain apparaissant en dernière ligne; on remonte donc la liste des auteurs quand on descend dans celle des phrases.

Attendre un mois le Festival Passa Porta, c'est long.
On peut patienter en se rendant à la Foire du Livre de Bruxelles qui s'ouvre ce jeudi 26 février à Tour & Taxis (jusqu'au lundi 2 mars). Le Québec est le pays invité, déléguant notamment Dany Laferrière et Hubert Reeves qu'on retrouvera ensuite à la rue Dansaert.






jeudi 19 février 2015

La vie en jaune

Quelques rayons de soleil et tout devient plus lumineux.
Cap sur dix albums pour enfants qui voient la vie en jaune.

Séverine Vidal
Irène Bonacina
"Tandem"
La joie de lire, 36 pages

Un charmant petit format à l'italienne qui parle agréablement peu mais dit tout dans ses délicates images en noir et blanc, rehaussées d'un beau jaune lumineux et utilise merveilleusement le rapport texte-images. Le décor est celui d'une école primaire. Un bâtiment ancien, où on joue à la marelle, à la course, aux petites autos, au ballon... Pas de personnages mais quelques cartables posés sur le sol.

Elle a envie de le voir et il est en retard au rendez-vous. (c) La Joie de lire.
On comprend tout en page suivante: l'oiselle
l'attend
mais
il est
en retard
et elle
s'énerve.





L'héroïne est campée avec son vélo dans l'entrée de l'école. Dans sa tête, plein de pensées. Le futur, le passé. Elle a huit ans. Elle a donc passé trois mille jours sans le connaître. Combien de phases de la lune? Elle pense à tous les projets qu'ils pourraient entreprendre. Elle se souvient de son arrivée, à la dernière rentrée scolaire. Il était déjà en retard... Tous les élèves oiseaux avaient déjà pris place en classe, face au pélican professeur. Lui s'était assis devant elle. Il sentait bon le sable chaud.

Quelques mots et ils sont devenus amis. Une de ces amitiés qui semblent inscrites sur le chemin de l'existence. Ils sont même devenus inséparables et les images en plans larges comme en vignettes racontent et complètent les propos.

L'un raccompagne l'autre et vice-versa, sans fin. (c) La joie de lire.

Mais là, il n'est pas là. Alors qu'ils ont prévu un petit voyage de l'école à la rivière. Et midi, l'heure qu'il avait annoncée, est largement passée. Que faire, se demande l'oiselle? Partir, rester? Et soudain, c'est la surprise attendue avec tant d'impatience. Il arrive, avec le gâteau promis. Le voyage à vélo de ces deux amis amoureux peut commencer.

Quel joli album que ce "Tandem", plein de vie, de délicatesse, de simplicité, de joie et de grâce. Le bonheur est dans le pré parfois, évident et à portée de bec. Les mots de Séverine Vidal s'attachent à l'essentiel, disent aussi les petits riens qui font du bien, les images croquées d'Irène Bonacina confèrent un ravissement communicatif à ce thème universel que sont l'amitié et l'amour.

:-)

Delphine Perret
"Pablo & la chaise"
Les fourmis rouges, 32 pages

Pablo est un petit garçon comme les autres. Il joue au foot et s'écorche le  genou. Il est cascadeur et s'abîme le coude. Il est aussi un gamin qui va à l'école. Mais quand l'album commence, Pablo n'est pas un petit garçon comme les autres. C'est son anniversaire et il n'y a pas école. Tout serait donc pour le mieux, sauf que Pablo reçoit en cadeau de sa famille réunie une chaise. UNE CHAISE! Pourquoi? Pour qu'il se tienne tranquille...

Pablo a déballé son cadeau. (c) Les fourmis rouges.

Fâché, le garçon disparaît dans sa chambre avec son cadeau sur lequel il décide de ne jamais s'asseoir. Après quelque temps, il lui vient toutefois des idées de jeu avec cet objet à quatre pattes. Funambule-de-dossier-de-chaise par exemple. A l'intérieur, à l'extérieur... et même très loin de chez lui. Partout dans le monde qu'il découvre, il fait l'équilibriste avec sa chaise. Le public est enchanté et Pablo poursuit son voyage, se connaît de mieux en mieux. Il donne maintenant son spectacle dans des salles et non plus en rue. Il parcourt le monde, expérimente mille situations différentes, et reprend finalement la route pour rentrer chez lui. Sa famille l'attend. Et Pablo s'assied pour la première fois sur sa chaise afin de raconter ses aventures.

Pablo. (c) Les fourmis rouges.
Ce bel album bien construit prend la défense de ceux qui ne tiennent pas en place et montre qu'ils peuvent aussi avoir du talent.
Vignettes et pleines pages en noir et blanc éclairées de touches de couleurs vives montrent la recherche de Pablo à travers le vaste monde. C'est simple en apparence et très réussi.

Delphine Perret raconte vraiment joliment l'histoire de Pablo et ses images nous le montrent avec chaleur et originalité. Vignettes et doubles pages rythment agréablement cet album utile.

:-)

Daisy Hirst
"Peut-on mettre un loup dans un carton?"
"The girl with a parrot on her head"
pas de mention de traducteur
Albin Michel Jeunesse, 40 pages

Voilà le premier album jeunesse d'une auteure-illustratrice britannique prometteuse. Une histoire à hauteur d'enfants, sans parents, avec de l'imagination à revendre. Ses personnages pleins de couleurs, en aplats, ont des bouilles tellement sympa qu'on a tout de suite envie d'en savoir davantage sur eux.

Isabel, son perroquet et Simon. (c) Albin Michel Jeunesse.
On découvre Isabel qui a un perroquet sur la tête et son ami Simon dans leurs jeux quotidiens. Ils s'enten-
dent à merveille aussi bien dedans que dehors.

Mais cette belle amitié est interrompue par le déménagement du jeune garçon. Isabel est triste et aussi en colère. Elle commence par tout détester, par se murer dans la solitude. Même son perroquet ne trouve plus que moyennement grâce à ses yeux. Avec l'arrivée de l'hiver, Isabel décide qu'elle aime être seule, qu'elle n'a pas besoin d'amis, juste de son perroquet.

Isabel range tout, même les loups. (c) Albin Michel Jeunesse.
Elle s'invente un système pour avancer, trier les choses dans des cartons. Isabel range tout: les autos, les châteaux, les canards, les parapluies cassés, même les loups, les ours, les monstres et les ténèbres... Les cartons s'empilent et la petite fille fait semblant d'être rassurée. Il y a en effet un loup qui pourrait être trop gros pour son système.

Isabel découvre un carton qui la fera sortir de sa solitude. (c) Albin Michel J
Un jour, elle trouve un très grand carton dans la rue, idéal pour son loup. Mais la boîte est habitée par un petit garçon qui en a fait sa tanière.

Chester et Isabel vont se parler, discuter de ce problème de loup, lui trouver une solution. Que vont-ils  faire alors du grand carton? Réponse en finale de cet excellent album, à la fois sensible et poétique, explorant sans détour les avantages et les risques de l'amitié. Quant au perroquet perché, il joue en mesure avec les deux nouveaux amis.

:-)

Ramona Badescu et Joëlle Jolivet
"A Paris"
Les Grandes Personnes, 40 pages et un dépliant

Ramona Badescu, l'auteure installée à Marseille depuis qu'elle a dix ans, n'a jamais vécu à Paris mais y va chaque fois qu'elle le peut tant TOUT l'y réjouit. Joëlle Jolivet, la graveuse-illustratrice, a toujours vécu au bord de Paris. Elle s'y rend souvent et croque inlassablement ce qu'elle y voit.

Les auteures.
A deux, elles ont concocté une formidable promenade en grand format dans Paris. Le Paris officiel bien entendu car incontournable avec Beaubourg, Notre-Dame, la tour Eiffel (qui se déploie en pop-up), le Louvre, la "voie royale" entre le Louvre à la Défense (en quatre pages à ouvrir), la Seine etc., mais aussi le Paris des gens, ceux qui y vivent, ceux qui y passent, ceux qui la découvrent, ceux qui y travaillent, ceux qui s'y aiment... Une autre forme de découverte de la ville. Les superbes gravures fourmillent de Parisiens d'un jour ou de toujours!

On se promène dans des pages extrêmement riches - comment autant d'informations peuvent-elles apparaître dans un espace finalement assez réduit? Le plaisir est immense, qu'on connaisse la Ville-lumière ou pas. L'itinéraire proposé est à la fois personnel et universel. Les images de purs bonheurs et l'enthousiasme du texte extrêmement communicatif.

Le Paris officiel. (c) Les Grandes Personnes.


Le Paris des gens. (c) Les Grandes Personnes.

 :-)


Dahlov Ipcar
"Nos amis les animaux sauvages"
"Wild and tame animals"
adaptation française
de Françoise de Guibert
Albin Michel Jeunesse, 48 pages

Chic! Un nouvel album de Dahlov Ipcar, cette peintre, illustratrice et auteure américaine née en 1917 qu'Albin Michel Jeunesse nous fait découvrir d'album en album (sont déjà parus "L’œuf mystérieux", "J'aime les animaux", "Mon merveilleux sapin de Noël"). Il est en format à l'italienne et date de 1962, le décor des maisons et l'habillement le confirment, mais quel charme. L'Américaine y explique à sa façon, claire, précise et évocatrice, la domestication des animaux sauvages.

Avant, tous les chats étaient sauvages. (c) Albin Michel Jeunesse.
Avant, tous les chevaux étaient sauvages. (c) Albin Michel Jeunesse.
Pour cela, elle fait alterner doubles pages où elles présentent les animaux "avant", quand ils étaient sauvages, et "après", quand ils sont entrés dans la vie des hommes. Chats, chiens, chevaux, bovins, cochons, moutons, bien entendu, mais aussi des animaux d'autres contrées, comme les lamas, les buffles, les yacks, les éléphants, les dromadaires, les rennes, les ânes.

En Asie, les éléphants travaillent. (c) Albin Michel Jeunesse.

Un tour du monde que complète la présentation d'animaux sauvages qui vivent toujours en liberté, que ce soit dans la jungle ou dans la forêt. Une merveille d'album une nouvelle fois.

:-)

Viviane Schwarz
"Y a-t-il un chien dans ce livre?"
"Is there a dog in this book?"
traduit de l'anglais par Claude Lager
L'école des loisirs/Pastel
32 pages animées

Voilà un album bien rigolo où on retrouve Mini, Lunatic et André, les trois chats qu'on avait déjà croisés dans "Il n'y a pas de chats dans ce livre" (L'école des loisirs/Pastel, 2011). Les trois interpellent le lecteur car ils se demandent, conformément au titre, s'il n'y aurait pas un chien dans les pages. Ils lui proposent de soulever des rabats, de regarder ici et là, même de déplacer des meubles pour leur venir en aide. Ils entendent également partager leurs points de vue de chats à propos des chiens.

Bien entendu, il y a un chien dans le livre, un tout petit chien mauve de rien du tout. Qui a peur de qui? On va voir comment chats et chien vont faire pour s'apprivoiser, dépasser les idées préconçues, et finalement, devenir les meilleurs amis du monde, au-delà de leurs différences. L'album est drôle et plein de surprises. Les rabats sont bien pensés, ce qu'ils cachent souvent étonnant et la leçon de vie bien utile en ces temps de méfiance généralisée. On peut lire, rire et réfléchir.

:-)

Jean Leroy
Sylvain Diez
"Capitaine Ours Blanc"
Kaléidoscope, 32 pages cartonnées

L'histoire du plus grand pêcheur du monde, qui circule à bord d'un sous-marin évidemment jaune, et nous raconte crânement ses aventures au milieu des poissons. Pour frémir et rire avec les plus petits devant ce capitaine fort en gueule et habile à l'esquive.

:-)

Catherine Pollaci
"Chû chû fait la souris (en japonais)"
Picquier Jeunesse, 44 pages

Même si c'est le nouvel an chinois aujourd’hui... Ce petit album carré présente une belle série de vingt animaux et leur cri en français, puis en japonais sous la languette à soulever. Ainsi la poule ("niwatori") dit "cot cot codet" chez nous et "kokkokko" là-bas. Chez le cochon ("buta"), "groin groin" devient "bû bû". Et ainsi de suite dans cet album sympathique aux pages de fond graphiquement bien remplies, dans le style des tissus japonais. A gauche est représenté l'animal, avec un rien de fantaisie, à droite est écrit son cri. C'est amusant et instructif.

:-)

Lucie Félix
"Prendre & donner"
Les Grandes Personnes, 16  pages cartonnées

Un album graphique, ludique et intelligent sur le thème des contraires. A chaque double page, le jeune lecteur est invité à attraper la forme incrustée en page de droite. Et quand il tourne la page, il découvre un emplacement où la placer ensuite.

Cela a l'air compliqué? En réalité, c'est tout simple. Exemples.


Prendre puis donner, casser puis construire. (c) Les Grandes Personnes.

En dessous du rond rouge, figure le mot "prendre". Je prends donc le rond rouge et je tourne la page. Là, une main vide m'attend, ainsi que le mot "donner". Je donne mon rond rouge à la main jaune.

Ensuite vient le mot "casser". Je défais le carré bicolore, je le casse en deux triangles, l'un blanc, l'autre rouge, et je tourne la page. Et là, "construire": deux maisons attendent leur toit en triangle.

Le mécanisme compris, le propos se densifie. Quand j'"ouvre" la boîte, une souris s'en échappe, quand je suis invitée à "fermer", c'est une bouche que je clos. Ici, un miroir, là, un moustique, les surprises se succèdent jusqu’à l'ultime page où la main du début reçoit cette fois deux moitiés de pomme!
Lucie Félix joue avec les formes, les couleurs et les notions et invite les plus petits à sa suite.

:-)

Olivier Tallec
"Bonne journée"
Rue de Sèvres, 56 pages

Une grande image en largeur et une légende souvent courte, tels apparaissent les dessins à l'humour corrosif derrière leur réalisation soignée qu'aligne Olivier Tallec dans cet album hautement décalé. Tous se posent sur une situation connue et la propulsent loin de l'habitude.

Les sondages, les annonces, les lieux de vacances, les jouets, les super-héros, l'école, les grands peintres, le développement personnel, les cavernes, la sexualité, le tri sélectif, la paternité, Wikipédia, Noé et même David Bowie se retrouvent bousculés par l'humour de l'auteur, bien plus costaud que ne le laissent penser ses dessins. "Ce que je recherche", dit-il, "c'est le décalage: des personnages qui ne sont pas là où ils devraient être, des situations ou des phrases dénuées de sens – de ce point de vue, le monde du marketing, du commerce ou même de la météo, dans leur drôle de rapport au langage, sont particulièrement inspirants." Olivier Tallec a en tout cas été inspiré.




Quatre bonnes journées que souhaite Olivier Tallec. (c) Rue de Sèvres.









mardi 17 février 2015

Carton plein pour Albin Michel Jeunesse




Les BolognaRagazzi Awards 2015, soit les prix et les mentions attribués par la Foire du livre pour enfants de Bologne, viennent d'être dévoilés et on comprend que ce soit la fête chez Albin Michel Jeunesse: trois récompenses sont allouées à cet excellent éditeur jeunesse.

Lesquelles?

Le BolognaRagazzi Award 2015 en catégorie "Non Fiction" va au superbe album "Avant Après" d'Anne-Margot Ramstein et Matthias Aregui (Albin Michel Jeunesse, 176 pages, 2013), dans ma sélection pour aider saint Nicolas en 2013, à lire ici). Le livre est déjà traduit en espagnol (Espagne et Amérique Latine, en néerlandais, en grec, en italien et en anglais pour l'Angleterre et les Etats-Unis!




Les mentions spéciales dans cette catégorie "non fiction" des BolognaRagazzi Awards vont aux albums

"A Dandelion is a Dandelion", de Jangsun Kim/Hyun-gyung Oh (Iyagikot Publishing, Séoul, Corée du Sud, 2014)








 
"One Day in Beijing", de Hsin-Yu Sun (Hsiao Lu Publishing Co. Ltd., Taipei, Taiwan, 2013), traduit par Juan Wu (L'école des loisirs, 2013), que j'avais présenté dans la même sélection de Saint-Nicolas en 2013, à lire ici.


"Typogryzmol", de Jan Bajtlik (Dwie Siostry Wydawnictwo, Varsovie Pologne, 2014)










"Cabinet de Curiosités", de Camille Gautier et Jeanne Detallante (Actes Sud Junior, Arles, France, 2014)






* *
*

La deuxième récompense pour Albin Michel Jeunesse est une mention spéciale en catégorie "Fiction" des BolognaRagazzi Awards pour l'album "La chambre du lion" d'Adrien Parlange (40 pages, 2014) que j'avais présenté ici.









Et la troisième est tout simplement le Bologna Ragazzi Award 2015 en catégorie "Fiction" pour l'album "Flashlight" de Lizi Boyd, devenu en français "Promenade de nuit" (Albin Michel Jeunesse, 2014).

Le jury en dit: "A la nuit tombée, un petit garçon s'aventure hors de sa tente pour explorer l'obscurité. A l'aide de sa lampe torche, il découvre dans cet univers nocturne une nature accueillante. Ce livre est un poème visuel sur papier noir dont les dessins au trait originaux ne laissent place à la couleur que dans le faisceau de la lampe torche. "Promenade de nuit" raconte l’histoire simple mais évocatrice d'un enfant dont la curiosité lui permet de surmonter ses peurs."

Les autres mentions spéciales en catégorie "Fiction" des BolognaRagazzi Awards vont aux albums

"Gordon und Tapir", de Sebastian Meschenmoser (Thienemann-Esslinger Verlag, Stuttgart, Allemagne, 2014)

"Why am I here?" (Hvorfor er Jeg her?), de Costance Ørbeck-Nilssen et Akin Duzakin (Magikon, Kolbotn, Norvège, 2014)

"My Little Doll's House", de Joung Yumi (Culture Platform Inc., Seoul, Corée du Sud, 2015)

"The Little Wall", de Jee Kyung-ae (Bandal, Gyeonggi-do, Corée du Sud, 2014)







* *
*


Le prix New Horizons, prix attribué aux éditeurs des pays arabes, d'Amérique latine, d'Asie et d'Afrique, va à l'album

"Abecedario", de Ruth Kaufman & Raquel Franco / Diego Bianki (Pequeño Editor,  Buenos Aires, Argentine, 2014)








Les mentions spéciales dans cette catégorie sont attribuées aux albums


"Mils Orejas", de Pilar Gutierrez Llano et Samuel Castaño Mesa (Tragaluz Editores S.A.S,  Medellín, Colombie, 2014)

"Mondo Babosa", de Mariano Díaz Prieto (Adriana Hidalgo Editora, Buenos Aires, Argentine, 2012)

"Teru Teru", de Park Yeoncheol (SigongJunior, Séoul, Corée du Sud, 2013)

"Sama", de Nadine Touma et  Hassan Zahreddine (Dar Onboz, (Sami El Solh, Beyrouth, Liban,  2015)

"The War that Changed Rondo", de Romana Romanyshyn et Andriy Lesiv (Vydavnytstvo Starogo Leva / The Old Lion Publishing House, Lviv, Ukraine, 2015)








* *
*


Le prix de l'Opera Prima (prix de la première œuvre) va à l'album

"Là fora", de Maria Ana Peixe Dias & Inês Teixeira do Rosário / Bernardo P. Carvalho (Planeta Tangerina, Carcavelos, Portugal, 2014)








Les mentions spéciales aux albums

"Mon Petit Frère Invisible", d'Ana Pez (L'Agrume, Paris, France, 2014)

"Hoje Sintoment", de Madalena Moniz (Orfeu Negro, Lisbonne, Portugal, 2014)

"Look Up!", de Jung Jinho (Hyeonamsa Publishing Co., Ltd., Séoul, Corée du Sud, 2014)









Soit vingt-et-un albums primés cette année à Bologne!
Six existent en français, quatre créations et deux traductions.