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mardi 25 novembre 2014

Une mère au cœur de fleur

"Une méduse, c'est un corps transparent avec un cœur de fleur", a écrit l'auteure-illustratrice finlandaise Tove Jansson, la créatrice de Moumine.

La phrase de Tove Jansson ouvre le nouvel album de Kitty Crowther, le superbement réussi "Mère Méduse" (L'école des loisirs, Pastel, 44 pages), tout en douceur et en force. Enveloppant comme les cheveux d'un de ses personnages. Un bon format, dessiné avec des crayons de couleurs presque magiques tant ils offrent de tons et de rendus variés: ils se posent sur des fonds texturés ou tout simplement blancs, qui les rendent d'autant plus expressifs.

Dans ce livre habité par l'auteure-illustratrice, il sera question de relation mère-fille, sujet universel pour une bonne moitié de l'humanité, mais aussi de naissance, d'amour, de magie, de sécurité, d'étouffement, d'autonomie. Le tout dans un décor célébrant la nature, la mer, les coquillages, les arbres et les plantes, où déambulent des tas d'humains de tous les âges. L'ensemble trouve délicatement le chemin de l'âme, console et rassure. Une Mère Méduse aurait donc aussi un cœur de fleur.

La naissance d'Irisée. (c) Pastel.

L'album commence la nuit, de manière étrange. Deux femmes se hâtent vers une maison, celle de Méduse. De cette dernière, on ne voit d'abord que les cheveux, des cheveux qui vivent, des cheveux qui attrapent, en référence au personnage monstrueux de la mythologie. Puis on distingue son corps, en plein travail, assistée par ses deux visiteuses. Méduse est en train de donner naissance à Irisée; on verra les traits du bébé avant ceux de sa mère.

Méduse présente Irisée aux villageois. De loin. (c) Pastel.

Mais c'est le visage au vent que Méduse se promène sur le rivage, sa petite chapeautée tenue par ses cheveux en guise de porte-bébé. "Irisée, comme la nacre qui tapisse et protège l'intérieur de certains coquillages. Tu es ma perle, pense Méduse", dit le texte. Les villageois se montrent enthousiastes devant la souriante Irisée mais aucun n'est autorisé à la prendre dans ses bras. "Tu es ma perle et je serai ton coquillage", glisse Mère Méduse à son enfant.

Des cheveux... (c) Pastel.
C'est vrai que l'incroyable chevelure est terriblement rassurante. Elle permet à Irisée de tout faire en sécurité. Même de visiter un nid d'oiseau.

... pour tout faire. (c) Pastel.
C'est quand la gentille fillette grandit que les premières tensions apparaissent. Irisée voudrait aller à l'école, être avec les autres enfants qu'elle voit jouer depuis son perchoir capillaire. Méduse n'a pas envie de lâcher sa fille, ne fut-ce que le temps de la classe. Elle lui donnera elle-même les leçons, toujours avec ses cheveux fous. Elle lui lira des livres aussi. Lui proposera mille jeux. Mais finira par céder à son besoin d'autonomie.

Irisée découvre alors l'école avec ravissement, elle s'intègre naturellement dans le groupe d'enfants. Elle ne se doute pas encore de la belle surprise qui l'attend à la sortie, à l'heure des mamans et des papas.

"Mère Méduse" est évidemment à lire dans le détail des images, pleines de finesse et d'humour. Mais quelle belle idée que cette chevelure, symbole de la mère, glissant avec le temps de la sécurité à l'étouffement, jusqu'à ce que s'ouvre différemment le cœur de fleur de Méduse. Une très belle réussite que cet album d'épanouissement et de réconciliation mère-fille.

Pour regarder et écouter Kitty Crowther parler très joliment de "Mère Méduse", c'est ici.





lundi 24 novembre 2014

Tant de souvenirs mère-fille!

Marie-Ange Guillaume, on la connaît naviguant en bande dessinée, chez "Pilote" par exemple.
Marie-Ange Guillaume, on la connaît comme traductrice, et dialoguiste.
Marie-Ange Guillaume, on la connaît comme auteur de BD ou d'albums jeunesse,  illustrés notamment par la première bande réunie autour de feu Harlin Quist.
Marie-Ange Guillaume, on la connaît comme biographe de Pierre Desproges, de René Goscinny ou de Fred.
Marie-Ange Guillaume, on la connaît comme romancière à la plume souvent sarcastique. Un exemple ici.
Rien que du bon.

Mais cette rentrée littéraire nous a offert une autre facette du talent de Marie-Ange Guillaume, quand elle a publié le livre superbe qu'est "Aucun souvenir de Césarée" (Le Passage, 190 pages). Un texte sur sa mère qui vient de mourir, mais aussi sur elle-même, sur les liens qui les ont unies et/ou désunies, sur son père aussi, sur l'époux qu'il (n')a (pas) été. Pas de mélo ni de complaisance mais un récit familial prenant, vibrant d'humanité sous sa couverture d'humour et de colère.

L'auteure a expliqué qu'elle a fait ce livre à cause du décès de sa mère. Elle était alors en train d'écrire un roman sur un tout autre sujet. On sent bien l'urgence qu'elle a éprouvée à rédiger ce texte où elle s'est embarquée durant un an, avec la disparue et tous les souvenirs laissés par l'ancienne institutrice. Chaque chapitre appelle le suivant. Et on lit, confondu par cette audace littéraire qu'est toujours le fait de parler de sa mère morte, un récit de réconciliation magnifique, renvoyant chacun à sa mère ou aux rêves qu'il en a. Avec l'émotion en filigrane, car on connaît Marie-Ange Guillaume.

Marie-Ange Guillaume. (c) Jean Grisoni.
"Aucun souvenir de Césarée" s'ouvre à la dispersion des cendres de la défunte, dans la Loire bien entendu, près de laquelle elle avait vécu, qu'elle avait tant aimée. "C'est là qu'elle voulait finir, éparpillée dans ce fleuve dont elle connaissait le moindre buisson et tous les oiseaux et tous les recoins", nous la présente Marie-Ange Guillaume avant de bien tout cadrer quelques lignes plus loin: "C'est ma mère devenue poussière, c'est ma mère que le vent porte, teintée d'or dans le soleil de cinq heures en février [NDLR: 2013]. Et elle s'en va. (...) Ma mère, c'est fini."

Suit une longue escapade chronologique entre le présent et les souvenirs, pour "recoller les morceaux". Grâce à la disparue qui a largement consigné le quotidien dans des agendas et des cahiers, dont elle a réuni un quart de siècle dans deux cent soixante-six pages tapées à la machine à écrire. Grâce aussi au journal à quatre mains des parents de la narratrice, tenu de 1944 à 1947, le précédent ayant été brûlé en guise d'autodafé. Des pages que Marie-Ange Guillaume, née en octobre 1945, connaissait mais qu'elle n'avait jamais voulu lire. On imagine le choc que lui font certaines phrases. "Il m'a fallu comprendre d'où venait ta colère, et d'où t'est venue cette sagesse qui t'a prise sur le tard", note-t-elle. Son texte s'appuie aussi sur les lettres qu'elle lui avait adressées dans sa jeunesse et que sa mère avait gardées. Une d'elles donne l'origine du titre, on connaît les sarcasmes de Marie-Ange Guillaume. Ainsi que sur les commentaires de sa mère, alors en fin de vie et en maison de retraite, à propos d'albums de photos anciennes.

Les relations n'ont pas été un longue fleuve tranquille entre la mère et la fille, confrontée aux disputes des parents. Elles se sont séparées. Qui a abandonné qui? Sans doute les deux. Et pourquoi? Question sans réponse qui incite à creuser la relation telle qu'elle apparaît dans le rétroviseur. C'est ce que fait Marie-Ange Guillaume dans ce livre où elle n'épargne personne, on la connaît, mais dont émanent un énorme amour et une immense tendresse. Un sentiment de filiation aussi. Les itinéraires de l'une et de l'autre se dessinent avec de plus en plus de précision, entre déménagements et quête d'une vie heureuse. "Je me méfie du bonheur parce que c'est une chose qu'on vous reprend."

Marie-Ange Guillaume déroule leurs deux vies, leurs bonheurs et leurs chagrins, avec humour puisque c'est son fond de commerce. En même temps, elle aborde les questions qui surgissent lors d'une disparition. A sa manière, dans des phrases qui touchent: "Là, dans la maison, tout était intact, tout vivait encore, tout me suppliait de ne rien toucher." Et ce trou dans les souvenirs de sa mère. Pourquoi n'a-t-elle rien écrit de 1968 à 2011? On perçoit sa solide admiration pour celle qui mentait sans vergogne quand cela l'arrangeait.

En finale, le sentiment que fille et mère se ressemblent: "Pendant tout ce temps, je t'oublie sans t'oublier puisque je marche sur tes traces. Ce sentiment que tu avais de ta nullité indécrottable et la culpabilité qui en découlait, je les reprends à mon compte."

Et ce magnifique aveu: "Ma vie racontée est maintenant plus vraie qu'elle ne l'était au fond de ma mémoire disloquée. Alors il fallait que je la raconte, quitte à la trafiquer. Il fallait surtout que je te raconte, toi." Toi, cette mère racontée par une fille pudique mais sincère. Deux femmes réconciliées qu'on est enchantée d'avoir rencontrées dans ce magnifique récit qu'est "Aucun souvenir de Césarée". Un livre qui fait qu'on se sent mieux.




dimanche 23 novembre 2014

Service de presse numérique ou non?

L'autre jour, j'ai été interviewée par la journaliste Vincianne D'Anna pour les "Lettres numériques".
La discussion a porté sur l'envoi de services de presse "papier" ou numérisés.
Des confrères comme Pierre Maury, Michel Dufranne ou Gabriel Lucas (La mare aux mots) ont également répondu à ses questions.
Je vous laisse lire ici son compte-rendu de nos différents points de vue.

J'ajoute en post-scriptum les réserves que j'avais émises à propos de l'envoi de SP numériques pour des albums jeunesse, sujet en marge du principal. Comme ils ne sont que l'envoi des PDF des pages illustrées des livres, ils ne peuvent à mon sens servir que pour des urgences. Sur quel écran apprécier les illustrations d'un livre qui dépasse en général la taille d'un ordinateur, ne parlons pas d'une liseuse? Comment distinguer les effets d'encre ou de vernis, très en usage ces dernières années? Comment toucher le papier dont l'épaisseur et le brillant modifient complètement la lecture du texte et des images?
Trois petites remarques en passant.

vendredi 21 novembre 2014

Pommaux: tout sur le monde où vous vivez

Combien de livres pour enfants ai-je déjà lus dans ma vie? Des centaines? Des milliers? Sans aucun doute, plutôt des dizaines de milliers! Et je ne suis pas blasée pour autant.
La preuve? Le choc de lecture que m'a procuré le nouvel album d'Yvan Pommaux, "Nous, notre Histoire" (L'école des loisirs, 96 pages). Formidable! Enthousiasmant de bout en bout!

Un grand format (30 cm x 30 cm) bien épais qu'il a coécrit avec Christophe Ylla-Somers, son gendre historien. Ce dernier a défini le plan du livre et a fourni à Yvan une synthèse de documents à… synthétiser. Et c'est bien entendu Nicole Pommaux, l'épouse d'Yvan, qui en a réalisé les couleurs. Les différentes illustrations de cette note montrent, à reculons, le chemin d'une page, entre texte définitif, texte provisoire, mise en couleurs et original noir et blanc.

La première double page. (c) L'école des loisirs.

Le résultat de ces deux années de travail d'Yvan Pommaux est tout simplement fantastique. Et son ambition, raconter l'histoire du monde, parfaitement atteinte. Quand on commence l'album, on est à des milliards d'années d'aujourd'hui. Double page par double page, on va se rapprocher du présent: moins deux milliards d'années, moins trois millions, moins quatre cent mille ans... Les espèces animales et végétales se développent, l'Homo erectus apparaît, suivi deux cinquante mille ans plus tard par l'Homo sapiens, "c'est-à-dire nous", rappelle l'ouvrage qui bondit dans le temps.

Les sauts vont se faire ensuite plus courts, au moment d'évoquer le peuplement du monde, les débuts de l'agriculture et de l'élevage, les premières maisons, l'apparition de la métallurgie, la naissance du commerce. Les outils apparaissent, les religions aussi. Nous sommes alors en 3.000 av. J.-C. et dans la très organisée Sumer naît la première écriture (cunéiforme). On découvre les Sumériens, ces voyageurs qui vont être bientôt surpassés par les Egyptiens.

Sumer, dans un texte provisoire. (c) L'école des loisirs.

Un millénaire plus tard, il est temps de voir ce qui se passe partout dans le monde, sur l'île de Crète, le long de l'Indus, en Chine, dans les Amériques, ainsi que d'examiner les nouveaux progrès techniques, profitables notamment aux armées. En - 700, il y a cent millions d'individus sur terre (on approche des sept milliards aujourd'hui).

Les auteurs continuent leur tour du monde et du temps, évoquant le Sahara, les Phéniciens, les prophètes. Ce qui est fantastique dans le livre, c'est qu'il fait se côtoyer harmonieusement toutes ces notions différentes. Le partage des pages en plusieurs séquences y est beaucoup, le talent d'illustrateur d'Yvan Pommaux fait le reste.

On approche de la moitié de l'album et de l'an 1 de notre ère. Avant cela, on croise bien entendu les Celtes, les tribus nomades arabes, les Grecs et les Romains chez nous, les empires indien et chinois plus loin. Une des toutes grandes qualités de cet album est de raconter les peuples, les hommes, et non les chefs dont les noms sont entrés dans l'Histoire. Les images montrent les populations dans leurs occupations, des enfants y jouent. Les textes mentionnent aussi bien la naissance de l'art que celle de l'esclavage. Et on ne se lasse jamais d'en découvrir toujours davantage.

"Nous, notre Histoire" est une lecture exigeante en temps mais quelle récompense que ces heures de bonheur à plonger dans ce qui a fait de notre monde ce qu'il est, représenté par la vision singulière des deux auteurs. Yvan Pommaux et Christophe Illa-Somers n'hésitent pas à s’engager dans leurs propos.

Les blancs de l'image attendent le texte. (c) L'école des loisirs.

La seconde moitié de l'album raconte un passé moins ancien, encore plus incarné. En 400, la fin des colonies romaines, vaincues par les Germains, allant de pair avec diverses invasions; en 800, les progrès de la civilisation chinoise, l'émergence des grandes religions monothéistes un siècle plus tard, l'épisode viking, le rôle de la famille en 1.000, les expéditions à travers les océans, les innombrables guerres en Europe avec leurs morts et l'affaiblissement des sociétés, la découverte du Nouveau Monde aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec le corollaire de l'esclavage. En fil rouge constant, l'évolution de l'art partout dans le monde.

Les vieux pays à la recherche de nouveaux territoires, premier état d'une image.

Des Lumières, on passera aux révolutions, politique et industrielle, avec des zooms sur différents pays à la même époque. Le lecteur suit toujours les auteurs qui le captivent par les multiples informations glissées dans les pages admirablement pensées et composées! Les détails des images, plus proches de nous, font tilt. Autant que le chapitre consacré aux deux Guerres Mondiales du siècle dernier, abondamment rappelées partout en cette période de centenaire.

"Nous, notre Histoire" s'achève sur quelques réflexions faisant le point sur les événements passés et posant les bonnes questions sur l'avenir que nous nous réservons. Suit encore une galerie de soixante "célébrités" qui se sont distinguées dans l'Histoire de leur pays.

On l'aura compris, voilà un album franchement extraordinaire, où Yvan Pommaux pousse au plus loin la veine du documentaire historique qu'il avait abordée dans "Avant la télé" ou "Véro en mai" (L'école des loisirs, 2002 et 2008). Il y va à fond, expliquant le monde tel qu'il s'est fait, avec ses périodes sombres et ses drames bien entendu, mais sans jamais se défaire d'une admiration profonde pour l'être humain, créateur, inventeur, et capable de fraterniser quand il le veut. Autant par le fond que par les images, extrêmement réussies dans leur variété et leur humanité, et le ton, "Nous, notre Histoire" devrait vite devenir un nouveau classique.

Pour feuilleter quelques pages de "Nous, notre Histoire" et mieux comprendre comment s'imbriquent textes et images, c'est ici.

Pour écouter Yvan Pommaux parler de son nouvel album, c'est ici.


En bonus

La sortie de la brochure gratuite "Tout sur votre auteur préféré" sur "Yvan Pommaux" (L'école des loisirs, 120 pages) que j'ai eu le plaisir de concocter avec lui. Outre la croquignolette correspondance que nous avons échangée durant plusieurs mois, on y trouvera aussi une longue conversation entre l'auteur-illustrateur etson éditeur, Arthur Hubschmid, ainsi que sa bibliographie de l'intéressé. Sur demande chez l'éditeur ou en librairie.



Le début de ma correspondance avec Yvan Pommaux. (c) L'école des loisirs.


En super bonus

Un carnet de croquis, "Mon carnet à dessin" (L'école des loisirs), à remplir selon son imagination. Gratuitement, chez certains libraires.













jeudi 20 novembre 2014

L'Interallié à "Karpathia", de Mathias Menegoz

Le 30 octobre, on pensait que Mathias Menegoz aurait le premier prix de la saison, le Grand prix du Roman de l'Académie française, pour "Karpathia" (P.O.L., 697 pages), son premier roman. Il n'en fut rien. Mais, ce 20 novembre, le néo-romancier a reçu chez Lasserre le dernier prix du calendrier, l'Interallié. Pas sans peine: l'adepte des polos Lacoste a obtenu la récompense au cinquième tour de scrutin, par six voix contre quatre à Simonetta Greggio ("Les nouveaux monstres", Stock).

"Karpathia", pour ceux que le titre feraient frémir, c'est la Transylvanie certes, mais sans les vampires. C'est surtout un épais roman d'aventures (700 pages) qui nous expédie dans le passé. Si le récit se déroule factuellement au XIXe siècle, la mentalité existant dans ces contrées fait plutôt songer au Moyen-Age. Les communications n'étaient pas alors ce qu'elles sont aujourd'hui.

La Transylvanie de 1833 est une mosaïque peuplée de Magyars, de Saxons et de Valaques.  On y parle hongrois, roumain ou allemand. On y pratique différentes religions. On y est soumis à des juridictions différentes. C'est ce que découvre le capitaine hongrois Alexander Korvanyi qui s'y rend à la suite d'un duel qui le fait brutalement quitter l'armée, accompagné de sa jeune épouse autrichienne Cara von Amprecht.  La terre des ancêtres n'a rien à voir avec la ville de Vienne que le couple quitte.

Mathias Menegoz.
Dès leur arrivée, les époux Korvanyi vont être confrontés à une série de crises diverses, dépassant la gestion d'un domaine longtemps laissé à la garde d'intendants, allant plus loin que la réalité quotidienne d'un couple.
Ces choix d'écriture permettent à Mathias Menegoz de déployer son imagination et sa force d'écriture, de s'intéresser à l'Histoire tout en bâtissant de remarquables aventures. Il nous fait découvrir un pays proche mais peu connu en dehors de son floklore.

Lui-même, né en France en 1968, d'un père normand et d'une mère souabe du Danube a eu l'occasion de voyager en Transylvanie. Son éditeur nous apprend qu'il a quitté la recherche alors qu'il a un doctorat en neuro-biochimie pour se consacrer à l'écriture. Mathias Menegoz se dit mal à l'aise devant la modernité (à l'exception du domaine scientifique) et angoissé quand il voit le passé passer. "Karpathia" lui a donné l'occasion de dépeindre un pays complexe, ayant vécu à sa façon le XIXe siècle, sa révolution industrielle, sa lutte des classes, ses conflits d'idées. Surtout, son premier roman met en scène des individus avec leurs certitudes à propos du bien et du mal, de la force et de la faiblesse. Hommes et femmes se succèdent dans cette fresque historique riche d'aventures. L'auteur les fait vivre de façon intense, comme dans la vraie vie. S'il s'abstient toujours de les juger, il nous rappelle constamment qu'on est en Transylvanie il y a cent cinquante ans, avec des châteaux-forts, des lacs, des montagnes et des forêts... Et donc tout un imaginaire, rien à voir avec le folklore galvaudé.

Les premières pages de "Karpathia" sont à lire ici.








mercredi 19 novembre 2014

Le rêve! Michel Galvin reçoit la Pépite de l'album

Une Pépite 2014.

Les Pépites, les prix littéraires du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis (30 ans cette année), ont été décernées hier soir, 18 novembre, en présence des deux parrains de l'édition 2014, la romancière Marie Desplechin et le dessinateur Gilles Bachelet.

Sept catégories, album, roman européen ado, BD/manga, documentaire, petite enfance, livre d'art et création numérique, et huit pépites car il y a eu ex-aequo. A découvrir ci-dessous.

Catégorie Album
La vie rêvée
Michel Galvin
Rouergue, 48 pages

Voilà un album sous-marin épatant, tant par son histoire d'ours-poisson pleine de fantaisie et de questions que par ses magnifiques dessins occupant toutes les pages, épurés, volontairement déroutants.

Il devrait susciter quelques discussions lors de sa lecture entre parents et enfants. On sait bien qu'un adulte qui lit un livre à un enfant en regarde rarement les images, ce dernier y plongeant par contre tout entier, surtout s'il ne connaît pas encore les lettres. Or, dans "La vie rêvée", qui se déroule officiellement dans les montagnes de Subaguavalavida (!), Michel Galvin met en scène un héros qui est dit "ours" dans le texte mais apparaît sous les traits d'un petit poisson!

L'ours des montagnes. (c) Rouergue.
On découvre d'abord l'"ours des montagnes" dans son milieu, dedans, dehors ou entre les deux, mais toujours dans les fonds sous-marins qu'indiquent les algues et les autres habitants des lieux.
On le voit ensuite chasser son petit-déjeuner, en plusieurs services car il a fort bon appétit malgré sa taille réduite.
C'est quand l'"ours" mord la patte d'une autruche qu'il nomme "truite" que cet excellent album prend son envol.
Du haut de ses échasses, la victime ailée ose un doublement désarçonnant: "Que voulez-vous à une paisible truite? Vous vous prenez pour un ours ou quoi?!" Questions suivies d'explications, "Les vrais ours ont une queue touffue, deux oreilles sur la tête et vivent bien plus haut sur la montagne!!!", que clôture la premières des expressions un peu lestes qui ponctuent les épisodes. Pouvoir dire, puisque c'est écrit, "Espèce de niais" ou "Espèce de crétin" et des pires encore, quelle joie finalement.

Sardines, lapins ou ours? (c) Rouergue.
L'ouvrage se poursuit de plus en plus haut par la recherche d'un "vrai ours". De page en page, le minuscule héros, un vrai ours ou un faux ours donc, fait d'autres rencontres de "poissons" qu'il interroge sur leur aptitude à être eux aussi des ours. Banc de sardines, gardon et saumon se présentent évidemment sous l'aspect d'animaux à poils, lapins, tamanoir, etc., et que l'enquêteur se contentera de dévorer avant de chercher encore plus loin, muni de nouvelles informations sur son investigation.
Malgré les apparences, on ne s'y perd jamais et on s'amuse beaucoup dans "Vie rêvée".

De plus en plus haut sur la montagne.
Le rapport texte-images de l'album est extrêmement intelligent, terriblement drôle aussi, jusqu'à la finale qui achève cette histoire décalée par de nouvelles questions sur l'être et le paraître, le fond et la surface, la dévoration.
On retrouve également avec plaisir le style graphique minéral de Michel Galvin ("Le grand trou américain", "Rouergue, 2012, "Le vilo de Torticolo", Rouergue, 2013), qui donc, résiste fort bien à l'eau, ainsi que son art de jouer avec les mots et les expressions aimés des enfants pour en faire naître une histoire incroyable, aussi drôle que profonde, entre rêve et réalité.

Une Pépite, oui.

Les autres Pépites maintenant.

Roman européen ado
Le livre de Perle
Timothée de Fombelle
Gallimard jeunesse, 304 pages

Perle étant Joshua Perle, qui espère trouver le chemin de retour vers le monde lointain dont il provient. Une ode à l'amour et à l'imaginaire.
A feuilleter ici.


BD/Manga (ex-aequo)

Hilda et le chien noir
Luke Pearson
traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Basile Béguerie
Casterman

Pelote dans la fumée
vol.1 L'Été / L'Automne
Miroslav Sekulic-Struja,
traduit du croate par Aleksandar Grujicic
Actes Sud BD



Documentaire
Chine, scènes de la vie quotidienne
Nicolas Jolivot
HongFei Cultures

Découvrir la vie quotidienne en Chine sous la forme d'un carnet de voyage, telle qu'elle se déroule en vrai.


Petite enfance (nouvelle pépite)
La boîte à images
Emmanuelle Houdart
Editions Thierry Magnier

Un coffret avec quatre imagiers tout-carton.


Livre d'art
Tous les ponts sont dans la nature
Didier Cornille
Hélium
A lire ici.


Création numérique
Botanicula
concept, design et animation : Jaromír Plachỳ
éditeur : Amanita Design Studio (République tchèque)









mardi 18 novembre 2014

Chic, le Prix du Style 2014 va à Olivier Rolin

Olivier Rolin est un écrivain français magnifique, auteur d'une vingtaine de romans formidables, largement traduits, mais il n'est pas assez reconnu. Ni par les jurés des prix. Ni par les lecteurs français ou belges francophones. "Par contre", me confiait-il un soir d'octobre 2010, un peu dépité devant un public bruxellois clairsemé, "quand je me rends à Anvers, je fais salle comble!" C'était dans l'Anvers d'avant, oui, mais les écrivains français y sont toujours merveilleusement bien accueillis. Olivier Rolin n'est pas le seul à me le dire régulièrement.

C'est dire si je suis enchantée qu'il reçoive aujourd'hui 18 novembre le dixième Prix du Style pour son dernier roman en date,  "Le météorologue" (Seuil/Paulsen, 304 pages), ce qui lui vaudra entre autres un chèque en euros équivalent au nombre de pages du livre. Il l'obtient par neuf voix contre une à "Faux nègres" de Thierry Beinstingel (Fayard) et une au roman "Les Grands" de Sylvain Prudhomme (Gallimard/L'Arbalète).

Dans ce quatrième livre sur la Russie (après "En Russie" (Quai Voltaire, 1987, Points, 1997), "Bakou, derniers jours" (Seuil, 2010, Points, 2011) et "Sibérie" (Inculte, 2011)) , l'écrivain retrace cette fois la vie d'Alexéi Feodossévitch Vangengheim. Qui est-ce? Il fut le premier directeur du service hydro-météorologiste d'URSS et fut envoyé au goulag pour avoir donné de mauvaises prévisions. Le météorologue croupit aux îles Solovki de 1934 à 1937, avant d'être exécuté avec 1.115 autres malheureux dans le plus grand secret.

Olivier Rolin.
De ce livre, Olivier Rolin dit ceci: "Son domaine c'était les nuages. Sur toute l'étendue immense de l'URSS, les avions avaient besoin de ses prévisions pour atterrir, les navires pour se frayer un chemin à travers les glaces, les tracteurs pour labourer les terres noires. Dans la conquête de l'espace commençante, ses instruments sondaient la stratosphère, il rêvait de domestiquer l'énergie des vents et du soleil, il croyait "construire le socialisme", jusqu'au jour de 1934 où il fut arrêté comme "saboteur". À partir de cette date, sa vie, celle d"une victime parmi des millions d"autres de la terreur stalinienne, fut une descente aux enfers.
Pendant ses années de camp, et jusq'à la veille de sa mort atroce, il envoyait à sa toute jeune fille, Éléonora, des dessins, des herbiers, des devinettes. C'est la découverte de cette correspondance adressée à une enfant qu'il ne reverrait pas qui m'a décidé à enquêter sur le destin d'Alexéï Féodossévitch Vangengheim, le météorologue. Mais aussi la conviction que ces histoires d'un autre temps, d'un autre pays, ne sont pas lointaines comme on pourrait le penser: le triomphe mondial du capitalisme ne s'expliquerait pas sans la fin terrible de l'espérance révolutionnaire."

Pas d'extrait du livre "Le météorologue" sur le site des Editions du Seuil.

Pour savourer le style d'Olivier Rolin, on peut lire ici le début du superbe roman "Un chasseur de lions" (Seuil, 2008, Points, 2009). Un roman d'aventures sur un explorateur inconnu, portraitisé par Edouard Manet, qui  se double d'une subtile réflexion sur le temps qui passe.

Avec ce livre qui embarque son lecteur pour ne plus le lâcher, dense, romanesque, lettré et extrêmement réjouissant, Olivier Rolin réussit l'impressionnant exercice de nous intéresser à la vie d'un obscur chasseur de lions (le fauve du tableau mesure "quatre mètres quarante du mufle au bout de la queue") de la fin du XIXe siècle, "chasseur de gaffes", inventeur d'une "balle explosible", équipé d'une "poudrière de voyage". Il nous entrouvre des portes sur la manière dont vivaient Manet ("un habitué des insultes, il ne cherche pas à choquer, pourtant, seulement à peindre ce qu'il voit"), les autres peintres de l'époque, les artistes d'autres disciplines, le bon peuple de Paris, le racontant tellement bien qu'on ne peut que se rendre compte qu'on n'en savait fichtre rien. Un passé qu'il éclaire de constants va-et-vient avec le présent, le sien, le nôtre.

Ces enquêtes croisées sur Pertuiset et Manet, où l'on se rend de la Commune aux grands espaces africains, où l'on explore la Terre de Feu comme on se tient dans un petit coin d'atelier d'artiste sont les bases sur lesquelles Olivier Rolin pose un roman passionnant de bout en bout, où souffle l'aventure, au gré des pérégrinations exploratrices ou amoureuses du chasseur de lions. Où se glisse l'introspection quand l'écrivain se donne rendez-vous avec lui-même, s'interrogeant sur ce qu'il voit et ressent.

La rencontre entre l'auteur et Eugène Pertuiset a été double et fortuite: entre un livre acheté en Patagonie et un tableau vu au musée de São Paulo, il s'est écoulé un quart de siècle. Formidable déclencheur pour un homme à l'imagination foisonnante, qui en abreuve une belle série de personnes ayant existé. Le tout dans une langue superbe, émaillée de mots rares, "un peu disparus", ajoute Rolin qui en fait ses délices, comme "coquecigrue" ou "olibrius". Devant tant de beauté littéraire, le plaisir est immense. "J'aime bien une langue moderne mais qui tienne compte de ses strates anciennes", explique le "non économe de mots".

Assemblés à sa mode, ces mots où jamais l'on ne s'égare, qui caressent l'imaginaire, orchestrent un livre exigeant, nourrissant et grand public.

Le tableau d'Edouard Manet.






Le Goncourt des lycéens couronne "Charlotte"

Déjà récompensé par le Prix Renaudot (lire ici),
et toujours en lice pour l'Interallié,
"Charlotte",
de David Foenkinos
(Gallimard, 221 pages)
a obtenu ce mardi 18 novembre
à Rennes
le 27e Prix Goncourt des Lycéens.
C'est la première fois qu'un livre emporte le Renaudot et le Goncourt des Lycéens.

Les lycéens avaient réduit leurs choix à six titres, dont quatre chez Gallimard:
"On ne voyait que le bonheur", Grégoire Delacourt (JC Lattès)
"Le roi disait que j'étais diable", Clara Dupont-Monod (Grasset)
"L'ordinateur du paradis", Benoît Duteurtre (Gallimard)
"Charlotte", David Foenkinos(Gallimard)
"L'amour et les forêts", Eric Reinhardt (Gallimard)
"La peau de l'ours", Joy Sorman (Gallimard)

C'est donc "Charlotte" qu'ils ont choisi. On les a déjà vus plus inspirés lors de précédentes éditions. Mais bon.

Ici la vidéo réalisée par David Foenkinos à l'intention des lycéens.



Selon Gallimard,  "Charlotte" retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu'elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d'une œuvre picturale autobiographique d'une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : "C'est toute ma vie." Portrait saisissant d'une femme exceptionnelle, évocation d'un destin tragique, "Charlotte" est aussi le récit d'une quête. Celle d'un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.

lundi 17 novembre 2014

Rene Denfeld, Prix du Premier roman étranger avec le superbe "En ce lieu enchanté"

Voilà une récompense drôlement méritée! L'Américaine Rene Denfeld vient d'obtenir le Prix du Premier roman étranger pour "En ce lieu enchanté" (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Frédérique Daber et Gabrielle Merchez, Fleuve Editions, 207 pages). Au premier tour de scrutin et à la majorité absolue. Un premier roman magnifique qui traverse son lecteur. Pour mémoire, le prix français a été attribué à Jean-Pierre Orban pour "Vera" (Mercure de France), à lire ici.

La première phrase de "En ce lieu enchanté" ("The enchanted") en précise un tout petit peu le titre énigmatique: "Ce lieu est un endroit enchanté. Les autres ne le voient pas ainsi, mais moi si." A moins qu'il ne joue davantage avec le lecteur. Qui est ce "je" intriguant, vite rejoint par d'autres personnages, nommés, à l'exception de celle qui est appelée "la dame"? On le sait très vite. Le narrateur se trouve dans les entrailles d'une prison. Plus précisément dans son couloir de la mort. Mais la particularité de ce premier roman très réussi est de faire jaillir une infinie humanité ainsi qu'une dimension poétique totalement inattendue en ce lieu de mort. Oui, vous avez bien lu, de la poésie en attendant d'être exécuté.

"Je", le condamné à mort, ne parle pas. Il ne dit rien. Il attend son heure de mourir. Il en a accepté l'idée, ne veut pas la revoir. Mais il observe du fond de sa cellule ce monde clos. Lui y voit des chevaux d'or, des petits hommes munis de minuscules marteaux, des oiseaux de nuit duveteux. Son imagination lui vient sans doute en partie du fait qu'il est un lecteur assidu. "Les livres ont apporté la beauté dans ma vie", lit-on, "ils lui ont donné un sens; car la vie est une histoire." Car le livre rend aussi un très bel hommage à la littérature.

Si Rene Denfeld décrit aussi bien le couloir de la mort, c'est qu'elle connaît le lieu de l'intérieur.Vivant à Portland, dans l'Oregon, elle a été journaliste et enquêtrice spécialisée sur la peine de mort avant d'entrer en littérature. Elle collaborait régulièrement avec "The New York Times Magazine", "The Oregonian" et "The Philadelphia Inquirer". Son métier l'a  amenée à côtoyer des condamnés à mort, mais aussi leurs proches et les familles des victimes.

Rene Denfeld au Festival America. (c) Fleuve Editions.
Invitée en septembre au Festival America à Vincennes, Rene Denfeld a raconté lors de plusieurs débats dont celui que j'ai eu le plaisir d'animer, la naissance de son premier livre: elle sortait de la prison et au moment de monter dans sa voiture, elle a entendu les mots "C'est un lieu enchanté".
Elle se met alors à écrire ce qui deviendra son premier roman, un texte mêlant la grâce et le désespoir sur les couloirs de la mort. Elle n'avait pas choisi d'écrire le livre mais lui-même l'a appelée!

"J'aurais pu faire un essai autour du milieu carcéral", a-t-elle poursuivi, "mais la fiction permet de s'éloigner de toutes ses propres mesquineries." Selon elle, le roman permet de faire entrer la poésie même dans les situations les plus douloureuses. "En tant que journaliste, je ne pouvais pas utiliser cette poésie. L'écriture d'un roman me l'a permis. Ce livre est une manière de parler de la façon dont on peut transcender les pires situations par la poésie."

Dans "En ce lieu enchanté", on est aux côtés du narrateur, cet amoureux de la lecture et du livre "L'Aube blanche" en particulier. Le condamné à mort observe et raconte ce monde particulier. Il y a "la dame" qui rend visite aux prisonniers et tente parfois de faire revoir leurs procès en menant ses propres enquêtes. Ce qui nous donne l'occasion de comprendre un peu mieux pourquoi certains aboutissent là. Il y a le prêtre déchu qui s'occupe des prisonniers pour porter sa croix en s’occupant des prisonniers. Il y a ceux qui seront exécutés après autant d'années passées à attendre la mort. Il y a le "garçon aux cheveux blancs" qui vient d'arriver, seul et vulnérable. Il y a les gardiens ripoux et les détenus prêts à les servir. Tout un monde qui, dans sa noirceur, voit parfois surgir la lumière. Ou même l'amour. Ce qui enchante dans ce premier roman, c'est l’infinie poésie qui se dégage de ce lieu féroce et sinistre.A la fin de sa lecture, on aura pris connaissance de l'itinéraire des différents personnages, dévoilés à petites touches dans une écriture sèche. Sans jugement mais avec cœur.

Un roman américain dans ce que l'expression a de meilleur.