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mercredi 23 juillet 2014

LA13 envie d'être un dino qui roule

"Ça roule?" L'expression est tellement courante qu'on ne réfléchit plus au sens de ses mots. Il faudrait pourtant le faire, surtout quand elle s'applique à un jeune dinosaure. Qu'est-ce qui roulait, au fond, à l'époque des dinos? Quelques pierres peut-être, qui n'amassaient pas mousse...

A l'époque du héros du nouveau et excellent album de Florie Saint-Val, "Ça roule Dino?" (MeMo, 40 pages), on se rend compte que beaucoup de choses roulent. Ce qui permet une coquine répétition de la phrase titre. Un livre en joie et couleurs toniques, rondeurs et observations. L'auteure-illustratrice en est coutumière, elle qui a publié "La saga des petits radis" (MeMo, 2013) et "Mon voyage dans la maison" (MeMo, 2011).

L'histoire commence un matin, quand Dino ouvre les volets de sa chambre. Sous ses yeux, le taxi de Madame Pic et le camion de Monsieur Bec. Et la question "Ça roule Dino?"

Lors du petit-déjeuner qu'il prend en compagnie de sa petite sœur, Dino voit passer deux potes en trottinette. "Ça roule Dino?"

Quand il sort en famille, la sœurette en poussette, c'est une autre copine qui déboule, en patins à roulettes. "Ça roule Dino?" 

Oui, ça roule. Sauf qu'au supermarché, Dino est trop grand pour encore monter dans le caddie. Et sauf qu'en rentrant, il voit des grands en skateboard... "Ça roule Dino?"

Ben... Que dire?
C'en est au point que la nuit suivante, Dino ne rêve que de conduire d'incroyables véhicules.

Même la nuit, Dino rêve de rouler. (c) MeMo.

Le lendemain, toute la famille Dino embarque dans la voiture qui roule. Destination, les grands-parents car c'est l'anniversaire du héros. Au programme: jeux, repas, gâteau et un gros cadeau surprise. Qui permet au jubilaire de rejoindre le monde de ceux qui roulent.

"Ça roule Dino?"
La réponse est, plus que jamais, "Ouiiiiii!"

Un album qui fait le tour des transports à deux, trois ou quatre roues, avec charme et bonne humeur.

lundi 21 juillet 2014

LAET bouleversée par "Palestine", d'Hubert Haddad, tragédie d'une beauté soufflante

Info ou intox, l'affaire du soldat israélien enlevé à Gaza que nous servent depuis hier les médias me fait trop penser au magnifique roman "Palestine" d'Hubert Haddad (Zulma, 2007, Le Livre de poche, 2009). Sorti il y a sept ans déjà. Je me rappelle de cette lecture comme si elle était d'hier.

En résumé.
Au moyen d'une langue superbe, soyeuse, précise, brillante, l'auteur fait entrer le conflit israélo-palestinien au cœur de la littérature. C'est une tragédie au souffle puissant qu'il bâtit avec la rencontre de Cham, soldat de Tsahal devenu amnésique, et Falastin, Palestinienne qui le recueille et lui donne l'identité de son frère disparu, Nessim. Un roman bouleversant.


En long.
Hubert Haddad.
En quelques pages, Hubert Haddad lance l'intrigue de son roman "Palestine"  qui commence là où s'arrêtait "Oholoba des songes". Comme un élastique que l'on tend et qui libérera son énergie jusqu'à l'arrivée. Nous sommes à Hébron, en Cisjordanie, entre la Ligne verte et la "ceinture de sécurité". Cham est content, comme tout soldat Israélien qui entame une permission de trois semaines. Mais il a raté le bus qui devait l'emmener à Tel-Aviv. Dépité, un peu perdu, il accepte de partager la ronde de Tzvi. Sans réfléchir, sans prévenir personne. En oubliant qu'on lui a volé ses papiers d'identité.

Cham ignore qu'il a rendez-vous avec son destin. Une embuscade attend les soldats. Tzvi est tué, Cham blessé. Il se réveille dans une cave, un keffieh sur la tête, à côté d'un commando palestinien. Le livre débute à peine et Hubert Haddad a déjà happé son lecteur. Parce qu'on s'inquiète pour ces humains mal embarqués, dépassés par leurs causes. Parce que la langue de l'écrivain est saisissante de beauté. Aucune rugosité dans ses phrases mais des mots qui coulent lumineusement les uns des autres, faisant naître à l'instant un paysage, une situation, une émotion, qui donnent envie d'en lire plus, tout de suite.

L'auteur invite le lecteur sur scène, avec ses personnages. On est près de Cham quand il émerge de son coma, dans "une chambre basse aux murs chaulés". Qu'il observe mais ne se rappelle de rien. "Qui est-on, sans mémoire?" Cham a été recueilli par deux Palestiniennes, la veuve Asmahane et sa fille, Falastin – la vraie héroïne de "Palestine" dont on découvrira peu à peu la vie et la personnalité – subjuguée par sa ressemblance physique avec Nessim, le frère disparu. L'amnésique en endossera l'identité.

Check-points, barrages flottants, agressions par des colons, Hubert Haddad écrit au cœur du conflit israélo-palestinien, dénonçant ses absurdités et ses horreurs. Il raconte les rafles et les intrusions israéliennes, il détaille les infinies manières d'abaisser l'autre, il relate les haines entre mouvements palestiniens, il explique la préparation d'un attentat-suicide. Il multiplie les faits, décrivant l'assassinat du père de Falastin, jugé trop pacifique, devant la petite fille alors âgée de 4 ans, pointant l'incendie de la maison de la veuve Asmahane, aveugle. Mais il se fait plus que témoin et pousse son sujet dans un romanesque prenant. L'histoire d'amour entre Falastin et Cham est touchante. Très bien amenée aussi la fin du roman, tissée de questions d'identité, d'appartenance et d'altérité. Une tragédie d'une beauté soufflante.

Car c'est bien une tragédie qui se déroule chaque jour en Israël et en Palestine. Le romancier la dit de l'intérieur, par la voix de ses personnages. Chacun confie son histoire, ses espoirs, sa façon de composer avec la situation. Que ce soit le bon docteur Charbi qui examine Cham, le major Mazeltof qui fait ce qu'il peut pour ne pas trop être le soldat israélien d'occupation, le photographe Abdallah Manastir qui résiste sans trembler, la tante Layla qui ne mâche pas ses mots: "Donner ta vie?  D’autres l'ont fait pour rien. Il faut plutôt la sauver, sauver toutes les vies." Ou le peintre Michael, seul être réel de cette galerie de papier, chez qui s'achève le livre.

Bouleversant, "Palestine" est un roman qui a marqué l'année 2007. Hubert Haddad m'avait alors accordé un entretien. Le voici.


Trois questions à Hubert Haddad

Les questions de l'identité et de la mémoire paraissent être au cœur de votre roman.
J'ai toujours vécu dans une culture judéo-berbère. Ma famille vient de Tunisie. Du côté de mon père, tailleur de pierres, ce sont des Juifs, qui ont toujours été là – Haddad signifie forgeron en arabe. La famille de ma mère est d'origine algérienne. Lors de l'exil plus ou moins forcé des années 50-60, nous avons débarqué en France, à Ménilmontant. J'avais un frère aîné, Michael, qui s'est mis en rupture de notre famille. Cétait un artiste. Il a vécu à Jérusalem, a enseigné l'art et a fait des expositions appréciées. Il a vécu dans une cabane entre 1977 et 1979, l'année de sa mort. Dans ce livre, qui est une fiction, mon frère Michael est un personnage réel. C'est lui le vrai témoin.
Après "Oholiba des songes", "Palestine" est aussi hanté par le conflit du Proche-Orient.
Je suis romancier et j'ai suivi la voie de la fiction avec une part de mon inconscient, avec l'ombre de mon frère. Il ne supportait pas l'ostracisme régnant en Israël, l'état de guerre permanent. Il se retrouvait aussi bien dans le Juif que dans l'Arabe. Je pense que sans être dans le lieu même, on est tous en première ligne de l'histoire qui se fait.
"Palestine" est comme une moderne "Antigone". Avez-vous voulu réécrire un classique?
A aucun moment, je n'ai voulu faire cela. J'ai seulement été mû par la passion d'aller au bout d'une douleur que j'ai au fond de moi. Je n'ai pas cherché à être référentiel. J'ai laissé faire le mouvement de la fiction pour qu'il n'y ait rien d'artificiel dans ce livre qui a l'allure d'une tragédie antique. J'étais en train d'écrire un autre roman sur le même sujet, celui-là avec plein de références. Je m'étais même rendu en Inde pour mieux le préparer. Mais je l'ai interrompu pour écrire "Palestine" – je vais le reprendre maintenant. Je n'aurais pas pu continuer alors: tant d'événements ont lieu en Palestine et en Israël. Des histoires à fleur de vie. Mais je n'aurais peut-être pas écrit "Palestine" si je n'avais pas été en Inde.

vendredi 18 juillet 2014

LA1 album pour la Journée Nelson Mandela

La journée Nelson Mandela, c'est ce vendredi 18 juillet.

Idéal pour découvrir le remarquable album "Le monde t'appartient", de Riccardo Bozzi et Olimpia Zagnoli (traduit de l'anglais par Paul Paludis, Grasset-Jeunesse, 48 pages), dont le titre invite à découvrir le contenu - la couverture au graphisme aussi affirmé qu'épuré également.
Tout au long des doubles pages, il sera question de liberté, sujet immense que l'auteur, un journaliste italien, et l'illustratrice, également italienne travaillant en Europe et aux Etats-Unis, ont magnifiquement interprété.

Peu de mots, mais une adresse directe au lecteur, "Le monde t'appartient", et, immédiatement, sur la page suivante, cette magnifique réplique, "Et tu appartiens au monde".
"Tu es libre. C'est une chance", suivi de "Tu es libre. Même s'il y a parfois des limites".
"Tu es libre de croire en ce que tu veux. Ton ami aussi est libre de croire en ce qu'il veut, ou de ne croire en rien".
Et ainsi de suite jusqu'à la fin de ce superbe travail qui aborde tous les champs de la liberté, croyance, amour, jeu (c'est un livre pour enfants), expériences, bonheur, malheur, limites, avant de revenir à ses deux phrases d'introduction.

La double page...
sur la liberté d'aimer. (c) Grasset-Jeunesse.
Les remarquables tremplins pour la réflexion et l'imagination que sont les mots de Riccardo Bozzi sont épaulés par le très beau travail graphique en aplats de l'illustratrice Olimpia Zagnoli.
D'une sobriété extrême, son graphisme colle parfaitement au style narratif. Il le prolonge même par ses subtilités, des couleurs qui s'opposent, des formes qui se complètent, l'abstrait au service du concret, le réalisme en soutien des idées, des émotions et des sentiments.

Exemples.

La fenêtre ouverte ou fermée pour dire "Tu es libre d'être aimé. Ou pas."
Le vélo parce que "Tu es libre de tout tenter" suivi du sparadrap accompagné d'une goutte de sang car "Même si ça peut faire mal, parfois".
Etre malheureux est autant considéré qu'être heureux dans l'ouvrage "Le monde t'appartient" qui traite de la liberté sous toutes ses formes, sans angélisme, ainsi que de ses limites en ouvrant la possibilité de les dépasser.

Un album qui replace chaque lecteur et chaque lectrice dans ses droits et dans ses devoirs.

mercredi 16 juillet 2014

LA dmire la subtilité de Michèle Gazier

Dans son nouveau roman, le très beau "Les convalescentes" (Seuil, 220 pages), tout en subtilité, Michèle Gazier met en scène trois femmes qui ne se connaissent pas au départ mais vont véritablement se trouver, ainsi qu'un mystérieux "homme en noir" entre elles. Lise, Oriane et Daisy se rencontrent à Saint-Libron, dans le sud de la France. Les deux premières sont installées à la maison de repos locale, la troisième au Grand Hôtel voisin qu'a préféré pour elle son mari, Maxime.

"C'est un livre sur le désir et la peur", prévient la romancière, "qui sont le même mouvement contrarié." Elle nous raconte magnifiquement les itinéraires de vie de ces trois convalescentes, à des titres divers, leurs maux, leurs cris et leurs guérisons, tout en pimentant leurs souvenirs ("Le chemin du souvenir est glissant") et leurs récits de vie d'un brin de suspense.

Trois femmes donc, qui "ont tout pour être heureuses" selon la satanée expression, d'âges différents. "J'ai toujours eu cette idée des trois générations présentes", me dit Michèle Gazier, passée par Bruxelles. "Je connaissais Saint-Libron, sous un autre nom, où avait été soignée ma mère. Un lieu terrifiant. Maintenant que ma mère n'est plus là, j'ai eu envie d'y revenir. Il y a là un délicieux théâtre à l'italienne, un peu décati."

Au début de l'écriture toutefois, elle avait une idée un peu différente: "J'avais d’abord pensé au personnage de Lise à trois âges différents ainsi qu'à la personnalité d'un homme un peu plus étrange. Mon amie Monèle, à qui le livre est dédié, avait vécu chez elle, à Uzès, une scène étrange où un homme était avec une femme en fauteuil roulant. Était-ce la même que la fois d'avant? Elle n'en était pas sûre." L'homme est resté tel quel, le personnage de Lise a évolué.

Michèle Gazier. (c) Hermance Triay.
Trois femmes se sont finalement présentées à l'écrivaine dont le jeu favori est d'imaginer la vie des autres. "Je voulais aussi parler du mal être de l'enseignant, mais pas seulement de celui-là, de l'anorexie, et inviter Daisy, l'Américaine, pour ses références littéraires."

Les prénoms de ces trois femmes au début impuissantes ont été soigneusement choisis. Lise ("lire dedans") est celle qui permet tout de suite à Michèle Gazier d'évoquer les souffrances et le langage du corps. Enseignante heureuse, mariée, mère d'un petit bout de deux ans, Lise voit toutefois un jour son pied enfoncer la pédale d'accélérateur de sa voiture. Elle emboutit la grille de l'école. Elle n'a rien trouvé d'autre pour arrêter une vie qui lui était devenue insupportable. "Je crois que le corps proteste pour nous", avance l'auteure qui a fait "un roman sur le corps, non au sens psychique, mais physique, sur le corps qui parle, qui appelle. L'esprit ne maîtrise pas toujours tout."
Verdict médical: trois mois de repos médicalisé dans un lieu de cure pour dépression grave. A 35 ans. Direction Saint-Libron.

C'est là que Lise rencontre Oriane, plus jeune qu'elle, anorexique, un autre appel du corps, arrivée là pour une énième cure. Elle lui rappelle un de ses anciens élèves, Julien, qui lui avait appris à écouter. Lise écoutera Oriane, dont le prénom "vient de Proust", avant de parvenir plus tard à s'écouter elle-même. La mère de la jeune femme a beaucoup d'argent, vit dans son monde... Comment une enfant peut-elle accepter que Proust lui soit préféré? Surtout quand elle a été confrontée trop tôt à la sexualité adulte? "Les grosses blessures sont celles de l'enfance", rappelle Michèle Gazier, "récurrentes, qui vous pourrissent toute votre vie. L'anorexie est une réponse à une question jamais abordée."

Daisy a, elle, un prénom emprunté à Edith Wharton. Elle est aussi arrivée à Saint-Libron pour des raisons physiques: un grave accident de la route la prive de l'usage de ses jambes. Mais son élégant mari prend soin d'elle, quand il ne disparaît pas mystérieusement à un rendez-vous. Daisy est celle qui apporte davantage de culture dans le trio, littérature et art contemporain dont elle a été spécialiste.

Bien entendu, les trois convalescentes se rencontreront. Thé à trois, thé à deux... Des conversations, elles passeront aux confidences dans ce lieu dédié à la maladie, voué à la guérison, mais où rôde la mort. Surtout quand le mystérieux Maxime aura son tour de parole. 

Trois lieux se succèdent dans "Les convalescentes", Saint-Libron bien entendu, mais aussi Paris et Uzès, qui ont leur importance pour le trio, ou le quatuor, c'est à voir. 

Trois thèmes aussi, l'amour, l'amitié et la maladie, qui se croisent et s'entrecroisent. "L'amour, l'amitié, la maladie sont compatibles parce que l'histoire se déroule dans un lieu où il n'y a rien", analyse Michèle Gazier. "Cela permet de rêver. En version cauchemar pour Lise, en version prince charmant pour Oriane. Le sentiment est presque une distraction. Un peu comme les amours de vacances. Il y a un côté vacances dans ces lieux-là, vacances au sens de vacuité."

Trois auteurs magnifiques enfin dont les noms se glissent dans les pages, ceux d'Henry James, Virginia Woolf et Edith Wharton.

"Les convalescentes" est un très beau roman où l'écoute de soi comme celle de l'autre ont toute leur importance. Michèle Gazier suit ces trois femmes au plus près d'elles-mêmes, trois humaines qui tentent de le rester et paieront le prix nécessaire pour un avenir meilleur que leur présent ou leur passé. Trois personnages qui résonnent en nous.



mardi 15 juillet 2014

LA 1 bonne idée: rencontrer M. Caboche

La plupart du temps, Pascal Lemaître illustre des textes qu'on lui propose, il est plus rarement auteur-illustrateur. Mais il le fait à sa façon, décoiffante. On s'en aperçoit encore dans les deux albums pour enfants qu'il vient de cosigner.

Le premier joue sur les expressions autour du mot tête, sans prise de tête. Quoique. Le texte n'est pas toujours aisé d'accès. C'est "Dans la tête de Monsieur Caboche" de Maureen Dor et Pascal Lemaître (Editions Clochette, 28 pages).
En réalité, d'autres expressions que celles annoncées sont utilisées dans cet album qui commence dans la mauvaise humeur et se termine bien mieux.

Monsieur Caboche s'est mal levé: pied gauche et tête des mauvais jours. Quand il se décide à sortir, c'est pour perdre la tête, au sens propre. Comment est-ce possible? Sa tête est si lourde! Elle est surtout ailleurs et son cœur était léger... De pied en tête, ou de tête en pied, l'album poursuit son chemin, imaginant même que Monsieur Caboche aie "trop tôt une bonne vieille tête". A moins qu'il n'attrape la "grosse tête"? A moins qu'il ne désire avoir une "mauvaise tête", ce qu'il commande illico? Le colis arrive, complété d'un cadeau de fidélité, une tête si légère qu'elle serait bien une "tête en l'air". Là-haut, bien entendu, sa tête se vide. Désormais, Monsieur Caboche sait comment faire quand il a la "tête en friche". Et même, il distille des conseils à ses lecteurs qui auraient comme lui la "tête pleine comme un œuf".

Les histoires de tête et de pied de M. Caboche. (c) Editions Clochette.

L'intention de Maureen Dor est louable, élargir le vocabulaire de ses lecteurs. Mais il faut bien dire que malgré tous les efforts de Pascal Lemaitre pour alléger le texte par des images pleines d'humour, de détails à picorer comme ce canard visiteur, d'histoires parallèles, l'album ne décolle pas vraiment. On bute souvent sur le vocabulaire. Sera-t-il un "livreami" comme le pense l'auteure-éditrice, c'est-à-dire le livre-référence d'un enfant? Pas sûr.


Le second album est tout-carton, mais avec des trous où passer les doigts, et s'adresse aux plus petits. C'est "Bonne ou mauvaise idée" de Ludovic Flamant et Pascal Lemaître (L'école des loisirs, Pastel, 24 pages).
Il se déroule selon le schéma classique de l'opposition entre bonnes et mauvaises idées. Le choix est plutôt réussi: lécher une glace ou lécher la vitre, frapper sur un djembé ou sur le chat, se balancer sur une balançoire ou sur une chaise...


Le mode d'emploi. (c) Pastel.
Les propos de Ludovic Flamant sont plaisants et leur rendu graphique par Pascal Lemaître plein d'imagination. Les trous découpés où le jeune lecteur peut passer le ou les doigts pour en faire une langue, ou des bras, ou des jambes, ou..., augmentent encore le plaisir de la découverte du texte.
Et cela commence en couverture, seule proposition non évaluée.

A chaque page, une idée se décline en bonne et mauvaise. (c) Pastel.

Vraiment, avoir Pascal Lemaître pour illustrateur est une bonne chose pour les auteurs. Mais que ce compliment ne le dispense pas de travailler en solo!

lundi 14 juillet 2014

LE triste de la mort de Nadine Gordimer

Nadine Gordimer en 2010. (c) Bengt Oberger.

L'immense romancière sud-africaine Nadine Gordimer, prix Nobel de littérature 1991 et vachement engagée dans la lutte contre l'apartheid, est morte chez elle, dans sa maison de Johannesburg, ce dimanche 13 juillet 2014. Elle avait 90 ans, qui l'aurait cru? "Ses plus grandes fiertés", rappellent ses enfants dans un communiqué, "n'étaient pas seulement d'avoir reçu le prix Nobel de littérature en 1991, mais aussi d'avoir témoigné à un procès en 1986, contribuant à sauver la vie de 22 membres de l’ANC, tous accusés de trahison."

Née le 20 novembre 1923, l'écrivaine était la fille d'immigrants juifs venus d'Europe de l’Est. Sud-Africaine, elle avait toujours refusé de quitter son pays, même aux heures les plus sombres de l'apartheid, mis en place entre 1948 et 1994.

Auteur de quinze romans et de nombreux recueils de nouvelles, elle a ausculté les maux de sa société d'une plume magnifique, sobre et sans concession. Sans hésiter jamais à pointer les défauts du nouveau pouvoir des successeurs de Nelson Mandela.


J'avais eu l'immense joie, et le privilège,  d'interviewer Nadine Gordimer en 2007, pour la sortie en français de son roman "Bouge-toi!" (traduit de l'anglais par Georges Lory et Marie Lory, Grasset, 2007).
Je tremblais à l'idée de la rencontrer, mais elle m'a tout de suite souri et posé ses yeux si bons sur l'impressionnée que j'étais. Je me suis détendue et je garde un souvenir magnifique de cette rencontre parisienne. En voici le compte-rendu.

Petite, frêle mais droite, Nadine Gordimer a le regard pénétrant, le verbe net et clair. Qui croirait que cette belle dame, Nobel de littérature 1991, est largement octogénaire? D'autant que son dernier livre alors paru, "Bouge-toi!" traite d'écologie, sujet bien d'actualité - depuis, sont sortis en français "Beethoven avait un seizième de sang noir" (traduction de Georges Lory, Grasset, 2010),  "Récits de vie (1954-2008)" (traduction par Philippe Delamare, Grasset, 2012) et "Vivre à présent" (traduction de David Fauquemberg, Grasset, 2013).

La doyenne de la littérature sud-africaine me reçoit dans un hôtel parisien où ses phrases au délicieux accent anglais sonnent harmonieusement dans le décor fleuri.

"Get a life", son quatorzième roman, remarquable, traduit par un approximatif "Bouge-toi!", est l'histoire d'un "lépreux moderne". Un écologiste sud-africain, opposant acharné à un réacteur nucléaire, devient, le temps d'un traitement médical contre un cancer de la thyroïde, une mini-centrale nucléaire à lui tout seul. Inconcevable sauf sous la plume vive de Nadine Gordimer. "Je me soucie beaucoup d'écologie et des questions environnementales", plaide celle qui a glissé trois éléments réels dans son roman. "A côté du Cap, il y a une centrale nucléaire à boulets, juste à côté des gens. Par ailleurs, une très belle partie de la côte est menacée par une société australienne qui, avec l'accord du gouvernement, veut en exploiter le sous-sol, en détruisant les dunes où habitent des pêcheurs, un lieu particulièrement riche pour sa biodiversité. Enfin, il y a des terres humides qui risquent d'être asséchées pour des raisons économico- industrielles."

Durant la quarantaine où il ne peut approcher personne et surtout pas ses proches, Paul s'installe chez ses parents. L'occasion pour lui de faire le point sur le couple qu'il forme avec sa femme, Bennie en privé, Berenice en public. "L'opposition des deux noms symbolise la différence qu'il y a chez elle: dans la vie, elle est Bennie, la compagne d'un militant écologiste; dans son agence de publicité, elle est connue en tant que Berenice, prénom qui en impose davantage." Ce double nom permet à Paul de ressentir la coupure dans leur relation de couple. Les différences entre eux existaient avant mais "c'est au moment où il est en retraite, où il pense, où il interroge sa vie, qu'il en prend conscience."

Cette quarantaine va bouleverser les existences, ainsi l'a voulu l'énergique Nadine Gordimer.

Si l'arrêt obligé est pour le jeune couple l'occasion d'un nouveau départ, sur d'autres bases, il n'en sera pas de même pour le couple des parents, mais c'est une autre histoire. Comme il y a plein d'autres histoires, dont les retrouvailles mère-fils, dans ce superbe roman multiple où le particulier intervient sur le collectif, et vice versa, où se superposent en tout ou en partie destins privés et causes nationales. "Tous, nous sommes influencés par ce qui arrive dans le monde", pense la romancière, "et pas seulement par ce qui se passe dans notre entourage immédiat. Cela finit par faire partie de nous. Mais peut-être suis-je particulièrement sensible à cela en raison du grand nombre d'années où j'ai subi l'apartheid... A cette période, la loi affectait la vie personnelle, quotidienne, de chacun, jusque dans ses aspects les plus intimes. Il était ainsi interdit d'avoir une relation amoureuse avec quelqu'un d'une autre couleur. J'ai eu deux amis proches qui, pour cette raison, sont allés en prison. Est-ce imaginable?"

Tout au long de ces pages limpides et fluides, Nadine Gordimer marie l'eau et le feu. Dans son couple de personnages, avec lui qui est dans l'écologie et elle dans la publicité. Dans le rapport étroit qu'elle établit entre maladie et vie, amour et désamour, guérison et contamination. "La vie est pleine de contradictions au sein de nos comportements, et dans ses circonstances mêmes", analyse-t-elle. "Durant la majeure partie du livre, Paul interroge sa vie, activement." Un mécanisme lié aux femmes qui l'entourent: "La personne importante dans sa vie, c'est sa mère. Bennie n'est pas très importante. Elle est presque elle-même une création d'agence de publicité!"


mercredi 9 juillet 2014

LA vacillé dans le temps selon Julian Barnes

Merveille de la rentrée de janvier 2013, "Une fille, qui danse" de Julian Barnes (traduit de l'anglais par Jean-Pierre Aoustin, Mercure de France, 193 pages) vient de sortir en poche chez Folio. Voilà bien un des romans qu'il faut absolument lire dans sa vie. Peu importe quand.

Justement, l'écrivain britannique scrute le temps subjectif dans ce texte fabuleux, originalement titré "The sense of an ending", lauréat du Man Booker Prize 2011.

Julian Barnes commence "Une fille, qui danse" par la formule "Je me souviens". Mais c’est au terme de ce roman dense qu’on réalise le vertige causé par les souvenirs, où rivalisent mémoire et réalité, objectivité et subjectivité.

Le temps est au cœur du livre. Tony, la soixantaine, désormais retraité, se rappelle ses années de lycée à Londres. Colin, Alex et lui formaient un trio auquel se joignit le surdoué Adrian, celui qui ose répondre avec aplomb au prof d’histoire. Le calendrier indique les années 60, mais les grands adolescents vivent à la décennie précédente, obsédés par les filles, surtout celles qu’ils n’ont pas. L'époque était ainsi.

L’université, ou la vie, leur ouvre le chemin du sexe et les entend se promettre de rester toujours amis. Le narrateur rencontre alors Veronica, jeune femme assez bizarre, surtout lors du week-end qu’il passe dans la famille de cette dernière. Après leur séparation, Tony reçoit une lettre: Adrian l’informe du fait qu’il sort avec Veronica. Le diplômé en histoire voyage alors six mois aux Etats-Unis. A son retour, il apprend le suicide d’Adrian. Pourquoi?

Quarante ans plus tard, Tony est forcé d'y repenser vraiment, quand il reçoit un courrier d’avocat à propos de la succession de Mrs Sarah Ford, la mère de Veronica. Entre-temps, il a épousé Margaret, ils ont eu une fille, ont divorcé sereinement. Tony épie toujours les effets du temps: "L’histoire qui se déroule sous notre nez devrait être la plus nette, et pourtant c’est la plus trouble."

Julian Barnes. (c) Richard Saker Rex Features.
Dans la seconde moitié du roman, effrénée, Julian Barnes exploite ce qu’il a semé. La lettre de l'avocat incite Tony à retrouver Veronica, à reprendre contact avec ce passé où Adrian était présent, à le confronter avec ce qu’il a vécu. Que veulent les souvenirs?

Tout cela est d’une finesse remarquable et formidablement mené. Le lecteur est suspendu à l’écriture magnifique du Britannique, fort bien traduite, comme à l'habitude, par Jean-Pierre Aoustin. Il navigue entre les personnages, piloté par un narrateur accroché à ses certitudes comme un noyé à son radeau jusqu’à ce qu’elles lui explosent au visage.

Superbe roman, bouleversant au sens premier du terme, "Une fille, qui danse" crée un choc de lecture et résonne longtemps à l'esprit.

vendredi 4 juillet 2014

LA pprécie la bio de Saint-Ex' par Peter Sís

A la fin de ce mois de juillet, il y aura 70 ans qu'Antoine de Saint-Exupéry a disparu, après avoir décollé de Corse. Qui était cet homme, né le 29 juin 1900 à Lyon? Comment le petit garçon blond allait-il devenir l'aventurier et le rêveur que l'on sait?

Tout cela, Peter Sís le raconte magnifiquement dans l'album "Le Pilote et le Petit Prince" (traduit de l'anglais par Camille Paul, Grasset-Jeunesse, 48 pages). Un album bien dans la lignée des précédents du lauréat 2012 du prix Andersen, "Madlenka", "L'arbre de vie", "Les trois clés d'or de Prague", Le Mur",.. Après son enfance et sa jeunesse à Prague, Peter Sís est passé par Londres avant de s'installer dans l'état de New York où il vit toujours.

La naissance d'Antoine de Saint-Exupéry par Peter Sís. (c) Grasset-Jeunesse.

Dans "Le Pilote et le Petit Prince", Peter Sís reprend sa manière expérimentée dans de précédents documentaires, des informations disséminées sur la double page, une ligne du temps qui court du début à la fin du livre. Mais c'est bien un artiste qui s'exprime, avec toute la beauté d'images toujours pointilleuses sauf quand il s'agit de représenter la guerre. Sa palette graphique oscille ici avec charme entre l'ocre et le bleu. Son histoire, il la raconte avec sérieux et fantaisie. C'est celle  d'un homme qui a existé et a changé notre monde à sa façon. Voyageur, explorateur, rêveur, écrivain, Antoine de  Saint-Exupéry est ici présenté d'exquise façon aux enfants à partir de 7 ans.

En Argentine. (c) Grasset-Jeunesse.


Un mystérieux chat noir dans Prague... (c) Grasset-J.
La publication de cette nouveauté magnifique de Peter Sís est accompagnée de la nouvelle édition de "Les trois clés d'or de Prague" (traduit de l'anglais pas Rolande Anderson, Grasset-Jeunesse, 68 pages), avec une postface de Dominique Fernandez.

Cet album né en 1994 et traduit en français en 1995 est écrit à la première personne à destination de la fille du narrateur, Madeleine, née à New York. Il lui explique à sa manière, mêlant informations, suspense et souvenirs personnels, sa ville natale et la façon dont il y vécut. Un livre très personnel particulièrement enchanteur.



jeudi 3 juillet 2014

LAD couvert l'enfant blond de Syrie, Riad S.

C'est facile! Rien qu'en lisant la couverture du nouveau et remarquable livre de Riad Sattouf , on sait tout. "L'Arabe du futur" raconte "Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)" (Allary Editions, 160 pages) comme le précise le sous-titre. Et la quatrième de couverture complète les informations: "Ce livre raconte l'histoire vraie d'un enfant blond et de sa famille dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d'Hafez Al-Assad." Un enfant blond!

Evidemment, c'est en bande dessinée, sinon l'auteur ne serait pas Riad Sattouf ("Pascal Brutal", Fluide Glacial; "Manuel du puceau" ou "Ma circoncision", L'Association). Des cases plutôt serrées et bien remplies qui rendent remarquablement compte de ce qu'étaient ces pays alors, il y a trente ans. Parfois, il faut même s'accrocher car on en a oublié les réalités: du code de Kadhafi sur les femmes aux pendus flottant dans le vent de Homs, en passant par les accords de paix entre Israël et l'Egypte et la France baba devant BB. Entre tous ces événements circule un tout petit bout de garçon, l'auteur-narrateur, qui portait alors une incroyable longue chevelure blonde ("C'est parti à l'adolescence", me dit-il, de passage à Bruxelles).

Riad Sattouf.
Riad Sattouf a un père syrien, venu à Paris en 1971 (sous Pompidou, président que l'auteur enfant dessine admirablement) faire sa thèse en histoire contemporaine, et une mère bretonne, également venue étudier à Paris. "L'Arabe du futur" raconte l'improbable rencontre de ses parents, et leur vie avec lui d'abord, avec le petit frère ensuite, en Libye de 1980 à 1982, en Syrie les deux années suivantes, après un bref épisode breton. Six années seulement? "Le reste sera dans le tome suivant", répond-il. Une formule qui va revenir souvent au cours de l'entretien.

Dix questions à Riad Sattouf

Cette bande dessinée est-elle due aux événements d'actualité en Syrie?
Depuis longtemps, j'avais envie de raconter mes années d'enfance en Libye et en Syrie en bande dessinée. Mais je ne trouvais pas le bon ton. Quand la guerre s'est déclarée en Syrie, j'ai dû aider ma famille qui habite près de Homs à venir en France. J'ai eu énormément de difficultés à obtenir les autorisations. J'ai eu envie de dessiner les gens de la mairie, de la préfecture, et les misères qu'ils me faisaient... Mais pour le faire, il fallait que je commence au début de l'histoire, mon enfance là-bas.
Il y a tellement de souvenirs dans le texte, est-ce votre mémoire ou tenez-vous un journal?
Pour moi, il était important de partir de ce que j'avais dans la tête, des visuels, des odeurs, des sons. J'ai beaucoup de souvenirs de la petite enfance, j'en ai même qui datent de l'époque où je ne marchais pas. Mais c'est courant, Amélie Nothomb par exemple, en a parlé dans "Métaphysique des tubes". Bien sûr, j'ai reconstitué les dialogues. Je voulais que mes proches commentent l'histoire. Et ensuite, j'intégrerai peut-être leurs remarques dans des tomes suivants...
En Libye. (c) Allary Editions.

Vous dites que vos maîtres sont Hergé et Crumb. On vous voit lire un album de Tintin dans une case, dans l'avion du retour vers la France, mais il n'y pas de référence à Crumb dans le livre.
J'ai découvert Crumb adulte seulement quand j'étais en Arts appliqués à Nantes. Par contre, Hergé a été le grand héros de mon enfance. Les Tintin qui se passent au Moyen-Orient, c'était génial à lire avec mes cousins là-bas. Dans "L'or noir" notamment, il y a des mots qui sont écrits en arabe et qu'ils pouvaient lire. Ils adoraient les gags qui mettaient en scène les Arabes... ... Hergé, c'est la clarté et la lisibilité, cette façon géniale de pousser le lecteur à tourner la page, cette lecture accessible à des gens qui ne lisent pas de BD. J'essaie de faire ce genre de BD, lisible par ceux qui n'en lisent pas forcément.
Dans "L'Arabe du futur", on remarque que les aplats de couleurs fonctionnent par séquences. Est-ce habituel chez vous?
J'essaie d'adapter mon style graphique à chaque bande dessinée, à chaque histoire que je souhaite raconter. Ici, je voulais qu'il y ait une couleur dominante par pays, un jaune lumineux pour la Libye, le rouge-rose de la terre en Syrie et le gris-bleu de la mer en France. On commence le livre dans le jaune des émotions et, paf, arrive le bleu. L'ambiance a changé. Je voulais créer un dépaysement chez le lecteur.
Partout, vous sembliez à l'écart des groupes auxquels vous étiez sensé appartenir.
En Syrie, j'étais mis à l'écart parce que j'étais blond, en France, parce que je portais un nom bizarre. Du coup, j'étais chaque fois observateur du groupe. En Syrie, les gens étaient conditionnés à détester les Juifs et les Israéliens: je me faisais donc traiter de juif... Mais en France, comme j'étais efféminé, je me faisais traiter de "pédé". J'ai été assez tôt sensibilisé au rejet... Etre mis à l'écart pour quelque chose qu'on n'a pas choisi, par une majorité stupide, c'est insupportable! J'ai donc eu très tôt beaucoup d'empathie et de sympathie pour les minorités opprimées.
Votre livre rend remarquablement compte de ce qu'est un pays arabe, avec les maisons non terminées, les sacs plastique qui volent partout…
Attention, je ne veux pas généraliser! Dans le livre, je ne parle que de ce que j'ai vu, je n'ai pas la prétention de représenter une vision absolue du monde arabe... A Tripoli, nous vivions dans un immeuble pour expatriés arabophones... Nous vivions dans des conditions rudimentaires, mais meilleures que celles des Libyens. En Syrie, j'habitais dans un tout petit village très pauvre, près de Homs. Si le lecteur y trouve des points communs avec d'autres choses qu'il connaît, c'est seulement de son fait! Je ne décris que ce que je connais...
L'arrivée en Syrie. (c) Allary Editions.

Avez-vous eu des commentaires de votre famille, de vos parents par exemple, sur ce livre?
Oui.
Et?
Ce sera dans la suite du livre!
Comment procédez-vous pour une BD?
Je commence par dessiner le story-board de la BD en entier, textes et dessins. Pour ce livre-ci, il comptait 500 pages, pour 160 publiées! Si je suis content du découpage de la page, je la place dans un transparent dans un classeur. Je dessine alors la page au propre, à l’encre. Mais je change les dialogues, la narration, j’ajoute des dessins…
Vos cases fourmillent de détails qui apparaissent soit dans le texte, soit dans l'image. La moustache du père par exemple, évoquée dans le texte et puis dont un dessin rend compte de la disparition.
C'est ce qui est passionnant dans la BD, le rapport texte-images. Ce jeu est ce qui rend la bande dessinée si fascinante. Mais tout n'est pas intellectualisé, il y a beaucoup d'improvisation. La bande dessinée est une écriture, une langue! Elle possède une grammaire, des mots, des verbes, des rythmes...