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vendredi 24 octobre 2014

Vive les chroniques dessinées de "La pause"

Les exercices d'admiration sont souvent compliqués à réaliser. Jusqu'où aller? Où s'arrêter?  Comment être crédible surtout, déployer un tapis rouge assez vif vers un livre qu'on a apprécié,  tenter de partager un enthousiasme? Vraiment, ce n'est pas simple. Il est tellement plus facile de descendre un bouquin qu'on n'a pas aimé ou de dégommer un auteur énervant. C'est même, il faut l'avouer, très amusant. Et les exécuteurs ne manquent pas. Flinguons, flinguons. Mais que reste-t-il à lire alors?

Il est donc d'autant plus agréable de découvrir un ouvrage positif comme "La pause" de Jean-Baptiste Gendarme et Alban Perinet (Calmann-Lévy, 96 pages). En format en hauteur, ce "Petit panorama de la littérature contemporaine" comme le présentent ses auteurs, compères à la revue littéraire "Décapage" (où existe déjà la rubrique "La pause",  consultable ici) donne une furieuse envie de lire, ou de relire, les livres présentés de cette si belle façon.

L'ouvrage illustré a la forme d'une bande dessinée, soit nonante planches où des personnages, un, deux, trois ou quatre selon les pages, s'expriment à propos d'une parution récente. A leur manière. Nonante chroniques dessinées en douze cases chaque fois où des individus discutent ou présentent un livre. Barack et Michelle Obama ouvrent "La pause" avec "La très bouleversante confession de l'homme qui a abattu le plus grand fils de pute que la terre ait porté", de Stéphane Adely, sur les soldats américains en Afghanistan. Ils ont cet honneur car "La pause" suit l'ordre alphabétique des auteurs choisis - toutes les références bibliographiques figurent en dernière page.

In "La pause". (c) calmann-lévy.

Souvent ce sont des paires qui sont à l’œuvre, dont le choix n'est bien sûr pas anodin: des pompiers pour "Place de Manaccora, 16h30" de Philippe Jaenada, des Français pour "La disparition de Jim Sullivan" de Tanguy Viel. des femmes enceintes pour "Tom est mort" de Marie Darrieussecq, des catcheurs pour "En finir avec Eddy Bellegueule" d'Edouard Louis... Autant de personnages de papier bien trouvés qui devisent avec pertinence. Le ton des textes de Jean-Baptiste Gendarme est très plaisant car les soliloques ou les dialogues entre les personnages multiplient les manières de présenter le thème des livres. Et les images d'Alban Perinet, répétées à raison de douze à chaque planche, créent une ambiance particulière, attisant l'attention.

In "La pause". (c) calmann-lévy.

L'ensemble est extrêmement réussi. "La pause" présente une sorte de bibliothèque idéale en nonante titres, dont deux albums pour enfants et six romans graphiques. Bien sûr, il y a des manques ou des oublis, ou des injustices, les auteurs sont les premiers à le reconnaître. "Nous avons sélectionné les romans qu'on recommanderait à un correspondant américain qui souhaiterait découvrir la littérature française contemporaine." Mais il y a surtout nonante livres lus et autant d'enthousiasmes communicatifs. D'Adely à Weyergans, en passant par Carrère, Djian, Ernaux, Ferrari, Houellebecq, Modiano, Topor, sans oublier Almendros, Bizot, Blexbolex, Kuperman, Le Huche, Oster, Ovaldé, Perret, Sattouf, Vinau et les autres.

In "La pause". (c) calmann-lévy.



mercredi 22 octobre 2014

Etre un garçon manqué ou une fille réussie?


Près de quarante ans après sa première publication, revoici Julie. Elle a, heureusement, toujours son ombre de garçon. Je veux bien entendu parler de l'album "Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon"  de Christian Bruel et Anne Bozellec  (Editions Thierry Magnier, 54 pages). Un indispensable de la littérature de jeunesse de qualité, qui reparaît pour la quatrième fois aujourd'hui, dans une édition qui retravaille fort agréablement l'usage de la couleur rouge.

Le Sourire qui mord.
Etre éditions.
Pour mémoire, l'histoire de cette jeune Julie qui découvre avec une soulagement et satisfaction qu'elle est une fille réussie et non un garçon manqué, ébauchée en 1974 avec Anne Galland, a vu le jour chez IM MEDIA en 1975, a été reprise au Sourire qui mord l'année suivante, et a aussi été rééditée chez Etre éditions en 2009. La voici aujourd'hui, comme de nombreux titres édités par Christian Bruel dans ses différentes maisons, aux Editions Thierry Magnier.

On redécouvre avec plaisir les images d'Anne Bozellec, en noir et blanc pimenté de quelques aplats de rouge et sur doubles pages. Un trait simple et explicite que complète un texte souvent bref, tremplin vers cette belle et originale histoire de quête d'identité.

La première double, où la chaise est à imaginer en aplat rouge.

Manque le rouge des deux chaussettes. (c) Ed. Th. Magnier.

Les auteurs commencent par planter le décor: Julie lit dans sa chambre d'enfant, couchée sur son lit, ses patins aux pieds et son chat à côté d'elle. En écho, les remarques de la mère invisible et une brève présentation de Julie. Ce qu'elle est, ce qu'elle n'est pas. Ce qu'elle aime, ce qu'elle n'aime pas. La manière dont sa maman la rêve aussi: bien coiffée et avec un pull non déchiré. Un garçon manqué? Ses parents lui ressassent la formule. Julie n'en peut plus de l'entendre.

C'est au point qu'un matin Julie se réveille avec une ombre de garçon à ses pieds. Elle est la seule à la voir, cette ombre qui l'encombre et la dérange. Car au fond d'elle-même, elle sait bien qu'elle est une fille. Elle va utiliser toute son énergie à lutter contre cette ombre masculine envahissante. Au point de se perdre, de douter d'elle-même, de flancher.

Elle se réfugie au parc, près d'une stèle dédiée à Charles Perrault. Se cache dans un trou où la découvre un garçon qui pleure. Un garçon qui pleure comme une fille, selon son entourage. Les deux vont discuter ensemble toute la nuit - et tant pis si leurs parents les cherchent. Leur conclusion: "On peut être fille et garçon à la fois si on veut. Tant pis pour les étiquettes. On a le droit!"

Un retour à la maison en paix. (c) Ed. Th. Magnier.
Le matin les voit rentrer chacun dans soi, réconciliés avec eux-mêmes et le monde. Ils s'étaient perdus mais ils se sont retrouvés, formule joliment à double sens, comme on le voit dans l'ouvrage. Et Julie est avant tout Julie.

"Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon" est un album toujours aussi bienfaisant. La nouvelle maquette convient bien à la sobriété accueillante du texte et des images. Pas une ride à cet indispensable.


Christian Bruel.
Trois questions à Christian Bruel, l'auteur et l'éditeur de "Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon".

Quel regard sur cette nouvelle édition?
J'apprécie beaucoup cette nouvelle édition de l'"Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon" presque quarante ans après la première. Cet album, conçu en 1975, a connu sept réimpressions au Sourire qui mord, moult éditions étrangères, une nouvelle édition chez Être en 2009 (nouvelle maquette, nouvelle pagination, nouveau format). L'édition chez Thierry Magnier revient au format carré et est assez proche de l'édition originale. Elle donne aussi à lire un "plus" en archive: l'intégralité du texte de la première version datée de 1974.
Pourquoi le nom d'Anne Galland a-t-il disparu de la couverture?
Un ouvrage consacré à nos aventures éditoriales devrait paraître prochainement aux éditions du Cercle de la librairie. Il y sera marginalement question des variations des couvertures et des noms d'auteurs! Une vraie jungle: apparitions, disparitions, pseudonymes (il y aura des révélations!), absence des auteurs (et de la maison d'édition) sur les plats de couverture des six premières impressions de "Julie" au Sourire qui mord, etc. L'époque était épique et peu soucieuse des usages professionnels. Ainsi la collaboration amicale d'Anne Galland est créditée en page titre seulement pour les éditions au Sourire qui mord, puis en couverture de l'édition Être, et sous la forme d'un envoi-hommage face à la page titre dans l'édition chez Magnier. L'explication est simple: une question de contrats. Les seuls à avoir (tardivement) signé un contrat pour ce livre sont Anne Bozellec pour les images et Christian Bruel pour le texte. La collaboration d'Anne Galland à l'histoire n'a pas fait l'objet d'un autre écrit qu'un mot où elle disait ne rien revendiquer en la matière. Nonobstant, j'ai tenu personnellement à ce que son nom passe en couverture pour la nouvelle édition chez Être, ce qui n'était plus contractuellement possible pour l'édition Magnier…
Les versions de Julie ont connu beaucoup d'aventures, non?
Ce livre-phare a connu bien d'autres mésaventures: le camion s'est renversé lors de la livraison à mon domicile de la seconde édition au Sourire, la couverture de la troisième impression, réalisée en Italie avec l'édition italienne (traduction Adela Turin chez Della Parte Delle Bambine), s'est trouvée être d'un rose assez laid que je n'ai découvert qu'à la livraison, l'adaptation en vue d'un long métrage (scénario et dialogues de Christian Bruel et Maurice Bunio) qui aurait été réalisé par Maurice Bunio (réalisateur pour la télévision) et dont le producteur aurait été le même que pour "Jeux interdits", a passé une première commission du Centre national du Cinéma (CNC) avant d'être retoqué suite à d'obscures tractations propres au milieu du cinéma, les originaux du livre ont été volés dans un train lors de la co-impression italienne et, plus tard, les seuls films existants seront détruits lors de la liquidation d'une imprimerie: à l'époque, la fin des éditions Le Sourire qui mord, nous avions d'autres soucis que la conservation patrimoniale! 


lundi 20 octobre 2014

Un chouette nouvel album de John Burningham pour les 25 ans des éditions Kaléidoscope

John Burningham.

John Burningham a imaginé quasiment autant de fantastiques albums pour enfants qu'il n'a d'années. Un indice: l'auteur-illustrateur britannique est né en 1936.

Mais l'Histoire retiendra qu'il n'en a fait qu'un seul avec son épouse, Helen Oxenbury, également talentueuse auteure-illustratrice - ils se sont mariés en 1964. C'était "Bébé" tout simplement (traduit de l'anglais par Alice Delabre, Père Castor Flammarion, 2011), la confrontation des points de vue d'une maman et de son petit garçon à l'annonce de l'arrivée d'un nouveau bébé.

Mais revenons à la dernière création en date de John Burningham, l'impeccable album "Le zoo derrière la porte" (traduit de l'anglais par Elisabeth Duval, Kaléidoscope, 48 pages), qui synthétise magnifiquement tout le talent de l'auteur: humour, fantaisie et sens de la narration au service d'un départ réaliste, ici l'endormissement de Sylvie, suivi d'un envol dans un monde imaginaire, dans ce cas, la découverte d'une porte secrète dans le mur de la chambre. Le lendemain soir, la petite fille s'en va voir où mènent les escaliers derrière la porte. Vers une autre porte? Non, elle ne peut en rester là.

Les animaux regardaient Sylvie. (c) Kaléidoscope.

Elle pousse le lourd battant de toutes ses forces et découvre un "zoo rempli d'animaux qui la regardaient". Pas inquiète pour un sou, elle remonte dans sa chambre et se glisse dans son lit, accompagnée d'un ourson qu'elle reconduira chez lui le lendemain matin.

La nuit avec les pingouins. (c) Kaléidoscope.

Bien entendu, tous les animaux veulent passer la nuit avec Sylvie. C'est facile avec les plus petits de taille, ce sont les premiers élus, ce n'est impossible ni avec les pingouins, ni avec le tigre et son petit, ni avec les oiseaux, ni.... Mais c'est parfois très compliqué, question de taille principalement.

Un matin, Sylvie a manqué de temps. (c) Kaléidoscope.

Les nuits de Sylvie se suivent et ne se ressemblent pas. Et le lecteur y assiste avec plaisir jusqu'au matin où l'écolière n'eut pas le temps de reconduire ses invités secrets. Quelle surprise dans le salon à son retour de classe! Quel désordre! Et sa mère qui va bientôt rentrer. Elle va en effet arriver très vite, la mère, avec une formule dont sa fille et les lecteurs pourront savourer tout le sel.

"Le zoo derrière la porte" est encore un de ces délicieux albums à déguster pour le plaisir des mots, des images et du rapport texte-images.

Il est dommage que si peu d'albums de John Burningham soient disponibles en français, mais il convient bien entendu de saluer l'éditrice Isabel Finkenstaedt qui le publiait déjà chez Père Castor Flammarion dans les années 70 et 80, avant qu'elle ne fonde les éditions Kaléidoscope il y a tout juste 25 ans et l'y emmène souvent avec elle. Bravo à elle de suivre ce Britannique indispensable et de le rééditer régulièrement.

Sont donc disponibles les titres suivants (outre "Bébé", déjà cité)

Tir à la corde
John Burningham
traduit de l'anglais par Elisabeth Duval
Kaléidoscope, 2013

Lièvre face aux deux colosses bornés que sont Éléphant et Hippopotame.
Le panier de Stéphane
John Burningham
traduit de l'anglais par Elisabeth Duval
Réédition
Kaléidoscope, 2012
(Flammarion, 1984)

Un trajet vers les courses peu commun.



Préférerais-tu...
John Burningham
traduit de l'anglais par Elisabeth Duval
Réédition
Kaléidoscope, 2011
Flammarion, 1978

Questions pour réfléchir, et surtout rire, à lire ici.



C'est un secret!
John Burningham
traduit de l'anglais par Elisabeth Duval
Kaléidoscope, 2010

A la fête secrète des chats en compagnie de Marie-Hélène et Malcolm.
Le cadeau de Noël de Gaston Grippemine
John Burningham
traduit de l'anglais par Rose-Marie Vassallo
Flammarion, 1998

Bigre, à son retour de tournée, le Père Noël s'aperçoit qu'il a oublié de déposer le cadeau de Gaston Grippemine!






Et puis, il y a tous les titres épuisés dont la lecture rappelle tant de bons souvenirs. En voici quelques-uns.





 














Comment fêter le quart de siècle d'une maison d'édition?

En publiant par exemple un recueil grand format de 25 histoires emblématiques, au prix de 25 euros. C'est ce qu'a fait Kaléidoscope dans  "Kaléidoscope d'histoires" (240 pages).
On imagine la difficulté du choix à puiser dans les près de 850 titres publiés depuis 1989 par Isabel Finkenstaedt, avec toujours la volonté d'accompagner la petite enfance, en la faisant "lire, rire et grandir". Mais les voilà, les 25 élus pour les 25 ans, apparaissant déjà en couverture. Selon l'âge qu'on a, on en reconnaîtra immédiatement l'un ou l'autre, tellement ils ont marqué les esprits.

Dans le recueil-anthologie, les histoires sont présentées par âge croissant. Des créations et des traductions, toujours en version intégrale, dont la nouvelle maquette surprendra peut-être les habitués des titres mais qui célèbrent joliment l'esprit de la maison. On trouve par exemple les "Bébés chouettes", de Martin Waddell et Patrick Besson, pour les tout-petits, "Elmer", de David McKee, pour les 3-4 ans, ainsi que "A-A-A-A-Atchoum", de Philip C. Stead et Erin E. Stead, sans oublier "Princesse" d'Anne Wilsdorf et "Une histoire à quatre voix" d'Anthony Browne pour les 5-6 ans (et plus). Et vingt autres titres que je vous laisse découvrir.

Toutefois, en marge du recueil, voici encore les 25 titres qui ont marqué les 25 ans de Kaléidoscope.

1989 : "Elmer" de David McKee
1990 : "La Course" de Béatrice Tanaka et Michel Gay
1991 : "L’Os prodigieux" de William Steig
1992 : "Chloé et la dent de lait" de Caroline Pistinier
1993 : "Bébés chouettes" de Martin Waddell et Patrick Benson
1994 : "Le loup est revenu!" de Geoffroy de Pennart
1995 : "Blanc sur noir / Noir sur blanc" de Tana Hoban
1996 : "Va-t’en Grand Monstre Vert" d'Ed Emberley
1997 : "La Chasse à l’ours" de Helen Oxenbury (réédition)
1998 : "Jujube" d'Anne Wilsdorf
1999 : "Les tableaux de Marcel" d'Anthony Browne
2000 : "Madame Letourneau" de Christine Davenier
2001 : "La Semaine de Souris Chérie" de Magdalena Guirao Jullien et Maïté Laboudigue
2002 : "La Princesse coquette" de Christine Naumann-Villemin et Marianne Barcilon
2003 : "Bidou" d'Alexis Deacon
2004 : "Le Parcours de Paulo" de Nicholas Allen
2005 : "L’Heure du pipi" de Mo Willems
2006 : "Chers Maman et Papa" d'Emily Gravett
2007 : "Petite histoire" d'Élisabeth Duval et François Soutif
2008 : "L’Alphabet des monstres" de Jean-François Dumont
2009 : "La Vague" de Suzy Lee
2010 : "La Princesse Rosebonbon" de Magdalena Guirao Jullien et Éléonore Thuillier
2011 : "Que vois-tu"  de Stéphane Sénégas
2012 : "Sans le A" de Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo
2013 : "La Contrebasse" de Stéphane Henrich



vendredi 17 octobre 2014

Les contes de Grimm en mode Design Life

"Miroir, miroir... qui est la plus belle en ce pays?.."

Imprimée en blanc, la phrase bien connue orne subtilement la tranche colorée de gris de l'épais album "Contes choisis" de Jacob et Wilhelm Grimm, illustrés par Yann Legendre (avec des ornements de Lance Rutter, traduction française de Natacha Rimasson-Fertin grâce à José Corti, Textuel, 212 pages). Un livre venu des Etats-Unis, mais illustré par un artiste français. Le graphiste y est né en 1972 mais son travail le mène des deux côtés de l'Atlantique.

Un recueil illustré de contes de plus? Oui mais qui se distingue franchement par le style de ses magnifiques illustrations, le Design Life de Yann Legendre! C'est-à-dire une approche visuelle multiforme aisément reconnaissable: un usage important du noir, des couleurs en aplats, un graphisme aussi épuré que travaillé.

Ce style d'images un peu rude est juste et parfaitement en adéquation avec l'univers des contes en général et à celui des vingt choisis pour cette édition en particulier. L'inquiétant s'y mêle au merveilleux, l'humour au fantastique, l'effroi à la légèreté. Les récits connus et d'autres moins célèbres se succèdent avec bonheur. La typo des titres et des lettrines, assez grasse, est parfaite, les ornements des pages très réussis.

Les contes présents dans ce splendide recueil sont:
  • Le Renard et Le Chat
  • Cendrillon
  • La Lune
  • Les Six Cygnes 
  • La Mort de la petite poule
  •  La Jeune Fille sans Main
  • Chat et Souris associés
  • Le Vaillant Petit Tailleur
  • La Vieille dans la Forêt
  • Blanche-Neige ;
  • L'étrange Musicien
  • L'Esprit dans la bouteille
  • La Rave 
  • Le Roi de la montagne d'or
  • Le Roi grenouille ou Henri-de-Fer
  • Petite table Sois-Mise, l'âne faiseur d'or et gourdin sors-du-sac 
  • La Chouette 
  • L'Ondine de l'étang
  • Conte de la petite souris du petit oiseau et de la Saucisse
  • Le Petit Chaperon Rouge

La VO amércaine.
Selon leur longueur, les contes apparaissent avec une ou plusieurs images pleine page ainsi que plusieurs médaillons.

Certains personnages ont presque l'air contemporain, comme la première image du Petit Chaperon Rouge, ainsi que certains décors (le Conte de la petite Souris, du Petit Oiseau et de la Saucisse), ce qui permet d'intéressantes rencontres entre l'univers du XVIIIe siècle des frères Grimm et le nôtre.



Quelques-unes des magnifiques illustrations de Yann  Legendre. On se rend compte de la force de son inspiration, de son talent à renouveler intelligemment des images présentes dans l'inconscient collectif.

Cendrillon. (c) Yann Legendre.

Blanche-Neige. (c) Yann Legendre.

Le Petit Chaperon Rouge. (c) Yann Legendre.

Les six Cygnes. (c) Yann Legendre.

Le Conte de la petite Souris, du Petit Oiseau et de la Saucisse. (c) Yann Legendre.

Ces "Contes choisis" de Grimm sont une très belle façon de relire des classiques ou de découvrir des contes moins célèbres mais qui ont tous en commun de célébrer la vie et l'imaginaire.


mercredi 15 octobre 2014

Richard Flanagan, Man Booker Prize 2014


Richard Flanagan reçoit son prix.

Hier soir, 14 octobre, a été révélé le nom du lauréat du Man Booker Prize 2014, distinction britannique éminente s'il en est (50.000 £ et un trophée à la clé). C'est l'Australien né en 1961 Richard Flanagan qui décroche la timbale pour son sixième roman, "The narrow road to the deep North" (Chatto & Windus), sorti en juillet 2014.
Les 58 premières pages de l'édition originale, 464 pages en anglais!, on imagine le pavé que va donner la traduction française, sont à lire ici.

Le roman est inspiré de l'expérience de son père en tant que prisonnier de guerre des Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale - il portait le numéro 335. L'épais ouvrage raconte l'histoire de Dorrigo Evans, un chirurgien détenu dans un camp de travail de l'armée japonaise sur la ligne de chemin de fer entre la Thaïlande et la Birmanie, connue comme la "voie ferrée de la mort".

"Les deux grands thèmes depuis l'origine de la littérature sont l'amour et la guerre: c'est un magnifique roman sur l'amour et la guerre", a déclaré Anthony Grayling, le président du jury, lors de la remise du prix à Londres. Il a jouté une jolie formule "This is the book that Richard Flanagan was born to write", difficile à traduire littéralement mais dont on comprend qu'il indique que c'est pour écrire ce livre que Richard Flanagan est né. 

Richard Flanagan, 53 ans, Tasmanien aime-t-il préciser, est le troisième Australien à remporter le Man Booker Prize, après Thomas Kenealley (1982) et Peter Carey (1988 et 2001). Cette année, le prix était ouvert pour la première fois à tous les écrivains de langue anglaise pour peu qu'ils soient aussi publiés en Grande-Bretagne.

Son discours de réception, où il se compare à un poulet mais en anglais, est à lire ici.

Quant au roman pour lequel Richard Flanagan a été récompensé, "The narrow road to the deep North", il n'a pas encore de traducteur français. Belfond, qui a publié chez nous ses deux magnifiques romans précédents, a hésité devant l'épaisseur du nouvel ouvrage et aussi à cause du piètre accueil fait par le public francophone à cet indispensable écrivain, un des meilleurs d'Australie. Peut-être paraîtra-t-il chez Flammarion, qui avait traduit les trois premiers. Ou chez un autre éditeur qui récoltera les fruits du travail de ses prédécesseurs.

En attendant, on peut se consoler en lisant les splendides romans déjà parus de l'écrivain, dont certains existent en version poche chez 10/18.

Richard Flanagan.
J'avais rencontré Richard Flanagan il y a quatre ans, à la sortie française de "Désirer" (Belfond, traduit de l'anglais par Pierre Furlan, 2010), son cinquième roman.

Le point de départ de ce très beau roman fut le portrait d’une jeune fille aborigène en robe rouge occidentale, accroché dans un musée colonial décrépit de Tasmanie. "Le conservateur m'a montré que le cadre ovale camouflait les pieds nus de l’enfant", explique l'auteur. "J'ai été frappé par le fait que ses pieds nus avaient été cachés, parce que pour un aborigène, le rapport à la terre passe par les pieds."

Ce cadre, symbole de la colonisation britannique qui a échoué, a donné envie au romancier de découvrir l'histoire de la jeune fille. "C'était nécessaire pour moi car symptomatique de l'époque coloniale. Mais quand on écrit, l'important est que l'intérêt de départ disparaisse au profit du livre. L'écrivain a un travail et une âme; l'histoire est ce qui vient entre les deux."

Il est effrayant de découvrir comment ont été traités les Aborigènes du détroit de Bass et plus particulièrement la petite fille qu'adoptent Sir Franklin, explorateur et gouverneur de Tasmanie, et son épouse, Lady Jane. Un couple pétri de convictions qui a eu le désir d'européaniser Mathinna et qui, son échec éducatif avéré et la mode de l'exotisme passée, renverra une jeune fille déracinée auprès des siens, décimés.

Plus tard, quand Sir Franklin disparaît lors d'une expédition, c'est Charles Dickens, en pleine crise conjugale, rencontre amoureuse et doute créatif, qu'appelle Lady Jane pour réhabiliter son mari accusé de cannibalisme.

"J'ai eu avant tout envie d'écrire un livre sur le désir", explique encore Richard Flanagan. "J'ai eu envie d'explorer ce terrible besoin qu'on a d'arriver à se contrôler devant le désir tant ce dernier peut paraître terrifiant, ainsi que le coût à payer quand on y arrive."

Durant toute la rencontre, l'écrivain insiste sur les différences entre Europe et Australie, "pays où l'histoire a commencé vingt mille ans avant que l'homme ne mette le pied en Europe", pays où les Aborigènes du XIXe siècle ont été massacrés sans émotion, pays qui a servi de goulag à l'Empire britannique et au centre duquel on trouve la nature et non l'homme.

C'est pourquoi il estime que "Désirer" est un roman contemporain et non historique, même s'il aborde le sort des Aborigènes à travers le destin tragique de Mathinna et invite, en deuxième personnage principal, l’écrivain Charles Dickens. 

"Pendant des années, j'ai pensé être un écrivain européen", conclut Richard Flanagan, "mais j'ai réalisé que je viens tout autant du soleil et de la terre que des grandes œuvres littéraires. Dans mon pays, la vision du temps est plus circulaire, c’est-à-dire qu'on ne peut pas y échapper."






lundi 13 octobre 2014

La Licorne aujourd'hui sauvée des chasseurs

"Que longtemps vivent les livres,
que longtemps les libraires les abritent."
La jolie phrase de Deborah Danblon, patronne de la librairie La Licorne à Uccle depuis 2006, termine le petit texte qui résume la très vilaine passe qu'elle a traversée en cet été 2014.
On la trouve en quatrième de couverture du fort sympathique recueil de textes et de dessins dus à des dizaines et des dizaines de Licornes obliques, "Un jour, une librairie" (168 pages, 20 euros minimum), publié par la librairie grâce à Danielle Nees (Genèse édition).

Prêts pour les dédicaces, les cartons des auteurs du recueil.
Un livre né de l'immense solidarité des auteurs, ceux qui écrivent et ceux qui dessinent, qui se sont mobilisés pour soutenir cette librairie créée en 1982. Il fallait que La Licorne demeure et qu'elle reste un havre de lecture. Sans hésiter, ils ont dégainé leurs mots et leurs pinceaux pour célébrer la librairie, raconter un souvenir, une anecdote, rêver la lecture ou le lieu qui la permet...

Plus de 80 textes et images sont réunis dans ce recueil, variés, délicieux, touchants. Des mots et des pinceaux d'amis pour Deborah et Daniel, son mari. Des mots et des pinceaux pour les lecteurs et pour tous ceux qui aiment les livres.

Le recueil "Un jour, une librairie" a été présenté samedi soir au Centre culturel d'Uccle par la libraire bien entendu et aussi par trois lectrices de l'asbl Plaisir du texte. Il a été remis aux souscripteurs. De nombreux auteurs présents ont dédicacé ce collector.

Avec l'odeur....
Une surprise était annoncée. Elle fut fameuse! Caroline Lamarche, aidée par son complice Alain Jadot, venu tout droit de Berlin, a mis en pratique le texte qu'elle a écrit, "Le petit livre brûlé". L'expérience a été tentée au micro-ondes, dégageant quelques flammes. Les pages consumées ont été distribuées. J'ai moi-même reçu un "Chapitre 13", dit porte-bonheur, en partie calciné. J'ai aussi hérité d'une solide odeur de brûlé qui accompagne encore mon exemplaire.


Et la bonne nouvelle de la soirée a été annoncée!
La Licorne était sauvée pour le moment.

Grâce aux Films de la mémoire, l'Espace Phoenix y développera désormais un programme de projection de films documentaires belges en journée. Un film par jour, à 10h30 les lundis, mardis, jeudis, vendredis et samedis, à 14h30 les mercredis. Ainsi qu'une soirée en présence du réalisateur.

L'Espace Phoenix veut être un lieu de vie culturelle au quotidien. Adossé à la librairie, il a la mission d'être une passerelle ressource pour différentes structures culturelles et éducatives. Et bien sûr, il entend défendre l'idée que la librairie soit un espace culturel à part entière, permettant échanges, rencontres, apprentissages, d'imaginaire et de mémoire.

Le programme des trois mois à venir est fixé:
- pour octobre: "Paul et Sophie", de Valentine Roels
- pour novembre: "Mille chemins du temps", de Philippe Vandendriessche
- pour décembre: "S'enfuir", de Joachim Thôme. 
 
Vivent les Licornes et le Phoenix!

La Licorne
656 chaussée d'Alsemberg
1180 Bruxelles.
Tél. +32 (0)2 344 98 32
info@librairielalicorne.be
lundi - samedi 9h30 - 18h30
premier dimanche de chaque mois : 11h - 17h





samedi 11 octobre 2014

"Akim court" de Claude K. Dubois encore primé

Claude K. Dubois et son traducteur Tobias Scheffel. (c) Dominique Petre.


Hier soir, vendredi 10 octobre, à la Foire du livre de Franc- fort, Claude K. Dubois a remporté le Jugendliteraturpreis dans la catégorie "album" pour son magnifique album "Akim court" (L'école des loisirs, Pastel, 2012), en allemand "Akim rennt" (traduit vers l'allemand par Tobias Scheffel, L'école des loisirs, Moritz Verlag). A lire ici.

Un Momo.
Elle a reçu un Momo (la photo du Arbeitskreis für Jugendliteratur), du nom de l'héroïne du roman de Michael Ende, sorte d'oscar de la littérature jeunesse allemande. Un prix largement mérité et une lauréate très émue.

La remise du prix. (c) Dominique Petre.
La ministre fédérale allemande de la famille Manuela Schwesig a dit avoir impressionnée par le livre "qui permet aux enfants de se rendre compte de ce que signifie le fait d'être réfugié" et qui "va rendre les gens davantage tolérants vis-à-vis des réfugiés".

La présentatrice de la cérémonie, qui a eu lieu dans le cadre de la Buchmesse de Francfort, a conseillé à la ministre d'offrir le livre à ses collègues responsables de la politique de l'immigration…

On pourrait évidemment conseiller la même chose en Belgique puisque le nouveau gouvernement a prêté serment ce samedi matin.


Claude dédicace. (c) Dominique Petre.
Sur le stand belge à Francfort.



















Ce n'est pas le premier prix que reçoit Claude K. Dubois en Allemagne pour cet album. En mai, elle a été honorée à Bonn du Katholische Kinderbuchpreis. C'est à lire ici.