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mercredi 23 avril 2014

L5 quiète pour la librairie indépendante belge


La Sant Jordi, du nom du saint patron des libraires en Catalogne, se fête le 23 avril selon le calendrier. Aujourd'hui. Elle est l'occasion de rappeler l'importance de toutes les mailles de la chaîne du livre, auteurs, éditeurs, libraires, lecteurs. L'évènement est même devenu, sous l'égide de l'Unesco, la "Journée mondiale du livre et du droit d'auteur".

En Belgique, comme en France d'ailleurs, la librairie indépendante sera également à la fête pour cette bonne cause et pour la seizième fois, avec le joli slogan "Un livre, une rose". Ce sera le samedi 26 avril.

Ce jour-là, trente libraires belges indépendants remettront gratuitement aux amateurs et acheteurs de littérature une rose et... un livre illustré édité spécialement pour l'occasion. "Un livre peut en cacher un autre" est un  abécédaire collectif, illustré par 26 lettrines originales de Christian Lacroix, à l'initiative de l'asbl Verbes.

Particularité de cet élégant ouvrage: vingt-trois auteurs contemporains y écrivent sur vingt-six auteurs issus du fonds. Cela donne des associations intéressantes, comme le Dr Louis-Ferdinand Destouches, dit "Céline", par Patrick Declerck, Jack Kerouac par Maylis de Kerangal, Yoko Ogawa par Véronique Ovaldé ou Stefan Zweig par Valérie Zenatti. Mais Victor Hugo se suffit à lui-même... Chaque fois, Christian Lacroix apporte son sens du dessin et du trait à ces lettres qui réunissent des paires d'auteurs selon l'initiale de leurs noms de famille. Un livre peut donc bien en cacher un autre, ou un auteur en cacher un autre.

La lettrine de Christian Lacroix pour le W réunissant Virginia Woolf et Cécile Wasjbrot.

"Par ce geste [de fête]", signale une libraire, "nous affirmons aussi notre envie furieuse de rester là, dans nos librairies, auprès de nos lecteurs, à continuer ce que nous faisons le mieux: les aider à trouver l’ouvrage qui leur convient."

Si "Fête de la Librairie par les libraires indépendants" il y a cette année - et heureusement -, la rose porte cependant des épines. "Pour nous libraires", poursuit notre interlocutrice, "chaque jour qui passe dans la place est un véritable miracle. Comme tous les autres petits commerçants, nous devons lutter contre l’adversité économique. À cela s’ajoute la concurrence effrénée des sites en ligne et de la tabelle (majoration des prix par certains diffuseurs en Belgique). Et pourtant, sans librairies indépendantes pour les défendre, ce sont certains éditeurs et des auteurs moins en vue qui sont aussi directement menacés de disparition. Eh oui, cela fait partie de notre nature de vous dégoter des pépites dans l’abondante production littéraire."

Quel est l'état des librairies indépendantes dans notre joli royaume? A Bruxelles, Libris Louise vient de fermer ses portes. La Licorne se défend comme une diablesse pour ne pas couler. Elle n'est pas la seule. Sur le site du Syndicat des libraires francophones de Belgique, deux enseignes notoires sont signalées "A REMETTRE".

On sait ce qui fait du mal aux librairies indépendantes. La tabelle en premier lieu, problème non réglé depuis le passage du franc belge à l'euro. Oui, le 1er janvier 2002. Soit il y a plus de douze ans. C'est d'autant plus important que 70 % des livres achetés en Belgique proviennent de France.
Pire que le mythe de Sisyphe, cette fameuse tabelle qui ne connaît pas l’euro franco-belge. Elle paraît impossible à liquider malgré l’apparente facilité de l’opération.
La tabelle est un héritage des anciens taux de change appliqués dans la distribution des livres. Avant l’euro. A l’époque, on comptait 6,8 francs belges pour un franc français. Cette équivalence incluait les taux de change et les frais de transport – même si la Belgique a toujours été plus proche de Paris que certains coins du sud de l’Hexagone. Mais bon.
A l’arrivée de l’euro, on a cru que les livres français seraient vendus partout au prix indiqué en quatrième de couverture. C’était oublier, en Belgique, les distributeurs qui se situent dans la chaîne du livre entre l’éditeur et le libraire. Quoi? Délaisser cette aubaine? Il n’en était pas question. Et ceci explique la présence sur certains ouvrages d’étiquettes mentionnant un prix en euros belges plus important que l’original en euros français. Entre 10 et 30 % d’augmentation selon les maisons d’édition. Ce qui est lourd pour le portefeuille du candidat acheteur. Certains préfèrent filer de l’autre côté de la frontière acheter leurs livres, là où existe, depuis plus de trente ans, la loi sur le prix unique du livre. D'autres n'hésitent pas à s'approvisionner chez Amazon. De plus en plus souvent même, après être venus se renseigner dans une vraie librairie.
Il y a eu bien eu une tentative de contourner cette manœuvre: en permettant aux libraires belges de s’approvisionner directement chez les éditeurs français. Dans ce cas, le prix imprimé est celui qui est pratiqué en librairie. Mais cela ne concerne pas toutes les publications, certaines maisons françaises imposant de passer par leur distributeur belge, celui qui facture la tabelle. C’est le cas pour Hachette et ses filiales, Grasset, Fayard, etc., via Dilibel. C’est le cas de Robert Laffont et les siennes, via Interforum. Là, c’est cher mais c’est simple.
Où les choses se compliquent encore, c’est quand un libraire de petite taille ne veut pas commander en France alors que l’éditeur le lui permet. Il s’adresse alors à un distributeur belge et vendra le livre plus cher que certains de ses collègues. Exemple : Actes Sud permet la vente directe depuis la France mais est aussi distribué par la Caravelle qui facture les livres plus cher.
Et comme rien n’est simple dans notre pays, à cause notamment d’absence de loi sur le prix unique du livre, on peut aussi vendre de nouveaux livres à prix très diminués. Ce que font chaînes de librairie ou grandes surfaces, qu’elles soient culturelles ou pas, lors de l’apparition sur le marché de best-sellers.
Les diverses petites tentatives de légiférer chez nous n’ont jamais abouti. Les grands perdants de l’affaire sont les lecteurs et les libraires indépendants. Plus loin, les auteurs et les petits éditeurs.
Deuxième épine: le label de "libraire de qualité". Oui. Car celui qui est actif aujourd'hui n'est plus tout à fait celui qui a été mis en place en octobre 2007 en Belgique (avant que la France n'embraie avec ses labels LiR). La ministre de la Culture Fadila Laanan en était tellement fière. A juste titre. Enfin, un réseau de libraires professionnels était reconnu, soutenu, honoré. Et derrière lui, le livre de qualité célébré.

Douze critères étaient alors établis. C'est un peu fastidieux à lire mais il faut le faire pour comprendre ce qui existe aujourd'hui.

Critères opérationnels en 2007 de prise en considération des libraires de qualité

1. Critère du début d'activité
Les librairies candidates au label de qualité doivent être en activité depuis au moins un exercice comptable accompli.

2. Critère de l'accessibilité
Les librairies doivent se situer dans un local aisément accessible au grand public et doivent être ouvertes au moins cinq jours sur sept à raison de minimum 35 heures par semaine.

3. Critère de la primauté de l'activité livre
Le chiffre d'affaires net livre de l'exercice comptable de l'exploitation précédant le moment de la demande d'admission doit représenter au moins 60% du chiffre total net du point de vente.

4. Critère de la quantité minimale de livres en magasin
Les librairies doivent disposer en magasin (exposés ou en stock) d'au moins 5.000 titres en langue française ou de 1.500 titres s'il s'agit d'une librairie spécialisée.

5. Critère de l'assortiment multiéditorial et non captif
Les librairies générales doivent se fournir, sur le marché francophone, auprès de distributeurs et d'éditeurs diversifiés. Dans tous les cas, les librairies doivent avoir l'autonomie du choix de leur approvisionnement. Celui-ci ne peut être captif, c'est-à-dire déterminé par un distributeur, un grossiste, une centrale d'achat ou toute entité autre que le libraire lui-même

6. Critère du ratio fonds/nouveauté
Au moins 25% des titres en magasin, hors collections de réédition au format de poche, doivent être des ouvrages de fonds, c'est-à-dire parus chez l'éditeur depuis un an et plus.

7. Critère éthique
La librairie ne peut proposer en rayons des livres qui ne respectent pas les principes de la démocratie tels qu'énoncés par la Convention européenne de la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, par la Constitution, par la loi du 30 juillet 1981 tendant à réprimer certains actes inspirés par le racisme et la xénophobie ou par la loi du 23 mars 1995 tendant à réprimer la négation, la minimisation, la justification ou l'approbation du génocide commis par le régime national-socialiste allemand pendant la seconde guerre mondiale.

8. Critère du quota d'auteurs belges
Au moins 200 titres d'auteurs et/ou d'illustrateurs de nationalité belge ou résidant en Belgique doivent être présents en magasin, toutes catégories de livres et toutes collections confondues.

9. Critère de la réponse à la commande à l'unité
Les librairies doivent accepter la commande à l'unité pour tout livre en langue française correspondant à leur type de magasin (librairie générale ou spécialisée) et en assurer le suivi dans le meilleur délai.

10. Critère des outils de recherche bibliographique
Les librairies doivent posséder et utiliser des outils de recherche bibliographique pour les ouvrages en langue française tels que revues professionnelles, banques de données Electre et Banque du livre.

11. Critère de la formation continuée
Les libraires doivent manifester leur intérêt pour la formation continuée de leurs dirigeants et de leur personnel, dans les domaines de la commercialisation, de la communication et de la gestion.

12. Critère de convergence
Certaines librairies établies dans de petites villes ou localités où elles constituent le seul point de vente de livres pourront être admises au label des librairies de qualité, même si elles ne satisfont pas à certains des critères énoncés, pour autant qu'elles s'engagent à se rapprocher de ceux-ci, selon des modalités à fixer au cas par cas.

L'idée fut alors jugée excellente et les librairies labellisées se sont multipliées après 2007. A toutefois suivi en juillet 2013 la mise en application du décret du 30 avril 2009, qui en fixe les modalités.

Critères 2013 pour obtenir et conserver la reconnaissance autorisant l’utilisation du label de qualité "le libraire"


1. Critère du début d’activité
Les librairies candidates au label de qualité doivent être en activité depuis au moins deux exercices comptables accomplis.

2. Critère de l’accessibilité
Les librairies doivent se situer dans un local aisément accessible au grand public et doivent être ouvertes au moins cinq jours sur sept à raison de minimum 35 heures par semaine.
3. Critère de la primauté de l’activité liée au livre
Le chiffre d’affaires net réalisé avec la vente de livres neufs au détail doit représenter au moins 60% du chiffre total net du point de vente. Les chiffres des deux exercices comptables de l’exploitation précédant le moment de la demande d’attribution du label sont pris en compte.

4. Critère de l’offre minimale en magasin
Les librairies doivent disposer en magasin et proposer à la vente une offre diversifiées de titres (exposés ou en stock):
a) au moins 3.000 titres pour les librairies d'assortiment spécialisé, sauf dans les domaines éditoriaux "jeunesse" et "bande dessinée";
b) au moins 6.000 titres pour les librairies d'assortiment général ou pour les librairies d'assortiment spécialisé dans les domaines éditoriaux "jeunesse" et "bande dessinée" réalisant 600.000 € ou moins de chiffre d'affaires annuel hors taxe en vente de livres au détail ;
c) au moins 10.000 titres pour les librairies d'assortiment général ou pour les librairies d'assortiment spécialisé dans les domaines éditoriaux "jeunesse" et "bande dessinée" réalisant plus de 600.000 € de chiffre d'affaires annuel hors taxe en vente livres au détail.

5. Critère de l’assortiment multiéditorial et non captif
Les librairies doivent se fournir, sur le marché francophone, auprès de distributeurs et d’éditeurs diversifiés et dans tous les cas, avoir l’autonomie du choix de son approvisionnement. Celui-ci ne peut être captif, c’est-à-dire déterminé par un distributeur, un grossiste, une centrale d’achat ou toute entité autre que la librairie elle-même.

6. Critère du ratio fonds/nouveauté
Au moins 40% des titres en magasin doivent être des ouvrages de fonds, c’est-à-dire parus chez l’éditeur depuis un an et plus.

7. Critère du pourcentage du chiffre d’affaires dédié à la rétribution du personnel affecté à l’activité de librairie
Les librairies doivent affecter aux frais du personnel dédié à l’activité de vente de livres :
a) au moins 10% du chiffre d'affaires annuel réalisé avec la vente de livres si celui-ci est inferieur à 600 000 € ;
b) au moins 12,5% de leur chiffre d'affaires réalisé avec la vente de livres si celui-ci est supérieur 600 000 € ;
Ces frais comprennent les salaires et les charges sociales afférentes, ainsi que, le cas échéant, les autres éléments de rémunération du personnel.

8. Critère du quota d’auteurs belges
Au moins 200 titres (toutes catégories de livres et toutes collections confondues) d’auteurs et/ou d’illustrateurs de nationalité belge ou résidant en Belgique doivent être présents en magasin.

9. Critère de la réponse à la commande à l’unité
Les librairies doivent accepter la commande à l’unité pour tout livre en langue française correspondant à leur type de magasin (librairie générale ou spécialisée) et en assurer le suivi dans le meilleur délai.

10. Critère des outils de recherche bibliographique
Les librairies doivent posséder et utiliser des outils de recherche bibliographique pour les ouvrages en langue française tels que revues professionnelles, banques de données commerciales bibliographiques permettant les commandes.

11. Critère de la formation continuée du personnel de librairie
Les librairies doivent établir et mettre en place un programme de formation destiné à son personnel. Ce programme, au minimum annuel, prévoit des objectifs et un calendrier de réalisation. Une participation minimale de deux demi-journées par an est obligatoire.
Ces formations peuvent, entre autres, être suivies auprès de la Communauté française, du Syndicat des Libraires Francophones de Belgique (SLFB), du Partenariat interprofessionnel du Livre et de l’Edition numérique (PILEn), de l’Institut de Formation en Alternance des Petites et Moyennes Entreprises (IFAPME).

Exception de convergence
Les librairies établies dans des communes de moins de 20.000 habitants, où elles constituent le seul point de vente de livres, peuvent obtenir le label de librairie de qualité, même si elles ne peuvent satisfaire à maximum deux des critères énoncés ci-dessus et ce pour autant qu'elles s'engagent à respecter ceux-ci dans un délai raisonnable, selon un plan déposé au moment de la demande d'octroi du label.

Que remarque-t-on?

Qu'il faut maintenant exister depuis deux ans pour pouvoir demander le label.
Que le nombre de titres minimum en langue française disponibles en magasin a tout simplement doublé: 10.000 pour les librairies généralistes, 3.000 pour les librairies spécialisées. Bonjour les stocks et leurs loyers.
Qu'en ce qui concerne les librairies jeunesse ou BD, le nombre de titres imposés en magasin ou en stock varie maintenant entre un minimum de 6.000 ou de 10.000 titres selon le chiffre d'affaires. Bingo!
Que le ratio fonds/nouveautés a changé: il est passé de 25 à 40 %. Pour des titres parus donc depuis un an et plus.
Que l'obligation d'avoir en stock au minimum 200 titres d’auteurs et/ou d’illustrateurs de nationalité belge ou résidant en Belgique demeure.

Tout cela à un moment où personne n'ignore les difficultés des libraires
Faut-il "délabelliser" ceux qui vendent désormais de la papeterie ou des jouets pour tenter de tenir le coup financièrement et, surtout, pour continuer à proposer des livres de qualité, à conseiller,  démarches dans la ligne du label?
Fait-il imposer aujourd'hui de telles obligations?

Une librairie jeunesse comme Am Stram Gram, 35 ans d'âge et du meilleur cru, ne mériterait dès lors plus le label de "libraire de qualité"! "Comment est-ce possible?", vont s'écrier tous ceux qui achètent crûment leurs livres en ligne. Mais un stock pareil, autant de titres belges, quand on refuse de proposer les "Martine" autrement que sur commande, ce n'est tout simplement pas possible. Et donc non labellisable désormais. On croit rêver? Pas du tout, c'est la réalité.

Il faut aussi entendre le cri d'alarme de Deborah Damblon, de la librairie La Licorne, à Uccle.
"Chers amis,

Vous connaissez les licornes, ce sont des animaux fantastiques, beaux, fiers et résistants. Devant l'adversité, elles se battent et tentent de ne pas courber la tête.
Hélas, parfois, les difficultés sont telles qu'elles ont besoin d'aide pour rester debout.
La situation économique générale, la crise du livre et le poids de nos frais fixes nous mettent vraiment en danger.
Comme nous disons en Belgique, l'union fait la force. Peut-être connaissez vous quelqu'un qui souhaite sous-louer une partie du magasin pour y installer un salon de thé, un espace de loisirs créatifs ou n'importe quel joli projet en accord avec la philosophie chaleureuse et familiale de notre librairie...
Quoi qu'il en soit, notre survie passe par chacun des livres que nous vendons, n'hésitez pas à encourager vos proches à le faire.
Acheter un livre dans une librairie indépendante est un choix de consommateur et un acte citoyen.
Merci de tout faire avec nous pour que la Licorne reste là.
Bien à vous.

Deborah"

Sa lettre n'est pas passée inaperçue et a obtenu de nombreux soutiens sur la toile. Il suffit d'aller visiter sa page Facebook.

Dont ce cri du cœur de Daniel Prinet, qui a travaillé chez Gallimard.
"Il ne faut pas que les Libraires indépendants disparaissent vous ne pourriez plus connaître ce plaisir d'aller flâner souvent et longtemps, entre les rayonnages et les tables des librairies, poser la main, humer tel ou tel livre, en faire courir les pages, imaginer l’intrigue, les protagonistes, parfois l’héroïne, avec qui, vous pourriez passer des heures sans vous lasser.
Venir dans une librairie n’est pas seulement pour cet échange de propos qui souvent se tisse avec le libraire, mais pour cet entretien muet que l’on a avec les livres. Le conciliabule invisible entre soi et tous les personnages que recèlent les histoires et qui continue bien au-delà du temps passé dans la librairie, en silence…"
La question de la survie de la librairie indépendante se pose avec d'autant plus d'acuité que débute aujourd'hui l'opération "Je lis dans ma commune".
La treizième édition se déroule du 23 avril au 4 mai et a pour thème "Lectures en mouvement". Le vaste programme en Belgique francophone est détaillé province par province ici.

Nouveauté 2014, ce n'est plus la firme Sodexo qui imprime les célèbres chèques-livres associés à l'opération mais la SPRL La Librairie du Web.

(c) Nicolas Simon.
Il s'agit du confortable chiffre de 8.500 chèques de dix euros chacun qui ont été remis, lors d'une cérémonie à Bruxelles et d'une autre en Wallonie, aux promoteurs des projets sélectionnés par un jury indépendant au cours des précédentes semaines. A charge pour les récipiendaires de les redistribuer autour d'eux.

Mais où les échanger? C'est là que le cœur du Syndicat des libraires francophones de Belgique a failli s'arrêter de battre. Car dans un premier temps, il n'était possible d'échanger lesdits chèques qu'auprès de l'organisme émetteur, La Librairie du Web!

Heureusement, quelques réunions plus tard, la raison semble être revenue. Il sera donc bien possible d'échanger les chèques-livres 2014  de "Je lis dans ma commune" auprès de l'ensemble des librairies labellisées par la Fédération Wallonie Bruxelles ainsi qu'à la Librairie du Web dont le site s'ouvre ce 23 avril.

Dernière minute du mercredi 23 avril!
Les librairies labellisées refusent de participer à "Je lis dans ma commune" 2014.
Voici le communiqué du Syndicat des Libraires francophones de Belgique.

"Le conseil d’administration du SLFB s’est réuni ce 22 avril 2014 à 19h30.

Il a décidé de rejeter la note de pré-accord proposé par l’asbl Texto et de ne pas s’engager dans un accord-cadre avec celle-ci. En conséquence, il ne proposera pas aux librairies labellisées d’accepter les chèques-livres émis par la SPRL "La librairie du web".

Ce rejet est dû au manque de confiance entre les parties.

Le fait que les chèques aient été émis par une SPRL ne garantit en rien leur remboursement aux libraires. Nous n’avons aucune garantie sur la fiabilité des chèques ni d’ailleurs sur leur nombre exact. Le système de remboursement proposé par Texto est compliqué et incertain. Les délais de remboursement sont trop longs et celui-ci est conditionné par l’obtention de subsides dont le SLFB ignore les conditions d’octroi.

Le SLFB déplore la mauvaise organisation de l’asbl Texto quant à la distribution des chèques-livres. Une société émettrice tierce et non liée commercialement aurait dû être choisie.

La seule solution acceptable pour le SLFB serait le retrait des chèques émis par La librairie du web et le remplacement de ceux-ci par des chèques émis par Sodexo ou à une société offrant le même type de service.

Le SLFB regrette cet état de fait pour les participants à "Je lis dans ma commune 2014" et est prêt à rechercher une solution pour l’opération 2015 qui aura été convenue à priori dans l’intérêt des lecteurs et la nécessaire sécurité des libraires.

Le SLFB remercie le cabinet de la Ministre Laanan pour son engagement dans la recherche d’une solution."



Coquetterie amusante, La Librairie du Web ne répond évidemment pas aux critères du label de "libraire de qualité". Elle est née, nous y dit-on, quelques heures avant l'ouverture officielle, "parce que le monde évolue et que le marché évolue aussi. Que les libraires ne couvrent pas l'ensemble du territoire. Que tout le monde ne va pas chez les libraires. Pour faire concurrence à Amazon. Pour privilégier les auteurs et les éditeurs belges francophones. Parce que cette librairie veut se faire une place sur la Toile".

Ah bon? Mais comment expliquer alors qu'on ne peut choisir les livres que dans le catalogue restreint mis en ligne? Des romans, des essais, des livres pratiques ou de développement personnel, des BD et de la jeunesse, mais provenant seulement du distributeur Interforum!

Quant aux prix, "ils sont ceux du marché", nous assure-t-on. Pratiquant donc la tabelle? Mais durant l'opération "Je lis dans ma commune", les frais de port sont offerts lors des achats à effectuer en ligne. Oui, sauf que sur la page d'ouverture de ladite Librairie du Web, différents titres sont annoncés en promotion avec 5% de ristourne sur le prix de base... français.

Une étrange façon de soutenir la librairie belge indépendante...

Dernière minute du jeudi 24 avril!

Interforum suspend ses livraisons à la Librairie du Web.
Le distributeur vient d'envoyer le communiqué ci-après à l’Agence Belga.
"Désireuse de ne pas porter préjudice à la librairie indépendante, Interforum a décidé de suspendre les livraisons à la Librairie du web, jusqu’au moment où un accord aura été trouvé avec les libraires indépendants dans le cadre de l’opération "Je lis dans ma commune".

Interforum tient à rappeler qu’elle ne se prévaut d’aucune exclusivité dans cette opération.

La Librairie du web étant un client, Interforum agit uniquement en tant que fournisseur et logisticien."





dimanche 20 avril 2014

LA trouv. son album de Pâqu.s

"Pool". (c) Rouergue.

Pâqu.s, c'.st notamm.nt la chass. aux œufs. Oups, la chass. aux o.ufs, voulais-j. dir..
Ça p.ut donc .tr. un .x.rcic. d'admiration à "La disparition" d. l'Oulipi.n G.rg.s P.r.c.

Pascale Petit et Renaud Perrin sont parv.nus à unir l.s d.ux dans l.ur sup.r album judici.us.m.nt intitul. "Pool" (Rouergue, 96 pages). Un p.tit format toil. .t à sign.t dont l. titr. .st à lir. à haut. voix bi.n .n.t.ndu. 
Chap.au bas d.vant c. long t.xt. d. Pascale Petit qui n. conti.nt aucun. fois la cinqui.m. l.ttr. d. l'alphab.t. Mais tous c.s produits saisonni.rs n'ont pas disparu pour autant! On l.s r.trouv. tous dans l.s imag.s d. Renaud Perrin. Cool, fool.

Qu. fair. av.c c. qu. nous donn.nt l.s poul.s chaqu. jour? Un. tortilla bi.n sûr (pas d. coq au vin). A r.aliser sous un coucou ponctuant l. t.mps auqu.l un coq a d.cla.r sa flamm. (comm. dans la chanson). La r.c.tt. ouvr. l'album, paradoxal.m.nt sans "e". Mais l'ingr.di.nt manquant, ainsi qu. sa productric. à plum.s, r.vi.ndront r.guli.r.m.nt tout au long d. c.s imp.ccabl.s j.ux sur l. langag..

C'.st un. foll. rond. d. sons .t d. mots qui s. d.roul. sous nos y.ux .blouis.
Pr.s.ntation ail..s: calao, kamichi, canard noir ou canari.
Injur.s r.visit..s du "Captain Haddock".
Bouquin ou film d'action...
D'autr.s form.s litt.rair.s cor qui compos.nt un incroyabl. f.u d'artific. dans l.qu.l s. d.ssin. la silhou.tt. du patron d. l'Oulipo.
L.s illustrations n. sont pas .n r.tard sur l. t.xt.. Au contrair.! La r.cup.ration d. la l.ttr. manquant. brill. par son inv.ntivit. C'.st magnifiqu.!
"Pool" apparaît dans la production comm. un ovni bi.nfaisant .t n.c.ssair..
.xc..ll.nt pour les n.uron.s .t l.s zygomatiqu.s.

Portraits ailés de Pascale Petit et Renaud Perrin. (c) Rouergue.











mercredi 16 avril 2014

LA dore les "Malfoutus" de Beatrice Alemagna

Déjà, découvrir un titre aussi tentant et intriguant que "Les Cinq Malfoutus" (Hélium, 40 pages) fait un bien immense en ces temps de très/trop politiquement correct. Ce titre est tout simplement la traduction littérale de l'album de Beatrice Alemagna, "I cinque malfatti", né en Italie l'an dernier chez Toppitori. La couverture montre les cinq en question, retranchés derrière l'entrée du jardin de leur maison, un peu bizarres, il est vrai, mais pas tant que ça finalement.

Ensuite, rencontrer, chacun à leur tour, les cinq incroyables personnages, les "cinq êtres mal foutus" qui illuminent cet impeccable album en doubles pages et tons pastel, à une exception près, mais quelle exception!
L'auteure-illustratrice les présente successivement par un texte court et une image regorgeant de détails qui complètent le portrait. Auquel ressemble-t-on le plus? Personne ne pose la question mais elle s'impose.

Pas d’angoisse chez les Malfoutus. (c) Hélium

Alors, après avoir fait la connaissance du Troué, du Plié, du Mou, du Renversé et du Raté, comprendre leur mode de vie et de pensée.Les compères paraissent rudement bien s'entendre entre eux et vivre fort joyeusement dans leur bizarre demeure. "Ils habitaient une maison brinquebalante qui aurait pu s'effondrer d'une minute à l’autre. Ils discutaient souvent pour savoir lequel d'entre eux était le plus nul d'entre eux. Cela les amusait beaucoup."

Apprécier l'ambiance de loufoquerie douce qui émane de leur association de Charlots modernes. De sérénité aussi. Jusqu'au jour où arrive, "venu de nulle part, un type extraordinaire", le Parfait. Beatrice Alemagna se donne aussi une double page pour représenter cet être "beau, lisse, parfait". Ah, il en jette avec son vêtement rose et sa chevelure rouge. Aucun défaut, semble-t-il.

Enfin, découvrir les questions que le Parfait pose aux Cinq Malfoutus. Et les objections qu'il fait à leurs réponses. C'est simple, il est dégoûté par ce qu'il entend, lui, l'homme de goût! Avec une merveilleuse économie de moyens et un art subtil de camper les attitudes et les mimiques, l'artiste italienne rend ses personnages remarquablement présents.

Surtout, quand son quintet se met à énumérer, chacun prenant successivement la parole, les qualités de leurs défauts. Plus contents d'eux que jamais ils sont, alors que le Parfait ne comprend plus rien. La finale est magistrale avec les pages de garde de fin dont la couleur pétante rappelle qu'on l'a aperçue tout au long de cet excellent album, dès la couverture. Un livre qui prône l'acceptation de l'imperfection et surtout l'inclination pour la joie de vivre. Beatrice Alemagna raconte tout cela entre les lignes des aventures des "Cinq Malfoutus". Qu'on les aime car ils nous rassurent sur notre propre statut d'êtres humains. Humains et donc imparfaits mais tellement aimables!

Et, pour se mettre en appétit, un teaser animé de l'album.



dimanche 13 avril 2014

LAD gusté avec émotion les dernières chroniques de Pierre Autin-Grenier

Mauvaise quinzaine pour les écrivains, leurs amis et leurs lecteurs.
Régine Deforges nous a quittés le 3 avril, subitement, d'une crise cardiaque, à l'âge de 78 ans.

Pierre Autin-Grenier.
Ce samedi 12 avril, c'est  Pierre Autin-Grenier qui s'en est allé. L'écrivain et poète était né à Lyon le 4 avril 1947, le jour de la Saint-Isidore.
Même sans le connaître autrement que par ses livres, souvent des textes courts, mais aussi des poèmes en prose, des nouvelles et des récits, même s'il me dirait que je ne devrais pas, je suis triste tout de même.


Sans doute parce que m'était juste parvenu il y a quelques jours l'ouvrage les "Chroniques des faits" de Pierre Autin-Grenier (Les Carnets du Dessert de Lune, collection "Pleine lune", 50 pages). Son éditeur venait d'aller lui en porter un exemplaire chez lui, à Lyon.

Le recueil est une réédition complétée, car enrichie d'illustrations de Georges Rubel, d'un livre publié en 1992 aux Editions de l'Arbre. Elles sont au nombre de treize, les chroniques réunies ici, brèves et cinglantes, issues ou ancrées dans le quotidien. Si on se prend à sourire à leur lecture, on se rend vite compte que c'est nous qu'elles visent. Pour amateurs d'autodérision, donc, mais quel régal dans ce cas. Pour amateurs de littérature aussi, car chacun des mots est à sa place.

Un retour au pays après sept ans d'absence dans "Patience", des doutes voraces dans "Fragilité de vivre", l'irruption de charlatans dans "Fausses clés", une zizanie galopante dans "Fourberie du moine"... autant de textes courts, ciselés, qui disent des faits mais appellent, l'air de rien, à la révolte. Mots de poète, mots de témoin d'une époque qui n'en finit pas de se perdre, et en filigrane, une quête incessante de liberté.

"Chroniques des faits" porte formidablement ses vingt-deux ans d'âge.  Un recueil à savourer.

Précédemment, il y avait eu plein d'autres titres de l'auteur disparu, chez Gallimard, chez Finitude, que je n'ai pas lus mais qui me tentent fort.

Une exception à ces lacunes, le recueil
d' aphorismes de Pierre Autin-Grenier, "Le poète pisse dans son violon (version symphonique)" (Les Carnets du dessert de lune, Collection "Pousse-café", 24 pages)
C'est un petit carnet à spirales, tout court, comprenant  une cinquantaine d’aphorismes. Sur la vie, sur les livres, sur soi. Un brin misanthropes, un brin machos. Mais c’est pour rire. En tout cas, on sourit souvent. "On imagine toujours le pire, et puis c’est pire", écrit ainsi l’auteur qui propose aussi: "ne faire que des choses inutiles, mais bien les faire". Pour la dernière, on a vu...

Texte écrit, en hommage à Pierre Autin-Grenier, à l'heure de l'apéro. 

lundi 7 avril 2014

LM l'histoire de Murielle Magellan, la nôtre?

Murielle Magellan. (c) E. Robert-Espalieu.

Une symphonie en huit mouvements! Et pourquoi pas? "Cela existe en musique contemporaine", me dit Murielle Magellan qui en a créé une dans son troisième roman, le très beau "N'oublie pas les oiseaux" (Julliard, 344 pages), faisant des mouvements les titres de ses huit chapitres. Un troisième roman mais le premier récit autobiographique de l'auteure. Elle y raconte la passion qui l'a emportée vers l'"homme slave" durant vingt ans.

"En cours d’écriture et assez vite car je suis musicienne", ajoute-t-elle, "le texte a montré du style, du mouvement, du rythme. J’avais la sensation qu’il fallait fermer les chapitres. Ma "Symphonie pour l’homme slave" s’est construite par vagues. Arrivée à huit, c’était étrange mais c’était le mouvement naturel du texte."

"N'oublie pas les oiseaux" est une immense histoire d'amour qui s'est mal terminée mais qui valait la peine d'être vécue. Il commence ainsi:

C'est l'histoire d'un amour.
C'est l'histoire vraie d'un amour.
Cet homme complexe que je raconte a existé, et la jeune femme obsessionnelle qui l'a aimé et qui dit "je" aussi. C'est moi.
Les extraits de carnets intimes sont vrais également. Ce sont les miens. Ceux que je tiens depuis toujours et que je n'avais pas ouverts depuis longtemps.

Un texte d'annonce qui éclaire les huit mouvements qui vont suivre. "J’ai voulu faire un roman pudique malgré l’impudeur de l’exercice", précise Murielle Magellan, "parler de la vie, de la mort, de l’amour, mais sans pathos. A l’arrivée, mon roman est un hymne à la vie. Je raconte une histoire intime pour toucher l'universel."

Ce livre a pourtant failli ne pas exister. La jeune femme empilait des souvenirs de cette vie passée dans un dossier Word de son ordinateur pour son fils Samuel, tout petit (3,5 ans) au décès de son père. Elle écrivait sa vie - leur vie - pour qu'il sache un jour, pas un roman. Et puis... "J’ai découvert des souvenirs extrêmement romanesques. J’ai eu envie de m’emparer de cette histoire. Je pensais aussi au lecteur. Notre époque est assez prudente dans le domaine affectif. On est dans une ère plus sage, on contrôle davantage. On gagne en sérénité, on perd en authenticité. Moi, j’ai eu un homme qui m’a entraînée à l’imprudence, qui m’a obligée à prendre des risques. J’ai eu envie de témoigner de cela, pour tous ceux qui n’osent pas pousser la porte de leur cœur, pousser les curseurs."

Ce troisième roman est l'histoire d'une conquête. L'auteure part à l'assaut d'un homme imprenable qu'elle a aimé intensément. "Le livre est une histoire d’amour", précise Murielle Magellan, "et l’histoire d’une jeune femme qui se construit dans le regard d’un homme, l'homme slave, qui voit les êtres tels qu’ils sont. L’affranchissement de ce regard conduit à une rupture. Le bébé va prendre le relais et l’homme slave ira voir ailleurs."

Un scénario connu, sublimé dans ce roman. On n'a pas envie de faire de commentaires, mais d'y croire comme elle, de le vivre comme elle. On voit la jeune femme grandir, suivre son chemin artistique, des chansons aux pièces de théâtre qu'elle écrit toujours. On voit son cœur battre, s'emballer, manquer s'arrêter. La passion se vit de l'intérieur et elle la partage avec nous.

Le livre est aussi un grand miroir où on voit l'artiste apprendre. La romancière reconnaît avoir eu des surprises en reprenant ses carnets pour en extraire des citations. "Le "bref roman d’amour" que je cite est mon premier roman. Que je l’aie écrit dans mon carnet me surprend. Je ne pensais pas que j’avais déjà eu alors l’idée d’écrire un roman, je pensais que c'était pendant qu’il était malade. J’ai un sac de voyage de carnets non rangés. J’y écris tous les jours, de manière inégale, quand j'en ressens le besoin. Ce n’est pas une discipline."

Et aujourd'hui? Murielle Magellan recommencerait-elle cette histoire d’amour? "Je la recommencerais hier, oui, mais pas aujourd’hui. J’ai aimé vivre cette longue histoire même si elle a été complexe. Cet homme a compté pour moi. J’ai un enfant de lui. Mais aujourd’hui, je n’envisage pas l’amour de la même façon. C’est important de remettre dans les projecteurs la notion d’aimer. La vie m’a offert un scénario pas attendu. Je sentais que j'avais quelque chose à vivre."

Depuis, Murielle Magellan a senti qu'elle avait aussi quelque chose à partager, ce beau roman qu'est "N'oublie pas les oiseaux".







jeudi 3 avril 2014

LD guste la correspondance entre Oscar et Bill

Les correspondances doivent-elles être réservées aux adultes? Pas du tout, évidemment. Et lire des échanges épistoliers? Bien sûr que non.

La meilleure réponse que l'on puisse apporter à ces questions est l'album "Cher Bill", d'Alexandra Pichard (Gallimard Jeunesse,  48 pages). Tout mignon au premier abord dans ses tonalités pastel, bien plus riche que ne le laissent supposer ses jolies images en aplats. On y découvre les lettres que s'échangent du 8 septembre au 19 juin deux amateurs de ping-pong et de télévision, j'ai nommé Oscar, la fourmi, et Bill, le poulpe. A part que le lecteur n'est pas informé de leurs identités.

L'album fonctionne par doubles pages, souvent une lettre et une image de celui qui la rédige, parfois une double page de dessins donnant, par exemple, le trajet des facteurs entre les deux épistoliers ou le contenu d'une de leurs enveloppes. Le tout est d'une fraîcheur charmante.

Oscar. (c) Alexandra Pichard.

Bill. (c) Alexandra Pichard.

La première lettre de l'album, en bleu, signée Oscar, est en réalité une réponse à une lettre invisible de Bill qui annonçait qu'il est bleu: il l'informe qu'il est petit, gris, qu'il a six pattes et il lui pose différentes questions.

La souris et le pingouin ont un bien long chemin à faire pour remplir leur mission de facteurs, on va petit à petit comprendre pourquoi. Mais on ne l'expliquera pas ici.

Quelques temps plus tard arrive la réponse de Bill, en jaune. Manuscrite également, bien entendu, avec des réponses et de nouvelles questions. Les deux compères vont échanger une bonne douzaine de missives le temps de cette année scolaire. Le ton est simple, juste, celui de la vie comme elle se déroule pour des enfants.

Oscar et Bill sont très différents, on le découvre tout de suite, mais cela ne les empêche pas de bien s'entendre. Ils discutent de ce qu'ils mangent, de ce qui se passe à l'école, de leurs jeux vidéo, de leurs sorties. Les réponses sont parfois surprenantes, selon que c'est la fourmi ou le poulpe qui tient le stylo, mais cela donne du ressort à cet album très réussi.

"Cher Bill" est un album séduisant de bout en bout, jusqu'à l'incroyable finale, toujours aussi justement à hauteur d'enfant.



mardi 1 avril 2014

LS surprise: 20 ans déjà depuis le Rwanda!

Depuis le génocide des Tutsi au Rwanda, il y a déjà vingt ans, il s'est passé plein de choses dans la sphère artistique. Des livres ont été écrits, des pièces jouées, des expositions montées.
Tout cela était forcément un peu épars.

Ce mardi 1er avril à 20 heures, il y a à Bozar une soirée littéraire dont le thème est: "Rwanda, 20 ans après". 
Coproduite par l'ONG CEC et Bozar, elle réunira pour une discussion trois figures marquantes de l'Afrique, à savoir le romancier et essayiste  Boubacar Boris Diop ("Murambi, le livre des ossements", Zulma), la poète et romancière Véronique Tadjo ("L’ombre d’Imana", Actes Sud) et le comédien  Dorcy Rugamb ("Bloody Niggers" et  "Rwanda 94", pièces produites par le Groupov), qui respectivement originaires de la Côte d’Ivoire, du Sénégal et du Rwanda.
Auparavant, sera projetée la campagne photo "Je suis debout", lancée sur les réseaux sociaux, dans le cadre du projet "Les hommes debout", de Bruce Clarke.

Cette soirée verra aussi le lancement du numéro spécial d'"Intersections: écrire pour le Rwanda" (CEC et Indications, 108 pages + CD, 10 euros). Vingt ans après le génocide des Tutsis au Rwanda, "Intersections" a souhaité rendre hommage aux écrivains et artistes qui contribuent à la construction d’une mémoire collective: chaque œuvre est un hommage aux victimes et aux rescapés. On trouvera dans ce numéro plusieurs écrivains africains qui ont été parmi les premiers à s’engager dans le cadre du projet “Rwanda: écrire par devoir de mémoire”. Ils livrent leurs témoignages, leur expérience humaine et disent comment celle-ci a influencé leur écriture.

Les reproductions du collectif des Hommes debout, mené avec Bruce Clarke jalonnent le numéro, en hommage aux victimes et aux rescapés du génocide. Ils gardent la mémoire et prolongent un dialogue entrepris par les écrivains et les artistes pour la dignité des morts, des rescapés et contre l’oubli.

Les contributeurs sont Soazig Aaron, Élie Bahati, Laine Behring, Colette Braeckman, Bruce Clarke,
Aliénor Debrocq, Christelle Desjardin,  Boubacar Boris Diop, Nocky Djedanoum, Gaël Faye,  Gioia Frolli, Nicolas Grégoire, Tania Hadjithomas Mehanna, Monique Ilboudo, Fiona Kamikazi, Carole Karemera,  Koulsy Lamko, Scholastique Mukasonga, Natacha Muzirama- kenga,  Joseph Ndwaniye,  Eric Ngangare,  Robert Nkeramugaba,  Élizabeth Pierre-Louis,  Dorcy Rugamba,  Freddy Rugamba,  Roland Rugero, Jean-Marie Vianney Rurangwa,  Stéphane Saintil, Michaël Sengazi, Nathalie Skowronek, Véronique Tadjo, Sami Tchak, Sandrine Umutoni, Victoria Umutoni, Abdourahman A. Waberi.

Un CD avec des enregistrements audio d’extraits des oeuvres littéraires produites dans le cadre du projet "Rwanda: écrire par devoir de mémoire" est joint.

samedi 29 mars 2014

LE pas contente du tout

Elle vient de découvrir ce message illustré sur la page Facebook de Gilles Bachelet.




Petite bouteille à la mer…
Entre 150 et 200 illustrations originales m’ont été volées récemment sans effraction à mon domicile. La plupart de ces illustrations viennent de mes albums récents mais d’autres sont beaucoup plus anciennes et certaines sont inédites. La valeur commerciale de ces dessins est très relative mais le préjudice est énorme pour moi. Si par hasard vous apprenez qu’une ou plusieurs illustrations de moi ont été mises en vente sur internet, en salle de ventes ou sur un quelconque vide-grenier, merci de me faire signe… Elles ne peuvent provenir que de ce vol, je ne les mets jamais en vente moi-même.



vendredi 28 mars 2014

LD ambule, ravie, entre de nocturnes nouvelles


Denis Jeambar. (c) André Perlstein.
Enclenchez "Jasmine" de Keith Jarrett, cette version-ci ou une autre, et lisez les "Dark nights", c'est-à-dire les "nouvelles nocturnes" que vient de publier Denis Jeambar (Calmann-Lévy, 234 pages). Ce n'est pas moi qui le dis, mais l'auteur, et  je partage son idée. Autant au sujet de Keith Jarrett qu'à propos de son conseil de lecture. Il est bien inspiré.

On connaissait Denis Jeambar auteur de romans, d'essais, de biographies, d’entretiens, d'articles de journaux, et le voilà qui débarque avec un recueil de vingt-neuf nouvelles. Des textes qui empruntent en général une forme assez courte, à l'exception de l'avant-dernier qui est quasi un mini-roman. Ils ont en commun de se dérouler la nuit, bien entendu, et d'explorer les fêlures de la nature humaine au travers d'une très belle galerie de personnages fort variés.  "Dark nights" est réjouissant de bout en bout et se savoure avec un immense plaisir. Avec quelque angoisse parfois aussi, devant la noirceur humaine.

De passage à Bruxelles, Denis Jeambar le journaliste est devenu Denis Jeambar l'interviewé. "C’est la première fois que j’écris des nouvelles, après être resté dix-neuf ans sans écrire de fiction", me dit celui qui a travaillé au "Point", à l’"Express", à Europe 1... "Le dernier de mes cinq romans, "L'inconnu de Goa" (Grasset), est sorti en 1996. La fiction demande de la liberté. Ce recueil est venu à son heure. Quand j’ai quitté les Editions du Seuil en 2010, j’avais déjà le projet de revenir à la littérature." 

Une commande du "Magazine des aéroports de Paris" et le pas est fait. La nouvelle "La terrasse" (absente du livre) y paraît, ainsi que dans "Femme actuelle" et dans un recueil fin 2011. L'écriture courte n'était pas inconnue à Denis Jeambar, auteur de "Portraits crachés" (Flammarion, 2011),  cinquante portraits, dont vingt en politique, en textes de 4 à 5.000 signes. "J’ai eu beaucoup de plaisir à les faire, à retourner à la formule du news magazine", en dit-il.

Ensuite, les choses se sont enchaînées. Une nouvelle écrite durant les vacances de l'été 2011, "La cantatrice", qui a enthousiasmé son pote Louis Chédid. Le film sur l’engagement de Laetitia Masson en janvier 2012, dans le cadre de la présidentielle: "Deux heures et demie devant la caméra, à parler du libre arbitre, du destin, de la double et de la triple personnalité". En avril 2012, Denis Jeambar se met à écrire: vingt-sept nouvelles naissent en deux mois et demi! "J’avais toujours avec moi un carnet où je notais mes idées de sujet, sans toujours savoir d’où ils venaient. Je n’avais pas de projet de publication au moment de l’écriture." 

Quoique. A l’automne, le néo-nouvelliste fait lire son recueil à Claude Durand, l'ex-PDG de Fayard, qui le libère de ses doutes. Le texte est donc remis à son éditrice chez Calmann-Lévy. Et voilà les "Dark nights" publiées! "Tout le temps du livre, et c’est la première fois que cela m’arrive, cela a été la rencontre du moment et cela m’a possédé. J’ai trimballé mon texte partout avec moi, dans le Midi, dans ma voiture... Je  n’ai jamais commencé une nouvelle en sachant comment j’allais la terminer. C’était le plaisir de retrouver le goût d'écrire", se rappelle l'écrivain. Ce fou de Fitzgerald n'a pas choisi pour rien une forme très courte, celle des "short stories". Sauf celle à l’avant-dernière place du recueil, "Déambulations criminelles", qui est un un projet de roman d'il y a dix ans, en 150.000 signes relus et coupés pour en faire une longue nouvelle.

"Il n’y a pas de nouvelles vraiment joyeuses parce qu’elles ont été écrites à l’âge que j’ai", analyse Denis Jeambar, né en 1948… "A vingt ans, on voit le monde à 360°, à quarante-cinq ans, on voit une ligne droite, à soixante-cinq, c’est un angle mort, un angle fermé." Mais cette acuité dans la perception des choses rend la lecture éminemment plaisante. "Dark nights" nous balade dans le temps et dans le monde, comme l'auteur l'a toujours fait, entre personnages réels, de fiction et de nombreuses allusions littéraires. "J’adore Marilyn et je connais son véritable assassin. L’homme qui a toujours été l’ami de Marylin, c’est moi!"

En commun dans ces textes ciselés: la nuit, le libre arbitre, les identités multiples parfois insoupçonnées, la question de la responsabilité, la violence: "Parfois, quand j’ai fini d’écrire, je ne me reconnais pas. On a beaucoup de violence en nous, l’humanité consiste à la maîtriser. La question de la guerre me revient souvent: si j'avais vécu alors, aurais-je été un héros ou un salaud? Je pose des questions sur ce qu’on est et sur ce qu’on peut devenir. C’est un livre désenchanté. Je suis un optimiste de l’instant mais, profondément, je suis pessimiste, car tout va s’arrêter. Malgré cela, la vie est merveilleuse. Je suis perfectionniste, j’ai le goût du travail bien fait. J’aime les autres mais j’ai de la rage intérieure. Je suis très indigné, très révolté. Je domine toujours ma violence, je ne me sens jamais stressé. Mes livres politiques sont violents, comme si j’avais craché les mots. L’édito est un exercice que j’ai peu aimé car réalisé sous la contrainte. Petit, en colère, je faisais peur aux autres. Ma colère principale, c’est l’injustice de la mort, cela me travaille depuis toujours."

Et en particulier.
"J’ai placé la nouvelle "Le cheval dans la nuit" au début du livre parce que c’est l’image de la couverture et un triptyque que j’ai chez moi dans le Midi. Elle est une métaphore de la Shoah. Celle-là et celle du Peintre ont en commun que les personnages existent mais que les histoires sont inventées. Je suis peu imaginatif pour les noms, je prends ceux de ma famille, celui de mon meilleur ami même... La photo des sept gamins de "Dernier cliché" existe, tout y est vrai sauf la chute."

Dans "Flic Flac", l'histoire de Paul et Virginie est vraie et Mystic River est un coup de chapeau au film; je l’avais lue dans le "New York Times". C'est la dernière nouvelle que j’ai écrite, je l’ai écrite à New York, comme "La Belle Cubaine"."

Une des nouvelles préférées de Denis Jeambar? Celle avec le boxeur, "sur cette question anatomique du visage". Celle avec l’aveugle, déstructurée, en rupture avec les autres. "C’était important pour moi de la maintenir car elle est pleine de codes que je peux seul expliquer. On ne le voit pas mais le nom de ma mère et de ma femme y sont."

Et en finale, évidemment: "Ce recueil m’a donné envie de faire un roman. J’ai commencé, sur la dualité: D et son double. Scott Fitzgerald n'était-il pas le double de Zelda?"