Nombre total de pages vues

samedi 20 décembre 2014

Sapin, père Noël ou cadeaux? Les trois!

Des histoires de Noël, j'en ai déjà présentées beaucoup, ici notamment.
En voici quelques-unes, du millésime 2014.

"Le méli-mélo des cadeaux" de Taro Gomi (traduit du japonais, Autrement Jeunesse, 40 pages) sort cette année en français mais a été publié pour la première fois au Japon en 1983. Celui lui donne un petit air d'hier qui est bien sympathique. On y suit la distribution de cadeaux par un Père Noël qui débarque en hélicoptère. Vêtu de rose, le moustachu fait sa tournée nocturne.

Père Noël. (c) Autrement Jeunesse.
Ce qui est très amusant dans cet album, c'est que les découpes dans les pages laissent voir au Père Noël des personnages endormis, animaux ou humains, à qui il dépose le cadeau qui lui paraît le meilleur. Mais quand on tourne la page, on découvre le vrai occupant du lieu et on comprend déjà que les présents ne seront pas toujours les bons. Les bottines pour la souris, ok. Mais l'écharpe ne siéra au zèbre présumé puisqu'il s'agit de trois oies au long cou blanc. Et quand le Père Noël croit qu'il n'y a personne, c'est tout simplement que l'ours est tellement gros qu'il occupe tout l'espace de la fenêtre avec son pelage foncé!

Sont-ce vraiment des jumeaux qui dorment? (c) Autrement Jeunesse.

Jouant habilement et avec beaucoup d'humour sur le principe de la répétition, Taro Gomi signe un album de joie et de couleurs. "Le méli-mélo des cadeaux" s'achève sur les surprises des réveils et la répartition judicieuse des cadeaux du Père Noël.


Dans le craquant "Cracra Noël!" (L'école des loisirs, Pastel, 32 pages), Jean Maubille joue aussi sur le comique de répétition. Papa Noël rentre fourbu de sa tournée et s'attend à recevoir son cadeau. Ce n'est pas l'avis de Grand Renne et des deux lutins qui le trouvent bien trop cracra.

Pièce d'habillement par pièce d'habillement, ils déshabillent l'homme en rouge et fourrent tous ses vêtements cracras dans la machine à laver - on est équipé là-haut comme chez nous. Même son slip cracra! Et Papa Noël tout nu se retrouve plouf au bain. L'endroit parfait pour découvrir enfin son cadeau. Un joli album pour les tout-petits.

Papa Noël est trop cracra. (c) L'école des loisirs/Pastel.


Le merveilleux album de l'Américaine Dahlov Ipcar, née en 1917,  "Mon merveilleux sapin de Noël" (adapté de l'américain par Françoise de Guibert, Albin Michel Jeunesse, 32 pages), nous parvient cette année, même s'il date de 1986, grâce au remarquable travail des Editions Albin Michel Jeunesse qui nous donnent à connaître le très beau travail de cette auteure-illustratrice. Ses excellents titres "L’œuf mystérieux" et "J'aime les animaux" sont parus au printemps.

Tout l'album se base sur ce qu'aperçoit un narrateur invisible dans le sapin en face de sa fenêtre la nuit de Noël: une étoile qui brille, deux ours bruns, trois lynx sauvages et ainsi de suite jusqu'aux douze mésanges à tête noire.

Chaque double page présente largement les invités de cet album à compter qui se fait remarquer autant par la beauté de ses images que par la fantaisie et la poésie de ses textes. Quelle imagination formidable que ces animaux les plus incroyables les uns que les autres qui se donnent rendez-vous dans les branches du sapin. Jusqu'à l'image finale qui les représente tous ensemble. Une merveille d'album!



Le merveilleux Noël de Dahlov Ipcar. (c) Albin Michel Jeunesse.





"Les contes de Noël de Pierre Lapin"
Beatrix Potter
plusieurs traducteurs
Gallimard Jeunesse, 128 pages

Huit contes, dont deux inédits, sont réunis dans ce beau recueil en grand format: "Pierre Lapin", "Le sucre cassonade", "Le tailleur de Gloucester", "Jeannot Lapin", "Sam balance", "La famille Flopsaut", "Deux vilaines souris" et "Le Noël des lapins". Chacun est précédé d'une brève et intéressante présentation à propos de son origine, de sa première publication...

Une carte de l'univers de Beatrix Potter (1866-1943) des textes complémentaires et la reproduction de cartes de Noël qu'elle avait créées complètent joliment ce bel ouvrage. Beatrix Potter ne vieillira jamais, elle a toujours autant à nous dire.


"Contes de Noël
des Drôles de Petites Bêtes"
Antoon Krings
Gallimard Jeunesse/Giboulées, 84 pages

Un coffret aux couleurs de Noël abrite un album reprenant trois histoires de neige des Drôles de Petites Bêtes: "Edouard le loir", "Georges le Rouge-Gorge" et "Benjamin le Père Noël du jardin".







vendredi 19 décembre 2014

De A à Z, "le petit peuple des faits divers" amoureusement rendu par Didier Decoin

Difficile de dire le contraire, les pages des faits divers dans les journaux exercent un haut pouvoir attractif chez le lecteur. Ici, on le fait souvent à coup de regards obliques. Dans la famille Decoin, Henri le père cinéaste (1890-1969), Didier le fils écrivain (1945-), c'était une institution. "Chez nous", écrit Didier Decoin dans son "Dictionnaire amoureux des faits divers" formidable d'humanité (dessins d'Alain Bouldoyre, Plon, 821 pages), "ils [les faits divers] étaient chez eux."

Ils étaient dans la cuisine, saturant les journaux froissés en boule en attendant d'éponger les poêles à frire, ils étaient dans le bureau paternel, découpés, annotés et encollés dans des tas de dossiers, ils étaient dans le salon sous forme de compilations. Et ils étaient même dans le pupitre d'écolier du jeune Decoin, mais cachés sous de sages protège-cahiers.

En réalité, ce qu'aimaient le père et le fils, ce n'était pas vraiment les faits divers, mais les personnages à leur origine. "Ce qui nous séduisait", écrit ici Didier Decoin, "c'était le petit peuple des faits divers." Et il en rend admirablement compte dans ce "Dictionnaire amoureux" bien épais. Epais comme quoi? Une tranche d'entrecôte, une cuisse de dinde de Noël, une part de terrine de fête? En tout cas, on mange beaucoup et bien dans les faits divers qu'a rassemblés l'auteur durant les cinq années qu'a duré ce travail. "Oui, on mange beaucoup dans mes histoires", me confirme Didier Decoin, de passage à Bruxelles. "Et de bonnes choses. Maigret mangeait, Miss Marple faisait des confitures, Poirot prenait de terribles petits-déjeuners." Quant à Nabilla qui a fait la une ces derniers temps? "On n'en sait rien et c'est dommage." Mais cela donne l'autorisation à l'académicien Goncourt de surveiller la presse à son sujet.

Didier Decoin.
"J'ai démarré très vite", me dit Didier Decoin. "J'ai choisi des faits divers qui m'interpellent et qui me donnent du plaisir à les écrire. J'ai ralenti quand j'ai cherché le ton du livre. C'est le problème des "Dictionnaires amoureux". Il faut un ton varié mais une unité. Il est resté 800 pages des 1.200 que j'avais écrites. Comme je lis partout, je pense à mes lecteurs, j'ai besoin que mes livres soient portables!"

Portables, portables, c'est vite dit. On en a quand même pour pas loin de 900 grammes. Mais quel bonheur de lecture que ce livre. On sent tout de suite l'intérêt pour l'humain de l'auteur, son désir de comprendre. "J'ai fait ce livre pour le plaisir de raconter des histoires. Les faits divers criminels sont souvent putrides et répugnants, ce qui me touche, ce sont les gens qui habitent les faits divers. La noyée de la Seine, par exemple, est une histoire formidable. Elle est la fille la plus embrassée du monde!"

"Je pense qu'on est criminel par circonstance plutôt que par naissance", m'explique encore l'écrivain. "Je le crois profondément mais certains psys me contredisent." Lui-même se demande quoi par rapport à notre Marc Dutroux. "Est-il né mauvais?" Il est peut-être une exception, celle qui confirmerait la règle Decoin.

Surtout, Didier Decoin a un talent fou pour raconter, pour faire des liens avec d'autres histoires analogues quand il développe un sujet, pour nous entraîner dans son bouquin à découvrir des gens auxquels on n'aurait jamais pensé. On le lit comme s'il nous parlait, comme s'il partageait avec nous des récits sur lesquels il est toujours très bien documenté. Des récompenses de lecture sans aucun effort, il nous gâte.

Dans les récits de vie, ou de mort, qui nous sont présentés, on ne trouvera pas beaucoup de noms très connus, ou alors abordés par des biais différents. "Il y a beaucoup de faits divers du XIXe siècle parce que la presse a tellement bien fait son travail à propos des affaires récentes que je n'ai rien à y ajouter". Mais on trouve plusieurs faits divers qui ont défrayé les colonnes au siècle dernier, dont l'affaire Amanda Knox, "tellement mignonne!". En réalité, Didier Decoin nous balade dans le temps et dans le monde, traquant l'humain derrière le drame, pointant ici un silence, là une vengeance, là encore un rêve inouï. De l'humain, toujours de l'humain. Le plaisir qu'a pris le Secrétaire de l'Académie Goncourt à écrire toutes ces entrées alphabétiques, puisqu'il s'agit d'un dictionnaire, se prolonge naturellement dans le plaisir de lecture du lecteur. Quel élan dans son écriture! Et pourtant, ses sujets choisis, il s'est forcé à les écrire les uns après les autres, de A à Z: "Je ne voulais pas commencer par les histoires que je préférais et avoir les autres à écrire ensuite."

Quant aux histoires écartées par Didier Decoin, "elles dorment dans une mémoire en attendant de peut-être se réveiller sous forme de roman".
Ces livres pourraient alors être les voisins de ceux qui racontent les destins de Kitty Genovese et Ruth Ellis, les formidables romans "Est-ce ainsi que les femmes meurent?" (lire ici) et "La pendue de Londres" (tous les deux chez Grasset, collection "Ceci n'est pas un fait divers", 2009 et 2013, au Livre de poche ensuite, 2010 et 2014).










mercredi 17 décembre 2014

A Paris en pyjama rayé, en découpes, et ailleurs

Des techniques éblouissantes, ombro-cinéma et découpes laser, pour rendre compte de Paris et de New York.

C'est en 2011 qu'est sorti le premier album de la super collection "Pyjamarama" de Michaël Leblond et Frédérique Bertrand (Rouergue, lire ici), basée sur une technique ancienne d'animation, l'ombro-cinéma. Les images y bougent comme par magie.

Aujourd'hui, après les albums "New-York en pyjamarama" (2011), "Lunaparc en pyjamarama" (2012), "Moi en pyjamarama" (2012), et le cahier d'activités "Mes robots en pyjamarama" (2013), nous voici dans la ville lumière avec le réjouissant "Paris en pyjamarama", des mêmes auteurs Michaël Leblond et Frédérique Bertrand bien entendu (Rouergue, 32 pages). Une nouvelle destination géographique pour un bouquet d'effets spéciaux.

Notre petit bonhomme en pyjama à rayures s'endort dans les premières pages. Le livre bascule alors et on a l'occasion de faire une incroyable visite de Paris. Grâce à la grille en rhodoïd, les formidables images s'animent pour virevolter et briller.

Les monuments célèbres apparaissent sous un autre jour. La Tour Eiffel bien entendu, dans sa robe à paillettes, le rond-point de l'Etoile grouillant de voitures, le centre Pompidou et ses tubulures, l'île Saint-Louis et ses bateaux-mouches, le Moulin-Rouge et ses enseignes en néon. Même le plan du métro prend de la vitesse avec l'ombro-cinéma.




Paris! (c) Rouergue.












C'est beau, plaisant, réjouissant. Bien plus qu'une boule à neige avec la Tour Eiffel!

Et une petite vidéo ici pour voir les effets d'ombro-cinéma à Paris.




Pour le plaisir des yeux, en noir, blanc et gris, "Paris s'envole" d'Hélène Druvert (Gautier-Languereau, 40 pages), une autre balade dans le ciel parisien. Durant une journée, on y suit la Tour Eiffel qui s'envole grâce à des ballons. La curieuse survole la Seine, ses ponts. Elle rapetisse pour prendre le métro. Elle bondit sur l'Opéra, se faufile dans les grands magasins... C'est Notre-Dame elle-même qui réveillera la voyageuse endormie par tant de visites.

Le scénario est simple mais cet album esthétique vaut le détour par la technique qu'il utilise, conférant beauté et poésie à ses pages. Des pages noires ou blanches, aussi finement découpées au laser que de la dentelle, s'intercalent entre des doubles pages en noir, blanc et gris où se déroule l'histoire. Autre particularité:  ce sont des silhouettes et uniquement des silhouettes, décors comme humains, qui sont dessinées. Comme le faisait parfois Hans Christian Andersen. Chapeau!

La partie noire de droite est découpée. (c) Gautier-Languereau.


Même  technique de somptueuses découpes laser dans le nouvel album grand format d'Antoine Guilloppé, "Little Man" (Gautier-Languereau, 40 pages), éblouissant. Ici, on part à New York à la rencontre de Cassius, le petit homme.
Encore un travail d'orfèvre qui fait des merveilles de toutes ces pages découpées en noir et blanc et posées sur des fonds de couleurs vives.

Pourquoi le jeune garçon noir accroché à un grillage (un terrain de basket urbain?) rêve-t-il de traverser le pont de Brooklyn à New York? Pourquoi rêve-t-il d'avoir le droit de traverser le pont? On suit sa silhouette, vêtue d'un t-shirt du basketteur BRYANT 33, qui galope dans les doubles pages où apparaissent les bâtiments célèbres et les rues de la Grosse Pomme, où les habitants vaquent à leurs occupations, où les chats se prélassent ici et là.

Le rêve de Cassius. (c) Gautier-Languereau.

Et on découvre la vie de Cassius avant qu'il n'arrive se réfugier aux Etats-Unis avec ses parents. Il habitait loin, de l'autre côté de l'océan, dans un pays en guerre, dans un pays où il avait peur. Aujourd'hui ses craintes sont parties, la statue de la Liberté veille sur lui. Aujourd’hui il aime sa nouvelle ville, sa nouvelle vie. Il aime que sa rêverie s'achève et que son rêve devienne réalité, en compagnie de son père et de sa mère. Rendant discrètement hommage à Martin Luther King et à Cassius Clay, ce très bel album fait aussi sobrement partager le sort des réfugiés de guerre.







lundi 15 décembre 2014

Dire les souffrances psychologiques de la crise

Crise économique, le mot a bon dos. Et puis? Et puis, rien. On souffre en silence, qu'on soit chômeur ou qu'on craigne le devenir. Pour la première fois, quelqu'un démontre le lien entre crise psychologique et crise économique. Ce quelqu'un, c'est Claude Halmos, psychanalyste française formée par Jacques Lacan et Françoise Dolto. Dans son essai, "Est-ce ainsi que les hommes vivent?" (Fayard, 283 pages), titre emprunté à Aragon, elle met les pieds dans le plat. Et brise une nouvelle loi du silence.

"La vie dans un pays en crise ressemble à la vie dans un pays en guerre", y écrit Claude Halmos. "Même si l'on n'habite pas dans une zone de combat, même si l'on est hors de portée des tirs de snipers et même si l'on est d'un naturel particulièrement équilibré et optimiste, on ne peut se sentir à l'abri ni vivre en paix." La comparaison est évidente, même si on n'y avait pas pensé. Elle explique toutes ces angoisses qui minent jour après jour hommes, femmes et enfants. Car, poursuit la psychanalyste, "la crise économique a enfanté une autre crise: une crise psychologique. Elle n'agit ni sur les porte-monnaie ni sur les comptes en banque, mais elle érode, corrode, lamine les corps, les corps, les têtes."

Claude Halmos. (c) S. Picard.
De cette crise, curieusement, personne ne parle. "Le silence est lié à la méconnaissance du fait que les problèmes psychologiques peuvent venir de la vie sociale et non seulement du privé", analyse Claude Halmos, de passage à Bruxelles. Si le privé et l'intime ne sont aujourd'hui plus tabou, le social l'est devenu. Elle voudrait qu'aujourd'hui on dise publiquement à ceux qui souffrent: "Ce n'est pas vous qui êtes malade, c'est le monde qui l'est. Il vous fait payer sa maladie, c'est pour cela que vous allez mal." Dire à la personne en souffrance qu'elle n'est pas la cause de son problème. Et aussi qu'elle ne doit pas se laisser abattre mais se battre. Cette parole a deux fonctions: prévenir la dépression et permettre de retrouver sa dignité et le sentiment de sa valeur.

"Ce livre a donc un but", écrit encore Claude Halmos, "en finir avec les souffrances tues, les souffrances cachées, les souffrances niées. Dire les souffrances liées au social, les expliquer. Pour que l'on en comprenne le sens et que l'on en reconnaissance, enfin, la légitimité."

Très clairement, la psychanalyste explique ce qui se passe en temps de crise, faisant notamment référence aux crises précédentes. Elle montre comment l'équilibre psychologique de quelqu'un dépend de son histoire personnelle et de la réalité qu'il vit, comment se développe plus ou moins une capacité de résistance. Elle n'hésite pas à rapprocher la crise économique de situations extrêmes. Et qu'est-ce que cela fait du bien de lire ces pages où on est reconnu. De comprendre ce qui se passe autour de nous. Et en nous.

Ce remarquable guide de résistance à la crise s'ouvre quasiment sur un très intéressant chapitre à propos de la construction de l'enfant en être social. Comment le bébé, le jeune enfant, qui n'a qu'une vie privée acquiert une vie sociale à l'école. "C'est la première fois que quelqu'un raconte la construction d'un enfant comme être social", confirme l'auteure. "Cela n'avait jamais été fait." On voit qu'il ne suffit plus alors d'"être", il faut aussi "faire". Dès ce moment, l'enfant entre dans la société et a deux vies, une privée et une sociale. Il a aussi une image double de lui, mi-privée, mi-sociale, et ce, pour toujours. Il va désormais passer d'un monde à l'autre tout en restant "un". Cela dépend de plusieurs facteurs que Claude Halmos détaille, tout en rappelant que l'éducation doit préparer à la vie sociale, au monde de la vie adulte et donc au monde du travail.

Justement, l'obtention d'un emploi n'est plus garanti aujourd'hui et sa recherche génère divers comportements qui sont mis en lumière. Pour les jeunes, la crise fausse le rapport à la réalité. Il est donc diantrement important de les armer pour leur futur combat. Car règne le spectre du chômage, générant peur et angoisse. Du coup, insiste l'essayiste, les jeunes ne font plus des choix mais des non-choix. Sans oublier que le chômage annule l'identité sociale de l'individu. Comment bien faire la différence entre le fait d'avoir un métier et celui de ne pas avoir de travail?

A chaque étape du livre qui examine toutes les étapes suivant un licenciement, Claude Halmos explique ce qui ce passe, le choc de l'annonce, la violence du traumatisme. Elle démonte ce qui s'est inscrit dans les têtes. Elle rétablit les vérités. "Il faudrait que l'école explique aux enfants que les parents sont au chômage non parce qu'ils sont incompétents, mais parce qu'il n'y a pas assez de travail", glisse-t-elle dans la conversation.  Mais elle écrit clairement ce qu'on perd avec son emploi: son identité sociale, la sécurité, des liens, le métier... Et ce qu'on y gagne: la fragilité, la culpabilité, la dévalorisation, le rejet et la honte, l'exclusion. Et le chômeur victime devient coupable.

Elle pointe ensuite les réactions et les conséquences que suscite la pauvreté, qu'on la subisse ou pas, conduisant à des vies invivables, menant à la même détresse psychologique, selon elle, qu'un nourrisson qui attend son biberon. Dans la dernière partie du livre, elle montre comment tous, nous devenons otages de cette crise dont on ne parle pas. Un mur de silence aussi bien chez les politiques que dans les médias ou chez les psys dont elle examine les raisons et qu'elle renverse avec cet ouvrage opportun, extrêmement important et utile. "Est-ce ainsi que les hommes vivent" accompagne ceux qui souffrent, leur donne à comprendre ce qu'ils endurent et leur ouvre des portes pour un avenir à nouveau digne. C'est un livre de psychologie mais c'est surtout un livre politique. "Bien entendu que la vocation de ce livre est politique", confirme Claude Halmos, "car il parle de la vie de la cité. Mon but est de faire entendre les souffrances sur lesquelles se pose un silence sur lequel on ne peut que s’interroger."

Heureusement qu'elle est là!






samedi 13 décembre 2014

Marie Wabbes reçoit le prix Scam jeunesse 2014



Coïncidence amusante: hier 12 décembre,  la SACD et la Scam, sociétés de gestion de droits d'auteurs, ont remis leurs 12 prix annuels dans les différents répertoires qu'elles représentent. Leur particularité? Ce sont les auteurs eux-mêmes qui, au sein des comités belges, recherchent et distinguent les œuvres et les auteurs qu'ils souhaitent primer. Leur objectif? Encourager les jeunes auteurs et rendre hommage aux auteurs confirmés.

Rappelons que la SACD gère les répertoires du théâtre, de la danse, du cinéma, de la télévision et de la radio (fictions), du cirque, des arts de la rue et de la musique de scène, tandis que la Scam est spécialisée dans l'écrit, le documentaire cinéma, le documentaire audiovisuel et radio, l'illustration et le multimédia non fictionnel.

Marie Wabbes.
Marie Wabbes a siégé douze ans, jusqu'en 2011, soit deux mandats, au comité belge de la Scam. Auteure-illustratrice jeunesse historique - elle fêtera ses cinquante ans de métier l'an prochain, elle a toujours veillé à ce que soient récompensés ses pairs prometteurs.
Le prix jeunesse était alors annuel. Elle a ainsi fait couronner Anne Brouillard l'année où Monique Martin (Gabrielle Vincent) l'a refusé, Jeanne Ashbé (2001),  Claude K. Dubois (2003), Kitty Crowther, Rascal, Louis Joos (2005), José Parrondo (2006), Mario Ramos (2007), Emmanuelle Eeckhout (2009), Christine Aertssen (2010) et d'autres que j'oublie. Les dernières années, le prix s'est étiqueté "illustration" et, restrictions budgétaires obligent, a été décerné en alternance à la bande dessinée et à la jeunesse.

Excellente surprise de l'année 2014, et qui ne devrait pas rester isolée me glisse-t-on dans l'oreillette, le retour d'un prix Scam Jeunesse. Et il est attribué à Marie Wabbes pour l'ensemble de son œuvre. 194 albums pour le moment, tout de même (les deux derniers ont été présentés ici)... Bravo à la lauréate!

Autres bonnes nouvelles: la création de deux nouveaux prix cette année, celui de la traduction littéraire et celui de l'essai.

Palmarès 2014
  • Prix Scam de Consécration (essai): Jacques Dubois
  • Prix Scam de Littérature: Chantal Akerman pour "Ma mère rit"
  • Prix Scam de l'Essai: Isabelle Stengers pour "Une autre science est possible"
  • Prix Scam Texte & Images: Léonie Bishoff pour "La princesse des glaces"
  • Prix Scam Littérature / Illustration jeunesse: Marie Wabbes
  • Prix Scam du Documentaire radio: Lorédana Bianconi pour "La Résonance de nos hymnes"
  • Prix Scam de la Traduction littéraire: Marie Hooghe
  • Prix Scam du Documentaire audiovisuel: Jorge Leon pour "Before we go"
  • Prix SACD Audiovisuel: Hélène Cattet et Bruno Forzani pour "L'étrange couleur des larmes de ton corps"
  • Prix SACD Fiction radio: Rémi Pons pour "L'Odeur"
  • Prix SACD Spectacle vivant: Antoine Pickels pour "Clinique d’un roi"
  • Prix SACD de l’Humour: Jérôme de Warzée



vendredi 12 décembre 2014

Treize albums lumineux pour la Sainte-Lucie

La Sainte-Lucie, fête de la lumière, c'est le 13 décembre.
Drôles, imaginatifs, débordant de vie, une sélection de treize albums pour enfants.
Leurs héros animaux mettent de la lumière dans la lecture et dans la littérature.

"Le chevalier de Ventre-à-Terre"
Gilles Bachelet
Seuil Jeunesse, 36 pages

On pourrait facilement décider de n'aller sur Facebook que pour y découvrir les activités picturales variées de Gilles Bachelet. Quand il ne fait pas des batailles de dessins avec Benjamin Chaud, qui ont donné lieu par la suite à de vrais tournois dessinés dans des salons et des festivals (lire ici), l'auteur de "Madame le lapin blanc" (Seuil Jeunesse, 2012, lire ici) nous réjouit avec ses 1001 élucubrations diverses et variées. Je me demande même si les escargots à l'honneur dans son nouvel album ne sont pas apparus au détour de l'une ou l'autre blague sur FB. Finis les lapins, les chats et les éléphants? C'est à voir. En tout cas, on ne verra ici que des escargots même si on peut aussi les appeler coq à l'occasion.

Quelques messages...
L'album s'ouvre sur le jour J: le chevalier de Ventre-à-Terre (!) doit partir en guerre contre le chevalier de Corne Molle qui a envahi ses fraisiers, leurs armées à l'appui. Les images montrent ses préparatifs: se tirer du lit conjugal pour prendre un petit-déjeuner, faire de la gymnastique, plonger dans un bon bain, sauter dans son armure, enfiler son heaume. Pas question de sortir sans avoir répondu à ses messages au look facebookien, ni dit au revoir à ses enfants, ni embrassé voluptueusement son épouse.

Cette fois-ci, c'est sûr, il est en route. Mais quand même, il est obligé de s'arrêter pour diverses bonnes raisons. Quand il repart enfin, son ennemi est en vue. Apparemment, on n'attendait plus que lui... Mais mais mais, quelle heure est-il? Celle de déjeuner! On déploie des nappes pour se partager les victuailles. Et puis? Ben oui. Et alors? Ben non.

Le combat pourrait commencer mais... (c) Seuil Jeunesse.

"Le chevalier de Ventre-à-terre" procure une bonne dose de rigolade bien baveuse. Comme tous les albums de Gilles Bachelet, il peut se prendre au premier degré. Il fourmille de détails plus comiques les uns que les autres, tous dans la logique des escargots, et on y croise quelques contes célèbres. On peut aussi le déguster au second degré, et savourer l'image qu'il nous renvoie de notre société - même Hello Kitty - en nous invitant à nous interroger. Questions que résume admirablement la moralité en finale. Voilà du grand Gilles Bachelet, fantasque à souhait, et un épatant album au service de la paix.


"Yok-Yok Le hibou blanc"
Etienne Delessert
Gallimard Jeunesse/Giboulées, 32 pages

Un grand format champêtre où on retrouve Yok-Yok avec son grand chapeau rouge-orange et ses amies Noire la Souris et Josée la Chenille. Leur promenade de fin de journée est troublée par l'arrivée d'un très grand oiseau blanc inconnu.
Ni cygne, ni fantôme, s'agirait-il d'un fantôme?

Première rencontre. (c) Gallimard Jeunesse.
C'est un tout cas un chasseur qui s'empare immédiatement de Noire. Heureusement, Yok-Yok a un signe magique pour libérer son amie. L'occasion de procéder enfin aux présentations.
"Je suis le Hibou Blanc. Pardonnez-moi, je suis un peu perdu." Le voyageur raconte le Grand Nord d'où il vient, comment il y vit, comment il s'y nourrit, combien il y fait clair ou sombre et combien sont belles les aurores boréales.

Cette conversation donne lieu à de magnifiques paysages nordiques, sur doubles pages. Elle nous apprend aussi que le Hibou Blanc a quitté son pays parce qu'il y avait faim. Une façon discrète et allégorique d'évoquer les drames humains qui font régulièrement la une de l'actualité. Etienne Delessert donne à ses héros comme aux jeunes lecteurs l'occasion de découvrir le monde où ils vivent mais il les rassure par la douceur de ses propos et de ses images.


"Le chat rouge"
Grégoire Solotareff
L'école des loisirs, 40 pages

Impossible en lisant ce titre de "Chat rouge" de ne pas penser à "Chien bleu", immense album de Nadja, une des sœurs de Grégoire Solotareff, publié il y a tout juste vingt-cinq ans (et dont sort aujourd'hui une très discutable version à colorier, mais bon). Y aurait-il un lien entre les deux livres? Bien sûr que oui. Par exemple, le fait que les deux histoires se déroulent dans une forêt, ou celui qu'elles relatent toutes les deux une rencontre d'amour dans un moment de danger.

Les couleurs de Solotareff. (c) L'école des loisirs.
"Le chat rouge", c'est Valentin. Différent des autres puisque rouge, il se défend. Il griffe. Il est craint mais souffre de la solitude qu'il s'impose en se réfugiant dans la forêt. Sa vie change le jour où il rencontre Blanche-Neige, une chatte immaculée.
Ils jouent ensemble, s'enfoncent de plus en plus loin dans la forêt. Là, précisément où rôde un vieux loup. Evidemment...
Valentin va sauver la vie de Blanche-Neige mais les deux chats ne sont pas encore au bout des difficultés: une sorcière a quelques idées pour les occuper.

De superbes effets de couleurs de fonds oscillant entre les roses, les jaunes, les bleus, les mauves et les gris et les silhouettes des personnages croquées en quelques traits rapides et expressifs confèrent successivement chaleur et froideur à cet album plein d'espoir, de vie et de confiance. Où les chats restent des chats: ils n'obéissent jamais à personne. Quelques pages de l'album sont à feuilleter ici.


"Un éléphant légèrement encombrant"
David Walliams et Tony Ross
traduit de l'anglais
par Valérie Le Plouhinec
Albin Michel Jeunesse, 32 pages

Voici le premier album jeunesse de David Walliams, l'auteur de l'excellente série de romans illustrés "Witty" (Albin Michel Jeunesse) dont Tony Ross a illustré certains titres. Elle est trop drôle, cette histoire d'éléphant qui débarque un jour chez Sam. Un éléphant gigantesque et bleu! Le jeune narrateur avait complètement oublié le papier qu'il avait signé au zoo: "Adopte un éléphant." L'encombrant visiteur commence par se plaindre de son voyage (il est venu d'Afrique) puis s'installe carrément dans la maison.

C'est un enchaînement de catastrophes extrêmement drôles qui nous est alors présenté. Le bain, le repas, la télé, la sortie... rien ne se passe normalement. Mais que c'est drôle! Comment Sam va-t-il se débarrasser de cet invité au caractère impossible et dont le toupet n'a pas de limite? Les scènes se suivent, ahurissantes jusqu'à la finale qui dépasse toutes les autres. Les mimiques des uns et des autres sont diantrement éloquentes. On s'amuse vraiment beaucoup dans cet album farfelu.


"La farce de l'éléphant"
Takabatake Jun
traduit du japonais par Yukari Maeda
et Patrick Honnoré
Picquier Jeunesse, 40 pages

Caché derrière un buisson, un éléphant farceur observe qui va tomber dans le piège qu'il a creusé. Mais les déceptions se succèdent: les fourmis sont trop légères, le lapin saute au-dessus du trou, le chien se contente d'y faire pipi... Quant aux canards, ils sont mis en fuite par des impétrants, destructeurs involontaires de ce piège pour rire. L'éléphant est déconfit. Il l'est d'autant plus que la pluie remplit le creux qu'il vient de refaire. Au retour du soleil, après l'averse, c'est une finale pleine de joies simples qui attend tout ce petit monde. Ah!, barboter tous ensemble dans la boue, quel bonheur!


"La fête de Billy"
Catharina Valckx
L'école des loisirs, 40 pages

Chic! Une quatrième histoire avec Billy, le hamster du Far West (après "Haut les pattes!", "Le bison" et "Cheval fou", même éditeur). C'est son anniversaire. Son père s'occupe de la logistique de la fête, noisettes, etc. Billy va inviter ses amis au bal costumé, souvenir d'enfance de l'auteure.

Il file chez son ami Jean-Claude, le ver de terre, lequel est doté d'un tout nouveau petit frère, Didier. A trois, ils vont chez Josette, la souris, chez le bison, chez... Tout s'arrête, Didier a disparu! Oui, c'est bien Jack le vautour qui a enlevé le petit ver tout rose. Va-t-il gâcher la fête de Billy qui découvre que le sale oiseau est né le même jour que lui? Le hamster tente le tout pour le tout.

L'album reprend avec de nouvelles scènes touchantes ou drôles jusqu'à l'arrivée des invités déguisés. Que de trouvailles dans ces costumes, proches des souhaits d'enfants: un buisson, une rivière, un chat, une fée, une crotte, un fantôme... Comme elle est fine, Catharina Valckx qui agence tout ce petit monde en une histoire pleine de péripéties, montrant le désir de tous de s'amuser, même le revêche vautour. Ses dessins sont une nouvelle fois formidables d'expressivité, comme son histoire qui oscille entre humour et tendresse.

Ici, un petit dessin dessiné inspiré de cette remarquable "Fête de Billy".




"Animanège"
Arno et Renaud Perrin
Rouergue, 40 pages

Un album en jaune et bleu, aux tampons, imaginatif et dépouillé, où différents animaux passent, laissent des éléments d'eux, deviennent d'autres animaux. Chacun se déguise et c'est un régal de suivre cette parade animale.

Deux pigeons laissent  leurs ailes quand ils se posent sur le sol. Des ailes qui se joignent à la tache d'une vache qui se détache. Voilà des hérissons à moins que ce ne soient des buissons qui se séparent de quadrupèdes. Les cerfs plantent leurs bois qui se mettent à pousser, les escargots deviennent limaces sans leurs dos, les chameaux offrent leurs bosses... La parade se poursuit au fil de toutes ces métamorphoses jusqu'à la moitié du livre où chacun des animaux repasse en sens inverse et se déguise à nouveau avec les effets mis à leur disposition jusqu'aux pigeons du début qui ne trouvent plus aucun accessoire.

En boucle, un carnaval des animaux totalement revu, inventif en diable et extrêmement construit.


"Journal d'un chat assassin"
Véronique Deiss d'après Anne Fine
d'après la version française de Véronique Haïtse
Rue de Sèvres, 48 pages

Le "chat assassin" d'Anne Fine nous est arrivé en traduction française en 1997. Il était déjà illustré par Véronique Deiss. C'est elle qui signe la version BD de cet excellent roman pour lecteurs débutants.  Combien de lecteurs n'ont-ils pas été séduits par les démêlés de Tuffy, un chat qui ne fait que son boulot de chat, selon lui, et de ses maîtres qui n'apprécient guère qu'il rapporte oisillons et souris sans vie au pied de l'escalier. Quand ils découvrent le lapin des voisins au même endroit et dans le même état, les affaires se corsent. Les dessins vifs de l'illustratrice renforcent encore les propos piquants de la romancière.L'impeccable journal intime d'un serial killer pour rire atterrit fort bien dans ces cases dynamiques.


"Charles apprenti dragon"
Alex Cousseau
Philippe-Henri Turin
Seuil Jeunesse, 104 pages

Cet album grand format réunit deux aventures déjà parues, "Charles à l'école des dragons" (Seuil Jeunesse, 2010) et "Charles prisonnier du cyclope" (Seuil Jeunesse, 2012) que complète une troisième partie inédite, "Mémoires d'un jeune dragon".

On retrouve avec plaisir le dragon aux si gros pieds et si grandes ailes, qui s'appelle Charles en hommage à Baudelaire et écrit des poèmes tristes pour rire. Un dragon différent qui crache des mots plutôt que du feu... On le découvre en détails dans des illustrations débordant de couleurs et de détails. La troisième partie, nouvelle, présente des lettres, des croquis, des éléments de biographie, bien sûr des poèmes et différents projets d'avenir. Puzzle un rien inquiétant que ce Charles et sa poésie, mais tempéré par le rappel de choses importantes dans la vie, saucisson sec, purée de fraises, frites, ketchup, pizza quatre saisons... Sacré Charles!


"1 poisson 3 voleurs 1 dragon"
René Guichoux
Janik Coat
Nathan, 32 pages

Un titre énigmatique pour une très sympathique histoire de petit poisson rusé qui parvient à triompher de trois voleurs qui ne cessent de se disputer et d'un dragon plus impressionnant que malin. Un album bien rythmé à l'écriture musicale qui enchaîne des épisodes pleins de suspense, soutenus par des illustrations stylisées et hautes en couleurs.


"Gérard le bousier"
Andrée Prigent et Fred Paronuzzi
Kaléidoscope, 40 pages

Rentrant chez lui, Gérard découvre un œuf abandonné. Il sait qu'un œuf DOIT être couvé. Notre bousier se met en route pour retrouver ses parents. Ce qui donne lieu à de belles rencontres d'animaux pondant tous des œufs, oiseaux, grenouilles, serpents,.. qui font chacun des remarques par rapport à celui que transporte Gérard. Et pour cause! Le bousier consciencieux ignore qu'il va au-devant d'une sacrée claque.


"Tu ne dors pas, Petit Ours?"
Martin Waddell et Barbara Firth
traduit de l'anglais par Claude Lager
L'école des loisirs, Pastel
34 pages animées

Depuis sa traduction française en 1988, on ne se lasse pas de cette histoire d'ourson qui a peur du noir et ne parvient pas à s'endormir.
Un album doux, tendre, drôle et vrai, que voici maintenant en mini format animé, à lire pelotonné sous une couverture, pour retrouver la  douce complicité entre Grand Ours et Petit Ours, les trois lanternes de plus en plus grandes dans la grotte, et, à l'extérieur, la Lune si lumineuse que toutes les peurs s'évanouissent.


"On verra demain"
Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo
Kaléidoscope, 32 pages

Pour terminer, un très amusant album sur la procrastination, cet art élégant de remettre à plus tard ce qu'on pourrait faire en ce moment même. Je parle pour moi? Peut-être. Mais pas dans ce cas-ci. J'y suis arrivée à mes treize albums pour la Sainte-Lucie. Mais bon, ça peut toujours servir.

Voyons ce qui arrive à Paco, paresseux de son état et procrastinateur comme pas deux. Installé à siester dans son arbre, il résiste à toutes les invitations à bouger de ses amis de la forêt. Et refuse de voir les castors qui sont en train de couper tous les arbres autour de lui. Tous les arbres? Oui, même celui de Paco. Le paresseux se ressaisit alors dans un grand moment d'éloquence qui va, évidemment, lui permettre d'avoir gain de cause. Finement observé et très joliment dessiné.







jeudi 11 décembre 2014

Eric Reinhardt couronné in extremis

Superbe portrait d'une femme qui s'émancipe, "L'amour et les forêts" (Gallimard, 366 pages), le nouveau roman d'Eric Reinhardt avait figuré dans maintes sélections des prix littéraires de l'automne. On avait cru que l'histoire de Bénédicte Ombredanne, lectrice qui écrit à un écrivain nommé Eric Reinhardt, séduirait les jurés professionnels. Erreur. Le roman avait petit à petit disparu des sélections. Et quand il y restait en dernier tour, il n'obtenait rien.

Eric Reinhardt.
Les premiers à s'être ressaisis sont les jeunes lecteurs du Prix Renaudot des lycéens qui lui ont attribué leurs lauriers sans hésiter. Et ce jeudi 11 décembre, ce sont d'autres lecteurs non professionnels, les téléspectateurs du Prix Roman France Télévisions, qui ont couronné son texte. Au troisième tour de scrutin par huit voix contre trois à Kaoutar Harchi pour "A l'origine notre père obscur" (Actes Sud) et trois à Pierre Demarty pour "En face" (Flammarion). Heureusement pour la littérature! Voilà donc que s'achève la saison des prix littéraires 2014.

Les vingt premières pages de "L'amour et les forêts" sont à lire ici.

 **
*

Pour rappel, le Prix Essai France Télévisions avait été décerné le 20 mars à Gilles Lapouge pour "L'âne et l'abeille" (Albin Michel).




mercredi 10 décembre 2014

Allais-Galeron en délicieuses miniatures cruelles

Depuis longtemps, Henri Galeron rêvait de poser ses dessins sur les "Contes" d'Alphonse Allais dont il a toujours été grand lecteur. Des textes délicieusement cruels, comme on n'en ferait sans doute plus aujourd'hui. Il l'a fait pour trois d'entre eux, qu'il a choisis dans l’œuvre de l'humoriste. Son autre rêve était de les dessiner en miniature. Il l'a fait aussi. Résultat, ces trois délicieux et grinçants mini-livres en noir et blanc, réunis en coffret (Les Grandes personnes, 3 livres de 24 et 32 pages).

Le ton Galeron avec le sens de la composition des images en format réduit et l'art des détails à savourer pleinement s'accorde magnifiquement avec le ton Allais. Bien entendu, les dessins originaux sont au format de la publication. Oui, minuscules et superbes.

"Conte à Sara", ou "Ce qu'il advint d'une petite fille", commence bien. La petite fille s'en va promener sa poupée au parc et rencontre "deux petits oiseaux très gentils". Le trio s'amuse beaucoup, jusqu'au moment où les oiseaux annoncent qu'ils s'en vont. La fillette est alors tellement furieuse qu'elle leur réserve un fort sale tour. C'est pile à ce moment que débarque un impressionnant matou... L'histoire s'achève mal et c'est pour cela qu'on l'apprécie.

(c) Les Grandes Personnes.

"Le crocodile et l’autruche" se présente comme une "Fable sud-africaine". Le conte qui s'achève sur une fort pertinente moralité nous fait entendre une discussion entre une autruche imbue d'elle-même et un vaurien-saurien pas tellement plus agréable. Qui a raison entre la porteuse de plumes appréciées par les dames qui suivent la mode et celui dont la peau donne un cuir qui enchante les élégantes? Zéro partout évidemment, ou un-un selon le point de vue où on se place.

(c) Les Grandes Personnes.



"La vengeance de Magnum" se désigne comme une "Pantominette pour le nouveau cirque". Trois personnages nous sont présentés, Magnum le jeune chien roublard, Black le bon gros terre-neuve et l'acariâtre Rose Sweet, adepte d'anglicismes (déjà). On va les suivre dans diverses scènes numérotées, cette numérotation faisant partie intégrante d'un récit basé sur la vieille blague du coup de sonnette fantôme. Jusqu'à plus soif et une finale définitive.

(c) Les Grandes Personnes0

Pas besoin d'autre argument, le duo Alphonse Allais - Henri Galeron fonctionne admirablement bien. Les "Contes" du premier illustrés par le second sont autant de petits bijoux d'humour, de dérision, de cruauté qu'on se réjouit de lire et de relire.