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vendredi 12 septembre 2014

Tous à Saint-Gilles (Bruxelles) ce week-end!

Il y a ceux, ou plutôt celle, qui s'en vont au Festival America qui se tient à Vincennes. Et il y a ceux qui restent à Bruxelles.
A l'intention de ces derniers, j'ai repéré deux activités intéressantes.

(c) Dieter VDO.

Le cinquième Festival de bandes dessinées contemporaines Cultures Maison qui débute ce soir et se tient tout ce week-end en différents lieux de Saint-Gilles (à la Maison des cultures, à la Maison du livre). On y trouvera une cinquantaine d'éditeurs, auteurs et artistes, belges et internationaux. Et plusieurs expositions dont la principale est consacrée à la maison d'édition Bries (d'Anvers).




Et un peu plus haut dans Saint-Gilles, commune vallonnée comme on le sait, Gilles Martin se promet de mettre le week-end à profit pour fêter le rétablissement des éditions Aden et de la librairie Joli Mai (Avenue Paul Dejaer, 29).


jeudi 11 septembre 2014

Un fameux duo! Claude Ponti illustre la stupidité humaine décrite par Carlo M. Cipolla!

(c) Claude Ponti/P.U.F.

Regardez bien le dessin ci-dessus. Les couleurs, les formes des personnages, leurs expressions.
Mais oui, c'est bien lui. Lui, Claude Ponti!

Il illustre cet automne le livre culte de Carlo M. Cipolla, "Les lois fondamentales de la stupidité humaine" (traduit de l'anglais par Laurent Bury, P.U.F., 96 pages), qui sera disponible en librairie dans cette nouvelle version le 24 septembre.

Quel duo!

Pour patienter en attendant de revenir au livre lors de sa sortie, je vous glisse en guise d'apéritif les deux pages d'introduction et les deux illustrations qui les entourent. La première ouvre la note, l'autre se trouve ci-dessous. Et plein d'autres sont à découvrir dans cette nouvelle édition illustrée.


  




A noter que l'album jeunesse de Claude Ponti, "Blaise et le Kontrôleur de Kastatroffe" (L'école des loisirs) arrivera en librairie le 26 novembre.

mercredi 3 septembre 2014

Le bonheur, menace et promesse chez Delacourt

(c) Blog de Grégoire Delacourt


Grégoire Delacourt, c'est bien entendu le livre "La liste de mes envies" (JC Lattès, 2012, Le livre de poche, 2013). L'immense succès en librairie d'une mercière-blogueuse, Jocelyne Guerbette, d'Arras, ayant gagné le gros lot d'une loterie prolongé dans un film avec Mathilde Seigner.


Grégoire Delacourt, c'est aussi les procès intentés par une Scarlett Johansson chaque fois déboutée par la justice, héroïne de "La première chose qu'on regarde" (JC Lattès, 2013, Le livre de poche, 2014), son troisième roman qui n'est donc pas devenu un film avec Scarlett Johansson jouant son propre rôle.


Mais Grégoire Delacourt, ce n'est pas que cela. C'est aussi un homme, qui passe par le roman pour se dire, pas pour s'imposer, non, pour faire entendre sa voix. Il l'avait fait dans son premier roman, "L'écrivain de la famille" (JC Lattès, 2011, Le livre de poche, 2012).


Il le refait aujourd'hui dans son quatrième roman, "On ne voyait que le bonheur" (JC Lattès, 364 pages), tout juste sorti. Il y met en scène Antoine, la quarantaine, expert en assurances. Un homme qui rame après son licenciement brutal. Un ancien enfant pétri de souffrances, un mari perdu, un père moqué par ses enfants. Il est lâche, Antoine, il le reconnaît. Mais son propre père, droguiste, lui a-t-il donné un autre exemple? Pourtant, il a envie de bien faire, l'assureur qui chiffre le prix des choses. Il peut même faire preuve d'humanité. Parfois.

La somme des drames et des souffrances qu'il endure font qu'Antoine le lâche se lâche lui-même. Il perd pied, commet l'irréparable, sans le comprendre, sans que personne ne le comprenne. Il ira chercher rédemption et pardon au Mexique.

On le voit, Grégoire Delacourt change de registre avec ce quatrième titre. Il se fait plus grave dans le propos, même si ses mots ont toujours la même élégance. Plus personnel aussi. Il compose le portrait d'un humain contemporain, hanté par ses démons, dans un témoignage qu'il partage avec générosité. Autour d'Antoine gravitent toute une série de personnages secondaires rencontrés à diverses étapes de sa vie et dont on fait volontiers la connaissance. L'écrivain de la famille, au sens propre, sait toujours écrire les choses et les gens. Maintenant il nous raconte aussi leurs sentiments. "On ne voyait que le bonheur" est un roman dur, qui emprunte aux faits divers, mais beau et juste. On y parle de lâcheté et aussi de pardon.

Grégoire Delacourt.
Sept questions à Grégoire Delacourt

Votre quatrième roman est le premier à paraître la rentrée littéraire de septembre. Que ressentez-vous?
C'est très curieux comme sensation. Il y a aujourd’hui treize jours que le roman est sorti mais cela fait trois mois que l'éditeur et moi, nous vivons avec, en rencontrant les librairies, la presse. Les enjeux d’une rentrée sont violents. Il y a 600 livres qui sortent dont 500 seront tout de suite oubliés. Dans les 100 dont on va parler beaucoup, 30 vont émerger. C'est à la fois excitant et terrifiant. La rentrée littéraire, c'est comme le festival de Cannes pour le cinéma. En même temps, il y a le revers de la compétition, les choses pas très fair-play qui se passent et que je ne connaissais pas.
C'est mon éditeur qui a pris la décision de publier pour la rentrée. Il m'a dit: "C’est un texte qui doit être confronté à d’autres livres.".
Avec "On ne voyait que le bonheur", vous apparaissez de nouveau comme l'écrivain de la famille.
Paradoxalement, c'est un livre que je ne voulais pas écrire. Je ne l'avais pas prévu dans ma vie alors que les trois autres étaient écrits dans ma tête. J’en suis sorti KO. Je l'ai commencé en novembre 2012 quand on m'a annoncé que mon père allait mourir et j'ai fini la version ultime le 7 avril 2014, le jour de son décès.
J'y ai mis des choses de moi, j’ai pris des risques. C'est quoi être un bon fils? Etre un bon père? Ces questions personnelles, j'ai voulu les creuser, mettre à nu ces lâchetés, ces difficultés. Moi-même, dans ma vie, j'ai reproduit en tant que père les difficultés vécues en tant que fils. J’ai voulu arrêter ces héritages à la con.
Avec ce livre, j'ai osé aller vers plus de mise à nu, vers plus d'impudeur, et ce, grâce au soutien, non, grâce à l’amitié, de mes lecteurs. Je pense que le témoignage d’Antoine peut aider d'autres gens.
On y parle de lâcheté mais aussi de pardon.
C'est un livre sur la lâcheté mais aussi sur le pardon, avec des démons à réaffronter. "L’écrivain de la famille" racontait l’adolescence, "On ne voyait que le bonheur" raconte les chagrins d'une vie d’homme. Je suis sorti du nord de la France pour aller vers le Mexique. Le Mexique parce que le nom de ce pays m'est venu en écrivant le prologue. Sans doute aussi parce qu’en 1998, j'y ai passé une semaine de vacances, imposée par mon patron de l’époque qui me voyait perdre pied. L’hôtel s’appelait vraiment Desconocido (l'inconnu), un signe du destin sans doute.
Le roman se compose de trois parties.
Au début il n'y en avait que deux. Il me fallait un break à la fin de la première. La troisième est arrivée d'elle-même. J'ai été dépassé par ce que j'avais écrit. Je voulais donner une chance à Joséphine, la fille d'Antoine, j'avais besoin qu'elle ne disparaisse pas. Cette troisième partie, je l'ai écrite en larmes. Et en me demandant ce que mes enfants penseraient de la première. Ils ont lu le livre et estiment que c'est mon meilleur, que c'est un livre important. Ils m'ont mieux compris. On ne naît pas de rien.
Il met en scène un drame inattendu.
Qu'est-ce qui fait qu'à un moment, on n'aime plus sa vie? Il y a les souffrances de l’enfance, celles du boulot, celles que vous infligent vos enfants en vous regardant, les amis, les amours...
Les gens souffrent, sont malheureux, et à un moment, ils ne peuvent plus supporter leur vie. Les petites gouttes d’eau font qu'ils sont noyés. Ce sont les mécanismes du burn-out total. A un moment, certains décident de tout supprimer comme cela se voit dans les faits divers.
La solution est peut-être de permettre aux autres de nous aider. Mais la famille est le lieu où il y a à la fois le plus et le moins d’amour au monde.
Le titre est-il une envie ou un défi ?
Grand blanc dans la conversation
Quand j'ai écrit le passage où apparaît la phrase "On ne voyait que le bonheur", il m'a été évident que ce serait le titre. Un titre qui est à la fois une menace et une promesse: l'effet de l'usage de l'imparfait. Mais ce n'est pas du tout un livre sur le bonheur.
Pour la première fois, vous titrez vos chapitres.
Dans la première, ce sont des sommes d’argent, en francs ou en euros selon les époques, parce qu’Antoine est assureur et évalue les moments. Je trouvais provocateur de fixer des montants pour résumer des événements.
Dans la deuxième, j’ai gardé les chiffres, en clin d’œil au texte, mais aussi en petit jeu avec le lecteur, pour être complice au moment où j'écrivais ce texte qui a été dur à sortir.
Dans la troisième, ce sont logiquement les dates du journal de Joséphine.






jeudi 21 août 2014

Deux Pétronille pour le prix d'une seule, celles d'Amélie Nothomb et de Claude Ponti

C'est une habitude pour moi, la rentrée littéraire commence avec Amélie Nothomb. Je l'avais expliqué l'an dernier. "Pétronille", le vingt-troisième roman d'Amélie Nothomb (Albin Michel, 169 pages), sort donc en librairie aujourd'hui.

Pétronille! Un prénom qui, dès son annonce, m'a immédiatement fait penser à un des premiers albums de Claude Ponti, "Pétronille et ses 120 petits" (L'école des loisirs, 1990, lire en fin de note).

Le portrait court de la Pétronille d'Amélie apparaît en quatrième de couverture: "Au premier regard je la trouvai si jeune que je la pris pour un garçon de quinze ans." Amélie ne reconnaît pas tout de suite, lors de cette séance de dédicace, la jeune femme avec laquelle elle correspond. Mais bon, c'est elle.

On en saura plus sur elle tout au court du roman qui débute fin 1997, Amélie a alors trente ans - elle est née le 13 août 1967 à Kobé. Le récit portera sur plusieurs années, plus de dix. Pétronille est écrivain comme Amélie. A vingt-deux ans, elle débarque dans le milieu de la littérature avec l'idée d'un premier livre. Elle aime le champagne comme elle. Ce nouveau roman d'Amélie Nothomb, écrit à la première personne, commence d'ailleurs avec les effets du précieux vin à bulles: "L'ivresse ne s'improvise pas. Elle relève de l'art, qui exige don et souci." Le ton est donné, Amélie va nous entretenir de ses chères bouteilles de champagne et de l'ivresse à nulle autre pareille qu'elles lui valent. De son souci de trouver un compagnon ou une compagne de beuverie. Ce sera Pétronille, elle le comprend tout de suite.

Amélie Nothomb. (c) Patrick Swirc.
Dans ce vingt-troisième roman, la romancière nous parle de tout, de littérature, d'édition, de libraires, de sa vie, d'auteurs contemporains, de sa sœur Juliette, de ses parents, mais surtout de rien. Les petites bulles qu'elle fait naître tout au long des pages ne provoquent pas d'ivresse, laissent surtout l'impression d'un texte transparent, même s'il se présente comme autobiographique. Que ce soit l'escapade à Londres ou en montagne, les promenades à Paris, le chemin d'une jeune auteur, le nouvel an à Antony, le voyage à pied de Pétronille au Sahara, son retour, jusqu'à la finale.
"Foutreciel!", Amélie, reprends-toi.

Laissons la question habituelle à Pascal Fioretto, auteur de l'excellent livre "Un condamné à rire s'est échappé" (Plon, à paraître le 4 septembre): "Comment Amélie Nothomb fait-elle pour accoucher de plusieurs romans par an, en noyer deux ou trois et ne laisser vivre que son préféré?" Son préféré pour 2014 a donc été "Pétronille", tant pis pour nous.

Pour s'en faire une idée, la lecture du début de "Pétronille".




Mais revenons à l'autre Pétronille, celle de Claude Ponti, une maman de 120 petits ("douze fois tous les doigts des deux mains") qui navigue entre mille péripéties
On découvre dans "Pétronille et ses 120 petits" (L'école des loisirs, 1990), premier album de Ponti chez cet éditeur qui deviendra le sien, que la maman s'occupe seule de ses cent vingt petits car son mari, l'explorateur Everest - look Tintin, pantalon de golf et chandail -, est au loin.

Si ce format à l'italienne est un délicieux pot-pourri dédié aux enfants, les parents ne seront pas déçus. On y trouve des comptines, celles de la souris verte et de la poule sur son mur et des clins d'yeux littéraires, une madeleine proustienne, une petite Adèle et des poussins. Déjà!

Pétronille et ses 120 petits. (c) L'école des loisirs.

Mille détails dessinés, insolites ou carrément fous, font de chaque situation une scène complète à observer. De quoi parler, sourire et rire. A la première page, le soleil se lève: il repousse oreillers et couverture et s'étire. Plus loin, on fait la connaissance des cent vingt petits de Pétronille, habillés pour moitié de bleu et pour moitié de rose. Affamés, ils prennent tous ensemble sur les genoux de leur maman (!) leur biberon (!). Un astucieux système multi-tétines permet ce repas simultané... Dans un coin de la chambre, une boîte de mille couches-culottes... Et ainsi de suite.

Le scénario est simple: Pétronille part faire ses courses - elle achète, entre autres, cent vingt sucettes chez l'épicier. Sur le chemin du retour, elle est attrapée par le gros et bête Cafouillon. Comment arrivera-t-elle à lui échapper? Claude Ponti n'hésite pas à utiliser tous les artifices, même les plus gros, pour faire progresser l'histoire. Les enfants vivent aussi dans un monde où se mêlent réalité et imaginaire. Il leur est facile d'admettre que Pétronille soit sauvée par la casserole où elle est prise pour une souris verte par des messieurs qui veulent la transformer en escargot: le récipient prend tout simplement ses jambes à son cou! Sa passagère, après avoir consolé un troupeau de roches endormies, passe de l'autre côté du rideau - de pluie -, et prend un mauvais chemin, "qui fait exprès de perdre les gens".

Elle échappe à des plantes féroces grâce à une corde de poussins mais n'a pas encore retrouvé son chemin pour autant. Les événements s'enchaînent: Pétronille réconforte une madeleine chagrine, se retrouve prisonnière d'un océan. Là, elle récupère un de ses enfants et apprend que pendant son absence, ses petits ont reçu la visite d'un horrible monstre. Ils les a tous enlevés sauf deux.

Pourra-t-elle les sauver? Heureusement la Maman-de-Toutes-les-Mamans lui vient en aide. Pétronille se précipite. Elle arrive au moment où le vilain Sagoinfre s'apprête à dévorer ses petits...

Un terrible combat s'engage. Son issue sera bien entendu favorable à Pétronille et ses petits, grâce à une intervention providentielle du papa, Everest, de retour parmi les siens.

Tout est donc bien qui finit bien, si ce n'est qu'enfants et parents se trouvent toujours en territoire inconnu. La plume d'une poule découverte sur un mur permettra à tous de rentrer chez eux, histoire d'organiser une grande fête.







mercredi 20 août 2014

La fine fleur du livre pop-up chez Studio 002

On le sait, "Studio 002" est un magazine gratuit sur le web, concocté par les équipes d'Agent 002, Illustrissimo et Lezilus, trois agences d'illustration créées par Michel Lagarde. On y trouve donc principalement, fatalement, les actualités des auteurs-illustrateurs représentés.

Ce qu'on sait sans doute moins, c'est que "Studio 002" est aussi un magazine papier de bon format, émanation directe du site, mais pas que.

Le numéro 7 est sorti cet été (Illustrissimo, 80 pages, 2 euros, disponible en Belgique à la librairie Candide, Place Brugmann, 1050 Bruxelles), relance du titre. Il consacre son dossier principal au pop-up, ces livres aux pages animées par différentes techniques.

Pour ce faire, différents articles présentent le duo Icinori, créateur de la couverture, qui s'y dédie, Gérard Lo Monaco,  présenté comme un concepteur historique du genre, les éditions jeunesse des Grandes Personnes qui en publient et un promoteur du pop-up comme Les libraires associés. Le dossier est largement illustré et composé essentiellement d'entretiens (quelques approximations dans les noms cités et l'orthographe sont à regretter). C'est complet et bien fait, mêlant le passé, le présent et le futur, suffisamment fouillé pour que même les connaisseurs y trouvent de l'intérêt.

Parmi les autres sujets:
  • les quinze ans d'Agent 002
  • quelques portraits dont celui de notre cher Brecht Vandenbroucke, qui a exposé récemment à Paris et à Anvers, mais aussi les Jeanclode, Charlie Poppins, Federica del Poposto, Monsieur Z, Emmanuel Romeuf et d'autres à découvrir
  • des avis de sortie
  • et des actualités

dimanche 17 août 2014

Pour comprendre le conflit israélo-palestinien

"Israël-Palestine, une terre pour deux" (Actes Sud Junior, 144 pages, 2013), l'ouvrage documentaire de Gérard Dhôtel, illustré par Arno,  est destiné aux adolescents mais rien n'empêche les adultes d'en prendre connaissance. Ce n'est pas pour rien qu'il a reçu la Pépite du documentaire 2013 au Salon du livre jeunesse de Montreuil en décembre dernier. C'est un bouquin formidable qui retrace la naissance et les étapes du conflit israélo-palestinien. Et il est fort bien illustré de photos et de cartes de la région.

Sa lecture est facile car il est bien construit en 25 chapitres aux intitulés clairs. Mais il réunit de très nombreuses informations tant historiques que géographiques ou politiques. Il permet de démonter les idées reçues qu'on a en général sur les protagonistes. Il empêche surtout ceux qui, au motif de ne pas comprendre ce conflit majeur et qui semble inextricable, qui hante le monde depuis plus de 70 ans, préfèrent l'ignorer.

Le livre commence par une chronologie qui s'arrête en 2013, date de sa parution. John Kerry, le secrétaire d'Etat américain, annonçait la reprise du dialogue entre Israéliens et Palestiniens. Bien sûr, l'été que nous venons de connaître n'y figure pas. Mais Gérard Dhôtel permet remarquablement de s'orienter, de tenter de comprendre cette guerre. C'est la condition pour envisager une solution, non?

En route alors pour découvrir:
  1. L'histoire du judaïsme
  2. D'où viennent les Palestiniens
  3. Le sionisme
  4. La Palestine sous mandat britannique
  5. La Shoah
  6. Une terre pour les juifs
  7. La naissance de l'Etat d'Israël
  8. La première guerre israélo-arabe
  9. Les réfugiés palestiniens
  10. L'expédition de Suez
  11. La guerre des Six jours
  12. La guerre du Kippour
  13. La paix avec les pays arabes
  14. La résistance palestinienne
  15. La guerre au Liban
  16. Les colonies israéliennes
  17. Les deux Intifada
  18. Les accords d'Oslo
  19. Quel Etat pour les Palestiniens?
  20. Les territoires palestiniens
  21. Le problème de Jérusalem
  22. Où en est le processus de paix?
  23. Les Palestiniens déchirés
  24. Israël aujourd'hui
  25. Scénarios pour le futur

On le voit, les chapitres sont équilibrés entre les parties.
"Ce livre", fait savoir Gérard Dhôtel, "se veut le plus simple et le plus complet possible. Mais il ne peut être ni neutre, ni objectif, car souvent, les faits historiques eux-mêmes sont sujets à diverses interprétations... De plus, certains de ces faits ne peuvent pas être justifiés tant ils sont injustes, inqualifiables, cruels...donc condamnables."

"Israël-Palestine, une terre pour deux" permet de comprendre cette situation qui paraît inextricable. Merci Gérard Dhôtel.



mardi 12 août 2014

Papa ne sera plus femme de ménage

Robin Williams fut Madame Doubtfire.
L'acteur américain  Robin Williams est mort ce 11 août 2014 à Tiburon en Californie.
Il avait 63 ans.

Entre ses multiples rôles, il fut l'inoubliable "Madame Doubtfire" dans le film de Chris Columbus, sorti chez nous en 1994, tiré du formidable roman pour ados "Quand papa était femme de ménage" d'Anne Fine (traduit de l'anglais par Florence Syvos, L'école des loisirs, 1989), retitré "Madame Doubtfire" à la sortie du film.

"Quand papa était femme de ménage" est l'histoire d'un père divorcé, prêt à entrer au service de son ex-femme et à se déguiser en gouvernante pour voir ses enfants.
Déjà alors, il y  a 25 ans, Anne Fine avait capté ce qui fait souvent le quotidien des familles.

Terriblement vivant, le roman est doublement passionnant. D'une part, l'abondance des dialogues et l'humour incitent à sa lecture. D'autre part, l'auteur évoque par petites touches discrètes toute la gamme des sentiments par lesquels passent les protagonistes: la vie en famille, simple ou éclatée, n'est pas facile tous les jours. Anne Fine apporte également des réponses nuancées aux questions relatives au mensonge: se justifie-t-il? Si oui, peut-il être vécu de manière permanente...

Traduit en français en 1989, le roman "Quand papa était femme de ménage" connaît un tel succès qu'il passe en poche deux ans plus tard. Il changera de titre en 1994, à la sortie du film de Chris Columbus et deviendra "Madame Doubtfire". Mais dans le livre, malgré le titre, Madame Doubtfire est appelée "Mademoiselle". L'éditeur explique avoir préféré ce mot qu'utilisent traditionnellement les enfants qui ont affaire à une gouvernante.






lundi 11 août 2014

La mort de Simon Leys, le Belge d'Australie

Simon Leys.

La technologie ne touche pas de la même façon tous les individus peuplant la Terre.

La preuve avec Pierre Ryckmans, mieux connu sous le nom de Simon Leys, qui vient de mourir ce 11 août à Canberra en Australie, pays  où il avait choisi de s'installer en 1970, avec sa femme chinoise et leurs quatre enfants. Né à Bruxelles le 28 septembre 1935, il allait avoir 79 ans.

Technologie, disais-je... Pour le joindre, si loin de notre petite Belgique dont il était originaire, il fallait soit lui écrire par voie postale, soit, comble de modernité, lui envoyer un fax. Ni téléphone, ni mail... Ce qui donnait des échanges curieux d'un bout à l'autre de la planète, le télécopieur sorti pour l'occasion de son rebut crépitant alors comme un jeune premier.

C'est à 19 ans que le jeune homme découvre la Chine, elle ne lâchera plus l'étudiant en droit et en histoire de l'art. En 1959, Pierre Ryckmans part poursuivre ses études à Taiwan, Singapour et Hong Kong où il s'installe et se marie. Mais c'est l'Australie qui sera son pays de résidence définitif, même s'il conserve sa nationalité belge. Il enseigne la littérature chinoise à l'université de Canberra et mène en parallèle une carrière d'écrivain, essayiste, critique littéraire, traducteur et sinologue.

Il prend le nom de plume de Simon Leys en 1971, quand il publie son essai sur la révolution culturelle chinoise, "Les Habits neufs du président Mao" (Champ libre, 1971). Il livrera d'autres critiques du mouvement chinois, ce qui lui attire les foudres de penseurs français. Bernard Pivot se souvient encore de l'émission de 1983 où il réunit sur le plateau d'"Apostrophes"  Maria-Antonietta Macciocchi et Simon Leys, le second tournant la première en ridicule avec une autorité simple.

L'homme poursuivit son œuvre d'amoureux de la littérature chinoise, l'étudiant et la traduisant inlassablement. Dans ses autres centres d'intérêt, la littérature et la mer. Lui qui écrivait en anglais ou en français ne laisse qu'un roman, "La mort de Napoléon" (Hermann, 1986). Parmi ses essais principaux, on peut citer "Protée et autres essais" (Gallimard, 2001), Prix Renaudot, "La Mer dans la littérature française" (2003) ou encore "Orwell ou l'horreur de la politique" (Champs n° 1111).

Simon Leys fut également membre, depuis 1990, de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Il y occupe le fauteuil de Georges Simenon.

Laissons le mot de la fin à Amélie Nothomb dans l'évoque dans "Biographie de la faim", comme le rappellent Wikipédia et Pierre Maury: "Pendant quelques jours, nous logeâmes dans notre misérable appartement un monsieur qui ne souriait pas beaucoup. Il portait une barbe, ce que je croyais l'attribut du grand âge: en vérité, il avait l'âge de mon père, qui parlait de lui avec l’admiration la plus haute. C'était Simon Leys. Papa s'occupait de ses problèmes de visa."




dimanche 10 août 2014

Un texte d'Hubert Haddad, en écho à l'actualité

Hubert Haddad.
Hubert Haddad ("Palestine", Zulma, 2007, Le livre de Poche, 2009) me fait l'amitié de me confier son texte, "L'espérance endormie", publié il y a treize ans dans un ouvrage collectif pour la paix (Joëlle Losfeld).
Un geste qu'il fait en pensant à la tragédie en cours et à tout ce qu'il faut de candeur pour encore espérer.

L'écrivain publiera à la rentrée le livre "La condition magique" (Zulma). En librairie le 18 septembre.




L’ESPÉRANCE ENDORMIE

Etre juif aujourd’hui, c’est avoir appris à ses dépens les leçons indignes de l’histoire. C’est accorder autant de crédit à Kafka qu’aux maîtres de la Thora. Il n’existe de communauté que par la culture et l’esprit, et celle-là ne se perpétue que dans l’accueil et le partage. Toute restriction d’altérité est réduction de l’humain en soi, car nulle assise matérielle ne vient fonder la singularité ethnique, nationale ou religieuse. De l’humain se distingue ici ou là dans l’incréé des langues et des savoirs pour s’affirmer comme entité au sein de représentations collectives dont la valeur est chose éminemment culturelle. Le substrat animal et naturel qu’on voudrait mettre en avant appartient à l’aveugle et au chaos. La civilisation, dans ses conquêtes et ses déboires, invente l’homme à partir d’une identité partagée. Toutes les distinctions communautaires qui font des peuples des sortes de chœurs ininterrompus portant à travers les siècles la mélodie complexe d’une langue jusque dans ses légendes et ses mutations que la vie quotidienne joue et dramatise, n’ont d’exemplarité que par ce lien universel rassemblant chacun de nous dans l’espace civilisateur de l’altérité. Etre juif en ce sens, c’est admettre que le plus lointain est le plus proche, puisque nous sommes tous des créatures d’exil pétries de songes et de symboles. Les noces de l’attente et de la mémoire, en toutes langues, s’appellent espérance. Dès lors, je considère absolument le Palestinien comme mon semblable, compagnon immédiat du mystère d’exister. Au même titre qu’un membre de ma famille ou qu’un Indien de Bombay. C’est d’une seule voix qu’il faut réclamer la paix au Moyen Orient, la fin des guerres civiles organisées par des douaniers intempestifs vendus aux marchands d’uniformité, la mise au ban des extrémistes religieux ou laïcs. Temporiser, c’est massacrer. Pour des biens, pour une intégrité maudite, ceux qui ont connu la pire perdition, l’abandon universel, peuvent-ils accepter de bafouer leur droit inaliénable à l’incréé? Juifs ou Palestiniens, la haine est un suicide. Nous sommes une même âme, un même chant d’avenir. La terre est toujours assez vaste aux vivants, mais les morts sont à l’étroit. Tous enfants de notre lâcheté, ils sont réconciliés dans la nuit insondable. Soldats, si vous aviez répondu par des fleurs aux pierres des offensés, elles auraient roulé à vos pieds comme les débris d’un mur impossible. Quant à vous, hommes de foi, on ne tue pas son frère, même loin du Nom, même à l’antipode. Qu’avez-vous à perdre de l’instant béni? Et toi qui refuses toute mesure, l’autre reste à jamais ta loi. Le pays vertical où s’entassent cultures, croyances et territoires comme les étages d’un temple inca ne doit inspirer que l’ascension radieuse, au détriment des conflits ethniques, des mercantilismes et des pouvoirs. Assez de place au sommet rassemble les prophètes et les juges. Mais elle dort à poings fermés, l’espérance, aujourd’hui. Il n’y a pourtant d’autre issue que dans la fraternisation.
Hubert Haddad (mai 2001)