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samedi 22 août 2015

DTPE 10: un semainier de romans

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans et des récits. L'été, le temps de relire aussi.

Grand moment de lectures obligées pour esprits s'affirmant libres, la rentrée littéraire pointe le bout de son nez déjà. Va-t-on lui donner le droit d'évacuer les livres sortis plus tôt cette année? Nooooon! Pas tout de suite. Entre le semainier et la neuvaine, coup de projecteur sur huit romans de la rentrée précédente.



Patrick McGuinness
"Vide-grenier"
traduit de l'anglais (Grande-Bretagne)
par Karine Lalechère
Grasset, 263 pages

Bouillon, oui, la ville de Belgique, pas le surveillant du Petit Nicolas, ni la potion de Georges. Bouillon, la ville de la famille maternelle de Patrick McGuinness, écrivain, poète et professeur de littérature comparée à l'université d'Oxford. Une petite cité wallonne dont je découvre avec bonheur le passé disparu tant elle prend vie dans le merveilleux "Vide-grenier" que lui consacre l'auteur né en 1968, britannique par son père, belge par sa mère.

Patrick McGuinness.
Un texte composé de souvenirs épars, assemblés au gré de la mémoire, prolongés de photos en noir et blanc. "Je voulais écrire quelque chose qui n'existait pas, sans savoir où j'allais, sur l'enfance et la mémoire. Bouillon est une ville unique et particulière comme chaque petite ville." A tel point qu'à la sortie du livre en Angleterre, certains lecteurs y retrouvaient aussi leur ville natale. "Maintenant, il n'y a plus rien, plus de magasins, moins d'habitants. C'est un livre sur la fin d'une certaine façon de vivre."

Un livre aussi pour savoir d'où l'on vient. "Il y a un gouffre entre mes enfants et leurs grands-parents."

Un autoportrait en creux. "C'est une mosaïque de la mémoire avec la subjectivité comme mortier."

Un livre en fragments qui file adroitement dans tous les sens, raconte des lieux, des gens, leurs interconnexions, l'Histoire. Un père diplomate engendre de nombreux déménagements pour la famille et Bouillon a été le lieu d'ancrage de Patrick McGuinness enfant. "Mes enfants voulaient connaître mon enfance à Bouillon. Je leur racontais des histoires, les miennes et d'autres à moitié inventées et d'autres encore, totalement fausses celles-là. Le livre explore la frontière entre le vrai et le moins vrai. Ce sont des souvenirs à moi et des souvenirs à d'autres. Des friandises emballées de mémoire."

Avec ses bonbons en couverture, "Vide-grenier" offre un très agréable moment de lecture, qu'on connaisse la ville de Bouillon ou non, qu'on ait une bonne mémoire ou pas. On y fait des trouvailles d'histoires, superbement racontées, comme dans un vrai vide-grenier (brocante en belge).



Paula Jacques
"Au moins il ne pleut pas"
Stock, 355 pages

C'est en 1959 que commence le nouveau roman de Paula Jacques, dont le titre ne s'expliquera que dans les pages ultimes. Un bateau conduit à Haïfa les "olim", les immigrants en hébreu, venus du Caire et désireux de s'installer en Israël avec l'aide de l'Agence juive. Parmi eux, Solly, un gamin frondeur de quatorze ans, et sa sœur Lola, de treize mois sont aînée, dingue de littérature et beaucoup plus sage. Les orphelins n'ont qu'une idée en tête: éviter leur placement séparé. Au port, ils vont rencontrer un certain Georgie qui leur propose de les aider. Ils finiront par s'installer dans une maison ouverte, où vivent deux femmes, Ruthie et Tante Magda, rescapées d'Auschwitz. Officiellement du moins.

Paula Jacques.
Ce qui est passionnant dans le roman de Paula Jacques, c'est qu'elle raconte formidablement la vie en Israël dans ces années-là, la politique mais aussi le quotidien d'un frère et une sœur si différents et obligés de se débrouiller. Avec les joies et les difficultés, et des difficultés, il y en aura. Bien sûr, c'est elle qu'elle met en scène sous le nom de Lola. Mais ce qui est surtout intéressant dans ce livre, c'est qu'il aborde sans détour un aspect peu évoqué dans la littérature autour d'Israël: le chemin de ceux qui ont été prisonniers dans les camps et ont été "kapos". Pas pour blâmer, pour comprendre.

"Le livre évoque une situation que j'ai connue en tant qu'orpheline venant du Caire en Israël", m'explique Paula Jacques. "Ce furent deux années extrêmement riches en événements, le soulèvement d'un quartier, les contestations israéliennes... mais la situation de survivants des camps était mal vue à l’époque. Ils étaient considérés comme des lâches. On ne pouvait pas parler des horreurs vécues dans les camps. Par ailleurs, les deux orphelins de l'histoire ont besoin d'une famille, d'un cocon. Surtout Lola. Ils découvrent cet aspect de l'Histoire parce qu'en Egypte, on ne parlait pas du génocide."

"J'ai voulu reprendre pour ce livre une situation affective de détresse que j'avais vécue. Et j'avais vu un documentaire sur les kapos. Ces hommes et ces femmes n'ont pas le choix. Tout le monde aurait fait pareil. J'étais liée aux souffrances de ces deux rescapées d'Auschwitz qui témoignaient. Moi-même, je n'ai jamais osé entrer à Auschwitz. Mais je le fais en tant qu'écrivain par mes personnages."

"Pour moi, le plus important quand j'attaque un livre, ce sont les personnages. J'aime lire des romans bien écrits où on entre tellement dans un univers qu'on en oublie tout le reste, ces livres qui ont le don de vous arracher un temps à la réalité." "Au moins il ne pleut pas" vous emporte en Israël entre 1959 et 1961, de Haïfa à Kiryat-Yam. "C'est un roman sur le bien et le mal, l'idée est là dès le début. Il n'y a pas beaucoup de livres sur les collaborateurs juifs - ils s'acharnent à dénoncer les autres -, je voulais regarder cela en face."



Eliette Abécassis
"Alyah"
Albin Michel, 243 pages

L'"alyah" est pour les juifs le fait de quitter le pays où ils vivent pour s'installer en Israël. Cette question est au cœur de la réflexion d'Esther Vidal, double littéraire de l'auteure, de nationalité française. Un livre qu'Eliette Abécassis considère comme un roman, écrit dans l'urgence, dans la déroute, dans la tristesse, dans la colère sans doute aussi. Un livre qui fait entendre la voix des juifs de France mais évacue les autres religions et les actes de guerre ou de racisme qu'elles subissent également. Quant aux gens de gauche, ce ne sont que des bobos. Et ne parlons pas des pro-palestiniens. D'où mon malaise à la lecture même si la romancière se dit pour la coexistence de deux états là-bas, Israël et Palestine.

Eliette Abécassis.
"Je n'ai jamais écrit un livre aussi vite", me dit Eliette Abécassis. "Je l'ai commencé en août 2014, lors de la manifestation contre les juifs à Paris - au départ, une manifestation pour les Palestiniens. J'écrivais autre chose. J'ai arrêté. J'ai ouvert un autre dossier. Ecrire, c'est mettre de l'ordre dans ses obsessions. En janvier - ndlr attaques de "Charlie-Hebdo", du supermarché kasher -  j'étais en train de finir mon texte. J'ai tout repris. L'angoisse devenait une tragédie, j'ai repris les choses avec une autre perspective, celle de la fatalité, de la déception, plus que de l'angoisse."

"Ce livre est un roman. Une histoire d'amour avec un homme, une histoire d'amour avec un pays. Un plaidoyer pour la France. Je raconte une histoire, ce n'est pas un essai. Je présente plein de points de vue. Je n'ai que des questions, pas de réponse."

"Esther Vidal est mon double littéraire. Comme moi, elle est Française, née à Strasbourg de parents venus du Maroc mais c'est un personnage. Julien, lui, est inspiré de plusieurs personnes qui existent. Esther découvre que l'histoire de sa famille remonte jusqu'à l'Antiquité. Elle se sent profondément française. Envisager de quitter le pays est douloureux pour elle. Il est le lieu de sa culture, de ses racines collectives, de sa langue."

"Je me pose la question du départ depuis l'affaire Ilan Halimi. C'était un acte terrifiant qui a été suivi du drame de Toulouse jusqu'à l’attentat de janvier. Tout le monde autour de moi se pose cette question. La réalité de la vie quotidienne devient difficile, obsessionnelle."

"Ecrire, c'est créer une alchimie, transformer le négatif en positif ou en autre chose."


Baptiste Beaulieu
"Alors vous ne serez plus jamais triste"
Fayard, 276 pages

Il était une fois un petit garçon qui rêvait d'écrire et de soigner.
Ce petit garçon est aujourd'hui un jeune homme de vingt-neuf ans.
Il s'appelle Baptiste Beaulieu.
Il est "médecin de famille" selon l'expression qu'il apprécie, à Toulouse.
Il a déjà publié deux livres, et est occupé à écrire le troisième.
Il est aussi blogueur à ses heures: "Alors voilà", qui veut réconcilier soignants et soignés, compte plus de cinq millions de visiteurs.

Baptiste Beaulieu.
Le deuxième livre de Baptiste Beaulieu emprunte une toute autre forme que le premier (lire ci-dessous), celle d'un conte à l'envers. "Alors vous ne serez plus jamais triste" (Fayard, 278 pages numérotées de façon décroissante) met en scène un médecin malheureux bien décidé à se suicider depuis le départ de sa femme. Chance ou pas de chance, en sautant dans un taxi, il rencontre une extraordinaire vieille dame excentrique. La conductrice du taxi obtient du médecin qu'il postpose sa décision de sept jours. Ce sont ces sept journées que nous conte par le menu le généraliste. Un suspense qui permettra de faire connaissance avec les deux protagonistes principaux de ce roman positif.

"La numérotation à l'envers est un objet ludique pour le lecteur. Je voulais que le lecteur arrive à la page zéro. J'ai voulu écrire un conte réaliste. Avec de l'humour. Il faut faire rire les gens, c'est beaucoup plus difficile que les faire pleurer."


C'est le nom de son blog qui donne son titre au premier livre de Baptiste Beaulieu, "Alors, voilà: les 1001 vies des Urgences" (Fayard, 2013, Le Livre de poche, 2015, Audiolib, 2015, 6h44, lu par Emmanuel Dekoninck). On y découvre une semaine de la vie d'un apprenti-médecin aux urgences d'un hôpital, entre patients, internes, médecins, chirurgiens, aide-soignants, infirmières et public.




Valérie Tong Cuong
"Pardonnable, impardonnable"
JC Lattès, 340 pages

Il n'y a pas de suspense, heureusement, sur ce qui arrive à Milo, douze ans. Il roulait à vélo, surveillé par sa tante, et il a eu un accident. Grave. Imprévisible comme tous les accidents de ce type. Non, là où Valérie Tong Cuong polit son récit à plusieurs voix, c'est dans les relations au sein de la famille, les parents, Céleste et Lino, la grand-mère Jeanne, la jeune tante Marguerite. Les adultes se déchirent et Milo lutte à l'hôpital pour rester en vie. Des secrets venimeux vont sortir.


Valérie Tong Cuong.
"C'est un livre sur le pardon", me dit Valérie Tong Cuong. "Un chemin qui passe par une série d'épreuves pour une famille dont tous les protagonistes auront leur propre lot d'épreuves dans leur parcours. Pour moi, ce n'est pas un livre noir même s'il remue et s'il bouleverse. On entre au cœur de l'intime de chacun. On va au fond des blessures."

"Je cherche à voir comment on peut avancer. Le pardon est un outil de libération. Mais quand on est fondé sur quelque chose de bancal, tout doit d'abord s'écrouler avant de pouvoir se reconstruire. Je veux montrer que cet accident est la conséquence des multiples dysfonctionnements familiaux aux générations précédentes. Que nos vies sont en interaction avec le présent et le passé."

"J'ai tout de suite su qu'il me fallait donner la parole à chacun de mes personnages tour à tour. En écrivant, j'étais chaque fois à 100 % dans chaque personnage."

"Le fil rouge du livre est la santé de Milo. Mais il me fallait aussi que l'histoire avance pour que l'intrigue soit intéressante. Je démêle les nœuds qui apparaissent progressivement. Les mensonges que l'on se fait à soi-même, à l'autre. Tout le monde ment. Parfois pour protéger l'autre, comme on pense. Chacun des personnages a cru qu'il faisait ce qu'il pouvait faire de mieux. Il n'y a pas une vérité mais la vérité de chacun. Aucun ne possède l'ensemble des clés. Le lecteur a toujours de l'avance et peut nuancer ainsi son jugement."

"Aucun des personnages n'est à la place qu'il devrait occuper pour des raisons qu'il ne connaît pas. C'est la force invisible et destructrice des secrets de famille. L'histoire se répète tant que le secret n'est pas levé."

"J'ai pleuré d'émotion, pas de tristesse, en écrivant ce livre. J'ai suffoqué. Je n'ai pas envie d'écrire un conte de fées, mais de montrer la possibilité du chemin. Je voulais affronter ce lot d'émotions rudes parce que nécessaires, pour aller vers l'apaisement, la libération. Mon livre comporte une notion d'espoir."



Sylvie Le Bihan
"Là où s'arrête la terre"
Seuil, 287 pages

Quand j'avais rencontré Sylvie Le Bihan pour son premier roman, l'excellent "L'autre" (lire ici), elle m'avait dit qu'elle était en train d'écrire la suite de l'histoire d'Emma. Quelle surprise donc de lire ce second livre de fiction où l'on rencontre Marion, enceinte, et ses hommes: son mari, son amant dont elle révèle l'existence et Roger, rencontré par hasard dans une église où elle s'est réfugiée et qui souffre d'une blessure secrète. 

"Emma devait être Marion", me confie Sylvie Le Bihan. "Elle a peur face au bonheur et à l’amour. C'est le phénomène d'attraction-répulsion." Mais c'était compliqué et elle a changé d'idée et choisi de raconter Marion, dans un nouveau roman bien noir comme elle les aime. Un livre sur la violence psychique, qui n'éblouit toutefois pas autant que le premier, se perd souvent dans des longueurs et des dialogues répétitifs. 

"Marion est une femme et une petite fille gâtée. Elle est en guerre contre tout le monde car elle est en guerre contre elle-même. Elle est bouleversée par la mort de sa mère. Elle se crée un amour impossible qui gâche sa vie avec son mari. Je la voulais agaçante. Je ne suis pas dans la séduction du lecteur. Pareil pour Roger qui est un plouc, on s'en rend compte petit à petit. Mais il est lucide sur lui-même contrairement à Marion qui est tout le temps dans la séduction. Mais elle a aussi un côté animal, elle est à l'état brut. J'écris comme se déroule une corrida avec des passes avant la mise à mort." 


Claire Huynen
"Néfertiti en bikini"
Cherche-Midi, 147 pages

Un voyage mère-fille, adultes toutes les deux, pas très proches dans la vie, une croisière sur le Nil. Un moment d'enthousiasme pour la première, malgré une blessure le premier jour, plus désespérant pour la seconde, priée de vivre les excursions à la place de l'autre et de lui en rendre compte en fin de journée. Tourisme de masse et découvertes mutuelles.

"Je me suis bien amusée à écrire ce roman, mon quatrième", me dit Claire Huynen, Belge installée à Paris. "Le voyage est une belle matière. Le phénomène grégaire est sociologiquement intéressant. J'ai voyagé dans le tourisme de masse, c'était passionnant à regarder. J'ai appris mille choses. Le touriste est de la chair à excursion. L'esprit grégaire est entretenu par le tour-opérateur. Le phénomène de groupe incite à prendre plus d'excursions, à faire davantage d'achats. L'objet de consommation est plus malléable ensemble qu'isolé. Je n'ai pas théorisé sur le sujet mais tout le monde s'y retrouve, même le touriste."

 "J'ai fait deux fois cette croisière avant d'écrire le livre. Je suis allée en Egypte début mai. Les sites étaient vides.  Il n'y avait pas trente bateaux sur le Nil alors qu'il y en avait 350 avant. C'est le drame des Egyptiens mais mon bonheur égoïste. La faute aux derniers attentats, alors qu'en Egypte, tous les sites sont surveillés."

"Le personnage féminin auquel je ressemble le plus est Jo, la fille. Je déteste le tourisme de masse, je suis allergique au groupe. Mais j'ai plus d’affection pour Sylvette qui a lâché prise. Jo, elle, a freiné des quatre fers. N'a vu que le négatif. Sylvette prend ce qu'il y a de bien, la beauté des rencontres, elle a accepté que le temps soit long, lent."

"Au départ, elles ne se connaissent pas bien. La mère est une ouvrière dentellière. Au XXe siècle, chaque génération monte une marche. Il y a de la pudeur chez les deux. Déplacées, elles découvrent le pays ensemble, comme elles découvrent la réaction de l'autre. Jo ment à sa mère, elle joue le simulacre du plaisir. Elle raconte ce qu’elle n'a pas vu."



Véronique Cels
"Voyage de noces avec ma mère"
Calmann-Lévy, 198 pages

Un troisième roman dans une plus grande maison que les deux précédents, publiés chez Genèse Editions. Tout est dit dès le titre: Anne, tout juste mariée à Raphaël, part en voyage de noces sur la côte ouest des Etats-Unis avec sa mère, Dana. Et son mari.

"L'idée du roman m'est venue de mon expérience personnelle, mais il n'est pas autobiographique, et de centaines de conversations sur les conflits intérieurs, émotionnels et moraux. Ces femmes qui adorent leur mère qui leur a tout donné et  ont une énorme envie de s'en défaire, de s'en distancier. Les femmes ont beaucoup parlé de s'émanciper des hommes, beaucoup moins de s'émanciper de leurs mères."

"L'histoire est à la fois un voyage géographique et un voyage dans l'inconscient. Dans l'ouest américain et à l'intérieur des protagonistes, plutôt burlesques. Anne est une jeune femme inquiète et pleine de paradoxes. Elle est éprise de liberté mais c'est une autonome dépendante, très en demande d'attention. Son mari est un homme aimant, aimable, attentif et discret, peut-être trop. La mère est une femme agitée, hyperactive, une petite tornade qui bouscule tout sur son passage, envahissante malgré elle. Ils sont tous les trois dans un état très différent."

"J'ai choisi l'année 1987 parce que je suis nostalgique des années 1980. Il y avait alors un grand sentiment de liberté, perdu aujourd'hui. Les grands espaces américains permettent des situations métaphoriques. Le récit commence de façon réaliste et glisse vers l'absurde."


Rappel
DTPE 1 "Nous étions l'avenir", de Yaël Neeman (Actes Sud)
DTPE 2  "Jules", de Didier van Cauwelaert (Albin Michel)
DTPE 3 "Le Caillou", de Sigolène Vinson (Le Tripode)
DTPE 4 "Georges, si tu savais...", de Maryse Wolinski (Seuil)
DTPE 5 "Quatre murs", de Kéthévane Davrichewy (S. Wespieser/10-18)
DTPE 6 "Et si on aimait la France", de Bernard Maris (Grasset)
DTPE 7 "Les quatre saisons de l'été", de Grégoire Delacourt (JC Lattès)
DTPE 8 "Soudain, seuls", d'Isabelle Autissier (Stock)
DTPE 9 "L'Année dernière à Saint-Idesbald", de Jean Jauniaux (Weyrich)

jeudi 20 août 2015

Les délicieuses accumulations de Yuichi Kasano

Irrésistible, le vol du biplan rouge au-dessus de la  campagne dans le nouvel album de Yuichi Kasano"Tu nous emmènes?" (traduit du japonais par Jean-Christian Bouvier et Florence Seyvos, L'école des loisirs, 32 pages). Un de ces albums délicieux qu'on adore. Simple en apparence, débordant de fantaisie et d'imagination, plein d'éléments à découvrir dans ses images.

Son look un peu rétro convient superbement à cette histoire d'avion aménagé au fur et à mesure que se présentent de nouveaux candidats au vol. Tous animaux de ferme.

Le biplan rouge. (c) edl.
Au début de l'histoire, père et fils, casquette bleue et casquette jaune, sont tout contents d'avoir terminé leur biplan rouge. Ils se sont installés dans le coucou. L'hélice tourne déjà. Il n'y a plus qu'à mettre les gaz. Mais, mais, mais...  Le chien arrive: "Hé ho, emmenez-moi!" Il suffit d'un instant au pilote bricoleur pour fixer la niche sur l'appareil. Nouveau départ. Mais, mais, mais... Maman cochon et ses quatre petits hèlent le trio: "Hé ho, emmenez-nous!" Nouveau report du décollage et nouveau bricolage sous l'œil toujours attentif du coq. Une fameuse construction cette fois puisqu'une commode est posée à la place du copilote, lequel est maintenant installé dans un fauteuil attaché au meuble.

Le décollage sera cette fois interrompu par l'arrivée de la vache: "Hé ho, emmenez-moi!"

Une formidable machine volante. (c) l'école des loisirs.

Aucun problème. Le biplan est encore modifié et solidement, on s'en doute. Et voilà, le père, le fils et les animaux de la ferme sont enfin prêts à prendre la voie des airs. Ils décollent dans leur drôle d'avion, symbole de l'attention à l'autre et de la joie d'être ensemble. Quel bonheur que l'œuvre de ce Japonais!



Yuichi Kasano était apparu en 1983 en France avec "Une journée à la plage". Il a été redécouvert en 2007 avec l'album "Bloup - bloup - bloup"(adapté du japonais par Florence Seyvos, l'école des loisirs, 32 pages), talent confirmé deux ans plus tard dans "A la sieste, tout le monde!" (traduit du japonais par Madoka, Jean-Christian Bouvier et Florence Seyvos, l'école des loisirs, 32 pages).

Ces deux albums exploitaient déjà le principe de l'accumulation, chacun à leur manière bien entendu.

Bulles à gogo. (c) edl.
A tenir reliure vers le haut, "Bloup - bloup - bloup" démarre avec le regard que se lancent un petit baigneur, flottant dans sa bouée, et une mouette volant haut dans le ciel. Une histoire joyeuse, en boucle si on le désire, quasi sans texte mais pleine de bulles. On y suit les jeux marins complices d'un père et son fils. Flottant seul dans sa bouée, le gamin repère des bulles à la surface de la mer! Ce n'est que son papa qui le soulève de l'eau. Mais qu'y a-t-il? "Bloub bloub bloub", d'autres bulles se font remarquer! Une tortue a glissé sa carapace sous les pieds du papa et hisse le duo dans l'air. "Bloub bloub bloub", encore des surprises. La pyramide s'élève petit à petit vers la mouette, ravissant ses participants étonnés. Simplicité, bonne humeur et imagination à toutes les pages.

"A la sieste, tout le monde!" ne peut cacher qu'il vient du Japon. Sous ses images point le mode de vie de là-bas. Le futon par exemple, qu'une Grand-mère en chaussettes déroule sur la terrasse de sa maison en bois pour l'aérer. Quelle invitation pour le chat qui passe par là! Le matou s'y installe et s'y endort immédiatement. D'abord surprise, Grand-mère s'accorde aussi un moment de repos sur le matelas moelleux.

Un début apparemment anecdotique. (c) l'école des loisirs.

Les dormeurs ne resteront pas à deux longtemps. Leur sommeil paisible est un incitant pour tous ceux qui passent par là. Qu'ils soient poule, poussins, gamin, chien, chèvre ou famille cochon. Tout le monde s'installe rapidement sur l'étroit futon - on les retrouvera tous en quatrième de couverture!

Cette accumulation de dormeurs, extrêmement cocasse à l'œil du lecteur, s'arrête à cause d'un tremblement de terre: Grand-mère se réveille bruyamment de sa "sieste", première apparition dans le texte de ce mot qui échauffe les oreilles de tant d'enfants. "Quelle bonne sieste j’ai faite avec le chat!", déclare-t-elle, refermant délicatement la boucle du secret de l'identité des dormeurs entre ces derniers et les lecteurs de l'album. Belle finesse!

Les premières pages de l'album "A la sieste, tout le monde!" sont à feuilleter ici.


D'autres histoires de voyages

"La baleine et l'escargote"
Julia Donaldson et Axel Scheffler
traduit de l'anglais
par Vanessa Rubio-Barreau
Gallimard Jeunesse, 32 pages

Voilà une très jolie histoire d'amitié et de voyage entre une baleine à bosse et une escargote de mer, oui, le genre bulot que je ne mangerai plus d'aussi bon appétit, par les deux artistes qui ont créé "Gruffalo" (même éditeur).  L'improbable duo va vivre de formidables aventures dans son tour du monde par la mer, racontées avec verve et imagination (ah!, les écrits de l'escargote), et les images que nous propose cette perle d'album né en V.O. il y a dix ans sont de toute beauté.

En route pour le tour du monde. (c) Gallimard Jeunesse.


"Une livraison très spéciale"
Philip C. Stead et Matthew Cordell
adapté de l'américain par Gaël Renan
Le Genévrier, 48 pages

L'histoire est un peu foutraque mais c'est pour cela qu'on l'aime. En résumé, Lily veut envoyer un éléphant à sa grand-tante Joséphine "qui vit pratiquement seule et aurait besoin d'un peu de compagnie". Un éléphant! Par la poste? Il faudrait une brouette de timbres. Elle tente d'autres moyens de livraison, avec plein de surprises en chemin, dont la finale, à l'arrivée. Un album d'une belle longueur, plein d'humour et de détails à observer dans les images dynamiques.

En route pour la première étape. (c) Le Genévrier.


"De plus en plus vite"
Justine de Lagausie et Mikhail Mitmalka
De la Martinière Jeunesse, 40 pages

L'album se tient reliure vers le haut et nous fait passer en quarante pages d'une marche humaine tranquille à 5 km/heure à la vitesse de croisière de la sonde spatiale Helios 2, soit Mach 227! Entre les deux, des modes de déplacement humains ou animaux de plus en plus rapides. Sur terre, en mer, dans le ciel, sur la neige, sur route, sur rail et dans l'espace. Plein de découvertes intéressantes dans ce documentaire original.

Un exemple de page. (c) De La Martinière jeunesse.






C'est la rentrée, qu'on le veuille ou non


La rentrée littéraire, ce grand moment d'agitation et d'énervement de l'édition française. Qui se répète deux fois par an. Une fois en janvier, une fois en septembre. Plus fort en septembre, même si les livres sortent désormais à la mi-août.

Boum, on va quand même avoir 589 romans et 278 essais (chiffres "Livres-Hebdo") en quelques semaines. Depuis hier, 19 août, date de sortie des premiers, cela déferle chaque jour en librairie. Qui va lire tout cela? C'est une question à ne pas poser.

Autant oublier que certains sont encore en vacances. Même les prix avancent dans le calendrier. La première sélection du Goncourt tombera déjà le 3 septembre! Et le 14e prix du Roman Fnac, le premier de la longue série des prix littéraires d'automne, sera dévoilé dès le 1er septembre. Pas de doute, c'est la rentrée, qu'on le veuille ou non.

On se rappellera peut-être que les 400 libraires et les 400 adhérents qui composent le jury du prix du Roman Fnac avaient révélé une première liste de 30 romans le 21 juillet, pour la fête nationale belge. En ce jeudi 20 août, ils l'ont réduite à cinq romans.

Voici par ordre alphabétique d'auteur, comme on dit à l'Académie, les cinq titres en lice pour le prix du Roman Fnac 2015: deux Grasset, un Flammarion, une femme, quatre hommes, un premier roman, quatre auteurs confirmés. Cinq finalistes à lire assurément. Qui seront départagés par un jury qui réserve souvent des surprises. Rendez-vous à Paris, au Théâtre du Châtelet, le mardi 1er septembre pour connaître le (la) lauréat(e).


La septième fonction du langage
Laurent Binet
Grasset









Profession du père
Sorj Chalandon
Grasset










D'après une histoire vraie
Delphine de Vigan
JC Lattès









Il était une ville
Thomas B. Reverdy
Flammarion









La maladroite
Alexandre Seurat
La Brune au Rouergue
(premier roman)












vendredi 14 août 2015

DTPE 9 Des nouvelles de Saint-Idesbald

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans et des récits. L'été, le temps de relire aussi.

On a tous dans le cœur, du moins si on est issu ou proche d'une famille belge, l'un ou l'autre souvenir de la côte belge. Glaces ou 15 août mondain à Knokke-le-Zoute, ou, à l'autre bout des soixante kilomètres de sable longeant la mer du Nord, l'horloge de la Croix-Rouge sur la digue de Saint-Idesbald. Réédition bienvenue pour le très bon troisième recueil de nouvelles de Jean Jauniaux, "L'année dernière à Saint-Idesbald" (Weyrich, Plumes de coq, 195 pages), lauréat d'une deuxième vie méritée.

Jean Jauniaux.
Il ne faut pas complètement se fier au titre qui rime comme un film d'Alain Resnais. S'il est bien question de Saint-Idesbald dans les nouvelles, dans leur toute grande majorité excellentes, elles ne s'y déroulent pas systématiquement mais y sont reliées d'une manière ou d'une autre. Non, le titre est simplement le nom du blog d'un SDF amateur de littérature, lecteur et écrivain. Le blogueur est hébergé dans une bibliothèque dont le personnel a été sensible à son cas. Et il revaudra à Marie-Ange, Jacques et Edmond qui complète le trio d'anges gardiens ce qu'ils lui ont permis en l'initiant à l'informatique: une suite de vies de personnes croisées lors de son existence vagabonde dont il pose les destins dans les articles de son blog.

L'ensemble est une réussite car Jean Jauniaux arrive à placer un humour qui sonne bien, des sourires spontanés sur des histoires qui n'ont souvent rien de comique mais sont racontées avec verve. Ce sont d'autres SDF qu'il nous présente, via son SDF blogueur de papier, sans misérabilisme, avec de belles trouvailles, en des tranches de vie que la fiction n'oserait pas toujours inventer. Des itinéraires qui ne tombent pas du ciel mais s'inscrivent dans le quotidien de la Belgique, via personnalités, événements et médias. Dans celui de l'auteur également, discrètement.

La villa Mieke, à Saint-Idesbald, présente dans les nouvelles.

On va successivement croiser l'homme mystérieux qui revient chaque année au même endroit avec sa charrette, ses craies et sa clé, un ex-sans-papiers pris dans un savant jeu de bookcrossing, Mathieu et son expédition au Royal cinéma. On partira à Saint-Idesbald aussi, lieu de vacances de Jean-Idesbald, dont l'histoire émeut autant que celle de Mathieu. Après un détour moins réussi chez le Roi, on revient à Bruxelles, à la rencontre de William, ex-cariste victime de la crise, reconverti dans l'évaluation des pièces accessibles des hôtels quand il n'est pas lui aussi en train de lire en bibliothèque.

Plus loin, une famille rom hésite à traverser la frontière entre la France et la Belgique, Albert-Félix ferme sa boutique "La cravate royale", Ferdinand s'interroge sur l'Europe, Julien comprend l'horreur de la guerre vécue par son grand-père, Bérénice tente de se faire soigner, des réfugiés en fuite de Sangatte trouvent asile à Saint-Idesbald, un petit Thomas perdu au Salon de l'auto auprès d'une hôtesse...

Autant d'histoires qu'on découvre avec intérêt et plaisir, tapis rouges vers des personnes que la vie n'a pas gâtées mais qui existent à leur façon dans "L'Année dernière à Saint-Idesbald".



Rappel
DTPE 1 "Nous étions l'avenir", de Yaël Neeman (Actes Sud)
DTPE 2  "Jules", de Didier van Cauwelaert (Albin Michel)
DTPE 3 "Le Caillou", de Sigolène Vinson (Le Tripode)
DTPE 4 "Georges, si tu savais...", de Maryse Wolinski (Seuil)
DTPE 5 "Quatre murs", de Kéthévane Davrichewy (S. Wespieser/10-18)
DTPE 6 "Et si on aimait la France", de Bernard Maris (Grasset)
DTPE 7 "Les quatre saisons de l'été", de Grégoire Delacourt (JC Lattès)
DTPE 8 "Soudain, seuls", d'Isabelle Autissier (Stock)


mardi 11 août 2015

Moi? Quand lieux, choses, états me disent

Qui suis-je? L'identité et la quête de soi sont au cœur de l'enfance et donc de la littérature de jeunesse.
Les six albums qui suivent abordent ces thèmes, chacun à leur mode.


Annie Agopian et Audrey Calleja
"Moi à travers les murs"
Rouergue, 40 pages

Une chambre d'enfant. La chambre d'un enfant. Lieu d'exclusion quand les parents l'y cantonnent. Lieu d'imagination quand la colère s'apaise - qui l'a mieux montré que Maurice Sendak dans "Max et les maximonstres"? Lieu de révélation de soi entre les quatre murs de la pièce. Lieu d''évasion quand l'enfant se fait passe-muraille. Lieu de paix où l'action comme l'inaction ont droit de cité.

Voilà un album qui raconte de façon fort originale les différents états de la chambre d'un enfant. Le texte explore aussi les différentes acceptions du mot "chambre" telles que les présente le dictionnaire. En fait, ce sont les images, complètement dans l'univers de l'enfance, entre jouets et animaux familiers, qui permettent à chaque lecteur de se créer sa propre version de ce bel album destiné aux enfants en âge d'école primaire.


Une chambre d'enfant ordinaire? A voir... (c) Rouergue.

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Anne Cortey et Anaïs Massini
"Les petits jours de Kimi et Shiro"
Grasset Jeunesse, 48 pages

Un petit format aquarellé tout doux, au format de la main, qui raconte quatre histoires autour de deux mignons personnages, Kimi la fille, Shiro le garçon. Quatre histoires de joie, de découverte, d'amitié et de poésie qui déclinent les quatre saisons de l'année.

"Jour de chat" (c) Grasset Jeunesse.

"Jour de chat" pose sans façon un jour "sans": Kimi n'a pas envie de se lever, se sent chat et n'a donc pas envie de jouer avec Shiro déguisé en chien.

"Jour rond" (c) Grasset Jeunesse.
Dans "Jour rond", elle se rattrape en faisant de son ami un chercheur de trésors comblé: sans qu'il le sache, elle a préparé pour lui des tas de cailloux plus jolis les uns que les autres, des joyaux!

"Jour de neige" (c) Grasset Jeunesse.
"Jour de feuilles" voit les deux personnages ratisser les feuilles tombées, s'y cacher jusqu'à transformer la fragile montagne en un éphémère Everest. "Jour de neige", enfin, célèbre très joliment le blanc à travers une promenade pleine d'imagination qui se termine chaleureusement avec un chocolat fumant.

Ce sont des petites choses de la vie que pointent les deux auteures, réunies pour la troisième fois ("Les ailes d'Anna" et "Nuit d'hiver", Autrement jeunesse, 2009 et 2012). Elle le font avec une délicatesse qui enchante et rend le monde beau.

A propos de cet album, Anaïs Massini écrit ceci sur son blog:
"Anne m'avait montré les textes en novembre et l’'quipe de Grasset Jeunesse avait donné son feu vert en décembre. Au lendemain de l'assassinat des dessinateurs de Charlie Hebdo, je me suis sentie autant sonnée que soudain réveillée. Dessiner, peindre, tracer, mes gestes. Je me suis enfermée dans mon bureau, tous les matins, tôt, souvent même très tôt. Et j'ai peint dans le souffle de la détonation. En un mois et demi, des premières idées au rendu. Certains albums m'ont occupée des années. Celui-là moins de deux mois. Ne vous fiez pas à son apparence "vite fait". Pour chaque illustration il y en a une dizaine, une quinzaine que je n'ai pas choisies. Travailler en légèreté, recommencer et recommencer, garder un trait rapide et aérien, est un travail de patience exigeant.

"Les petits jours de Kimi et Shiro" est accessible à tous les lecteurs. Les plus jeunes, comme les plus vieux. "Les petits jours de Kimi et Shiro", c'est l'urgence de se rappeler que la vie est une petite poussière dans l'infini, mais aussi l'essence même de la poésie."
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Jo Witek et Christine Roussey
"Mes petites peurs"
De La Martinière Jeunesse, 30 pages

L'an dernier, elles avaient fait ensemble "Ma boîte à petits bonheurs" (même éditeur, 24 pages), un inventaire des raisons de sourire. Auparavant, elles avaient déjà créé "Toi dedans, moi devant. Le ventre de maman" et  "Les bras de papa. Rien que pour moi!" Des albums à la première personne dont les couvertures sur fond blanc se font délicatement écho. Cette fois, Jo Witek au texte et Christine Roussey aux illustrations dressent une liste de situations inquiétantes pour l'héroïne de cette jolie série et de ses manières de se rassurer. Le découpage habile de certaines parties de pages rend la lecture attractive.

Des peurs, la narratrice en a beaucoup et au quotidien! Qui constituent une grande montagne verte, à moins qu'on y voie une grosse bête. A noter que toutes les représentations inquiétantes sont dotées de visages expressifs.

Au supermarché... (c) De La Martinière Jeunesse.

Si l'héroïne apparaît minuscule face à ses frayeurs, elle témoigne néanmoins d'une belle énergie et de beaucoup d'imagination pour les contrer. Douceur et tendresse s'épaulent dans cet album qui incite à avoir confiance en soi. Le texte a une belle musique, les illustrations sont sobres et pleines d'imagination, aux crayons de couleurs rehaussées de mini touches fluo. "Mes petites peurs" sont aussi des formes de petits bonheurs.

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Piret Raud
"Emily et tout un tas de choses"
traduit de l'estonien par Olek Sekki
Rouergue, 40 pages

Emily est un poisson mais qu'est-ce que les humains lui ressemblent, à toujours amasser plus d'objets! Dès le matin tôt, la voici partie faire un tour au fond de la mer pour voir ce qu'elle va trouver. Des choses de toutes sortes, dont elle nous dresse la liste avec enthousiasme. Des choses perdues qu'elle s'approprie et qui ne sont donc plus perdues...

Emily est ravie d'autant posséder, jusqu'au jour où elle découvre lors de ses recherches une bouteille contenant un message. Et quel message! "Chère Emily, Je suis LA CHOSE LA PLUS IMPORTANTE QUI SOIT et si je vous écris, c'est pour que vous m'aidiez à me retrouver car je suis perdue."

Voilà le poisson investi d'une fameuse mission, dont les épisodes vont lui permettre de reconsidérer complètement son existence. Quand l'absurde dénonce les excès de la consommation et permet de repenser l'avoir et l'être. Un graphisme original pour un album très réussi à lire à plusieurs niveaux.

Emily est réjouie par toutes ses trouvailles. (c) Rouergue.

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Miguel Tanco
"Les farfelus"
Les fourmis rouges, 36 pages

Tendre portrait de quelques représentants de l'espèce humaine, dénommés "farfelus" dans lesquels on se reconnaîtra forcément. Dans lesquels on aimerait se reconnaître. Parce qu'ils vivent plus fort, ont le cœur plus grand, les yeux mieux ouverts, le sens du quendiraton faible. Parce qu'ils ont simplement l'air plus heureux.

Bref, les farfelus, on les aime et on se plaît à les débusquer dans ce premier album en France de Miguel Tanco. Tant leur apparence que leurs gestes sont délicieux. Coiffés à leur façon, la barbe tressée, attentifs aux plus petits, aux isolés, aux adversaires, sensibles à la musique, à l'humour, à la nature, à la danse... Si le mot n'était tellement galvaudé, on dirait d'eux qu'ils sont de "belles personnes". Un album à consommer sans modération tant texte finement observé et images savamment composées sont excellents. "Le monde aura toujours besoin de farfelus au cœur tendre..." termine l'auteur-illustrateur. Ne dirait-on pas plutôt "nous avons tous besoin d'être des farfelus au cœur tendre"?

Le farfelu prend soin des tout petits. (c) Les fourmis rouges.

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Brian Won
"Génial ce chapeau!"
traduit de l'anglais, sans mention de traducteur
Gautier-Languereau, 40 pages

Difficile de rester grognon quand le facteur vous apporte en cadeau un extraordinaire chapeau! Monsieur Elephant nous conte cette expérience avec beaucoup d'humour dans un album farandole où on rencontre une inouïe série de personnages plus grognons les uns les autres jusqu'à ce qu'ils reçoivent un morceau du chapeau cadeau initial. Et se mettent en route ensemble pour redonner du peps à Madame Girafe. Simple, efficace et bien pensé.


L'arrivée du cadeau surprise. (c) Gautier-Languereau.

Madame Tortue est aussi grognon. (c) Gautier-Languereau.