Nombre total de pages vues

mercredi 10 octobre 2012

LM les choix de nos libraires

Chaque année, Livres-Hebdo consulte les libraires de France à la rentrée et publie leurs choix préférés.

A notre échelle, nous avons consulté la librairie indépendante francophone de Belgique.
Les libraires se sont réunis, ont cogité et nous ont soumis la liste de leurs cinq livres préférés de la rentrée.

Les voici.
"Viviane Elisabeth Fauville", de Julia Deck (Minuit)
"Le sermon sur la chute de Rome",  de Jérôme Ferrari (Actes Sud)
"Home", de Toni Morisson (Christian Bourgois)
"La vérité sur l'affaire Harry Quebert", de Joël Dicker (de Fallois)
"Congo, une histoire", de David Van Reybrouck (Actes Sud)

Et nos commentaires.

"Viviane Elisabeth Fauville", de Julia Deck (Minuit)
Un premier roman qui se fait remarquer entre les autres premiers romans et les romans tout court. Une femme, mère depuis peu, tue son psychanalyste. Alors qu'elle craint la police, personne ne semble la soupçonner. Elle utilise cette pseudo-transparence pour aborder les proches du défunt.

 


 

"Le sermon sur la chute de Rome",  de Jérôme Ferrari (Actes Sud)
Deux amis d'enfance abandonnent leurs études de philosophie à Paris pour reprendre le bar du village de l'un. L'affaire qui semble promise à un bel avenir connaîtra une chute à la hauteur des espoirs que tous y avaient placés. Et saint Augustin se rappelle à notre souvenir avec son fameux sermon...





"Home", de Toni Morisson (traduit de l'anglais par Christine Laferrière, Christian Bourgois)

Dans les années 50, un soldat noir rentre de la guerre de Corée et traîne à revenir dans sa famille. Jusqu'à ce qu'il soit appelé parce que sa jeune sœur est mourante. Un magnifique roman sur l'amour fraternel et bien entendu la condition des Noirs dans l'Amérique d'hier.
 
 



"La vérité sur l'affaire Harry Quebert", de Joël Dicker (de Fallois)
Le deuxième roman d'un Suisse, né
à Genève en 1985. L'auteur ydépeint une Amérique qu’il connaît bien pour y avoir beaucoup voyagé et longuement séjourné. Un excellent exercice de révision avant les élections de novembre.


  


 

"Congo, une histoire", de David Van Reybrouck (traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, Actes Sud)
Le sous-titre est important car l'auteur ne prétend pas raconter L'histoire du Congo, mais celle que ses rencontres et ses recherches lui ont permis d'établir.
Un livre dont l'énorme succès en néerlandais semble faire des petits du côté de la traduction en français.





 

 
Et la liste de Livres-Hebdo.
 
Du côté français:  
1. "Les lisières", Olivier Adam (Flammarion)
2. "Le sermon sur la chute de Rome", Jérôme Ferrari (Actes Sud)
3. "Pour seul cortège", Laurent Gaudé (Actes Sud)
4. "La vie rêvée d’Ernesto G.", Jean-Michel Guenassia (Albin Michel)
5. "Oh…", Philippe Djian (Gallimard)
6. "Rue des voleurs", Mathias Enard (Actes Sud)
7. "Peste & choléra", Patrick Deville (Seuil)
8. "Prince d’orchestre", Metin Arditi (Actes Sud)
9. "Barbe bleue", Amélie Nothomb (Albin Michel)
10. "Les désorientés", Amin Maalouf (Grasset)


Du côté étranger:
1. "Home", Toni Morrison (Bourgois)
2. "L’embellie", Audur Ava Olafsdottir (Zulma)
3. "Arrive un vagabond", Robert Goolrick (Anne Carrière)
4. "Le monde à l’endroit", Ron Rash (Seuil)
5. "Certaines n’avaient jamais vu la mer", Julie Otsuka (Phébus)

6. "La vallée des masques", Tarun Tejpal (Albin Michel)
7. "Cinq ciels", Ron Carlson (Gallmeister)

8. "Qu’avons-nous fait de nos rêves?", Jennifer Egan (Stock)
9. "Moi et toi", Niccolò Ammaniti (Robert Laffont)
10 "Le jeu des ombres", Louise Erdrich (Albin Michel) 
 
 
 

dimanche 7 octobre 2012

LE tombée à la renverse

Pourquoi? Comment? Pas à cause d'une illumination ou de la rencontre d'un saint.
Plus simplement, en lisant le nouveau livre de Daniel Pennac, destiné aux 8-10 ans, "Le roman d'Ernest et Célestine" (Gallimard Jeunesse/Casterman).
Elle est tombée à la renverse. D'incompréhension, de déception et de colère même.



Incrédule, elle a lu les 200 pages du roman qui l'avait attirée par le titre, par les qualités de l'auteur et par l'arrière de la bande qui entoure le livre: une des exquises images de Gabrielle Vincent, la créatrice de ces formidables personnages.


Que sont devenus Ernest et Célestine sous la plume de cet écrivain qu'on a connu remarquable dans ses précédents ouvrages à destination de la jeunesse (les "Kamo" notamment)? Un ours et une souris!
Mais ils sont un ours et une souris, me direz-vous.
Oui, ils sont dessinés en ours et en souris mais Ernest et Célestine sont avant tout humains, éprouvant émotions et sentiments comme vous et moi.
On les a aimés dans les vingt-cinq albums que l'auteure-illustratrice belge décédée en 2000 leur a consacrés. On s'est glissé dans ses images. On a cru lire nos mots dans les conversations entre le gros ours et la petite souris. On a ri avec eux, souri, frémi et même pleuré. Tout était juste dans ses livres.
Ernest et Célestine sont très vite devenus des classiques de la littérature de jeunesse de qualité.

Publiés au début chez Duculot, ils sont passés sous la bannière Casterman avec le rachat de la maison d'édition de Gembloux. Et l'éditeur prend soin de republier régulièrement tous les titres de notre grande dame.

Mais Casterman s'est aussi arrangé pour faire un dessin animé d'Ernest et Célestine, projet que Gabrielle Vincent avait toujours refusé de son vivant (plusieurs personnes s'en rappellent encore aujourd’hui). Il sera sur les écrans des salles de cinéma en fin d'année. On jugera alors.
Pour le moment, on n'a encore que le livre de Daniel Pennac, scénariste du film.

Pauvres enfants qui découvriront les personnages à travers  "Le roman d’Ernest et Célestine"!
Et surtout  pauvre Gabrielle Vincent ! On n’y retrouve rien de l’univers qu’elle avait créé.
Ernest y est un vrai ours, avec des soucis d’ours. Célestine une vraie souris avec des préoccupations de souris. Rien à voir avec ce que faisaient ressentir les albums initiaux. Tous deux sont devenus de vrais animaux alors qu'ils étaient des projections d'humains.
Le texte est lourd, répétitif, faussement complice avec le lecteur, pratiquant un humour pesant. Très dialogué, il fait intervenir les deux héros mais aussi "L'auteur" et "Le lecteur". Les trente-et-un chapitres sont titrés, et sous-titrés de façon pseudo-amusante.

Le scénario parle d’opposition entre mondes d’en haut et d’en bas, de dentiste, de police, de prison. Que de déceptions. On ne parle même pas des erreurs factuelles car "La naissance de Célestine" n'est évidemment pas le premier album de la collection.

Rien n'est à garder dans ce roman sauf  le dernier chapitre où Daniel Pennac partage joliment l'amitié épistolaire qu'il avait tissée avec Gabrielle Vincent !

Mais on comprend d'autant moins qu'il ait fait de ses personnages ce qu'il en a fait.

jeudi 27 septembre 2012

LC dit: Misère il est gros!

Qu'est-ce qui est gros?

Ben, le nouveau livre de J. K. Rowling.

Le premier roman pour adultes de la créatrice d'Harry Potter.


"Une place à prendre" (traduit de l'anglais par Pierre Demarty, Grasset) sera en vente demain (vendredi).





Mais pourquoi attendre demain quand on peut le lire aujourd'hui?

Ou commencer de le lire?









Après tout, ce qui est interdit semble toujours plus digne d'attention. 
Et, en journalisme, ce qui est interdit mérite d'être cherché. Et trouvé.
Surtout quand les maisons d'édition refusent de coopérer avec la presse. Pourquoi ne pas fournir le livre et fixer une date pour la publication de l'article. La faute à l'auteur, à l'éditeur, à son agent?
De toute façon, cet embargo est idiot et ne repose sur rien.

Du temps des Harry Potter (Gallimard Jeunesse), les trois premiers tomes arrivaient même en épreuves, des semaines à l'avance. A partir du tome 4, "Harry Potter et la Coupe de feu", plus rien. Embargo total. Sorties en fanfare. Il allait en être de même pour les trois derniers tomes de la saga.
J.K. Rowling avait trouvé une justification à tous ces mystères en disant qu'elle réservait la primeur de ses livres à son lectorat, les enfants. Elle ne voulait pas de journalistes comme intermédiaires. Soit.
Ce qui ne nous a pas empêchée de nous procurer les tomes 4, 5, 6 et 7 la veille ou l'avant-veille de leur sortie officielle.

Ici, avec "Une place à prendre", elle recommence. Embargo total. Informations distillées au compte-gouttes selon un calendrier bien établi. Mais pourquoi? Elle n'a encore fait ses preuves en rien.
La presse littéraire a l'habitude de recevoir les livres avant leur date de parution pour pouvoir les lire à l'aise et les présenter au mieux quand ils arrivent en librairie.
Ici il nous reste la nuit pour avaler les 680 pages...
Bon une copine qui l'a lu nous assure que c'est un "page turner". Mais quand même. Littérature et marketing n'ont jamais fait bon ménage. 

mardi 11 septembre 2012

LM rire

Même du milieu de l'édition.
Sûrement du milieu de l'édition.

Il suffit de cliquer ici
http://deledition.tumblr.com/

vendredi 31 août 2012

LM beaucoup sourire, rire et rêver

Et l'album "Coincé", d'Oliver Jeffers (traduit de l'anglais par Elisabeth Duval, Kaléidoscope) pourrait bien être un des plus rigolos de l'année.
Non seulement, on s'y amuse, mais en plus on y poétise et on y exerce solidement son imagination.
On pourrait dire que c'est l'histoire d'un cerf-volant coincé dans un arbre. Sauf que le petit garçon propriétaire du jouet veut absolument le récupérer. Une persévérance qui va tourner au plus joyeux des délires.



Qui n'a jamais entendu un parent dire: il ne faut PAS s’exercer au cerf-volant sous un arbre de crainte de voir le jouet se prendre dans les branches.
C’est pourtant exactement la mésaventure qui survient à Floyd, le héros de l’album.
Que fait le petit garçon? Il commence par tirer sur la ficelle. Impossible de décrocher le cerf-volant.


Que fait-il alors ? Assez naturellement, il lance sa chaussure gauche, sa préférée, pour le décoincer.


Mais de là-haut, elle le nargue...


Il envoie alors son autre chaussure, histoire de "récupérer sa chaussure préférée". Dingue! Elle reste également accrochée...

 

Mais Floyd n’a pas dit son dernier mot.
Mitch le chat passe-t-il par là? Il se retrouve aussi en haut de l’arbre.
Reste la solution de l’échelle, qui devrait "régler le problème une fois pour toutes".
Mouais. Floyd la jette en l’air et interroge le lecteur, tracassé : "Je suis sûr que vous devinez ce qui arriva." Eh oui !
Le petit est bien embêté car il faudrait qu’il rende l’échelle avant que le voisin s’aperçoive de l’emprunt. Il ne peut plus abandonner.

L'auteur-illustrateur, Oliver Jeffers, va nous régaler. Né en Australie, il a grandi en Irlande et se partage aujourd’hui entre ses ateliers de Belfast et New York. "Coincé" est un trésor d’imagination et de drôlerie. Difficile de ne pas éclater de rire en tournant les pages.

Car le persévérant Floyd va balancer une quantité incroyable de choses ou d’êtres vivants dans l’arbre, toujours dans l’idée, rappelons-le, de récupérer son cerf-volant. Pot de peinture, canard, chaise, bicyclette, évier de cuisine, porte d’entrée, voiture des parents. Même le laitier qui demande aux autres : "Etes-vous arrivé là par le même moyen ?"

Pas une fois, on ne devine ce que le héros costaud va expédier dans l’arbre qui se garnit mieux qu’un sapin de Noël. Il semble n’y avoir aucune limite à la fantaisie délirante du petit garçon. Et c’est bien pour cela que l’album fonctionne aussi bien.


On s’y amuse à toutes les images, simplissimes et expressives. On ne peut jamais prévoir ce qui se déroulera en page suivante. Même les pompiers se retrouvent entre les branches!

Floyd a alors une nouvelle idée: chercher une scie. Il en ramène une, la positionne "le mieux possible", la lance…
Son cerf-volant se décoince.
Floyd est totalement ravi et passe toute sa journée à redécouvrir le plaisir qu’il a à y jouer. Ce n’est que le soir, quand il se couche épuisé, juste avant de s’endormir, que "la certitude d’avoir oublié quelque chose se mit à le tarabuster". Réponse dans l'images.

Ce formidable album entièrement raconté au passé rappelle que si le rire est le propre de l’homme, il est aussi celui de l’enfance. Pour peu qu’on l’encourage.