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mercredi 12 juin 2013

LB nit Maggy Rayet

Maggy Rayet signe l'article du "Ligueur"
qui présente les résultats du Prix Bernard Versele 2013,
révélés ce 12 juin.



Prix Versele : les 5 lauréats de 46 000 enfants


Comme chaque année à la veille de l’été, les 5 Chouettes du Prix Bernard Versele ont apporté la liste des livres plébiscités par le jury des enfants. Cette année, 46 240 bulletins de vote - 500 de plus qu’en 2012 - sont parvenus à la Ligue des Familles.

46 240, un chiffre qui parle. Au moins 46 240 enfants ont donc lu cette année - quelque part en Wallonie ou à Bruxelles - un ou plusieurs livres sélectionnés pour le Prix. Un tel résultat ne s’obtient pas d’un coup de baguette magique. Et cela vaut la peine de rappeler à chaque fois que le Prix Bernard Versele est non seulement un prix littéraire décerné par des enfants, mais aussi un extraordinaire outil d’éducation permanente tissé par un réseau de permanents de la Ligue des familles et de bénévoles passeurs de livres, avec le soutien de professionnels du livre, de bibliothèques, de librairies, d’éditeurs et de créateurs.
Partir de l’ensemble de la production éditoriale de fiction pour aboutir aux 25 titres - des pépites ! - qui seront soumis aux enfants représente un long parcours : comité de prospection, comités de lecture régionaux, séances de formation, de discussion et de vote. Et encore, quand elle est enfin peaufinée cette fameuse liste des 25, la tâche des passeurs de livres ne fait que commencer.
Il faut ensuite se démener pour faire la promotion de ces ouvrages, les présenter dans les écoles, les associations et auprès des familles. Il faut réfléchir, innover, trouver de nouvelles pistes, pour introduire les livres auprès des adultes encadrant les enfants, accrocher les enfants, capter leur attention pour un album, les mettre en appétit devant un roman, susciter leurs réactions, écouter leurs avis et leurs commentaires.
L’aboutissement de toute cette activité - le vote des enfants - est présenté ci-après. Cinq livres lauréats. Cinq autres arrivés deuxièmes en nombre de voix… et talonnant souvent les vainqueurs. N’hésitez pas à les faire lire autour de vous et à les lire vous-mêmes.


1 Chouette (à partir de 3 ans)

"Où est passé papa ?"
Taro Gomi, trad. Émilie Nief (Autrement Jeunesse).
Américain né à Tokyo, Taro Gomi est un artiste aux multiples talents. Il a non seulement écrit et illustré des centaines d’albums - dont plusieurs livres à dessiner -, mais il a aussi imaginé des jeux et créé des vêtements pour enfants. Une fois de plus, son humour et sa créativité font mouche : perdre de vue son papa au milieu de la foule d’un grand magasin peut donner le frisson. Mais quand, grâce à un subtil jeu de découpage, la situation se transforme en un formidable jeu de cache-cache bourré d’imprévus et de fausses pistes, le sourire reprend le dessus... et l’album l’emporte haut la main !

Ils ont aimé aussi "Heureusement", de Remy Charlip, trad. Olga Kent (MeMo).
Et si on jouait à se faire peur en suivant les aventures rocambolesques du jeune Ned ? Les enfants ont sauté à pieds joints sur cette proposition alléchante. Ils se sont régalés de ce suspense progressant au rythme des bonnes nouvelles et des catastrophes. Il faut avouer que cet album semble avoir été créé ce matin alors que l’édition originale va bientôt fêter ses 50 ans. Son créateur, qui nous a quittés en 2012, était un immense artiste, non seulement auteur-illustrateur, mais aussi designer et chorégraphe.

2 Chouettes (à partir de 5 ans)

"Tétine Man"
Christophe Nicolas, ill. Guillaume Long (Didier Jeunesse).
Il faut se faire une raison : Tétine Man ne quitte jamais sa tétine. L’intelligence de ce très jeune héros, sa capacité à résister, à s’affirmer tranquillement… et à garder sa tétine dans l’adversité avaient déjà suscité l’admiration de ses créateurs qui, sans hésitation aucune, s’étaient rangés de son côté. Les enfants ont fait pareil en plébiscitant cet album proche de la bande dessinée.




Ils ont aimé aussi "Haut les pattes !", de Catharina Valckx (l’école des loisirs).
Le père de Billy - un bandit - s’inquiète : son fils est trop gentil. Qu’à cela ne tienne, il lui donne un pistolet (non chargé, ouf !) avec comme mission de crier « Haut les pattes ! » à tous ceux qu’il croisera. Alors que la mission semble vouée à l’échec, voici qu’arrive ce filou de renard …
Chaque fois qu’un album de Catharina Valckx est proposé au vote, c’est le même engouement. « Déjà très jeunes, les enfants sont sensibles à l’humour un peu absurde, suggère l’artiste. Celui qui ne fait pas rire, mais sourire. Celui qui me réconforte, moi aussi. »

3 Chouettes  (à partir de 7 ans)

"Ma petite voiture rouge"
Peter Schössow, trad. Brigitte Déchin (Seuil Jeunesse).
Adopté haut la main, ce récit d’aventures en voiture à pédales, où on est secoué, on a peur, on crie, on tombe… où on vit, quoi ! Et pourtant, avant de se lancer sur les « vrais chemins » en compagnie du jeune narrateur et de son petit frère « à tétine » (encore une !), il aura fallu au lecteur décrypter les panneaux routiers et réussir l’épreuve du code de la route. Exigeante, en effet, la lecture des images de cette réalisation assistée à l’ordinateur !


Ils ont aimé aussi "Les listes de Wallace", de Barbara Bottner et Gérald Kruglik, ill. Olof Landström, trad. Rémi Stefani, (Casterman).
Entre Wallace, prévoyant et organisé, et Albert, fantasque et imprévisible, c’est une belle histoire d’amitié. À lui seul, cet argument pourrait expliquer le succès de l’album. D’autant plus que les illustrations, signées par le créateur des Nisse, fourmillent de détails savoureux et signifiants. Mais peut-être que, dans un deuxième niveau de lecture, ce souriceau Wallace « qui ne pouvait rien faire si ce n’était pas inscrit sur une liste » pourrait bien évoquer le monde adulte… Et alors là, il y a de quoi sourire, non ?

4 Chouettes  (à partir de 9 ans)

"Lettres à plumes et à poils"
Philippe Lechermeier, ill. Delphine Perret (Ed. Thierry Magnier).
Albums, récits, romans, poèmes, proverbes, dictons…. les mots permettent tant de formes différentes. Et voici que, grâce au vote des enfants, le genre épistolaire apparaît dans le « catalogue » du Prix Versele. Et de la manière la plus pétillante qui soit ! De la limace à l’escargot, du renard à la poule, de la fourmi à sa reine… toutes ces missives recèlent de trésors d’éloquence et de tromperie. Avec la complicité de l’illustratrice, l’auteur s’amuse des fables et les détourne, joue avec les codes de la langue, lance les enfants sur la piste du non-dit, de la déduction, de l’intertextualité et de l’humour référencé.

Ils ont aimé aussi "Le secret de Garmann", de Stian Hole, trad. Jean-Baptiste Coursaud (Albin Michel Jeunesse).
"J’écris sur moi, tu lis sur toi", affirme l’auteur norvégien, face à ses lecteurs. Et ces lecteurs ont sans doute trouvé beaucoup de choses sur « eux » dans ce troisième volume de Garmann (sans doute le dernier de la série) : le garçon, toujours aussi calme et réfléchi, y devient plus indépendant. Il grandit et son univers grandit avec lui. Le texte est long, mais accessible, et subtilement traduit. Utilisant numérique et photomontage, l’artiste superpose dessins, photos, collages, pour aboutir à ces illustrations saisissantes - entre rêve et hyperréalisme - qui avaient déjà ébloui petits et grands lors de la première apparition de Garmann, en 2007.

5 Chouettes (à partir de 11 ans)

"Babyfaces"
Marie Desplechin, (Neuf de l’école des loisirs).
Le titre faisant référence aux tout-petits, les jeunes adolescents allaient-ils négliger ce roman? On aurait pu le craindre. Bien au contraire, ils ont été séduits ! Par le rythme du récit. Par son humour. Par le regard bienveillant et constructif de l’auteur. Par ses personnages : ces deux « héros » atypiques : Raja, le garçon paisible qui n’aime pas se battre et Nejma, son amie, baraquée, solitaire, volontiers agressive… mais terriblement attachante. Que l’on soit adulte ou enfant, il est si difficile parfois de préciser pourquoi le charme d’un roman nous accroche et nous retient jusqu’à la dernière ligne.

Ils ont aimé aussi "Noir et Blanc", de David Macaulay, adapté de l’américain par Gaël Renan (Le Genévrier).
Les adultes s’étonnent parfois de ce que des « livres d’images » avec peu de mots soient proposés en 5 chouettes. Ils devraient de toute urgence se plonger dans cet album. Ils y découvriront quatre histoires parallèles, chacune d’elles traitée dans un style graphique différent. Mais sont-elles indépendantes, ces histoires ? Ne se rejoignent-elles pas à la fin pour n’en former qu’une seule ? Quelqu’un tire-t-il les ficelles de ce qui n’est peut-être qu’un jeu ? L’artiste laisse entière liberté au lecteur : l’ambiguïté calculée et maîtrisée - obligeant à lire l’image, à réfléchir, à poser des hypothèses - relève du grand art. En pointant ce livre, les enfants ont vu juste !


2014, les livres à découvrir
C’est en 1979 - année internationale des Droits de l’enfant - que la Ligue des familles a créé le Prix Bernard Versele. À la rentrée de septembre sera donc lancée officiellement la sélection 2014, celle du 35e anniversaire.
Dès à présent, en exclusivité pour les lecteurs du "Ligueur", voici la liste des titres qui seront soumis aux votes des enfants de septembre 2013 à avril 2014. De quoi prendre le temps de les repérer dès à présent dans les bibliothèques ou sur les rayons des librairies. Et surtout d’en parler autour de vous !


1 Chouette
   "Les trois petits pourceaux", Coline Promeyrat et Joëlle Jolivet (Didier jeunesse, A petits petons)
   "Plic, plac, ploc", Etsuko Bushika et Kaori Moro (Didier Jeunesse)
   "Sam & Pam", Mo Willems, Jon J Muth (Le Genévrier)
   "Le roi Jules et les dragons", Peter Bently et Helen Oxenbury (l'école des loisirs/Pastel)
    "Morse, où es-tu ?", Stephen Savage (l’école des loisirs /Pastel)

2 Chouettes
    "Une chanson d’ours", Benjamin Chaud (hélium)
    "Oiseau et Croco", Alexis Deacon (Kaléidoscope)
    "Le panier", Jean Leroy et Matthieu Maudet (l'école des loisirs/Mouche)
    "Joseph avait un petit manteau", Simms Taback (Le Genévrier)
    "Rêves d'Océan", Dennis Nolan (Petite Plume de carotte)

3 Chouettes
    "Nour. Le moment venu", Mélanie Rutten (MeMo)
    "Le bateau vert", Quentin Blake (Gallimard)
    "Dessine !",  Bill Thomson (l'école des loisirs)
    "Le géant et le gigot", Christian Oster (l'école des loisirs/Mouche)
    "Les poings sur les îles", Élise Fontenaille et Violeta Lópiz (Rouergue)

4 Chouettes
    "Le Yark", Bertrand Santini et Laurent Gapaillard (Grasset Jeunesse)
    "La mémoire de l'éléphant. Une encyclopédie Bric à Brac", Sophie Strady et Jean-François Martin (hélium)
    "Docteur Parking", Franz Hohler (La joie de lire)
    "Les A.U.T.R.E.S.", Pedro Mañas (La joie de lire)
    "Le bus de Rosa", Fabrizio Silei, Maurizio et A.C. Quarello (Sarbacane)

5 Chouettes
   "Le goût de la tomate", Christophe Léon (Ed. Thierry Magnier)
    "Moi, Ambrose roi du scrabble", Susin Nielsen (hélium)
    "Le conte du genévrier", Jacob et Wilhelm Grimm et Gilles Rapaport (Le Genévrier)
    "Mandela et Nelson", Hermann Schulz (l'école des loisirs/Neuf)
    "Tempête au haras", Chris Donner (l'école des loisirs/Neuf)

jeudi 6 juin 2013

LM beaucoup ce que fait José Parrondo






José Parrondo, c'est ce Liégeois dont le trait tout rond enchante petits et grands enfants.
Il publie aussi bien à L'Association, que chez Delcourt et au Rouergue Jeunesse, pour l'essentiel de son travail.






Dès ce samedi 8 juin à 14 heures, il va exposer ses peintures et ses illustrations,  à Bruxelles, à La Charcuterie (rue Paul Dejaer, 16 à 1060).


Thème de l'expo: "Il était une fois une histoire qui fut prise dans un courant  d’air et  s’envola de plus en plus haut. On n’en sut pas la chute."

Un thème déjà écrit sur les murs émaillés de la galerie.



Jouera-t-il de la musique avec ses instruments jouets? Mystère.

mercredi 29 mai 2013

LM beaucoup ce que fait Jeanne Ashbé

Jeanne Ashbé, l'auteure d'albums pour enfants principalement destinés aux tout-petits, évoquera les univers artistiques qui l'inspirent le 13 juin à Bruxelles.
C'est un jeudi.
Tous ses livres sont publiés chez Pastel, branche belge de L'école des loisirs, et disponibles dans les bonnes bibliothèques.




dimanche 26 mai 2013

LB nit Thalie Natkiel

Thalie est libraire chez Tropismes Jeunesse, à Bruxelles.
Elle lui a permis de reprendre son texte sur André François (1915-2005), paru sur le blog de la librairie.
Pour mieux connaître celui qui dessina entre autres le célèbre papillon logo de L'école des loisirs.
Voici son texte.











André François, "l'épreuve du feu" 


André Farkas naît en 1915 à Timisoara. Après des études aux beaux-arts de Budapest, il quitte la Hongrie pour Paris, ville aimant les artistes. Il commence par travailler auprès de Cassandre, grand affichiste français d’origine ukrainienne, influencé par l’école du Bauhaus. Cassandre s’intéressait beaucoup à la typographie, il créa notamment les polices Bifur et Acier. C’est aussi lui qui créera le logotype d’Yves Saint Laurent. André Farkas apprend beaucoup dans cet atelier, c’est vraiment là qu’il découvre la communication visuelle qu’il pratiquera pendant plus de 60 ans. En 1939, il est naturalisé français et prend "François" comme nom d’artiste. Pendant la guerre il collabore à différents journaux satiriques.  C’est en 1947, qu’il commence à travailler pour "Punch", un journal satirique anglais à la longévité impressionnante, puisqu’il a été publié de 1841 à 2002. Il y fait du dessin d’humour. Une compilation de ses dessins paraît aux USA dans les années 50, sous le titre "The tattoed sailor, cartoons from France". L’élément Made in France semble avoir son importance, même si ces dessins ont été réalisés pour un hebdomadaire anglais, la touche française fascine les américains. Et André François a la cote aux USA. Il sera un important collaborateur du "New Yorker", comme un certain William Steig. Il réalisera de nombreuses couvertures, essentiellement entre 1960 et 1990 (trente ans de présence dans un magazine aussi prestigieux, c’est pas mal). Son talent de faiseur d’images est apprécié aussi en France, puisqu’en 1952 il publie un album pour enfants avec Jacques Prévert :"Lettres des îles Baladar". Ce livre est un pamphlet anticolonialiste réalisé à quatre mains par les deux compères. Pendant la genèse du projet, les deux hommes se voyaient deux fois par semaine à Paris. Prévert inventait un bout d’histoire qu’il soumettait à André François, qui imaginait alors quelques images, de là Prévert écrivait un texte définitif. Un véritable échange s’opère entre les deux artistes, aux jeux visuels d’André François répondent les jeux de mots de Prévert.


L’histoire raconte comment Baladar, une île heureuse est soudain envahie par le Grand Continent, qui compte bien profiter des ressources de l’île, et surtout de son or ! Le récit fait bien sur allusion aux dérives du colonialisme sur un ton apparemment léger, mais rien n’y et épargné. Il évoque l’exploitation des indigènes, le vol des ressources naturelles, la destruction de l’environnement et les répressions parfois sanglantes. Ainsi l’actualité politique se glisse dans les pages de l’album; rappelons qu’en 1952, la France est en pleine guerre d’Indochine, et l’insurrection malgache de 1947 n’est pas si loin. A une époque où les livres pour enfants étaient plutôt complaisants par rapport au colonialisme, et du genre à encourager les clichés sur les populations colonisées (cf : "Tintin au Congo", ou "Babar en voyage"), Prévert et François choisissent un singe comme héros. "Quatre mains à l’ouvrage", c’est le nom de leur personnage (en référence à leur collaboration) est un singe balayeur de rue immigré..Un beau pied de nez aux clichés racistes qui comparent les noirs à des primates ! Les dessins d’André François ont un côté vraiment très lâché; en les voyant, je pense toujours aux dessins d’enfants. Il y a un côté assez plat, il fait fi des perspectives. Les corps sont souvent déformés et désarticulés, les décors réduits à leur plus simple expression. Et puis, il a un sens inné de la composition, ce qui l’a aidé dans un de ses nombreux métiers : la publicité.


Déjà mis sur les rails par Cassandre, c’est Robert Delpire qui va lui confier les plus grandes campagnes publicitaires de sa carrière. Robert Delpire est un grand éditeur et un sacré dénicheur de talents. Il a révélé au grand public des photographes tels que Brassaï, Cartier-Bresson ou Lartigue. Il a publié en France le livre "Les américains" de Robert Franck. Il a créé la collection "Photopoche" avec l’envie de démocratiser l’accès aux livres de photo. Il y publie aussi André François et Saul Steinberg, dans une sous-collection dédiée aux illustrateurs. Il édite plusieurs albums d’André François dont les fameuses "Larmes de crocodile".Lui et sa femme, la photographe Sarah Moon, sont de grands amis de l’artiste. C’est avec lui qu’André François développe une campagne publicitaire pour Citroën. On retient surtout cette très belle image pour les 2CV, qui lui vaudra plusieurs récompenses internationales. On y reconnaît son goût pour les associations. Ses affiches publicitaires témoignent aussi d’une certaine liberté qui était donnée aux artistes à l’époque.  En 1966, André François réalise une campagne pour un laboratoire pharmaceutique. 45 ans plus tard, ces images deviennent un livre sous l’impulsion de Robert Delpire. Ce sont "Les rhumes". Ce livre est une sorte de bestiaire des différentes espèces de rhumes, puisque le rhume serait un petit animal, qui, contrairement au mammouth ou au chienoptère, aurait survécu jusqu’à aujourd’hui, mais pourquoi ? C’est ce qu’André François tente de nous expliquer. "Un rhume s’attrape facilement. Mais quand on a le choix, on préfère ne pas en attraper. C’est pourquoi, il y a toujours énormément de rhumes." Ce petit livre à l’humour décalé est parsemé de différents rhumes (rhume des foins, de cerveau, gros rhume, rhume de rien du tout), qui prennent vie sous le pinceau de l’artiste. Il les dessine directement à l’encre, ce qui leur donne un contour un peu flou.

André François était aussi peintre et sculpteur; après un passage en Bretagne, il commence à sculpter avec du bois flotté et toutes sortes de matériaux de récupération. Il expérimente toutes les techniques, il travaille de manière complètement décomplexée, il touche à tout, il essaie, il s’amuse. Son oeuvre est multiple, elle revêt différentes formes.


André François n’a jamais cessé de travailler, sauf entre le 20 décembre 2002 et le 20 mars 2003. La nuit du 19 décembre, son atelier est ravagé par un incendie. Toutes ses oeuvres partent en fumée. André François accumulait tout, il ne vendait rien, ses originaux, ses peintures, ses sculptures, sa correspondance étaient empilés dans l’atelier au fond de son jardin. Il ne reste rien ou presque après la terrible épreuve du feu. L’artiste est en état de choc et doit être hospitalisé. Il rentre chez lui, et avec l’aide de sa famille, il tente de sauver les quelques dessins encore ensevelis sous les décombres. Trois mois après l’incendie, il se remet au travail avec une rage créatrice peu commune pour un homme de 88 ans. En mars 2004, une exposition lui est consacrée au Centre Pompidou, il y présente 60 nouvelles oeuvres toutes réalisées après l’incendie!


André François s’éteint en avril 2005. Il laisse derrière lui une oeuvre incroyablement riche et diverse. Quelques mois après sa mort, un hommage lui est rendu sous la forme d’une exposition rassemblant plus de 45 illustrateurs souhaitant témoigner de leur admiration au maître (on peut citer Quentin Blake, Beatrice Alemagna, Tomi Ungerer, Philippe Dumas, Claude Ponti).
Heureusement, les livres subsistent, "Les larmes de crocodile" est toujours édité, ainsi que "Les rhumes", chez Delpire tous les deux. Le "Petit Brown" a été récemment traduit en français par les éditions Memo. "Les lettres des îles Baladar" avec Prévert est disponible chez Gallimard.  Je vous recommande d’écouter l’interview de Robert Delpire et Sarah Moon enregistrée en 2004 dans laquelle ils parlent de leur ami et du choc terrible qu’il a subi après l’incendie de son atelier. Sarah Moon a aussi réalisé un film documentaire,"André François l’artiste".

vendredi 3 mai 2013

LB nit Gilles Paris

Gilles Paris, écrivain et attaché de presse français, qui lui permet de publier une très jolie nouvelle sicilienne qu'il a écrite pour le site Jimlepariser.

Chic, une fois de plus, son blog est réveillé et de quelle façon!

Le dernier livre paru de Gilles Paris est "Autobiographie d’une Courgette", version augmentée d'un roman précédent, né chez Plon en 2002, illustrée par Charles Berbérian (Flammarion, collection "Etonnantissimes!"). Il a aussi signé "Au pays des kangourous" (Don Quichotte, 2012) et "Papa et Maman sont morts" (Points/Seuil, 1991).
Un roman tous les dix ans, sauf le quatrième, à paraître bientôt.

 

 

Chambre 27, Panarea


Maman est morte quand je suis née. Comme je ne l’ai pas connue, je n’ai pas de chagrin. Je regarde parfois des photos : c’est une belle étrangère aux cheveux longs qui sourit à papa. Ses yeux sont aussi bleus que la mer, ici, à Panarea, en Sicile, où je vis avec papa qui n’a jamais voulu retourner en France. Maman est enterrée à Stromboli ; une tombe entre les hautes herbes qui cachent les fleurs que papa dépose chaque semaine. De belles roses jaunes qui respirent la mer au loin avant de se faner, laissant leurs pétales flotter dans l’eau croupie qui sent l’œuf pourri. Je tiens papa par la main et je ne ressens rien. Maman est sous terre et je n’ai du chagrin que pour les pétales de roses jaunes.
J’ai grandi trop vite sur cette île où personne ne fait vraiment attention à moi. À la réception de l’hôtel, je donne les clés et le courrier. Parfois je monte les télégrammes jusqu’aux chambres. Je n’ai pas le droit d’y entrer. Juste sonner, ou glisser le pli sous la porte. Seul Matheo m’aime bien, mais il est très vieux, et n’a plus l’âge de jouer ou de courir avec moi. Il m’offre des poupées que je cache sous mon matelas. Son uniforme est toujours impeccable, il parle plusieurs langues et tout le personnel de l’hôtel tremble quand il fait sa grosse voix. Papa vit dans sa chambre, une suite au dernier étage avec vue sur la mer où il ne se baigne jamais. Depuis que maman est morte, papa ne fait plus rien, à part boire du vin blanc et me grogner dessus. Car si maman est morte, c’est à cause de moi. Je l’ai deviné  toute seule. Si je n’étais pas venue au monde, papa et maman seraient repartis vivre en France et je n’aurais pas à donner les clés à des clients qui font autant attention à moi qu’à la poussière sous un meuble. Le mercredi, Mme Agostino m’apprend l’italien, l’histoire, les mathématiques et la géographie. Cette vieille bique a une voix aiguë, qui me fait penser à un ongle griffant le tableau. Je m’applique sur mes leçons pour ne pas entendre les grognements de papa qui m’a promis un vélo pour mes dix ans si je retiens tout. Mme Agostino n’a pas d’enfant et elle n’en veut pas. Elle dit que ça coûte trop cher. Et elle regarde ma chambre comme si je ne la méritais pas. Le soir, j’aime bien m’asseoir sur la terrasse et fixer le volcan. Si j’avais une baguette magique, je le réveillerais et toute sa lave ferait disparaître notre île et moi avec. Des fois, je parle aux buses qui se posent sur la rambarde de ma terrasse. Je leur dis que je m’appelle Alice, je leur demande si elles veulent bien être mes amies. Je ne sais pas si les oiseaux ont des oreilles. Parfois la buse incline sa tête comme si elle était mon amie, mais elle s’envole aussitôt et moi, je ne sais pas voler.
Ce matin, j’ai donné deux nouvelles clés à Mme de Valère et à son fils, Solal. La 27 et 28, deux chambres communicantes. Solal s’est retourné avant de disparaître dans l’ascenseur et m’a souri. Je n’ai pas l’habitude. Matheo qui a des yeux dans sa poche m’a fait un clin d’œil et m’a dit : « Fais-t-en un ami ». En fin d’après-midi, Solal est descendu à la réception et m’a demandé si je voulais bien me promener avec lui. Matheo a dit oui avec la tête et je suis sortie avec Solal. À Panarea, il fait toujours beau. Les rues sont blanches et la chaleur écrasante. Personne ne s’y promène à part les chats. J’ai dit à Solal que nous étions des chats et cela n’a pas eu l’air de l’étonner. J’entendais nos pas sur le sol et la voix de Solal qui voulait tout connaître de moi.
- Maman est morte quand je suis née. Papa boit du vin blanc. À l’hôtel, je donne les clés et le courrier. La buse est mon amie. Matheo aussi. Voilà, tu sais tout.
- Moi, papa est mort avant ma naissance. Maman boit du champagne. Je vais à l’école Notre-Dame Saint-Roch à Paris. J’ai des tas d’amis, je t’apprendrai. Voilà, tu sais tout.
Je me suis arrêtée pour ne plus entendre nos pas. J’ai regardé Solal. Ses yeux étaient aussi bleus que ceux de maman en photo. Il portait un short et une chemise blanche trop grande pour lui, une chemise de papa. Ses cheveux étaient coupés en brosse, ses oreilles petites ; je m’étonnais qu’elles entendent quoi que ce soit.
- Comment tu sais que j’ai besoin d’amis ?
- Je l’ai su tout de suite à tes yeux. Ils sont tristes.
J’ai repris la marche. Solal a pris mes petits doigts dans les siens et je me suis laissé faire. C’était comme si je tenais le soleil par la main. Tant pis si ça me brûlait de partout. En bas de la rue, nous sommes arrivés à la plage ; nous ne pouvions aller plus loin. J’aurais aimé marcher sur l’eau avec Solal et disparaître avec lui de l’autre côté de l’horizon. Mais Solal a fait demi-tour et nous sommes retournés à l’hôtel. Le soir, j’ai dîné seule dans ma chambre, et je suis allée embrasser papa avant de me coucher. Je l’ai trouvé allongé sur le canapé, sa bouche grande ouverte, en caleçon et tee-shirt, une bouteille de vin blanc à la main, serrée comme un doudou. J’ai refermé sa bouche et attrapé la bouteille que j’ai rangée à côté des autres. Puis j’ai déposé un baiser sur son front et j’ai dit : « Bonne nuit papa ». Je me suis assise sur ma terrasse et j’ai sifflé mon amie la buse. Elle est apparue dans le noir et s’est agrippée à la rambarde. Je lui ai parlé de Solal et de son papa mort et la buse a incliné sa tête comme si elle comprenait tout. Le matin suivant, Louise de Valère, chambre 27, m’a demandé au téléphone de monter dans sa chambre. Je lui ai répondu que je n’avais pas le droit d’entrer dans les chambres des clients de l’hôtel. Matheo a fait sa grosse voix et j’ai ajouté qu’on venait de me donner l’autorisation de la rejoindre. Sa chambre était aussi grande que la mienne et donnait sur le volcan Stromboli. La maman de Solal a commandé un chocolat chaud que j’ai bu sans rien dire. Je sentais son regard sur moi, très doux, comme un papillon qui hésitait à se poser et voletait tout autour de moi.
- Solal m’a dit que tu étais une petite fille étonnante.
- Je n’ai rien d’étonnant, Madame. Ah si ! Peut-être : je parle aux buses.
- Comment ça, tu parles aux buses ?
- Ce sont mes amies, Madame.
- Appelle-moi Louise.
- Je vais essayer, Madame.
Une odeur douce montait en moi et me chatouillait les narines. Un parfum à la fois sucré et fleuri. Peut-être était-il enfermé dans un de ces flacons que j’apercevais sur la table basse. Ce pouvait être, aussi, une odeur de maman. Après tout, je n’en savais rien. La main de Mme de Valère s’est posée sur mon bras.
- Ton père accepterait-il que tu dînes avec nous ce soir ?
- Je ne sais pas, Madame. Je vais demander à Matheo.
- Pourquoi pas à ton père ?
- Parce qu’il ne sait pas me dire oui.
Et je me suis enfuie. J’ai marché longtemps sans savoir où j’allais. Je pensais à Matheo qui allait me disputer en rentrant. J’ai su en traversant toutes les ruelles de Panarea que mes pas me conduiraient au port. J’ai pris un bateau jusqu’à Stromboli et je suis allée voir maman. C’était la première fois que je m’y rendais seule. J’avais en tête le parfum obsédant de Mme de Valère, mais il s’effaçait dans ce paysage d’herbes hautes et d’eau croupie qui sentait l’œuf pourri. J’ai fermé les yeux sur quelque chose de beau, ses yeux bleus, comme ceux de Solal, et j’ai dit à voix haute : « Prends-moi dans tes bras ». Le vent s’est levé au même moment et m’a enveloppée dans son souffle tiède.
À l’hôtel, Matheo ne m’a pas disputée. Il m’a dit :
-Fais-toi belle. Mme de Valère t’attend à vingt heures. Ton père est d’accord.
Sur mon lit m’attendait un carton aussi grand que moi, avec un petit mot accroché par un bout de scotch. J’ai reconnu l’écriture de papa, toute de traviole, comme si elle buvait autant que lui. Le mot disait : « Pardonne-moi. Ton père. » Dans le carton, il y avait une robe de princesse trop belle pour moi. C’est à peine si j’osais la regarder. Quant à la toucher ! Mes mains étaient trop noires. J’ai disparu dans la salle de bain. J’ai frotté comme si je voulais disparaître sous l’eau et le savon. Une fois la robe sur moi, j’ai osé me regarder dans le miroir, derrière la porte. J’ai fait un bond en arrière. Et je me suis rendue chambre 27, pieds nus. Solal m’a ouvert la porte. J’ai vu dans ses yeux bleus que la robe lui plaisait, et mes pieds nus aussi. La table était dressée sur la terrasse, avec nappe blanche, porcelaine, argenteries et verres à pied. Je ne me souviens pas du contenu des assiettes, ni de tout ce qu’on s’est dit ce soir-là, Louise de Valère, Solal et moi. Il me semble que mon amie la buse s’est posée un instant sur la rambarde, puis elle s’est envolée, rassurée par mes nouveaux amis.
Je ferme les yeux un instant.
Le visage de Solal apparaît, avec ses yeux bleus comme ceux de maman. Il est parti avec sa mère si tôt le lendemain matin, que je ne les ai pas vus reprendre le bateau. Dans une lettre que Mme de Valère m’a laissée à la réception, j’ai appris qu’elle était la sœur de ma maman morte et que Solal, donc, était mon cousin. Et qu’à partir de maintenant, on se reverrait souvent et que papa, bien sûr, était d’accord. Le mercredi suivant, Mme Agostino n’est pas venue à l’hôtel. Papa m’a dit le jour même qu’elle ne reviendrait plus et que dorénavant ce serait lui qui me donnerait les cours. Je n’ai pas eu à m’appliquer car entendre papa me parler de mathématiques relevait de la magie. Me parler tout court. J’ai tout retenu d’un coup. Et pas une seule fois, je n’ai pensé au vélo, promis pour mes dix ans. Le soir, on a dîné dans un petit restaurant de Panarea. La première fois, avec papa. Je portais la robe de princesse. J’avais mis des ballerines pour qu’il ne grogne pas. Ma main dans la sienne, immense, avait disparu. On a commandé du poisson. Le serveur a proposé la carte des vins et papa a répondu : « Non, merci. Juste de l’eau, une grande bouteille d’eau plate, s’il-vous-plaît. » J’ai regardé au loin le volcan endormi. J’étais heureuse de ne pas avoir eu de baguette magique pour le réveiller.
La vie, enfin, peut commencer.
Peut-être même que papa acceptera de me parler de cette belle étrangère aux yeux bleus et alors, j’aurai du chagrin et ce ne sera plus pour les pétales de roses jaunes. Et je raconterai tout à mon amie la buse, en attendant le retour de Solal.