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mercredi 5 février 2014

LA pprend avec tristesse la mort d'Iela Mari

Iela Mari.


Triste nouvelle, on vient d'apprendre le décès, fin janvier, de la géniale artiste italienne Iela Mari, auteure notamment de l'album "Les aventures d'une petite bulle rouge" (L'école des loisirs, 1968) et de plein d'autres qui n'ont rien perdu de leur modernité, de leur inventivité et de leur classe.  "Je voulais attirer l'attention sur les formes, par rapport au bombardement d'images que la télé produit", déclarait-elle à propos de ce livre, en 1968...

Un classique aujourd'hui, qui a causé d'autres révolutions l'année de sa sortie en français. On n'avait ni l'habitude d’albums sans texte, ni celle de cette économie de couleurs, du vert et du rouge vifs en couverture, dont le contraste invite l'enfant lecteur à réagir. Ni non plus de ce fin trait noir sur fond blanc qui, tout au long de l’album, permet une lecture limpide. Traitée en aplats de rouge, une bulle de chewing-gum sort des lèvres d'un enfant et se métamorphose successivement en ballon, en pomme, en papillon, en fleur, puis en parapluie dans la main du garçon qui l'avait d'abord soufflée.

Iela Mari l’avait compris, l'esprit des tout-petits fonctionne par association de formes. Et toute l’efficacité de cet album réside dans sa simplicité même, qui met en valeur la poésie du style de l’artiste.

Jean Fabre, un des fondateurs de L'école des loisirs, qui vient aussi de nous quitter, était très attaché à  ce titre. Pour lui, "Les Aventures d'une petite bulle rouge", de Iela Mari, était particulièrement représentatif de l'esprit de sa maison d'édition: "C'est presque un manifeste par rapport à L'École des loisirs", disait-il. "Cet album, dans sa sobriété, avec son schéma narratif épuré, ouvre à une pluralité d'interprétations et devient support d'expression."

"Les aventures d'une petite bulle rouge".


Née en 1932, Gabriela Ferrano (qui se fait appeler Iela tout simplement)  entreprend des études artistiques à l'Académie des Beaux-Arts de Brera. C'est là qu'elle rencontre son futur époux, Enzo Mari, étudiant comme elle, et qui suit également les cours de peinture et de scénographie. Ils se marient en 1955 et auront deux garçons, Michele et Agostina.

Ensemble,  ils renouvellent la littérature pour enfants avec leurs albums sans texte.  De 1960 à 1970, ils ouvrent un nouveau chemin à ceux qui travaillent dans le domaine de l'illustration, du graphisme, de l'édition, des médias et du design.

Iela Mari continue ensuite seule son exploration graphique, son mari se tournant vers la création de jeu, de jouets, d'objets et de meubles. Ses sujets d'inspiration, elle les trouve souvent dans la nature, juste à  côté d'elle et de ceux qui vont la lire, et dans la poésie.

Elle disait:
"Je pense que pour l'enfant qui cherche à comprendre, la nature est trop complexe. J'essaie de lui rendre les choses claires en créant des images synthétiques, en rendant le réel plus vrai que le réel. Et pour ce faire, il faut partir d'une analyse pour arriver à une synthèse, et non l'inverse. Il faut d'abord dessiner tous les détails d'une feuille, par exemple, et puis gommer, gommer..."
ou:
"Pendant la guerre, à Milan, nous avions faim. J'ai élevé des poules, je sais comment naissent les poussins! J'aime aussi regarder comment poussent mes plantes vertes. Ce n'est pas le paysage qui m'intéresse. Ce que j'aime, c'est m'allonger par terre dans les bois, sentir grimper une fourmi, me sentir pousser des racines."


Deux autres albums en solo d'Iela Mari sont toujours disponibles.

L'arbre, le loir et les oiseaux
L'école des loisirs, 40 pages
1968, réédité en 2003

D'une incroyable audace graphique, à sa sortie, cet album aussi devenu un classique n'a aujourd'hui rien perdu de sa force. Tout en sobriété, il raconte la vie. Sans texte mais grâce à un jeu subtil et captivant sur les formes, les couleurs, les personnages-animaux.

L'histoire commence en hiver. Sous la neige, dans un terrier, un loir est endormi. Dans un arbre, un nid semble abandonné. Petit à petit, au fil des pages, des graines germent, le loir se réveille, l'arbre reverdit, un couple d'oiseaux s'installe, des œufs éclosent, le loir rêve d'un bon déjeuner, les petits quittent le nid, l'automne arrive et le loir se rendort, son terrier rempli de glands... jusqu'à la saison nouvelle. Tout est dit. Merveilleusement.

"L'arbre, le loir et les oiseaux".


Les animaux dans le pré
Iela Mari
L'école des loisirs, 2011

Un album sans texte, en quatre couleurs, plein d’animaux, de bestioles, de fleurs, de liberté. On s'y retrouve au cœur de la nature, on y a le nez dans les herbes, à la même hauteur que les animaux. On se concentre et on observe. Puis, on rêve et on réfléchit. Oui, le bonheur est dans le pré.


"Les animaux dans le pré".

"Les animaux dans le pré".

Bonheur, deux albums créés avec son époux, Enzo Mari, existent encore aussi.

L’œuf et la poule
Enzo et Iela Mari
L'école des loisirs, 1970

Un coq, une poule, un nid, un oeuf, un poussin, un poulet... Sans paroles mais pas sans questions. Qui de l’œuf ou de la poule fut premier? Allusion à la fécondation sur la page de titre avec la présence la tête du coq et celle de la poule, nid, ponte de l’œuf, gestation, éclosion, le poussin devient poulette…. et la boucle est bouclée quand de retour à la page de titre, elle croise le coq!


"L’œuf et la poule".

"L’œuf et la poule".


La pomme et le papillon
Enzo et Iela Mari
L'école des loisirs, 1970

Cycles parallèles de la reproduction animale (l’œuf, la chenille, la chrysalide, le papillon) et végétale (de la fleur de pommier à la pomme) au fil des saisons sur une année. On retrouve la branche de pommier et la pomme apparues dans "Les aventures d'une petite bulle rouge".



"La pomme et le papillon".

Deux autres titres de Iela Mari sont aujourd'hui épuisés.

Mange que je te mange
Iela Mari
L'école des loisirs, 1983

Le lecteur suit la ronde des prédateurs: la panthère noire poursuit la hyène qui chasse le lynx, qui court après le serpentaire… vipère, grenouille, moustique, homme…pour en revenir à la panthère, chacun à son tour étant chasseur et proie.



"Mange que je te mange".


L'oursin
Iela Mari
L’école des loisirs, 1983

Cycle des métamorphoses, le seul album qui, dans la version française comporte une ligne de texte à chaque page: de l’oursin à l’oursin qui en passant devient par analogie de forme porc-épic ou tête d’enfant, ronde ou couronne… et enfin dahlia ou oursin.



"L'oursin".



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