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mardi 16 janvier 2018

Un village dont tous les pères sont partis

Florence Seyvos.

Délicatesse, respect de l'enfance, beauté de l'écriture, non conformisme des sujets, ainsi peut-on définir Florence Seyvos, qu'elle écrive pour les enfants ou pour les adultes, qu'elle traduise des textes et qu'elle coécrive avec Noémie Lvovsky des scénarios pour la télévision ou le cinéma (lire ici). N'est-ce pas elle qui pense que "Quel que soit le lecteur, le geste d'écrire est le même"?

En vrac, quelques-uns de ses titres selon les genres de ses lecteurs: "Comme au cinéma", "Le jour où j'ai été le chef", "L'erreur de Pascal", "La Tempête" et "Pochée" (avec Claude Ponti), "L'Ami du petit tyrannosaure" (avec Anaïs Vaugelade), "Nanouk et moi", "Gratia", "Les Apparitions", "Le Garçon incassable", "La Sainte Famille", le passage en français des albums de Komako Sakaï, Ole Könnecke, Yuichi Kasano,  Kazuo Iwamura, Tomi Ungerer, Claudio Abbado, etc., la traduction des romans de Diana Wynne Jones, Catherine Sefton, Jane Goodall, les scénarios  "La vie ne me fait pas peur", "Les Sentiments", "Camille redouble", "Demain et tous les autres jours".

Chacun de ses nouveaux livres est une découverte et un bonheur. Un bonheur et une découverte. Il y avait cependant un genre littéraire que Florence Seyvos n'avait pas encore exploré. C'est aujourd'hui chose faite avec la délicate pièce de théâtre jeunesse "Un village sans papas" (illustrations de Leslie Auguste, Actes Sud-Papiers, Heyoka Jeunesse, 48 pages), mettant en scène toute une bande d'enfants et quelques adultes, aussi splendide qu'inattendue.

Confidence pour ceux qu'effraie le mot "théâtre": les deux fois que j'ai lu la pièce, je n'ai même pas remarqué que c'était du théâtre et non un roman! "Un village sans papas" est un texte d'une force et d'une beauté immenses célébrant la confiance en la vie malgré les deuils.

On est dans un petit village du sud de la France durant la guerre 1914-1918, même si elle n'est pas nommément mentionnée. Les enfants jouent. Evidemment, ils jouent à la guerre, se partageant les rôles des Allemands et des Français. Les enfants ont, il faut s'en rappeler, cette capacité à jouer avec tout ce qui se passe autour d'eux. Et autour d'eux, justement, ce sont les papas envoyés au front. Les pères partis à la guerre,  les mères attendent de leurs nouvelles. Les enfants aussi, eux qui réagissent à ces absences selon leurs sensibilités. Certains pères reviennent, mais dans quel état. D'autre pas. Les mères et les enfants encaissent, apprennent à vivre autrement. Les absents sont invisibles mais ont acquis parfois une autre forme de présence.

C'est tout cela que Florence Seyvos a admirablement su mettre en mots d'enfants - la pièce est destinée aux plus de neuf ans. Les jeux, le quotidien, l'école, la maîtresse, les radotages de village, les familles désemparées, les pères qui ont laissé des messages derrière eux, les enfants qui ont inventé des manières de communiquer avec eux. On suit Victor et Jeanne principalement mais ce sont tous les enfants du village sans papas qu'on voit changer de jeux et grandir. Comme le font tous les enfants des pays en guerre. Le texte est magnifique et passe du registre quotidien à celui de l'humour et de la tragédie avec un naturel que ne peut lui envier la vraie vie.

"Dans les livres que j'écris", explique Florence Seyvos, "qu'ils soient pour les enfants ou pour les adultes, beaucoup de choses viennent de l'enfance, de tout ce qui s'est imprimé en moi pendant cette période." Une enfance que la romancière a passée dans un petit village des Ardennes entre forêts, hivers enneigés, jeux en bande, cimetières militaires et souvenirs des deux guerres.

Une des illusteations de Leslie Auguste. (c) Actes Sud.



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