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mercredi 8 mars 2017

Un petit bijou d'album muet, venu de Slovénie

Cauchemar récurrent des parents, l'album sans texte. A croire qu'ils n'aiment pas/plus lire les images. A croire qu'ils n'osent pas laisser filer leur imagination devant leur progéniture. A croire qu'ils n'apprécient pas de dialoguer sur les images avec leurs jeunes lecteurs. Pourtant que de merveilles dans ces livres sans texte mais pas sans narration!


Suivre le chat tout en croisant le regard du chien. (c) Alice Jeunesse.


Petit bijou venu de Slovénie, "Suis-moi!" de Maja Kastelic (Alice Jeunesse, 40 pages) est un album sans parole. Il n'en a pas besoin tant les images sur doubles pages sont parlantes. Magnifiques dans leurs teintes de fin de journée, détaillées, précises, elle racontent l'aventure d'un petit garçon qu'un chat invite à le suivre. Et cela, dès l'image en plongée sur la couverture... On redescendra ensuite au niveau de la rue pour découvrir des illustrations somptueuses. Bien mieux que Google Earth. Et narratives.


De très beaux jeux de lumière. (c) Alice Jeunesse.

De double page en double page, on va cheminer en compagnie de ce petit garçon souriant, mystérieusement piloté par un chat accueillant - il est toujours placé dans de belles zones de lumière. Bien sûr, il y a mille choses à observer en plus, les différentes pièces de la maison, les cadres qui semblent animés, les saynètes parallèles, le cartable abandonné, les ballons et les boules de laine. Et évidemment les deux souris qui reviennent de dessin en dessin. Des habitants dans leurs fenêtres illuminées, un chien qui semble complice, l'architecture des maisons, le nom de la rue...

La maison est-elle vraiment vide? (c) Alice Jeunesse.

C'est au 34 de la rue Andersen que le jeune écolier -il a un cartable sur le dos - est invité à entrer par son guide à la mimique avenante. Il traverse l'entrée de l'immeuble, ramasse un dessin d'enfant et file dans l'escalier en colimaçon. Il n'est pas au bout de ses surprises dans ce jeu de piste balisé de dessins. Des traces de présence, une poupée ici, un goûter là, des dessins et encore des dessins abandonnés. Et toujours les encouragements du chat à parcourir toute la maison. A monter, monter, monter... Jusqu'à l'apothéose finale de cette fort joyeuse aventure qui prend place dans une habitation pleine de livres et de jeux de société.

Un chat à suivre et des dessins volants. (c) Alice Jeunesse.

A noter le soin pris par l'auteure-illustratrice qui a réécrit en français les bouts de textes qui apparaissent dans les décors, couvertures de livre, affiches, cadres, inscriptions diverses... Tout cela confère une formidable atmosphère à cet album qui nous raconte plein de choses. A partir de 4 ans.


Le chemin de fer de "Suis-moi!" (c) Maja Kastelic.


Pour découvrir le travail qui a précédé la parution de ce très bel album, chemin de fer, esquisses, mises en couleurs, essais, voir ce post du blog personnel de l'auteure-illustratrice.

Pour d'autres infos sur elle: http://majakastelic.blogspot.be/






En vrac, une belle série d'albums sans texte, anciens ou récents, que j'ai croisés et bien aimés. Tous des grands bavards.

Les premiers albums de Claude Ponti.
La collection "Histoires sans paroles" des défuntes éditions Autrement Jeunesse, dont certains titres sont heureusement republiés.
Plusieurs albums d'Iela Mari.
De Sara.
D'Anne Brouillard.
D'Olivier Douzou.
D'Anne Herbauts.
D'Arthur Geisert.
De David Wiesner.
De Rascal.
De Thé Tjong-Khing.
De Lionel Koechlin.
De Tana Hoban.
De Mitsumasa Anno.
De Monique Félix.
De Gerda Muller.
Certaines séries de Rotraut Susanne Berner.
D'autres d'Albertine et Germano Zullo.

Par ordre alphabétique de titre, quelques douzaines de suggestions...








































































mardi 7 mars 2017

Hannah Arendt, prête-nous tes yeux!

Hannah Arendt, par Flonia Khodeili et François De Smet.

Remarquable séance des Midis de la poésie ce mardi 7 mars qui avait attiré la grande foule. Elle avait pour titre "Hannah Arendt, ou le mal comme absence de pensée" (lire la présentation ici).

On a entendu François De Smet, philosophe et directeur de Myria (Centre fédéral Migrations) exposer, simplement mais en profondeur, la pensée, trop souvent mal comprise, de la philosophe et politologue américaine d'origine allemande.

On a écouté la lecture lumineuse de Flonia Khodeili d'extraits du livre de Hannah Arendt "Eichmann à Jérusalem". C'est fou comme un texte dense peut s'éclairer à l'oral!

Le thème du "mal comme absence de pensée" m'a d'autant plus interpellée que c'est ce même 7 mars que la Cour de justice européenne a rendu son arrêt dans une affaire opposant une famille syrienne demandant un visa humanitaire à la Belgique et l'Etat belge. A la stupéfaction de tous les défenseurs des droits de l'homme, les juges n'ont pas suivi l'avocat général et ont décidé ceci (communiqué complet ici, arrêt ici).
"Les États membres ne sont pas tenus, en vertu du droit de l'Union, d’accorder un visa humanitaire aux personnes qui souhaitent se rendre sur leur territoire dans l’intention de demander l'asile, mais ils demeurent libres de le faire sur la base de leur droit national."

Que penser de l'actualité des derniers mois à la lueur des analyses de Hannah Arendt?

"La banalité du mal est une forme de cécité volontaire."

"Être criminel, ce n'est plus seulement une question d'être mais de laisser-faire."

"La Shoah est un crime collectif."

"Agissez de telle manière que si le Führer avait connaissance de vos actes, il les approuverait."

"La médiocrité de pensée engendre le mal."


Réfléchissons, agissons!


La séance des Midis s'est, en bonne logique, terminée par de la poésie, activité moins connue de Hannah Arendt qui la réservait à une sphère plus privée. Mais elle en a écrit pendant près de quarante ans, de 1924 à 1961.  En octobre 2015, les éditions Payot ont publié "Heureux celui qui n'a pas de patrie, Poèmes de pensée" (édition bilingue, traduit de l'allemand par François Mathieu, préface de Karin Biro, 238 pages), un recueil de poèmes de Hannah Arendt,  souvent inédits, qui nous font pénétrer dans le jardin secret de la plus grande philosophe du XXe siècle.

Voici l'extrait de ce recueil qui a clôturé cet excellent Midi.

Heureux celui qui n'a pas de patrie
Justice et liberté,
Frères ne dites pas 

Que l'aurore brille devant nous.

Justice et liberté

Frères osez

Demain, nous rosserons le Diable à mort.
Venus des montagnes
Montés des vallées

Traînez le poids au pied:

Justice et libertés

Frères ne posez pas de question

Nous seuls sommes le tribunal du monde
Vastes terres,
Rues étroites,

Frères, c'est notre foulée.

Pleurer, rire,

Aimer, haïr,

Nous entraînons tous les dieux avec nous.
Je sais que les routes sont détruites, 
Où la trace des roues brille-t-elle, sortie admirablement intacte

De ruines antiques?
Je sais que les maisons sont tombées.
Nous y entrions, entrions dans le temps étonnamment certains qu'il

Est plus durable que nous-mêmes.
La lune que, cette fois, nous avons oubliée,
Porte-t-elle encore dans sa plus durable lumière

Les fers des chevaux

Comme un écho venu du visage mutique des flots?
La tristesse est comme une lumière dans le cœur allumée,
L'obscurité est comme une lueur qui sonde notre nuit

Nous n'avons qu'à allumer la petite lueur du deuil

Pour traverser la longue et vaste nuit, comme des ombres nous retrouver chez nous

La forêt est éclairée, la ville, la route et l'arbre.
Heureux celui qui n'a pas de patrie; il la voit encore dans ses rêves


Flonia Khodeili et François De Smet au Midi du 7 mars.



samedi 4 mars 2017

Décès de la romancière américaine Paula Fox, fine observatrice de l'âme humaine

Paula Fox. (c) Avery Hudson.

On apprend le décès, le mercredi 1er mars à Brooklyn, de la romancière américaine Paula Fox, âgée de 93 ans. Elle était née à Manhattan le 22 avril 1923. Fille d'un père irlandais et d'une mère espagnole, elle a grandi en Californie, à Cuba et au Québec. Après des études à l'université de Columbia, qu'elle a abandonnées pour se consacrer au piano, elle a exercé divers métiers, dont celui de reporter en Europe. Elle en fera un livre, soixante ans après. Dans les années soixante, elle a enseigné à l'université de New York et de Pennsylvanie et a commencé à écrire à cette époque.




En 1967 paraît son premier roman pour adultes, "Poor Georges!" ("Pauvre Georges!", traduit de l'américain par Marie-Hélène Dumas, Fayard, 1989). Suivent "Desperate characters" en 1970 ("Personnages désespérés", traduit de l'américain par Marie-Hélène Dumas, Fayard, 1988), qui subjuguera Jonathan Frantzen, "The Widow's Children" en 1976 ("Les Enfants de la veuve", traduit de l'américain par Marie-Hélène Dumas, Robert Laffont, 1979, 224 pages).


Sait-on assez que Paula Fox s'est toujours partagée entre romans pour adultes (six) et romans jeunesse (une bonne vingtaine)? En parallèle, elle publie à cette époque une suite de romans jeunesse qui trouveront aussi éditeurs en France. En 1966, "Maurice's Room" ("La Chambre de Maurice", l'école des loisirs, 1990). En 1969, "Portrait of Ivan" ("Le Portrait d'Ivan", Hachette, 1990). En 1970, "Blowfish Live in the Sea" ("Le Poisson boiteux" (Hachette, 1980). En 1973, "The Slave Dancer" ("Le Voyage du négrier", Hachette, 1979), premier à traverser l'océan.




En 1996, l'écrivain Jonathan Frantzen publie un article où il évoque longuement Paula Fox, dont tous les titres sont alors épuisés aux Etats-Unis. L'éditeur américain W. W. Norton, séduit, décide de la republier. En 2004, Joëlle Losfeld fait de même en français, la traduire et republier les épuisés. Elle commence avec "Le Dieu des cauchemars" ("The God of Nightmares", 1990, traduit de l'américain par Marie-Hélène Dumas, 224 pages), poursuit en 2005 avec "La légende d'une servante" ("A Servant's Tale", 1984, traduit de l'américain par Marie-Hélène Dumas, 432 pages), et en 2007, avec "Côte Ouest" ("The Western Coast", 1972, traduit de l'américain par Marie-Hélène Dumas, 456 pages). En parallèle, elle rend à nouveau disponible les titres épuisés.













Elle poursuit aussi avec la publication des deux essais de Paula Fox: en 2008, "Parure d'emprunt" ("Borrowed Finery", 2001), ses mémoires, et en 2012, "L'hiver le plus froid" ("The Coldest Winter: A Stringer in Liberated Europe", 2005, traduit de l'américain par Marie-Hélène Dumas, 128 pages), le récit de son voyage dans l'Europe dans l'immédiat après-guerre.


Depuis un peu plus de dix ans, Paula Fox est rendue à sa juste valeur!

Six de ses titres existent en collection Folio.









Du côté de la jeunesse, cela a été différent. Dès ses débuts d'écrivain, Paula Fox s'est partagée entre lecteurs adultes et lecteurs enfants. Si elle obtint un double succès critique aux Etats-Unis, pendant longtemps, on l'a mieux connue chez nous, et depuis plus longtemps, pour ses romans jeunesse. Elle obtint en 1978 le prix Andersen, considéré alors comme l'équivalent jeunesse du Nobel de littérature.

Si on excepte un livre épuisé chez Hachette, cinq de ses titres étaient disponibles à l'école des loisirs il y une dizaine d'années, dont "La chambre de Maurice" (traduit de l'américain par Ingrid Fetz et Antoine Lermuzeaux), son premier texte pour enfants publié en 1990 en français après un coup de cœur de l'éditrice d'alors, Geneviève Brisac.
Ce plaisant roman, aujourd'hui épuisé, destiné aux lecteurs dès 7 ans met en scène un enfant plus vrai que nature. Sa chambre est à la fois zoo et espace d'exposition pour de multiples collections. Peu convaincus, ses père, mère et oncle s'y mettent chacun à leur manière pour l'obliger à tout ranger et se ranger. Mais Maurice résiste...

Les autres textes de Paula Fox s'adressent aux ados. Extrêmement forts et humains, ils sont écrits avec autant de précision que de sensibilité. Ils touchent au cœur, font naître de belles émotions, justes, vraies. On y pleure parfois, on y sourit aussi car l'auteur ne cherche pas les effets. Bien placée pour savoir que la vie n'est pas un long fleuve tranquille, elle raconte l'existence, avec vivacité et en demi-teintes, et laisse place au destin. Comme si rien n'était définitivement blanc ou noir.


Dans "L'œil du chat" (traduit de l'américain par Camille Todd, l'école des loisirs, Médium, 1991), Ned, 11 ans dans les années 1930, n'est pas heureux tous les jours, entre sa mère, alitée depuis six ans dans de terribles souffrances, son père, pasteur bon comme le pain, et des gouvernantes pas toujours sympathiques. Souvent seul, il commet une bêtise (il tire sur une cible vivante avec une carabine interdite) et la garde pour lui. Le remords et la culpabilité le rongent. Ned sortira d'une spirale de mensonges grâce sa mère et apprendra alors un secret le concernant.

C'est un autre héros isolé qui livre ses états d'âme dans "L'île aux singes" (traduit de l'américain par Antoine Lermuzeaux, l'école des loisirs, Médium, 1992, épuisé), le nom donné à une île où vivent les sans-abri qui recueillent Clay - nous sommes à New York dans les années 90 -, à la recherche de sa mère disparue.

Elizabeth, 11 ans, l'héroïne féminine de "Vent d'ouest" (traduit de l'américain par Sarah Baldwin-Beneich, l'école des loisirs, Médium, 1995, épuisé), ne se sent pas plus accompagnée: envoyée par ses parents passer un mois de vacances chez sa grand-mère pour cause de bébé à la maison, elle est furieuse! D'autant plus que la vieille dame habite une île quasiment inaccessible et sans confort. Mais les jours passés là, loin du monde, face à elle-même, rendront la demoiselle à la vie. Une magnifique écriture impressionniste qui éclaire chacun sur lui-même.

Le dernier roman en date, "Le cerf-volant brisé" (traduit de l'américain par Diane Ménard, 1997, l'école des loisirs, Médium, 194 pages), est encore un récit fort: Liam, 13 ans, apprend que son père va bientôt mourir du sida. Une trame où se tissent la relation fils-père, la découverte de soi et de l'identité sexuelle.




Ce livre, comme tous ceux de Paula Fox, fait grandir.


jeudi 2 mars 2017

Thierry Dedieu pour ministre de la Culture!

Thierry Dedieu.

Thierry Dedieu est un auteur-illustrateur jeunesse de qualité et prolifique. Près de 175 titres à ce jour, 174 précisément, dans toutes les tranches d'âge, qu'il signe le plus souvent d'un simple DEDIEU, en tant qu'auteur, illustrateur ou les deux à la fois. D'accord, il a commencé en 1992 avec "Cocottes perchées", illustré par Katy Couprie (Le Sourire qui mord),  "Petit soldat Noël" (Albin Michel Jeunesse), "L'As de pique" et "Nicolas II prince de Coatie", avec Rémi Courgeon (Circonflexe). Depuis, il n'a plus cessé de travailler et de publier. Souvent plusieurs livres par an. Il suffit donc de faire le compte...

L'année 2017 est bien partie avec deux titres déjà parus et trois autres annoncés.

"Si j'étais Ministre de la Culture" (HongFei, 48 pages) qui sort aujourd'hui en Europe est né à la fin de l'année dernière au Québec. Le texte est de Carole Fréchette, auteure dramatique née à Montréal. Thierry Dedieu y a posé des images aux teintes souvent sombres. Elles montrent des personnages aussi expressifs qu'inquiétants. Sont d'autant plus fortes qu'elles couvrent les doubles pages de ce grand format (27 x 36 cm) à la couverture  semi-rigide d'un orange bien visible.

Thierry Dedieu explique sa démarche, son "engagement dans la campagne".
"En 2014, lors de la campagne électorale québécoise, Carole Fréchette, dramaturge, publie une lettre ouverte: "Si j'étais ministre de la culture". Et c'est Gilles Baum, qui me la fait découvrir.
D'emblée, j'ai trouvé la démonstration "fulgurante". Je me devais de promouvoir sa diffusion, il fallait que ce texte entre dans les écoles, les mairies, les têtes. Aussitôt je contactais son auteure, aussitôt je trouvais un éditeur.
La première édition de ce "manifeste" a été publiée au Québec fin 2016, par les éditions D'eux.
Le voici publié en France par les éditions HongFei dont je salue l'engagement."

L'album s'ouvre par le rappel de la phrase célèbre attribuée à Winston Churchill à qui il était demandé, pendant la Seconde Guerre mondiale, de couper dans le budget des arts au profit de l'effort de guerre. "Mais alors pourquoi nous battons-nous?", aurait-il répondu.

La parole est ensuite donnée à la Ministre de la Culture potentielle, qui demande des crédits à son gouvernement et s'entend répondre par ses collègues qu'il y a des urgences plus prioritaires: la santé, l'équipement, l'économie, l'armée. On connaît la chanson...

La ministre de la Culture partage son idée à ses collègues. (c) HongFei.

Mais où l'album devient très intéressant , c'est quand la ministre, qui ressemble un peu à Jackie Kennedy, use d'une nouvelle tactique. Elle décrète sur-le-champ "la tenue de "journées sans culture", journées où toute activité artistique, toute manifestation de vie culturelle, serait absolument interdite." Pan dans les dents!

Fini la musique. (c) HongFei.

Les pages suivantes montrent l'étendue des dégâts à envisager quand il n'y a ni musique, maestro seul à son pupitre, jazzmen sans instruments, ni cirque, chapiteau fermé, ni danse, petits rats écroulés sur eux-mêmes, ni télé ni guignol mais des bébés hurlants, ni écrans ni internet mais des ados déprimés, ni musées puisque les tableaux sont retournés, ni livres bien entendu. Et ainsi de suite. Ni architecture ni œuvres d'art visibles. Et pour tous, un seul modèle de vêtement, de voiture.

Le texte de Carole Fréchette est d'une sobriété exemplaire et les illustrations de Thierry Dedieu très éloquentes dans leur choix d'attitudes des protagonistes et de détails des scènes. Ses personnages proches de la caricature occupent magnifiquement les fonds de couleur dont les teintes varient de page en page.

Fini le guignol! (c) Hongfei.

"Combien de temps dureraient ces journées sans culture?", interrogent les auteurs qui apportent une réponse rassurante car humaine. Ouf, on n'est pas encore des robots! Mais la privation demeure un bon moyen de calculer l'importance des choses. Un album engagé mais pas du tout casse-pieds, bien au contraire, ouvrant à la discussion, pour tous à partir de 8 ans. Une affiche-manifeste à détacher et afficher figure sous le rabat final. Ce serait chouette si elle pouvait être téléchargée quelque part.

Un lien pour une vidéo à propos de l'album ici.




L'autre album de Thierry Dedieu, paru cette année, tout début janvier, en grand format aussi (23 x 33 cm), est l'excellent, poignant, "D'entre les ogres", avec un texte de Gilles Baum (Seuil Jeunesse, 40 pages), neuvième collaboration du duo. C'est l'histoire d'un ogre qui découvre un bébé abandonné dans la forêt et décide avec son épouse de prendre soin de la petite fille baptisée Blanche, avec en filigrane la question: un ogre et une ogresse peuvent-ils devenir un père et une mère?

L'illustrateur en parle comme de l'un de ses trois livres préférés:
"Parmi mon importante production qui avoisine les 175 livres, il est celui qui entre directement dans le trio de mes livres préférés.
C'est l'histoire d'un couple d'ogres qui recueillent un enfant abandonné.
Toute personne dont la profession commence par "psy" va adorer!
Pour ma part, c'est bien simple, il me bouleverse."

"D'entre les ogres" commence dans la peur. Un bébé pleure dans son panier au milieu de la forêt et c'est un ogre qui s'en saisit. Mais on est tout de suite rassuré. On croit l'ogre et l'ogresse, en mal d'enfant depuis deux cents ans, quand ils disent qu'ils vont l'élever. Ils seraient même beaux malgré leurs oripeaux et leur crasse. Thierry Dedieu les représente magnifiquement, inquiétants et rassurants à la fois, silhouettes sombres évoluant sur des fonds clairs. Blanche est bien tombée: elle devient la reine de la chaumière. Rien n'est trop beau pour elle. A ses yeux, les ogres sont ses parents.

Personne ne contredit Blanche. (c) Seuil Jeunesse.


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Sauf qu'en grandissant, la petite fille se demande un jour pourquoi ses parents ne mangent pas la même chose qu'elle et, tant qu'elle y est à les questionner, pourquoi elle ne va pas chasser la nuit avec eux. La situation devient embarrassante pour les ogres qui décident la rendre la petite au village. Mais comment se résoudre à quitter Blanche? L'ogre sera capturé, jugé, condamné à l'échafaud. La jeune fille qui assiste aux scènes comprend soudainement son passé. L'amour qu'elle a reçu ne peut s'effacer. Elle va méduser le village rassemblé par son initiative audacieuse, qu'elle fait sans peur. Parce qu'elle sait qui est sa famille.

Un très bel album sur les parents apparemment différents, la famille et l'amour parents-enfants. A partir de 6 ans.



Les trois albums de Thierry Dedieu à paraître en 2017 sont
"Météo marin" (Seuil Jeunesse, collection "Bon pour les bébés")
"L'empereur, sa femme et le petit prince" (Seuil Jeunesse, collection "Bon pour les bébés")
"Bob & Marley, les vedettes" (Seuil Jeunesse)

Ce qui nous fera alors 177 titres!


L'an dernier, en 2016, on avait eu, en ordre de calendrier décroissant.

"Les bonshommes de neige sont éternels"
Seuil Jeunesse

L'amitié entre un écureuil, une chouette, un hérisson, un lapin et un bonhomme de neige.

"Le totem"
avec Gilles Baum
Seuil Jeunesse
lire ici

"Bon appétit"
Seuil Jeunesse

Les plats préférés des petits: purée, lettres vermicelles, jambon...

"Bob & Marley, une partie de pêche entre amis"
et
"Bob & Marley, le monstre"
avec Frédéric Marais
Seuil Jeunesse

Deux ours super copains: Bob, petit, grognon et gaffeur, Marley, grand, câlin et farceur.

"Le corbeau et le renard"
La Fontaine
Seuil Jeunesse

Monsieur de La Fontaine pour les bébés.
"Le caillou"
Seuil Jeunesse
lire ici