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samedi 14 avril 2012

LA une pensée pour Robert Doisneau


L'illustre photographe (c Hamilton) aurait eu 100 ans aujourd'hui.
Mais Robert Doisneau a préféré nous faire la blague de s'en aller le 1er avril 1994.

(c) Robert Doisneau, 1950.
J'avais eu l'immense plaisir de l'interviewer au début de l'année précédente.
On était en pleine "affaire du baiser de l'hôtel de ville".
Robert Doisneau avait accepté de me rencontrer à la condition expresse de ne pas aborder ce sujet délicat et non encore tranché par la justice.
Mais il acceptait de parler des baisers qu'il avait photographiés.
Cela a donc été le thème de l'entretien qui s'est déroulé dans son atelier, à Montrouge, près de Paris.
Le voici tel qu'il a paru début 1993.


Après avoir fait rêver des générations d'amoureux et parcouru le monde pendant quarante ans, le "baiser de l'hôtel de ville" essuie aujourd'hui des remous juridiques. Question de droits d'auteur. Des histoires de gros sous remontent à la surface, salissant l'image mythique du couple enlacé.Bonheur immobile saisi au cœur de la foule mouvante un matin de 1950. Robert Doisneau laisse la justice faire son travail. Depuis ce cliché, du temps a coulé sous les ponts. Bien des baisers ont été fixés par son objectif. Tendres, joyeux, émouvants. Le photographe parisien, 81 ans le 14 avril, qui se considère comme un spécialiste puisqu'il ne sait rien à rien, nous en a commentés quelques-uns

Pourquoi avoir eu envie de photographier des gens qui s'embrassent?
Parce que le photographe aurait aimé être dans la situation de celui qui embrasse. Comme il ne peut pas, décemment, se jeter sur une inconnue qui lui semble aimable et l'embrasser - il risquerait une paire de claques et l'appel à l'aide d'un agent - il se contente de photographier les autres.
Vous avez volé des baisers, vous en avez aussi arrangés.
On ne peut pas, légalement, photographier des gens enlacés s'ils sont reconnaissables. Pour la plupart des scènes d'amoureux, j'ai choisi des gens qui étaient d'accord pour jouer à cet exercice assez agréable... On prend deux figurants pour ne pas avoir d'ennuis par la suite et malgré cette précaution élémentaire (rires), ils vous tombent dessus.
Vous voulez parler du "baiser de l'hôtel de ville"?
Oui. Les ennuis ont commencé en 1992. Quarante-deux ans après la photo, des gens croient se reconnaître et pensent qu'avec cet instantané d'un centième de seconde, j'ai gagné beaucoup d'argent. Donc, ils veulent en profiter. Au départ il n'y avait pas de spéculation de ma part. Mystérieusement cette photo est devenue un symbole de bonheur.
A propos j'ai reçu une lettre fort intéressante signée d'un pope. Il a été photographié en train d'embrasser un jeune pope et trouve que ces amours n'auraient pas dû figurer dans la presse. Il ajoute qu'heureusement depuis lors, il a vieilli, que sa barbe a poussé et qu'on ne le reconnaît plus... C'est un confrère, marrant comme tout, qui m'a envoyé cette lettre.
Dans quelles autres circonstances ont été pris vos "baisers"?
Dans la photo du "Vert-Galant", on voit un couple d'amoureux qui s'embrassent au loin, méconnaissables. À l'avant-plan se trouve un gardien de square. A la publication, on m'a dit: "Le sujet le plus important, c'est le gardien du square, il faut absolument obtenir son autorisation." J'ai eu un mal fou à le retrouver! Il m'a donné son accord et il a reçu 10.000 anciens francs (français). Il était vachement content: cet argent lui tombait du ciel, il ne savait pas pourquoi, il n'avait rien vu!

Et ces amoureux dans leur triporteur?
J'avais vu un garçon livreur embrasser une jeune fille dans le triporteur. Je l'avais appelé: "Pouvez-vous repasser? Je fais un reportage sur les amoureux de Paris." "Non, c'est la fille de la patronne!" m'avait-il répondu (rires). J'étais chocolat. Je leur ai dit: "Me prêteriez-vous votre triporteur?" "Oui, le triporteur, on s'en fout!" J'ai alors fait la photo avec deux figurants qui ont joué exactement ce que j'avais vu.
Comment se déroulaient les poses?
C'était simple comme bonjour. Enfantin. Ils passaient, je prenais deux ou trois photos. Au temps du Rolleiflex, appareil dont la réserve d'images était très limitée, on ne pouvait pas faire beaucoup de photos. Quand je vois les jeunes qui viennent me tirer le portrait, ils ont un moteur! Ça déclenche, il y a des éclairs partout! À croire que la quantité de photos est essentielle pour en obtenir une bonne. On ne contrôle pas. On laisse l'automatique choisir pour vous. C'est une autre attitude. Je ne l'emploie pas du tout.
Tous ces amoureux, vous les avez "saisis" en vous amusant?
C'était une commande de "Life" mais je m'amusais. Je me suis toujours senti complice des gens qui s'embrassent dans la rue. Le rédacteur en chef pensait que j'étais l'homme de la situation. Non pas que je sois un séducteur de l'asphalte, mais c'est un genre de photos légères qui allait bien avec ce qu'il connaissait de moi.
Au total, vous préférez les baisers volés ou les baisers arrangés?
Les baisers volés. La réalité. Comme ces adolescents à moto: ils ont des casques médiévaux comme s'ils allaient à un tournoi de chevaliers du Moyen Age et ils se bécotent. Cette protection contre la violence sert de décor pour la tendresse. Une belle récupération.
C'est souvent comme ça. On m'attaque un peu avec cette histoire de "baiser de l'hôtel de ville". On essaie de dire que mon travail photographique n'a pas d'authenticité puisque je me suis servi de figurants.
Il y a aussi les baisers donnés. L'autre soir, je sors d'un restaurant indonésien où j'avais mangé seul. Il tombait une pluie épouvantable, je marche vers ma voiture. Quelqu'un court derrière moi, une femme. Elle me dit: "J'étais au restaurant. Je vous ai reconnu, est-ce que je peux vous embrasser?" Formidable qu'une jeune femme courre après un type de 80 ans, sous une pluie torrentielle, pour lui faire la bise. Ça vraiment, c'est la légion d'honneur!


Demeurent tous les formidables livres de photos de Robert Doisneau, pour tous publics, chez divers éditeurs.

Et il ne faut pas oublier de visiter l'excellent site que ses deux filles ont consacré à leur père.

http://www.robert-doisneau.com/fr/

lundi 2 avril 2012

LE ravie de ses quatre jours à Bastia

Retour des remarquables Rencontres BD à Bastia qui mêlent bande dessinée et illustration jeunesse.
Glané au passage chez les super Suisses de l'atelier de sérigraphie Drozophile, la feuille qu'a tirée Olivier Douzou himself.


Bûcheron en morceaux d'après de débitage sérigraphique de Jochen Gerner mis en stères par Christian Humbert Droz.

dimanche 25 mars 2012

L7 régalée avec "A table!"

Imaginez la scène. D'un côté, un enfant qui dessine par terre.De l'autre, l'adulte qui l'invite à venir manger.
Assurément, la Britannique Rebecca Cobb qui signe "A table!" (traduction par Elisabeth Duval, Kaléidoscope) a choisi un sujet qui fâche: les repas. Mais elle le traite avec tellement de justesse et d'humour qu'on ne peut qu'être séduit.



Reprenons.
A l'ouverture de l'album, l'héroïne est installée par terre. Elle dessine avec beaucoup d'enthousiasme. La couverture nous a laissé entrevoir qu'elle a une forte personnalité.
La preuve. A sa mère qui l'appelle pour manger, elle répond : "Non, merci, je suis trop occupée."
Bien essayé! Mais raté.
Sa maman lui ordonne de s'asseoir à table. Une table d'ailleurs très joliment dressée où l'attendent un bol de soupe, des tartines et une pomme.
La petite ne peut qu'obtempérer. Mais elle ne cède pas.
Elle s'assied sur la chaise et contemple son repas sans y toucher.
Scène connue. Elle boude.
Quatre images sur une double page saisissent ses attitudes.
Presque rien n'est écrit, mais tout est dit. On comprend tout et on sourit.

Comment sortir de l'impasse?
Grâce à l'imagination et à l'humour.
Justement, un crocodile sous la table, celui que la fillette dessinait précédemment, la questionne : "Vas-tu terminer ton assiette?"

(c) Kaléidoscope.

Un ours, de même origine, lui demande ensuite s'il peut goûter son repas, comprenez le potage.
A ce moment le crocodile s'occupe déjà de la tartine.
Un loup hirsute apparaît enfin et engloutit la pomme dont il se dit grand amateur.

La fillette discute avec ses invités-surprises : "Vous ne préférez pas manger les petits enfants?"
Non, ils préfèrent son repas à elle, qu'ils avalent jusqu'à la dernière miette.
L'affaire est donc officiellement réglée.
 L'héroïne retourne jouer.

"Grouic Grouic" : son ventre vide émet des gargouillis tout l'après-midi.
L'annonce du dîner la fera se précipiter à table.
Une assiette joliment garnie l'attend.
Les trois gourmands que l'on connaît ont aussi des visées dessus. Mais ni le croco, ni l'ours, ni le loup n'auront la chance dont ils ont bénéficié au repas précédent !
Quoique, la quatrième de couverture montre que ce repas donne d'autres idées de jeu à la demoiselle.

Par le biais de son imagination, une sacrée petite bonne femme se montre capable d'accepter les instructions maternelles. "A table!" est un album à hauteur d'enfant, facétieux, complice, imaginatif, respectant le désir d'autonomie de l'enfant et soutenant le devoir d'éducation des parents.


mardi 20 mars 2012

LE ravie du choix des jurés du prix Lindgren

Guus Kuijer (c) Querido.
L'écrivain néerlandais Guus Kuijer a reçu ce mardi 20 mars le dixième prix Astrid Lindgren, décerné par la fondation de la créatrice de Fifi Brindacier. Quelle belle idée. Ce romancier est aussi mal connu en français que talentueux.
Traduit d'abord par Bordas, et repris en collection Pocket, il est depuis une dizaine d'années le poulain de L'école des loisirs. Et il s'inscrit parfaitement dans la collection Neuf, à la frontière entre l'enfance et l'adolescence.
Superbement traduit par Maurice Lomré, il nous réjouit et nous dit la vie.
Ceci est le résumé du jour, qui sera étoffé demain.

Rappelons que les précédents lauréats du prix sont l'Australien Shaun Tan en 2011 et notre Kitty Crowther en 2010.




Une seule petite grimace: que le prix Bernard Versele qui était présenté n'ait pas été choisi.Les 543.000 euros du prix Astrid Lindgren auraient assuré la survie de ce jury unique au monde composé de plusieurs dizaines de milliers d'enfants. Peut-être l'année prochaine?

lundi 19 mars 2012

LC qui a reçu les prix Andersen 2012


Les prix Hans Christian Andersen 2012,
c'était cet après-midi à la Foire du livre pour enfants de Bologne.








C'est Peter Sis, Tchèque né à Brno en 1949 et vivant  à New York avec sa famille depuis 1984, qui le remporte pour l'illustration.
Pas un nouveau dans le domaine, mais la consécration d'un très beau talent, assez peu connu en français finalement.

Il est publié depuis 1995 chez Grasset-Jeunesse.
"Un rhinocéros arc-en-ciel" ouvre la voie à une œuvre qui va s'avérer superbe, intelligente, mystérieuse.







Des titres qui ont été remarqués et aussi aimés des enfants.
"Madlenka" a eu le prix Versele en Belgique.

Pour se rafraîchir la mémoire ou pour découvrir cet artiste magnifique, quelques titres, en commençant par les plus récents.

Le plus fort thématiquement parlant car le plus personnel, aussi superbe et bien pensé que les autres sur le plan du graphisme, et le dernier en date à ce jour, "Le mur" (traduit par Alice Marchand, sa traductrice habituelle, 2007): chronique de l'enfance heureuse d'une génération pendant la guerre froide jusqu'au moment où a été construit le rideau de fer.









Trois albums aux sujets difficiles mais rendus accessibles par la poésie et l'émotion de l'auteur-illustrateur.

"L'arbre de la vie" (2004) raconte la vie du naturaliste Charles Darwin.
"Les trois clés d'or de Prague" (2003) la ville de son enfance.
"Tibet, les secrets d’une boîte rouge" (1998) est le journal du voyage au Tibet de son propre père.





 Plus amusants, mais tout aussi surprenants, "Madlenka" (2000) et "Le chien de Madlenka" (2002), les aventures entre rêves et réalité d'une petite New-Yorkaise.














Enfin, dernier volet de son œuvre, l'illustration des poèmes de Jack Prelutski.
Ce sont "Les animélos" (2006), "Gargouilles et Vampires" (2001) et "Les Sorcières du lundi" (1997).





Et c'est l'Argentine Maria Teresa Andruetto qui est la lauréate en catégorie romans. Pas de chance, aucun de ses romans n'est traduit en français.