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jeudi 30 juin 2022

Le divin Pomelo a fêté ses vingt ans

Une édition originale qui a été beaucoup lue. (c) Albin Michel Jeunesse.

Bigre! Les réseaux sociaux m'apprennent que Pomelo, l'éléphant rose de Ramona Badescu et Benjamin Chaud vient de fêter ses vingt ans. L'album "Pomelo est bien sous son pissenlit" (Albin Michel Jeunesse, 96 pages) est en effet sorti le 3 juin 2002! Voici ce que j'en écrivais dans "Le Soir" du 21 août:
"Il est extrêmement agréable de constater que, dans un domaine graphique où l'on se plaît à répéter que tout a déjà été inventé, certains arrivent encore à renouveler le genre de façon plaisante. Ainsi en est-il avec le réjouissant album "Pomelo est bien sous son pissenlit", agréablement épais sous sa couverture mate brochée. Déjà, le titre rigolo laisse entrevoir la fantaisie de l'ouvrage, Pomelo n'étant pas le fruit bien connu mais un petit éléphant de jardin, tout rose et nanti d'une trompe démesurée; on la confondrait presque avec un ver de terre!
Le volume présente trois histoires savoureuses qui se déroulent au ras des légumes du potager. Laitues, poireaux, carottes, navets, radis et autres variétés subissent une très jolie interprétation artistique tout en demeurant reconnaissables. Ils constituent le décor de cet album plein d'humour tout en participant activement au récit. Un récit où se raconte l'éléphanteau, avec ses joies, ses soucis et ses peurs: sa trompe qu'il écrase en dansant mais dont il peut faire un turban, les conseils de ses copains pour mieux vivre avec son appendice nasal hors norme, ses rêves d'épater les fourmis ou ses craintes de s'être trompé d'histoire en rencontrant le petit Chaperon rouge au détour d'une page.
Autant de petites touches amusantes, emplies de finesse et de fantaisie, joliment rythmées, que met en valeur une illustration pétillante où alternent scènes sur fond de couleurs et images détourées. Un album vraiment jubilatoire. Pour tous, dès 4 ans."

Vingt ans plus tard, je partage toujours mon avis. Et je suis particulièrement enchantée que quatorze autres albums "Pomelo" aient rejoint le premier, dans tous les formats, dans tous les genres et parfois ailleurs qu'au potager initial (lire ici). Puissent les enfants des nouvelles générations découvrir les histoires du petit éléphant de jardin.

2002-2020.


L'illustrateur Benjamin Chaud célébrant les 20 ans de Pomelo.









 

mercredi 29 juin 2022

Congés, évasion, découvertes et... des livres


Cliquez ici ou sur l'image

 

Boum, vous avez fait un bond de trente-cinq ans dans le temps. Nous sommes en 1987 et la chanson de Desireless ne va plus vous quitter.

Pour revenir à aujourd'hui, cliquez ici.

 
La cinquième "Petite feuille de chou" pointe en effet le bout de son nez précisément aujourd'hui. Et elle est consacrée au voyage dans toutes ses formes. Publication en ligne du collectif des maisons d'édition jeunesse belges francophones À pas de loups, CotCotCot éditions, Esperluète, Kate'Art et Versant Sud, "la petite feuille de chou" se présente comme un élégant magazine papier mais en ligne (lire ici, ici et ici). Chaque numéro s'ouvre avec un article de fond sur plusieurs pages, confié à une personnalité de la littérature de jeunesse. Viennent ensuite les pages où les cinq maisons d'édition indépendantes présentent quelques-uns de leurs livres, fonds ou nouveautés, dans la thématique choisie. Le numéro se termine avec un article sur la littérature de jeunesse, les annonces de parution, l'agenda et le jeu-concours.


(c) La petite feuille de chou #5.

Au sommaire de cette riche cinquième livraison (quarante-six pages)
  • les lectures de vacances sur le thème des vacances et des voyages conseillées par Laurence Leffebvre, responsable du Centre de Littérature Jeunesse de La Louvière.
  • voyager pour se sentir livre, escapades ou inattendu, avec des albums A pas de loups
  • dans le jardin des grands-parents par les visions opposées de Léa Viana Ferreira et Dina Melkinova (CotCotCot Editions)
  • les vacances, partir, découvrir, se rencontrer, se balader, avec des auteures comme Céline Delabre ou Geneviève Casterman (Esperluète)
  • à la découverte des châteaux de la Loire et de la Provence de Vincent Van Gogh (Kate'Art)
  • partir à la recherche de soi-même avec l'auteure-illustratrice Teresa Arroyo Corcobado (Versant Sud)
  • filer à Taiwan en compagnie de Philippe Tzou de l'AWEX/Wallonie Bruxelles International et d'Angélique Lin de la librairie Maison Temps-Rêves à Taipei! Original et passionnant.

(c) La petite feuille de chou #5.



 





vendredi 24 juin 2022

Caravage, de la prostituée à la Vierge

"La Mort de la Vierge" (c) Musée du Louvre.

On peut admirer des tableaux et ne pas nécessairement avoir envie de plonger dans de longues biographies savantes sur leurs auteurs. On peut admirer un tableau et vouloir en savoir plus sur les circonstances de sa création. Née au printemps 2021, la collection "Le roman d'un chef d'œuvre" des Ateliers Henry Dougier a justement pour ambition de raconter la naissance d'un tableau, d'expliquer les liens entre la vie de l'artiste et l'acte de création. L'histoire de tableaux célèbres de différentes époques, dus à Michel-Ange, Goya, Bruegel, Manet, Klimt, Gauguin,.. se découvre dans des textes entre récit romanesque et enquête historique.

Ainsi Alain Le Ninèze signe-t-il un livre très plaisant et documenté, "Le dernier sommeil selon Caravage" (Ateliers Henry Dougier, 126 pages), où il fait découvrir le tour et l'alentour du célébrissime tableau "La Mort de la Vierge". Peint en 1606, le tableau fut commandé pour une église romaine qui, choquée, le refusa en finale. Il fut alors acheté par le duc de Mantoue via "notre" Pierre-Paul Rubens, alors en séjour en Italie et grand admirateur de l'Italien. Revendu ici et là, il arrivera finalement en France grâce au roi Louis XIV en 1671. Il est actuellement exposé au musée du Louvre (salle 712), tout près de la Joconde.

Fin connaisseur de l'époque, l'auteur nous entraîne dans l'atelier du Caravage (1571-1610) et dans la Rome du tout début du dix-septième siècle, entre plaisirs, rivalités, Inquisition et corruption. Le peintre ignore encore que "La Mort de la Vierge" (1606) sera le dernier tableau qu'il peindra dans cette ville qu'il aime tant et qu'il devra fuir. En effet, il choisit de représenter la Vierge sous les traits d'une prostituée retrouvée noyée dans le Tibre. Le côté agréablement littéraire du "Dernier sommeil selon Caravage", c'est qu'on découvre l'artiste et l'homme par le journal que tient son assistant du moment, Cecco del Caravaggio. La forme permet de se glisser discrètement dans le sillage des deux hommes, que ce soit à l'atelier, en promenade, en visite, à la taverne ou encore ailleurs. De nombreux dialogues émaillent le texte. On est réellement avec eux, dans le choix des couleurs, dans les bagarres, lors des enquêtes de la police... 

Peintre de génie, précurseur qui se guigne du qu'en-dira-t-on, Caravage travaille vite dès qu'il a en tête la vision de son tableau. L'homme a du cœur et une sensibilité extrême qu'il transforme en énergie créatrice. Il fréquente tous les milieux, la noblesse, le clergé comme les prostituées. Il est aussi un homme de valeurs et un bagarreur qui n'hésite pas à dégainer son épée pour défendre ses opinions. Cela lui vaut pas mal de blessures, d'ennuis et même de la prison dont il sort chaque fois grâce à de petits arrangements opérés par ses protecteurs, dont le pape Paul V et la marquise Costanza Colonna. Ce tableau marque toutefois le début de la descente aux enfers de Caravage, obligé de fuir Rome sans son assistant. Les trois dernières années de sa vie nous sont présentées en une dizaine de pages par des lettres adressées à Cecco del Caravaggio par Mario Minniti, un ancien proche du Caravage qui a repris du service auprès de lui lors de son exil à Naples.

Passionnant de bout en bout, prenant comme un polar lorsqu'on tente de découvrir les liens entre Caravage et la prostituée qu'il a représentée, interpelant par la description de la Rome d'alors, "Le dernier sommeil selon Caravage" est un superbe livre composant le portrait d'un homme dans son époque comme le feraient des pièces de puzzle. Un maître qui a vécu un purgatoire de trois siècles avant d'être réhabilité dans les années 1950.

Sur le site de la maison d'édition, Alain Le Ninèze explique la genèse de ce livre.
"J'ai été amené à écrire ce livre pour deux raisons. D'abord parce que j'aime passionnément Caravage, ce génial inventeur de la technique du clair-obscur que reprendront après lui des peintres aussi importants que Velasquez, Rembrandt, Vermeer et Georges de la Tour.
Ensuite parce que, déambulant un jour dans la Grande Galerie du Louvre, je me suis arrêté, intrigué, devant une toile intitulée "La Mort de la Vierge". Pourquoi Caravage avait-il donné ce nom à ce tableau montrant le corps sans vie d'une femme veillée par ses proches dans la chambre d'un modeste logis? C'est donc ainsi qu'il voyait Marie morte, la mère de Dieu que toute la peinture de la Renaissance avait montrée paisiblement endormie dans l'attente de monter au ciel dans la gloire de l’Assomption? Pourquoi ce choix étrange de l'artiste?
Je ne suis pas le premier à avoir été surpris. Les moines du couvent romain qui, en 1606, avaient commandé l'œuvre à Caravage, eux, ont été scandalisés. Ils l'ont été encore plus quand ils ont appris que le modèle du peintre avait été le cadavre d'une prostituée retrouvée noyée dans le Tibre… A tel point qu'ils ont refusé le tableau.
Ce scandale ne fut qu'un parmi d'autres dans l'œuvre de l'artiste, et aussi dans sa vie. Ami des prostituées et des mauvais garçons, irascible, toujours prompt à dégainer l'épée, Caravage est condamné la même année pour avoir tué un homme au cours d'une rixe. Il quitte Rome pour échapper à l'échafaud. Et à partir de là son destin bascule vers le tragique…
C'est cette période de sa vie que raconte le roman."

Pour lire en ligne un extrait du livre "Le dernier sommeil selon Caravage", c'est ici.


La collection "Le roman d'un chef d'œuvre" depuis sa création en avril 2021:
  • "Les heures suspendues selon Hopper", par Catherine Guennec
  • "De l'or dans la nuit de Vienne selon Klimt", par Alain Vircondelet
  • "La femme moderne selon Manet", par Alain Le Ninèze
  • "Les heures suspendues selon Hopper", par Catherine Guennec
  • "Sous le ciel immense selon O'Keeffe", par Catherine Guennec
  • "Les scandales d'un naufrage selon Géricault", par Philippe Langenieux
  • "Chemins sans issue selon Van Gogh", par David Haziot
  • "Un message de consolation selon Gauguin", par Marina Doux
  • "La vengeance divine selon Garouste", par Philippe Langenieux
  • "Le dernier sommeil selon Caravage", par Alain Le Ninèze
  • "Le géant des Florentins selon Michel-Ange", par Jean Lovera
  • "La mort en face selon Goya", par Sophie Doudet
  • "Les noces rouges selon Bruegel" par Jean-Yves Laurichesse

jeudi 23 juin 2022

Deux journées Tremplin au Wolf


Après deux ans d'absence, on sait pourquoi, le Wolf (Maison de la littérature jeunesse) organise à nouveau ses Journées Tremplin. Soit des rencontres entre éditeurs jeunesse et jeunes illustrateurs/trices. Attention, elles sont réservées aux illustrateurs/trices ayant publié trois albums jeunesse maximum (hors éditions à compte d'auteur) et aux étudiant(e)s qui suivent un Master en Illustration ou BD dans les différentes écoles d'Art de la Communauté française de Belgique.

Ces Journées Tremplin auront lieu les mercredi 29 et jeudi 30 juin dans les locaux du Wolf (20 Rue de la Violette à 1000 Bruxelles). Découpées en tranches horaire de vingt minutes, elles donnent l'occasion d'avoir un rendez-vous avec plusieurs éditeurs, ceci en fonction du nombre d'inscrits évidemment. Il est impératif que les candidats viennent avec un ou plusieurs projets éditoriaux et leur book. Il est chaudement recommandé de s'informer au préalable sur les éditeurs présents afin de choisir ceux correspondant à leurs projets.

Présence des maison d'édition


CotCotCot Editions
  • Mercredi 10h-13h
  • Jeudi 10h-13h

Pastel
  • Mercredi 10h-13h
  • Mercredi 14h-17h

A pas de loups
  • Mercredi 10h-13h 
  • Mercredi 14h-16h

Casterman
  • Mercredi 10h-13h
  • Jeudi 14h-16h

Versant Sud Jeunesse
  • Jeudi 10h-13h
  • Jeudi 14h-15h

Phileas & Autobule
  • Mercredi 10h-13h
  • Mercredi 14h-15h

Didier Jeunesse
  • Mercredi 10h-13h
  • Jeudi 14h-16h

Alice Jeunesse
  • Jeudi 10h-13h 
  • Jeudi 14h-17h

C.F.C. Éditions
  • Mercredi 10h-13h
  • Jeudi 10h-13h

64_page
  • Jeudi 14h-17h

Rue du Monde
  • Jeudi 10h-13h
  • Jeudi 14h-17h

Pour participer aux Journées tremplin, il faut envoyer un mail à  info@lewolf.be en indiquant les noms des éditeurs à rencontrer par ordre de préférence et ses disponibilités horaires. Il reste actuellement des places. Informations complémentaires au +32(0)2.512.12.30. 



lundi 20 juin 2022

Isabelle et Ibrahim se sont trouvés au bord de leurs chemins d'exil

Maïa Kanaan-Macaux. (c)  Astrid Di Collalanza.

Exilés, demandeurs d'asile, réfugiés, le mot est en général utilisé au pluriel. Normal. Il l'est aussi en couverture du second roman de Maïa Kanaan-Macaux (Julliard, 186 pages), le très beau, engagé et citoyen "Les réfugiés". Mais ici, ils ne sont que deux, la Française Isabelle et le Guinéen Ibrahim dont les voix alternent de chapitre en chapitre. Une adulte d'ici et un mineur de là-bas dont les routes vont se croiser par hasard durant leurs errances respectives. Leur rencontre donne un roman différent sur les réfugiés (lire ici), un pied dans leur monde, l'autre dans celui de Monsieur ou Madame Tout-le-monde.

Ayant quitté soudainement son mari et son travail d'enseignante, Isabelle descend vers le sud, sans but précis. Lors d'une halte, elle croise Ibrahim, qui a quitté son pays pour venir en aide à sa famille. Est arrivé en France en payant des passeurs. Elle le recroise, s'attache à lui, se prend à vouloir défendre ce gamin englué dans les règlements en matière d'asile. Une cause nouvelle pour elle. Pas si nouvelle puisqu'elle a aussi quitté sa campagne natale pour vivre en exil dans une grande ville. Rien de comparable bien entendu dans leurs situations. La détresse d'Ibrahim la touche et l'obligera aussi à s'affronter elle-même, à savoir pourquoi elle a voulu "s'éloigner de son existence", partir ailleurs. Ces deux errants vont faire un bout de chemin ensemble, chacun enrichissant l'autre. 

"J'ai écrit ce livre", m'expliquait Maïa Kanaan-Macaux lors de son passage à Bruxelles, "pour les gens qui ne connaissent rien aux réfugiés MENA (mineur étranger non accompagné) et à la question de la migration. J'ai envie qu'ils fassent le chemin avec le gamin, qu'ils le comprennent, qu'ils le connaissent, qu'ils le reconnaissent."

De fait, le roman nous fait suivre le parcours d'Ibrahim, sa terrible histoire qu'il est sommé de répéter à de multiples reprises, un parcours entre la Guinée et la France, les séances chez l'avocate, chez le juge, la menace d'expulsion, le recours, et également ces rencontres qui peuvent sauver un destin. En l'occurrence, Jean, l'oléiculteur local pour le boulot, Isabelle pour le soutien moral. Si on passe par toutes les angoisses que vivent les demandeurs d'asile et leurs hébergeurs, la fin du livre est ouverte. "J'ai vécu moi-même une histoire avec un jeune migrant qui ne s'est pas bien terminée. Je voulais faire quelque chose de cette colère. La littérature permet de raconter des histoires fictives en s'ancrant dans le réel. Le parcours des MENA est connu, le vivre intimement est affreux."

"Les exilés" se déroule en France, il pourrait tout autant avoir la Belgique pour cadre tant les procédures et les règlements sont similaires. L'histoire d'Ibrahim est au centre du roman, mais comme le livre est une fiction et non un témoignage, on découvre aussi le destin d'Isabelle, ses rêves, ses échecs, ses réflexions, ses décisions. Un lecteur peu coutumier de l'hébergement des mineurs pourra ainsi s'interroger sur ses apriori, sur ses idées toutes faites. "Il y a une montée du FN qui est très effrayante", me disait la romancière, bien avant les élections présidentielles. "Aussi bien dans la société civile que dans les autres courants politiques. Mais il faut dire NON. Il y a des droits fondamentaux. Il y a des conventions. On ne peut pas s'en abstraire."

Voilà un roman qui réjouira les hébergeurs et les hébergeuses car tout y est vrai. L'envie de bien faire, les incompréhensions, les couacs dans la relation, les colères et le découragement, le yoyo de la joie et du désespoir, les démarches fastidieuses, les exigences des autorités impossibles à honorer... Ils s'y reconnaîtront.

Voilà un roman qui pourra ouvrir le cœur et l'esprit de ceux qui s'inquiètent de l'arrivée de demandeurs d'asile. La situation n'y est en rien idéalisée. On y trouve la réalité imposée par des lois qui ne sont plus justes. Et Maïa Kanaan-Macaux s'engage, faisant ainsi notamment dire à l'avocate d'Ibrahim: "A défaut de pouvoir empêcher qu'on construise des frontières de plus en plus hautes qui font de la Méditerranée un sanctuaire, qui valide le fait que des adolescents errent dans nos rues sans protection, tout en laissant entrer et prospérer des sociétés qui ne paient pas d'impôts et s'arrogent le droit de faire travailler ces mêmes hommes et ces mêmes femmes dans des conditions dignes de pays auxquels on donne des leçons de morale, je peux faire mon travail. (...) Personne ne quitte sa maison à moins que sa maison ne soit la gueule d'un requin."

Roman rude et lumineux, économe en mots pour laisser le pouvoir à l'imagination, "Les exilés" avance en deux voix, la bonne idée d'écriture. "Au départ, Isabelle racontait tout", se rappelle l'auteure. "Mais cela n'allait pas. J'ai décidé alors de donner sa voix à chacun de mes deux personnages. Il n'est pas facile de parler à la place d'un gamin guinéen de quinze ans. Ce n'est pas grave s'il y a un décalage avec Isabelle, beaucoup plus âgée, qui est aussi en fragilité. Elle n'est pas militante. Elle ne revendique rien. Cette histoire lui tombe dessus. Je voulais que le lecteur puisse s'identifier à elle. Elle, fragile, mais qui sort de sa zone de confort et qui découvre sa capacité à s'ouvrir." Combien y a-t-il d'Isabelles qui s'ignorent?