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dimanche 18 mars 2012

LA vu le film "38 témoins" de Lucas Belvaux



La très belle affiche, avec un dessin de Miles Hyman.

Elle a même été héroïque en n'allant pas secouer le ronfleur quatre rangs devant elle et quatre sièges plus à droite.
Heureusement, un autre spectateur est allé secouer le cinéphile.

Le film "38 témoins" est pas mal du tout, Yvan Attal y est excellent.
La bande-annonce est ici: http://www.dailymotion.com/video/xof1t1_38-temoins-bande-annonce_shortfilms

On le sait. Il est inspiré d'un fait divers véridique, survenu aux Etats-Unis.
Mais l'action est transposée de New York au Havre et des années 1960 à l'époque contemporaine.
Pourquoi pas, mais on n'apprend rien sur l'assassin de la pauvre fille, dont le tort principal a été de croiser la mauvaise personne au mauvais moment.

Pour cela, il faut se reporter à l'excellent roman de Didier Decoin, dont le film est inspiré. "Est-ce ainsi que les femmes meurent?" a été publié il y a trois ans chez Grasset et a été repris l'année suivante au Livre de poche.





















C'était la première participation du secrétaire de l'Académie Goncourt à la collection "Ceci n'est pas un fait divers" de la maison d'édition.

Un roman magnifique basé sur un fait divers atroce, interrogeant chacun sur ses responsabilités dans la société. Sa lecture fait se dresser les cheveux sur la tête, donne la chair de poule et renvoie à chaun la question "Et toi, qu'aurais-tu fait?"


Nous avions rencontré Didier Decoin à l'époque.

Kitty Genovese.

Son roman " Est-ce ainsi que les femmes meurent?" se base sur une histoire réelle.
Kitty Genovese, 28 ans a été assassinée par un psychopathe, aux petites heures glacées du
13 mars 1964, à Kew Gardens (Queens, New York).
Aucun des trente-huit voisins qui ont assisté depuis leurs fenêtres aux trente-cinq minutes de son calvaire, n'est intervenu ni n'a prévenu la police.

Didier Decoin se fait enquêteur, journaliste, dans ce livre, tout en gardant son âme de romancier.

Il a longuement recherché chansons, livres et films d'alors pour que le lecteur puisse se construire mentalement le New York d’il y a  près de cinquante ans. Il a rassemblé une masse de documents, mais n'a pas utilisé tout ce qu’il savait, pour ménager son public.
On se dit qu’un livre, du papier et de l’encre, ce n’est pas dangereux. Mais Kitty Genovese est une vraie fille. Elle a vraiment existé, elle est vraiment morte. Elle a vraiment souffert pendant trente-cinq minutes. Son assassin est un vrai assassin qui l’a vraiment tuée. C’est une autre démarche que celle du simple roman.
Chaque matin des deux ans passés à composer cette histoire, une photo de Kitty agrafée au mur devant lui, l’écrivain a été hanté par le fait qu’il écrivait sur du vrai. Au point de s’écrier aujourd’hui qu'il n'aimerait pas recommencer.

Pourquoi a-t-il choisi ce fait divers trouvé de l’autre côté de l’Atlantique?
J'ai été interpellé par sa résonance moderne. Je me suis tout de suite demandé ce que j’aurais fait, moi. C’est ça qui est intéressant, pas de cracher à la figure des trente-huit personnes mais de se dire : “Eux n’ont pas bougé, mais moi?”  La question me tracasse aussi à propos de la guerre 40-45. Je suis né après celle-ci, mais je n’ai cessé de me demander quel genre de Français j’aurais été pendant la guerre.
Titré en retournant la phrase d’Aragon, "Est-ce ainsi que les hommes vivent?", ce roman habilement construit sur les interventions d’un couple de voisins, absents lors des faits, et des scènes véritables extraites du procès rend aussi hommage à Martin Gansberg, le journaliste qui a révélé à la une du New York Times ce qui s’était passé dans l’indifférence générale.
Son article est formidable. Il a oublié qu’il travaillait pour un rédacteur en chef, pour une ligne éditoriale, pour un journal new-yorkais. Il s’est mis à crier en tant qu’homme. Il réveille une société léthargique. Il hurle à ses contemporains qu’on ne peut pas continuer à vivre comme cela.
L'article commence ainsi:  "Durant plus d'une demi-heure, 38 citoyens honnêtes et respectables du Queens, ont regardé un tueur suivre et poignarder une femme, au cours de 3 attaques distinctes, dans Kew Gardens".




A la parution du livre, on sentait Didier Decoin toujours remué par son sujet.
J'espère que cette histoire fera prendre conscience du fait que ce n’est pas le voisin qui sauve la personne en détresse. Je voudrais qu’on se dise “Si moi je n’interviens pas, personne n’interviendra”. Alors qu’on pense toujours l’inverse. En filigrane, je me demande si la personnalité de Kitty, homosexuelle, italo-américaine, indépendante, rentrant tard puisque manager de bar, n’a pas joué dans ce quartier de retraités riches, bien-pensants. Kitty est une très jolie fleur mais elle dépasse.

Didier Decoin s’avoue toutefois heureux d’avoir fait ce livre. Mais les deux années passées avec Kitty l’ont marqué :
Romancier, j’ai tué plein de mes personnages et ça me faisait rigoler. Ils n’existent pas, ce sont des marionnettes. Là, c’est un personnage vrai, elle a sa vraie tombe, avec son vrai cercueil dedans. Elle a vraiment rêvé d’ouvrir un restaurant avec son papa. Ça me fait mal qu’elle n’ait pas pu le faire. Je ne la connais pas, je ne la connaîtrai jamais. Mais quand Kitty Genovese est entrée dans ma vie, elle s’est mise à exister et cela, je ne veux pas le recommencer. Je rêve d'écrire un thriller avec des personnages inventés. Surtout, que rien ne soit vrai !
L'affaire Kitty Genovese a conduit les autorités de la ville de New York à créer un numéro de téléphone commun pour les urgences.


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