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mardi 6 août 2019

Tristesse que le décès de l'immense écrivaine américaine Toni Morrison

Toni Morrison. (c) François Guillot/AFP.

On savait Toni Morrison malade depuis quelque temps. La triste nouvelle de son décès, le 5 août, à l'âge de 88 ans, au Montefiore Medical Center de New York, vient de tomber par un communiqué de sa famille ("Toni Morrison est décédée paisiblement la nuit dernière, entourée de sa famille et de ses amis") et par un tweet de son éditeur Alfred A. Knopf. L'écrivaine afro-américaine était née Chloé Ardella Wofford le 18 février 1931 à Lorain dans l'Ohio (USA) dans une famille ouvrière de quatre enfants. Romancière, professeure de littérature et éditrice américaine, elle a été lauréate du Prix Pulitzer en 1988 pour "Beloved", et, surtout, en 1993, l'année qui suit la publication de "Jazz", la huitième femme et la seule auteure afro-américaine à recevoir le prix Nobel de littérature.

Son œuvre magnifique, parfois complexe d'approche, d'une générosité et d'une inventivité folles, a rendu aux Afro-Américains leur passé et leur mémoire, pas seulement leurs souffrances mais aussi  leurs richesses. Toni Morrison avait une langue travaillée, rythmée, ancrée dans les mythes, jouant l'humour ou le mystère, attentive à la justice et aux droits humains, d'une beauté subjuguante et d'un romanesque parfait. Elle a été superbement traduite en français, par Christine Laferrière notamment et publiée essentiellement chez Christian Bourgois.


Toni Morrisson à Vincennes en 2012.
(c) Frédéric Guina.
Toni Morrison avait été l'invitée d'honneur du festival America de Vincennes en 2012. J'avais eu l'honneur et le plaisir de l'y rencontrer. Ici le lien pour relire l'interview qu'elle m'avait accordée. Elle y parle de son roman "Home" qui venait de sortir, de son écriture, de ses choix et de ses références. Elle explique aussi pourquoi ses romans sont devenus plus courts au fil des ans.



Un de ses romans le plus connu est "Beloved" (traduit de l'anglais (États-Unis) par Hortense Chabrier et Sylviane Rué, Christian Bourgois, 379 pages, 1989, 10/18 pour la version poche), tragédie d'une mère qui tue sa fille pour qu'elle échappe à l'esclavage.

Mais les débuts n'ont pas été faciles. Son premier roman, "L'Œil le plus bleu" (traduction nouvelle de Jean Guiloineau, Christian Bourgois, 1994) touchante histoire d’une petite fille noire qui rêve de ressembler à Shirley Temple, paraît aux Etats-Unis en 1970. Le second, "Sula", est sélectionné pour le National Book Award. C'est avec son troisième roman, sorti en 1977, "Le Chant de Salomon" (traduit de l'américain par Jean Guiloineau, 472 pages, Christian Bourgois), ample saga sur le retour au Sud et aux racines couronnée par le National Book Critic Circle Award, que Toni Morrison accède à la célébrité.


Depuis cette interview, elle avait publié son onzième roman, "Délivrances" (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Christine Laferrière, Christian Bourgois, 180 pages, 2015), se déroulant à l'époque actuelle et décrivant des personnages longtemps prisonniers de leurs souvenirs et de leurs traumatismes avant de se délivrer des mensonges et de se reconstruire.


Ses derniers livres en date sont "L'origine des autres" (traduit de l'anglais par Christine Laferrière, Christian Bourgois, 110 pages, 2018), une série de six conférences prononcées à l'université de Harvard en 2016, où Toni Morrison analyse les arguments du racisme afin d'établir et d'entretenir la domination d'une seule catégorie d'individus. Des récits d'esclaves à l'évocation des lynchages et des récentes violences policières, l'auteur démontre que la "définition de l'inhumain" censée justifier le sadisme de "l'asservisseur" ne saurait en vérité s'appliquer qu'à celui-ci.

Toni Morrison l'an dernier. (c) Pascal Lemaître.



Et "Entre vos mains", illustré par Pascal Lemaître (traduit par Benoîte Dauvergne, L'Aube, 2018), le discours qu'elle a prononcé au moment de recevoir le Prix Nobel à Stockholm.


Toni Morrison était aussi l'auteur de livres pour enfants, avec son fils Slade Morrison (qui meurt en 2010 à l'âge de 45 ans), "Le vieil homme ou le serpent" et "La cigale ou la fourmi", illustrés par le Belge Pascal Lemaître qui l'a souvent rencontrée à New York (Casterman, 2004).

Aussi "Tout ce qu'il faut savoir sur les méchants" (Milan Jeunesse, 2007) et "Ma liberté à moi" (Gallimard, 2003)

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