Nombre total de pages vues

jeudi 18 juin 2015

Le 18 juin, c'est aussi le jour de Bruno Heitz

Les pages 34 et 35 du tome 9 de "L’Histoire de France" (c) Casterman.

Juste un dessin sur la bataille de Waterloo, en passant, mais pas de n'importe qui, un dessin de Bruno Heitz lui-même!

Il est le redoutablement efficace dessinateur de la série "L'Histoire de France en BD" (textes de Dominique Joly, Casterman Jeunesse) dont le tome 9 vient de sortir: "Napoléon et l'Empire".








Et, en cadeau,  quelques croquis préparatoires totalement inédits.
Appréciez, savourez, dégustez.

Joséphine. (c) Bruno Heitz.

La maman. (c) Bruno Heitz.

Nelson. (c) Bruno Heitz.

Ney. (c) Bruno Heitz.

Murat. (c) Bruno Heitz.










































Et parce que Bruno Heitz est aussi l'empereur des figurines en bois.

Napoléon Bonaparte. (c) Bruno Heitz.





mercredi 17 juin 2015

L'écolier blond de Syrie, Riad S.

Il y a un an, on avait découvert avec enthousiasme l'enfance du dessinateur  Riad Sattouf, petit garçon blond dans la Libye de Kadhafi et dans la Syrie d'Hafez Al-Assad, dans "L'Arabe du futur" (Allary Editions,  160 pages), dont le sous-titre était "Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)". Une bande dessinée formidable (lire ici) dont l'auteur ne savait pas alors si les suites qu'il prévoyait seraient publiées. Mais son succès en librairie et à Angoulême en janvier (lire ici) effaça ses craintes.

"L'Arabe du futur 1" (200.000 exemplaires vendus à ce jour) existe même maintenant en quatorze autres langues, anglais, allemand, néerlandais, espagnol et catalan, italien, portugais, danois, suédois, norvégien, finlandais, polonais et même brésilien et coréen. Pas encore en arabe donc.

Aujourd'hui vient de paraître "L'Arabe du futur 2" (Allary Editions, 160 pages) du même Riad Sattouf donc, qui se termine par un prometteur "à suivre" - trois tomes sont en effet prévus, et peut-être même quatre. Cette première suite ne concerne que deux années de l'enfance du fils d'un Syrien et d'une Française, 1984 et 1985, toujours aussi blond. Mais quelles années dans une vie que celles de l'entrée à l'école! Surtout là-bas. On s'en rend compte dès les premières pages.

Auréolé du succès de son Fauve d'or 2015, Riad Sattouf est partout dans tous les médias pour parler de son nouvel album tiré à 75.000 exemplaires, aussi réussi que le précédent, plus détaillé sans doute que le premier qui devait planter le décor. Il suffit d'allumer une radio pour l'entendre (je n'ai pas la télé), d'ouvrir un organe de presse écrite pour y reconnaître ses dessins caractéristiques. Vive les podcasts donc parce que je n'ai pas encore eu le plaisir de le croiser. Mais on relira avec plaisir ses réponses à mes questions de l'an dernier (ici). Selon son éditeur, ses inspirations sont les livres "Tintin au pays de l'or noir" de Hergé, "Le tampographe" de Sardon et "Livret de phamille" de Jean-Christophe Menu.

Toujours doté de son incroyable chevelure, le jeune Riad va cette fois aller à l'école et apprendre à écrire. A écrire l'arabe bien entendu. La langue française lui est enseignée par sa Bretonne de mère. L'écolier blond a maintenant six ans et vit avec ses parents et son petit frère dans la Syrie d'Hafez Al-Assad, dans le village de la famille, Ter Maaleh, pas loin de Homs. Pauvreté et patriotisme, nous voilà. L'auteur a repris ses codes couleurs, rose pour les pages syriennes, bleu pour les pages françaises où de courtes vacances le conduisent du Finistère aux Alpes.

On découvre la vie en famille et la vie à l'école du jeune Riad. La Syrie des années 80, c'est déjà terrible, de violence surtout, d'arrangements ensuite. On y réagit sans doute davantage à cause de ce qui s'y passe ces dernières années ou dans l'actualité récente comme quand on découvre les pages sur Palmyre. Mais pour le petit garçon candide, la vie là-bas est normale. Juste s'il a une petite réaction devant les comportements des adultes.

La maîtresse d'école. (c) Allary Editions.

Cette narration blanche donne encore plus de force au récit. On sourit devant l'achat du cartable local, on s'émeut devant les méthodes de la paradoxale maîtresse d'école (hidjab, mini-jupe, hauts talons), tendre, brutale ou même cruelle. On se dresse devant les pratiques familiales à propos d'une femme qui aurait "fauté" et des arrangements avec la justice par rapport au code d'honneur. Ou comme devant la haine des Juifs enseignée dès le berceau.

L'apprentissage de Riad est rude, mais le petit garçon tient bon, surtout qu'il découvre le dessin avec une cousine. Il admire toujours autant son père qui tente de faire de lui un vrai petit Syrien, et aussi de devenir professeur à l'université, quitte à séduire un général. Il est toujours soutenu par sa mère, un peu en retrait dans ce volume, dont on se demande comment elle a résisté à ces années de solitude en Syrie. En même temps, on remarque avec plaisir que sa tenue de Française n'émeut personne. Que de souvenirs consignés dans ces deux années.

Ce qui est extrêmement réussi dans les deux volumes de "L'Arabe du futur", c'est la délicatesse extrême avec laquelle Riad Sattouf conte les scènes, qu'elles soient drôles ou terrifiantes. Ce deuxième tome confirme que la Syrie d'aujourd'hui n'est pas née de rien, et c'est pour cela qu'il faut le lire, ainsi que le premier qui a été retiré à quinze mille exemplaires.


La récré. (c) Allary Editions.








lundi 15 juin 2015

A Saint-Sulpice, la poésie belge, mais pas que...

Cétait donc le 33e Marché de la poésie à la place Saint-Sulpice de Paris ce week-end qui commença le mercredi 10 juin. Dont la Belgique, Wallonie-Bruxelles et Flandre réunies, était l'invitée d'honneur.
Cinq jours qui ont rassemblé cinq cents éditeurs et trois cents auteurs sous l’œil bienveillant de William Cliff, lauréat le 5 mai dernier du Goncourt de la poésie Robert Sabatier.
Ç'aurait été bien d'y être.  Cela n'a pas été possible.
Pas trop grave, les livres sont toujours disponibles, ambassadeurs parfaits.


Quelques propositions parmi les parutions récentes
 - et pardon si certains des titres n'étaient pas présentés dans le sixième arrondissement.


"Belgium Bordelio"
"Structure/Structuur"
anthologie bilingue
30 auteurs belges
l'Arbre à Paroles & Poëziecentrum
454 pages

Quinze auteurs néerlandophones et quinze auteurs francophones, tous belges évidemment, se partagent les 450 pages de ce recueil entièrement bilingue (traductions en face à face, bordées par une mini-bio dans les deux langues). C'est dire s'ils ont chacun bien de la place pour leurs textes.

"Belgium Bordelio"... le titre prête à rire, au moins à sourire. Qu'est le bordel belge? Celui de l'Etat? Celui de sa culture? Il tend encore plus les zygomatiques quand il s'assortit de son sous-titre: structure! Ah bon? Le désordre de l'ordre peut-être? Ou l'inverse?

Toujours est-il que se succèdent dans cette brique de 560 grammes de joyeux poètes, plus ou moins connus, plus ou moins jeunes, plus ou moins des deux sexes. Les flamands ont été choisis par Jan H. Mysjkin, les francophones par Antoine Wauters. Les deux directeurs de l'ouvrage ont organisé un tirage au sort pour mélanger leurs ouailles ayant publié soit dans "Poëziekrant", soit aux Editions Maelström ou de l'Arbre à paroles. Puis, ils ont revu le choix du sort pour faire en sorte qu'alternent un auteur flamand et un auteur francophone.

Les élus sont, selon leur ordre d'apparition dans le livre:
Christophe Vekeman - Laurence Vielle - Peter Ghyssaert - Milady Renoir - Roger de Neef - Antoine Wauters - Jan H. Mysjkin - Julie Remacle - Renaat Ramon - Antoine Boute - Claude van de Berge - Alexis Alvarez Barbosa - Paul Bogaert - Anne Versailles - Frank Pollet - Tom Nisse - Michaël Vandebril - Véronique Daine - Johan de Boose - Olivier Dombret - Peter Theunynck - Jacques Izoard - Stefan Hertmans - Dominique Massaut - Lies Van Gasse - Serge Delaive - Hilde Keteleer - Karel Logist - Delphine Lecompte - Vincent Tholomé
Un panorama bien complet de ce qu'est la poésie belge et des formes multiples qu'elle emprunte.

* *
*

"La Poésie française de Belgique,
une lecture parmi d'autres"
Yves Namur
Editions numériques Recours au poème
380 pages
ebook uniquement

Cet autre ouvrage collectif réunit, lui, 89 poètes francophones de Belgique, choisis par Yves Namur. Il n'est disponible qu'en version numérique puisqu'il paraît aux Editions numériques Recours au poème que dirige Matthieu Baumier.

Pas un cadastre de la poésie française mais des choix posés par Yves Namur qui s'en explique:
"Le présent travail entendait réserver une place particulière aux voix nouvelles sans pour autant oublier ceux qui sont les représentants majeurs de notre poésie à l'étranger. Ils sont d'ailleurs quasi tous (à une exception près, je pense) à la table des matières de ce livre comme aux catalogues des grands éditeurs. J'ai souhaité par ailleurs donner une place de choix à ces voix de femmes trop souvent écartées, on se demande bien pourquoi. J'aurais pu, je l'avoue, en ajouter bien d'autres.
Une remarque encore: seuls sont ici présents les poètes vivants au moment de la rédaction de ce livre. Ainsi (et ce sont les seuls noms que je citerai ici) sont absents Jean-Claude Pirotte ou André Balthazar qui nous ont quittés voici peu de temps.
Autre remarque sur ce travail et ses contraintes: j'ai ici répondu aux souhaits de l'éditeur me demandant d'insérer a priori des textes inédits. Ce qui ne fut pas toujours simple, certains auteurs restant injoignables, d'autres n’ayant guère ou pas d'inédits sous la main, j'ai cru utile de choisir dans l'œuvre publiée."

Voilà les 89 femmes et hommes poètes choisis, dans l'ordre de leur apparition dans le recueil, c'est-à-dire selon l'année de leur naissance, de l'aîné au plus jeune.
Georges Thinès, Philippe Jones, André Romus, André Schmitz, Liliane Wouters, André Doms, Jacques Demaude, Claire-Anne Magnès, Gaspard Hons, Anne-Marie Derèse, Jacques Sojcher, Véra Feyder, Rose-Marie François, Colette Nys-Mazure, William Cliff, Jacques Crickillon, Michel Voiturier, Anne Bonhomme, Werner Lambersy, Christian Hubin, Françis Chenot, Geneviève Bauloye, Jean-Pierre Verheggen, Jacques Vandenschrick, Anne Rothschild, Robert Gérard, Marc Dugardin, Corinne Hoex, Serge Meurant, Guy Goffette, Daniel Fano, Frans de Haes, Pierre-Jean Foulon, Roland Ladrière, Pierre-Yves Soucy, Pierre Gilman, Jean-Marie Corbusier, Jacques Goorma, Jean-Luc Wauthier, Françoise-Lison Leroy, François Emmanuel, Daniel Simon, Béatrice Libert, Jean-Michel Aubebert, Daniel de Bruycker, Philippe Lekeuche, Thierry-Pierre Clément, Véronique Wautier, Francis Dannemark, Caroline Lamarche, Philippe Leuckx, Eric Brogniet, Philippe Mathy, Sabine Lavaux-Michaëlis, Jacques Keguenne, Lucien Noullez, Pierre Schroven, Claude Donnay, Denys-Louis Colaux, Carl Norac, Serge Núnez Tolin, Karel Logist, Véronique Bergen, Paul Mathieu, Pierre Warrant, Véronique Daine, Vincent Tholomé, Serge Delaive, Cathy Leyder, Laurent Demoulin, Laurence Vielle, Yves Collet, Piet Lincken, Christophe van Rossom, Ben Arès, Marie-Clotilde Roose, Otto Ganz, Hubert Antoine, Fabien Abrassart, Pascal Leclercq, Laurent Fadanni, Harry Szpilmann, Antoine Wauters, Kathleen Lore, Raphaël Miccoli, Eric Piette, Nicolas Grégoire, Maxime Coton.
* *

L'asbl L'arbre de Diane a pour but de promouvoir la littérature et la poésie, à travers différents médias, dont des livres numériques et papier. D'explorer aussi les aspects sonores et radiophoniques de la littérature, ainsi que son rapport avec les technologies et les sciences. Dirigée par Mélanie Godin et Renaud Lambiotte, sa collection "La Tortue de Zénon" réunit les mondes de la littérature, des sciences et des mathématiques. Impossible? Non! Les deux premiers livres viennent de sortir, dont les titres sont déjà tout un programme...

"Les mathématiques
sont la poésie des sciences"
Cédric Villani
L'arbre de Diane
"La tortue de Zénon"
68 pages

Cédric Villani est un mathématicien français qui s'intéresse à la théorie cinétique et au transport optimal. Le directeur de l'Institut Henri Poincaré à Paris, aussi professeur d'université à Lyon, a reçu la célèbre médaille Fields en 2010 pour ses recherches. Il a étendu sa notoriété du domaine des mathématiques à celui de la littérature en publiant un premier roman particulièrement original, "Théorème vivant" (Grasset, 2012, Le livre de poche, 2013) où il est bien sûr question d'un mathématicien. On entend aussi en été sur les ondes de France Inter celui  qui est devenu l'ambassadeur des maths françaises.

Pas étonnant que Cédric Villani déclare que les mathématiques sont la poésie des sciences.
"Si les mathématiques étaient un genre littéraire, ce serait certainement la poésie. L'élément poétique peut venir par l'apparition d'éléments étrangers et inattendus dans un texte. On peut trouver une certaine beauté aux mots qui surgissent avec leur charge de mystère dans un dialogue où ils n’ont rien à faire. Ils appartiennent à une autre langue. C'est un peu comme quand vous écoutez une chanson dans une langue étrangère à laquelle vous ne comprenez rien et que vous y percevez une force tout à fait mélodieuse et mystérieuse."
Dessin d'Etienne Lécroart. (c) L'arbre de Diane.
Comment développe-t-il davantage sa pensée? C'est à retrouver dans le livre qui retranscrit une conférence donnée en mars 2013 à la Maison de la culture de Namur, organisée par le département de maths de l'université du lieu et les Midis de la Poésie. Avec la participation d'Elisa Brune en préfacière et de l'auteur de bande dessinée Etienne Lécroart, membre de l'OuBaPo (Ouvroir de bande dessinée potentielle) pour accompagner les réflexions de Villani.



"Dix rencontres entre science et littérature"
Géodésiques
L'arbre de Diane
"La tortue de Zénon"
144 pages

Dans ce livre se succèdent dix paires improbables, un scientifique et un auteur de littérature qui, ensemble, parlent de science. Le premier lance la discussion à propos de ses recherches, de ses théories, le second s'approprie ces concepts et ces questions et les traite avec sa sensibilité personnelle. Des passerelles qui ont abouti à ce livre et illustrent l'idée de la géodésique, à savoir "le chemin le plus court entre deux points d'un espace métrique". Voilà qu'on ferait des maths sans le savoir, pour la prose, on était prévenu depuis longtemps.

Voici les paires, qui sont illustrées par Nathalie Garot.
André Füzfa .................... Nicole Roland
Jean-Pierre Boon ............ Caroline De Mulder
Petra Vertes .................... Jan Baetens
Philippe Toint ................. Nicolas Marchal
Hugues Bersini ............... Jacques Darras
Vincent Blondel ............. Caroline Lamarche
Mustapha Tlidi ............... Laurence Vielle
Jean-Charles Delvenne .. Vincent Engel
Michel Tytgat ................. Geneviève Damas
Renaud Lambiotte .......... Christine Van Acker

Dessin de Nathalie Garot. (c) L'arbre de Diane.

* *
*

"La Trilogie Lunus"
Serge Delaive
l'Arbre à paroles
Anthologies
296 pages

Serge Delaive, c'est aujourd’hui douze recueils de poèmes, quatre romans, dont "Argentine" (La Différence) qui reçut le Prix Rossel en 2009, un essai et deux ouvrages illustrés.

"La Trilogie Lunus" regroupe trois recueils de poèmes, "Légendaire" (1995), "Monde jumeau" (1996) et "Le livre canoë" (2001). Trois livres qui avaient été imaginés dès le départ comme une trilogie, centrée sur le personnage de Lunus, le double fantasmé de l'auteur. Un voyageur bien entendu, attentif au monde et à ce qu'il voit.

Une réédition soigneusement revue par l'auteur: certains textes ont été retouchés, des poèmes éliminés, d'autres déplacés, deux ont été réécrits en prose... Tous les poèmes ont reçu un titre. Un travail approfondi dont le dernier poème cligne de l’œil au premier et qui a été menée pour les cinquante ans du poète-romancier-essayste-photographe.

* *
*

"Ce monde"
Jan Baetens
Les Impressions nouvelles
96 pages

Dernier poète flamand d'expression française, Jan Baetens explique ce nouveau projet: un texte plus long, une poésie pouvant se lire à haute voix. Sa découverte de "The last World", un poème de jeunesse de John Ashbery, affine encore son choix.

Tout comme une résidence à Venise en 2013 et sa participation à une rencontre autour de Pierre Joris. Double nomadique de "The last World", poème épique évitant le récit, poème à lire par les yeux comme la bouche, entreprise à risques qui devrait connaître plusieurs prolongements.

En sept parties, "Ce monde" aborde aussi en finale la ville de Venise que le poète examine sous toutes ces facettes, malaxe de toutes les façons.

Un extrait du livre à lire ici.

* *
*

"Ostende"
Christiane Levêque
Illustrations de Garène
Les Carnets du Dessert de lune

Deux ans après nous avoir entraînés au "Mokafé" (même éditeur), célèbre établissement de la Galerie du Roi à Bruxelles, Christiane Levêque nous emmène cette fois à Ostende.

Ses mots se posent avec la même fraîcheur et la même bienveillance sur tout ce que son regard déniche et nous transmet. Des portraits, des ambiances, des lieux, finement observés et tellement joliment racontés.
Quelques illustrations de Garène se glissent harmonieusement entre les textes.

* *
*

"8 ans"
Julie Remacle
l'Arbre à paroles
128 pages

C'était quoi la Belgique des années 1980? Réponse dans ces courts textes, rapides comme une mitraillette, précis comme une lunette de visée, directs comme un tir bien ajusté. Le tout dans une écriture complètement poétique, sans illusion sur l'état d'enfance.

Elle est super, cette héroïne âgée de 8 ans. Et on la remercie de partager ainsi avec nous ses choix, ses opinions, ses résistances et ses enthousiasmes.

* *
*

Bien sûr, le Marché de la poésie accueillait aussi des auteurs français. Heureusement!
En voici deux, l'un avec des poèmes de table, l'autre avec un manège érotique. Que demander d'autre?

"Le Bel Appétit"
Paul Fournel
P.O.L., 215 pages

Il est prouvé que lire des recettes fait grossir. Et lire les "poèmes de table" de Paul Fournel? Je crains le pire, tant on se régale devant ces recettes, ces cuisiniers qui les exécutent, au sens propre ou au sens figuré, ces évocations de fruits, de légumes, de fromages, sans oublier les petits beurres LU. Le poète nous raconte tout cela avec fougue, mêlant l'ancien et le nouveau, imaginant d'autres façons tout en rappelant les anciennes.

Lire les titres des poèmes provoque des gargouillis à l'estomac. Lire les textes caresse l'esprit épicurien, amateur de mets et de mots. Chaque sujet est un départ vers des contrées revisitées pour le plus grand plaisir du lecteur. Et sans doute celui de l'auteur.

Pour déguster un peu du livre en ligne, c'est ici.

* *
*

"La Chapelle Sextine"
Hervé Le Tellier
Le Castor Astral
"Escales des lettres"
96 pages

Quelle bonne idée de republier ce "roman circulaire" paru en 2005 à L'estuaire!
On y circule en effet beaucoup, entre les treize femmes et les treize hommes, d'Anna à Yolande, de Ben à Zach, vous voyez l'astuce?, qui sont les sujets de ces 78 nouvelles érotiques aux nombreuses contraintes oulipiennes.

Sexe, vie, amour sont au centre de toutes les questions auxquelles l'auteur ne répond jamais, tout occupé à nous entraîner dans son "marabout-boutdeficelle" entre ses ardents héros: "Anna et Ben", "Ben et Chloé", "Chloé et Dennis", et encore 75 autres combinaisons. Nylon, latex, échanges, tout est bon dans cette chapelle célébrant le sexe avant tout. Ironie et intelligence dans ces micro-nouvelles où les scènes sexuelles décrites sont ponctuées d'un commentaire italique ramenant les choses au niveau zéro du désir.







vendredi 12 juin 2015

Le décès soudain de l'écrivain Alain Nadaud

Alain Nadaud.

Il  est des jours où il vaudrait mieux ne pas allumer son ordinateur. Comme ce soir où je viens d'apprendre le décès soudain de l'écrivain français Alain Nadaud. Il est mort ce vendredi 12 juin à Amorgos en Grèce d'une crise cardiaque à bord de son bateau. Il allait avoir 67 ans le 5 juillet prochain.

Alain Nadaud était un écrivain magnifique, terriblement exigeant envers lui-même et donc envers ses lecteurs. Ce qui lui a valu d'être baladé d'éditeur en éditeur au fil de ses superbes livres - allaient-ils se vendre? Au point de se lasser lui-même. Il avait passé l'âge de ce type de recherche, me disait-il. Et il avait publié fin 2010 "D'écrire, j'arrête" (Editions Tarabuste). Un titre qui inquiétait son entourage. Mais il avait tenu bon, préférant ses proches, ses chiens, ses cours de voile, son bateau avec lequel il allait de Tunisie jusqu'en Grèce.


Et puis, il y avait quand même eu deux nouveaux livres, des essais - "D'écrire, j'arrête", c'était pour la fiction, précisait alors Alain en riant de son bon rire, "Dieu est une fiction" (Serge Safran, 2014) et "Journal du non-écrire" (Editions Tarabuste, 2014).


Pourtant, Alain Nadaud était un écrivain majeur. Un génie méconnu qui était passé à l'émission "Apostrophes" de Bernard Pivot en 1984 pour son premier roman. Il se rappelle de ce moment à ma suggestion.

"Apostrophes", c'était pour moi le sentiment de jouer mon va-tout. Une émission dont, dans mon rêve de devenir écrivain, je m'efforçais de ne manquer aucun numéro. J’y suis passé pour mon premier roman, "Archéologie du zéro" (1984), refusé par douze éditeurs – dont je reconnaissais les têtes dans l'assistance, ayant accompagné les autres auteurs présents sur le plateau. Un fort goût de revanche donc! Le sentiment de tomber dans le vide quand j'aperçois Pivot classer ses fiches: il va me faire passer en premier! Une concentration maximale au moment de répondre, légèrement penché en avant sur les accoudoirs et non pas à la renverse sur son dossier, comme me l'avait recommandé Sollers, mon éditeur. Je suis incapable à présent de me rappeler ce que j'ai dit, mais c'était gagné. Ça avait été court mais bon. Le lendemain, les ventes, qui étaient déjà excellentes, avaient doublé. J'ai publié dix romans ensuite, Bernard Pivot ne m'a plus jamais invité.

L'an dernier, il avait beaucoup travaillé aussi, en compagnie de son épouse, l'artiste tunisienne Sadika Keskes, sur le centenaire du voyage du peintre Paul Klee en Tunisie. On peut écouter ici le "Carnet nomade" que Colette Fellous avait enregistré à cette occasion.

Alain Nadaud était aussi pour moi un ami, tout comme Sadika, son épouse. Son regard, son écoute, sa gentillesse et ses savoirs. Je l'ai rencontré tard, quand il a publié "Le Passage du col" (Albin Michel, 2009). Mais le courant est tout de suite passé et on s'est revu plusieurs fois en France ou en Tunisie.

Un roman dont il a eu l'idée dans un autobus. "Un jour où j'étais à Paris, Fadhel Jaziri, un réalisateur tunisien ("Thalathoun"), m'a demandé de jouer dans un film pour lui, tout de suite. J'ai sauté dans un car Air-France pour l'aéroport. Et là, tout d'un coup, le livre m'est arrivé en entier, avec sa structure, l'histoire des rêves, des vies antérieures. Je n'ai eu qu'à suivre le fil. En général, j'écris mes livres facilement, avec peu de documentation. Même si ça a l'air érudit, j'invente beaucoup. Je trouve vite l'esprit de l'époque, les personnages et la langue. Pour "Une aventure sentimentale", qui se passe au XVIIe siècle, je me suis spontanément mis à écrire dans une langue proche de celle du XVIIe. Cela m'amène à dire que la question des vies antérieures vient de ce que certains livres, comme celui-ci, me sont donnés d'un coup, sans que j'y réfléchisse, au point de me demander: si j'ai une telle facilité, n'est-ce pas parce que je ne fais que me ressouvenir d'existences que j'aurais vécues et que je mettrais en scène dans mes romans? C'est un jeu. Evidemment, je n'y crois pas, mais je trouvais que, du point de vue de la fiction, c'était un bon argument."

"Le passage du col" met en scène un écrivain qui entre au Tibet et se trouve bloqué à la frontière par une avalanche qui coupe la route au véhicule d’Himalaya Tours où il a pris place; des militaires chinois veulent renvoyer les voyageurs au Népal. L'écrivain rencontre là deux lamas qui lui proposent l'hospitalité dans leur monastère à condition qu'il fuie en secret avec eux, la nuit suivante.

Le titre est une expression à double sens, fidèle au style de l’auteur. Car si on pense logiquement aux nombreux cols à franchir dans ces contrées – et l’écrivain-narrateur en fera la rude expérience pendant son éprouvante marche à pied dans la montagne avant de trouver l'abri promis –, on comprend plus loin dans le livre que l'auteur faisait déjà subtilement l'annonce d'un autre sens des mêmes mots, celui qu'impose une naissance, ici celle d'un écrivain, sujet omniprésent dans le récit.

Car lors de ses nuits en haute altitude, l'écrivain narrateur fait des rêves étranges et familiers. Il est successivement pêcheur à Délos, légionnaire romain, moine copiste, peintre d'icônes, secrétaire d'un duc, archéologue, qui ont tous voulu écrire et qui tous lui ressemblent… Il est d'autant plus troublé qu'un des lamas qu'il côtoie lui a révélé que les rêves sont parfois le souvenir d'expériences vécues lors de vies antérieures.

A partir de là, Alain Nadaud a composé un roman prenant, bien dans la ligne de sa manière expérimentée depuis "Archéologie du zéro", complètement atypique lors de sa parution en 1984 chez Denoël – un titre pour lequel il avait essuyé douze refus. Abordant aussi bien les mystères du bouddhisme que les interrogations par rapport à l'acte d'écrire, à la force de la fiction et à la puissance des mots, il mêle le vrai et le faux, le réel et le vraisemblable. Son jeu superbe sur les trompe-l'œil et les mises en abyme nous emmène loin dans le monde et dans le temps, en des terres hautement romanesques. Nadaud raconte tellement bien qu'on ne se méfie de rien, jusqu'à la fin ramenant l’écrivain chez les soldats chinois.

"Le passage du col" peut se lire comme un formidable roman d'aventures, sur les traces du narrateur recueilli par les lamas tibétains, persécutés par la police militaire chinoise, et qui décrypte ses rêves étranges avec leur aide. Mais il peut aussi s'appréhender comme un opus vertigineux sur l'écriture et sa force, éclairant également les romans précédents de l'écrivain.

Parmi ses romans précédents

"Archéologie du zéro"
Denoël, 1984, Folio

Dès ce premier roman, Alain Nadaud opte pour ce romanesque singulier, savant et ludique. Il fait ici état de la découverte d’une nécropole à Alexandrie d’où sont exhumés des documents prouvant l'existence de la secte des Adorateurs du Zéro.




"Le livre des malédictions" 
Grasset, 1995

L'enquête d'un détective privé, une brève histoire d’amour ou de désir, des décors exotiques pour un roman policier et métaphysique.

"Aux portes des enfers"
Actes Sud, 2004

Une enquête géographique, littéraire, historique et légendaire sur les endroits qui, dans l'Antiquité, donnaient accès aux Enfers


"Le vacillement du monde"
Actes Sud, 2006

La vie, peu connue, du moine Louis Legrand, mais à la manière Nadaud





Sans oublier un des derniers

"La plage des demoiselles"
Léo Scheer, 2010

Un récit fouillé et captivant où l'écrivain remonte à sa jeunesse et tente d'identifier le moment où il a décidé de devenir écrivain.
On le découvre adolescent, moniteur parti en colonie de vacances avec son cahier où écrire et découvrant le sexe féminin. On le suit à Nanterre, en plein Mai 68, durant ses études de lettres, toujours captivé par les femmes.
Tout au long de ce livre dense, souvent surprenant, on verra comment femmes et littérature sont liées chez lui. Sa petite machine à écrire Java Script lui sert aussi à taper des lettres d’amour, dont certaines naissent plus pour écrire que pour dire l’amour.
L'âge adulte le mène encore en Mauritanie et en Irak avant qu'il ne revienne à Paris. En filigrane, un écrivain admet peu à peu qu'il n'a pas à choisir d'écrire ou pas. Alain Nadaud est né écrivain et Roland Barthes le lui confirmera à ses tout débuts. 

Un livre qui est aussi l'histoire de sa vie.

Alain Nadaud est en effet né à Paris en 1948. Après des études de lettres à Nanterre en 1967, et avoir exercé différents métiers, il part enseigner la littérature à l'étranger pour des séjours de deux ans (à Nouakchott en Mauritanie, puis à Bassora en Irak). Son doctorat en poche, il repart pour deux ans, en tant que conseiller pédagogique pour l’enseignement du français au Kwara State (Nigéria).

De retour à Paris, il enseigne la philosophie jusqu'en 1985. Après la publication d'"Archéologie du zéro", il entre comme conseiller littéraire aux éditions Denoël, où il a en charge le service des manuscrits. Après un passage chez Ramsay, il entre chez Balland, puis chez Belfond. Il collabore dans le même temps à de nombreuses revues, avant de fonder et de diriger "Quai Voltaire, revue littéraire".

La crise et les regroupements qui surviennent dans l'édition l'incitent à prendre du champ. Nommé directeur du Bureau du livre au Service culturel de l’ambassade de France en Tunisie en 1994, il part ensuite comme attaché culturel au Consulat général de France à Québec. Mais depuis 2002, Alain Nadaud revient en Tunisie tout en se ménageant de nombreux voyages.

Ce soir, je présente mes condoléances à son épouse Sadika, à ses trois filles, à ses petits-enfants et à ses deux belles-filles.




Le fin regard de Monique Martin sur Bruxelles


Vous aimez l’œuvre de Monique Martin (1928-2000), alias Gabrielle Vincent, la créatrice de la magnifique collection d'albums pour enfants "Ernest et Célestine" (Duculot puis Casterman puis Flammarion puis Gallimard même si les noms des dernières maisons originales sont respectés en couverture)?

Grand Place. (c) Fondation Monique Martin.


Précipitez-vous au Musée de la Ville de Bruxelles, installé dans la Maison du Roi à la Grand-Place, et découvrez la superbe exposition "Bruxelles par Monique Martin" (jusqu'au dimanche 27 septembre, de 10 à 17 heures sauf le lundi). C'est au deuxième étage sans ascenseur mais l'effort est récompensé. On trouve dans l'immense pièce néogothique une formidable sélection d’œuvres originales de Monique Martin, en rapport avec la ville de Bruxelles où elle a toujours vécu et qu'elle a croquée avec finesse, humanité et talent. C'est une occasion d'autant plus exceptionnelle que l'artiste a finalement assez peu exposé de son vivant. Ce n'est pas pour cela qu'elle n'a pas dessiné ou peint! A son décès, elle laissait un patrimoine de plus de dix mille dessins et peintures, la plupart inédits.

Le petit Ange à Bruxelles. (c) Fondation Monique Martin.
La salle du musée est partagée en plusieurs espaces thématiques bien conçus et largement alimentés en œuvres. On peut ainsi admirer de nombreux dessins craquants comme tout du "Petit ange à Bruxelles" (Blanchart, 1970), le premier album de Monique Martin.
Il est trop réussi ce petit ange en noir et blanc avec ses attitudes et ses mimiques saisies aux quatre coins de la capitale.
Il est né à la Noël 1966, lors d'un voyage en car vers Paris de Monique Martin. Pour passer le temps, la jeune femme a imaginé cet angelot rebelle qui décide de descendre sur terre et de rassembler tous les enfants "de pierre et de bronze", dont le Manneken Pis, pour chanter des cantiques.

Plus loin dans l'exposition, on peut admirer des vues de plusieurs quartiers de Bruxelles, des Marolles à l'Abbaye de la Cambre en passant par d'autres lieux en face desquels figurent des cartes postales qui ont inspiré Monique Martin. Partout, que ce soit en noir et blanc ou en couleurs, on comprend le génie de l'artiste, sa sensibilité à l'humain et à la beauté.

Rentrée judiciaire. (c) Fondation Monique Martin

Des scènes saisies au Palais de Justice figurent évidemment dans cette exposition bruxelloise. Monique Martin a été une habituée du Mammouth de Poelaert pendant plus de vingt ans, croquant juges, avocats, prévenus, policiers... de toutes les salles où elle pouvait entrer et s'asseoir. Avec une attention toute particulière pour les mains de tous ceux qui étaient en rapport avec la Justice. Un album était né de tous ces dessins, "Au palais".

On peut aussi voir quelques portraits splendides, des Bruxellois et Joseph de Smedt, dit Jos de Smedt, qui fut le mentor de l'artiste.

Ernest et Célestine vont pique-niquer. (c) Fondation Monique Martin.
Et bien entendu sont aussi exposées aux cimaises et dans les vitrines des aquarelles venant de ses livres, "Ernest et Célestine" bien sûr et d'autres aussi, parfois des dessins non publiés. Le tout est fort agréablement mis en scène dans une scénographie qui utilise aussi des objets ayant appartenu à Monique Martin. On voit notamment une table de travail et des notes de sa belle et grande écriture ronde.

Boîte d'aquarelles de Monique Martin.

C'est une exposition de toute beauté qui nous est proposée. Le résultat appréciable d'une année complète de travail de la Fondation Monique Martin, créée en 2012, par Benoît Attout, le filleul, neveu et ayant droit de l'artiste, et portée aussi par la fille de ce dernier, Emeline Attout. Le but de cette fondation d'utilité publique est simple: "Préserver l'ensemble des œuvres de Monique Martin et  mieux la faire connaître au public en tant qu’illustratrice et en tant qu'artiste-peintre." 

Informations et programme d'animations de l'exposition au Musée ici.

* *
*

Le cœur et les yeux pleins de toute cette beauté, on descend les escaliers de la majestueuse Maison du Roi. Sur la Grand Place, on tourne à droite, puis à gauche. On se retrouve à l'Espace Wallonie de Bruxelles, 25-27 rue du Marché aux Herbes, dont la vitrine frappe le regard. Mais oui, c'est, en vrai, la cuisine qui apparaît dans les albums d'"Ernest et Célestine": fourneau à l'ancienne, etc. Comme un apéritif à la deuxième exposition autour de Monique Martin - Gabrielle Vincent qui se tient à Bruxelles jusqu'au dimanche 27 septembre (entrée libre, fermée le dimanche sauf le dernier, renseignements ici).

Ernest et Célestine, une chanson. (c) F. M. Martin/Casterman.
Installée dans un lieu extrêmement lumineux, on admet volontiers que l'exposition "Ernest et Célestine, quand les livres s'animent" ne présente que quelques originaux. "Ils ont déjà été beaucoup exposés", avance Emeline Attout, de la Fondation Monique Martin, "et souffrent de la lumière". Ce sont donc essentiellement des reproductions des dessins originaux qui sont montrées au public. Celui-ci peut aussi voir sous vitrine une belle série de livres de Gabrielle Vincent, le pseudonyme de Monique Martin, ainsi que les traductions de ses albums à l'étranger. Des produits dérivés aussi, dont une peluche Jacadi qui vient de sortir et fait la fierté de la commissaire.

Des espaces enfants sont prévus, scénographiés pour qu'ils puissent jouer, dessiner, se déguiser.

Mais aux cimaises? Aux cimaises, une cinquantaine de reproductions de planches issues de différents albums pour montrer combien le film "Ernest et Célestine", sorti en 2012 et disponible en DVD, est inspiré par les livres de Gabrielle Vincent. Si Daniel Pennac, nous dit-on, a créé un scénario original, imaginant même un antagonisme entre les ours et les souris, une guerre entre le monde d'en haut et le monde d'en bas, c'était pour tenir la durée d'un long-métrage. Mais il a néanmoins fait de nombreux clins d’œil à l'auteure dans son scénario et l'expo veut les montrer.

In "La naissance de Célestine". (c) Fondation Monique Martin, Casterman.


Une image du film "Ernest et Célestine". (c) Les armateurs

Cela, on l'avait bien vu dans les décors du dessin animé. Pièce à vivre, cuisine, grenier, lit, etc., même certains extérieurs, étaient clairement inspirés de l'univers de Gabrielle Vincent. C'était même la seule chose à garder dans le film, selon moi. Alors pourquoi cette exposition justification? Montrant face à face une scène du film et une planche d'album? Le film a été un vrai succès en Belgique, en France et au Canada. Qui ne l'a pas aimé, à part moi?

L'ouverture de cette exposition a aussi été l'occasion d'apprendre, non pas qu'il y aurait un film "Ernest et Célestine 2", trop attendu, mais une série télé "Ernest et Célestine" de 26 épisodes de 13 minutes, baptisée "collection" car respectant davantage l'esprit des albums. Des contes du quotidien, annonce-t-on, au budget de 4,2 millions d'euros dont 90 % sont déjà financés et 25 préventes déjà signées (sur un test de 40 secondes). Sa sortie est prévue pour la fin de l'année 2016. Daniel Pennac ne participera pas à ce nouveau projet, mais on y retrouvera le producteur Didier Brunner ainsi que Stéphane Aubier et Vincent Patar, aux story-boards cette fois. Se joindront à eux Jean Regnaud pour le scénario tandis que la réalisation sera confiée à Jean-Christophe Roget et Julien Chheng. Espérons que la douceur et la tendresse des livres soient rendus dans cette nouvelle déclinaison audio-visuelle de l’œuvre de Gabrielle Vincent. 



 

Les débuts de "Ernest et Célestine, la collection". (c) 2015 Folivari et Mélusine Prod.


Informations et programme d'animations de l'exposition à l'Espace Wallonie ici.

Voilà ce que j'écrivais en octobre 2012 à propos du livre de Daniel Pennac:
"Il y a douze ans s’éteignait la merveilleuse Gabrielle Vincent, peintre, auteure et illustratrice belge, créatrice de la superbe série "Ernest et Célestine" (Duculot puis Casterman). Des albums pour enfants d'une qualité rare et d'une acuité extrême aux émotions humaines. Des milliers d’enfants se sont reconnus dans les histoires du gros ours et de la petite souris. Des milliers d'adultes aussi. Tout était juste dans ces 25 albums, régulièrement réimprimés.
En fin d'année arrivera au cinéma le dessin animé d'"Ernest et Célestine", une idée que Gabrielle Vincent vivante avait toujours refusée. Est déjà sorti en librairie "Le roman d’Ernest et Célestine", de Daniel Pennac, aussi scénariste du film (Gallimard Jeunesse/Flammarion, 200 p., 14,50 euros), destiné aux 8-10 ans.
Pauvres enfants, pauvre Gabrielle Vincent! On n'y retrouve rien de l'univers qu'elle avait créé. Ernest y est un vrai ours, avec des soucis d'ours. Pareil pour Célestine qui n'a que des préoccupations de souris. Le texte est lourd, répétitif, faussement complice avec le lecteur. On y parle d'opposition entre mondes d'en haut et d'en bas, de dentiste, de police, de prison. Les héros homonymes ne sont que des animaux alors qu'Ernest et Célestine étaient si humains. Quelle déception, à l'exception du dernier chapitre où Pennac partage son amitié avec Gabrielle Vincent!"
Quant au film, je ne fus pas autorisée à le critiquer. Juste à le présenter à une classe de cinquième primaire.
"C'est ce mercredi que sort au cinéma le film "Ernest et Célestine". Au départ, c'étaient de très beaux livres pour enfants, écrits et dessinés par une Belge, Gabrielle Vincent (1928-2000). On y retrouvait toujours un gros ours, Ernest, et une toute petite souris, Célestine. Les vingt-cinq albums parus racontaient leur vie de tous les jours, avec ses joies et ses chagrins.
"Ernest et Célestine", c'est aussi aujourd’hui un film. Un dessin animé réalisé par deux autres Belges, Vincent Patar et Stéphane Aubier. Ce sont eux qui avaient déjà fait le dessin animé "Panique au village" et les épisodes de "Pic Pic André". Ils ont été appelés par le réalisateur français du film, Benjamin Renner.
L'ours et la souris de papier deviennent donc des personnages qui bougent dans le film. L'histoire a été inventée par un écrivain français, Daniel Pennac. Il a imaginé ce qui se passait avant que ne sorte le premier livre de la série, la « préquelle », en termes techniques.
On découvre dans le dessin animé qu’Ernest et Célestine vivaient chacun dans leur univers respectif avant de se rencontrer. Il y a un monde d'en haut, celui des ours, et un monde d'en bas, celui des souris. A ce moment-là, les souris et les ours se détestaient. Ils pouvaient même être en guerre les uns contre les autres.
Mais Ernest et Célestine n'ont pas été d'accord de suivre les ordres de leur espèce. Ils ont voulu être indépendants, être libres, ne pas se fier aux préjugés. Pourquoi un ours et une souris ne pourraient-ils pas être amis? Ils ont fini par l’être. Ils ont été unis contre le monde cruel qui les entourait.
Le film a été fait pour les enfants à partir de quatre ans. Mais les grands de dix, onze, douze ans et même leurs parents, pourront le voir sans se sentir « petits »."

Bon, on verra bien pour la série et souhaitons le meilleur.
Aujourd'hui, nous avons à notre disposition ces deux expositions bruxelloises montées par la Fondation Monique Martin.

Sans oublier l'ensemble des livres signés Monique Martin ou Gabrielle Vincent