Nombre total de pages vues

mercredi 23 novembre 2016

Les titres en lice pour les Pépites des moyens


Cette année, les Pépites du Salon du livre et de la presse jeunesse (SLPJ) font peau neuve. Désormais on mélange les genres des trente-six titres retenus et on les répartit en trois tranches d'âge, "petits", "moyens" et "grands".
Un jury professionnel et un jury de lecteurs "France Télévisions" (partenaire du prix) choisiront trois titres par catégorie d'âge. En supplément, une Pépite d'or, Pépite des Pépites, couronnera le livre jeunesse de l'année.


Verdict le mercredi 30 novembre à 13 heures, le premier jour du Salon.

En attendant, reprenons la liste que j'avais publiée ici dans le nouvel agencement, par catégorie d'âge et ordre alphabétique des titres. Avec mon avis, pour peu que le livre me soit parvenu et que j'aie eu le temps de le lire.

Les titres en lice pour les Pépites des petits, à lire ici.

Les titres en lice pour les Pépites des grands, à lire ici.


Moyens (autour de 8, 11…)


"Anatomia"
Jack Guichard
Sarah Tavernier
Alexandre Verhille
Milan

(documentaire)

Le corps humain est comparé à une ville, avec son réseau de transports, ses buildings en construction, ses remparts… Il est donc représenté comme un plan de ville. En voici le sommaire: la structure de l'immeuble (squelette, os, croissance), le chantier de construction (articulations, muscles et mouvements), le grand restaurant (digestion), la grande VMC (respiration), les transports urbains (le réseau = circuit sanguin), le PC circulation (le centre de régulation du trafic = cœur), le trajet d’un wagon-citerne (suivi du trajet de l’eau), la "Silicon Valley" (cerveau), le réseau Internet (transmission et flux d’informations), les salles de spectacle (audition et équilibre), le cinéma (vision), le train de nuit (le sommeil et ses différentes phases), les remparts de la cité (peau), le commissariat et la caserne (maladies, soins et prévention), l'atelier de réparation/le garage et les accidents de la route (soins et traumatismes), la fabrique (maternité: elle et lui, transmettre la vie), le grand magasin (génétique), le musée des Horreurs (tout ce qui dégoûte). Une façon immédiate et extrêmement visuelle d'expliquer le corps humain.


"Buffalo Belle"
Olivier Douzou
Rouergue

(album)

L'album commence par la phrase "Quand il devient elle/ quand elle devient il", avertissement discret du jeu sur les mots auquel il va nous convier. On entend alors l'histoire de celle qu'on appelle Annabil alors qu'elle se sent Buffalo Belle. A la première personne et soutenue par d'admirables portraits d'elle à différents âges, elle nous raconte que petite, elle aimait les fuselles, qu'elle était cow-boy. Pas de problèmes à cet âge: "Tout le monde trouve ça gentelle/ un jeu puérelle, un simple babelle/ pas de quoi se faire de belle". Annabil pouvait envoyer "à la poubil la vaissil de dînette". Elle grandit, toujours il dans sa tête: "Il est-il elle?" Les portraits androgynes accompagnent toujours les phrases, les mots qui font réfléchir, sourire aussi. Jusqu'au jour où "Elle ou il/ ce n'est plus désormais un détail futelle". Jusqu'à la fin, Olivier Douzou accompagne cette enfant en recherche de son identité sexuelle. Un album tout en finesse, dense et d'une éperdue liberté, comme son personnage qui déclare en finale "Je suis ce que je suis/ je serai ce que je veux". Le "il" ou le "elle" ont donné le "je", ce "je" qui est à écouter quand il cherche à se faire entendre.

La genèse du livre se trouve dans la fabrique, où Olivier Douzou se confie comme jamais.


"Les Chroniques d'Hurluberland"
Olivier Ka
Rouergue

(roman 8-12)

Hurluberland n'est pas une ville comme les autres. Il s'y passe toujours des choses incroyables: des chanteuses y font pousser les fleurs, une couturière y pleure des diamants, un pêcheur y découvre une île minuscule. Ce recueil d'histoires nous fait découvrir les étonnantes aventures des habitants d'Hurluberland.


"Dans la forêt sombre et mystérieuse"
Winshluss
Gallimard BD

(BD)







"De la préhistoire à aujourd'hui: l'Histoire du Monde en 400 pictos"
Anne Jonas
Michaël Leblond
De La Martinière Jeunesse

(documentaire)

Un ouvrage élégant qui donne à voir de façon panoramique l'histoire du monde de ses origines à nos jours. De plus, il associe à chaque événement marquant dans les secteurs de la politique, du mode de vie, de l'alimentation, des inventions,.. un symbole visuel, un pictogramme, un picto. Le temps est découpé en cinquante sujets posant  une question, invention de l'écriture, sacre de Charlemagne, premier pas sur la Lune... Les repères posés dans un texte d'intro sont complétés de huit pictos en moyenne par sujet, légendés. Super idée, car ces symboles visuels en deux couleurs parviennent drôlement bien à synthétiser les sujets et à les fixer dans la rétine.


"Le diable de monsieur Wai"
Jean-François Chabas
l'école des loisirs

(roman 8-12)

Quelque part en Asie, deux frères, Kin et Jen, sont confiés par leurs parents trop pauvres pour les nourrir à monsieur Wai. On se doute que si ce dernier a promis de les employer comme domestiques et de les instruire, c'est une situation bien pire qui les attend. Colérique, terrorisé par un diable qu'il voit partout, le commerçant terrifie les deux garçons. Solidaires et inventifs, confiants en eux-mêmes grâce à l'éducation qu'ils ont reçue de leurs parents, Kin et Jen parviendront toutefois à s'en sortir. C'est sous forme d'un long flash-back que leur histoire nous est contée.


"Egyptomania"
Emma Giuliani (illustrations)
Carole Saturno (textes)
Les Grandes Personnes

(documentaire)

L'Egypte ancienne fascine. La voici désormais accessible aux plus jeunes. Ce documentaire animé (rabats, dépliants, etc.), superbement mis en pages, en textes vivants et en images en aplats, aborde les aspects principaux de cette civilisation: Le Nil et ses saisons, Vivre à l'égyptienne, Pharaon, Le temps et les dieux, Embaumement, Tombeaux, Pesée du cœur. Partout, on retrouve les formes de l'Egypte ancienne que l'on connaît mais portées par le style graphique très personnel, tout en sobriété, de l'illustratrice. Les pages très animées de rabats et de volets chaque fois adaptés au sujet rivalisent d'ingéniosité pour célébrer leur sujet. Les propos sont simples mais non simplistes, accessibles aux plus jeunes.


"Georgia: tous mes rêves chantent"
Timothée de Fombelle (texte)
Benjamin Chaud (illustrations)
Cécile De France (voix)
Arnaud Thorette (direction artistique)
Johan Farjot (direction musicale)
Alain Chamfort, Émily Loizeau, Albin de la Simone et al. (musique)
Gallimard Jeunesse Musique
Contraste productions

(livre audio)

A feuilleter ici.

Une heure de belle écoute pour découvrir l'histoire passée de Georgia, star de la chanson. Une heure qui passe vite grâce à la combinaison du texte, à lire et à écouter, des chansons interprétées par divers artistes et des illustrations. Comme si une comédie musicale se mettait en place. On découvre avec intérêt cette histoire d'enfants d'hier et d'aujourd'hui, Georgia et Sam, qui se rencontrent à cause d'un violon entendu à travers un mur. Les époques se mélangent mais on suit sans peine les différents épisodes de la vie de la chanteuse jeune et de ses rêves qui chantent, ces derniers étant personnalisés sous forme de personnages mi-animaux, mi-peluches qu'on a hâte de retrouver en page suivante.


"Mickey's craziest adventures"
Lewis Trondheim
Keramidas
Glénat

(BD)



"Le mystère des Nigmes"
Claude Ponti
l'école des loisirs

(album)

lire ici





"Tu t'appelles qui?"
Claudine Galea (texte)
Françoise Pétrovitch (illustrations)
Thierry Magnier

(album)

Ce grand format poétique, à l'ambiance énigmatique, met en scène un enfant qui n'a pas de nom. Il n'a pas de nom parce qu'il est seul, que personne ne lui en a jamais donné. Il se débrouille bien dans cette nature mais sa non-identité le ronge. Il décide de partir. Il interroge ceux qu'il croise en chemin, la pierre, l'oiseau, l'arbre, l'écureuil, le lac. Chacun lui propose une possibilité de nom qu'il refuse chaque fois pour une bonne raison. Jusqu'au moment où il rencontre une petite fille, pas si différente de lui finalement, prête à partager son pain et son chocolat et à l'écouter. A trouver une solution à ce problème de nom aussi. Et à partir avec lui.


"La Véritable Histoire de l'Apprenti Sorcier"
Jean-Pierre Kerloc'h (texte)
Rémi Saillard (illustrations)
Natalie Dessay (voix)
Paul Dukas, Modest Moussorgski, Camille Saint-Saëns et al. (musique)
 Didier Jeunesse

(livre audio)


Les titres en lice pour les Pépites des petits


Cette année, les Pépites du Salon du livre et de la presse jeunesse (SLPJ) font peau neuve. Désormais on mélange les genres des trente-six titres retenus et on les répartit en trois tranches d'âge, "petits", "moyens" et "grands".
Un jury professionnel et un jury de lecteurs "France Télévisions" (partenaire du prix) choisiront trois titres par catégorie d'âge. En supplément, une Pépite d'or, Pépite des Pépites, couronnera le livre jeunesse de l'année.


Verdict le mercredi 30 novembre à 13 heures, le premier jour du Salon.

En attendant, reprenons la liste que j'avais publiée ici dans le nouvel agencement, par catégorie d'âge et ordre alphabétique des titres. Avec mon avis, pour peu que le livre me soit parvenu et que j'aie eu le temps de le lire.

Petits (jusqu'à 6, 8…)


"1.2.3… Partez!
Les exploits sportifs des animaux"
Pascale Hédelin
Amélie Falière
De La Martinière Jeunesse

(première lecture)

Un documentaire spectaculaire et ludique qui mesure les performances du monde animal. De diverses origines, les animaux athlètes, sauvages et domestiques, s'affrontent dans toutes les disciplines, saut, course, natation, gymnastique, escalade, haltérophilie... Si certaines données sont connues, le saut du puma, la course de l'autruche africaine, d'autres surprennent. Comme cette pieuvre qui entre dans un trou de 8 centimètres ou cet escargot qui escalade les pentes les plus raides grâce à sa bave super-collante.


"Bientôt"
Henri Meunier
Rouergue

(petite enfance)

Des images dépouillées en aplats de couleurs vives pour envisager le lendemain, ou l'avenir, de manière positive, en imaginant plusieurs possibles. Même sans savoir ce que sera demain. Après la pluie? Après la chenille? Après la nuit? Un album ludique sur l'inconnu, jalonné par quelques repères confortables et réservant son lot de surprises.


"Björn, six histoires d'ours"
Delphine Perret
Les Fourmis Rouges

(première lecture)

lire ici





"Broutille"
 Anne Herbauts
Casterman

(album)

lire ici, en fin de note





"Derrière la brume"
Ramona Bădescu
Amélie Jackowski
Albin Michel Jeunesse

(première lecture)

lire ici




"Le Facteur de l'espace"
Guillaume Perreault
La Pastèque

(première lecture)








"Krol le fou"
Sigrid Baffert
Aurore Callias (illustrations)
l'école des loisirs

(première lecture)

Petit garçon solitaire, trop "lent" pour ses camarades de classe, Edgar aime s'asseoir sur un banc après l'école, seul, face à la mer, et observer les oiseaux avec ses jumelles. Un jour, un oiseau qui parle vient se poser près de lui. C'est Krol, un fou de Bassan qui aime lui aussi le calme, rester à l'écart du groupe. Edgar et Krol discutent ensemble, apprennent à se connaître. Un jour, le fou demande un service au garçon, lui écrire une lettre. Une lettre de recommandation car Krol désire se trouver un travail, comme les humains. Cela étonne drôlement Edgar qui aimerait tant savoir voler, voltiger et plonger comme les fous de Bassan…

Et en vidéo, ici.





"Marcel le Père Noël
(et le petit livreur de pizza)"
Merlot (texte)
Les sœurs Chevalme (illustrations)
Réda Kateb (voix)
Cedryck Santens (musique)
LittleVillage

(livre audio)



"La Petite Trouille"
Édouard Manceau (texte
& illustrations)
Alexis HK (voix & chant)
Benjamins media

(livre audio)






"La ronde"
Louise-Marie Cumont
MeMo

(petite enfance)

Un grand format paisible en doubles pages où s'incruste un bestiaire provenant d'anciennes pièces de tissu brodées par des femmes bengalies, les kanthas, que l'auteure a découvertes et collectées à Delhi. Une histoire éloquente même si elle est muette où un enfant ouvre un à un ses dix doigts, comme pour compter les animaux qui apparaissent sur la page et avec lesquels il se prête à différents jeux et contorsions qui les conduisent à former tous ensemble une ronde. Le titre prend alors son sens. Un album simple et beau.


"Le Ruban"
Adrien Parlange
Albin Michel Jeunesse

(album)

Un petit format cartonné, un peu plus grand qu'un livre de poche, dont toutes les doubles pages, d'une sobriété graphique exemplaire, sont composées à partir du ruban jaune qui s'en échappe comme un signet inversé. Il en a des raisons d'être ce ruban, utilisé ici pour retenir un ballon, là pour figurer une boisson ou un repas, qui est ici un appât à poisson, permet là une évasion... Et ce n'est pas tout. Fantaisie et imagination s'allient pour célébrer cet insolite sujet, queue de comète ou de souris, attache de cerf-volant, langue de serpent, lacet défait et encore plein d'autres idées, charmantes ou surprenantes. Du grand art.


"Sur la route"
Céline Delabre
Esperluète

(petite enfance)

La petite voiture rouge, la longue route grise, une destination lointaine, le voyage vers la mer commence tôt matin. Mais pour le jeune passager, la route paraît interminable. Heureusement, il y a mille choses à observer de part et d'autre du ruban de macadam, prés, champs... C'est tout cela que l'auteure-illustratrice nous donne joliment à voir, une fois le village laissé dans le rétroviseur. Autoroutes, grands axes, routes en lacets, ponts, tunnels, viaducs... quelle équipée! Mais le bonheur sera au rendez-vous. Le voyage se double d'une exploration des sensations liées au dessin et à la couleur de ces superbes gravures stylisées découpées.



Les titres en lice pour les Pépites des moyens, à lire ici.

Les titres en lice pour les Pépites des grands, à lire ici.









mardi 22 novembre 2016

Le legs à ses filles de l'immense Maya Angelou

Maya Angelou.

Comme elle nous manque, Maya Angelou, l'immense poétesse américaine aimée par Barack Obama, décédée le 28 mai 2014 à l'âge de 86 ans, chez elle, à Winston-Salem (Caroline du Nord). Née dans le Missouri  le 4 avril 1928 mais ayant passé son enfance et sa jeunesse entre l'Arkansas et la Californie, l'écrivaine, de son vrai nom Marguerite Johnson, était aussi une importante figure de la cause noire, en Amérique comme en Afrique. Elle a milité avec Malcolm X et avec Martin Luther King. Qu'aurait-elle dit aujourd'hui devant la marche du monde?

2013, Literarian award.
Mais l'oiseau s'est envolé et nous devons nous contenter de réécouter sa voix, de plonger dans ses livres, de nous nourrir ainsi de son énergie sans faille et de sa force communicative. N'a-t-elle pas reçu en 2013, en tant que militante des droits civiques américains, le prestigieux Literarian Award, décerné par le National Book Award pour "services exceptionnels rendus à la communauté littéraire américaine" (lire ici)?

2011, Médaille de la liberté.
Jusqu'à la fin de sa vie, Maya Angelou aura parcouru le monde pour monter sur scène, lire, parler, chanter et enseigner. Toute sa vie, elle a écrit aussi, de la poésie, du théâtre, des scénarios, des livres pour la jeunesse, des essais, des autobiographies - qui nous parviennent peu à peu en traduction française. Elle était devenue une institution nationale aux U.S.A. Ses livres figurent au programme des écoles américaines, au grand dam des conservateurs. Du temps où Barack Obama nous informait de ses lectures, elle y figurait en bonne place. Comme le président avait raison! Le 15 février 2011, il lui avait remis la prestigieuse médaille de la Liberté! Se souvient-on par ailleurs que Bill Clinton l'avait invitée à lire un de ses poèmes, "On the pulse of morning", lors de son investiture en janvier 1993?


Pour retrouver Maya Angelou, on plongera avec délices dans le magnifique "Lettre à ma fille" ("Letter to my daughter", traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne-Emmanuelle Robicquet, Editions Noir sur Blanc/Notabilia, 140 pages). Dédié à la fille qu'elle n'a jamais eue - elle n'a eu qu'un fils, Guy -, ce livre paru aux Etats-Unis en 2009 est à la fois une autobiographie et un livre de mémoires. Il se compose de vingt-neuf textes bouleversants, autant de souvenirs d'événements qui ont marqué sa vie.

Il est préfacé par Dinaw Mengestu, écrivain américain d'origine éthiopienne, né un-demi-siècle après Maya Angelou. Il nous livre un beau témoignage de jeune qui a grandi dans "la banlieue racialement divisée de Chicago dans les années 1980" et qui, bien avant de la lire, avait perçu "le rôle complexe et diffus qu'elle  jouait dans la vie culturelle et littéraire américaine, jusque dans le paysage moral et politique du pays".

Il poursuit: "Avec le recul, on comprend mieux comment l'œuvre de Maya Angelou, qui n'a jamais cédé sur son engagement militant, sans rien cacher des traumatismes physiques et psychologiques subis par la femme afro-américaine, compte parmi les plus importantes sur la scène littéraire aujourd'hui élargie".

Avec ses courts billets, "Lettre à ma fille" montre combien Maya Angelou a eu besoin de persévérance pour tenir et avancer. La "Lettre" elle-même qui ouvre le livre, est particulièrement touchante. Une dame âgée choisit de raconter ce qu'elle a osé tenter, en tremblant parfois. On verra donc une enfant grandir. On lira des histoires drôles et des histoires graves. On découvrira quelqu'un qui endosse ses responsabilités, qui déploie à l'autre le chemin des possibles. La "Lettre" se termine ainsi:
"J'ai donné naissance à un seul enfant, un garçon, mais j'ai des milliers de filles. Des Noires, Blanches, juives, musulmanes, Asiatiques, latinas, Indiennes d'Amérique, Aléoutes. Qu'elles soient obèses, maigres, jolies, ordinaires, homos, hétéros, éduquées, illettrées, je m'adresse à elles toutes. Ceci est mon legs."
Maya Angelou raconte alors des éléments de sa vie, à la première personne. Son enfance, ses difficultés, ses drames, ses joies, tout cela d'un ton léger qui ne s'appesantit pas sur les nombreux malheurs qui lui sont arrivés. En même temps, toujours cette confiance que lui a manifestée son entourage et qu'elle a transmise elle-même à ses proches. Et cette force de caractère qui transpire dans tout ce que cette femme respectueuse des autres entreprend. Une merveille que ce livre. Un cadeau.

Pour lire le début de "Lettre à ma fille", c'est ici.


Pour encore mieux connaître Maya Angelou et encore plus l'aimer, on plongera dans les quatre volumes disponibles en français de son autobiographie en six volumes plus un, publiés aux Etats-Unis entre 1969 et 2013.
  • "I know why the caged bird sings" (1969), de sa naissance à 1944 - "Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage" (traduit de l’américain par Christiane Besse, Les Allusifs, 2008, Le Livre de Poche, 2009)
  • "Gather together in my name" (1974),  de 1944 à 1948
  • "Singin' and swingin' and gettin' Merry like Christmas" (1976),  de 1949 à 1955
  • "The heart of a woman" (1981), 1957-62 - "Tant que je serai noire" (traduit de l'américain par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, Les Allusifs, 2008, Le Livre de Poche, 2009)
  • "All God's children need traveling shoes" (1986), de 1962 à 1965 - "Un billet d'avion pour l'Afrique" (traduit de l'américain par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, Les Allusifs, 2011, Le Livre de Poche, 2012)
  • "A song flung up to heaven" (2002), de 1965 à 1968
  • "Mom & Me & Mom" (2013), panorama de sa relation à sa mère - "Lady B" (traduit de l'américain par Claire Chabalier et Louise Chabalier, Buchet-Chastel, 2014, Le Livre de Poche, 2016)






























































lundi 21 novembre 2016

Enfin, la télé lit aux petits. Grâce à un yéti!

Léon, Yéti, Nina.

Aussi éloignés dans les faits que l'alpha et l'omega, la littérature de jeunesse et la télévision peuvent toutefois se retrouver parfois.
Je ne parle pas d'une émission qui chroniquerait régulièrement l'actualité des livres pour enfants comme plusieurs le font de celle des livres pour adultes. Faut pas rêver. Oui, je sais, cela se fait parfois, exceptionnellement. Mais ce n'est que déception car que dire en une heure quand on ne fait rien le reste de l'année? Et, oui, je sais aussi, il y a de temps en temps de la jeunesse en télé grâce à Olivia de Lamberterie ("Télé-Matin", France 2).
Non, je parle d'une série qui commence tout bientôt sur France 4 (le dimanche 4 décembre à 13 h 20) et sur France 5 (à partir du samedi 17 décembre à 10 heures) et qui s'intitule "Yétili". Soit 26 épisodes de 7 minutes chacun pour commencer.

En donner le titre, "Yétili", Yéti lit, est en dévoiler le contenu car c'est effectivement une grosse marionnette Yéti qui lit de vrais albums pour enfants à deux marionnettes souris, Nina et Léon. Ces deux dernières commentent, interrompent, s'extasient, comme de vrais jeunes lecteurs. La caméra nous montre le trio qui occupe joyeusement l'espace d'une vraie librairie qui s'appelle, on s'en doute, "Au Yéti qui lit".

Yéti, Léon, Nina et un album pour enfants. (c) France Télévisions.

Scène de tournage.
Chaque album est lu dans son intégralité par le gros Yéti aux deux petites souris. Comme un adulte à des enfants. Le spectateur assiste à cette lecture dynamique, joyeuse. Les images montrent tantôt un plan large des trois marionnettes à l'œuvre, tantôt les illustrations du livre en plans plus ou moins serrés. De brèves séquences de digression avec Léon et Nina rappellent que la lecture est sérieuse mais pas à sacraliser. On peut s'arrêter pour discuter deux secondes ou se faire des blagues ou se cacher quand on a peur. Et puis, on reprend le livre. Enfin, Yéti reprend sa lecture.

J'ai eu l'occasion de visionner l'épisode créé à propos de "Qui a pris le dodolé de Zékéyé" de Nathalie Dieterlé (Hachette jeunesse) et j'en suis enchantée. C'est mignon et chouette en même temps. A hauteur d'enfant sans bêtifier. Nina et Léon sont comme des gosses, Yéti comme un adulte concerné et compréhensif. Des marionnettes, ces trois-là? Ils apparaissent si terriblement humains. J'ai hâte de voir les autres épisodes. Parce que dans la vraie vie, un livre en amène un autre. La lecture est une passion qui se transmet bien. A tous les âges.

Séverine Gégauff-Lebrun. 
Séverine Gégauff-Lebrun peut être fière de son idée, toute simple et excellente, de replacer le livre au cœur du sujet, de lui redonner sa valeur, de montrer combien le livre est raconteur d'histoires, développeur de l'imaginaire, miroir personnel, porte-voix, fenêtre ouverte sur le monde, vie par procuration... Elle porte le projet depuis le début en tant que directrice artistique et en voit aujourd'hui sa superbe concrétisation (coréalisation France Télévisions et Darjeeling, en partenariat avec le CNL (Centre national du livre) et les Librairies indépendantes).

Pour découvrir un extrait de "Yétili", c'est ici.




Les 15 premiers livres de la saison 1

  • "Émile est invisible", Vincent Cuvellier et Ronan Badel (Gallimard jeunesse)
  • "Qui a pris le dodolé de Zékéyé", Nathalie Dieterlé (Hachette jeunesse)
  • "Les Noëls d'Ernest et Célestine", Gabrielle Vincent (Casterman jeunesse)
  • "Grododo", Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo (Frimousse)
  • "C'est moi le plus fort", Mario Ramos (l'école des loisirs-Pastel)
  • "Cache-cache dinos", Gaëlle Mazars et Jean-Baptiste Drouot (Hélium)
  • "L'Après-midi d'une fée", André Bouchard (Seuil jeunesse)
  • "Le chevalier de Ventre-à-Terre", Gilles Bachelet (Seuil jeunesse)
  • "Les Trois Boucs", Jean-Louis Le Craver et Rémi Saillard (Didier jeunesse)
  • "Moi devant", Nadine Brun-Cosme et Olivier Tallec (Père Castor-Flammarion)
  • "Pomelo grandit", Ramona Badescu et Benjamin Chaud (Albin Michel jeunesse)
  • "Poka et Mine, un cadeau pour Grand-Mère", Kitty Crowther (l'école des loisirs-Pastel)
  • "Princesse Flore et son poney Bouton d'Or", Philippe UG (Les Grandes Personnes)
  • "Victor qui pète", Dylan Pelot et Mathis (Chours)

On le voit, des choix qui rendent honneur à la littérature de jeunesse de qualité, destinés plutôt aux enfants en âge de classes maternelles. Des albums dont on sent qu'ils sont aimés par l'équipe qui les met en scène.

Comment sont choisis les titres qui Yéti lira à Nina, Léon et tous ceux devant leur écran? "Les livres que nous racontons dans "Yétili" sont soigneusement choisis par notre rédaction", répond Séverine Gégauff-Lebrun. "Nous veillons à la diversité éditoriale (sur 26 épisodes, 18 éditeurs différents).  Nous sommes également attachés à une diversité temporelle en présentant à la fois des albums du patrimoine, des albums de fond, des classiques ainsi que des nouveautés. Nous privilégions les histoires et veillons à leur diversité thématique. Enfin, nous proposons des univers graphiques différents à la hauteur de la richesse de la création en littérature de jeunesse."


Transmettre la passion de la lecture.

Tout est-il transposable à l'écran? "Nous avons des contraintes de taille", poursuit la créatrice de la série, "le temps imparti (pas plus de cinq minutes de temps de lecture), les marionnettes, le format de certains livres… Nous avons choisi un livre pop-up, par exemple. Ce n'était pas du tout évident à l'écran mais comme nous adorons relever les défis, nous l'avons tenté et nous sommes ravis du résultat. Nous souhaitons garder cette souplesse et rester sur cette ligne afin de transposer le plus possible d'histoires à l'écran."


Les couvertures.
La librairie.
A la librairie "Au Yéti qui lit", on trouve des meubles, des coussins, un comptoir, des plantes, des lumières, des étagères et des bacs à livres, et bien entendu des albums. Plein d'albums qui sont exposés. Surprise, leurs très belles couvertures ont été créées par les étudiants de l'Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles dans le cadre de leur cours d'illustration dirigé par Anne Quévy.


Rendez-vous donc sur France 4 à partir du dimanche 4 décembre tous les samedis et dimanches à 13 h 20 pour une diffusion hebdomadaire le week-end (sauf pendant les vacances de fin d'année en quotidien à 13 h 20 également), et sur France 5 à partir du samedi 17 décembre à 10 heures en diffusion hebdomadaire.