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jeudi 19 janvier 2023

Une nouvelle académicienne en Belgique

Fatou Diome. (c) Belga Image.

Le samedi 14 janvier, l'écrivaine franco-sénégalaise Fatou Diome a été élue, avec une très large majorité de voix, à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (ARLLFB) en tant que membre littéraire étranger. Elle succédera, au fauteuil 34, à l'écrivaine québécoise Marie-Claire Blais, décédée le 30 novembre 2021. Elle sera officiellement reçue au Palais des Académies au cours de l'année par Yves Namur, Secrétaire perpétuel. Toute émue de ce choix, Fatou Diome a déclaré à son "parrain" Yves Namur: "Je reste comme une écolière." Voilà notre académie belge de quarante membres au complet.
"Fatou Diome est née, en 1968, sur la petite île de Niodior (pays sérère au sud-ouest du Sénégal)", note Yves Namur, Secrétaire perpétuel de l'Académie. "Depuis 2001, elle est l'auteure d'une quinzaine de romans, nouvelles et essais. Parmi ceux-ci, "Le Ventre de l'Atlantique", publié aux éditions Anne Carrière en 2003, réédité en poche et traduit dans une vingtaine de langues. En 2006, elle entre chez Flammarion avec un roman intitulé "Kétala"; suivront, chez le même éditeur, "Inassouvies, nos vies", "Celles qui attendent", "Mauve", "Impossible de grandir" ou "Marianne porte plainte" ! L’année 2019 signe son passage chez Albin Michel avec des titres tels "Les Veilleurs de Sangomar", "De quoi aimer vivre" (2021) ou "Marianne face aux faussaires" (2022)."

"Son œuvre romanesque est souvent nourrie de faits autobiographiques où se mêlent le grave, la spiritualité et un humour irrésistible. Une écriture riche en images et réflexions, tel ceci: "Chercher le bonheur, c'est oser le vertige." Une œuvre très largement accueillie par la critique."

"Une auteure, dans la lignée des Senghor et Césaire, qui dit ouvertement: "Ma paix intérieure réside dans le dialogue des cultures". Quant à son œuvre, outre le fait qu'elle est un trait d'union entre deux mondes, on peut également ajouter qu'elle s'avère aussi un véritable hymne à la résilience."

 

Au fauteuil 34


Les fauteuils attribués aux membres étrangers de l'ARLLFB portent les numéros 31 à 40. Pour la répartition entre littéraires et philologues, voir plus bas.
Ils sont occupés de cette manière:
  • 31 Georges Kleiber
  • 32 Gérard de Cortanze
  • 33 Eric-Emmanuel Schmitt
  • 34 Fatou Diome 
  • 35 David Gaatone
  • 36 Sylvie Germain
  • 37 Michel del Castillo
  • 38 Robert Darnton
  • 39 Marie-José Béguelin
  • 40 Philippe Claudel
L'organisation de l'ARLLFB est parfois un peu difficile à comprendre. Car si elle comporte quarante membres au total, ils se départagent à la fois en trente membres belges et dix étrangers ET vingt-six écrivains et quatorze philologues. 

J'avais déjà expliqué cela ici et ici. Je republie une version actualisée de mon tableau en quatre couleurs (belge littéraire, belge philologue, étranger littéraire, étranger philologue) des académiciens actuels, classés par ordre alphabétique.
  • Danielle Bajomée, membre belge philologue
  • Jean-Baptiste Baronian, membre belge littéraire
  • Sophie Basch, membre belge philologue
  • Marie-José Béguelin, membre étranger philologue
  • Véronique Bergen, membre belge littéraire
  • Roland Beyen, membre belge philologue
  • Jean Claude Bologne, membre belge littéraire
  • Michel Brix, membre belge philologue
  • Éric Brogniet, membre belge littéraire
  • Anne Carlier, membre belge philologue
  • Philippe Claudel, membre étranger littéraire
  • Robert Darnton, membre étranger philologue
  • Gérard de Cortanze, membre étranger littéraire
  • Michel del Castillo, membre étranger littéraire
  • Luc Dellisse, membre belge littéraire
  • Fatou Diome, membre étranger littéraire
  • Daniel Droixhe, membre belge philologue
  • François Emmanuel, membre belge littéraire
  • Paul Emond, membre belge littéraire
  • Lydia Flem, membre belge littéraire
  • David Gaatone, membre étranger philologue
  • Sylvie Germain, membre étranger littéraire
  • André Guyaux, membre belge philologue
  • Xavier Hanotte, membre belge littéraire
  • Corinne Hoex, membre belge littéraire
  • Armel Job, membre belge littéraire
  • Georges Kleiber, membre étranger philologue
  • Jean Klein, membre belge philologue
  • Caroline Lamarche, membre belge littéraire
  • Philippe Lekeuche, membre belge littéraire
  • Jacques Charles Lemaire, membre belge philologue
  • Pierre Mertens, membre belge littéraire
  • Yves Namur, membre belge littéraire
  • Amélie Nothomb, membre belge littéraire
  • Jean-Luc Outers, membre belge littéraire
  • Gabriel Ringlet, membre belge littéraire
  • Eric-Emmanuel Schmitt, membre étranger littéraire
  • Nathalie Skowronek, membre belge littéraire
  • Jean-Philippe Toussaint, membre belge littéraire




Les 80 gagnants de l'expo 2023 des illustrateurs de la Foire de Bologne

Une œuvre de la Française Jeanne Macaigne
qui sera présentée à l'Expo 2023 des illustrateurs.

Quelques jours après avoir dévoilé les noms des 315 artistes finalistes de la 57e Exposition des illustrateurs de la 60e Foire du livre pour enfants de Bologne (lire ici), le jury a révélé les noms des gagnants. Ils sont 80 artistes originaires de 28 pays et territoires du monde qui exposeront 79 séries d'illustrations. Si les Belges ont disparu, le nom de la Française Jeanne Macaigne est présent dans cette liste restreinte, ainsi que celui de l'Italien Andrea Antinori, de l'Espagnol Miguel Tanco et de l'autre Français Marc Majewski.

La liste des 80 gagnants se trouve ici, mais ce qui est surtout intéressant, c'est que la page propose un aperçu graphique de chacun des lauréats.

Une œuvre du Français Marc Majewski
qui sera présentée à l'Expo 2023 des illustrateurs.




mercredi 18 janvier 2023

Rétro 2022 avec des albums belges

Une relation toxique clairement dite. (c) La Partie.


Bien sûr, des albums belges ont déjà été évoqués dans cette rubrique (ici). En voici d'autres. D'artistes belges ou assimilés, c'est-à-dire résidant depuis cinq ans dans notre royaume.


S'insurger, toujours


Petite et Grande Ourses
Bernadette Gervais
La Partie, 40 pages
dès 5 ans

La luxuriance des couleurs s'oppose frontalement aux propos. Petite Ourse qui a été adoptée par Pandora, une panda aussi intelligente que persécutrice, souffre d'être constamment maltraitée. Elle qui fait tout dans la maison et le fait bien est effacée par sa mère abusive qui s'attribue toutes ses réussites, qui dénigre toutes ses activités. De scène en scène, on découvre l'étendue de la malfaisance de Pandora, sa violence même, tant physique que morale, et les dégâts sur Petite Ourse. Complètement isolée, cette dernière trouvera finalement une alliée dans le ciel en la personne de la Grande Ourse. De réconfort en réconfort, cette dernière rendra identité et confiance à sa petite protégée de manière à ce qu'elle trouve la force de partir et de quitter cette mère adoptive nocive. En filigrane ce ce magnifique album rendant hommage à une petite trentaine de fleurs et de plantes, la splendide idée qu'il y a toujours quelqu'un pour nous venir en aide. Avec une infinie délicatesse, "Petite et Grande Ourses" traite des abus dont sont victimes les enfants en leur permettant de se glisser dans ses pages certes violentes mais sans mièvrerie ni pleurnichage. Totalement dans la ligne de la phrase de Gisèle Halimi, posée en exergue: "... ne laissez rien passer dans les gestes, le langage, les situations qui attentent à votre dignité, ne vous résignez jamais."


Petite Ourse atteint son point de non-retour. (c) La Partie.


Poésie en mots et en images


Pizza 4 saisons
Thomas Vinau
Anne Brouillard
Editions Thierry Magnier, 56 pages
dès 5 ans

Un petit format pour un album jeunesse à la taille d'un roman en littérature générale. Une magnifique liberté dans les mots de Thomas Vinau qui a composé quatre poèmes, un par saison. A chaque page, en écho plutôt qu'en illustration, les merveilleux dessins paysagers d'Anne Brouillard où se distinguent parfois des silhouettes d'humains ou d'animaux. Ils sont d'une extraordinaire lumière, magnifiquement rendue à l'impression, et sont comme protégés par les épaisses couvertures de carton fort. La beauté est là. La satisfaction du lecteur totale et son plaisir immense.

A chaque saison, sa couleur de titre. On découvrira successivement  "Le vilain petit bonhomme (automne)" en brun, "Le miroir cassé (hiver)" en bleu nuit, "Le camion tout pourri (printemps)" en vert, "Le berger (été)" en bleu. Quatre textes de saison qui chatouillent l'imaginaire, relient réel quotidien et élucubré, jouent avec les mots pour créer des sensations. Plusieurs dizaines de dessins plus somptueux les uns que les autres, grandes pages ou vignettes, au tour et à l'alentour d'une maison isolée, dans les bois qui l'entourent, avec ses visiteurs attendus ou pas, pour se repaître les yeux d'émotions, de sensations, d'élégance et de grâce.

Comment est né ce livre improbable? La réponse de son éditrice, Camille Gautier
"Il est des livres comme de la vie, ils nous amènent leur lot de surprises, de rencontres et d'instants de grâce. "Pizza 4 saisons" est de ceux-là, car tout dans son histoire relève d'un compagnonnage joyeux.
L'histoire commence en juin 2021, quand, prenant mon courage à deux mains, j'écris à Thomas Vinau pour lui dire combien j'aime son travail et son écriture. (...) Ma proposition fait son chemin chez Thomas, et quelques mois plus tard, j'ai le plaisir de recevoir un texte dans ma boîte mail, une "Pizza 4 saisons" bien étrange dont je mettrai longtemps à apprivoiser le titre alors qu'il me semble maintenant d'une telle évidence. Un mélange de lyrisme et d'espièglerie, de banal et de poésie. Là aussi, comme dans la vie.
Toute la difficulté réside maintenant dans le choix de l'illustrateur ou l'illustratrice qui va s'emparer de ce texte atypique (la poésie contemporaine pour les enfants peut en effrayer certains). C'est très naturellement que le nom d'Anne Brouillard se dessine sur nos lèvres, et quelle chance qu'elle accepte d'embarquer dans l'aventure. Un pont entre la plaine du Nord et la garrigue du Sud se crée, les mois passent, les lumières changent et nous nous régalons des métaphores culinaires pendant que la pâte de cette pizza lève doucement et prend son temps. Au cours de nos échanges il est question de nature, de paysages, d'une maison qui sera le centre névralgique des promenades du livre. Une ombre sur un tronc, un renard caché dans des fourrés, une fillette qui réchauffe ses mains par un jour de grand froid. Là aussi une célébration des petits riens qui font un grand tout, en totale adéquation avec les textes de Thomas, et sans jamais pourtant être redondant l'un avec l'autre.
(...) Une année a passé, quatre saisons se sont succédées, et maintenant que la pizza est prête, quel plaisir que de voir des lecteurs s'en emparer, la déguster, la savourer.
Il est des aventures éditoriales comme de la vie, elles ont un goût de reviens-y!"

Le jeu de la lumière entre les arbres. (c) Ed. Th. Magnier.



On se rappellera aussi qu'avait paru en 1997 sous le titre "Pizza quatre saisons" un album pour les plus jeunes de Jean-Marc Rochette (l'école des loisirs/Pastel).



Un petit chien épicurien


Le grand inventaire des petits plaisirs de Luchien
Frédéric Stehr
l'école des loisirs/Pastel, 36 pages
dès 4 ans

Luchien est peut-être un petit chien, il est surtout un chien qui sait jouir de la vie. Son air heureux en couverture donne une idée de ce qu'on va découvrir dans cet inventaire joyeux et épicurien. Tout ce qui lui arrive est une occasion de plaisir. Jouer, manger, explorer, dormir... Une philosophie de vie à hautement recommander. Luchien est léger et s'envole par grand vent? Aucun problème, surtout s'il atterrit dans une flaque de boue. Il pleut? Excellente nouvelle. Il est sale? Vite, un bain plein de mousse.

De page en page, on suit Luchien dans ses petits plaisirs. Bien sûr, certains ne seront pas du goût des adultes, par exemple quand le petit chien se sent des talents de peintre et barbouille les murs de la maison. Les illustrations traduisent parfaitement les états de satisfaction du jeune héros. Contagieux, ils font sourire et rire, créent du bien-être et de la joie. Stehr croque admirablement son héros, en vignettes ou en pleines pages. Et personne bien entendu ne fera le rapprochement entre l'épicurien Luchien et un enfant.

Voler? Oui, bien sûr. (c) l'école des loisirs/Pastel.


Chouettes histoires


La luciole et autres histoires d'animaux
Carll Cneut
Toon Tellegen
traduit du néerlandais par Charline Peeters
l'école des loisirs/Pastel, 80 pages
dès 8 ans

La luciole du titre, mais aussi le bison, l'hippopotame, la girafe, le ver à bois, le moineau, le crapaud et dix autres animaux sont les héros de ces passionnantes histoires du raconteur hors pair qu'est l'écrivain néerlandais Toon Tellegen, fort bien traduites. Dix-sept histoires animalières convoquant souvent d'autres animaux dans leurs déroulés et qui interagissent parfois entre elles. Empreintes de fantaisie et même de nonsense, elles en disent long sur les travers des humains. De la luciole qui rêve de briller davantage aux résolutions du nouvel an du porc-épic en passant par le moineau qui dispense des cours de tout et même de rien, on déguste ces historiettes pétulantes. Le beau papier crème de l'album sied superbement aux splendides illustrations du Belge néerlandophone Carll Cneut. Riches de mille détails, à la fois baroques et documentaires, elle cultivent une singularité de conception et de réalisation réjouissantes, propre à leur créateur.

Le bison qui a un double. (c) l'école des loisirs/Pastel.


Et aussi


Dagobert
Anne Herbauts
Casterman, 32 pages
dès 4 ans

Le bon roi Dagobert de la chanson se retrouve transformé en chauve-souris par la baguette magique d'Anne Herbauts. Pas facile de porter une couronne ou un simple chapeau quand on vit la tête en bas. Dagobert ne s'en fait pas, il est heureux comme ça. Mais son apparence fait croire aux animaux qui l'entourent qu'il est fâché. Qu'il est même fâché tout le temps. Le roi est tout étonné d'apprendre de sa voisine la reine Pipistrelle de passage qu'il leur fait peur. C'est encore la visiteuse qui donnera la solution pour résoudre ce conflit au fond inexistant: "Il faut regarder les choses de tous les côtés avant de juger."  Un conte plein de sagesse porté par des illustrations et un texte malicieux.


Règlobus
Pierre Alexis
La Partie, 40 pages
dès 4 ans

On ne rigole pas dans le Règlobus conduit par Rainette, la grenouille reine du volant. Ou plutôt, on rigole beaucoup car la chauffeuse édicte toute une série de règles numérotées, dix-huit en tout, qu'elle entend voir appliquées par les usagers. Des animaux de toutes espèces, dont les particularités physiques empêchent l'application du règlement, quand ce ne sont pas tout simplement les comportements. Un excellent rapport texte-images, les secondes contredisant totalement le premier mais permettant de réjouissantes vues en coupe du bus occupé ou des zooms sur les uns et les autres dans un graphisme rarement vu.


Grandir
Valentine Laffitte
Versant Sud, 32 pages
dès 5 ans

Album poétique que cette évocation des saisons qui s'enchaînent autour de la personne de la jeune Freja en de petits événements minuscules. De ceux qu'on n'oublie pas mais qui font grandir. Album plastique par la grâce des illustrations faites de papiers découpés, donnant du volume aux pages grâce à une très bonne qualité d'impression.


Pétille colère
Amélie Carpentier
L'étagère du bas, 40 pages
dès 5 ans

Quand Pétille est en colère, ce n'est pas à moitié. Tout valse lors de ses tempêtes. Mais cela n'empêche pas Pétille d'écouter différents animaux qui l'interpellent et l'aident à transformer sa colère en acte plus positif. Des illustrations de deux forces selon qu'on est dans la colère ou dans les solutions et un texte à la première personne permettant à chacun de se glisser à la place de Pétille.


Mariedl, une histoire gigantesque
Laura Simonati
Versant Sud, 64 pages
dès 5 ans

Bonne idée que cette géante vivant dans un petit village au sommet d'une grande montagne. La vie de Mariedl est compliquée et, en finale, peu agréable. Jusqu'au jour où arrive un petit bonhomme qui dirige un cirque. Il veut faire d'elle le clou de son spectacle. Il veut en fait l'exploiter, comme les autres artistes qu'il a déjà réunis. Mariedl ne se laissera pas longtemps faire, à raison. On suit sa révolte avec intérêt - le livre est basé sur une histoire vraie. Destiné à des enfants qui ne savent pas encore lire, l'album souffre toutefois d'un brouillage au niveau du graphisme, le texte en typo géante envahissant tout l'espace des pages au détriment des dessins.


Le Dehors
Mélanie Rutten
Memo, 40 pages
dès 4 ans

D'expressives scènes animalières dans des sous-bois joliment représentés autour de Coyote et Ours, alertés par un bruit et en recherche du Dehors. Une quête angoissée et une galerie de personnages sonores jusqu'à une finale encore plus sonore où la peur a disparu et où les deux héros se connaissent un peu mieux.


Les lundis de Camille
Sara Gréselle
Versant Sud, 40 pages
dès 6 ans

Si l'école est encore comme la décrit cet album, il y a lieu de grandement s'inquiéter. La toute petite Camille nous raconte son mal être scolaire. Constamment maltraitée par son instituteur, Camille peine durant les heures de classe. Heureusement, il y a le week-end où la petite fille peut donner libre cours à ses talents propres et s'épanouir. Un jour de semaine, l'écolière craquera. En sanglots, elle va être consolée par la prof de musique, humaine, pédagogue, positive. L'adulte lui redonnera confiance en elle, lui permettra de déployer ses talents, même de se tromper, et surtout de contrer son détestable maître. De très jolis dessins aux crayons de couleur portent ce récit qui encouragera sans doute les enfants qui n'entrent pas dans les cases classiques de l'école.

Le revanche de Camille soprano. (c) Versant Sud Jeunesse.






dimanche 15 janvier 2023

Quatre Belges finalistes à l'exposition 2023 des illustrateurs de la Foire de Bologne

  

Pour sa 57e édition, la célèbre Exposition des illustrateurs de la Foire de Bologne a reçu les candidatures de 4.345 artistes provenant de 91 pays et territoires. Réuni à Bologne, le jury de l'année a sélectionné 315 finalistes et choisi les gagnants.

Parmi les 315, figurent 4 Belges, deux francophones, le graphiste Jean-Marc Daele et l'artiste Nina Neuray, et deux néerlandophones, l'auteur-illustrateur bien connu Klaas Verplancke et le duo Jacques Maes & Lise Braekers mieux connu sous le nom Jacques & Lise (l'album "Victor" (Seuil Jeunesse, 2020), c'était eux).

On trouve aussi notamment dans la liste les noms d'Andrea Antinori (Italie), Marianna Balducci (Italie), Jeanne Macaigne (France), Marc Majewski (France), Miguel Tanco (Espagne). 

La liste complète des 315 artistes finalistes se trouve ici

Jury 2023

  • l'auteur-illustrateur argentin résidant aujourd'hui à Barcelone Gusti (Gustavo Rosemfett)
  • l'éditrice française Christine Morault (MeMo)
  • l'auteur-illustrateur canadien Sydney Smith
  • l'illustrateur américain Eric Telfort
  • l'éditeur suédois Erik Titusson

vendredi 13 janvier 2023

Rétro 2022 en bourri, bourra, bourrasque

L'île de Hekla et Laki. (c) Albin Michel Jeunesse.

Quel joli mot que celui de "bourrasque"! Il claque bien. Tellement mieux que son synonyme "coup de vent violent". Est-il difficile pour les enfants? Peut-être. Mais les enfants aiment apprendre des mots difficiles. Surtout quand ils claquent bien. Hasard des sorties, "bourrasque" apparaît dans trois albums pour les enfants à partir de 5-6 ans, sans limité d'âge, de toute grande qualité. Pour l'un, c'est facile, il est dans le titre. Pour les deux autres, on le trouve dans le texte.

En début d'histoire


Pépite d'or au dernier salon de Montreuil (lire ici), "Hekla et Laki" de la Belge Marine Schneider (Albin Michel Jeunesse, 64 pages) a illuminé la fin de l'année 2022. Par ses peintures aux couleurs magnifiques, renforcées par l'emploi d'un orange fluo pour le mini personnage de Hekla, posées sur des pages en grand format, par son propos de transmission entre un Laki géant, sage et âgé, qui accepte que sa solitude soit bousculée par un minuscule Hekla qui a tout à apprendre, par son évocation poétique de deux volcans islandais.

"Depuis ce jour, Laki s'attendait à ce que la prochaine bourrasque de vent emporte Hekla."  Ni insecte, ni oiseau, Hekla était arrivé un jour chez Laki, en virevoltant comme la samare d'un érable sycomore - plaisir de découvrir des mots choisis. Une allure tempétueuse qui sera désormais celle du vieux solitaire. Si sa vie est à présent sens dessus dessous, il apprend à faire de la place à son visiteur. Et oublie sa vie d'avant.

Protection. (c) Albin Michel Jeunesse.

Les années et les apprentissages passent. Hekla ne grandit guère et Laki se sent de plus en plus vieillir. Il éduque, veille et alerte: "Pas le lac, Hekla." Ni l'hiver quand il est gelé, ni au printemps quand il redevient une étendue d'eau. Hekla respecte la consigne jusqu'au jour où, non, il ne tient plus et rapporte ses découvertes à Laki. Rassuré par les ressources du petit, le géant peut mourir.

Emancipation. (c) Albin Michel Jeunesse.

Dans la deuxième partie de l'album, on va voir Hekla explorer son île, découvrir la parole, éprouver la peur, s'en affranchir grâce à ce que Laki lui a enseigné, s'ouvrir au monde et aux autres. Porté par des illustrations de toute beauté, libres, imaginatives, totalement en harmonie avec les émotions du jeune héros, et un texte précis, juste, allégorique, "Hekla et Laki" raconte merveilleusement un enfant qui grandit sereinement, rassuré par son géant et protégé par ce que Laki lui a transmis. Invité du coup à vivre sa propre vie. 

Ouverture au monde. (c) Albin Michel Jeunesse.

A signaler aussi, mais pour les tout-petits, le délicieux album cartonné "Maman tambour" de Pauline Delabroy-Allard, illustré par Marine Schneider (Editions Thierry Magnier, 24 pages). Dans les doubles pages qui sont autant de paysages, un bébé explore le corps de sa maman. Les pieds, les genoux, les cuisses, les seins... Des lieux connus qui sont évoqués en mots inventifs et poétiques, d'une infinie tendresse, et en images fantaisistes aux teintes douces. 



Tout à la fin


Comment parler du nouvel album du français Blexbolex (lire ici), "Les magiciens" (La Partie, 210 pages)? Un bon format époustouflant, qui affiche 1.130 grammes sous sa couverture souple et ses quasi 200 illustrations soulignées de quatre lignes de texte apparaissant sur de fines pages doubles (non découpées sur la tranche) en couleur crème, selon une technique de reliure aussi rare qu'appropriée et réjouissante. Les images sont des pochoirs retravaillés à l'ordinateur. L'histoire menée tambour battant. Le tout est prodigieux.

Les magiciens du titre sont au nombre de trois. On les rencontre dans une maison au toit rouge qui semble abandonnée. Pas tout à fait. Une théière en libère un premier qui a l'apparence d'un éléphant. D'une gravure au mur en surgit un deuxième, sous forme d'oiseau. Tout cela réveille la troisième comparse, une magicienne. Tout de suite, le trio est poursuivi par un impressionnant mâchefer et une redoutable chasseresse. Une traque infernale commence.

Les trois magiciens sont traqués. (c) La Partie.

Lors des diverses péripéties, narrées en brefs chapitres, on va découvrir que les trois magiciens ont des caractères bien trempés et sont résolus à ne pas se laisser attraper par celle qui chevauche un lion mécanique. Le lecteur parcourt du chemin, en ville ou à la montagne. Il parcourt le temps jusqu'à une cité futuriste. Il rencontre diverses personnes, des bonnes et des moins bonnes. Il se découvre, comme les héros, dans ce conte d'aujourd'hui, ouvert par la formule "Il est une fois, encore..." Son chemin initiatique le fait côtoyer métamorphoses, émotions et sentiments, dans des images d'une beauté époustouflante et à l'incroyable foisonnement. 

La chasseresse et le mâchefer les assaillent. (c) La Partie.

Récit d'aventures palpitant aux nombreuses références littéraires et graphiques, "Les magiciens" joue de différents registres comme la peur ou l'humour, l'imaginaire ou la magie. Sans jamais perdre ses lecteurs car Blexbolex les connaît et sait comment les réjouir et les enchanter jusqu'à la magistrale finale ouverte. 
Quant à la bourrasque, elle est bien présente, mais aux trois quarts de l'album (page 147):  "Alors une bourrasque de vent balaie la place déserte avec rage, soulevant un torrent de poussière et de boue."

Un texte qui fait la place belle à l'humour. (c) La Partie.


Le mot le plus visible


Prix Nobel de littérature 2012, l'écrivain chinois Mo Yan s'adresse magnifiquement aux enfants à partir de 6-7 ans dans l'album "La bourrasque", magistralement illustré par Zhu Chengliang (traduit et adapté du chinois par Chun-Liang Yeh, éditions HongFei, 44 pages). Dans ce format à l'italienne, il raconte un épisode de sa propre enfance et s'en explique.
"Chers amis lecteurs, 
je suis heureux que mon récit "La Bourrasque" puisse désormais vous être présenté, en France. Je l'ai écrit il y a trente-huit ans en me rappelant une expérience réellement vécue. Ce texte, inspiré par de beaux souvenirs de la nature, est également imprégné du regard attendri que je porte sur le temps de l'enfance. 
Mon grand-père et moi-même avons eu à affronter un petit ouragan qui nous a entièrement dépouillés, n'abandonnant qu'un unique brin d'herbe sur notre charrette. Cependant, le goût que nous a laissé cette épreuve ne fut ni celui de la défaite ni celui de la peur. On peut dire que nous avons mené bataille dans ce duel improvisé avec ce grand vent; mon grand-père n'a pas plié, lui tenant tête, et moi en m'agrippant fermement à l'herbe du talus je ne me suis pas laissé emporter. De ce point de vue, nous sommes sortis victorieux de ce face-à-face. 
Je commence à avoir des lecteurs en France grâce à mes livres traduits en français. Parmi ceux qui liront "La Bourrasque", beaucoup seront des enfants. Cela confère à cette publication un caractère tout particulier pour moi. Je souhaite à mes petits lecteurs le courage de faire face à l'adversité. Le vent passera, et nous serons toujours debout." 
Le 6 mai 2022, Mo Yan
Sur le chemin du retour. (c) Editions HongFei.

De facture classique, les magnifiques peintures se centrent sur l'humain, sur les deux humains, le narrateur de sept ans et son grand-père en route pour faucher l'herbe d'une prairie sauvage, dans l'immensité de la nature. La luxuriance du vert aux abords de la maison refuge glisse vers une brume grise du début de l'excursion, vite dissipée par un soleil radieux. Une lumière splendide mais silencieuse qui inspire à l'aïeul une chanson plutôt guerrière. Arrivé à son but, le duo entreprend le fauchage de l'herbe, déjeune, fait la sieste.

Mais le temps a tourné. Un gris menaçant a envahi le ciel. Les deux fermiers doivent charger la charrette et se dépêcher de rentrer. Arriveront-ils à temps? Les éléments vont se déchaîner, terrorisant l'enfant. Ce vent! Jusqu'à la rupture de la corde de la charrette, représentée dans une image tout en hauteur, à découvrir en tournant l'album de 90°. Le vent! Affreux. Qui emporte tout, choses comme humains. Une bourrasque qui a disséminé la fenaison mais a permis au grand-père et à son petit-fils de lutter ensemble contre l'adversité. Un magnifique récit de résistance, de courage et de complicité, remarquablement illustré par l'auteur de l'album "Flamme" (lire ici).

La bourrasque emporte tout. (c) Editions HongFei.