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samedi 15 mars 2014

LD fend "Oh, boy!" contre la bêtise des adultes

L'hebdomadaire "L'express" annonce que "l'inspection académique du Val-de-Marne a annulé la représentation de "Oh Boy", une pièce prévue sur le temps scolaire d'écoles primaires de Bonneuil, par crainte d'une réaction hostile des parents d'élèves, car le personnage principal est homosexuel".

Sont-ils vraiment devenus fous en France? Il n'y a pas une semaine sans qu'un livre jeunesse soit mis à l'index.















Je ne sais pas ce que vaut l'adaptation théâtrale de "Oh boy", mais je sais que le roman original, "Oh, boy!", signé Marie-Aude Murail (L'école des loisirs, 2000, 210 pages) est un chef-d’œuvre. Un de ces rares livres portés unanimement aux nues, à la fois par la critique et par les lecteurs adolescents. Il a d'ailleurs remporté tous les prix décernés en France et en Belgique par de jeunes lecteurs.

Paru en 2000 et n'ayant pas dérangé grand monde jusqu'à présent (lire ci-dessous), il est LE roman qui a révélé Marie-Aude Murail au grand public - comme "Lettres d'amour de 0 a 10" l'avait fait pour Susie Morgenstern en 2002 (L'école des loisirs).

Entre rire et larmes, on suit dans "Oh, boy!",  roman fort, attachant, rebondissant, interpellant, Siméon, Morgane et Venise Morlevent, respectivement âgés de 14, 8 et 5 ans.Un père évanoui dans la nature et  une mère morte d'accident à moins que ce ne soit un suicide, telle est la situation de départ des enfants Morlevent, profondément unis.

Siméon, 14 ans, est maigrichon, moche et surdoué. Morgane, 8 ans, est effacée, pas trop belle et première de classe. Venise, 5 ans, est une ravissante petite fille. Tous trois ont juré qu'on ne les séparerait pas. Leur sort est mis entre les mains d'une assistante sociale inquiète et influençable et d'une juge des tutelles accro au chocolat noir. Question des deux femmes: à qui confier le trio? Deux parents proches surgissent: une demi-sœur et un demi-frère qui se détestent.

Avec ce roman bouleversant, Marie-Aude Murail a opéré un virage dans son œuvre d'écrivain. Vers plus d'humanité, plus de profondeur, tout en conservant son style alerte et percutant. Elle a réussi le pari risqué de mettre en place des personnages terriblement originaux sans que le lecteur ne les ressente comme des caricatures. Les moments durs qu'elle leur donne à vivre, deuil, rivalité entre enfants, ballottages entre adultes empêtrés dans leurs raisons avouées et non avouables, maladie grave, provoquent autant d'émotions vraies chez le lecteur.

"Oh, boy!" est une formidable rencontre auteur-public autour de héros attachants. Les destins se vivent, se croisent, renvoyant chacun à lui-même jusque et y compris sa sexualité. Tact et art littéraire.

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Dans les archives du "Soir", j'ai retrouvé un article de mai 2003, déjà. Des lecteurs s'en étaient pris violemment au "Soir Junior", supplément destiné aux juniors, qui avait osé présenter l'homosexualité à l'occasion de la Gay Pride.

Voici un extrait de la réponse du médiateur du Soir à  ce sujet: "Agrémenté de témoignages forts de jeunes qui vivent plus ou moins bien leur homosexualité et d'un entretien avec un expert, ce dossier faisait le tour de la question avec rigueur et émotion. Jusqu'à la référence à "Oh, boy!", le livre de Marie-Aude Murail, ce que certains lecteurs nous ont reproché. Cet auteur est de très grande qualité et ce livre en particulier est très sensible et très riche, m'a expliqué Lucie Cauwe, spécialiste de la littérature de jeunesse à la rédaction."






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