Nombre total de pages vues

dimanche 19 avril 2026

Le décès de l'écrivain américain Peter Neumeyer

Peter Neumeyer et son épouse Helen en 2018 en Belgique.
 
On n'a appris que tout récemment le décès de l'écrivain et critique américain Peter Neumeyer, survenu le 2 avril 2026 d'une insuffisance cardiaque, à Santa-Rosa en Californie. Il avait 96 ans. Nous avions eu le plaisir de le rencontrer en Belgique fin 2018 à l'occasion du spectacle que proposait le Théâtre du Tilleul, "Les carnets de Peter" (lire ici). Il était déjà âgé - il était né le 4 août 1929 à Munich, en Allemagne et avait émigré aux Etats-Unis en 1936 avec sa famille, fuyant les persécutions nazies contre les Juifs - mais drôle et charmant. 
 
C'est l'écrivain et critique américain Mark Dery qui rend hommage à Peter Neumeyer sur les réseaux sociaux. Il nous rappelle, ou nous apprend, son parcours professionnel: professeur émérite d'anglais et de littérature comparée à l'université d'État de San Diego, figure majeure de l'étude sérieuse de la littérature pour enfants, fondateur de l'un des premiers programmes universitaires consacrés à ce domaine (à SDSU), et collaborateur d'Edward Gorey sur trois livres pour enfants à la fois incomparablement "goreyesques" et indéniablement "neumeyeriens".
 
Mark Dery poursuit: "Comme me l'a écrit Helen, son épouse depuis plus de 74 ans, dans un courriel privé: Il a vécu une longue et riche vie faite de livres, de lecture et d'écriture, de randonnées et de pêche, de jeux dans les vagues et les bois, d'enseignement, de conversations avec des amis, d'exploration de lieux et d'idées, et de moments passés au soleil."

"Les amateurs de Gorey le connaissent aussi comme le partenaire idéal dans les échanges d'une vivacité d'esprit, d'une érudition et souvent d'une profondeur révélatrice remarquables, réunis dans "Floating Worlds: The Letters of Edward Gorey & Peter F. Neumeyer" (Ed. Peter F. Neumeyer, 2011, non traduit en français)."

Et Mark Dery de citer sa biographie de Gorey, "Born to Be Posthumous": "À l'été 1968, [Gorey] rencontra le collaborateur d'une vie, Peter Neumeyer, avec qui il allait travailler — intensément. Les deux hommes réalisèrent trois livres pour enfants en treize mois, de septembre 1968 à octobre 1969: "Donald and the...", "Donald Has a Difficulty", et "Why We Have Day and Night" (publiés respectivement en 1969, 1970 et 1970 par Addison-Wesley, la propre maison d'édition de Gorey, Fantod Press, et Young Scott Books). Gorey trouva en Neumeyer quelqu'un dont l'esprit lui était plus proche que celui de toute autre personne qu'il avait rencontrée; une intimité intellectuelle naquit entre eux presque instantanément, nourrie par des cartes postales et des lettres qui circulaient à un rythme soutenu."
 
Lettre d'Edward Gorey à Peter Neumeyer.

 
"Dans son introduction à leur correspondance réunie, Neumeyer écrivait: "En parlant de Donald, Ted et moi revenions souvent à certains de nos auteurs favoris — souvent Borges, ou encore le médecin et écrivain anglais du XVIIᵉ siècle Sir Thomas Browne. Nous avions tous deux une affection particulière pour l'"Hydriotaphia, or Urn-Burial" de Browne, traité sur des urnes romaines enfouies, ainsi que pour son étrange "Garden of Cyrus", long essai sur les quinconces (configurations de cinq), avec son magnifique paragraphe final. Basil Bunting et Ralph Hodgson faisaient partie de nos références plus ésotériques. Dans la conversation, Ted citait souvent "The Unquiet Grave" et "The Rock Pool" de Cyril Connolly, "The Best of Myles" de Flann O’Brien, et "The Near and the Far" de L. H. Myers. Ted avait étudié le français à Harvard, si bien que ses lectures, comme ses étagères de livres à double rangée, dégageaient parfois des accents nettement français. Il m'a fait découvrir "Les Fleurs bleues" et "Exercices de style" de Raymond Queneau, ainsi que le "Journal" de Jules Renard… Toujours, son esprit revenait à l'art et à la littérature japonais, et en particulier aux expressions du zen… Il était fasciné par Murasaki Shikibu, auteure du XIᵉ siècle, et son "Dit du Genji", par le "Livre de chevet" de Sei Shōnagon de la même époque, ainsi que par l’art et la pratique du "tenkoku", ou sceaux gravés."

"Apprendre à connaître Peter (lors de l'écriture de "Born to Be Posthumous") au point de me sentir autorisé à l'appeler mon ami fut un honneur qui ne s'est jamais terni et une joie qui ne s'est jamais émoussée. Son amitié comptait pour moi davantage que toutes les louanges critiques reçues par le livre. Même nonagénaire, il avait une vivacité d'esprit fulgurante. Insatiablement curieux des livres, films ou artistes que je mentionnais, il me rendait la pareille par une avalanche de suggestions: ouvrages à lire absolument, auteurs susceptibles de correspondre à mon tempérament intellectuel, poètes dont l'œuvre lui apportait inspiration et réconfort philosophique. Au fil de nos échanges occasionnels — zoom, appels téléphoniques, courriels épars — nous avons discuté de littérature pour enfants, de notre passion commune pour Kafka, des frustrations du monde universitaire, de nos esthétiques de poètes, de nos luttes contre la mélancolie existentielle (et des remèdes utiles prescrits par Burton dans son "Anatomy of Melancholy"), et de bien d’autres sujets, et évidemment de Gorey".

"Peter n'était jamais avare de ses souvenirs d'E.G., et leur correspondance remarquable constitue sans aucun doute l'aperçu le plus intime que nous aurons jamais de la vie intérieure de Gorey: profondément émouvant, étonnamment intime, toujours d'une grande clarté. "Floating Worlds" est une véritable caverne d'Ali Baba pour les amateurs et les chercheurs de Gorey."

"En tant qu'écrivains, nous vivons nos vies sur la page — et continuons de vivre, entre deux couvertures, dans une forme d'immortalité de substitution. J'ai conservé tous nos courriels et y reviendrai, ainsi qu'aux livres de Peter, chaque fois que je voudrai retrouver son esprit doucement spirituel et son intelligence lumineuse, papillonnant d'une référence à une allusion puis à une intuition librement associée. Il était lumineux."


Ted et Peter, Barnstable Harbor, Cape Cod.


A la Friends House de Santa-Rosa où il vivait depuis quelques années, Peter Neumeyer écrivait notamment sa biographie et consignait son opinion sur la littérature de jeunesse et son histoire, lui qui appréciait des auteurs-illustrateurs tels que Beatrix Potter et Maurice Sendak. Il rappelait le rôle de la révolution industrielle dans l'essor du livre pour enfants en tant qu'"industrie", ou encore les messages politiques d'ouvrages comme "We're All in the Dumps with Jack and Guy" de Maurice Sendak ("On est tous dans la gadoue" [suivi de] "Jack et Guy", traduit de l'anglais par Anne Trotereau, l'école des loisirs, 1996). Il parlait parrfois de sa propre carrière, de sa collaboration avec Edward Gorey et de ses rencontres avec des écrivains tels que Tove Jansson ("Les Moomin"), Astrid Lindgren ("Fifi Brindacier") ou Hans et Margaret Rey ("Georges le curieux").

Peter Neumeyer s'intéressait à l'art des albums illustrés, où il percevait des échos de la peinture classique. "J'adore "Pierre Lapin", et il mérite d'être lu attentivement", disait-il. "Il y a énormément à y découvrir", qu'il s'agisse d'humour, d'aquarelles exquises ou de réflexions féministes. Il a donné des conférences en Suède et en Finlande et mené des recherches à la Bibliothèque internationale de la jeunesse de Munich. A propos de sa carrière, il s'estimait chanceux: "J'ai eu l'opportunité de parcourir le monde pour approfondir mes recherches et explorer des sujets qui me passionnent."
 
Peter Neumeyer. 

 
 
 
 

mercredi 15 avril 2026

Foire de Bologne, jour 3, avec un prix espagnol

Les murs où les jeunes illustrateurs tentent de se faire connaître.

La ville de Bologne est aussi magnifique que pleine de travaux. Qu’il s’agisse de restaurer palais anciens, églises ou autres merveilles historiques ou d’y installer un tram jugé indispensable mais dont les travaux transforment la ville en gruyère. Le capitale de l’Emilie-Romagne s’arpente facilement à pied, sur d’agréables trottoirs sous colonnades parfois illustrées de fresques. Il y a aussi un impressionnant système de transpors en commun par bus. Certaines lignes ont des fréquences de machine, d’autres, dont le fameux bus 28, l’unique qui mène à la Foire du livre pour enfants, en extérieur de ville, depuis le centre et le quartier universitaire, beaucoup moins. Le pratiquant depuis plusieurs années, je peux en témoigner. Il n’est pas rare de l’attendre 20 minutes, de le voir arriver et snober l’arrêt parce que bondé. On imaginerait un renforcement des fréquences en période de Fiera del libro per ragazzi, mais non. Ce mercredi, troisième jour de foire, c’est le pompon, 50 minutes d’attente à l’aller, 30 au retour. Pour voyager serrés comme des sardines. La veille, le bus était tombé en panne, heureusement pas loin de l’entrée de la Foire, mais il pleuvait. C’est dire s’il est difficile de suivre un agenda en Italie.

L’exposition des illustrateurs.

Ce troisième jour de foire se révèle toujours très animé. Des centaines d’illustrateurs et d’illustratrices parcourent les cimaises, dessinent sur les murs dédiés, laissent leurs coordonnées avec l’espoir un peu fou d’être remarqués. Qui a envie d’examiner les milliers de papiers collés en quelques heures? Les réseaux sociaux servent souvent maintenant de meilleures cartes de visite.

Par contre, l’exposition des illustrateurs (lire ici), largement déployée et fort bien scénographiée cette année, est toujours très visitée par les professionnels comme par les étudiants et les artistes. Née en 1967, elle célèbre sa soixantième édition et donne toujours lieu à un très beau catalogue. Il est illustré en alternance par le lauréat du prix Andersen illustration - ce sera Cai Gao en 2027 (lire ici), et le lauréat du Grand Prix de la Biennale d'illustration de Bratislava (BIB Bienále ilustrácií Bratislava ). En l’occurrence, la lauréate de la BIB 2025, l'artiste iranienne Noushin Sadeghian. Annoncée en Italie, elle n’a finalement pas pu quitter son pays pour la rencontre à laquelle elle devait participer.

L’annonce de l’absence de Noushin Sadeghian. (c) Claude Combet.

C’est aussi dans cette exposition que se trouve le ou la lauréate du prix Fundacion SM. Une récompense qui existe depuis 2010 et a déjà boosté quinze jeunes illustrateurs de trois continents. En effet, le prix espagnol offre la publication d’un livre et une exposition à la Foire de Bologne suivante. La seizième édition du prix Fundacion SM va cette année à l’Italienne Margaux Romano.



La Foire de Bologne, ce sont aussi d’autres expositions dont je rendrai compte à mon retour.




mardi 14 avril 2026

Foire de Bologne, jour 2, avec le prix Lindgren

La bibliothèque BRAW.

À la foire de Bologne, il faut de bonne chaussures car on marche des kilomètres dans les différents pavillons vitrés qui abritent les centaines d’exposants, les nombreuses expositions et les lieux de rencontres et de discussions. Un parapluie n’est pas superflu cet année pour rejoindre la Foire et passer d’un pavillon à un autre. Pour une fois, il pleut durant cette gigantesque manifestation dédiée à la littérature de jeunesse de À à Z, de l’auteur et/ou illustrateur, en passant par l’éditeur, l’agent, le traducteur et l’imprimeur. À ses produits dérivés aussi, de plus en plus nombreux, que ce soient des dessins animés, des applications, des jeux en trois dimensions. Même si le message général de la foire demeure le soutien à la création et à l’imagination, on sent bien qu’il faut vendre. Et que certains réinventent tout pour vendre.

Samy Ramos.
Bien sûr, il y a des moments de grâce, comme la découverte de Samy Ramos, lauréate d’un des Bologna Ragazzi Awards (lire ici) en train de signer tout sourire.
Ou la découverte des BRAW Outstanding Books virevoltant au bout de leurs ficelles.

Ou la rencontre inopinée avec Rita Marshall de l’excellente maison américaine The Creative Company, revenue à Bologne après douze ans et qui craint ne pas y revenir avant douze ans. Pendant quelques minutes, l’âme de son défunt mari, le merveilleux auteur-illustrateur Étienne Delessert (lire ici) a plané sur nous.


Cette année, des protections auditives n’étaient pas inutiles tant l’annonce de certains prix étaient sonores. À croire que Kevin De Bruyne avait marqué un goal en finale de la Coupe du monde de foot. Tout comme les lunettes solaires tant certains stands brillent de mille feux. Comme toujours, le pire côtoie le meilleur, parfois côte à côte. Côté odorat, on est davantage gâté avec les arômes de café qui flottent ici et là. Ou de pizzas. Ou même de plats asiatiques quand on se promène dans le coins des imprimeurs chinois.

Du monde devant les stands italiens.

Dans les allées de stands italiens, c’est la grande foule. Et il devient difficile d’apercevoir les livres sur les tables. Non seulement des auteurs et des illustrateurs dédicacent leurs livres, mais là, et pour ceci comme partout ailleurs dans la foire, les illustrateurs viennent présenter leur travail. Carton de dessins sous le bras ou tablette en main. Ils font la queue un peu partout, rappelant le Bologne du tournant du siècle. Et, au fil des ans, la Foire de Bologne leur alloue de plus en plus de place. Bien sûr, il y a la traditionnelle exposition des illustrateurs (lire ici) mais aussi des rencontres, des master classes données par des maîtres du genre, des murs à envahir… Sans oublier les écoles dédiées à l’illustration qui occupent de nombreux stands.

Suspense avant la proclamation du prix Astrid Lindgren.

Le deuxième jour de la Foire du livre pour enfants de Bologne est aussi celui où est décerné le prix Astrid Lindgren, récompense annuelle qui va à un auteur, un illustrateur ou un outil de promotion de la lecture. Il a été créé en 2002 à la mort de la merveilleuse écrivaine suédoise et est généreusement doté : 5 millions de couronnes suédoises, soit 464.000 euros.

Le lauréat 2026 est le Canadien Jon Klassen.

L’excellent choix des jurés 2026 s’est porté sur l’artiste canadien Jon Klassen, l’homme aux différents chapeaux lors de ses débuts, l’homme aux crânes plus récemment. Il a été choisi entre 263 candidats provenant de 74 pays. Il perpétue en effet merveilleusement l’esprit d’Astrid Lindgren, qui a toujours encouragé et célébré l’imagination, le courage et l’empathie.

La motivation du jury:
« À travers sa narration subtile et évocatrice en mots et en images, Jon Klassen ouvre de nouvelles perspectives sur notre place dans l'univers. Que se passe-t-il lorsqu'un rocher tombe du ciel, lorsque les chapeaux disparaissent ou qu'un crâne commence à vivre sa propre vie? Avec précision, émotion et esprit inventif, les défis de l'incertitude et de l'espoir de la vie sont dépeints dans une interaction de couleur et de forme. Les contes brillants de Jon Klassen se démarquent par leur élégance sans effort et leur profondeur ambiguë, où le lecteur devient un co-créateur. »
 Jon Klassen est né en 1981 à Winnipeg, au Canada. Son premier album, « I Want My Hat Back » (2011), révèle déjà son talent, l’excellence de son rapport texte-images et sa complicité avec l’enfant lecteur.  Il inaugure une trilogie qui s’est poursuivie avec « This Is Not My Hat » (2012) et « We Found a Hat » (2016). Ces trois titres ont été publiés en français chez Milan: « Je veux mon chapeau », « Ce nest pas mon chapeau » et « On a trouvé un chapeau » (2020, 2021 et 2024).


Depuis l’album « The rock from the Sky » (« Le rocher tombé du ciel ») en 2022, il est traduit en français chez Pastel, imprint belge de l’école des loisirs. Trois cartonnés pour les plus jeunes y ont suivi en 2025, le trio « Your Forest », « Your Farm » et « Your Island », devenus « Ta forêt », « Ta ferme », « Ton île ». Juste avant, en 2024, on y avait eu le très drôle et intriguant « Le crâne ».


Jon Klassen est aussi l'illustrateur de la série « Pax » de Sara Pennypacker, en français chez Gallimard Jeunesse. Et il a publié toute une série de livres pour enfants renommés avec Mac Barnett, y compris une trilogie sur les formes géométriques.

Jon Klassen a le talent de traiter les questions existentielles avec astuce et humour, bousculant gentiment ses lecteurs. Je reviendrai à ses livres plus en détail.

lundi 13 avril 2026

Foire de Bologne, jour 1, avec les prix Andersen

« Together we are better ».

Première heure du premier jour de la Foire du livre pour enfants de Bologne, tout le monde s’embrasse, tout le monde s’enlace, tout le monde se saute dans les bras. Les retrouvailles à la Bologna Children’s Bookfair sont un incontournable de la littérature de jeunesse. Même si les éditeurs du monde entier sont en contact par téléphone et par internet tout au long de l’année.

Annoncée à 10h30, la cérémonie d’ouverture commence à 10h56, sous la présidence chaleureuse d’Elena Pasoli, la directrice de l’événement annuel, qui en est à sa 63e édition et s’avère de plus en plus  internationale depuis la fin de la pandémie de Covid. Environ 1500 éditeurs de quasi cent pays, 20 expositions importantes, 500 événements en trois jours. Il faut des jambes et de la résistance pour parcourir les immenses halls, patrouillés discrètement par la Polizia et des agents de sécurité privée.

Chacun des intervenants a salué la pouvoir de l’imagination, surtout en ces moments de tensions internationales, a rappelé l’importance du respect des droits humains, de la solidarité, de la paix et de l’engagement. Le slogan de l’année est « Together we are better ». Certains ajoutent « Together we are stronger ».

À 11h48, la Foire de Bologne est officiellement déclarée ouverte. Rappelons que la Norvège en est le pays invité d’honneur.

L’après-midi a lieu la traditionnelle conférence de l’IBBY, rappelant les événements de l’année et ponctuée par l’annonce des lauréats des prix Hans Christian Andersen. Choisis depuis janvier, ils n’ont souffert d’aucune fuite. On connaissait les finalistes et le composition du jury, uniquement féminin pour cette édition (lire ici), voici les lauréats.

En catégorie auteur, c’est le Britannique Michael Rosen qui a été choisi. Peu traduit en français alors qu’il a deux cents livres à son actif (lire ici). L’écrivain était annoncé en Italie, comme invité de la Foire, mais il n’y est pas arrivé, arrêté à son départ d’un aéroport britannique et refoulé car son passeport n’avait plus une validité de six mois. Encore un coup du Brexit! En catégorie illustrateur, c’est l’artiste chinoise Cai Gao qui est lauréate. On ne connaît hélas pas en français son travail où elle intègre l’illustration chinoise classique dans une version contemporaine. Bravo à eux! Et des détails au retour de la foire.






Deux hommages à l’artiste May Angeli



Les Éditions des Éléphants :
« Nous avons appris avec une grande émotion la disparition de notre chère May Angeli, le 11 avril 2026 lire ici).
Depuis ses débuts en 1961 aux éditions de La Farandole, May Angeli a éclairé de ses gravures sur bois une centaine d’albums pour la jeunesse. « Dessiner, c’est regarder », disait-elle, observant la nature qui l’inspirait, en France ou en Tunisie, pour chacun de ses livres. Elle nous a fait l’honneur et la joie de nous confier son travail quand nous avons créé Les Éditions des Éléphants en 2015, avec La Flaque qui fut le tout premier ouvrage que nous avons publié. Nous ne comptons pas les réunions joyeuses autour de ses chemins de fer et gravures, les délicieux déjeuners qu’elle nous concoctait chez elle, les immuables coups de téléphone du lundi matin pour prendre de nos nouvelles, les interventions en bibliothèques à ses côtés, les dédicaces en librairie et les expositions nombreuses. Elle aura aussi marqué nombre d’auteurs et artistes qui ont eu la joie de la rencontrer lors de salons. 
Sa contribution à la littérature jeunesse française est inestimable, le don de centaines d’illustrations qu’elle fit en 2019 à la BNF et l’exposition qui s’ensuivit en resteront un témoignage flagrant.

Si May était une autrice illustratrice hors pair, elle était plus que tout encore une femme exceptionnelle, entière, fidèle en amitié, engagée et d’une générosité immense. À plus de 80 ans, elle avait su conserver de l’enfance une incroyable curiosité du monde et de l’autre. Mère, grand-mère et arrière-grand-mère, sa famille était son épicentre. Nos pensées vont vers eux, et vers ses nombreux amis, de France et de Tunisie. 

Elle ne sera plus à l’autre bout du téléphone, et le silence est déjà grand. 
Pour l’entendre à nouveau ou si vous souhaitez découvrir ou revoir son travail, La Charte auteurs illustrateurs a réalisé sur son site une formidable vidéo dans son atelier où May Angeli parle de son travail. Nous vous invitons à la regarder sur le site de la Charte dans l’onglet Nos actions > portraits d’auteur. »

Ce que confirme Anna Angeli, une des enfants de l’artiste, dans son annonce samedi:
« Aujourd’hui ma mère May Angeli s’en est allée. Toutes petites nous regardions ma soeur et moi, les personnages et les animaux s’animer dans la page, la nature s’épanouir au bout de son pinceau. Chacun de ses livres sont des souvenirs de notre enfance puis ceux de nos enfants. Adultes nous étions les premières lectrices et admiratrices de ses bois gravés. Ses albums s’emparent des indignités du monde mais à hauteur d’enfants avec beauté, sensibilité et humour. Son travail a été fortement marqué par la Tunisie, inspirante, magnifique et bouleversée et si affectueuse, aujourd’hui je sais que tous ses amis ici et là-bas la pleurent avec nous. Ce quelle nous laisse est immense, son regard, sa force et son optimisme indéfectible. 
Pour toujours les couleurs de mon enfance. »