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jeudi 4 mars 2021

Le prix Prem1ère 2021 à Dimitri Rouchon-Borie

La couverture du roman, par Clara Audureau. (c) Le Tripode.

Il est des livres qui vous clouent à votre siège vous entrent dans les yeux le cerveau et le cœur. Vous remuent par leur fond quelle histoire et par leur forme quelle écriture. Vous accompagnent vous hantent vous interrogent vous rendent aussi plus humain. "Le Démon de la Colline aux Loups", le premier roman de Dimitri Rouchon-Borie (Le Tripode, 240 pages), lauréat en ce 4 mars du quinzième prix Prem1ère 2021 (lire ici), doté de 5.000 euros, est de ceux-là. Un roman excellemment présenté comme toujours au Tripode, papier de qualité, typo soignée et ce magnifique paysage en couverture.

"Le Démon de la Colline aux Loups" est un livre sombre, très sombre. Il raconte l'itinéraire d'un enfant né comme ses frères et ses sœurs dans une famille atrocement maltraitante. Un père et une mère toxiques au-delà de ce qu'on voit habituellement, qui martyrisent leur progéniture. Aucun soin, aucun souci, aucune attention, pas assez de nourriture, aucune activité mais des colères, des punitions, des enfermements, des sévices. Pour dire cela, Dimitri Rouchon-Borie use d'une écriture qui n'est qu'à lui. Des phrases immenses sans autre ponctuation que des points. Au lecteur de se débrouiller pour faire la part entre ce qui s'écrit et ce qui se dit. Au lecteur d'entrer par cette porte étroite dans ce roman bouleversant qui va le conduire loin, très loin, dans la noirceur humaine. Au-delà de ce qu'on imagine communément.
Le paragraphe initial du roman:
"Mon père disait ça se passe toujours comme ça à la Colline aux Loups et ça s'était passé comme ça pour lui et pour nous aussi. Maintenant je sais que ça s'est arrêté pour de bon. La Colline aux Loups c'est là que j'ai grandi et c'est ça que je vais vous raconter. Même si c'est pas une belle histoire c'est la mienne c'est comme ça."

On découvre l'histoire du narrateur à travers le journal que, devenu adulte et incarcéré, il tape à la machine à écrire dans sa cellule. Il raconte tout sans filtre, ces enfants qui n'ont pas de lit où dormir et se serrent les uns contre les autres sur le sol comme dans un nid, ces enfants qui ignorent qu'ils ont un prénom et l'apprennent un jour par hasard - pour le narrateur, Duke, ce sera à l'école -, ces enfants qui ne savent rien parce que personne ne leur apprend rien, ne leur montre rien, ces enfants devenus quasiment de petits animaux. Et bien entendu les violences, d'une rare cruauté et hautement répétitives. Les souvenirs de Duke sont interrompus par des scènes dans la prison, son compagnon de cellule, le gardien et, surtout, le prêtre qu'il a demandé parce qu'il s'interrogeait sur ce qu'est l'âme. Par ses réflexions aussi: où était-il bien? avait-il le choix de ne pas devenir un monstre? son père lui a-t-il légué le Démon? aurait-il pu avoir un autre destin? Il a les réponses.

Chroniqueur judiciaire au quotidien breton "Le télégramme", Dimitri Rouchon-Borie enfile les souvenirs de son personnage comme autant de perles noires. La violence, les viols, la résistance de Duke pour protéger sa sœur, l'intervention de la justice, le placement en famille, le procès des parents ("je m'appelle Clara et si mon père n'avait pas violé mon frère je n'aurais jamais su que c'était mon nom"), la fuite à seize ans, la violence à répétition, toujours plus forte, due pour Duke à l'intervention du Démon, l'apaisement dans la nature jusqu'à l'effroi absolu et le drame atroce de la finale.

Servi par cette écriture hypnotique, sans une once de gras, où le primo-romancier est parvenu à se glisser dans la peau d'un enfant qui ne sait rien du monde, de la vie ou de lui, ce livre extra-ordinaire est une claque littéraire qui nous oblige à regarder aussi les enfants qui sont nés dans des familles de monstres. Des enfants martyrs qui ne connaissent pas toujours le chemin de la résilience mais voient naître en eux la haine. Une haine balayée par quelques moments d'amour ou de tendresse. Pour Duke, ce sera sa sœur d'abord, Billy ensuite, une jeune fille qu'il tentera d'extraire de ses démons à elle. Etait-ce suffisant pour qu'il puisse trouver son chemin?



Le lauréat du prix Prem1ère 2021 est venu à Bruxelles ce 4 mars pour recevoir sa récompense et rencontrer les dix jurés qui l'ont élu. Un déplacement qui a aussi été l'occasion de lui poser quelques questions.


Neuf questions à Dimitri Rouchon-Borie

Dimitri Rouchon-Borie.
Votre roman provoque à la lecture une stupéfaction inhabituelle. On en est quasiment figé.
Cela a été une telle expérience d'écriture pour moi que je comprends l'expérience du lecteur. Ce livre, je l'ai écrit en trois semaines, au printemps 2019. J'ai été comme traversé par une tempête. Je l'ai écrit sans réfléchir, de manière fusionnelle. J'étais dans le livre de manière totale. Quand il est sorti, que j'ai eu le livre physique en main, c'est comme si on avait coupé le cordon ombilical. J'ai alors pu le réaborder de l'extérieur.

Quel a été l'élément déclencheur de l'écriture?
Je suis journaliste au "Télégramme" en Bretagne. J'y suis chroniqueur judiciaire. Il m'est parfois difficile d'être dans l'écriture journalistique, d'être dans l'horreur tout le temps puisque je suis les procès d'assises. J'encaissais trop. Parce que les procès, je les couvre de manière empathique, pour comprendre chacun de ceux qui sont réunis là.

Comme un journaliste?
Oui, un journaliste raconte l'humain. Parce qu'il est nécessaire de dire les choses, de ne pas les cacher, d'être au plus près de ce que c'est que vivre la violence. On se laisse traverser par tout ce qu'on n'écrit pas, les coups d'œil, les soupirs, les visages. Tous ces fantômes se sont amalgamés en moi et sont sortis sous cette forme-là. J'ai écrit ce livre avant un nouveau procès de maltraitance d'enfants. Par peur que ce soit le procès de trop pour moi. Je l'ai écrit comme un exutoire, comme une thérapie. Cela a été libérateur. Il m'a permis de me rencontrer moi, de comprendre ma position d'humain, de journaliste, dont la souffrance est de ne pas tout dire, d'être avec tant de questions dans ces procès et de repartir avec elles. Ce livre a guéri des blessures et m'a fait d'autres cicatrices. L'écriture s'est imposée parce que pour raconter l'indicible, il faut une langue qui n'existe pas.

Vous êtes-vous basé sur vos expériences de chroniqueur judiciaire pour écrire?
J'ai une formation en philosophie et en sciences cognitives. Les questions théoriques sont incarnées dans les histoires vraies que je côtoie. Il y a aussi des miracles dans les tribunaux, mais davantage d'histoires comme dans mon livre. Dans mon coin de Bretagne, 80 % des procès d’assises sont des affaires de viol.
Je me suis donc basé sur ce que j'ai vu et entendu lors des procès. Par contre, je n'ai jamais croisé d'affaire avec une absence de prénoms. Pour moi, le symbole absolu de la violence et de la maltraitance est de ne pas nommer son enfant. Quand on supprime l'identité, on n'est rien. J'ai voulu que Duke découvre son prénom à l'école, avec quelqu'un de bienveillant.

Il n'y a pas de résilience pour Duke.
Il y en a qui s'en sortent, oui, mais l'inverse est vrai aussi. Violenter un enfant, c'est prendre ce risque-là. J'ai été taraudé par ces questions. Par exemple, lors du procès que j'appréhendais, les enfants victimes dessinaient. Ils dessinaient pendant que se disaient les horreurs qui leur avaient été faites! J'en ai été bouleversé. Cela faisait écho au livre que j'avais écrit. 
Pourquoi certains n'en sortent pas? On n'en sait rien. Les éducateurs évoquent des récidives sans que personne ne sache pourquoi. Pourquoi chez Duke tout foire-t-il tout le temps? On n'a pas de réponse du côté des hommes. Lui-même se pose des questions à propos de Dieu, de l'âme, du purgatoire. Il lit les confessions de Saint-Augustin pour tenter de comprendre.

Vous vous êtes glissé dans la peau d'un enfant qui ne connaît rien.
Je suis allé chercher ce petit garçon dans le "nid". Je suis parti de là. Cela m'a permis de le raconter. Il est la synthèse de tous mes fantômes. Il y a tellement d'histoires de maltraitance d'enfants. Lors d'un procès, un enfant de onze ans avait été évalué comme ayant le niveau d'un enfant de trois ans. Le juge a dit que ce n'était pas rattrapable pour lui. Pourquoi certains et pas les autres? On ne sait pas mais on sait que les maltraitances sexuelles ont un taux de reproduction très fort.

Et pour Duke?
Duke est dans un tourbillon. C'est comme une malédiction à ses yeux: cela se passe comme ça. Mais comment cela s’arrête-t-il? que fait-on de cela? Duke nous parle à nous. Il veut s'affronter lui-même. Il est clairvoyant par rapport à lui-même. Il a envie de ne rien s'épargner car pour lui, ce serait déjà faire gagner le Démon. Il se pose des questions et fait ses choix. Il a bien conscience en écrivant son journal qu’il aurait pu à certains moments faire d'autres choix. Mais il n'a pas pris ces options-là.

Duke tient parce qu’il veut sauver, sa sœur d'abord, Billy ensuite.
Et par amour. Il vit une première lumière de l'amour, de la tendresse, après les violences que  lui a infligées son père, avec sa sœur. Mais elle est incestueuse. Il sait que cette beauté qu'il vit avec sa sœur est anormale.
Dans la nature, il est bien aussi. Il peut s'oublier. Il a là un sentiment océanique. Le début de la souffrance, c'est l’émergence de l'inconscient. La nature, c'est l'indistinction.

Vous ne donnez pas d'indication de lieu ou de temps.
Ni l'époque ni les choses ne sont localisées pour arriver à saisir des choses plus universelles. Je n'utilise pas de lieux réels ni de situations réelles. J'aime cela, cela me donne une vraie liberté dans l'imaginaire. Cela s'oppose à mon métier de journaliste où je dois être réel. Cela me permet d’emmener les gens ailleurs.


Lauréats précédents
  • 2020 Abel Quentin, pour "Sœur" (Editions de l'Observatoire, 2019, lire ici)
  • 2019 Alexandre Lenot, pour "Écorces vives" (Actes Sud, 2018) 
  • 2018 Mahir Guven, pour "Grand frère" (Editions Philippe Rey, 2017, lire ici
  • 2017 Négar Djavadi, pour "Désorientale" (Liana Levi, 2016, lire ici)
  • 2016 Pascal Manoukian, pour "Les échoués" (Éditions Don Quichotte, 2015, lire ici)
  • 2015 Océane Madelaine, pour "D'argile et de feu" (Les Busclats, 2015, lire ici)
  • 2014 Antoine Wauters, pour "Nos mères" (Verdier, 2014, lire ici)
  • 2013 Hoai Huong Nguyen, pour "L'ombre douce" (Viviane Hamy, 2013)
  • 2012 Virginie Deloffre, pour "Léna" (Albin Michel, 2011)
  • 2011 Nicole Roland, pour "Kosaburo,1945" (Actes Sud, 2011)
  • 2010 Liliana Lazar, pour "Terre des affranchis" (Gaïa Éditions, 2009)
  • 2009 Nicolas Marchal, pour "Les Conquêtes véritables" (Les Éditions namuroises, 2008) 
  • 2008 Marc Lepape, pour "Vasilsca" (Éditions Galaade, 2008)
  • 2007 Houda Rouane, pour "Pieds-blancs" (Éditions Philippe Rey, 2006) 










mercredi 3 mars 2021

Six albums du Dr Seuss retirés du marché

Les six titres retirés.

Hier, pile le jour de naissance du Dr Seuss, nom de plume de Theodor Seuss Geisel, né le 2 mars 1904 et mort le 24 septembre 1991, la maison d'édition américaine Dr. Seuss Enterprises a annoncé qu'en collaboration avec un groupe d'experts, dont des éducateurs, elle a décidé de cesser la publication et la licence des six titres suivants:
  • "And to Think That I Saw It on Mulberry Street" (1937)
  • "If I Ran the Zoo" (1950, liste d'honneur de la Médaille Caldecott)
  • "McElligot's Pool" (1947, liste d'honneur de la Médaille Caldecott)
  • "On Beyond Zebra!" (1955)
  • "Scrambled Eggs Super!" (1953)
  • "The Cat's Quizzer" (1976)
car elle estime que ces livres décrivent les gens d'une façon blessante et injuste.

L'annonce officielle.



Dr Seuss avec son album
 "The cat in the hat".
Fameuse annonce à propos de cet auteur-illustrateur américain drôle et grinçant, à l'univers visuel extravagant, débordant de personnages et d'animaux insolites et amusants! Il enchanta des générations et des générations d'enfants, principalement aux Etats-Unis (600 millions d'exemplaires vendus dans le monde) puisque son œuvre était jusque récemment peu traduite en français. 

Deux des titres incriminés, "And to Think That I Saw It on Mulberry Street" et "If I Ran the Zoo" figurent dans la liste des dix livres essentiels du Dr Seuss aux Etats-Unis.

Quid du côté francophone puisqu'on sait que Le Nouvel Attila a entrepris depuis 2016 la difficile mission de passer le Dr Seuss en français. C'est l'auteur et éditeur Stephen Carrière qui se charge de la traduction et il le fait formidablement bien.

Benoît Virot, patron de la maison d'édition, se montre rassurant:
"Aucune incidence puisque ces titres (dont certains mineurs et de fin de carrière!) n'étaient pas encore traduits ni programmés chez nous. Nous avions acheté l'un d'entre eux, le "Quizz", et les ayants-droit nous ont juste demandé d'en suspendre la parution si celle-ci était dans les tuyaux, mais ce n'était pas encore le cas."


Depuis la fin 2016, Le Nouvel Attila publie régulièrement de superbes traductions du Dr Seuss, dues à Stephen Carrière. Une première salve de trois titres, "Le Chat chapeauté" ("The Cat in the Hat", 1957, le best-seller absolu aux USA, un million d'exemplaires vendus en trois ans), "Comment le Grinch a volé Noël" ("How the Grinch Stole Christmas!", 1957) et "Un poisson deux poissons un poisson rouge un poisson bleu" ("One Fish Two Fish Red Fish Blue Fish", 1960). Soit un chat toqué qui fait des bêtises à la place des enfants, un grincheux personnage qui joue les trouble-fête à Noël, des animaux zinzins pour rire avant de dormir.
En 1954, le magazine "Life" publiait un rapport sur l'illettrisme à la conclusion sans appel: les enfants n'apprennent pas à lire parce que leurs livres sont ennuyeux. Un éditeur proposa alors au Dr. Seuss une liste de 250 mots basiques pour apprendre à lire, et lui demanda de les utiliser pour écrire un livre. Le Dr. Seuss finit "The Cat in the Hat" en n'en utilisant que 236, un exploit. Ce texte contient tout son génie et un vocabulaire familier des lecteurs débutants.



En 2017 suivent, toujours excellemment traduits pas Stephen Carrière, d'abord les albums "Les œufs verts au jambon" ("Green Eggs and Ham", 1960), comment convaincre un vieux grincheux de déguster des œufs verts au jambon, et "Horton entend un chou" ("Horton Hatches the Egg", 1940) où un éléphant entend un grain de poussière et en tire plein de conclusions.
Une rumeur dit qu'en 1960, son éditeur aurait parié 50 dollars que le Dr. Seuss ne serait pas capable d'écrire un livre entier avec seulement 50 mots… Pari tenu avec "Green Eggs and Ham", le livre du Dr. Seuss le plus vendu jusqu'à présent.

 



Toujours en 2017, plus tard dans l'année, deux albums traduits en français pour la première fois, "Le Lorax" ("The Lorax", 1971) une fable écologique, et "On cherche un bon copain" ("What Pet Should I Get?", 2015), comprenez un animal de compagnie.
Histoire de choix, l'album "On cherche un bon copain" a aussi été une question de choix pour les éditeurs. Le manuscrit et les dessins à l'encre de "What Pet Should I Get?" ("On cherche un bon copain") avaient été trouvés à l'automne 2013, plus de vingt ans après la mort du Dr. Seuss, par sa femme et sa secrétaire. Mais il y avait plusieurs versions du texte et les dessins étaient en noir et blanc, créés entre 1958 et 1962. Son éditrice a reconnu les personnages déjà utilisés dans "Un poisson deux poissons un poisson rouge un poisson bleu", et accordé la palette en conséquence.

 


En 2018 paraissent  avec toujours le même traducteur "La ballade de la bataille au beurre", ("The Butter Battle Book", 1984), fable sur la guerre froide et la course aux armements, et "Le Retour du chat chapeauté" ("The Cat in the Hat Comes Back", 1958) pour dire adieu à l'ennui. En 2020 était prévu "Oh, comme tu es chanceux" (Did I Ever Tell You How Lucky You Are?", 1973), inventaire de lieux fantasques que tout le monde aimerait visiter mais où personne n'aimerait vivre, reporté pour cause de confinement. En 2021, "Le livre du sommeil" ("Dr. Seuss's Sleep Book", 1962) ou ce qui se passe dans la tête des dormeurs pendant qu'ils rêvent.

Ce qui nous fait déjà dix titres du Dr Seuss passés en français grâce à Stephen Carrière.


















mardi 2 mars 2021

Les dix finalistes du Prix Prem1ère 2021


Qui sera le lauréat du prix Prem1ère 2021 (RTBF), prix récompensant chaque année un premier roman écrit en langue française (lire ici)? Verdict le 4 mars.
Les titres finalistes ont été choisis par un comité de professionnels du livre, libraires, journalistes et critiques littéraires (Deborah Danblon, Régis Delcourt, Kerenn Elkaïm, Emmanuelle Jowa, Christine Pinchart et Laurent Dehossay) avant d'être soumis à un jury de dix auditeurs de la Première, présidé par Laurent Dehossay.

Les dix finalistes

Ludovic Manchette
Christian Niemiec
"Alabama 1963"
Le Cherche-Midi

Cap sur les États-Unis, en Alabama, en 1963, au cœur d'une tragédie: la disparition de plusieurs fillettes noires à Birmingham. Sur une toile de fond extrêmement sombre, ségrégation raciale, Ku Klux Klan, assassinat de Kennedy, les auteurs nous racontent comment deux êtres que tout oppose vont apprendre à se connaître et à se respecter avec leurs différences.



David Fortems
"Louis veut partir" 
Robert Laffont

En route vers Bogny-sur-Meuse, petite ville des Ardennes françaises, près de Charleville-Mézières, pour suivre l'enquête menée par Pascal, ouvrier dans la quarantaine, sur le suicide de son fils, Louis, 18 ans. Un garçon passionné par la lecture, bon élève. D'où l'incompréhension totale du père. Passée la stupéfaction, il part à la recherche de la vérité. Louis se révèlera avoir été un parfait inconnu pour lui.
 


Dima Abdallah
"Mauvaises herbes"
Sabine Wespieser

L'histoire d'une petite fille née à Beyrouth pendant la guerre civile. Elle n'a pas peur et ne pleure pas car son papa l'attend et la protège. Mais celui qui est un géant aux yeux de sa fille, sait toute son impuissance. Ce sera ensuite l'exil à Paris. Pour elle, pas pour lui. C''est en devenant mère qu'elle tentera de se délivrer de ce passé meurtrier.



Christophe Perruchas
"Sept gingembres"
Rouergue/La Brune

Antoine, quadragénaire, est cadre dirigeant dans une agence de publicité parisienne plutôt prospère. Père attentionné, mari aimant, manager efficace. Mais si Antoine est un winner, il y a une faille … #balancetonporc… Antoine va faire l'objet d’une plainte pour harcèlement sexuel. La jolie photo se déchire alors de toute part.



Maylis Adhémar
"Bénie soit Sixtine" 
Julliard

Sixtine, jeune fille très pieuse, nous ouvre la porte du milieu fondamentaliste catholique français. Sa rencontre avec Pierre-Louis, qui a mis la barre très haut dans la pratique des valeurs chrétiennes. Son mariage foireux dès la nuit de noces. Sa réduction au statut de mère. Ses désillusions devant les affirmations de son mari et de ses semblables. Son effroi lors de leurs expéditions punitives. Mais Sixtine est aussi une combattante, celle de sa liberté de vivre.



Emmanuelle Dourson
"Si les dieux incendiaient le monde"
Grasset

Les histoires de familles finissent-elles mal? Pas sûr, même si elles sont traversées par la douleur et les ruptures. Celle-ci va du départ brutal de la fille cadette qui restera silencieuse pendant une quinzaine d’années et deviendra une pianiste renommée basée à New York. L'annonce d'un concert d'elle à Barcelone, met sa famille est en émoi. Serait-ce l'occasion de se réunir?



Dimitri Rouchon-Borie
"Le Démon de la Colline aux Loups" 
Le Tripode

Descente dans l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus noir, avec ce journal d'un homme en prison et perdu à jamais. Il raconte l'impensable, ce qui lui est arrivé. Une enfance dévastée par des adultes monstrueux. Un sauvetage par les services sociaux. Un âge adulte empli de douleur, de rage et de violence et d'amour. Sauf que les démons, trop souvent, triomphent de l'amour.



Emmanuel Chaussade
"Elle, la mère"
Minuit

Lors de sa mise en terre, une mère va se révéler à travers les souvenirs du fils, narrateur de l'histoire. Amour, colère, incompréhension, admiration, déception devant cette femme à la puissante personnalité. Une femme qui s'est voulue libre à une époque sans #metoo. Au final, une femme seule, qui a refusé d'être une victime, n'épargnant personne et certainement pas son fils.



Anthony van den Bossche
"Grand Platinum"
Seuil

Une sorte de fable sur les temps présents, aux côtés de Louise, jeune et dynamique entrepreneuse qui tente de récupérer les magnifiques carpes japonaises, des koïs, que son père décédé, a dispersées dans plusieurs plans d'eau de la capitale, en toute illégalité.



Abdelhafid Metalsi
"La colline à l'arbre seul"
JC Lattès/La Grenade

Des gamins, issus de milieux modestes, redoublent de débrouillardise pour se payer des séances de cinéma et des canettes de boissons gazeuses sirotées au coin d'un feu sur lequel ils font cuire des patates. Pour trouver l'argent, ils récupèrent cartons et bouteilles consignées qu'ils revendent à un ferrailleur. Mais la petite bande n'est pas la seule à exploiter le filon. 



(c) Les illustrations proviennent du site de la RTBF.


samedi 27 février 2021

Pleine Lune de Neige ce 27 février

"Jours de lune". (c) Les Grandes Personnes.

Aujourd'hui, 27 février, c'est pleine Lune, la deuxième de l'année, pleine Lune de Neige, dit-on. Il y aura douze pleines lunes en 2021, contrairement à l'année 2020 où on en a décompté treize. L'occasion de présenter cinq albums pour enfants de différentes tranches d'âge évoquant l'unique satellite naturel de la Terre. D'autres albums sur le même sujet ici, ici et ici.

Il y a déjà trente ans que Katsumi Kogamata, immense artiste japonais né en 1953, crée des livres pour enfants. Une trentaine à ce jour. Reconnaissables de loin par leurs jeux sur les formes et les couleurs, leur apparente simplicité fruit de longues recherches, leur élégance graphique, l'usage de papiers découpés. Ils ne peuvent cacher que leur créateur est designer de formation. Dans la ligne de Bruno Munari, Leo Lionni, Tana Hoban, Iela Mari... 

Publiés et diffusés longtemps par les Trois Ourses, association aujourd'hui éteinte, les livres de Katsumi Kogamata, multiprimé aux Bologna Ragazzi Awards, paraissent aujourd'hui aux éditions des Grandes Personnes qui fêtent leurs dix ans - mais on sait que Brigitte Morel qui les dirige illumine la littérature de jeunesse avec ses publications depuis bien plus longtemps. "Reverso" en 2013, une série de quatre puzzles réversibles pour jouer  avec les formes et les couleurs.

Et deux albums en janvier, annoncés en fin d'année dernière mais qui n'ont pas pu sortir comme prévu en raison du confinement, "Pacu Pacu" (Les Grandes Personnes, 32 pages avec découpes), la réédition d'un album publié par les Trois Ourses en 2000, magnifique avec ses découpes, qui raconte les apprentissages d'un petit poisson, une perche (dès 2 ans),

et "Jours de lune" (Les Grandes Personnes, 32 pages découpées), un format tout en hauteur, un livre d'artiste pour les petits. Pile dans notre sujet du jour puisqu'on y passe de la lune au soleil, de la nuit au jour, mais pas seulement car Katsumi Komagata a voulu utiliser ici des combinaisons de couleurs que les personnes qui ont un problème de perception visuelle peuvent avoir du mal à distinguer; un exercice de reconnaissance des couleurs achève d'ailleurs l'album.

"Jours de lune" est toutefois pleinement un album de Komagata dans le sens où les expressions universelles qu'il crée sont à partager avec tous. Sans texte, l'album s'ouvre sur la phrase "Tout comme la lune croît et décroît, de petits changements s'opèrent au cours de la vie. Un processus qui se répète au fil du temps..."

Apparemment énigmatique, l'album se laisse approcher sans peine par qui ouvre l'œil et est curieux car tout y est à deviner. La découpe de la page suit les phases de la lune, décroissante, absente puis croissante. L'auteur joue en deux temps avec cette découpe à géométrie variable car elle figure dans une page le soleil ou la lune dans le ciel et devient à la double page suivante un fruit accroché à une branche, qui diminue de taille car il nourrit différents animaux jusqu'à se transformer en finale en une cosse de petits pois. Oiseaux, girafe, castor, rhinocéros, bœuf, lion, éléphant et d'autres gourmands apparaissent en silhouettes colorées. Ces agapes sont précédées de scènes paysagères stylisées qui parcourent le monde, la ville, la montagne, la forêt, le désert, le pôle. Un détour par l'espace et on se retrouve à la lumière du monde, puis celle du monde marin avant de revenir à la sécurité d'un pré et à la douceur d'un poulailler.

Découpes, rayures et images. (c) Les Grandes Personnes.


Katsumi Kogamata invite les enfants à une promenade dans ces images très colorées aux fonds rayés, ces rayures pouvant devenir des quadrillages, des ondulations ou même des gammes chromatiques de losanges qui toutes séduisent et enchantent. Voilà une célébration haute en couleurs des cycles de la Lune. A noter encore la très belle impression du livre, réalisée au Japon. Pour tous, dès 2 ans.



Les lapins de la pleine lune
Camilla Pintonato
Seuil Jeunesse
48 pages, 2019
dès 3 ans

De très belles images sur les doubles pages en papier mat pour représenter la grande aventure à laquelle nous convient ces petits lapins. Les séduisantes scènes d'activités alternent avec des paysages proches de l'abstraction. Que font les personnages? On ne le sait pas tout de suite. Ils préparent quelque chose. Une surprise. Ils apparaissent vraiment très affairés. Ils impriment, ils coupent, ils plient. Ils transportent et distribuent leur invitation à fêter la pleine lune à tous les animaux de la forêt. Ces derniers viendront tous au rendez-vous et assisteront à une fête inoubliable, lumineuse et rudement bien orchestrée. Un album tendre, intelligent, prenant et remarquablement mené, tant dans le texte que dans les illustrations.


Deux styles graphiques au service d'une délicieuse histoire. (c) Seuil.



Soleils noirs
Antoine Guilloppé
L'élan vert
12 pages, 2020
dès 2 ans

Des découpes et du noir et blanc, deux options auxquelles a souvent recours Antoine Guilloppé qui les utilise ici ensemble dans un livre tout-carton, destiné aux plus jeunes; la découpe figurant seulement en couverture. "Soleils noirs" est un livre en boucle qui se promène aussi bien dans l'espace infini piqué d'étoiles que dans les galeries aux minuscules fourmis. S'il a accompagné l'exposition "Soleils noirs" qui s'est tenue au musée du Louvre-Lens durant l'été 2020, il peut très bien s'en lire indépendamment.


"Soleils noirs". (c) L'élan vert.



Quand le soleil se lève
Quand se lève la lune
Philip Giordano
Giovanna Zoboli
Seuil Jeunesse
24 pages, 2020
dès 1 an


Un charmant imagier très joliment illustré sur l'alternance jour/nuit. Philip Giordano a été sélectionné pour l'exposition des illustrateurs de la Foire de Bologne en 2016 et en 2020. Giovanna Zoboli est une auteur italienne appréciée et aussi la fondatrice des exigeantes éditions Toppitori. Dans la première moitié de l'album, on découvre ce qui se passe quand le Soleil se lève. La Lune disparaît, la fleur éclot, la mouche bourdonne, le coq chante, etc., jusqu'au petit garçon qui sourit. La seconde moitié du cartonné imagine se qui se passe quand la Lune se lève en reprenant judicieusement les mêmes personnages. Le Soleil se couche, la fleur se ferme, la mouche s'arrête, le coq se tait, etc., jusqu'au petit garçon qui rêve qu'astronaute il explore l'espace. C'est doux, c'est tendre, c'est juste, c'est très bien.


"Quand le Soleil se lève...", on retrouvera plus loin les mêmes personnages
"quand se lève la Lune". (c) Seuil Jeunesse.


Dans la même série:
  • "Sur le sol, sous le sol" (avril 2020)
  • "Dans le ciel, sous la mer" (juin 2020)
  • "En été, en hiver" (juin 2020)



Colombine, la violoniste spatiale
Carlos Videla
Ange Potier
traduit de l'espagnol par Anne-Sophie Vignolles
L'étagère du bas
48 pages, 2020
dès 6 ans


Pleine d'ardeur, la jeune violoniste Colombine passe ses journées à s'exercer. Ce qui lui vaut quelques remontrances de ses voisins. "Trop tôt", "trop fort", "trop répétitif"... Le plus énervé est M. Bombo, l'astronome: "Colombine! Si ça continue, je vais vous envoyer sur la Lune, ton violon et toi!" Mais si c'était ça la solution, se dit la jeune musicienne. Devenir la première violoniste spatiale! C'est-à-dire partir dans l'espace et jouer sur la Lune.

D'accord, déclare M. Bombo qui plonge immédiatement dans de savants calculs. Tout en dégustant quelques citronnades (sans sucre), la boisson préférée de Colombine. Le temps passe et le projet ne se concrétise pas jusqu'à ce que le savant ait une idée étrange mais efficace: attacher la jeune fille à la comète qui passe dans le ciel. Ce mode de déplacement inattendu porte ses fruits. Colombine joue du violon sur la Lune. Par contre, M. Bombo regrette sa présence musicale quand il sirote un jus de citron dans son hamac en pensant à elle.

Agréablement illustré de gouaches mates et inventives, l'album se termine par un happy end dans la ligne de ce qui a précédé. Plus que de réalité scientifique, il traite d'amitié, d'invention et de souci de l'autre.


Réflexions. (c) L'étagère du bas.

Action. (c) L'étagère du bas.

Méditation. (c) L'étagère du bas.








mercredi 10 février 2021

14/02 14.00: sieste poétique en musique

Isabelle Wéry entre Dance Divine et Maud Joiret à droite,
préparatifs de la sieste littéraire.

Artiste associée du Théâtre 140 pour y donner diverses formes de vie à diverses littératures (lire ici), l'autrice belge Isabelle Wéry a eu une nouvelle idée en ces temps de mesures sanitaires liées au coronavirus. En ces temps de fermeture des lieux culturels pour le dire autrement. L'idée d'une sieste littéraire qui serait diffusée en ligne! OK, la sieste littéraire avait déjà été pratiquée au théâtre de l'avenue Plasky (Schaerbeek) dans le cadre du Passa Porta Festival 2019. Mais celle-ci sera différente car numérique. Bien obligé, quand le "présentiel", cet horrible mot, n'est pas possible. Longue d'une heure et une chouquette, la sieste des poètes et poétesses en musique sera diffusée en ligne ce dimanche 14 février à 14 heures sur Bx1+ (co-présentation avec les Midis de la poésie, podcast disponible ensuite). Facile à retenir, le 14 à 14 heures par le 14(0).

Ce sera une heure et une chouquette de mots, de sons, de chants, de mélopées, de textes.
Une heure de poésie mise en notes, "Basta qui rime avec pasta".
Des textes qui éveillent tout de suite des images, qui s'écoutent, qui infusent, qui vous emportent au-delà de vous et vous ramènent à vous-même.
Des voix qui coulent dans l'oreille, y glissent des mots susurrés, ou pas, des mots de douceur, des mots de brutalité, des mots qui s'appellent les uns les autres, à la fois ping-pong littéraire et marabout-boutdeficelle.

Isabelle Wéry...

... et ses quatre complices de sieste littéraire,
Maud Vanhauwaert, Simon Johannin, Maud Joiret et Jean d'Amérique.


Une heure à passer en compagnie de cinq poètes et poétesses qui liront leurs textes, accompagnés par la magnifique musique de Dance Divine. On entendra ainsi Isabelle Wéry lire le poème "J'ai cent ans", Jean d'Amérique "Calcul" et "Nul chemin dans la peau que saignante étreinte", Maud Joiret des extraits de "Cobalt", Simon Johannin "Notes sur la ville", sans oublier la néerlandophone  Maud Vanhauwaert.
 
Performance pour ceux et celles qui lisent leurs poèmes, expérience individuelle pour ceux qui les écoutent, de chez eux ou d'où ils préfèrent. Hommage à la littérature en général, à la poésie en particulier. Nuage de mots et de sons pour entrer à pas comptés dans son imaginaire.