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dimanche 12 avril 2026

La triste nouvelle du décès de May Angeli

May Angeli en Tunisie, son deuxième pays. (c) Karim Ben Smail.

A l'avant-veille de l'ouverture de la 63e Foire du livre pour enfants de Bologne, on apprend le décès de l'immense artiste May Angeli. Quelle tristesse! L'évoquer, c'est voir tout de suite surgir son sourire malicieux et les merveilleuses gravures sur bois qu'elle utilisait principalement dans ses albums pour enfants. Une technique qui n'allait pas de soi pour les éditeurs à ses débuts - elle me l'a rappelé ici à Moulins quand elle y a reçu le Grand prix de l'illustration - mais ne rebutait pas ses jeunes lecteurs, bien au contraire. Le choix des couleurs et la justesse du trait comme du propos les ont convaincus depuis belle lurette.

"Le chat qui s'en allait tout seul", de Rudyard Kipling. (c) Seuil Jeunesse.


Combien de générations ont-elles été enchantées par la virtuose de la xylographie, elle qui était née le 6 août 1937 à Clichy, d'une mère catholique de noblesse mi-bretonne, mi-gasconne, et d'un père juif ashkénaze tchèque, sous le nom de May Blumenfeld? Sa bibliographie entamée en 1961 à La Farandole après des études à l’École nationale supérieure des arts appliqués est richissime et une petite centaine de ses titres sont toujours disponibles, le dernier ayant été publié il y a un an (voir ici). 
 
C'est ce que rappelle le Seuil Jeunesse en annonçant son décès sur les réseaux sociaux.
"C'est avec une profonde tristesse que nous avons appris la disparition de May Angeli, autrice et illustratrice dont l'œuvre a marqué plusieurs générations de lectrices et lecteurs.
May Angeli a grandi au croisement de cultures qui ont façonné son regard sur le monde. Cette richesse d'héritage, on la retrouve dans toute son œuvre: une œuvre habitée par la tolérance, l'ouverture et un profond respect de l'altérité.
Formée aux Métiers d'art à Paris, May Angeli s'est d'abord illustrée par ses travaux à la gouache, à l'encre et à l'aquarelle. Mais c'est en 1980 qu'elle découvre ce qui deviendra sa signature artistique: la gravure sur bois, dont elle deviendra l'une des grandes maîtres. Ses albums, qu'elle crée en tant qu'illustratrice ou autrice-illustratrice, portent cette empreinte unique: la force du trait, la vibration de la couleur, la poésie des matières naturelles.
Son talent l'a menée à collaborer pour le livre, le théâtre, le cinéma, et à transmettre sans compter lors d'ateliers auprès des enfants. Tout au long de sa carrière, elle a su faire de ses images des espaces d'émotion, de dialogue et d'humanité.
Nous souhaitons aujourd'hui saluer une artiste lumineuse, engagée, curieuse, généreuse; mais aussi une femme profondément attachée à la liberté, à la beauté du monde et au partage. Son œuvre continuera longtemps d'accompagner les jeunes lecteurs, d'ouvrir des horizons, et de transmettre cette douceur grave qui lui était propre.
Nos pensées vont à sa famille, à ses proches, et à toutes celles et ceux qui ont été touchés par son travail."
Gravure sur bois, encore et toujours.


L'ancien éditeur tunisien Karim Ben Smail annonce aussi la triste nouvelle.
"May Angeli nous a quittés.
Notre amie May était une immense auteure jeunesse, publiée partout, en Tunisie aussi, son deuxième pays, où elle rejoignait tous les ans pour plusieurs mois son compagnon Hassen Filali, qui nous a quittés il y a quelques années. 
May a laissé beaucoup d’amis, beaucoup d'amour et de respect; une femme rare dont l'appartement parisien a toujours été le refuge, la porte ouverte à tous ses amis tunisiens. May savait accueillir, dans la simplicité. 
Farouche défenseure de toutes les libertés, je me souviens de ce jour à Paris où un policier contrôlait un peu trop brutalement un passant noir, elle s'est approchée, très près. Et quand on lui a dit «Circulez», elle a répondu «Non, j'observe, je témoigne». Sacrée nana.
May, c'était un regard de calme et de bonté. Quand elle nous hébergeait à Paris, dans son salon, il y avait une presse d'impression manuelle sur laquelle elle produisait ses belles gravures, une ambiance de magie créative, lumineuse. 
Quand mon beau-père, très malade, a dû aller se faire soigner à Paris, c'est elle qui l'a accueilli, sans hésiter. Comme pour tant d'autres, May était toujours là, bienveillante, intelligente, courageuse et malicieuse. La Tunisie est très présente dans ses livres, dans son cœur, beaux cadeaux à son pays d'adoption.
Nous lui avons rendu visite il y a une semaine à peine, épuisée par la maladie, douleurs et fatigue. Malgré cela, elle a tenu à se lever, à s'installer dans le fauteuil, parlant difficilement, mais trouvant toujours assez d'énergie pour nous sourire, «Je suis entourée de sauvages», manière de dire «Je veux partir», sans le dire. Puis «Sauf vous!». Je garderai toujours le souvenir de sa main dans la mienne, un geste inhabituel entre nous; elle m'a regardé et a esquissé un rire un peu essoufflé, avec un précieux «la main dans la main!», un petit éclair de malice dans les yeux, une dernière fois. 
Je l'avais appelée il y a quelques jours, elle allait mieux, mais était lucide, «Je ne m’inquiète pas», «Tu vas aller mieux, on t'attend à Tunis!». Hésitation, presque gênée, pudique: «Ça n'est pas possible». Lucide, peu de mots. Et quand je lui ai dit qu'on l’embrassait fort, elle a répondu «Oui, très fort, très fort». 
Une douceur profonde, jusqu'à sa dernière phrase pour l'aide-soignant à ses côtés, lors d'un bref et ultime moment, dans les brumes des calmants: «Vous êtes un très bon ami». De la gentillesse, jusqu'à la fin. 
Nous t'embrassons May, fort, très fort. 
Quel privilège de t'avoir côtoyée! 
Merci pour tout." 
"L'école est fermée". (c) La joie de lire.

Nédra Ben S., une autre de ses amies tunisiennes dit ceci:
"Il existe des femmes qui vous apprend ce que c'est que la liberté. May Angeli était de celles-là. Libre, audacieuse, elle ne renonçait pas à son désir. 
Elle vous apprenait aussi la droiture et l'intégrité, intellectuelle et affective. 
May est une amitié et une leçon. Merci."
L'illustrateur français Mathias Friman témoigne:
"Tellement triste de cette nouvelle. May était talentueuse, drôle. J'étais toujours heureux de la croiser, de rigoler avec elle …
Tu vas me manquer May"
Une autre personne rappelle qu'elle avait une collection de cuillères du monde. 
 
 
May Angeli
était beaucoup plus qu'une artiste créatrice de livres.  Au fil de son chemin, elle avait travaillé avec différents éditeurs, La Farandole et le Sorbier à ses débuts, le Père Castor et Syros ensuite. Très vite, Cérès en Tunisie. Les années 2000 la voient rencontrer Thierry Magnier et suivre Françoise Mateu, ex-Syros, au Seuil Jeunesse. En 2015, le titre "L'école est fermée, vive la révolution!" (lire ici), "un album très important pour moi", m'avait-elle écrit, ne trouve pas preneur chez ses éditeurs habituels et paraît en Suisse à La Joie de lire.
 
En 2018, May Angeli suit Caroline Drouot et Ilona Meyer qui quittent le Seuil pour fonder les Éditions des Éléphants qui deviendront sa maison d'édition principale des dernières années, en parallèle aux rééditions au Seuil Jeunesse et à quelques titres chez Didier Jeunesse (dont un avec le Belge Carl Norac, "Le carnaval des animaux sud-américains").
 
En juillet 2019, May Angeli a fait don à la BnF de plus de 900 planches, dessins et matrices originaux représentatifs de son travail. Bonne fée de la bibliothèque de l'Heure Joyeuse, elle a donné maquettes et gravures de plusieurs de ses livres au Fonds patrimonial. Généreuse, elle a aussi offert chaque année des œuvres pour la vente aux enchères du Muz. Sa carrière de plus soixante ans est d'une foisonnante vitalité. Il faut absolument s'y plonger, le bonheur s'y trouve. Que ses titres, souvent animaliers, soient empreints d'expériences quotidiennes, de contes classiques et de fables modernes, d'engagements. Tendresse, humour, narration, engagement, tout ce qui fait un bon livre pour enfants se trouve dans ses merveilleuses illustrations.
 
Une vaste exposition lui a été consacrée en novembre 2021 à la Bibliothèque François-Mitterrand, donnant à voir son exceptionnelle vitalité picturale. En parallèle, un très beau numéro hors-série de la Revue des livres pour enfants lui a été consacré, "May Angeli, les couleurs de l'enfance" (voir ici, commander ici). 
 
 
 
 
 
 
 
Au fil des ans, j'ai consacré plusieurs notes de blog à May Angeli dont j'ai toujours admiré et apprécié le travail (ici). 
 
 
Les derniers titres de May Angeli, nouveautés et rééditions.

vendredi 3 avril 2026

Une Belge en sélection du Prix du Livre Inter 2026


 
La sélection 2026.
Distinction appréciée pour son palmarès qui constitue une excellente bibliothèque, le prix du Livre Inter vient de révéler les dix titres de fiction choisis pour l'édition 2026. Distinction appréciée aussi parce qu'elle est le choix de lecteurs. Ce sont vingt-quatre auditeurs, douze hommes et douze femmes, qui ont auront la tâche de choisir le ou la gagnante le 31 mai sous la présidence cette année de Laurent Mauvignier, prix Goncourt 2025. Le lauréat (deux possibilités)  ou la lauréate (huit possibilités) de cette 52e édition du prix sera annoncé(e) le 1er juin dans la matinale de France Inter. Ces jurés ont été choisis dans les plus de 2500 lettres reçues à France Inter, notamment par la grande organisatrice Eva Bettan.
 

La littérature belge a souvent été présente dans les sélections du prix du Livre Inter. Elle en a même été lauréate à deux reprises: Henry Bauchau (2008) et Antoine Wauters (2022). On connaît l'adage, "jamais deux sans trois". Ce sera peut-être le cas puisque apparaît dans la sélection le magnifique roman de Caroline Lamarche, "Le Bel Obscur" (Seuil), qui alla jusqu'en finale du Goncourt 2025.






La sélection
  • Jakuta Alikavazovic, "Au grand jamais" (Gallimard)
  • Sarah Chiche, "Aimer" (Julliard)
  • Cécile Coulon, "Le visage de la nuit" (L'Iconoclaste)
  • Constance Debré, "Protocoles" (Flammarion)
  • Jérôme Ferrari, "Très brève théorie de l'enfer" (Actes Sud)
  • Ramsès Kefi, "Quatre jours sans ma mère" (Éditions Philippe Rey)
  • Marie-Hélène Lafon, "Hors Champ" (Buchet-Chastel)
  • Caroline Lamarche, "Le Bel Obscur" (Seuil)
  • Pauline Peyrade, "Les Habitantes" (Éditions de Minuit)
  • Julie Wolkenstein, "Chimère" (P.O.L.)
Pour lire quelques pages des livres en compétition, c'est ici.


Le jury 2026
  • Charline Allard - Enseignante - 46 ans - Aubusson, Creuse (23)
  • Thomas Astier - Chargé de mission dans le secteur du patrimoine - 29 ans - Pantin, Seine-Saint-Denis (93)
  • Delphine Bouzy - Responsable de service dans une mutuelle - 51 ans - Le Perreux-sur-Marne, Val-de-Marne (94)
  • Thibault Boyer - En recherche d'emploi - 28 ans - Nîmes
  • Patrick Brault - Artificier - 60 ans - Galluis, Yvelines (78)
  • Rachel Choukroun - Enseignante retraitée - 85 ans - Marseille
  • José Cosse - Délégué départemental Haute-Garonne pour l'association Le Refuge - Toulouse
  • Nicole Crochet - Cheffe de projet budget participatif - 50 ans - Bourg-en-Bresse, Ain (01)
  • Florence Delpal - Psychologue - 50 ans - Valence, Drôme (26)
  • Timothée Dupont - Paysan bio - 41 ans - Ercé-en-Lamée, Ille-et-Vilaine (35)
  • Charlotte Durand - Responsable des affaires réglementaires de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme dans un grand groupe bancaire - 47 ans - Paris
  • Brice Duthion - Fondateur d'une agence de conseil - 54 ans - Le Cannet, Alpes-Maritimes (06)
  • Richard Francis - Retraité - 73 ans - Sanceray, Saône-et-Loire (71)
  • Sylvia François - Régisseuse d'extérieur - 55 ans - Lieu-dit : Le Clémence, Orne (61)
  • Tom Grandgeorge - Maçon - 25 ans - Lyon
  • Catherine Hardoin - Retraitée de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie - 64 ans - Parigné-L'Évêque, Sarthe (72)
  • David Langlois - Infirmier - 48 ans - Couddes, Loir-et-Cher (41)
  • Didier Laulom - Carreleur - 58 ans - Lescar, Pyrénées-Atlantiques (64)
  • Raphaëlle Leriche - Infirmière - 55 ans - Cessières-Suzy, Aisne (02)
  • Philippe Mathieu - Directeur adjoint de Segpa - 60 ans - Fains-Véel, Meuse (55)
  • Jean-Charles Ravion - Retraité du champ médico-social - 65 ans - Saint-Just-Luzac, Charente-Maritime (17)
  • Kareen Rispal - Diplomate - 65 ans - Madrid
  • Delphine Staquet - Professeur des écoles - 45 ans - Villeneuve d'Ascq, Nord (59)
  • Nadia Strzelecki - Assistante de direction dans le secteur social - 42 ans - Paris
 

 
 

jeudi 2 avril 2026

Semez des histoires et le monde fleurira


Depuis 1967, l'International Children's Book Day (ICBD), la Journée internationale du livre pour enfants (JILVE) est célébrée dans le monde entier le 2 avril. Le jour anniversaire de l'auteur danois de contes de fées, Hans Christian Andersen. Chaque année, une section différente de l'IBBY parraine l'ICBD en préparant un message et une affiche diffusés à travers le monde. Ces supports visent à susciter l'amour de la lecture, à souligner l'importance des livres pour enfants et à promouvoir la collaboration internationale pour le développement et la diffusion de la littérature jeunesse. 
 
Le 2 avril est une journée pour célébrer dans tous les pays avec les enfants la lecture et ceux qui la rendent possible, auteurs, illustrateurs, traducteurs, bibliothécaires, éditeurs, enseignants.
 
Cette année 2026, c'est IBBY Chypre qui coordonne le 2 avril avec une affiche et un dépliant (ici, en grec et en anglais). L'affiche a été créée par Sandra Elephteriou et nous invite dans un monde où l'imagination prend racine. Le message est d'Elena Perikleous: "Semez des histoires et le monde fleurira" . Il rappelle l'importance des graines que nous semons dans l'esprit des jeunes lecteurs grâce à la lecture.

IBBY rappelle combien la littérature jeunesse continue de combler les fossés et de mettre des livres entre les mains des jeunes lecteurs du monde entier. "Aujourd'hui plus que jamais, nous reconnaissons la valeur intrinsèque des histoires, des livres et de la lecture. Ils ont le potentiel d'améliorer notre monde, à commencer par le droit fondamental de chaque enfant et de chaque jeune à avoir accès à des livres qui l'inspirent et qui nourrissent son respect pour le monde qui l'entoure."

Continuons donc à semer des histoires, sachant qu'avec chaque livre partagé, nous contribuons à faire fleurir le monde.
 
 

lundi 30 mars 2026

La triste nouvelle du décès de Glen Baxter

Glen Baxter.

Absurde: Glen Baxter est mort. Le grand manitou du non-sens, incarnation de l'humour anglais, est décédé ce dimanche 29 mars d'un cancer généralisé, selon "Libération". Ce merveilleux artiste adepte du second degré, de l'absurde et de l'autodérision avait tout juste 82 ans Forcément, le monde sera moins drôle sans lui. Sans ses cow-boys, ses gangsters, ses explorateurs, ses écoliers... Sa technique était simple: le rapport entre une saynète dessinée à l'encre et au crayon et sa courte légende forcément dissonante.
 
Un des innombrables dessins de Glen Baxter.

 
 
Glen Baxter au Salon d'art en 2022.
L'artiste était venu à Bruxelles mi-mai 2022 pour une exposition que lui consacrait son ami Jean Marchetti au Salon d'art. C'est à relire ici
 
On pourra bientôt retrouver certaines de ses œuvres dans l'exposition au Centre de la Gravure et de l'Image imprimée qui célèbrera les 50 ans de la galerie bruxelloise. Ce sera du 11 avril au 30 août (infos ici). Et bien sûr,  il apparaît dans le livre-catalogue de Jean Marchetti, "50 ans d'images & mots" (La Pierre d'Alun, collection "La Petite Pierre", 256 pages), en vente à La Louvière et au Salon d'Art.
 

 

Le palmarès des prix Sorcières 2026

L'affiche 2026, dessinée par Audrey Poussier.
 
L'ABF (Association des Bibliothécaires de France) et l'ASLJ (Association des Librairies Spécialisées Jeunesse-Librairies Sorcières) ont bien touillé dans leur grand chaudron. Il a parlé. Voici le palmarès des prix Sorcières 2026 (présélections ici). Carton plein pour les Editions des Grandes Personnes qui raflent trois des six trophées, deux allant aux Editions Thierry Magnier et un au Rouergue.
 
 
CARRÉMENT BEAU MINI

36 mois
Julia Spiers
Les Grandes Personnes

CARRÉMENT BEAU MAXI

La chasse aux rainettes
Antonin Faure
Éditions Thierry Magnier

CARRÉMENT PASSIONNANT MINI

Droméo et Chuliette
Marcus Malte
Henri Meunier
Rouergue

CARRÉMENT PASSIONNANT MAXI

La part du vent
Nathalie Bernard
Editions Thierry Magnier

CARRÉMENT SORCIÈRES FICTION

Dia de Muertos
Anne-Florence Lemasson
Dominique Ehrhard
Les Grandes Personnes

CARRÉMENT SORCIÈRES NON FICTION

Voir et savoir. Dans l'intimité du monde végétal
Fanny Pageaud
Les Grandes Personnes