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mercredi 11 septembre 2013

L7 envolée avec le nouveau Colum McCann

Colum McCann. (c) Ulf Andersen.
Pas simple de retrouver le chemin de l'écriture quand votre précédent roman s'est vu lauréat des prix les plus prestigieux. C'est ce qui est arrivé à Colum McCann, l'Irlandais installé à New York depuis vingt ans. "Et que le vaste monde poursuive sa course folle" (traduction de Jean-Luc Piningre, Belfond 2009, 10/18 2010) a reçu le National Book Award 2009; ce magnifique roman (lire plus bas) a aussi été livre de l'année pour le magazine français "Lire" et dans les livres préférés du journal "Le Soir".

Ces lauriers américains ont leurs obligations dont celle de faire beaucoup de déplacements. Pas terrible pour l'inspiration, pour la concentration. Mais ce temps est passé et le nouveau roman de Colum McCann, "Transatlantic" (excellente traduction de Jean-Luc Piningre à nouveau, Belfond) est là. Superbe, émouvant, inspiré, prenant de bout en bout.
Ce gros livre de près de 400 pages qui porte en français son titre original est un savant exercice d'équilibre renvoyant sans cesse au précédent roman de l'auteur. D'une construction virtuose, il nous balade du présent au passé et vice-versa, de l'Irlande aux Etats-Unis et inversément. Il met en lumière des destins humains, une lignée de femmes ici, un homme vieillissant là, tant d'autres encore. Des héros magnifiques d'humanité, ancrés dans l'Histoire, entre paix et guerres, liberté et esclavage.
Des gens qui ont cru à la vie et s'y sont risqués. Les intrépides aviateurs de 1919 avec lesquels s'ouvre le roman, porteurs d'une lettre qui accompagnera tout l'ouvrage. La jeune Irlandaise qui quitte son pays  rongé par la famine en 1845 pour émigrer aux Etats-Unis dont vient l'esclave affranchi Frederick Douglass qu'elle a croisé chez elle. Le sénateur  George Mitchell qui passe sa vie dans les avions en 1998 pour tenter de négocier le processus de paix en Irlande du Nord.
Des Blancs et des Noirs que Colum McCann  convoque dans ce roman en trois parties et trois époques. Une fresque éblouissante où l'écrivain  mêle les siècles et les faits, l'Histoire et la fiction. De son écriture toujours aussi sobre que précise, laissant de la place à l'imagination du lecteur, il fait défiler les destins et nous les fait aimer bien plus qu'on ne l'aurait imaginé. Colum McCann est vraiment un des grands écrivains de sa génération. Il nous donne à voir le monde en général tout en s'interrogeant sans relâche sur sa condition d'Irlandais installé à New York. Et pour la première fois, il écrit longuement sur son pays natal. "Transatlantic" donne la parole à des Irlandais oubliés: certains ont contribué à faire l’Irlande, d'autres à faire les Etats-Unis. Le thème de l'identité et de l'appartenance, avec tous les déchirements qu'il sous-entend, y est traité avec force et délicatesse. Voilà un roman qui vous embarque et vous amène à bon port après un passionnant voyage.

Trois photos d'époque.

Vol transatlantique.

Frederick Douglass.
George Mitchell.




















Le 11 septembre 2001de Colum McCann

Sur son fil tendu entre les Twin Towers alors inachevées,
le 7 août 1974, l'acrobate français Philippe Petit défie sa peur et les tours jumelles tandis que New York vaque à ses affaires, métaphore prémonitoire des attentats du 11 septembre 2001. Dans "Et que le vaste monde poursuive sa course folle", Colum McCann raconte le 11 septembre comme personne, sans jamais nommer les attentats alors que tout son roman y conduit, mais aussi l'Amérique, ses guerres, leurs morts et leurs survivants, les anonymes sur la terre.
Dans ce livre magistral, polyphonique, l'Irlandais installé à New York brosse un portrait sidérant de sa ville d’adoption durant les années 70. Nixon allait remettre sa démission. La guerre du Vietnam rendait les boys morts ou fous. Les macs battaient les prostituées. La misère bouffait les vieux, la gloire consumait les artistes célèbres trop tôt, la drogue faisait des ravages. Mais la vie y a continué.
L'équilibriste que voient différentes personnes à différents endroits et dont les médias élargissent la popularité à tout le pays, sert de fil rouge entre les multiples personnages qui illuminent cette épatante fiction. Nombre d'entre eux vont se croiser et interagir, à tel point qu’une seconde lecture offre un plaisir différent et permet de mieux apprécier l’ensemble des connexions d’un livre labyrinthe.
Colum McCann parvient à faire se côtoyer Corrigan, un prêtre irlandais qui cherche Dieu parmi les prostituées du Bronx et trouve l’amour chez l’infirmière Adelita, le frère du premier et les enfants des secondes, des mères en deuil de leurs fils morts à la guerre, des étudiants en informatique qui croient régner sur le monde, un gamin qui tague les lieux les plus inaccessibles, des juges, des flics et des junkies. Une misère folle et de fols espoirs, des amitiés qui se nouent, des amours qui naissent, des générosités imprévues, et deux petites filles qui s'en sortent – le dernier chapitre se déroule en 2006.
Comme un photographe, McCann invite le lecteur dans son roman. Il lui glisse des indications très précises, l’emporte dans son écriture chaleureuse et prenante puis le laisse libre de faire son chemin.

Où étiez-vous le 7 août 1974 ?
J'avais 9 ans. J'étais sans doute en vacances en famille dans l’ouest de l’Irlande, à Ballyvaughan (comté de Clare), occupé à pêcher des crabes. Je n'ai entendu parler de Philippe Petit que début 2000, avant le 11 septembre 2001 en tout cas. Cela m'a frappé comme étant une très belle image, plus belle encore après coup.
Où étiez-vous le 11 septembre 2001?
Dans mon ancien appartement, au coin de la 71e rue et de la 1e avenue. J’écrivais. Il était neuf heures du matin. J'entendais des sirènes, sans m'inquiéter puisque nous habitions près d’un hôpital. Je me suis cherché un café. Ma femme habillait notre fils. Le téléphone a clignoté et elle m’a dit: "Cela doit être ta sœur." Ma sœur? A cette heure-ci? Elle vit à Londres. J'ai écouté le répondeur. Affolée, ma sœur me disait: "Est-ce que ça va?" J'ai allumé la télévision. Par-dessus l'épaule de ma femme, j'ai vu la tour où travaillait son père. J'ai dit : "Allison". Elle s'est retournée.
Que s’est-il alors passé?
Pendant cinq ou six heures, cela a été horrible pour elle et pour tout le monde. On ne savait pas si mon beau-père était vivant ou mort. Il s'en est tiré, à deux minutes près, et est venu chez nous à pied. Il était couvert de poussière de haut en bas, cheveux, chaussures, habits. Ma fille Isabella, 4 ans alors, s'est jetée dans ses bras puis s'est cachée dans un placard. Je suis allé vers elle: "Pourquoi?" Elle m'a dit: "Papy brûle". Je lui ai dit: "Mais non, ne t'inquiète pas, c'est de la fumée". Je ne voulais pas lui parler de l'incendie. Elle a dit: "Non, il brûle de l'intérieur!" Longtemps, chaque fois qu'elle entendait les pompiers, elle disait: "Merci d'avoir sauvé mon grand-père".
Et lui, comment a-t-il réagi ?
Il n'en parle pas. Il se rappelle les pompiers, hommes et femmes, qui montaient l’escalier pendant que lui le descendait. Il n'a voulu voir aucun film à ce propos ni lire aucun livre. Mais il a lu le mien et l'a aimé. Ce qui me rend heureux et fier. Mon livre n'est pas sur l'événement directement. Il parle de la joie, de la grâce, de sauver des gens. 
Qu’avez-vous fait ensuite ?
On est sortis. On a été à la banque du sang. Il y avait un grand sens de la communauté entre les gens. Le soir d'après, une femme mangeait un gâteau au chocolat à la terrasse d'un restaurant. J'étais sidéré. C'était si beau, si courageux. La vie continue. La vie devait continuer. Ce qui était horrible, c'est qu'on a su tout de suite que le gouvernement américain allait retourner l'événement en revanche et que justice allait être faite. Et ce qui s'est passé ensuite a été pire que l'événement.
La vie continue, cette idée sous-tend tout votre roman, non?
Juste après le 11 septembre, ma première image a été le funambule – mais j'écrivais "Zoli" et je voulais le terminer. Un funambule que j'allais faire tomber. Après, cela m'a semblé trop facile et j'ai eu l’image d'un moine irlandais vivant dans le Bronx. Je voulais arriver à du religieux, à de l'émotionnel. L'histoire de Corrigan m'a mené à Tillie, qui m'a menée à Jazzlyn. Tout s'est mis en place pour un livre polyphonique.Si le funambule était tombé, la vie n'aurait pas continué.Je crois que le livre est plus intéressant du fait que le funambule n'est pas tombé. Cela a amené le courage. Tous les personnages sont des équilibristes, mais sur terre. Parfois, une chute sur terre est plus grave que si vous êtes à 400 mètres du sol. Un funambule ne tombe que s'il a peur. Nous qui sommes sur terre, qui ne dansons pas sur la corde, nous avons très souvent peur. Mon roman parle des anonymes sur terre. Leurs vies ont beaucoup de valeur à mes yeux. Même si le funambule a fait quelque chose d'extraordinaire, la prostituée et ses enfants m'intéressent davantage.
Les personnages sont-ils purement imaginaires?
La beauté de la fiction, c'est que les personnages des livres sont parfois plus réels que les 6,5 milliards d'individus que l'on n'a pas encore rencontrés. A part le funambule, tous les personnages sont inventés. Pour la première fois, je parle d’un personnage aisé, Claire, qui habite Park Avenue. Les riches aussi peuvent perdre un enfant à la guerre. Je voulais raconter le Vietnam par son biais, voir son point de vue. J'aimerais qu'elle soit ici, à côté de moi. C'est une bonne personne.
Tout est-il écrit pour chacun depuis sa naissance?
Non, tout n'est pas écrit mais on a son destin en soi. Même si nous faisons aussi des choix. Corrigan tombe amoureux d'Adelita et sa vie change. Celles qui changent le plus, ce sont les petites-filles de Tillie, la prostituée, qui rencontrent Gloria et Claire. Mon roman n'est pas sur le hasard mais sur les coïncidences où des gens se croisent et se reconnaissent. Il se passe dans la vie des choses qu'on n'oserait pas raconter dans un livre.
Vos personnages paraissent terriblement présents.
Je prends des photos mais le lecteur doit entrer dans le livre, ouvrir les portes, fouiller dans les tiroirs. Là est la beauté de la fiction. L'écrivain que je suis veut que le lecteur entre dans son livre mais je refuse de lui dire comment il doit se sentir. Je lui permets de sentir quelque chose. En fait, un livre n'est pas fini tant qu'il n'a pas été lu. Et l'interprétation reste totalement libre. Pour moi, les meilleurs livres ont une fin ouverte.

Colum McCann en quelques dates 

Des éléments qu'on retrouvera dans l'oeuvre du romancier.

Colum McCann. (c) Ulf Andersen.
1965 Naissance dans la banlieue de Dublin dans une famille classique: père journaliste, mère au foyer, deux frères, deux sœurs.
1973 Prend conscience du pouvoir que peut exercer une histoire, après une visite à son grand-père en maison de retraite. Une rédaction pour l'école devient son premier essai: "J'ai travaillé pendant des heures et des heures, m'appliquant sur chaque mot."
1982 S'inscrit dans une école secondaire proposant du journalisme. Il est nommé Jeune Journaliste de l’année pour une série de reportages sur la violence domestique à Dublin. "C'est vraiment ce type de journalisme qui m'a ouvert. Je me rendais dans des appartements situés dans des quartiers que je ne connaissais pas du tout. J'étais un enfant de classe moyenne, j'ai dû apprendre à parler et surtout à écouter. Les seringues d’héroïne dans les escaliers, les junkies qui traînaient sur les paliers, cela m'a ouvert les yeux. J'ai rencontré ces femmes, celles dont parle Roddy Doyle, celles qui se cognent dans les portes."
1984 "J'avais dix-neuf ans et je n'avais jamais rien vu de pareil. J'étais un peu fou, cet été-là, en roue libre. Je vivais à Brighton Beach, dans un appartement pourri. Et puis j'ai trouvé un job au Universal Press Syndicate. D'abord, ils m'ont engagé comme coursier. Je prenais les commandes de sandwiches. Je ne savais même pas ce qu'était la mayo: pour moi, c'était un comté dans l’ouest de l’Irlande. Je me trompais tout le temps dans les commandes, à la fin, cela devenait risible. Et puis ils m’ont nommé reporter. J'ai arrêté de courir partout. J'ai passé quelque temps là-bas et je suis rentré en Irlande. J'avais découvert autre chose, je m'étais ouvert. J'étais heureux de rentrer à Dublin mais je voulais déjà repartir."
1986 Colum McCann part à Cape Cod dans le Massachusetts. Le court séjour envisagé durera une année et demi. "Je voulais écrire le grand roman américain. J’ai atterri à Hyannis et je me suis acheté une machine à écrire. Hélas ! A la fin de l’été, c'était toujours la même page qui se trouvait dedans. Et je ne pouvais même pas lire ce que j'avais tenté d’écrire. C’est là que j'ai compris qu'il était temps pour moi de vivre autre chose, de me sortir de mon cocon de col blanc. J'ai pris un vélo et pendant un an et demi, j'ai traversé une quarantaine d’Etats et parcouru environ 12.000 miles. Ce fut un voyage incroyable. Je n'en ai pas fait un roman mais j'ai des histoires pour toute une vie: je me suis perdu dans le désert en Utah, en Californie, j'ai failli me faire tuer par un Indien Ute qui venait de passer sept ans en prison pour meurtre, j'ai vécu avec une famille Amish en Pennsylvanie, je pourrais vous en raconter tant d’autres. Depuis tout jeune, j'avais imaginé l’Amérique de Kerouac et de Cassady; c'était complètement différent, mais c'était tout simplement fantastique. Un jour, j'écrirai à ce sujet, peut-être."
1988 Retour au Texas pour travailler dans un ranch destiné à réinsérer les délinquants juvéniles. "J'ai fait la connaissance de mon ami Terry Cooper, une de plus grandes influences sur mon existence, sur mes lectures, sur mon approche de la vie. On travaillait avec des jeunes qui venaient de foyers brisés ou qui avaient eu des problèmes avec les autorités. Je m'occupais d’un programme qui confrontait ces jeunes à la nature : trois mois dans les montagnes. C'était incroyablement dur mais c'était magique. Tous les soirs, sous les étoiles, je lisais des histoires à ces petits durs. "L'Attrape-cœur" de Salinger ou "L'Oiseau Canadèche" de Jim Dodge. Vingt ans plus tard, je reçois toujours des lettres des jeunes. Certains sont retournés en prison mais la plupart s'en sont sortis. C'était une époque incroyable pour moi. J'ai écrit deux livres qui n'ont pas été publiés – et qui, moi vivant, ne le seront jamais."
1990 Colum McCann s’inscrit à l’Université du Texas. "Je suis devenu barman sur Guadalupe Street. C'était la ville, j'étais plus mature, j'avais vingt-cinq ans et je m'éclatais vraiment à l'université. Les cours d'anglais, bien sûr, mais aussi les autres matières, l'astronomie, la physique, etc… Ma curiosité était sans limites. C'était super. C'est à cette époque que j’ai rencontré Allison (mon épouse), pendant un séjour à New York. J’ai fait sa connaissance un soir et le lendemain, j’ai attendu des heures qu’elle descende du train."
1992 Le couple se marie et part au Japon où Allison fait des études. "Ce n'est pas mon endroit préféré sur terre mais j'y ai rencontré des gens fabuleux. Et puis il y a une grande qualité de silence, une sorte de vide propice à l’écriture. J'ai beaucoup travaillé. J'ai fini mon recueil de nouvelles, "La Rivière de l'exil", que j'avais commencé au Texas, et j'ai commencé mon premier roman, "Le Chant du coyote". 
1994 Ils rentrent à New York. Ils ont trois enfants, Isabella, John Michael et Christian. Allison est enseignante dans une école de West Side. "Je suis incroyablement gâté. J'habite à New York mais la voix de l'Irlande résonne partout. Si je devais me présenter, je dirais que je suis un auteur international. J’ai eu la chance de connaître tellement d’autres vies – j'ai vécu avec les sans-abri dans les tunnels du métro new-yorkais, j'ai rencontré les danseurs du Kirov à Saint Petersbourg, je suis allé à la rencontre des Roms dans des camps en Slovaquie… c'est mon boulot. Je ne changerais rien. Je ne le referais pas non plus, il y a tant à faire encore…"
2007 A propos de "Zoli": "Zoli est inspirée par Papusza, qui a appris à écrire toute seule, et non avec son grand-père comme dans le livre. A l’époque, pour une jeune femme tzigane, savoir lire et écrire était un tabou énorme – je ne sais même pas à quoi cela pourrait correspondre aujourd’hui. Papusza a été poétesse et a été bannie par sa communauté. En cela, Zoli lui ressemble, mais le reste du livre est de la fiction. Cela a été très dur pour moi de savoir qui elle était. Après deux ans et demi sur le projet, je l'ai laissé tomber parce que je n'arrivais pas à savoir qui Zoli était. J'ai eu deux semaines de chagrin et de souffrance. Tout était dur. Je fichais en l'air plus de deux ans de travail, alors que j'ai des enfants ! Mais tout d'un coup, Zoli est revenue. Sa voix m'est arrivée. Comme si ce temps de peine avait été nécessaire. De tous les personnages que j'ai créés, c’est Zoli qui, aujourd’hui, m'accompagne le plus. Quand elle est revenue, elle est restée!"

jeudi 5 septembre 2013

LM le nouveau prix de Maya Angelou

Maya Angelou lors de la séance à Duke Chapel. (c) Jisoo Yoon/The Chronicle.

L'écrivaine et poétesse afro-américaine Maya Angelou vient de recevoir le prestigieux Literarian Award, décerné par le National Book Award aux Etats-Unis. Une distinction hautement méritée pour cette femme de 85 ans dont nous avons déjà dit ici dans ce blog tout le bien que nous pensions.
L'auteure de "Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage" a reçu le prix décerné chaque année aux auteurs ayant apporté leur contribution à la communauté littéraire.

En août dernier, Maya Angelou s'adressait  à une classe d'étudiants de Duke Chapel en les exhortant à être un arc-en-ciel dans le nuage d'un autre"("to be a rainbow in someone else's cloud").

La professeure à l'Université de Wake Forest a distillé son message d'émancipation individuelle à la classe de première année. Elle a exhorté les étudiants à profiter de toutes les ressources qui leur sont offertes par l'Université et a cité des professeurs et des bibliothécaires comme exemples. "Ils vous aiment tous, mais je suis la seule à le dire", a-t-elle lancé.

Maya Angelou a aussi souligné l'importance de la littérature dans l'épanouissement personnel et a conseillé aux étudiants d'en apprendre davantage sur des cultures différentes.

"Je suis un être humain et rien de ce qui est humain ne m'est étranger", a-t-elle encore dit, citant le dramaturge romain Térence.

Elle a enfin fait référence à Langston Hughes, à ses propres œuvres, et a chanté la chanson folklorique "Dieu a mis un arc-en-ciel dans le ciel". Ce qui lui a permis d'expliquer qu'elle doit beaucoup de son succès à des personnes qui ont agi comme des "arcs-en-ciel dans ses nuages", comme son oncle Willie.

On s'en doute, la leçon de Maya Angelou a été accueillie par une ovation debout. "Je pourrais l'écouter toute la journée", a soupiré une étudiante. Elle n'est pas la seule.





mercredi 4 septembre 2013

LE de retour!

Oui, ça faisait longtemps. Trop? Sans doute, peut-être.
Je fais ma rentrée, juste après les enfants qui ont déjà repris le chemin de l'école.
Mais par quoi commencer dans les 555 bouquins annoncés pour la "rentrée littéraire 2013"?

Pour moi, c'est facile car c'est avec elle, métronome de ma rentrée,  que j'entame toujours ma pile de nouveautés. Une sorte de rendez-vous avec celle qui est là chaque année depuis 1992. Une façon de lui rendre la politesse.

(c) Marianne Rosenstiehl.
Elle, c'est évidemment Amélie Nothomb, notre Belge née au Japon et installée à Paris. Elle publie son vingt-deuxième roman aux Editions Albin Michel, "La nostalgie heureuse", aussi réussi que touchant. De ses mots bien choisis, elle raconte son voyage dans le pays qui l'a vue naître. Des retrouvailles que filme une équipe de télévision.

Bien sûr, c'est une adulte qui retourne sur les lieux de son enfance et de sa jeunesse. Elle a changé, le pays aussi. Elle s'y cogne parfois, s'y réacclimate  plus souvent. Elle laisse monter ses émotions, les analyse, tente de se comprendre.
En sa compagnie, on va de ville en ville. On retrouve l'ancienne nounou ou l'ex-amoureux, on cherche la trace de la maison, de l'école, on visite des lieux comme Fukushima que l'actualité a rendus tristement célèbres.

Amélie Nothomb fait preuve d'une magnifique empathie envers ceux qu'elle rencontre, même si elle est toujours suivie par l'équipe technique. Elle se penche sur son passé et les bonheurs vécus là. Tant d'amour donné et reçu. Elle réessaie de parler japonais. Tout cela est raconté de manière sobre et  précise, dans ces phrases ciselées dont elle a le secret. C'est la "nostalgie heureuse", vraiment.

Il ne faut pas croire ceux qui disent qu'elle a écrit son roman de télé-réalité ou son Secret Story. De vrais sentiments y fusent, et nous enchantent, mais son livre est un roman. Car, comme le dit l'auteure en quatrième de couverture: "Tout ce que l'on aime devient une fiction."
Et si "La nostalgie heureuse" est déjà dans les meilleures ventes, deux semaines après sa mise en vente, comme tous ceux qui l'ont précédé, on ne peut que s'en réjouir tant il est de qualité.

Bonne pioche donc que le rendez-vous annuel avec Amélie.



Un petit Japonais et une petite Belge.


Et, pour se rafraîchir la mémoire, la liste de ses romans et leur année de publication.

"Hygiène de l'assassin", 1992, Prix René Fallet
"Le Sabotage amoureux", 1993, Prix de la Vocation / Prix Alain-Fournier / Prix Chardonne
"Les Combustibles", 1994
"Les Catilinaires", 1995, Prix du Jury Jean Giono
"Péplum",1996
"Attentat", 1997
"Mercure", 1998
"Stupeur et tremblements", 1999, Grand Prix du roman de l’Académie française
"Métaphysique des tubes", 2000
"Cosmétique de l’ennemi", 2001
"Robert des noms propres",2002
"Antéchrista", 2003
"Biographie de la faim", 2004
"Acide sulfurique",2005
"Journal d’Hirondelle",2006
"Ni d’Ève ni d’Adam", 2007, Prix de Flore
"Le Fait du prince", 2008, Grand Prix Jean Giono pour l’ensemble de son œuvre
"Le Voyage d’hiver", 2009
"Une forme de vie", 2010
"Tuer le père", 2011
"Barbe Bleue", 2012 
 

vendredi 21 juin 2013

LB nit Yolande de Knokke
et la fête de la musique

Yolande de Knokke, qui était à BD à Bastia en avril dernier (20 ans cette année) et lui envoie, en ce jour de fête de la musique - on verra très vite pourquoi - , un formidable témoignage d'Emmanuel Guibert qui exposait en Corse ses originaux relatifs à Alan I. Cope.



Agé aujourd'hui de 49 ans, l'auteur-illustrateur français a formidablement parlé devant un public ému de son amitié avec Alan, un ancien soldat américain installé à l'île de Ré, rencontré par hasard et dont il conte la vie en quatre volumes pour le moment ("La guerre d’Alan", trois tomes sortis en 2000, 2002 et 2008, réunis en un seul volume grand format en 2009 et en intégrale en  2012, et "L’enfance d’Alan", sorti en 2012, tous à L'Association). Aura-t-on un jour "L'adolescence d'Alan"? Guibert, lui, est prêt.



Vive la fête de la musique 1994

Emmanuel Guibert, ce sont bien sûr aussi les séries "Ariol" (BD Kids), "Les Sardines de l’espace" (Dargaud), les trois tomes du "Photographe"  (Dupuis/Aire libre), des albums chez Dupuis, Actes Sud junior et ailleurs.
Mais ce jour-là, il ne parlera que de son histoire avec un vieux monsieur inconnu.
Les trois albums "La guerre d'Alan" ne sont pas nouveaux, c'est vrai. L'occasion de les relire si vous les connaissez, la chance de les découvrir pour les autres. "L'enfance d'Alan" est plus récent et vaut tout autant le détour.

Emmanuel Guibert explique sa démarche en ouverture du premier volume.



Mais laissons-le parler.
Le projet date de 1995-1996. J’ai proposé à L’Association de faire entre 500 et 1000 pages sur un vieux monsieur et ses souvenirs, en noir et blanc. Jean-Christophe Menu, le patron à l’époque, m’a dit : "Oui c’est intéressant, on va le faire".

L'idée de la chronique.
Depuis tout petit, je tenais les chroniques familiales de la vie alentour: mes parents, le quartier, les commerçants. C’était très spontané. J’ai fait cela durant mon enfance et mon adolescence. Pour prolonger des bons moments, des instants savoureux, des choses qui méritaient d’être racontées. J’ai continué plus tard, après une conversation avec une personne intéressante. Je prenais un quart d’heure le soir pour restituer par écrit ce qu’elle avait dit, avec ses mots. Cela a donné une pléiade de petits carnets de ce qui m’avait frappé.
La rencontre avec Alan I. Cope.
Le 16 juin 1994, j’étais à l’île de Ré pour la première fois, avec mon père. On s’est baladés près du port, puis on s’est perdus, dans la mesure où on peut se perdre là. J’ai remarqué un monsieur qui sciait du bois devant chez lui. Nous avons eu une discussion d'une vingtaine de minutes où il nous a donné des conseils à propos de l’île. C’était à la fois des informations et une conversation. J’avais remarqué qu’il avait une pointe d’accent anglo-saxon. Puis on s’est quittés. Mon père et moi, on s’est dit: "Tiens, cela valait le coup !" On éprouvait de la gratitude pour cet homme. Le soir-même avait lieu au centre culturel un concert de la chanteuse grecque Angélique Ionatos. Nous y sommes allés. En sortant de la salle, j’ai revu le monsieur croisé l’après-midi. Il m’a fait un petit signe de connivence. Une amorce de relation.
La force du hasard.
Notre bien-être général est basé sur des miro-faits accumulés. Quand on y réfléchit, ce n’est pas rien.Quelques jours après, c’était le 21 juin, la fête de la musique. Sur le vieux port, je dessinais deux jeunes filles, jouant de la flûte traversière et du violoncelle. Un chien me renifle et j’entends "Compliments". C’était Alan et sa femme et son chien. On s’est quittés très tard ce soir-là, à minuit révolu. Il m'a parlé de beaucoup de choses.Il m’a raconté des souvenirs qu’il m’a été impossible de consigner à mon habitude. Il me fallait un magnétophone pour capter la lettre de ce qu’il me disait. Très vite est venue l'idée de faire un livre ensemble suite à cette rencontre pittoresque.Il m’a montré des brassées de documents dans son atelier, ses disques vinyles, il est allé chercher tous les passeports de sa vie, il y en avait une dizaine. C’était comme un flipbook qu’il m’offrait pour que je le voie vieillir en une seconde.
Un projet enclenché immédiatement.
J’étais éperdu de reconnaissance. Dès le lendemain, je suis allé m’asseoir dans sa ruelle. J’ai fait le portrait de sa maison, un lavis que j’ai glissé dans sa boîte aux lettres.Ensuite, il m’a présenté son jardin, à un kilomètre et demi de chez lui, avec un chalet, comme aux USA. Il m’a présenté ses poiriers, ses millepertuis, ses rosiers.On s’est assis et on a commencé à enregistrer ses souvenirs. Le processus a duré cinq ans.Ce fut une relation très intense. Une rencontre entre atomes crochus où les qualités étaient appréciées et les défauts supportés. Je me disais que je devais suivre mon instinct. Le livre fut un alibi pour partager l’amitié, où on fabrique aussi quelque chose ensemble. Alan fonctionnait comme cela aussi. Le livre est aussi bien l’amitié entre Alan et moi que les amitiés d’Alan. Je pense que celui qui ne fonctionne pas comme ça disfonctionne. On est là, sur terre, pour les relations humaines.
"L'enfance d'Alan" (c) Emmanuel Guibert/L'Association.

L'amour de la vie.
Alan, malade, souffrait beaucoup, mais cela ne se voyait pas quand il racontait ses souvenirs. Il arrêtait mes cris de compassion. Il n’était pas presbytérien pour rien. "Si on n’avait pas vécu cela hier, on ne serait pas là aujourd’hui", disait-il. Le livre raconte nos coups durs et surtout un immense amour de la vie. Alan est une personne âgée souriante qui continue à aimer l’existence avec une force de vie intacte jusqu’au bout ; même sur son lit d’hôpital, il s’intéressait encore à un petit oiseau qu’il ne connaissait pas.
Un récit d’apprentissage.
L’expression artistique sert à nous informer de ce qu’on a à l’intérieur. Alan découvre la vie et apprend tout ce qui peut l’être. C’est un homme qui avait compris le sens de l’apprentissage. Un autodidacte. Il a 18 ans en 1943 et le monde est en feu autour de lui. On lui donne un casque et un fusil. Son entraînement se fait à balles réelles. Il apprend à conduire un char. Il doit se cacher dans des trous d’hommes (« fox holes ») sur les routes. Il est un défenseur de l’esprit de paix. Il a eu une vie d’exilé, loin de sa terre natale. Vers cinquante ans, il a essayé de renouer avec toutes les personnes qui lui avaient plu dans l’existence. Il a tenu des correspondances, fait des rencontres, que j’ai prolongées, moi, après sa mort. C’était une enquête amicale, sur les traces d’Alan et de ce qui avait été son monde.
Au-delà de la mort.
La mort n’est pas une raison suffisante pour arrêter d’avoir des sentiments envers quelqu'un. La confiance dans les affinités intellectuelles continue, la personne continue. Nous continuons à  chercher conseil auprès d’elle. Mais il y a aussi des gens qu’on a oubliés, qu’on oublie. Ils ont décidé de s’en aller. C’est bien, pour ne pas être alourdi par des présences fantômes. Ma façon de faire le deuil d’Alan a été de continuer le boulot. La perspective était ouverte.S’agit-il de l’enfance d’Alan ou de l’enfance d’Emmanuel ? Je vais sur ses traces là où mon cœur bat. Ce sont des rendez-vous avec des parcelles de lui. Il n’y a pas de fin, pas de limite, je n’en aurai jamais terminé avec cela. Cela soulage, cela n’accable pas, cela fait du bien, c’est rassérénant. Sur les traces de quelqu’un, on est très bien accueilli. Les portes s’ouvrent, les bras aussi. Je suis allé entre  Los Angeles et Pasadena, là où Alan a vécu dans les années 30. C’est devenu un quartier latino, j’y suis allé avec une caméra, malgré les avertissements. Mais les portes se sont ouvertes. Les gens m’ont parlé : "Moi, mon grand-père…"  Cela m’est arrivé des dizaines de fois. Des choses miraculeuses me sont arrivées.
Le hasard, encore.
A Prague, j’ai rencontré un spécialiste de la guerre qui m’a dit : "Votre livre, cette mission d’Alan, c’est ma vie, c’est ma thèse"». Nous avons fouillé les archives. Cette mission a été archidocumentée ; des films, des petits bouts de papier tendus aux GI pour des dédicaces. J’ai vu, image par image, ce qu’Alan m’a raconté, un soldat américain qui parle tchèque, des snipers allemands... Tout ce qu’il m’avait dit, je le voyais. Quelle émotion ! Un mois et demi après mon retour à Paris, j’ai reçu un mail de Tomas : une photo agrandie où figuraient les mots "Alan Patsy", Patsy,  la jeune fille à laquelle il était fiancé pendant la guerre. Dans la tourelle du char se trouvait un soldat comme lui, mais de dos. Un mois après, j’ai reçu une nouvelle photo d’Alan, de face dans sa tourelle cette fois. Quel bonheur!
Etre au monde.
"L’enfance d’Alan", c’est un travail sur la mémoire et un questionnement graphique pour lesquels j’ai utilisé des supports et des outils nouveaux pour moi. J’ai fixé des îlots de mémoire qui jalonnent l’enfance. Il y a moins de dialogues que dans "La guerre d’Alan" mais davantage de récits narratifs, pour explorer les confins de la BD. Pour ces récits, j’écris intégralement le texte, jusqu’à la virgule près, avant de dessiner. Un jour, on a rendez-vous avec le défi qu’on s’est lancé et on essaie de marier tout cela. Où faire passer un moment de vie ? comment modeler le temps de lecture? Je fais des recherches pour induire des réactions psychologiques chez le lecteur (arrêt du récit, accélération, tension, détente). C’est extrêmement jouissif à concevoir. On est comme dans un laboratoire, dans un pré carré qu’on s’est choisi.

L'histoire d'Alan est aussi la très belle exposition qui a été présentée aux excellentes rencontres BD à Bastia.

© Laurence Le Saux pour BoDoï.
© Laurence Le Saux pour BoDoï.

© Laurence Le Saux pour BoDoï.
© Laurence Le Saux pour BoDoï.

© Laurence Le Saux pour BoDoï.

© Laurence Le Saux pour BoDoï.






mercredi 12 juin 2013

LB nit Maggy Rayet

Maggy Rayet signe l'article du "Ligueur"
qui présente les résultats du Prix Bernard Versele 2013,
révélés ce 12 juin.



Prix Versele : les 5 lauréats de 46 000 enfants


Comme chaque année à la veille de l’été, les 5 Chouettes du Prix Bernard Versele ont apporté la liste des livres plébiscités par le jury des enfants. Cette année, 46 240 bulletins de vote - 500 de plus qu’en 2012 - sont parvenus à la Ligue des Familles.

46 240, un chiffre qui parle. Au moins 46 240 enfants ont donc lu cette année - quelque part en Wallonie ou à Bruxelles - un ou plusieurs livres sélectionnés pour le Prix. Un tel résultat ne s’obtient pas d’un coup de baguette magique. Et cela vaut la peine de rappeler à chaque fois que le Prix Bernard Versele est non seulement un prix littéraire décerné par des enfants, mais aussi un extraordinaire outil d’éducation permanente tissé par un réseau de permanents de la Ligue des familles et de bénévoles passeurs de livres, avec le soutien de professionnels du livre, de bibliothèques, de librairies, d’éditeurs et de créateurs.
Partir de l’ensemble de la production éditoriale de fiction pour aboutir aux 25 titres - des pépites ! - qui seront soumis aux enfants représente un long parcours : comité de prospection, comités de lecture régionaux, séances de formation, de discussion et de vote. Et encore, quand elle est enfin peaufinée cette fameuse liste des 25, la tâche des passeurs de livres ne fait que commencer.
Il faut ensuite se démener pour faire la promotion de ces ouvrages, les présenter dans les écoles, les associations et auprès des familles. Il faut réfléchir, innover, trouver de nouvelles pistes, pour introduire les livres auprès des adultes encadrant les enfants, accrocher les enfants, capter leur attention pour un album, les mettre en appétit devant un roman, susciter leurs réactions, écouter leurs avis et leurs commentaires.
L’aboutissement de toute cette activité - le vote des enfants - est présenté ci-après. Cinq livres lauréats. Cinq autres arrivés deuxièmes en nombre de voix… et talonnant souvent les vainqueurs. N’hésitez pas à les faire lire autour de vous et à les lire vous-mêmes.


1 Chouette (à partir de 3 ans)

"Où est passé papa ?"
Taro Gomi, trad. Émilie Nief (Autrement Jeunesse).
Américain né à Tokyo, Taro Gomi est un artiste aux multiples talents. Il a non seulement écrit et illustré des centaines d’albums - dont plusieurs livres à dessiner -, mais il a aussi imaginé des jeux et créé des vêtements pour enfants. Une fois de plus, son humour et sa créativité font mouche : perdre de vue son papa au milieu de la foule d’un grand magasin peut donner le frisson. Mais quand, grâce à un subtil jeu de découpage, la situation se transforme en un formidable jeu de cache-cache bourré d’imprévus et de fausses pistes, le sourire reprend le dessus... et l’album l’emporte haut la main !

Ils ont aimé aussi "Heureusement", de Remy Charlip, trad. Olga Kent (MeMo).
Et si on jouait à se faire peur en suivant les aventures rocambolesques du jeune Ned ? Les enfants ont sauté à pieds joints sur cette proposition alléchante. Ils se sont régalés de ce suspense progressant au rythme des bonnes nouvelles et des catastrophes. Il faut avouer que cet album semble avoir été créé ce matin alors que l’édition originale va bientôt fêter ses 50 ans. Son créateur, qui nous a quittés en 2012, était un immense artiste, non seulement auteur-illustrateur, mais aussi designer et chorégraphe.

2 Chouettes (à partir de 5 ans)

"Tétine Man"
Christophe Nicolas, ill. Guillaume Long (Didier Jeunesse).
Il faut se faire une raison : Tétine Man ne quitte jamais sa tétine. L’intelligence de ce très jeune héros, sa capacité à résister, à s’affirmer tranquillement… et à garder sa tétine dans l’adversité avaient déjà suscité l’admiration de ses créateurs qui, sans hésitation aucune, s’étaient rangés de son côté. Les enfants ont fait pareil en plébiscitant cet album proche de la bande dessinée.




Ils ont aimé aussi "Haut les pattes !", de Catharina Valckx (l’école des loisirs).
Le père de Billy - un bandit - s’inquiète : son fils est trop gentil. Qu’à cela ne tienne, il lui donne un pistolet (non chargé, ouf !) avec comme mission de crier « Haut les pattes ! » à tous ceux qu’il croisera. Alors que la mission semble vouée à l’échec, voici qu’arrive ce filou de renard …
Chaque fois qu’un album de Catharina Valckx est proposé au vote, c’est le même engouement. « Déjà très jeunes, les enfants sont sensibles à l’humour un peu absurde, suggère l’artiste. Celui qui ne fait pas rire, mais sourire. Celui qui me réconforte, moi aussi. »

3 Chouettes  (à partir de 7 ans)

"Ma petite voiture rouge"
Peter Schössow, trad. Brigitte Déchin (Seuil Jeunesse).
Adopté haut la main, ce récit d’aventures en voiture à pédales, où on est secoué, on a peur, on crie, on tombe… où on vit, quoi ! Et pourtant, avant de se lancer sur les « vrais chemins » en compagnie du jeune narrateur et de son petit frère « à tétine » (encore une !), il aura fallu au lecteur décrypter les panneaux routiers et réussir l’épreuve du code de la route. Exigeante, en effet, la lecture des images de cette réalisation assistée à l’ordinateur !


Ils ont aimé aussi "Les listes de Wallace", de Barbara Bottner et Gérald Kruglik, ill. Olof Landström, trad. Rémi Stefani, (Casterman).
Entre Wallace, prévoyant et organisé, et Albert, fantasque et imprévisible, c’est une belle histoire d’amitié. À lui seul, cet argument pourrait expliquer le succès de l’album. D’autant plus que les illustrations, signées par le créateur des Nisse, fourmillent de détails savoureux et signifiants. Mais peut-être que, dans un deuxième niveau de lecture, ce souriceau Wallace « qui ne pouvait rien faire si ce n’était pas inscrit sur une liste » pourrait bien évoquer le monde adulte… Et alors là, il y a de quoi sourire, non ?

4 Chouettes  (à partir de 9 ans)

"Lettres à plumes et à poils"
Philippe Lechermeier, ill. Delphine Perret (Ed. Thierry Magnier).
Albums, récits, romans, poèmes, proverbes, dictons…. les mots permettent tant de formes différentes. Et voici que, grâce au vote des enfants, le genre épistolaire apparaît dans le « catalogue » du Prix Versele. Et de la manière la plus pétillante qui soit ! De la limace à l’escargot, du renard à la poule, de la fourmi à sa reine… toutes ces missives recèlent de trésors d’éloquence et de tromperie. Avec la complicité de l’illustratrice, l’auteur s’amuse des fables et les détourne, joue avec les codes de la langue, lance les enfants sur la piste du non-dit, de la déduction, de l’intertextualité et de l’humour référencé.

Ils ont aimé aussi "Le secret de Garmann", de Stian Hole, trad. Jean-Baptiste Coursaud (Albin Michel Jeunesse).
"J’écris sur moi, tu lis sur toi", affirme l’auteur norvégien, face à ses lecteurs. Et ces lecteurs ont sans doute trouvé beaucoup de choses sur « eux » dans ce troisième volume de Garmann (sans doute le dernier de la série) : le garçon, toujours aussi calme et réfléchi, y devient plus indépendant. Il grandit et son univers grandit avec lui. Le texte est long, mais accessible, et subtilement traduit. Utilisant numérique et photomontage, l’artiste superpose dessins, photos, collages, pour aboutir à ces illustrations saisissantes - entre rêve et hyperréalisme - qui avaient déjà ébloui petits et grands lors de la première apparition de Garmann, en 2007.

5 Chouettes (à partir de 11 ans)

"Babyfaces"
Marie Desplechin, (Neuf de l’école des loisirs).
Le titre faisant référence aux tout-petits, les jeunes adolescents allaient-ils négliger ce roman? On aurait pu le craindre. Bien au contraire, ils ont été séduits ! Par le rythme du récit. Par son humour. Par le regard bienveillant et constructif de l’auteur. Par ses personnages : ces deux « héros » atypiques : Raja, le garçon paisible qui n’aime pas se battre et Nejma, son amie, baraquée, solitaire, volontiers agressive… mais terriblement attachante. Que l’on soit adulte ou enfant, il est si difficile parfois de préciser pourquoi le charme d’un roman nous accroche et nous retient jusqu’à la dernière ligne.

Ils ont aimé aussi "Noir et Blanc", de David Macaulay, adapté de l’américain par Gaël Renan (Le Genévrier).
Les adultes s’étonnent parfois de ce que des « livres d’images » avec peu de mots soient proposés en 5 chouettes. Ils devraient de toute urgence se plonger dans cet album. Ils y découvriront quatre histoires parallèles, chacune d’elles traitée dans un style graphique différent. Mais sont-elles indépendantes, ces histoires ? Ne se rejoignent-elles pas à la fin pour n’en former qu’une seule ? Quelqu’un tire-t-il les ficelles de ce qui n’est peut-être qu’un jeu ? L’artiste laisse entière liberté au lecteur : l’ambiguïté calculée et maîtrisée - obligeant à lire l’image, à réfléchir, à poser des hypothèses - relève du grand art. En pointant ce livre, les enfants ont vu juste !


2014, les livres à découvrir
C’est en 1979 - année internationale des Droits de l’enfant - que la Ligue des familles a créé le Prix Bernard Versele. À la rentrée de septembre sera donc lancée officiellement la sélection 2014, celle du 35e anniversaire.
Dès à présent, en exclusivité pour les lecteurs du "Ligueur", voici la liste des titres qui seront soumis aux votes des enfants de septembre 2013 à avril 2014. De quoi prendre le temps de les repérer dès à présent dans les bibliothèques ou sur les rayons des librairies. Et surtout d’en parler autour de vous !


1 Chouette
   "Les trois petits pourceaux", Coline Promeyrat et Joëlle Jolivet (Didier jeunesse, A petits petons)
   "Plic, plac, ploc", Etsuko Bushika et Kaori Moro (Didier Jeunesse)
   "Sam & Pam", Mo Willems, Jon J Muth (Le Genévrier)
   "Le roi Jules et les dragons", Peter Bently et Helen Oxenbury (l'école des loisirs/Pastel)
    "Morse, où es-tu ?", Stephen Savage (l’école des loisirs /Pastel)

2 Chouettes
    "Une chanson d’ours", Benjamin Chaud (hélium)
    "Oiseau et Croco", Alexis Deacon (Kaléidoscope)
    "Le panier", Jean Leroy et Matthieu Maudet (l'école des loisirs/Mouche)
    "Joseph avait un petit manteau", Simms Taback (Le Genévrier)
    "Rêves d'Océan", Dennis Nolan (Petite Plume de carotte)

3 Chouettes
    "Nour. Le moment venu", Mélanie Rutten (MeMo)
    "Le bateau vert", Quentin Blake (Gallimard)
    "Dessine !",  Bill Thomson (l'école des loisirs)
    "Le géant et le gigot", Christian Oster (l'école des loisirs/Mouche)
    "Les poings sur les îles", Élise Fontenaille et Violeta Lópiz (Rouergue)

4 Chouettes
    "Le Yark", Bertrand Santini et Laurent Gapaillard (Grasset Jeunesse)
    "La mémoire de l'éléphant. Une encyclopédie Bric à Brac", Sophie Strady et Jean-François Martin (hélium)
    "Docteur Parking", Franz Hohler (La joie de lire)
    "Les A.U.T.R.E.S.", Pedro Mañas (La joie de lire)
    "Le bus de Rosa", Fabrizio Silei, Maurizio et A.C. Quarello (Sarbacane)

5 Chouettes
   "Le goût de la tomate", Christophe Léon (Ed. Thierry Magnier)
    "Moi, Ambrose roi du scrabble", Susin Nielsen (hélium)
    "Le conte du genévrier", Jacob et Wilhelm Grimm et Gilles Rapaport (Le Genévrier)
    "Mandela et Nelson", Hermann Schulz (l'école des loisirs/Neuf)
    "Tempête au haras", Chris Donner (l'école des loisirs/Neuf)