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mardi 14 janvier 2014

LAA ppris le décès de Jean Fabre

Jean Fabre. (c) Aline Giron.

Jean Fabre, "Monsieur Fabre" comme on l'appelait, allait avoir 94 ans (il était né le 29 janvier 1920). Le confondateur des éditions de L'école des loisirs s'est éteint jeudi dernier, le 9 janvier 2014. Cofondateur, car les compères étaient trois en 1965 à se lancer dans une aventure éditoriale fort originale pour l'époque, créer des livres pour enfants différents, leur permettant de développer leur personnalité - elle réunit aujourd'hui le meilleur de la production jeunesse des cinquante dernières années.

Le trio se composait de Jean Fabre, l'aîné qui travaillait aux Editions de l'école, scolaires donc, de son neveu Jean Delas, diplômé de HEC et du graphiste venu de Suisse, stagiaire aux Editions de l'école,  Arthur Hubschmid. Il faut les imaginer arpenter les allées de la Foire internationale du livre de Francfort en 1963 avant de prendre leur décision et de créer une maison d'édition dont le nom, L'école des loisirs, prolongerait la précédente.

C'est l'époque où la jeune maison d'édition, installée rue de Sèvres, amène sur le marché français les traductions des albums de Maurice Sendak,  Arnold Lobel, Tomi Ungerer, Leo Lionni, Iela Mari. Dès la première année, une créatrice belge sera de la partie, Marie Wabbes avec son "Olivier Lepage" (texte de Marcel Vermeulen), précédent ses "Vache Caroline" qu'elle signera du nom de Florence.
Suivra sous la bannière L'école des loisirs, une foule de grands noms, Barbapapa comme le répètent ceux qui relaient la dépêche AFP, mais aussi et surtout Philippe Dumas, Mitsumasa Anno, Claude Ponti, Grégoire Solotareff, Nadja, Philippe Corentin, et tous ceux des générations suivantes...

Aujourd'hui, c'est toujours un triumvirat qui dirige L'école des loisirs. Arthur Hubschmid en est toujours le directeur éditorial. Jean Delas a laissé sa place l'an dernier, en 2013, à son fils Louis, devenu co-directeur de la maison avec Jean-Louis Fabre qui avait pris la succession de son père en 1995. Ce qui n'empêchait pas Jean Fabre de veiller encore et toujours sur sa chère maison et ses auteurs. Sa gentillesse, ses yeux pétillants, sa bienveillance ont frappé tous ceux et celles qui l'ont approché.

"Monsieur Fabre" venait régulièrement en Belgique, transporté ici et là dans la R5 du responsable belge de sa maison. Il rencontrait les libraires et donnait des conférences où ses choix en littérature de jeunesse convainquaient sans peine un public ébloui.

Extraits.

"L'album pour enfants est un miroir de soi-même, un porte-voix de ses émotions et une fenêtre ouverte sur le monde. Le livre plaide aussi pour que ce soit à l'école que les enfants découvrent la littérature et qu'ils la découvrent pour ce qu'elle est, une source infinie de plaisirs, et non la simple occasion d'un cours de grammaire."

"L'enfant plus âgé trouve plusieurs motivations à la lecture. Tout d'abord, la communication, au-delà des frontières, des cultures (avec l'ouverture à la tolérance), l'occasion de sortir de ses habitudes de vie. Ensuite, le jeu avec les mots et les images. Enfin, un essai à la vie par procuration en se dédoublant à travers des personnages qui ont chacun quelque chose à dire."

 "Certains albums portent plus loin, résonnent plus fort, s'insinuent plus intimement, deviennent pour de jeunes lecteurs des références et des repères en les accompagnant dans leur cheminement personnel et en élargissant leur horizon familier."

Tout est dit et bien dit.
Merci Monsieur Fabre.



samedi 11 janvier 2014

LMO ssi "Le Livre des visages" de Sylvie Gracia

Facebook est tellement entré dans la langue courante qu’on ne songe même plus que le mot donne son titre au dernier roman en date de Sylvie Gracia, "Le livre des visages" (Ed. Jacqueline Chambon, 250 pages, 2012).

Ce "journal facebookien" se présente comme un journal littéraire habituel, daté, sauf qu'il réunit les photos et les textes de commentaires que l’auteur a postés sur Facebook en 2010 et 2011.

"Le début s’est fait par hasard", nous a expliqué l’auteur à la sortie du livre. "J’avais commencé à mettre sur Facebook des photos de mon quotidien, prises avec mon téléphone portable, et à les légender rapidement. Au bout de deux à trois semaines, les légendes se sont allongées puis sont devenues des textes. J’ai été attrapée malgré moi!"

On suit la romancière photographe durant une bonne année et demie. Ses phototextes nous entraînent dans sa vie privée comme professionnelle, sur ses chemins de traverse également. Une nouvelle démarche littéraire.

"Au début de l’été 2010, j’ai vu que quelque chose se passait sur Facebook. Les gens ont commencé à suivre mes textes, à réagir sur mon mur." Le début du livre, à Venise le 1er janvier, est reconstitué. "Mais en général, les textes ont été écrits au maximum deux ou trois jours après la prise de la photo. Les érotiques ont été ajoutés pour la version papier."

"Le livre des visages" montre les images de l'auteur et ce qu’elles déclenchent chez elle, une femme au début de la cinquantaine, la mère de deux filles qui sont devenues adultes, éditrice de profession, romancière également, l'orpheline en mal de mère depuis dix-neuf ans, une divorcée qui a une vie amoureuse. Avec les joies, les souvenirs, les angoisses de santé, celles de ses sœurs, les siennes.

Sylvie Gracia. (c) Marc Melki.
"Ce qui m’a frappée en relisant mes textes en prévision du livre papier", reprend Sylvie Gracia, "c’est la densité du temps. J’ai vécu une année assez dense. Il était intéressant de voir comment texte et photo ont déposé le temps, l’ont inscrit dans le réel. Cela donne une densité très forte au temps quotidien."

Ce qui nous frappe nous, c’est la décontraction de l’écrivain. "Je me sentais très libre en écrivant", nous répond-elle,  tout en reconnaissant tenir d’autres carnets intimes, des vrais en papier et des fichiers sur son ordinateur. "L’essence même de Facebook est celle-là. On est souvent dans l’intime, même si le réseau est très ouvert. Sur Facebook, je fais un journal intime avec des textes et des photos. Je joue le jeu de l’intimité. Cela peut être dérangeant. Ces textes n’auraient pas pu être écrits ailleurs. Est-ce un livre en marge? Je pense y avoir donné le meilleur de moi-même. Celui qui viendra après en sera nourri."

vendredi 10 janvier 2014

LM très fort le "livre des visages" d'Ingrid Godon

Jean. (c) Ingrid Godon.
Le petit Chaperon rouge.
Julia. (c) Ingrid Godon.
Alice. (c) Ingrid Godon.
Paula. (c) Ingrid Godon.
Carl. (c) Ingrid Godon.


Livre pour enfants?
Beau livre?

Le merveilleux album "J'aimerais", présentant une suite de portraits dus à l'artiste belge Ingrid Godon pour lesquels le Néerlandais Toon Tellegen  a imaginé des textes, est assurément les deux. Un livre superbement traduit du néerlandais par Maurice Lomré (La Joie de lire, collection "Hors norme", 100 pages).

C'est un album pour enfants dès son titre, "J'aimerais", expression courante durant l'enfance. Il réunit trente-trois peintures de visages, tous nommés par l'autodidacte Ingrid Godon, la plupart du temps cadrés serrés, yeux écartés, lèvres souvent fines. Il s'agit en majorité d'enfants, Alice, Oscar, Léonard, Marcel, Nora, Anton, les jumelles Marie et Rose, mais on croise aussi quelques adultes, Suzanne, José, Joseph... Des dessins libres et des croquis apparaissent ci et là.

Les jumelles Marie et Rose. (c) Ingrid Godon/La joie de lire.

Ce qui frappe tout de suite, c'est l'air de famille des modèles. Il sourd de ces portraits une douce mélancolie, un léger sérieux, un côté ancien, presque suranné. Pas de sourire mais des regards qui scrutent le lecteur. Face à ces tableaux, des textes courts et bien troussés, souhaits dictés par les traits graves, qui questionnent la condition humaine. Alice se rassure sur sa mort. Oscar interroge sa foi en Dieu. Léonard rêve de mystères. Marcel veut être le garçon aux mille alibis... Qui ne s'y retrouverait pas? Et plus on en voit, plus on a envie d'en dénicher d'autres. Et plus on en lit, plus on a envie d'encore en découvrir. Tant on se reconnaît  dans ce "livre des visages".

"J'aimerais" est aussi un beau livre par l'excellence de sa confection. Une feuille de calque estompe le portrait de Jean en couverture, le papier est de qualité, beau le format. Typographie et mise en pages extrêmement soignées rendent honneur à la qualité des images et des textes; poussées à ce point, c'est rare. Mais quel plaisir de tourner des pages si bien pensées, de tomber sur des calques vert clair imprimés de la phrase fil rouge, "J'aimerais", en rouge justement. C'est classe et réjouissant.

Ingrid Godon. (c) Koen Broos.
Ce qui est original dans cet album bien épais, qu'on lit et relit avec bonheur, c'est qu'il a été entamé par les dessins d'Ingrid Godon. Ses saisissants portraits sont nés après qu'elle se soit imprégnée de vieilles photos de famille en noir et blanc. On remarque aussi l'ascendance ainsi que l'influence des portraitistes italiens et flamands.

Ce n'est qu'ensuite que l'artiste belge a confié sa trentaine de visages, auxquels elle avait donné des prénoms, à Toon Tellegen, un ancien médecin devenu auteur pour la jeunesse, qui a imaginé les histoires et les désirs dissimulés derrière les regards. La galerie de portraits à qui la parole est donnée, à l'exception de quelques-uns qui ne disent rien, qui en résulte exerce une réelle fascination sur le lecteur, qu'il soit enfant, ado ou adulte. On y cherche le bonheur inlassablement, qu'il soit éternel ou celui d'un moment. On y interroge le présent, le passé et le futur. On y frôle au plus près la condition humaine dans ses différents états.

"J'aimerais" est un ouvrage magnifique, qui pose plein de questions et y répond à sa façon, magnétique comme les portraits qu'il présente. Un "livre des visages" d'une richesse inouïe.

La quatrième de couverture de "J'aimerais".



Les originaux de l'album d'Ingrid Godon sont actuellement exposés à la librairie Filigranes (39-40, Avenue des Arts, 1040 Bruxelles) jusqu'au
3 février.

mercredi 8 janvier 2014

LC lèbre l'anniversaire de David Robert Jones


(c) Yves Budin/Dessert de lune.
 
David Robert Jones est né le 8 janvier 1947 à Brixton, un quartier populaire de Londres.
Ce nom ne vous dit rien ou pas grand-chose?

C'est pourtant le vrai nom de David Bowie qui fête ce jour ses 67 ans.

L'occasion de plonger dans la super chouette biographie illustrée, "(Sounds &) Visions of Bowie", que lui consacre Yves Budin (Les carnets du dessert de lune, 96 pages).

L'ouvrage commence par une préface du regretté Gilles Verlant (1957-2013), qui se dit "toujours ébloui" par Bowie et termine son texte par "Et maintenant, place au choc des images."


(c) Yves Budin/Dessert de Lune.
Choc il y a effectivement, devant la technique expressionniste d'Yves Budin. Devant son ton aussi, car le texte qui accompagne les dessins est souvent télégraphique, toujours chronologique, entamé à la première personne, poursuivi à la troisième.

Les pages fourmillent de renseignements sur les usages anglais d'hier, les personnes que la star a rencontrées, ce que David Bowie a chanté dès ses débuts, l'origine de son pseudo, les influences qu'il a subies, les événements de sa vie personnelle et  familiale...

Et bien sûr les chansons, les spectacles et les excès de l'homme-caméléon qui a marqué la musique de son nom depuis 1967. A l'indélébile.

Même si on le connaît, on suit avec appétit et intérêt l'itinéraire de l''homme aux yeux vairons, toujours soutenu par les expressifs dessins en noir, blanc et rouge (et une pointe de jaune). Quelques dates permettent de mieux se repérer mais sans gêner la lecture. Un impeccable portrait en forme de jeu de piste.


(c) Yves Budin/Dessert de Lune.


lundi 6 janvier 2014

LME rait déclarer son amour à la littérature aussi bien que l'Américain Will Schwalbe


En général, les bandeaux qui entourent les livres ne servent pas à grand-chose. Pour le dire élégamment. Qu'y trouve-t-on la plupart du temps? "Un livre fascinant", suivi du nom d'un auteur de best-sellers, ou "Un livre inclassable", attesté par un créateur de livres inclassables. Info ou intox?

Dans le cas du formidable livre de l'Américain Will Schwalbe, "Le parfum de ces livres que nous avons aimés" (traduit de l'américain par Lyne Strouc, Belfond, 416 pages), le bandeau rouge que signe l'écrivain Douglas Kennedy est parfaitement exact. Même si le signataire est publié dans la même maison d'édition française, il est surtout un ami, un vrai ami, de l'auteur. En quelques mots, il résume magnifiquement cet ouvrage exceptionnel, qui célèbre la vie et les livres. Info donc. Pas d'intox.

"Le parfum de ces livres que nous aimés" relate le club de lecture de deux personnes, pas davantage, que l'auteur et sa mère ont fondé quand a été diagnostiqué en 2007 le cancer du pancréas de cette dernière. Il a duré deux ans, le temps que la maladie emporte finalement cette femme extraordinaire à tous points de vue - le pronostic habituel est une survie de trois à six mois. Le titre original, "The end of your life book club", aurait mérité d'être conservé.

Ancien journaliste, ancien éditeur chez Hyperion, Will Schwalbe dirige aujourd’hui le site culinaire Cookstr.com qu'il a fondé. Il a fini par consigner par écrit cette période extraordinaire qui a tenu sa famille ensemble, père, frère, sœur, neveux, nièces, encore plus que par le passé, une fois la maladie irrémédiable détectée. Il n'en avait pas le projet à l'origine et s'excuse du coup de ses possibles erreurs temporelles.

Son livre est autant une déclaration d'amour à sa mère, personne hors du commun comme on le verra tout au long des pages, qu'aux livres et à tout ce qu'ils nous apportent. Si la formule "Qu'est-ce que tu lis en ce moment?" a toujours fusé entre le narrateur et sa mère, elle est devenue le fil rouge de la fin de vie de cette dernière. Sauf que les titres des livres étaient maintenant définis, mêlant classiques, nouveautés et traductions. Même des livres déprimants. "C'est la cruauté qui me gêne", affirme la mère. Il s'agissait alors surtout de trouver le temps pour les dévorer. Heureusement que certains sont insomniaques. "C'est notre vie elle-même qui s'est transformée en club de lecture", écrit Will Schwalbe. La cancérologue avait été claire: "Le traitement est possible, mais pas la guérison."

Will Schwalbe. (c) Michael Lionstar.
Avec un tel sujet, on pourrait craindre une "américanerie". Il n'en est rien. Il s'agit d'un puissant livre de vie, alors qu'il parle de mort. En effet, lire, c'est vivre, lire, c'est le contraire de mourir. On suit avec émotion une belle histoire, avec beaucoup d'amour, de respect, d'idées, de conversations, d'échanges, d'élan. Et bien sûr, avec beaucoup de livres. "Les livres ont toujours représenté pour ma mère et moi un moyen d'aborder les sujets qui nous concernaient mais nous mettaient mal à l'aise. De même qu'ils nous ont servi d'exutoire chaque fois que nous nous sentions tendus ou angoissés". La vie avant tout: la lecture ne procure-t-elle pas des moments d'immortalité?

On découvre dans cet épais volume deux lecteurs insatiables qui sont fans des premières phrases des romans. On apprend à connaître cette "Maman" dont le fils apprend le prénom, Mary Anne, à l'occasion de ses traitements médicaux, cette femme qui affirme que les livres "l'aidaient à comprendre le monde tel qu'il était et non tel que nous aimerions qu'il soit". Des livres dont elle lit toujours la fin en premier lieu, pour pouvoir mieux consacrer son attention à l'évolution du texte.

Voici quelques-uns des titres qui apparaissent en début d'ouvrage mais on en trouve la liste complète, avec les noms des traducteurs et les maisons d'édition à la fin du livre: "Les piliers de la terre", de Ken Follett, "Sur la plage de Chesil", de Ian McEwan, "Rendez-vous à Samarra", de John O'Hara, la poésie de W. H. Auden, "Les détectives sauvages", de Roberto Bolaño, "Mille soleils splendides", de Khaled Hosseini... Jusqu'à "L'élégance du hérisson", de Muriel Barbery, et "Millenium", de Stieg Larsson, sans oublier les livres de Joan Didion. En tout, presque douze douzaines de livres! Un vrai trousseau de marié(e).

"C'est une chose que les livres font pour nous. Ils nous aident à parler. Mais ils nous donnent aussi des sujets de conversation quand nous ne voulons pas parler de nous-mêmes."

En même temps qu'il évoque les lectures du club, l'auteur évoque les conversations tenues pendant les séances de chimio ou à d'autres occasions. Le souci de ne pas inquiéter les amis en créant un blog pour les tenir informés. Les choix d'éducation des enfants de ses parents: que les décisions soient réversibles, paris sécurisés. Il glisse aussi quelques pistes concernant la manière de poser une question à un(e) malade. Il fait raconter son enfance à Mary Anne, née en 1934,  son engagement pour le féminisme, sa vie de travail au service de causes, dont cette équipée aux Philippines avec sa sœur Nina, son engagement définitif pour la cause des réfugiés, son dernier voyage à Londres où, jeune, elle étudia le théâtre. Mais aussi l'assurance maladie dont elle bénéficie (le Medicare de Barack Obama qui sera élu durant sa maladie n'existait pas encore), l'homosexualité, l'amour (le père a fait sa demande en mariage à la mère lors de leur premier rendez-vous. Sans oublier sa volonté de faire construire une bibliothèque en Afghanistan

Tous ces sujets sont aussi l'occasion pour le narrateur d'évoquer ses propres souvenirs d'enfance et bien entendu ses lectures d'enfance (de Maurice Sendak à Tolkien), l'art d'esquisser les corvées ("A l'instar des églises du Moyen-Age, les livres offraient un droit d'asile immédiat"). L'humour et la légèreté sont constants.

Effets secondaires du traitement  et réjouissances familiales ou entre amis, les sujets se suivent dont celui de la religion qui donne aux deux lecteurs l'occasion de se pencher sur l’œuvre de la merveilleuse Marilynne Robinson ou celui des réfugiés chère au cœur de la malade. Le seul finalement qui n'est pas abordé est celui de la mort, et Will Schwalbe s'en rend bien compte.

"J'ai alors réalisé que pour nous tous la mort de Maman recelait non seulement le chagrin de sa perte, mais aussi la fin de tous nos rêves communs à venir."

Ce livre a ceci de fascinant qu'il est gorgé de phrases  sur la littérature que vous pensez sans toujours parvenir à les formuler. Qu'il est agréable et réconfortant de tomber sur: "C'est l'une des choses incroyables que parviennent à faire ce genre de très bons livres: ils ne te font pas seulement voir le monde autrement, ils t'amènent à regarder les gens qui t'entourent autrement."

Les mois passent et le traitement perd de son efficacité. Le cancer reprend son offensive physique. "Etait-ce parce que le temps s'accélérait et devenait de plus en plus pressant que nous lisions tous les livres immédiatement, en quantité impressionnante?", interroge Will Schwalbe. La mort prendra Mary Anne, mais le lecteur aura passé des heures incroyables de richesse aux côtés de cette famille généreuse, debout dans l'existence et débordant d'amour.