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mercredi 13 avril 2016

Le soutien de ses auteurs à Geneviève Brisac


Le 5 avril est apparu sur la toile le blog "la ficelle", énigmatiquement sous-titré "Si ton cerf-volant est cassé, garde la ficelle".

S'y sont regroupés des écrivains de l'école des loisirs, démunis devant le changement de ligne éditoriale de la maison cinquantenaire.
Ils se présentent ainsi:
"Une grande maison d'édition jeunesse, L'Ecole des Loisirs, change de cap sans prévenir. Des auteurs de romans restent à quai, d'autres sont tombés à l'eau. Dans ce blog, des auteurs concernés prennent la parole pour donner leur point de vue. Ils souhaitent dire ce que L'école des Loisirs représentait pour eux; parler littérature jeunesse, celle qu'ils aiment et qu'ils veulent écrire; montrer leur soutien à ceux qui partent ou ceux qui restent; et pourquoi pas parler économie, politique éditoriale et politique au sens large. Bref, dialoguer, s'exprimer et dire à Loisirs."
Depuis le 5 avril, les billets-témoignages d'écrivains s'y succèdent. Dix à cette heure: Alice de Poncheville, Nastasia Rugani, Isabelle Rossignol, Claire Castillon, Fanny Chiarello, Coline Pierré, Gilles Barraqué, Charles Castella, Agnès Desarthe... Les lire devrait être réjouissnt. Vu les circonstances, c'est d'une tristesse absolue mais nécessaire. Tous racontent le passé avec Geneviève Brisac, la responsable des romans depuis 1989, écartée sans ménagement à la fin de l'année dernière (elle est officiellement toujours en place, mais en arrêt maladie). Un temps où la littérature avait le droit, même le devoir, d'exister pour les enfants. Chacun dit à sa façon une manière de faire magnifique, un souci des auteurs et des lecteurs. Humanité et talent professionnel.

Les lire est d'une tristesse absolue car ils disent le passé. Louis Delas, le nouveau directeur de l'école des loisirs, a défini pour "Livres-Hebdo" la ligne éditoriale des romans: "Nous publions des romans avec des personnages positifs et entreprenants auxquels il arrive des aventures qui permettent aux lecteurs de s'identifier et de se construire dans un monde complexe." Oui, on se pince. On tentera de ne pas se remémorer l'aventure qu'a été la publication de Robert Cormier ou des deux Christophe, Honoré et Donner... Maintenant, les machines sont réglées. Ecrivains, placez-vous dans les lignes désormais. Ne dépassez pas.

Quel sera l'avenir des romans à l'école des loisirs? On peut s'en inquiéter. Car peu répondent aux normes actuelles. Heureusement il reste deux milliers de livres formidables en collections Mouche, Neuf et Médium qui ont été publiés et souvent réimprimés. Pas tous hélas. Et j'attends avec impatience que le site renouvelé dernièrement de l'école des loisirs mentionne aussi les livres épuisés, par respect du lecteur, de l'étudiant, de l'amateur de littérature de jeunesse ou du chercheur dans ce domaine.

Je pensais à tort qu'avait été écarté du catalogue de l'école des loisirs le chef-d'œuvre qu'est "Le passage" de l'Américain Louis Sachar (traduit de l'anglais par Jean-François Ménard, 2000)  - alors que "Manuel de survie de Stanley Yelnats pour le camp du lac vert", qui y est lié l'est (Médium, 2004)! Je suis rassurée que c'est le résultat d'embrouilles avec le nouvel agent de Louis Sachar. Il a contacté Gallimard Jeunesse et signé avec cette maison en "ignorant" que la traduction française existait depuis plus de quinze ans à l'école des loisirs.

Je vous passe le détail des courriers entre les trois parties intéressées. Le résultat en est que "Le passage" de Louis Sachar est maintenant disponible chez Gallimard Jeunesse, en coédition avec l'école des loisirs (c'est écrit en tout petit sur la couverture), toujours donc dans la traduction de Jean-François Ménard. Ce serait évidemment bien que le site de l'école des loisirs l'indique même si la commercialisation du livre est assurée par Gallimard.

En tout cas, "Le passage" est un livre total, mêlant western, amour fou, trésor et apprentissage. Le dix-neuvième, à l'époque, que l'auteur avait écrit pour la jeunesse. Plébiscité par des centaines de milliers de lecteurs. Un texte superbe, admirablement construit où on découvre la vie, si on peut l'appeler ainsi, au camp du lac vert.

Un lieu loin de tout, cuit et recuit par le soleil qui en a fait disparaître la moindre goutte d'eau. Là, des jeunes qui ont eu maille à partir avec la justice creusent des trous. Tous les jours. Sous une impitoyable chaleur. Dimensions imposées: 1,5m de diamètre, 1,5m de profondeur. La taille d'une pelle. Dans quel but? Pour "se forger le caractère" sans doute mais aussi pour servir certains projets du directeur. Petit à petit, le lecteur découvre ce quotidien éprouvant. Des bribes d'existence se dévoilent à lui, croisant des destins, entrecoupées de pans d'autres vies qui se sont déroulées plus de cent ans auparavant. "Le passage" est un livre terriblement émouvant, mais aussi très drôle par moments. C'est un roman d'une qualité rare qui ouvre le lecteur aux autres et à lui-même. Un texte indispensable.


Et donc, je répète, n'oubliez pas de lire "la ficelle" régulièrement. C'est un parfait plaidoyer pour une belle littérature de jeunesse, exigeante et réjouissante.

Ci-après, un communiqué de l'école des loisirs
au sujet des romans de la maison.









mardi 5 avril 2016

La romancière Meg Rosoff lauréate ALMA 2016


"Nooooooo! Oh my God! It is amazing! I cannot believe that!" 
Ce sont les mots de la romancière Meg Rosoff quand l'ALMA (Astrid Lindgren Memorial Award) lui apprend ce mardi 5 avril qu'elle est la lauréate 2016 du Prix Astrid Lindgren (5 millions de couronnes suédoises soit environ 580.000 euros).
A écouter ici.

Meg Rosoff.
Née le 16 octobre 1956 à Boston, deuxième de quatre sœurs, l'écrivaine américaine est installée à Londres depuis 1989. Elle a longtemps travaillé, notamment dans la publicité et l'édition, avant d'entrer en littérature de jeunesse. A 47 ans. C'était en 2004 avec "How I live now", traduit en français chez Albin Michel en 2006 sous le titre "Maintenant, c'est ma vie". Un premier roman qui se fait à juste raison remarquer (lire ci-dessous).

Depuis Meg Rosoff a écrit six autres romans pour ados, qui nous parviennent en français via Albin Michel Jeunesse ou Hachette Jeunesse, des albums pour enfants et un roman en littérature générale, ces derniers non traduits.

Le jury a apprécié que les romans de Meg Rosoff s'adressent à la fois aux sentiments et à l’intellect. Que sa prose étincelante décrive la recherche humaine de sens et d'identité dans un monde étrange et singulier, ne laissant jamais le lecteur indifférent. Que ses livres constituent une œuvre à la fois courageuse et pleine d'humour et soient tous très différents.

"Meg Rosoff décrit des adolescents à la frontière entre l’enfance et la vie adulte, confrontés à des épreuves difficiles dans la recherche de leur moi, parfois à la limite, voire au-delà, de l’intolérable. Ses personnages principaux, aux prises avec leur propre identité et leur sexualité, se retrouvent involontairement dans des situations chaotiques. Tout comme Astrid Lindgren, Meg Rosoff fait preuve d’une empathie et d’une loyauté totales envers les jeunes. Le monde des adultes apparaît tout au plus à la périphérie. Son style est toujours concret et vivant, qu’il s’agisse de décrire un paysage, des vêtements ou des aliments dans un garde-manger. Elle agrémente la noirceur avec humour pour aboutir à un chef d’œuvre stylistique."

Meg Rosoff a déclaré:
"Je suis bouleversée et profondément honorée  d'être la lauréate du Prix Astrid Lindgren pour 2016. Enfant, je me suis inspirée de Fifi Brindacier - désespérée de grandir assez courageuse pour naviguer sur les sept océans, assez forte pour soulever un cheval, assez peu conventionnelle pour vivre selon mes propres règles."



J'avais épatée par le premier roman de Meg Rosoff, "Maintenant, c'est ma vie" (traduit de l'anglais par Hélène Collon, Albin Michel Jeunesse, 2006; Le livre de poche jeunesse, 2008), qui a été adapté au cinéma en 2013, d'où sa nouvelle couverture. Il met en scène Daisy, une ado face à la vie, à cet âge entre "petit" et "grand" que l'auteure raconte avec finesse .

Le père de la narratrice a voulu éloigner une adolescente qui gênait sa nouvelle vie en l'expédiant passer l'été chez ses cousins anglais. Il a ainsi involontairement sauvé la vie de cette ado mal dans sa peau, quasi anorexique, rongée par l'absence de sa mère (morte en lui donnant le jour), ravagée parce que son père a refait sa vie avec une nouvelle compagne et un nouveau bébé à naître.

Ce premier roman ne fait pas dans la dentelle - la jeune fille doit affronter une longue guerre qui se déclare soudain sur sa terre d'exil - mais l'auteure a suffisamment de talent pour qu'on se laisse happer par son histoire, pour qu'on se mette à aimer son héroïne. Quelle force dans cette quête intiatique ponctuée d'épreuves! Les faits se situent à une époque indéterminée, légèrement postérieure à la nôtre, avec téléphones portables, attentats terroristes, déclaration de guerre et fermeture de frontières.

Mais revenons au début. Elizabeth, dite Daisy, se retrouve expédiée pour l'été de ses 15 ans chez sa tante Penn, la sœur de sa mère dont elle sait trop peu de choses. Une arrivée en fanfare: pas d'adulte pour attendre la New-Yorkaise à l'aéroport de Londres mais Edmond, son cousin de 14 ans, une clope au bec, la clé de la Jeep en mains.

Dès cet instant, Daisy va passer de surprise en surprise. D'abord, en rencontrant les habitants de la vieille baraque branlante où elle va séjourner, Osbert l'aîné des enfants, Isaac le taiseux jumeau d'Edmond, Edmond lui-même et Piper la dernière, sans compter quelques animaux - tante Penn n'apparaîtra que beaucoup plus tard. Ensuite, en expérimentant une autre façon de vivre, quasiment en autarcie. Livrée à elle-même, Daisy est amenée à réfléchir, à ouvrir ses yeux plus loin que son cadre habituel. Entre elle et Piper naît une profonde amitié, qui se développera encore pendant la partie de la guerre où elles seront séparées des autres et qu'elles devront affronter à deux, luttant à chaque instant pour leur survie. Auparavant, Daisy aura découvert l'amour avec Edmond, dans tous les sens du terme. Une première expérience d'amour adolescent, pur et sans tabou, qui marquera à jamais son existence: les derniers mots du livre sont aussi ceux du titre!

Ce premier roman bouleversant, maîtrisé de bout en bout, a fait entendre une nouvelle voix originale et juste. Meg Rosoff ne semble pas avoir complètement tenu la note dans les suivants, "Si jamais" et "Ce que j'étais" publiés chez Hachette Jeunesse (2007 et 2008). Depuis, d'autres titres sont à nouveau sortis chez Albin Michel, "La ballade de Pell Ridlay" et "Au bout du voyage" (2012 et 2014), un bon signe sans doute.

Les lauréats ALMA précédents

2015 Praesa (lire ici)
2014 Barbro Lindgren (lire ici)
2013 Isol
2012 Guus Kuijer (lire ici)
2011 Shaun Tan
2010 Kitty Crowther
2009 Tamer Institute
2008 Sonya Hartnett
2007 Banco del Libro
2006 Katherine Paterson
2005 Philip Pullman et Ryôji Arai
2004 Lydia Bojunga
2003 Maurice Sendak et Christine Nöstlinger

Ce n'est pas pour rien que le Astrid Lindgren Memorial Award est aujourd'hui considéré comme l'équivalent jeunesse du prix Nobel de littérature, détrônant les prix Andersen de l'IBBY de cette appellation. Il est le prix en littérature de jeunesse le plus important au monde.




lundi 4 avril 2016

Les prix Andersen arrivent à quatre heures

Et voilà, quelques jours après le 2 avril, date de naissance de Hans Christian Andersen et à cet effet journée internationale du livre pour enfants, l'IBBY vient de proclamer ce 4 avril à Bologne les lauréats des deux prix Andersen 2016. Il s'agit de l'Allemande Rotraut Susanne Berner pour l'illustration et du Chinois Cao Wenxuan pour le roman.

De ce dernier, je ne dirai rien puisque je n'ai pas lu l'unique de ses titres traduit en français, "Bronze et Tournesol" (traduit du chinois par Brigitte Guilbaud, Picquier Jeunesse, 2010). Une nouvelle édition sera disponible en librairie le 19 mai prochain. Mais l'éditeur est de qualité. A noter que le livre est sorti en 2005 en Chine. L'auteur est né en janvier 1954 à Yancheng, une ville du nord-est de la province du Jiangsu. Il est à la fois professeur de littérature chinoise à l'université de Pékin et auteur à succès de livres pour enfants, avec à son compteur plus de cinquante romans et nouvelles.


Rotraut Susanne Berner. 
Née le 26 août 1948 à Stuttgart, Rotraut Susanne Berner est plus connue du public francophone puisqu'on découvre son important  travail dès 1987 et "Les deux froussards" de Gudrun Mebs (Casterman). Elle est aussi l'illustratrice du célèbre roman "L'enfant du dimanche" de Gudrun Mebs (Gallimard Jeunesse, 1988). "Marie Martin", toujours avec la même, sort en 1990 chez Gallimard et reçoit le prix Bernard Versele en catégorie 4 chouettes en 1992.

Des albums apparaissent alors, toujours de qualité mais un peu boudés par le public. Notamment "L'Aventure" (Editions du Sorbier, 1996, épuisé), en solo, où Louison, la jeune chatte souriante, envoie son ballon dans une la maison voisine, peu rassurante, occupée par un chien peu sympathique et son perroquet. Le livre ressortira sous le titre de "Tania et le ballon rouge" (lire plus bas).


Ou ce conte inédit de la poétesse américaine Sylvia Plath,  "Ça-ne-fait-rien", (Gallimard, Folio cadet, 1998) qui montre comment Maximilien Nix, 7 ans, dit Max, parvient à obtenir un costume pour tous les jours de l'année. Il deviendra plus tard "Le rêve de Max" (Gallimard).



A partir de cette époque, Rotraut Susanne Berner sera principalement traduite en français chez deux éditeurs, La joie de lire qui le fait toujours, le Seuil Jeunesse qui a abandonné en cours de route. Elle-même se partage entre deux styles, les albums pour les tout-petits, souvent des imagiers où cohabitent plein de mini aventures (la série des "Tommy" ou les livres des saisons)  et les albums pour les grands de maternelles, beaucoup plus grinçants ou énigmatiques malgré leur apparence enfantine.


























"La princesse arrive à quatre heures" a connu deux versions, la première au Seuil Jeunesse, en 2001. Le titre y précise qu'il s'agit d'une histoire d'amour due à l'Allemand Schnurre. Difficile de résister à une telle annonce. Les premières pages découpent une longue fresque: une maison (cheminée fumante) au milieu de fleurs, roses et cactées confondues, un trottoir où apparaît un gamin photographe étrangement chapeauté d'un béret à queue d'animal, l'entrée du zoo, but de la promenade et les premières cages. Parfois bizarrement peuplées: lion, singe et ours y règnent seuls mais d'autres abris regroupent plusieurs espèces. Fin de la fresque, début du texte, avec la présentation d'une hyène puante aux yeux larmoyants. A partir de ce moment, le lecteur est cuit. Comment mettre en doute la parole de l'infect animal qui annonce à son visiteur qu'elle est une princesse ensorcelée et que seule une invitation à prendre le café pourra la délivrer? Comment être insensible aux dessins exquis de Rotraut Susanne Berner qui racontent les préparatifs du goûter? Quatre heures arrivent. La hyène sonne à la porte. Découvre, apparemment émue, les mille attentions dont elle a été l'objet. Et en profite au-delà de toute raison. L'hôte, dont toute la maison respire l'amour qu'il porte aux animaux du zoo, attend le prodige promis. En vain, car la hyène n'est qu'une menteuse. Mais le garçon ne le savait-il pas déjà dans un petit coin de sa tête? Plus que lui, c'est le lecteur qui est "attrapé" par cet album très réussi.

Ce livre formidable ressort en 2012 à La Joie de lire dans une version revue et titré cette fois "La princesse vient à quatre heures" (traduit de l’allemand par Marion Graf). La nouvelle traduction est plus enlevée mais qui irrite l'oreille quand elle dit "l'hyène" (forme autorisée) plutôt que "la hyène". Le titre a été modifié: "vient" remplace "arrive". Surtout il a perdu son sous-titre, "une histoire d’amour", si alléchant, au profit d'un alignement des noms des deux auteurs.  Demeure la fresque de plusieurs pages muettes ouvrant cette histoire de cache-cache où un gamin invite chez lui une hyène, répugnant animal, qui serait une princesse ensorcelée.

Dans "Chapeau!" (Seuil Jeunesse, 2003) album en boucle et sans texte, Rotraut Susanne Berner réussit à traiter le thème du chapeau volant après l'immense Tomi Ungerer !Tout commence un jour de grand vent où une rafale emporte le haut-de-forme du héros. On suit le couvre-chef de page en page. Sa course folle traverse des paysages aussi différents qu'un pont sur l'eau ou un arboretum. Avec toujours ce sens du détail qui enrichit l'histoire ou modifie l'apparente normalité des choses qui caractérise l'illustratrice allemande: un oiseau différent sur chaque branche du saule, des animaux familiers ou ceux du zoo qui construisent des historiettes parallèles, des personnages qui réapparaissent à différents endroits. Simple, pseudo-naïf et réjouissant. Pour les tout-petits.


Dimanche en famille. Tania la petite chatte se retrouve coincée dans un dimanche d'adultes. Heureusement, elle a reçu un cadeau, une balle qu'elle teste immédiatement. "Tania et le ballon rouge" (Albin Michel Jeunesse, 2003) est un plaidoyer pour la lecture. Car la balle de Tania atterrit chez un voisin, un chien bougon nanti d'un oiseau noir peu amène. Va- t-elle récupérer son bien? Oui, si elle montre ce qu'elle sait faire : du judo, des crêpes et aussi... la lecture ! Un album très réussi où tout est à regarder. Dès 4 ans. (, 48 pp., 10 euros.)·

Simple d'apparence, le trait caractéristique de Rotraut Susanne Berner, recèle en réalité d'innombrables finesses, détails importants et malices diverses qui lui donnent une vraie richesse. Dans "Ah non! Et alors?" (Seuil Jeunesse, 2005), deux poules, une noire et une blanche, discutent. Discutaillent. Se chamaillent presque. A chaque proposition de l'une, l'autre trouve un prétexte d'obstruction. Se promener? Il y a "un "nuage! Pourtant, un parapluie est là. Sans manger? Pourtant, un pique-nique est là. Plutôt lire? Pourtant, le bouquin peut accompagner... Et ainsi de suite. Ponctuées par les illustrations expressives, les répliques se succèdent à chaque double page. Drôles, un peu amères aussi tant elles épinglent ces humains qui s'interdisent on ne sait trop pourquoi les plaisirs à leur portée. Mais Rotraut Susanne Berner ne fait pas de morale, sa pirouette finale rétablissant l'équilibre le prouve: elle célèbre la grande amitié entre deux poules qui se connaissent, s'apprécient et se respectent.

Moins démonstratif mais tout aussi peu conventionnel est l'album "Les trois vœux de Barbara" (La joie de lire, 1997) de Franz Hohler et Rotraut Susanne Berner, réédité en 2006. On y fait la connaissance d'une demoiselle mécontente. Barbara, 7 ans environ, a de la peine à l'école, aussi bien en lecture, en écriture, en calcul qu'en gymnastique ou en dessin! Pas assez jolie à son goût et en manque d'amies. Si elle pouvait faire un vœu, elle choisirait de "ressembler à une princesse" et d'"être la meilleure de sa classe".
Justement, une nuit, elle reçoit la visite d'une fée qui lui offre un vœu. Et Barbara choisit des souliers bleus, ceux que sa mère lui a refusés au magasin un peu plus tôt. A la récré suivante, elle est l'élève la plus rapide de la classe et devient amie avec Alex. La fée viendra encore deux fois. Chaque fois, Barbara écoutera son désir du moment, un stylo rouge et un perroquet! Des souhaits apparemment peu raisonnables mais qui lui permettent de grandir, en suivant son propre chemin. Une histoire bienfaisante, tendre et juste.



L'annonce a aussi été l'occasion pour Wally De Doncker, le président de l'IBBY d'émettre un appel à toutes les bibliothèques de donner des cartes d'accès aux enfants réfugiés, comme cela se fait à Lampedusa. "Pour que chaque enfant ait accès aux livres et à la lecture!", a-t-il martelé.

dimanche 27 mars 2016

Joyeuses Pâques avec rosette

En France, la première des trois promotions annuelles de la Légion d'honneur (93.000 membres au total) vient d'être annoncée. Cette promotion civile de Pâques 2016 compte 535 personnes, illustres comme inconnues du grand public, soit 433 chevaliers, 73 officiers, 22 commandeurs, cinq grands officiers et deux grand’croix. 8,6 % viennent du monde de la culture et de la communication. Et c'est là qie l'on retrouve des noms qui feront plaisir. Ou pas. En littérature de jeunesse, on découvre ceux de Susie Morgenstern (yeeeeeeeeaaaaahh) et Sophie Audouin-Mamikonian ("Tara Duncan"). En bande dessinée, celui de Joan Sfar.


Allons-y pour un survol culturel de la liste officielle.

Sont nominés ou promus

A la dignité de grand officier

  • Mme Groult (Benoîte, Marie, Rose), journaliste, écrivaine. Commandeur du 14 décembre 2010.
  • M. Morin, né Nahoum (Edgar), sociologue, philosophe. Commandeur du 16 janvier 2002. 


Au grade de commandeur

  • M. Bénichou (Pierre, Daniel), journaliste. Officier du 5 décembre 2002.
  • M. Chemetov, né Chemetoff (Kondrat, Paul dit Paul), architecte. Officier du 23 juin 1998.
  • Mme Troublé (Agnès, Andrée, Marguerite), dite Agnès B, créatrice de mode. Officier du 18 février 2010. 
  • M. Perrin, né Simonet (Jacques, André), réalisateur et producteur de cinéma. Officier du 7 février 2008. 


Au grade d'offficier

  • M. Veyne (Paul, Marie, Eugène), professeur honoraire d’histoire au Collège de France, historien de la Rome antique. Chevalier du 3 décembre 1990. 
  • M. Arditi (Pierre, Marie, Denis), comédien. Chevalier du 10 avril 2002.
  • Mme Arlot (Anne-José dite Ann-José), architecte, cheffe de l’inspection générale des affaires culturelles au ministère. Chevalier du 12 novembre 2004.
  • Mme Eda-Pierre (Christiane, Paule), artiste lyrique. Chevalier du 8 novembre 2007.
  • Mme Gallimard (Isabelle, Denise), présidente-directrice générale d’une maison d’édition. Chevalier du 5 mai 2006. 
  • M. Mitterrand (Jean-Gabriel, Paul, Joseph), galeriste. Chevalier du 10 juin 1998.
  • M. Rey (Alain, Marie), linguiste, écrivain. Chevalier du 9 novembre 2000.
  • Mme Serreau (Coline, Madeleine), comédienne, scénariste et réalisatrice de cinéma. Chevalier du 27 juin 2005.

Au grade de chevalier
  • Mme Ader (Camille, Alice, Marie dite Alice), pianiste ; 46 ans de services.
  • Mme Audouin-Mamikonian, née Tricot (Sophie, Suzanne, Catherine), écrivaine ; 29 ans de services.
  • M. Barbaret (Hervé, Roland), directeur du Mobilier national et des manufactures des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie ; 24 ans de services.
  • Mme Bentaïeb (Saadia), comédienne ; 35 ans de services.
  • Mme Blondeau (Catherine, Caroline, Denise), directrice d’une salle de spectacles ; 22 ans de services.
  • M. Capuçon (Renaud, Damien), violoniste ; 24 ans de services.
  • Mme des Cars, née de Pérusse des Cars (Laurence, Elisabeth), directrice du musée de l’Orangerie ; 23 ans de services.
  • M. Echelard (Louis, Joseph, Marie), directeur général d’une société du secteur des médias ; 43 ans de services.
  • M. Faucon (Philippe), scénariste, réalisateur et producteur de cinéma ; 32 ans de services.
  • M. Forest (Philippe, Jean, François), écrivain, essayiste, professeur des universités en littérature française ; 30 ans de services. 
  • M. Guédiguian (Robert, Jules), scénariste, réalisateur et producteur de cinéma ; 37 ans de services.
  • Mme Haudiquet (Annette, Sylvie, Françoise), directrice d’un musée ; 32 ans de services.
  • Mme Le Coz, née Rippe (Martine), écrivaine, dessinatrice ; 31 ans de services.
  • Mme Lenchener, née Lentschner (Elisabeth), documentaliste, réalisatrice et productrice de cinéma ; 43 ans de services.
  • M. Mokart (Farid), publicitaire ; 22 ans de services.
  • Mme Morgenstern, née Hoch (Susan dite Susie), écrivaine ; 39 ans de services.
  • M. Perrier (Claude, Nicolas), président-directeur général de groupes de presse ; 36 ans de services.
  • M. Planès (Alain, Maurice), pianiste ; 46 ans de services.
  • Mme Rappaport (Nadia, Nathalie dite Nathalie), directrice d’un festival de musique ; 28 ans de services.
  • Mme Rémy-Boutang, née Rémy (Delphine, Sonia), gérante-fondatrice d’une agence en conseil digital ; 25 ans de services.
  • M. Sfar (Joann, Sacha, Albert), dessinateur et scénariste de bandes dessinées ; 22 ans de services.
  • M. Soulé (Jean-Luc, Pierre), président-fondateur d’un festival de musique ; 36 ans de services.
  • M. Tong Cuong (Eric, François), publicitaire ; 31 ans de services.
  • M. Vallois (Georges-Philippe), galeriste ; 26 ans de services.
  • M. Viansson Ponté, né Viansson Ponte (Jean, Jacques, Marie), président d’un syndicat de presse régionale ; 40 ans de services. 


L'intégralité de la liste se trouve ici.

vendredi 18 mars 2016

Printemps au "Royaume" d'Emmanuel Carrère


Les usagers de ce blog connaissent bien les soirées "Portées-Portraits" qui se déroulent à la Maison Autrique. Plusieurs fois par an, le lundi soir, des comédiens lisent des extraits de livres contemporains, choisis par l'asbl Albertine, label derrière lequel on trouve la comédienne et auteure Geneviève Damas. Les lectures sont accompagnées par des musiciens.

Emmanuel Carrère.
Ce lundi 21 mars, jour du printemps chez nous, jour aussi de "no(w)rouz" (Nouvel An persan), seront lus des extraits du roman "Le Royaume" d'Emmanuel Carrère (P.O.L., 2014). Chrétien fervent il y a vingt-cinq ans, l'auteur y raconte son histoire, les tourments qu'il traversait alors et comment la religion fut un temps un havre, ou une fuite. Aujourd'hui, Emmanuel Carrère n'est plus croyant mais il garde la volonté d'enquêter sur ce qu'il fut. On le connaît, l'Emmanuel, il ne s'épargne pas. Tout en partant de sa propre expérience, il imagine les origines de la chrétienté. S'il se concentre sur les personnages et les écrits de Paul et de Luc, il s'interroge aussi sur les raisons de la vivacité de cette religion deux mille ans après.

Malgré de multiples sélections et d'excellentes critiques, "Le Royaume" ne reçut aucun prix littéraire de l'automne 2014, à la déception de son auteur, mais il fut "meilleur livre de l'année" pour "Lire", lauréat 2014 du "Point" et "prix littéraire" du "Monde".


Les extraits de texte seront lus par Geneviève Damas, accompagnée au piano par Harold Noben. La mise en voix sera assurée par Christian Crahay. Exceptionnellement, il n'y aura pas de rencontre avant la lecture mais un verre sera offert à son issue, comme à l'habitude.

Pour lire le début du "Royaume", c'est ici.

Informations pratiques

Quand: le lundi 21 mars à 20 h 15
Où: à la Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Combien: 8 € (donnant l'occasion de visiter toute la maison)
Réservation: 02/245.51.87 ou albertineasbl@gmail.com


A noter qu'Emmanuel Carrère a publié un nouveau et gros livre en ce début année, l'excellent "Il est avantageux d'avoir où aller" (P.O.L., 560 pages). L'ouvrage réunit la plupart des articles qu'il a écrits depuis vingt-cinq ans dans la presse (du "Nouvel Observateur" à "La Règle du jeu", en passant par "Les Inrockuptibles" et "XXI"). Il s'y intéresse aux sujets les plus divers: l'amour, la politique, la littérature, le cinéma, la société, les faits divers, l'intime.

On est frappé de voir combien les préoccupations journalistiques de l'auteur sont les graines de ses futurs livres. Il se raconte, ses doutes, ses échecs dont une calamiteuse interview de Catherine Deneuve, ses réussites, ses enthousiasmes. Ses reportages  nous emmènent en Roumanie, aux Etats-Unis, en Russie, à Davos ou dans le cœur des hommes, dont le sien, pour un magazine italien. On y lit aussi ses préfaces à "Moll Flanders" de Daniel Defoe, à l'intégrale des nouvelles de Philippe K. Dick ou encore à "Epépé", du Hongrois Ferenc Karinthy. Voilà un bel éventail des talents d'Emmanuel Carrère: analyste, chroniqueur, commentateur, aventurier, satiriste, critique et avant tout écrivain.

Pour lire le début d'"Il est avantageux d'avoir où aller", c'est ici.