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mardi 7 février 2017

Le tigre, héros de la littérature de jeunesse

Au milieu des années 1960 sont sortis en Grande-Bretagne deux albums pour enfants devenus célébrissimes, impliquant chacun un tigre et la sacro-sainte cérémonie du thé. Le second était resté inédit en français jusqu'à ce jour.

Joie non dissimulée donc de voir sortir en élégant grand format le célèbre album de Judith Kerr, "Le tigre qui s'invita pour le thé" ("The tiger who came to tea" (G-B, 1968), traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Ramona Badescu, Albin Michel Jeunesse, 32 pages). Un livre qui lui a été inspiré par sa fille et qui est un véritable best-seller avec ses dix millions d'exemplaires vendus de par le monde. L'histoire est toute simple: on sonne à la porte au moment où Sophie prend le thé dans la cuisine avec sa maman.

Qui cela pourrait-il être? La maman énumère ceux qui sont pas censés sonner ce jour-là. Suspense. Sophie va ouvrir. C'est un tigre, bien poli: "Excusez-moi, mais j'ai une faim terrible. Pensez-vous que je peux prendre le thé avec vous?" "Bien sûr", répond la maman, même pas déconcertée. Les voilà attablés à trois, tout sourire.

Le tigre s'invite pour le thé. (c) Albin Michel Jeunesse.


Même l'eau du robinet y passe. (c) Albin Michel Jeunesse.
Et c'est là que les surprises vont se succéder à bon rythme. Car le visiteur inopiné a plus qu'une faim terrible. Il est carrément affamé et va faire en sorte de se rassasier. Un appétit qui étonne et divertit Sophie, sa maman et les lecteurs. Le tigre est assoiffé aussi...

Des scènes très amusantes le montrent faisant un sort à tout ce qui est mangeable ou buvable dans la maison. Ensuite, il s'en va, "Merci pour ce délicieux goûter", laissant une cuisine ruinée de ses provisions. Plus rien à manger? Pas grave. Papa qui est rentré entre-temps a une excellente idée, qui sera l'occasion de la seule illustration à bords perdus de l'album, les autres images apparaissant sur fond blanc.

Il est l'heure de se séparer. (c) Albin Michel Jeunesse.

Ce qui est formidable dans cet album, c'est la bonne humeur constante qui se dégage de ces pages où le non-sense est partout présent mais jamais signalé. Judith Kerr signe un texte charmant qui va bien faire rigoler les enfants à partir de 3 ou 4 ans et un graphisme forcément un peu daté qui ne détonne pas du tout. On voudrait plus d'histoires drôles qui bousculent la normalité. Excellente idée d'avoir traduit cet épatant album!


Entamant son programme de découverte d'une œuvre considérée comme un trésor national anglais, l'éditeur parisien avait déjà publié fin 2016 deux albums inédits en français de Judith Kerr, consacrés à son célèbre chat Mog (17 titres en anglais), "Mog oublie tout" et "Joyeux Noël, Mog!" (traduits de l'anglais (Royaume-Uni) par Ramona Badescu, Albin Michel Jeunesse, 40 pages chacun).


Rappelons enfin que Judith Kerr, née le 14 juin  1923 dans une famille juive de Berlin qui, devant la montée de l'hitlérisme, s'installe finalement à Londres en 1936, est l'auteur de deux excellents romans pour ados, totalement autobiographiques, "Quand Hitler s'empara du lapin rose" (traduit de l'anglais par Boris Moissard, l'école des loisirs, 1987, indisponible) et "Ici Londres" (traduit de l'anglais par Antoine Lermuzeaux, l'école des loisirs, 1991, disponible). Judith Kerr est décédée le 22 mai 2019  à Londres.




L'autre album des années 1960 dont je voulais parler est l'extrêmement délicieux "Un tigre dans la théière" de Betty Yurdin, illustré par Solvej Crévelier dans la version française (traduit de l'anglais par A. Telier, Père Castor- Flammarion, Castor poche, 1986) indisponible depuis trop longtemps. La version originale anglaise, "The tiger in the teapot" date de 1967 et est illustrée par William Pène du Bois.

Un album tellement lu et relu chez moi qu'il est tout usé - une autre raison de demander sa réimpression.

Il commence ainsi. Qui ne s'en rappelle pas?
"C'est l'heure du thé.
Comme chaque après-midi, Mrs Smith se préparait à faire le thé. Il y avait aussi, pour ce jour là, un cake, un pudding à la crème, des biscuits et un gâteau au chocolat.
Mrs Smith mit sur le feu la bouilloire pleine d'eau et descendit la théière de l'étagère.
C'était une très grande théière, parce que Mrs Smith est une mère de famille nombreuse. 
Mrs Smith posa la théière sur la table. Elle souleva le couvercle et s'aperçut qu'elle ne pouvait pas faire le thé. Il y avait un tigre dans la théière."
Tous les membres de la famille vont tour à tour tenter de chasser l'intrus, chacun à sa façon, occasion de situations plutôt comiques. Finalement, c'est Josy, la plus jeune de tous, qui saura se faire entendre du tigre installé dans la théière familiale. Dès 4 ans.


Et aussi


Un tigre dans le jardin
Anne-Marie Pol
PKJ, 116 pages

Le roman se déroule dans une famille nombreuse française d'Indochine, en 1931. Elle est inspirée de l'enfance de la maman de la romancière. Paule, 8 ans, a de la peine à accepter les règles familiales: être sage, ne pas bouger, ne pas aller à l'école... Elle a un grand frère et des petites sœurs pour jouer mais aucun n'a son goût pour l'imagination et l'aventure. Alors, pour échapper au monde compliqué des adultes, la petite fille se construit un univers autour du tigre qu'elle voit se glisser dans les hautes herbes à l’heure de la sieste. Elle ne dort pas, bien entendu, malgré la consigne de sa maman. Elle explore le jardin, seule, insensible à la chaleur. Le tigre devient son confident.

En arrière-plan se déroule la vie de la famille bourgeoise et des domestiques, dont la nounou que Paule a maltraitée. On ne peut pas ne pas penser à Sophie de la Comtesse de Ségur. Le roman se poursuit au rythme du pays et se terminera par un drame qui sera néanmoins l'occasion d'un rapprochement entre Paule et son papa. Un joli texte, intéressant aussi par le décalage qu'imposent l'époque et le lieu choisis. Dès 9 ans.


Il y a un tigre dans le jardin
Lizzy Stewart
adapté en français par Sophie Koechlin
Gautier-Languereau, 2016, 40 pages

Plein de choses à observer dans cet album au style vintage. Que ce soit dans la maison de Grand-Mère où Nora s'ennuie. Ou dans le jardin où va jouer la petite fille, accompagnée de sa girafe Jeff. Un jardin que Mamie a présenté comme une jungle, avec tigre, libellules géantes, plantes carnivores, ours polaire grincheux... Nora n'en croit pas et mot et grogne jusqu'au moment où elle croise des libellules géantes. Et si? La petite fille va aller de découverte en découverte. Sa Grand-Mère aurait-elle finalement raison? Nora devra utiliser toute son imagination pour trancher entre rêve et réalité. Cet album agréablement illustré navigue joliment sur la frontière du réel, privilège de l'enfance, et raconte une histoire pleine de charme entre tous ces gros animaux, dont un tigre. Dès 5 ans.


Rugissement dans la nuit
Paola De Narvaez
Versant Sud, 2016, 36 pages

Cette histoire vraie, venue de la jungle colombienne que connaît bien la jeune auteure-illustratrice, commence par une double page sans texte, pleine de couleurs de plantes et d'une silhouette orange et tigrée. Au village, c'est la désolation. Le tigre mange les poules la nuit puis va se cacher dans la forêt. Le jeune narrateur, accompagné de ses amis Second et Troisième, décide de partir à la chasse au tigre. Ils sont bien équipés et seront aidés par trois chiens. Après une longue traque, c'est la confrontation avec l'animal, terrible, inquiétante, terrorisante. Jusqu'à ce que les chiens montrent qu'autre chose est possible avec le tigre. Un album plein de couleurs pour se faire peur par plaisir. Dès 4 ans.





La Foire du livre entend réenchanter le monde


Que retenir de la longue conférence de presse de présentation de la Foire du livre de Bruxelles 2017?

Les dates: du jeudi 9 au lundi 13 mars.

Le fait que l'entrée est gratuite mais qu'il est préférable de s'inscrire sur http://flb.be/votre-entree-gratuite/ maintenant actif.

Le thème: réenchanter le monde.

Les valeurs: diversité, mixité, transmission.

Le président d'honneur (et non plus invité) de la 47e édition: le Français naturalisé belge Eric-Emmanuel Schmitt, au travail lors de quatre rencontres qu'il a programmées (une rencontre avec Philippe Claudel, un portrait chinois, une rencontre philosophique, une rencontre bien-être).

Les invités: l'Américain Harlan Coben pour le polar (comme annoncé ici), le Chilien Luis Sepulveda pour la littérature engagée, l'Irlandais John Boyne pour la jeunesse, la Québécoise Monique Proulx, le Français Laurent Gounelle pour le développement personnel, le Français Pierre Bordage pour l'imaginaire, le mangaka japonais Kouiti Shimaboshi pour la BD, le bilingue d'origine néerlandophone Tom Lanoye pour la Belgique, les Français Jacques Tardi et Dominique Grande pour la BD.

Le pays invité d'honneur: le Québec, comme en 2015, à l'occasion cette fois des 375 ans de la ville de Montréal.

Parmi les invités québécois: Kim Thuy, Dany Laferrière, Larry Tremblay, Dominique Demers (romancière jeunesse), Cathon (BD), Joséphine Bacon (poétesse innue), Monique Proulx, Patrick Senécal (polar), Elise Gravel (auteure-illustratrice jeunesse).

Auteurs en signature: Amélie Nothomb (la stakhanoviste de la dédicace), Didier Decoin (ce qui nous fait déjà trois jurés Goncourt), Philippe Besson, Grégoire Delacourt (le chéri de ces dames, comme il a été dit), Pascal Bruckner, Gaël Faye, Yann Moix, Andellah Taïa, Jean-Paul Delfino, Barbara Abel, Jean-Marc Ceci, Charly Delwart, Alain Berenboom, Grégoire Polet, etc. etc. etc.

Du côté de la jeunesse: les auteurs Els Beerten, Marie Colot, Eva Kavian, Ingrid Godon, Thisou, Vincent Cuvellier (30 ans de publication en 2017), Thomas Lavachery, Timothée de Fombelle, Xavier-Laurent Petit, etc. etc. etc.; les éditions La Joie de lire (30 ans cette année) et Mijade; les prix Libbylit et Bayard.

Du côté du polar: Harlan Coben, Victor Del Arbol, DOA, Luis Sepulveda, Barbara Abel, Philip Kerr, etc. etc. etc.

Du côté de la BD: la Comix Factory cède la place au Palais des imaginaires.

Les expositions: Migrants (Amnesty International), Sur les traces de Thomas Lavachery, Dans la forêt des contes, Imade(s)inaire (Ed. Bragelonne), La terre est ma couleur.

Pour le reste: un espace beaux livres, le retour de Casterman, une nocturne pop & geek, des conférences, des débats, des rencontres, des signatures, la présence de la télé, de la radio, le tout à retrouver sur www.flb.be (régulièrement actualisé).


Qui est qui? (c) FLB




vendredi 3 février 2017

Petit bestiaire d'hiver

Rouge, bleu, jaune, vert,  les couvertures en aplats de couleur claquent en cette saison. Qui abritent-elles? Des animaux! Des animaux qui ressemblent souvent à des humains Sélection d'albums pour enfants de tous âges.


Des chats tellement humains


On connaissait Dorothée de Monfreid experte en éléphants, les "Coco", et en toutous: "Toutous tous fous" (2013), "Pas envie" (2013), "Dodo" (2014), "Attendez-moi" (2015), "Tout tout tout sur les toutous" (2015, lire ici), "Le plus gros cadeau du monde" (2016, lire ici), "Ma photo" (2016), autant d'albums pour enfants publiés à l'école des loisirs.

La voici qui s'intéresse aux chats avec l'impeccable petit format presque carré, à couverture rouge vif, "Tendance chat" (Hélium, collection "Humour", 64 pages). Un catalogue tout public d'attitudes félines croquées avec délicatesse et humour par le dessin, la bulle de texte et le mot de titre. A moins que ce ne soient des attitudes humaines. Rassurons-nous, un chien se glisse discrètement dans ces pages plus craquantes que des croquettes.

Mes deux filles, adultes aujourd'hui, ont coutume de dire que j'ai pris deux bébés chats l'an dernier pour avoir "de nouveaux enfants". J'en rigole parce que depuis que mes "nouveaux enfants" sont arrivés, je vois en eux plein d'attitudes que j'avais repérées chez mes "anciens enfants". C'est dire si le nouvel album de Dorothée de Monfreid m'a enchantée.  Elle aussi débusque chez ses félins des attitudes qu'on a déjà vues ailleurs. Sur deux jambes en général. Elle les attrape, leur donne plutôt un coup de patte qu'un coup de griffe et nous laisse méditer sur cette question œuf-poule: d'abord le chat ou d'abord l'humain? Ses saynètes à deux chats en général sont impayables, justes et drôles, un brin déconcertantes parfois. Comme le sont les chats et les humains. Tout y passe, les contes de fées, le fitness, les assuétudes, la gourmandise, le sommeil, la télé, la mode, le téléphone portable...

Trois exemples de doubles pages.



"Tendance chat" de Dorothée de Monfreid. (c) Hélium.


Un autre album échangeant chats et humains, pour enfants celui-ci, le très beau "La visite", de Junko Nakamura (MeMo, lire ici).

Une couleur par animal, mais dix fois


Changeons de tranche d'âge pour aller des tout-petits qui sont bien gâtés avec la nouvelle série de Janik Coat. Il s'agit de dix petits livres cartonnés, en format à l'italienne, associant chaque fois une couleur et un animal: "Bleu éléphant", "Jaune chameau", "Rouge hippopotame", "Vert tamanoir", "Rose poulpe", "Marron mammouth", "Orange sanglier", "Violet chat", "Blanc chouette" et "Noir rhinocéros".  Les quatre premiers sont déjà en librairie. Les autres suivront durant l'année.


Bleu éléphant
Janik Coat
MeMo, 12 pages tout carton

Jaune chameau
Janik Coat
MeMo, 12 pages tout carton

Rouge hippopotame
Janik Coat
MeMo, 12 pages tout carton

Vert tamanoir
Janik Coat
MeMo, 12 pages tout carton





Quel enchantement que cette série, plastiquement de toute beauté. C'est qu'elle est forte en dessin, Janik Coat. Elle est aussi forte en textes. Même courts, ils suscitent l'intérêt et la curiosité. On pourrait dire tout simplement que Janik Coat est forte en livres (lire ici, ici et ici).

Chacun des titres suit la même idée: mon (animal) est (couleur) comme... (quatre suggestions allant de l'évidence à l’excentricité). La dernière double page permet d'identifier l'animal par sa couleur et son prénom au milieu de deux douzaines de compères de la même espèce.

Voilà des petits cartonnés extrêmement joyeux, pleins de couleurs et de devinettes. La sobriété que leur confère la technique des aplats de couleur leur donne une dimension artistique hautement appréciable. Et les propos en font de vrais livres pour les tout-petits. Bien entendu, on retrouve Popov, l'hippopotame déjà croisé à plusieurs reprises et tant aimé.


"Mon éléphant est bleu comme... le ciel." (c) MeMo.
















"Mon chameau est jaune comme... les tournesols." (c) MeMo.

"Mon hippopotame est rouge comme... les coquelicots." (c) MeMo.

















"Mon tamanoir est vert comme... les cactus." (c) MeMo.


















Deux lapins qui s'aiment



Le tunnel
Hege Siri
Mari Kanstad Johnsen
traduit du norvégien
par Jean-Baptiste Coursaud
Albin Michel Jeunesse
collection "Trapèze", 40 pages

Encore des aplats de couleur pour ce très beau et très intéressant album venu de Norvège. A la fois narratif et poétique par sa façon d'évoquer les choses. Il met en scène deux lapins qui s'aiment. Lui est blanc, elle est brune. Ils n'ont qu'eux pour jouer, se laver, et travailler. Travailler, c'est-à-dire creuser le tunnel qui leur permettra de passer sous la route. D'aller de l'autre côté, là où l'herbe semble verte et délicieuse. On les voit à l'ouvrage, peiner, écouter, creuser encore, détaler devant les éboulis. Se comparer aux lièvres qui courent plus vite mais creusent moins bien.

Lui est blanc, elle est brune. (c) Albin Michel Jeunesse.

Leurs conversations sont aussi touchantes que leur entêtement à avancer dans leur travail. Que d'amour aussi dans les mots qu'ils échangent, dans les gestes qu'ils partagent. En parallèle, on en apprend beaucoup sur leur technique et leur quotidien.

Même tenaces, les lapins peuvent cependant avoir des moments de découragement. Et s'ils traversaient la route en courant? Noooooooooooon! Tant d'autres animaux s'y sont essayés et n'ont pas réussi, ils s'en rappellent dans des scènes éloquentes.
"- Et c'est pour cette raison qu'on creuse, dit-il.
- Alors, continuons de creuser, dit-elle.
- Oui, on va continuer de creuser. Jusqu'à ce qu'on soit arrivés de l'autre côté."

Deux lapins qui s'aiment et veulent rester ensemble, même si c'est dans leur tunnel.

Danger? Il faut filer! (c) Albin Michel Jeunesse.

L'album est splendide par son traitement graphique qui mélange les pages multicolores et celles en quelques teintes seulement, par sa manière de montrer le lieu en coupe, avec les racines de plantes, les voitures et les autres animaux souterrains, par son alternance de plans larges et de plans rapprochés. Son propos, rare, est une autre raison de s'enthousiasmer. Dès 5 ans.

Un très beau travail graphique. (c) Albin Michel Jeunesse.


"Le tunnel" est aussi le titre d'un excellent album d'Anthony Browne (Kaléidoscope, 1989) où un frère et une sœur complètement différents apprennent à  s'aimer à l'occasion d'une épreuve dépassée ensemble.


Et aussi


Elmer et la course
David McKee
traduit de l'anglais par Elisabeth Duval
Kaléidoscope, 32 pages

Elmer, l'éléphant bariolé qui prend toujours la vie du bon côté, et Walter, son cousin noir et blanc, vont être les arbitres de la course de vitesse entre neuf jeunes éléphants gris. Comment les identifier? Tout simplement en les peignant chacun d'une couleur différente. Quand le départ est donné, les deux juges surveillent la course tout en la commentant. Pas facile pour les concurrents de galoper entre les embûches naturelles, les blagues des singes, les tentatives de tricherie... Elmer et Walter ont fort à faire avant de parvenir à distribuer les médailles personnalisées. Notamment faire comprendre que l'important, c'est de participer. Et surtout de bien s'amuser. Dès 4 ans. Sans oublier le recueil de cinq histoires d'Elmer, "Elmer, Walter, Rose et les autres" (lire ici).


Manchots au chaud
Andrée Poulin
Oussama Mezher
Isatis, 32 pages

On est d'accord, les illustrations ne sont vraiment pas terribles. Mais l'histoire, inspirée d'un fait réel, est charmante, enthousiasmante même, et vaut le détour. C'est celle d'une marée noire qui, en 2011, englua des milliers de manchots des côtes de Nouvelle-Zélande. Sauf que des milliers de personnes se sont mobilisées afin de tricoter des chandails pour réchauffer les manchots touchés par le mazout avant qu'ils ne puissent être nettoyés un par un par les secouristes. Cette belle histoire nous est contée par Matéo, un petit garçon qui demande à sa grand-mère de lui apprendre à tricoter afin de venir en aide aux manchots prisonniers de pétrole. Créé au Québec, cet album a aussi un parler vrai qui fait plaisir. Pas d'angélisme pour "préserver" les bambins: oui des manchots vont mourir, mais comme dit le chef secouriste: "On ne réussira pas à les sauver tous. Il y avait trop de pétrole. Trop de dégâts. Mais ne sois pas triste, fiston, tu as bien travaillé. Souviens-toi: chaque petite action est importante." Dès 4 ans.


L'araignée gypsie
Jean-François Dumont
Andrée Prigent
Kaléidoscope, 32 pages

Ode à la Normandie et à son climat marin souvent pluvieux avec cette araignée qui ne s'en laisse pas compter. On suit Gypsie qui grimpe sur le toit via la gouttière mais retombe systématiquement par terre à cause de pluies incessantes. Où est le soleil? Elle va même déménager pour le trouver et s'en trouvera tellement marrie qu'elle reviendra sous ses pluies finalement bienfaisantes. Des illustrations originales et pleines d'humour accompagnent un propos peu commun. Dès 4 ans. De la même l'illustratrice, un autre album avec une drôle de bête, "Gérard le bousier" (lire ici).





Harlan Coben en mars à Bruxelles!

Harlan Coben.

L'écrivain américain Harlan Coben, auteur de dix-sept romans traduits en français chez Belfond (et en poche chez Pocket), sera présent à la Foire du livre de Bruxelles les vendredi 10 et samedi 11 mars prochains.
L'occasion de rencontrer un auteur charmant, géant (1,94 m), père de quatre enfants.

Ses titres


  • Ne le dis à personne (2002)
  • Disparu à jamais (2003)
  • Une chance de trop (2004)
  • Juste un regard (2005)
  • Innocent (2006)
  • Promets-moi (2007)
  • Dans les bois (2008)
  • Sans un mot (2009)
  • Sans laisser d'adresse (2010)
  • Sans un adieu (2010) 
  • Remède mortel (2011)
  • Faute de preuves (2011)
  • Sous haute tension (2012)
  • Ne t'éloigne pas (2013)
  • Six ans déjà (2014)
  • Une chance de trop (2015)
  • Intimidation (2016)



Le dernier livre en date d'Harlan Coben, "Intimidation" ("The stranger", traduit de l'américain par Roxane Azimi, Belfond, 374 pages), est sorti le 1er octobre 2016.
C'est l'histoire d'un couple dans le New York d'aujourd'hui. Adam est avocat et mène une vie agréable et aisée en compagnie de son épouse Corrine et de leurs deux enfants. Jusqu'au jour où un mystérieux individu va lui faire de curieuses révélations sur un pan du passé de sa conjointe qu'il ignorait.

On peut lire le début du roman ici.










mercredi 1 février 2017

"Allô Maman bobo", revu par Carole Fives

Carole Fives. (c) Catherine Hélie/Gallimard.

Mince alors, la chanson d'Alain Souchon "Allô Maman bobo" date de 1977 (album "Jamais content"). Quarante ans! Cela me fait un choc. Moins fort néanmoins que la lecture du dernier roman en date, le troisième après un recueil de nouvelles, de Carole Fives, "Une femme au téléphone" (Gallimard, L'Arbalète, 102 pages). Fort, déchirant, déchiré. Inattendu aussi, mais on connaît l'auteure, que ce livre reprenant des conversations téléphoniques entre une mère, Charlène, la soixantaine, et sa fille adulte.

Une succession de mots, de phrases, qui disent celle qui parle autant que celle qui écoute. Et on comprend tout de suite la peine de celle qui décroche le combiné, parfois le raccroche brusquement, même si cette peine n'est jamais dite. Allôs, Mamans, bobos. Beaucoup de bobos.
"C'est maman, j'ai la voix complètement cassée, je n'ai pas pu voir de toubib car ils sont tous en vacances, voilà, j'espère que toi ça va... Ton frère ne voulait pas que je t'en parle mais j'ai des soucis avec mes globules rouges, (...)"
"Je te dérange? Tu n'avais qu'à fermer ton téléphone. Moi je suis debout depuis six heures alors... Ça a réveillé tes amis? Mais vous dormez tous ensemble dans cette maison de vacances? (...)"
"C'est encore moi, je tourne en rond. J'ai déjà fumé un paquet et bu une cafetière. Tout vomi aux toilettes. C'était amer comme de la bile. Alors je t'ai appelée, j'avais besoin de parler à quelqu'un, excuse-moi. (...)"
Voilà les débuts des trois premiers paragraphes du livre, histoire de donner le ton du nouveau roman de Carole Fives, épatant. Au début, on ne sait trop quoi faire avec cette mère qu'on devine envahissante. Soupirer? Sourire? Ou carrément rire quand Charlène annonce qu'elle s'est inscrite sur le site Meetic. Et qu'on va suivre son insuccès initial: "Tu sais pourquoi personne n'a répondu à mes annonces sur internet? J'ai coché Je suis une femme qui cherche une femme, rien ne va plus." On devine son sourire blagueur. Cela ne durera pas: "C'est toi ma puce? Le médecin m'a appelée, il m'a annoncé tout de go "madame, c'est le docteur Plot. Vos résultats sont très mauvais, vous avez un cancer, on se voit lundi, à mon cabinet", puis il a raccroché. Un cancer? Non, mais il n'est pas fou ce toubib?"

Tout de suite, on est pris par l'humanité de ces conversations dont on n'a que la voix de la mère. Ce qu'elle répond permet toutefois de savoir ce que sa fille lui a dit. Le procédé est fort et permet d'économiser les sentiments inutiles. Car ils sont nombreux à se succéder à la lecture de "Une femme au téléphone".  On suit la vie actuelle de Charlène qui, en même temps, se remémore son passé. Une femme vieillissante, centrée sur elle-même et ses chagrins. Très occupée à chercher un homme aussi. Ou à lancer des idées en l'air, comme celle de faire ce livre. Tellement égocentrée qu'elle ne peut guère porter attention à sa fille, oreille patiente et empathique.

Une telle difficulté à communiquer fait frémir. Mais on ne peut qu'admirer l'habileté de l'appelante à toucher sa fille là où cela lui fera mal - en est-elle même consciente? On croit parfois qu'elle lui glisse quelques fleurs, c'était ne pas voir le pot qui suit. Se rend-elle seulement compte combien elle est une mère toxique? Carole Fives réussit à nous la rendre toutefois touchante, en même temps que ses initiatives, ses opinions ou ses colères peuvent nous faire sourire. Elle dresse aussi un magnifique portrait en creux de la fille, qui voit s'inverser sans que personne n'en dise trop rien les rôles parents-enfants. Combien de femmes ne sont-elles pas dans cette situation? "Une femme au téléphone" est un roman finement engrangé qui fait rire en même temps qu'il serre la gorge.