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jeudi 8 juin 2017

Chez Charlip, amour + humour = complicité

Remy Charlip.

Remy Charlip (Brooklyn 1929-San Francisco 2012) s'est fait sa réputation d'auteur-illustrateur jeunesse de ce côté de l'Atlantique avec un petit livre tout blanc, "On dirait qu'il neige" ("It looks like snow", 1962, Les Trois Ourses, 2000, 2011). Une trace dans la neige qui conduit à la découverte d'un paysage immaculé. Il fallait oser! Mais l'Américain a toujours osé. Il était avant tout un esprit libre. On notera que petit garçon, il voulait être clown, fermier, artiste et violoniste.

Après avoir étudié le design textile au lycée, puis le graphisme à l'Ecole des arts décoratifs Cooper Union de New York, Remy Charlip se mit à dessiner des affiches, des couvertures de livres et donna des cours de théâtre à des enfants. Passionné de danse, danseur lui-même et chorégraphe, il fut un des cofondateurs, avec le musicien John Cage, de la compagnie Merce Cunningham.

Si Remy Charlip a fait des livres pour enfants en solo à partir du milieu des années 1950, il a aussi illustré les grands auteurs américains de son temps, Margaret Wise Brown ("David's Little Indian", 1956; "The dead bird", 1958 qui a été traduit en 2013 chez Didier Jeunesse sous le titre de "Une chanson pour l'oiseau"; "Four fur feet", 1961), Ruth Krauss ("A moon or a button", 1959; "What a fine day for...", 1967) et d'autres. En tout, une quarantaine d'albums dont plusieurs ont été lauréats de prix prestigieux. Ainsi "Arm in Arm" a reçu le prix de la Foire de Bologne 1971.

Mais Remy Charlip reste assez mal connu chez nous malgré le travail des éditions MeMo de rééditer son œuvre. Ainsi vient de paraître son délicieux "Je t'aime" ("I love you", 1967, traduit de l'anglais par Olga Kent, MeMo, collection Tout-petits MeMômes, 32 pages), le sixième titre du New-Yorkais chez l'éditeur nantais. Un tout petit format en noir et rouge sur papier crème, plein de cœurs et de déclarations d'amour, mais à la Charlip.

L'histoire commence en page de garde: "Tu sais quoi?" demande bien fort un parent, de sexe indéfini, à un enfant couché sur son lit, sa réplique miniature mais chauve, qui répond un petit "quoi?" "Je t'aime" est la ferme réponse, "parce que..." (direction la chaise, le petit dans les bras), "c'est si doux. (Je pourrais dire ça encore et encore) Je dis ça une fois, je dis ça deux fois. Je t'aime parce que c'est si doux".

Les premières doubles pages de "Je t'aime". (c) MeMo.

Pas besoin de fuir devant ces mots de sucre car c'est ici que l'album prend un tournant inattendu. Au "Dis ça encore" de l'enfant, l'adulte répond "ça encore." Au "non, allez, dis le poème" de l'enfant, qui a délaissé les bras et la chaise, l'adulte réplique "le poème". Au "non, vraiment!" de l'enfant, l'adulte ose un "vraiment"...

Surprise mais complicité immédiate entre l'adulte et l'enfant qui jouent en harmonie sur les mots et les phrases. L'exagération comique des "ça ça ça ça" répétés quatre dizaines de fois retombe dans la douceur des mots initiaux, réconfortants et apaisants. A noter les déplacements entre le lit et la chaise tout au long du jeu oral. Une déclaration d'amour pleine de tendresse et d'humour, parce que oui, les plus jeunes sont aussi capables d'humour pour peu qu'on leur en laisse l'occasion.


Cinq autres albums de Remy Charlip ont déjà paru chez MeMo.

"Rien" (Nothing)
Remy Charlip et Eric Dekker (ill.)
MeMo, 2005

C'est, en noir et blanc, l'histoire d'une publicité télévisée. On entend vanter les mérites de Rien que des ouvriers poussent, transportent, emballent et qui existe en modèle économique, familial, industriel. Car Rien marche pour tout: les dents, les cheveux, les pieds… Quand un garçon tombe malade, le docteur à bout d’idée y a recours et lui demande s’il a essayé Rien. Miracle… L’enfant guérit. Réflexion sur la consommation, la surconsommation et la publicité qui l'accompagne, "Rien" permet par le rire et l'absurde de poser des questions sérieuses.

"Rien" de Remy Charlip et Eric Dekker. (c) MeMo.



"Où est qui?" 
Remy Charlip
("Where is Everybody?", 1957)
MeMo, 48 pages, 2008

Les personnages ont les bonnes bouilles toutes simples caractéristiques des personnages des années 1950, date de leur création. Simplissime, et permettant ainsi à l'imagination de chacun de prendre son envol, l'album aligne sur un joli papier crème une belle série de plans fixes à l’italienne. Comme si un dessinateur montrait en direct ce qu'il est en train de dessiner.

"Voici un ciel vide", écrit d'abord l'auteur-illustrateur sur une page vierge de tout trait, avant de poursuivre au feuillet suivant: "Un oiseau s'envole vers le ciel" et d'y dessiner un oiseau aux ailes déployées. L'Américain passe alors à la double page pour représenter un soleil bien jaune, plein de rayons: "Le soleil brille dans le ciel". Une longue ondulation: "Voici des collines tout contre le ciel".

S'ajouteront la rivière, un poisson, un arbre, et puis une forêt, une route, un cerf, une maison, un homme, un petit garçon, un bateau. Autant d'épisodes attrayants et propices aux relectures qu'apprécient tant les plus jeunes, qui se pimentent du passage d'un nuage noir, cachant le soleil, précédant la pluie qui pose au lecteur plusieurs devinettes. Une atmosphère douce et paisible célébrant les petits riens.


"Où est qui?" de Remy Charlip. (c) MeMo.



"Déguisons-nous" 
Remy Charlip
("Dress Up and Let's Have a Party", 1956)
traduit de l'anglais par Françoise Morvan
MeMo, 2009

Voilà le premier album en solo de Remy Charlip sur le thème, on l'a compris, des déguisements. Tout est bon, un carton, une casserole, un tapis, le plus simple étant souvent le plus réussi. A chaque nouvel invité, la surprise est au rendez-vous. Un propos réjouissant et un graphisme de toute modernité.


"Déguisons-nous" de Remy Charlip. (c) MeMo.



"Heureusement"
("Fortunately", 1964)
Remy Charlip
traduit de l'anglais par Olga Kent
MeMo, 2011

Il a fallu attente quarante-sept ans pour que ce best-seller de Remy Charlip soit traduit en français. Dans un jeu d'alternance entre les doubles pages en couleurs, pour les bonnes nouvelles, et les doubles pages réalisées en noir et blanc pour les déconvenues, l'auteur-illustrateur nous emmène de rebondissement en rebondissement à la fête d’anniversaire de Ned. On se réjouit, on frémit, on passe du chaud au froid à chaque page: heureusement, on s'amuse beaucoup!



"Heureusement" de Remy Charlip. (c) MeMo.



"Mon chat personnel et privé, spécialement réservé à mon usage particulier"
texte de Sandol Stoddard
conçu et illustré par Remy Charlip
("My very own special, particular, private, and personnal cat", 1966)
traduit de l'anglais par Françoise Morvan
MeMo, 2012

Un chat, un enfant, un rapport de force. Hélas, on ne fait pas d'un chat une poupée et, quand le concept de propriété se heurte à celui de liberté, ça feule dans les chaumières... Ce face-à-face est un
chef-d'œuvre: pour sa langue, rythmée, chantante, inattendue et savoureuse et pour ses images minimalistes, mais justes.



"Mon chat personnel..." (c) MeMo.



Rappelons encore qu'il y avait eu auparavant "Maman! maman! J'ai mal au ventre!" de Remy Charlip et Burton Supree ("Mother, mother, I feel sick, Send for the Doctor, Quick, Quick, Quick", 1966, traduit de l'anglais par Catherine Bonhomme, Circonflexe, collection "Aux couleurs du temps", 56 pages, 2002).

"Maman! Maman! J'ai mal au ventre" (c) Circonflexe
Teintes flashy et look rétro pour cet album à l'italienne, conçu sur le principe du théâtre d'ombres, à l'époque des débuts du téléphone. Cornet à l'oreille, chapeau haut-de-forme sur la tête, guéridon et autres meubles précieux des pièces campent le décor Belle Epoque de cette farce immense et délicieuse.

Une mère affolée appelle en urgence un médecin qui saute dans sa voiture à chevaux afin de se précipiter auprès du jeune patient au ventre gonflé. Si jusque-là, tout était normal, les choses vont s'accélérer dans un délire soigneusement orchestré. Les silhouettes découpées renforcent le côté théâtral de cette opération chirurgicale peu ordinaire. Le praticien retire du gros ventre une foule de choses plus étranges les unes que les autres: trois pommes, une balle, un gâteau et ses bougies, des spaghettis et leur plat... La liste est loin d'être finie mais laissons la surprise. Un album superbe de créativité et d'imagination, cocasse, absurde et libre, vraiment conçu pour le public enfantin pour qui toute occasion de jouer est bonne à prendre.

Pour feuilleter le début de cet album aujourd'hui indisponible, c'est ici.
















mercredi 7 juin 2017

Les livres "chouettes" selon 55.000 enfants



Petit à petit, le Prix Bernard Versele refait son nid. Cette année, il dépasse à nouveau le cap des 55.000 enfants votants, de 3 à 14 ans, soit 4.000 de plus que l'an dernier (lire ici). Fameux! Ce qui signifie évidemment que bien d'autres gamins ont aussi lu tout ou partie des 25 titres proposés, répartis en cinq catégories d'âge, indicatives et non contraignantes (= on peut voter dans sa catégorie, au-dessus ou en dessous), mais n'ont pas rentré de bulletins. A noter que cette 38e édition du prix, créé en hommage au psychologue Bernard Versele, trop tôt disparu, a vu arriver 70 bulletins en provenance de la belle province du Québec.

Un palmarès de cinq lauréats et cinq labels (deuxièmes prix) où l'école des loisirs et le Seuil Jeunesse se taillent les parts du lion, quatre titres pour le premier éditeur, trois pour le second. Pas de remise officielle des prix cette année non plus. Peut-être dans deux ans? On l'espère.

Palmarès du Prix Bernard Versele 2017

1 chouette


Lauréat 
"Dodo"
Dorothée de Monfreid
l'école des loisirs, loulou & cie, 2014

Les huit toutous aujourd'hui bien connus (six titres parus) Micha, Jane, Zaza, Kaki, Nono, Omar, Pedro et Popov qui dormaient dans leurs huit lits superposés se réveillent en pleine nuit parce que l'un des leurs ronfle... Nouveau dodo ou chahut?


Label
"Je suis un lion"
Antonin Louchard
Seuil Jeunesse, 2015

Dès la couverture, le "lion" marche d'un pas décidé. Il n'a pas l'air commode, ce lion autoproclamé. Face à lui, le crocodile reste d'abord bouche bée devant tant d'insolence. Mais la tension monte entre les deux protagonistes, jusqu’à la chute finale!


2 chouettes



Lauréat 
"Le concours de force"
Delphine Bournay
l'école des loisirs, 2014

Qui va parvenir à déplacer l'énorme rocher dont la chute bloque l'entrée de la maison de Taupinette, experte en biscuits faits maison et téléphones avec sa grand-mère.


Label
"Le tapis en peau de tigre"
Gerald Rose
traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec
Albin Michel Jeunesse, Panda poche, 2014

Un album publié pour la première fois en 1979 et toujours aussi sympathique. Il relate l'idée d'un tigre âgé qui décide de se changer en carpette pour le Rajah histoire de s'assurer d'avoir toujours à manger facilement. Sauf que le félin prend quelques kilos.


3 chouettes


Lauréat
"Une journée avec Mousse"
Claire Lebourg
l'école des loisirs, Mouche, 2015

Petit personnage au long museau et aux rayures vert tendre, Mousse vit près la plage dans une paresse heureuse et philosophique. Ce matin-là, il a la surprise de découvrir un visiteur dans son salon! Une sorte de mammifère marin bientôt rejoint par toute sa famille. Face à l'intrus, on trouve un Mousse bienveillant, plein de poésie et de fantaisie.


Label
"Le meilleur livre pour apprendre à dessiner une vache"
Hélène Rice et Ronan Badel
Editions Thierry Magnier, 2014

En format à l'italienne, un petit livre désopilant qui joue sur la liberté de l’artiste et les pouvoirs du dessin!


4 chouettes



Lauréat 
"Bonnets rouges et bonnets blancs: un conte antillais"
Praline Gay-Para et Rémi Saillard
Didier Jeunesse, Contes du monde, 2014

Un texte chantant et musical donne une version venue de la Guadeloupe du Petit Poucet, abandonné avec ses frères au milieu des bois. Des éléments du récit sont différents mais l'essence du conte est identique à celle qu'a donnée Perrault. Ce qui me rappelle que Henri Gougaud affirme qu'il n'y a qu'un nombre limité de contes de par le monde mais que leurs variations sont illimitées.


Label
"Le chevalier de Ventre-à-Terre"
Gilles Bachelet
Seuil Jeunesse, 2014
lire ici







5 chouettes


Lauréat 
"Le seul et unique Ivan"
Katherine Applegate et Patricia Castelao
traduit de l'américain par Raphaële Eschenbrenner
Seuil, 2015

Bouleversée par un article du "New York Times" relatant l'histoire d'Ivan, un gorille "dos argenté" qui arrive au zoo d'Atlanta après une captivité de vingt-sept ans dans la cage d'un centre commercial minable, la romancière décide de donner voix à Ivan. Elle le fait narrateur de son autobiographie, de son enfance heureuse parmi les siens jusqu'à la cage. Et lui fait se poser mille questions.


Label
"L'amour, c'est n'importe quoi!'
Mathieu Pierloot
l'école des loisirs, Neuf, 2014

Le premier roman jeunesse de cet auteur belge raconte Sacha, onze ans, invité comme toute sa classe à mettre en pratique le rêve de la prof de français: devenir un grand écrivain. Mince alors! Quand le narrateur observe le monde autour de lui, il remarque que l'amour prend une place prioritaire. Alors, il écrit ce qu'il voit, avec humour et profondeur.




Le palmarès du Prix Forum 2017

Le prix Forum a été créé en 2014. Il met en avant des livres pour enfants mais choisis par des parents (lire ici). Trois lauréats en cette quatrième édition.

"Cinq minutes et des sablés"
Stéphane Servant et Irène Bonacina
Didier Jeunesse

Un conte philosophique sur l'amitié, le besoin de partage, la mort et le plaisir de vivre.




"Sans papiers"
Rascal, Cendrine Genin, Jean-François Martin
Âne bâté, Il était deux fois
lire ici



"Les Chaînes du Chêne"
Frédérique Elbaz et La Wäwä
Editions du mercredi

Un dialogue philosophique sur la question d'être libre.




vendredi 2 juin 2017

Marnie, lourde de secrets mais avide de grandir

Gilles Paris.

On nous l'aurait changé, notre Gilles (Paris)?
Après avoir publié trois romans en vingt ans ("Papa et Maman sont morts", Point-Virgule, 1991, "Autobiographie d'une courgette", Plon, 2002, son best-seller adapté au cinéma, et "Au pays des kangourous", Don Quichotte, 2013), il persévère dans le rythme court avec son nouveau et épatant "Le vertige des falaises" (Plon, 248 pages) qui arrive trois ans à peine après "L'été des lucioles" (Héloïse d'Ormesson,2014, lire ici). Une saga tourbillonnante.

On nous l'aurait changé, notre Gilles (Paris)? (bis)
Après quatre romans dont le héros est un garçon de neuf ans, Jean-Jean, Icare, Simon et Victor, il se glisse cette fois dans la peau d'une ado de quatorze ans, Marnie. Et le costume lui sied parfaitement. Elle est une des protagonistes de ce roman choral où les femmes sont fortes même si elles ne sont pas gâtées par leur destin. Où l'amour se pointe chaque fois qu'il le peut, tentateur mais parfois trompeur.

"Le vertige des falaises" se déroule dans une île, sauvage et peu peuplée. Dans une maison de verre et d'acier, à la Frank LLoyd Wright, surplombant les falaises, où cohabitent trois générations d'une même famille, Olivia et Aristide de Mortemer, les grands-parents, Luc et Rose, les parents, Marnie, leur fille. Autour d'eux, Prudence, qui fait tourner la maison, et sa fille Jane. Le médecin de famille, Géraud. Côme, le prêtre. Manos, le coiffeur. Vincy, un copain d'école de Marnie. Agatha, la fleuriste et d'autres encore. Ce sont leurs voix qu'on va entendre successivement dans ce très beau roman choral.

Car là, on ne nous l'a pas changé, notre Gilles (Paris).
Il est toujours un écrivain talentueux, dont l'écriture fluide sait construire une histoire, mener son lecteur dans un cul-de-sac pour mieux l'en extraire. Il n'a peur ni des drames ni des secrets de famille qui seront petit à petit révélés dans ce livre à la fois prenant et effrayant par la violence physique et morale dont il se fait le témoin. Que deviennent les enfants quand les grands se comportent mal? Ils trinquent, se blindent mais espèrent. Comme Marnie, dont on découvre petit à petit qu'elle sait tout ce qui se passe dans la maison, entre ses grands-parents, entre ses parents. On voit aussi comment elle tente de s'en préserver, sous ses attitudes souvent provocantes.

Il s'en passe des choses sur la lande que bordent de hautes falaises, dans la maison et dans le village. Des belles, faites d'amitié, d'estime, de respect, de plaisir, qu'on découvre lors des interventions des uns et des autres; des petits récits de vie qui font souvent chaud au cœur. Et des moches. Même des sacrément moches. Indicibles. Secrètes. On est étonné du nombre de personnes qui s'épient. Ragots bien sûr, mais pire, cent fois pire aussi. Des silences qui minent les générations successives. En même temps, Gilles Paris offre un roman très humain, croyant profondément à la résilience. Celle des femmes surtout car les hommes en prennent pour leur grade, et à raison. Les femmes se montrent fortes, à moins qu'elles n'aient pas d'autre choix.

Marnie a quatorze ans et peur de grandir quand on la rencontre. Après tout ce qu'elle a vu et entendu qu'elle aurait dû ignorer, qu'elle a enfoui en elle parce qu'elle n'avait personne à qui en parler, on la comprend. Elle reste toutefois avide de vivre et d'aimer, de conjurer l'espèce de malédiction qui frappe les siens. Et elle est soutenue dans son entreprise de se libérer de tous ces empoisonnants secrets. Par sa mère bien sûr, même si elle est malade, par sa grand-mère, par Quincy et par d'autres personnages qui, l'air de rien, veillent sur elle.

Difficile d'en dire plus sur ce récit plein de péripéties et de rebondissements, hommage de l'auteur à Agatha Christie qu'il vénère tout comme Alfred Hitchcock pour lequel il place une héroïne blonde. Ils donnent de l'allant à ce roman scrutant profondément la noirceur des hommes.


Cinq questions à Gilles Paris
Vous dites souvent écrire pour vous surprendre. Cela a-t-il été le cas ici aussi?
Encore plus cette fois-ci. J'ai voulu me surprendre, et surprendre , même encore plus après le succès du film "Ma vie de courgette" (NDLR, tiré du deuxième roman de l'auteur). J'ai commencé ce livre en avril 2016, le mois où le film a été présenté en projection privée. Et je l'ai écrit en parallèle aux projections. Comme toujours, j'ai beaucoup retravaillé le texte. Un roman choral a une architecture particulière,qui demande encore plus attention.

Vous ne vous êtes plus glissé dans la peau d'un petit garçon de neuf ans cette fois.
Non, mais dans celle d'une grande fille très mature. Marnie a quatorze ans mais elle sait tout, elle entend tout ce qui se passe autour d'elle. Elle est plus mûre que la moyenne des adolescentes à cet âge. Comme quoi, vivre sur une île ne vous coupe pas des réalités. Elle représente ma part d'ombre, les choses plus sombres en moi, ma distance par rapport à mes propres histoires. Personnellement, je suis dérangé quand un auteur s'exprime en frontal. Je trouve plus intéressant de passer par une ado ou par une septuagénaire pour farfouiller dans les âmes.

Vous vous lancez dans le roman choral?
Non, il s'agit du second roman choral que j'écris, mais le premier n'a pas été publié. Un roman choral, c'est comme un dîner entre amis, on entend des points de vue différents du sien alors qu'on est au même endroit. Côme, par exemple, le prêtre, est dégoûté par la famille Mortemer. Les gens ne sont pas toujours nécessairement comme on le croit. Dans un sens comme dans l'autre. Les personnages vont effectuer un voyage intérieur pour arriver à quelque chose d'équilibré, d'équilibrant.

Quelle violence envers les femmes vous dénoncez!
Les femmes sont fortes malgré la violence dont elles sont victimes. Elles ont une faculté de résilience qui va leur permettre de s'en sortir. Parfois elles trouvent des échappatoires, nager dans la piscine pour Olivia par exemple. Elles sont fortes même si elles ont des failles. Mais elles s'accrochent à la vie.

Il est aussi beaucoup question d'amour dans votre livre.
Oui, le roman commence au milieu de l'histoire, l'avenir est ce qui se passera entre Marnie et Vincy. Après ce que la jeune fille a vu et entendu, comment va-t-elle grandir? Mais elle est soutenue ici et là. Le personnage de Jane est là pour lui montrer qu'elle a de la chance, elle est sa part positive. Par contre, Olivia est une bien meilleure grand-mère qu'elle n'a été une mère.






jeudi 1 juin 2017

Quinze littéraires entrent dans les dictionnaires







C'est marrant, la séance des entrants dans les nouvelles éditions des dictionnaires Larousse et Robert. Pour certains, on croit qu'ils y étaient déjà depuis longtemps, pour d'autres, on s'étonne et on se réjouit.

A suivre "Livres-Hebdo", quinze littéraires entrent dans les crus 2018 du Robert illustré (en librairie le 15 juin) et du Petit Larousse (en librairie le 21 juin). Parce que oui, sortent en juin les volumes datés de l'année suivante. C'est bizarre mais c'est comme ça chaque année.

Les voici.

Au Robert illustré


Claude Ponti
Divine surprise! Le papa d'Adèle entre au dictionnaire. Avec ou sans poussin? L'histoire ne le dit pas. C'est en tout cas une belle reconnaissance pour un exceptionnel créateur de livres pour enfants, qui aime ses lecteurs, les entend, les comprend, les soutient et leur ouvre de formidables univers de créativité et d'imagination (lire ici, ici et ici). Il est publié à l'école des loisirs.


David Foenkinos
L'écrivain, passionné de musique et de peinture, intermittent du cinéma, est un habitué des prix littéraires, prix du jury Jean Giono 2007 pour "Qui se souvient de David Foenkinos?", différents prix pour "La Délicatesse" (Gallimard, 2009) et "Charlotte" (Gallimard, 2014), lauréat des prix Renaudot et Goncourt des lycéens. Il est principalement publié chez Gallimard.


Jonathan Littell
On se rappelle l'entrée fracassante en littérature de l'auteur franco-américain. Il avait reçu en 2006, fait rare, le prix Goncourt et le Grand Prix du Roman de l'Académie française pour son roman "Les Bienveillantes" (Gallimard, 2006) qui retrace la mémoires d’un personnage fictif, officier SS, ayant participé aux massacres de masse nazis. Le voilà quelques années plus tard dans le dictionnaire. Il est principalement publié chez Gallimard.


Elena Ferrante
Qui est la mystérieuse romancière italienne qui utilise le pseudonyme d'Elena Ferrante et signe, entre autres titres, la saga, "L'amie prodigieuse" (Gallimard, 2014, 2016, 2017, le quatrième et dernier volume devant paraître à l'automne prochain) que louent la critique et le public? Elle a été citée par le magazine "Time" parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde en 2016. Elle est publiée en français chez Gallimard.


Erri De Luca
Pourquoi seulement maintenant? C'est en 2002 que Erri De Luca s'est imposé avec "Montedidio" (Gallimard, traduit par Danièle Valin), qui a obtenu le prix Femina étranger. L'écrivain, poète et traducteur napolitain a aussi reçu en 2013 le Prix européen de littérature pour l'ensemble de son œuvre. Il a d'abord été publié chez Rivages avant de passer en 2000 chez Gallimard.


Kim Thúy
Jolie surprise de découvrir le nom de Kim Thúy, écrivaine québécoise d'origine vietnamienne. Cette immense auteure, traduite en vingt-cinq langues, n'est pas assez connue chez nous, malgré l'enthousiasme de la critique. Elle est l'auteure d'un très délicat premier roman, "Ru" (Liana Levi, 2010) qui a été suivi de "Man" (2013) et "Ru" (2016) chez la même éditrice. Elle est publiée en France chez Liana Levi.


Maurice G. Dantec
Mort à Montréal en juin dernier, l'écrivain français naturalisé canadien, se définit comme un "écrivain nord-américain de langue française". Il s'est fait connaître dans les années 1990 avec une œuvre romanesque mêlant polar et science-fiction. Il est publié chez Albin Michel mais surtout chez Gallimard.



Arnaldur Indridason
L'auteur islandais de littérature policière est le créateur notamment de la série autour du commissaire Erlendur Sveinsson, quatorze tomes en V.O., douze en français ("La Cité des jarres", "La Femme en vert, "Le lagon noir", "Les nuits de Reykjavík"), tous traduits par Eric Boury depuis 2005 (Métalié). Seuls les premier et deuxième n'ont pas été traduits. L'écrivain le plus populaire d'Islande, titre qui lui a été octroyé à plusieurs reprises, est publié dans 26 pays. Il est traduit en français chez Métailié.


Tom Wolfe
L'Américain Tom Wolfe, considéré comme l'un des fondateurs et praticiens majeurs du "nouveau journalisme", est l'auteur de romans comme "Le bûcher des vanités" (traduit par Benjamin Legrand, Robert Laffont, 2009) et d'essais, tel "Où est votre stylo ? - Chroniques d'Amérique et d'ailleurs" (traduit par Bernard Cohen, Robert Laffont, 2016). Il est principalement publié chez Robert Laffont.



Au Petit Larousse


Jean-Christophe Rufin
L'Académicien parraine l'édition du 200e anniversaire. Médecin, diplomate et écrivain, il a reçu le prix Goncourt du premier roman pour "L'abyssin" (Gallimard, 1997), le prix Interallié 1999 pour "Les Causes perdues", (Gallimard), le prix Goncourt 2001 pour "Rouge Brésil" (Gallimard). Il a publié cette année "Le Tour du monde du roi Zibeline" (Gallimard). Il est publié chez Gallimard.


Marie Darrieussecq
Ah ouais, seulement maintenant? "Truismes" (P.O.L.), son premier roman qui l'a fait connaître date de 1996 et a été traduit en une quarantaine de langues. Psychanalyste et écrivain, elle est aussi l'auteur notamment du très beau "Tom est mort" (P.O.L, 2007), "Il faut beaucoup aimer les hommes" (P.O.L.) qui a reçu le prix Médicis 2013, du magnifique "Être ici est une splendeur" (P.O.L., 2016, lire ici). Elle revient en librairie le 17 août avec "Notre vie dans les forêts" (P.O.L.). Elle est publiée chez P.O.L., dans le giron Gallimard.


Alain Mabanckou
Encore un dont on croyait qu'il y était déjà. L'écrivain et enseignant franco-congolais, dont on ne sait jamais s'il est aux Etats-Unis ou en France, est notamment l'auteur de "Verre cassé (Seuil), Prix des cinq continents de la francophonie 2005, "Mémoires de porc-épic" (Seuil, 2006), qui a obtenu le prix Renaudot. L'ensemble de son œuvre a été couronné en 2012 par l'Académie française, qui lui a décerné le Grand Prix de littérature Henri Gal. Chapeau ou casquette, lunettes géantes ou super-géantes, il est le premier écrivain à avoir été nommé professeur au Collège de France. Il est principalement publié au Seuil.


Cosey
Auteur de bande dessinée suisse, Cosey, a reçu en janvier le Grand prix du Festival d'Angoulême. Il est l'auteur de la série Jonathan (Le Lombard), en seize tomes actuellement, mais aussi des albums "A la recherche de Peter Pan" (Le Lombard, deux tomes) et "Le voyage en Italie" (Dupuis, Aire Libre, deux tomes) et d'autres albums dans cette collection.


Boualem Sansal
L'écrivain algérien d'expression française est censuré dans son pays à cause de sa position critique envers le régime. Il se fait remarquer en 2008 avec "Le Village de l'Allemand ou Le Journal des frères Schiller" (Gallimard), qui reçoit le Grand prix de la francophonie. En 2015, il  reçu le Grand Prix du roman de l'Académie française pour "2084, la fin du monde" (Gallimard). Il est publié chez Gallimard.


Richard Ford
L'écrivain américain, lauréat du prix Pulitzer et du PEN/Faulkner Award en 1996 pour son roman "Indépendance" (traduit par Suzanne-V Mayoux, L'Olivier, 1996), a reçu le prix Femina étranger 2013 pour "Canada" (traduit par Josée Kamoun, L'Olivier). En 2016, il a reçu le prix Princesse des Asturies pour l'ensemble de son œuvre. Il est publié aux Editions de l'Olivier.



Bon, on le voit, c'est jackpot pour les éditions Gallimard, tant en littérature française qu'en littérature étrangère.