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mercredi 14 octobre 2020

Une petite expo sur le grand Louis Joos

Exposition Louis Joos à l'Heure Joyeuse.


L'affiche de l'expo.
Louis Joos, ce maître de l'illustration, que ce soit en couleurs ou en noir et blanc, en jeunesse, en littérature générale ou en BD orientée jazz, est le sujet et l'objet d'une petite exposition qui se tient de ce mercredi 14 octobre au samedi 31 octobre, du lundi au samedi, de 14 à 18 heures, à la Maison de l'illustration Suzanne Lippens (23, quai aux Pierres de Taille, 1000 Bruxelles). Un bâtiment bien connu des amateurs d'architecture car typiquement art déco. Traversant le pâté de maisons, il abritait de ce côté l'Heure Joyeuse, appellation apparaissant toujours en façade, la première mouture des bibliothèques jeunesse et la seconde du genre à Bruxelles.

Réduite, une petite trentaine de pièces seulement mais toutes originales, l'exposition "D'Escales à Mère Magie", du nom des premier et dernier titre - pour le moment - de l'artiste, se veut une galerie des personnages de Louis Joos en littérature de jeunesse, provenant des seize albums qu'il a actuellement publiés.

Expo Louis Joos à l'Heure Joyeuse.

Ne soyons pas hypocrite, l'expo se tient dans une pièce pas très grande, plutôt vétuste, où s'élèvent des rayonnages remplis de livres sur chacun des murs (le fonds de l'Heure Joyeuse comporte 10.000 titres), rappel des bibliothèques d'hier. Elle est accrochée du mieux qu'elle le peut dans cet espace exigu, présentant chaque fois les albums où apparaissent les illustration, placées à des cimaises de fortune le long des murs et sur un ilot central.

Expo Louis Joos à l'Heure Joyeuse:
"Escales".
Montée par le Centre de littérature de jeunesse de Bruxelles (CLJBxl) et l'IBBY-Belgique francophone, elle permet d'admirer quelques originaux jeunesse de Louis Joos, rarement exposés, contrairement à ses illustrations et ses peintures jazz. Quel bonheur de retrouver deux dessins d'"Escales" (textes de Rascal, l'école des loisirs/Pastel, 1992, prix graphique de la foire de Bologne 1993) qu'on n'avait plus vus chez nous (en Belgique) depuis 1992 et l'exposition à la galerie bruxelloise Charabia, ou cette scène où la petite fille sort du métro dans l'album "Eva ou le pays des fleurs" (texte de Rascal, l'école des loisirs/Pastel, 1994, prix Pomme d'or à la Biennale de Bratislava 1995),ou encore le splendide camion de "Marilyn Rouge" (texte de Rascal, l'école des loisirs/Pastel, 2009), et bien d'autres encore.

C'est toujours un bonheur de pouvoir approcher les originaux à quelques centimètres seulement de distance. Le choix peut paraître un peu déconcertant, chaque dessin étant une séquence d'un album, choisi pour l'expo mais rappelant silencieusement qu'il est un élément d'une chaîne aboutissant à un livre. D'où une impression de trop peu, accrue par des encadrements et un accrochage ne rendant pas toujours justice aux chefs-d'œuvre exposés.

Expo Louis Joos à l'Heure Joyeuse:
"Eva ou le pays des fleurs".



Attention, la visite à l'exposition (gratuite) ne peut se faire que via inscription ici.

Pour en savoir plus sur Louis Joos, l'article que je lui ai consacré dans la revue 64_page (ici, pages 32 à 37).


Expo Louis Joos à l'Heure Joyeuse:
"Nemo et le volcan".




mardi 13 octobre 2020

On a tous en nous quelque chose de Spilliaert

Stéphane Lambert à l'expo Spilliaert du Musée d'Orsay.


Expo Léon Spilliaert.
Expo Spilliaert reportée, c'est ce qui est arrivé à la Royal Academy of Arts de Londres qui l'a déplacée du printemps à l'été (visite virtuelle possible ici), puis au Musée d'Orsay de Paris où elle a été décalée des grandes vacances à l'automne. Elle s'ouvre même précisément aujourd'hui 13 octobre cette exposition parisienne, "Lumière et solitude", consacrée à l'immense peintre symboliste belge Léon Spilliaert (Ostende 1881 - Bruxelles, 1946), dit "Le maître d'Ostende". Elle se tiendra jusqu'au 10 janvier 2021. Le musée, qui ne donne pas la nationalité de Léon Spilliaert, comme si tout le monde savait que l'Ostendais francophone était belge, précise que "l'exposition, la première en France depuis près de 40 ans, se concentrera sur les années 1900 à 1919, les plus intenses de Spilliaert, et présentera ses œuvres les plus radicales."

Parce que Paris est parfois loin et en rouge, pour préparer la visite au Musée d'Orsay, ou l'accompagner, ou la parachever, il faut se plonger dans un court et fort plaisant ouvrage de Stéphane Lambert, Belge lui aussi comme chacun le sait. Illustré d'une grosse vingtaine de tableaux et de dessins,  "Etre moi toujours plus fort, Les Paysages intérieurs de Léon Spilliaert" (Arléa, Arléa-poche, 128 pages" est à la fois une biographie, une analyse de l'œuvre et un miroir des pensées de l'auteur, entré en résonnance avec le peintre à un siècle d'intervalle. L'auteur s'est promené avec l'ombre du peintre, et nous avons la chance de nous promener avec les deux.

Stéphane Lambert nous raconte en même temps la vie de Léon Spilliaert, artiste précoce à la santé fragile, créateur de génie, visionnaire hanté par la peur et l'angoisse, et nous fait participer à ses recherches sur le peintre, que ce soit dans les musées où il a pu consulter des dessins originaux et des carnets de croquis ou dans les lieux où il a vécu, à la mer ou loin de la mer. C'est à la fois érudit, perspicace et plein d'émotion. On est avec Léon Spilliaert tout au long de sa vie et avec ceux qui l'ont côtoyé, ses parents, l'éditeur bruxellois Deman, le peintre Edgar Tytgat, l'aéronaute Robert Goldschmidt, d'autres encore. Mais on est aussi en Léon Spilliaert, avec ses interrogations, ses recherches, ses réflexions et ses aspirations. Et on est enfin avec Stéphane Lambert, si gracieusement poreux à la personnalité du maître d'Ostende. Une porosité qui est aussi celle de tous ceux qui se livrent à  Spilliaert dont différentes œuvres ponctuent l'ouvrage découpé en cinq chapitres attachants.



vendredi 9 octobre 2020

Derrière "Les passantes" de Michèle Gazier, Esther

Michèle Gazier. (c) Pascal Vienot.

Passeuse de la littérature espagnole qu'elle a largement contribué à faire connaître en français grâce à ses traductions d'auteurs espagnols marquants, Manuel Vasquez Montalban par exemple, ancienne critique littéraire aux rédactions de "Libération" et de "Télérama", éditrice aux Editions des Busclats qu'elle a cofondées en 2010 avec Marie-Claude Char, essayiste réfléchissant à la littérature, Michèle Gazier est aussi une formidable romancière, près d'une trentaine de titres, à la jolie voix. Une voix fluette dans le grand barouf du monde de l'édition, mais une voix précieuse et juste qui récompense merveilleusement ses lecteurs (lire ici). 


"Les passantes"
, le nouveau roman de Michèle Gazier (Mercure de France, 176 pages), est un livre merveilleux et bouleversant dont les protagonistes sont les quatre infirmières et l'infirmier d'un cabinet médical à Montpellier. Les passantes sont ces femmes en grande majorité qui vont de logement en logement, soigner, écouter, apaiser quand c'est possible. Apporter un peu de chaleur humaine. Des infirmières, sans lien avec la crise sanitaire que nous vivons mais en résonnance, comme souvent chez la romancière, avec des événements personnels. Surtout que le sujet de ce roman choral n'est pas uniquement là.

"La fréquentation quotidienne de femmes infirmières à domicile avec lesquelles j'échange beaucoup ", m'écrit Michèle Gazier, "m'a donné envie de parler d'elles. Quant au personnage d'Esther, c'est une autre histoire, un autre temps. Conjuguer les deux m'a semblé une manière possible d'évoquer les unes et l'autre."

"Les passantes" proposent les voix successives et en alternance de Madeleine, la responsable du cabinet médical de province, Léonor qui remplace sa nièce Evelyne le temps de son congé de maternité, Lilas qui connaît Simon, le fils de Madeleine installé à Paris, sans oublier différents longs passages en italiques, moments du passé racontant une histoire que veulent oublier ceux qui la connaissent et la découvrir ceux qui l'ignorent. Car tous sentent que ces mystères sont au centre du mal être d'une de leurs nouvelles patientes, une sexagénaire diabétique arrivée depuis peu en ville.

Qui est cette Madame Prat? Esther est-il son vrai prénom? D'où vient-elle? Que cache-t-elle? Que sait-elle? Michèle Gazier nous entraîne dans un puzzle vertigineux, un écheveau bien serré dont elle tire successivement les brins avec une dextérité littéraire extrême et une empathie magnifique pour ses personnages. "Les passantes" est une histoire tragique déchirante, splendidement contée par ces quatre voix dont celle d'un mystérieux dossier qui arrive par la poste. Une enquête sur un destin hors du commun et douloureux, des interrogations sur ce qui peut nous bouleverser chez une personne qu'on ne connaît pas, sur les attirances et les antipathies naturelles. La romancière nous fait partager ses personnages, Esther bien sûr et le quotidien, les rêves et les détresses de ses passantes, témoins obligés de ce que l'humanité a de meilleur et de pire. De son écriture précise, elle dissèque jusqu'à la finale poignante ces femmes et ces hommes embarqués par hasard dans une tragédie d'hier qui a encore des répercussions aujourd'hui et qui les incite à s'interroger sur eux-mêmes, tout comme le lecteur. Ai-je besoin d'être aimé(e)?

Pour lire en ligne le début des "Passantes", c'est ici.


jeudi 8 octobre 2020

Reprise des Portées-Portraits avec Myriam Leroy

Myriam Leroy. (c) Romain Garcin.


Quelle joie d'apprendre que le cycle des soirées littéraires Portées-Portraits, lecture et musique, reprend lundi prochain, le 12 octobre, à la Maison Autrique après tant de mois de confinement. Et pas avec n'importe qui. Avec Myriam Leroy, pour son percutant roman, le second, "Les yeux rouges" (Seuil, 2019). Vu l'affluence du public et les mesures sanitaires, la lecture-spectacle sera dédoublée. La séance de 20h15 étant complète, une séance à 18 heures est ajoutée. Entre les deux, comme d'habitude, une rencontre avec l'auteure à 19h15 qui permettra d'échanger avec elle sur son travail et sur ce qui a donné naissance à ce texte fort.

Geneviève Damas
, à la barre des réjouissantes et nourrissantes soirées Portées-Portraits, ne cache pas sa joie: "Nous sommes si heureux de vous retrouver enfin!", écrit-elle, avant de détailler la nouvelle saison: "Cette saison Portées-Portraits "Partager l'avenir" est, après nos longs mois de confinement, une invitation à résister et à rêver ensemble. L'occasion de découvrir des auteurs contemporains qui interrogent le monde le temps d'une lecture-spectacle: des comédiens donnent à entendre des extraits de livres "coups de cœur", accompagnés par des musiciens."

Avancer le nom de Myriam Leroy, journaliste, chroniqueuse RTBF, écrivain et dramaturge, c'est penser tout de suite harcèlement. A raison. Mais il est utile de rappeler que "Les yeux rouges" traite certes de la spirale infernale dans laquelle est prise une jeune femme harcelée par un inconnu sur les réseaux sociaux, les échanges anodins et flatteurs avec ce Denis virant au dénigrement et à la violence pure, mais qu'il s'agit d'une œuvre littéraire, avec un ton et un style, où il est question de la prédation et de la difficulté d’y mettre fin.

La mise en voix du texte sera assurée par Emmanuel Dekoninck, la lecture par Naïma Ostrowski qui sera accompagnée au piano par Céline Lory. 
"Il s'appelait Denis. Il était enchanté.
Nous ne nous connaissions pas. Enfin, de toute évidence, je ne le connaissais pas, mais lui savait fort bien qui j'étais. Il m’écoutait à la radio, il appréciait beaucoup mon travail qu'il suivait de près et sur lequel il pouvait même se poser en exégète, LOL, raison pour laquelle il se permettait cette intrusion sur Facebook (en espérant qu'elle ne me gêne pas).
Il me trouvait très charmante, vraiment. Et pas seulement jolie, d'ailleurs. Il y avait dans mon regard comme une fêlure, une brisure, il ne savait comment dire, mais il y avait au fond de mes prunelles quelque chose, quelque chose de triste qui avait piqué sa curiosité."

Ainsi commence le roman. Le message reçu sur Facebook est en réalité un piège suffocant. De son ton volontairement distancié, Myriam Leroy va écrire le harcèlement que subit sa narratrice, son double de papier. Agressions, messages insistants, une atmosphère étouffante qui s'accentue jusqu'à ce que la dépossession se transforme en accusation. Le sexisme et le racisme sur les réseaux sociaux par un odieux effet de meute. 

Pour lire quelques pages supplémentaires du roman "Les yeux rouges", c'est ici.


📣Pratique📣

Ce lundi 12 février, à 18 heures et 20h15
A la Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles
Durée de la lecture-spectacle: 1 heure
Prix des places: 8 € (qui comprend l'occasion de visiter la maison)
En raison de la pandémie de Covid-19, il n’y aura pas de verre offert.
Masque obligatoire.
N'hésitez pas à nous communiquer le nom des personnes qui vous accompagnent. Nous organiserons la salle en conséquence. Dans la salle, la distance d'un siège, entre chaque spectateur·rice ou bulle de spectateur·rice·s est respectée.
Avant et après chaque représentation, la salle est ventilée.
Lors de chaque réservation, les coordonnées individuelles des spectateur·rice·s sont récoltées et conservées, dans le respect du RGPD. Les coordonnées relatives aux spectateur·rice·s sont donc disponibles et pourront être communiquées en cas de demande des autorités compétentes en vue d’un éventuel tracing.
Renseignements et réservations: albertineasbl@gmail.com






Le Nobel de littérature à la poétesse Louise Glück

EDIT 07/12/20
Gallimard va publier en mars deux premiers recueils de la poétesse américaine Louise Glück, prix Nobel de littérature 2020, et prévoit d'en éditer d'autres par la suite. "L'Iris sauvage" et "Nuit de foi et de vertu" seront édités dans la collection "Du Monde entier" de la maison. Gallimard s'en explique: "Dans "L'Iris sauvage", Louise Glück exprime la beauté tragique de toute vie, le temps d'une floraison. Ce recueil polyphonique d'une originalité incomparable, à la composition parfaite, a été récompensé du prix Pulitzer de poésie à sa parution en 1992 et a marqué un tournant décisif dans l'œuvre de Louise Glück. Dans son recueil le plus récent, "Nuit de foi et de vertu", paru aux Etats-Unis en 2014 et récompensé par le National Book Award, Louise Glück est parvenue à restituer à l'expérience humaine tout son mystère en utilisant les ressources de la narration, détournées au profit de sa poésie."
 


Jeudi 8 octobre 2020, 13 heures, annonce: le prix Nobel de littérature 2020 va à la poétesse américaine Louise Glück, née à New York en 1943 et vivant maintenant à Cambridge (Massachusetts). "For her unmistakable poetic voice that with austere beauty makes individual existence universal" (Pour sa voix poétique inimitable qui, avec une beauté austère, rend universelle l'existence individuelle ).

Louise Glück. (c) Niklas Elmehed/Nobel Media.

Diable! Qui est Louise Glück ? Elle n'est pas traduite en français à l'exception d'un recueil collectif, "États des lieux - Treize poètes américains contemporains", initiative d'écrivains canadiens qui voulaient traduire et faire connaître chez eux la poésie américaine contemporaine significative (Editions du Noroit, 2013). On peut aussi lire quelques poèmes d'elle en ligne ici. Par contre, elle l'est en espagnol, en allemand et en suédois.

Louise Glück.

On espère que la lauréate du Nobel de littérature, seizième femme à recevoir cette distinction, sera aussi traduite en français (edit). Même si on sait combien traduire de la poésie est difficile. Elle a aussi reçu différents prix prestigieux dont le Pulitzer (1993) et le National Book Award (2014).

Auteure aujourd'hui d'une douzaine de recueils de poésie et de différents essais sur la poésie, Louise Glück fut remarquée dès son premier recueil, "Firstborn", en 1968, et est consacrée immédiatement comme voix importante de la littérature contemporaine. Elle-même se revendique clairement des poètes objectivistes comme Louis Zukofsky, Charles Reznikoff, George Oppen ou Carl Rakosi.

Extrait

"Snowdrops" dans "The Wild Iris" (1992), qui lui valut le prix Pulitzer, décrit le retour miraculeux de la vie après l'hiver.


I did not expect to survive,

earth suppressing me. I didn’t expect

to waken again, to feel

in damp earth my body

able to respond again, remembering

after so long how to open again

in the cold light

of earliest spring –


afraid, yes, but among you again

crying yes risk joy


in the raw wind of the new world.


On peut découvrir différents poèmes de Louise Glück ici.


Bibliographie sélective (en anglais)

  • "Firstborn" (New American Library, 1968)
  • "The House on Marshland"(Ecco Press, 1975)
  • "The Garden" (Antaeus Editions, 1976)
  • "Descending Figure" (Ecco Press, 1980)
  • "The Triumph of Achilles " (Ecco Press, 1985)
  • "Ararat" (Ecco Press, 1990)
  • "The Wild Iris" (Ecco Press, 1992)
  • "Proofs and Theories: Essays on Poetry" (Ecco Press, 1994)
  • "The First Four Books of Poems" (Ecco Press, 1995)
  • "Meadowlands" (Ecco Press, 1996)
  • "Vita Nova" (Ecco Press, 1999)
  • "The Seven Ages" (Ecco Press, 2001)
  • "October" (Sarabande Books, 2004)
  • "Averno" (Farrar, Straus and Giroux, 2006)
  • "A Village Life" (Farrar, Straus and Giroux, 2009)
  • "Poems 1962–2012" (Farrar, Straus and Giroux, 2012)
  • "Faithful and Virtuous Night" (Farrar, Straus and Giroux, 2014)
  • "American Originality: Essays on Poetry" (Farrar, Straus and Giroux, 2017)

Vous ne connaissiez pas Louise Glück? Ne vous en faites pas. Un sondage en ligne sur le site du prix Nobel s'avère rassurant: sur 834 votants à 14 heures ce jeudi, 90% déclarent n'avoir lu aucun de ses poèmes.