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mercredi 16 décembre 2015

Des images pour les grands aussi (bis)

Hier, je vous présentais la magnifique fresque historico-graphique de Lamia Ziadé, "Ô nuit ô mes yeux" (P.O.L., lire ici). Aujourd'hui d'autres albums pour les grands.

A Baltimore, il y a la série "The Wire" et il y a l'illustrateur David Plunkert. Plus réputé de son côté de l'océan que du nôtre. L'Américain né en 1965 a beau collaborer depuis belle lurette avec les journaux et les magazines les plus prestigieux, d'"Esquire" au "New Yorker", en passant par "Forbes" ,"Time", "Playboy", "Rolling Stone magazine" sans oublier le "New York Times" et le "Wall Street Journal", on ne le connaît guère ici. Dommage parce que cet adepte des collages, dans la plus pure inspiration dadaïste mais résolument contemporain, gagne à être connu. C'est désormais possible avec la parution de la version française des "Histoires extraordinaires et poèmes" d'Edgar Poe (Textuel, 208 pages) qu'il a largement illustrée. Un beau livre en moyen format offrant une sélection des textes de l'écrivain et poète américain, né à Boston en 1809 et mort à... Baltimore en 1849. Sont réunis ici douze "Histoires extraordinaires" et douze "Poèmes", dans les traductions françaises de Charles Baudelaire, Emile Hennequin, Stéphane Mallarmé, Brice Matthieussent et Félix Rabbe.

Les images pleine page (sauf une sur double page) ponctuent les récits au rythme d'une toutes les quatre ou cinq pages de texte; elles sont parfois complétées de vignettes en noir et blanc. Ce qui fait de cet ouvrage un vrai beau livre bien illustré. De quoi lire ou relire certains textes classiques de Poe, comme "Le corbeau" qui termine l'alnum et aussi en découvrir d'autres, plus confidentiels, tous ayant été choisis et réunis pour leur ambiance inquiétante et leur humour glaçant.

Dernier texte du recueil, "Le corbeau". (c) Textuel.


Toujours dans le thème de l'inquiétude, une nouvelle inédite de Haruki Murakami, écrite en 2005, qui paraît en version illustrée par l'Allemande Kat Menschik - c'est la troisième fois que la Berlinoise illustre un texte du Japonais, elle l'avait déjà fait pour "Sommeil" (2010) et "Les attaques de la boulangerie" (2012). J'ai nommé "L'Etrange Bibliothèque" (traduit du japonais par Hélène Morita, Belfond, 72 pages). Parce que oui, le lieu inquiétant est une bibliothèque, habituel havre de paix.

On y suit un jeune garçon curieux et consciencieux, grand adepte de la bibliothèque municipale. Non seulement, il s'y rend régulièrement pour trouver des livres répondant à ses questions, mais en plus il remet toujours les livres empruntés à l'heure. Il ne se doute de rien ce soir-là. Découvre seulement qu'une femme étrange occupe l'espace de prêt. Mais, il ne se méfie pas et suit ses instructions: "Descendez l'escalier, et puis à droite. Avancez tout droit jusqu'à la salle 107."

Le tortionnaire. (c) Belfond.

Pauvre de lui! Il a mis le pied dans un engrenage dont il aura bien de la peine à se sortir. C'est ce que nous raconte avec un plaisir non dissimulé Haruki Murakami en tressant cette histoire de jeune usager de bibliothèque séquestré par un vieil homme terriblement inquiétant qui se nourrit de cervelles bien faites. Le vieillard violent est aidé par un étrange homme-mouton, obéissant en apparence et excellent cuisinier.

Le narrateur va vivre de curieuses aventures durant sa captivité. Il va notamment rencontrer une fillette muette, terriblement jolie et porteuse de nourritures exquises. Cela va apporter quelques diversions aux inquiétudes que le gamin se fait pour sa mère qui l'attend chez eux. Mais l'essentiel est qu'il est prisonnier d'un fou, attaché à son lit et que sa cellule se trouve au bout d'un labyrinthe compliqué. L'auteur ne va toutefois pas laisser son héros là et il nous fait suivre sa tentative haletante d'évasion.

Une nouvelle plaisante qui pose, l'air de rien, les questions du danger du savoir et de la résistance à l'autorité bête, en les transposant dans un univers onirique où le Japonais évolue comme un poisson dans l'eau.

Le début de "L'étrange bibliothèque" peut se lire ici.

A noter enfin qu'après trente-sept ans, Haruki Murakami autorise la publication de ses deux premiers romans, "Ecoute le chant du vent" (1979) et "Flipper, 1973" (1980). Traduits par Hélène Morita, ils seront en librairie le 14 janvier 2016, en un seul volume (Belfond). Ecrits et publiés au Japon en 1979 et 1980, puis dans une unique traduction anglaise, ils composent les deux premiers tomes de la "Trilogie du Rat", que clôt "La Course au mouton sauvage" (Seuil, 1990, 2009; Points, 2002, 2013). Ces œuvres étaient jusqu'ici interdites de publication par l'auteur lui-même, qui en explique la genèse dans sa préface: ces deux courts romans "écrits sur une table de cuisine" sont  à l'origine de sa décision de devenir écrivain. Le premier, "Ecoute le chant du vent", avait remporté le prix Gunzo au Japon et apporté un succès immédiat à Murakami.


Retour sur terre avec "La Pasionaria", le surnom bien porté par l'Espagnole Dolorès Ibárruri, dont le destin extraordinaire de force et de courage nous est conté sous forme de bande dessinée par Michèle Gazier au scénario Bernard Ciccolini aux dessins (Naïve, collection "Grands destins de femmes, 98 pages). Cette femme fabuleuse fut une figure légendaire de la guerre d'Espagne et une leader communiste.

Retour à Madrid. (c) Naïve.
Dolorès Ibárruri est née en 1895 dans le pays basque espagnol. Elle mourra à Madrid en 1989, douze ans après son retour d'un exil de trente ans  en URSS à la suite de la victoire de Franco. L'album s'ouvre sur cette scène de retour, le 13 mai 1977. Le vol régulier Moscou-Madrid est retardé. Une dame âgée, solidement encadrée, s'engage résolument sur la passerelle. Dans l'avion, les hôtesses jacassent. Elles ignorent sans doute tout de la vie de leur passagère qui se la remémore au cours de ce voyage. A ses premiers souvenirs, elle a sept ans.

On voit se dérouler la vie de cette petite fille douée à l'école, mais née fille, à la huitième place d'une famille pauvre de onze enfants dont le père travaille à la mine, comme tous les hommes du coin. Dolorès aime l'école, elle aime apprendre, fait la part entre réalité et religion et souhaite devenir institutrice. Raté, à quinze ans, on la force à apprendre la couture.

Elle va travailler, et surtout découvrir les conditions du travail. Pour avoir son indépendance, elle deviendra servante. En parallèle, elle lit et soutient les ouvriers qui commencent à s'organiser contre les conditions inhumaines de travail que les patrons leur imposent. On la marie, une liberté qui est une autre prison. Les fenêtres de sa vie sont alors Marx et Victor Hugo.

L'album déroule chronologiquement l'itinéraire engagé de la Pasionaria, qui subira la prison parce que communiste. Ce qui ne diminue pas ses combats. Durant la guerre d'Espagne, elle est sur tous les fronts. "No Pasarán", répète-t-elle malgré les défaites des Républicains. L'antifasciste devra toutefois prendre le chemin de l'exil à Moscou.

La dernière partie du livre reprend à l'arrivée de l'avion à Madrid. Malgré son âge, la militante a encore beaucoup de travail à faire dans son pays et pour son pays... L'atout du livre, bien écrit et dessiné, est de présenter toutes les facettes, publiques et privées, d'une femme extraordinaire, confrontée à l'histoire en marche de son pays.

La Pasionaria a connu la prison. (c) Naïve.


Je termine sur une note humoristique avec la sortie du quatrième tome des bons mots, maximes, dictons et réclames d'Auguste Derrière, "Les girafes n'aiment pas les tunnels" (préface de Hervé Le Tellier, Le castor astral, 160 pages).
Deux ans déjà qu'on attendait une nouveauté d'Auguste Derrière, né en 1891 à Bordeaux comme on le sait (lire ici). Même si on sait que ces recueils sortent une année sur deux, en novembre. Quand on aime, on ne compte pas.

Les voilà donc, ces quatre centaines et plus de pensées, maximes, dictons et autres réclames, parfois illustrés mais toujours fort agréablement typographiés,  qui vont vous faire vous gondoler grave. Quand le mauvais jeu de mots est décliné avec une telle vélocité, on ne peut qu'applaudir. Sept exemples pris au hasard, ou presque.
"Les végétariens ne vont jamais à la pêche, ils s'en fish!"
"Les salades romaines ne sont pas légion."
"Vous êtes trop gai, vous êtes drogué?"
"Ne dites pas "Je dévore Tchékov" mais "Je bouffe chez Jean-Pierre"."
"Peut-on ouvrir une maison close avec une clé à pipe?"
"Les homosexuels ne sont jamais trop aidés. (Liaison dangereuse)"
"Amsterdam n'est pas la femelle du hamster."

Et puis, ces girafes nous apprennent plein de choses. Comment voir le pape à Noël, qui fête la Saint-Ignace, la fonction du tibia de curé ou encore ce qu'est l'acarien. De quoi se lubrifier les neurones, les axones et même les dendrites. Sans oublier les très nombreuses réclames sur pleine page, illustrées. Graphisme à l'ancienne mais sujets de tous temps. Bref, "Les girafes n'aiment (peut-être) pas les tunnels" (la page de titre montre pourquoi et on les comprend) mais moi j'adore ces jeux de mots innombrables, tordus, étourdissants à haute dose mais puissamment addictifs.

Auguste Derrière s'adresse aux Français en ce 13 décembre. (c) Castor astral.


Pour feuilleter le début de l'ouvrage, c'est ici.





mardi 15 décembre 2015

Ô merveille que les images pour les grands

De Lamia Ziadé, artiste née à Beyrouth en 1968,  je connaissais les super petits formats destinés aux enfants dont la publication a été entamée il y a vingt ans aux éditions du Rouergue, "Lola cartable" (avec Patrick Gloux, 1995), "Strip-tease" (1998), "Souliax" (avec Olivier Douzou, 1999),  "Rayon beauté" (1999), sans oublier "Dix doigts pour une voix" (avec Patricia Huet, Seuil Jeunesse, 2001). J'avoue ne pas avoir vu passer ses deux premiers albums pour adultes, "L'utilisation maximum de la douceur" (avec Vincent Ravalec, Seuil, 2001) et  "Bye Bye Babylone" en 2010 (Denoël).

Mais je me rattrape avec "Ô nuit, Ô mes yeux" (P.O.L., 576 pages), tout juste paru. Une merveille qui vous entraîne en une seconde au siècle dernier au Caire, à Beyrouth, à Damas et à Jérusalem - le livre commence en 1917 et s'achève en 1979. A la recherche de leurs chanteuses célèbres, de tous ceux qui ont aimé, défendu, porté, créé, cette superbe musique de Moyen-Orient. Et, en écho, à la rencontre du cinéma tout juste apparu là-bas. Les textes de Lamia Ziadé, riches et fluides, créent un contact immédiat entre le lecteur et les personnes évoquées, quasi magnétique, ses formidables illustrations à la gouache, quatre cents en tout, souvent d'après des photos anciennes ou des arrêts sur image de vieux films, consolident le lien.

C'est un bon kilo de bonheur absolu, distillé en 125 brefs chapitres, que nous offre l'artiste libanaise vivant à Paris depuis ses dix-huit ans avec ce roman, aussi graphique que vrai. Une énorme fresque historique, foisonnante et incarnée, avec des personnages connus et d'autres pas, partagée avec passion. Avec sans doute un peu de regrets aussi pour ces pays perdus.

"Ô nuit, Ô mes yeux", si le titre sonne un peu étrangement à nos oreilles, c'est parce qu'il emprunte ses mots aux "layalis", ces chansons arabes qui débutent toutes de cette manière. On déguste ces histoires d'un âge d'or de l'art musical et cinématographique dans des nations aujourd'hui dévastées. Des destins incroyables, des vies en liberté, des femmes surtout et quelques hommes extraordinaires qui nous sont contés avec passion. La vie et la mort, l'amour et la trahison, les maris et les amants, les enfants parfois, la bonne société et les paysans, les rivales et les intrigues de palais, pires qu'à Versailles, les voyages lointains et la vie folle, libre, dans ces quatre villes-phares. Les concerts, les cabarets et les débuts du cinéma. Tout le temps, la musique, la chanson, la musique, la chanson. En fil rouge, l'histoire en marche, de plus en plus rapide quand le siècle avance. Un passé malgré tout très proche, il ne faudrait pas l'oublier. Qui ne caresse l'espoir fou qu'en reviennent ses points forts?

Asmahan. (c) P.O.L.

Le Caire jusqu'aux années 60, Beyrouth ensuite étaient les villes qui accueillaient, qui applaudissaient les chanteuses arabes. L'auteure-illustratrrice raconte superbement leurs itinéraires de vie et de mort. Asmahan, qui mena une vie inouïe pour une femme au Moyen-Orient, rebelle à l'autorité bête, espionne, Oum Kalthoum évidemment, la voix de l'Egypte dont on découvre la carrière et l'incroyable destin en détails, Samia Gamal, Fayrouz sans oublier quelques chanteurs de sexe masculin qui ont été leurs contemporains. Des chanteuses et des chanteurs qui ont tous fait du cinéma, qui se sont plus ou moins mêlés de la vie politique de leurs pays, emportée par différents événements dont l'Europe n'est jamais éloignée.

Oum Kalthoum. (c) P.O.L.

L'épais volume est articulé autour des deux chanteuses principales, Asmahan et Oum Kalthoum. Autour d'elles, une foule de personnages de tous les milieux, famille, art, politique... Chaque fois, le petit texte qui raconte l'épisode choisi est suivi de plusieurs dessins qui en précisent les scènes à la manière d'un carnet de croquis: plans larges, vignettes, détails, documents toujours agréablement agencés. Des gouaches de belle qualité qui rappellent l'époque passée, intrigantes aussi quand elles présentent des personnages aux visages blancs, sans nez ni yeux ni bouche. Un travail magnifique et immense qui a nécessité cinq années, dont la dernière à temps plein. La dernière partie du livre est plus triste, Asmahan est morte depuis longtemps, d'autres artistes l'ont suivie, 1967 marque une période de déclin, de défaite, de guerre, Oum Kalthoum vieillit, est malade, heureusement Nasser est encore là. "La fin est très triste", reconnaît Lamia Ziadé. "Même moi, elle me fait pleurer". Une tristesse communicative; moi aussi, j'ai eu les larmes aux yeux. La beauté de la littérature qu'elle soit écrite ou dessinée. Et l'impression d'entendre au loin une chanteuse arabe du siècle passé.


Pour feuilleter le début du livre, c'est ici.

vendredi 11 décembre 2015

Deux minutes pour parler d'amour en espagnol

Caramba! Benito Jacobón, le poète ibérique méconnu (peut-être parce qu'il fait du "teatro ambulante") a frappé. Et fort! Dans "Ay! Mi Amor"(32 pages, Benoît Jacques Books), un moyen format broché en hauteur, il nous dépeint en quatorze tableaux en linogravure, imprimés en deux couleurs, noir et rouge, avec évidemment un beau jaune en couverture, les étapes traditionnelles de l'amour: "De la Attración a la Capitulación". Une vision très ibérique de l'éducation sentimentale, en langue originale s'il vous plaît. Sans problème de traduction car on réalise en découvrant les scènes seulement ornées d'un titre qu'on comprend en réalité très bien l'espagnol. Le sous-titre l'avait annoncé: "Habla español en dos minutos".


Premier tableau. (c) Benoît Jacques Books.

Comme il s'agit d'un théâtre, rôles et acteurs sont d'abord présentés au lecteur. Ensuite, place aux différents tableaux, numérotés, en pages de droite; en face, une petite vignette de commentaire... Le livre commence par "La Situación", soit Don Pedro tout énamouré. Il se poursuit avec "La Explicación", c'est-à-dire Doña Iñès, hauts talons, robe à pois, taille de guêpe, monde au balcon et longue chevelure sombre. La suite est à découvrir dans cet album plein de piquant et de rire, tricotant tous les éléments de l'amour courtois, ses espoirs, ses drames et ses rebondissements, au pays des machos. C'est drôle et efficace, plein de plaisir dans les dessins et de sobriété dans les titres. Brillant en résumé. Une farce épicée et goûteuse, aussi forte d'un bon chorizo.

Deuxième tableau. (c) Benoît Jacques Books.

A noter que les illustrations du livre ont été créées pour "Le chemin des images" en 2010 à Epinal.

Quant à Benito Jacobón, le poète ibérique méconnu, il s'agit bien entendu de notre Benoît Jacques national, grand amateur de déclinaisons sur son nom. Rappelez-vous Benedetto Giacomo, "fleuron du domaine étranger du catalogue", auteur de "Scandale au château suisse" (2004), rappelez-vous Beno Wa Zak, auteur présumé de la saga mystérieuse "La légende de Pioung Fou" en deux tomes, "L'Auberge de Tinong Binong" (2012) et  "La Forêt de Liang Gang Niang" (2014), sans oublier qu'on soupçonne ce dernier aussi d'avoir signé la fameuse fable palachinoise "Wa Zo Kong" (2009), autant d'ouvrages estampillés Benoît Jacques Books.





mardi 8 décembre 2015

"Vera" de Jean-Pierre Orban encore primée



Encore un prix pour la jeune "Vera" (Mercure de France, 2014)  et son auteur, le Belge Jean-Pierre Orban et pas n'importe lequel! Le prix du Livre européen catégorie roman, le neuvième du genre. J'ai déjà évoqué ce magnifique  premier roman à plusieurs reprises, lire ici, ici et ici. Du côté de l'essai, c'est l'Autrichien  qui a été choisi pour son livre "Un messager pour l'Europe" traduit en français par Dominique Venard (Buchet-Chastel, 2015) mais paru à Vienne en 2012.

Créé en 2007, le prix du Livre européen récompense chaque année un roman et un essai exprimant une vision positive de l'Europe. Les auteurs des deux ouvrages doivent être des écrivains contemporains et être originaires de pays membres de l’Union Européenne. Les deux lauréats reçoivent chacun la somme de 10 000 euros.

Les deux auteurs reçoivent leur prix ce mardi 8 décembre 2015 au Parlement européen de Bruxelles, des mains d'Erri de Luca, qui  a présidé le jury 2015 et écrit un superbe texte sur l'île de Lampedusa, en présence de la maire de cette dernière, Giusi Nicolini.

Voici ce texte (en ligne, ici).





vendredi 4 décembre 2015

Grands formats pour aider Saint Nicolas P-Z

Je le reconnais. Quand mes filles étaient petites, je leur donnais les "Babar" en lutin poche et j'en réservais les formats originaux à une lecture en famille. Que de bons souvenirs dans ces moments où elles se penchaient sur les grands formats pour en savourer tous les détails... Il y a eu les "Babar", il y a eu les Claude Ponti. J'ai apprécié que l'école des loisirs réédite certains de ses classiques en grand format, idéal pour une lecture à une bande d'enfants, que le Seuil jeunesse publie dans le même esprit les "petits contes du tapis". Heureusement, aujourd'hui, les éditeurs jeunesse continuent à éditer des grands albums, la plupart en dessous de vingt euros, invitant adultes et enfants à partager les mêmes images, les mêmes textes. La lecture est triangulaire, on le sait.

En voici une sélection, puisée dans les parutions récentes, selon l'ordre alphabétique de l'illustrateur/trice.


Ugo, tu rêves?
Pierre Coran
Nathalie Paulhiac
A pas de loups
40 pages






Ugo est un rêveur. Le matin, il vole comme un oiseau de son lit au lavabo. Ce dernier devient vite un lac où plonger. Tant pis si Papa est pressé. Ugo est un rêveur. On le suit au cours de la journée avec tout ce qui lui traverse l'esprit et il y en a du monde dans son cerveau, du monde qui a plein d'idées. Un joli texte de Pierre Coran, rendant justice aux rêveurs, posé sur les illustrations réussies de Nathalie Paulhiac, mêlant réalité et imagination. A partir de 4 ans.


Troisième branche à gauche
Alexandra Pichard
Les fourmis rouges
40 pages







Délicieuse histoire sans fin où une petite fille qui attend son papa le soir part jouer dehors avec son chat. Quand celui-ci disparaît dans l'arbre, elle grimpe à sa recherche et croise une foule de personnages qui, tous, ont perdu quelque chose et lui demandent son aide. Un merle a perdu son nid, un ver son amie la chenille, les patineurs une écharpe, un homme super bien équipé question ménage sa chaussette gauche, etc. etc. La petite fille cherche toujours son chat dans cet arbre aux proportions impressionnantes - on y  croise même les Beatles. C'est savoureux en diable, par la fantaisie du ton et par la qualité des illustrations, sobres, expressives et résolument modernes. Plein de petites histoires se dessinent en marge de la quête initiale, laquelle une fois résolue, permettra à l'héroïne aux longs cheveux orange de poser une nouvelle question. A partir de 4 ans.


La ballade de Mulan
texte source traduit par Chun-Liang Yeh
Clémence Pollet
Hongfei cultures
44 pages






"Tsi-tsi et encore tsi-tsi, Mulan tisse à la maison..." Ainsi commence une célèbre ballade chinoise datant du IVe siècle. Il y est question de guerre bien entendu mais surtout d'amour filial: c'est Mulan, la petite sœur qui va délaisser son métier à tisser et partir à la place du père, le frère étant trop jeune encore. Pour cela, elle s'habille en homme, agit en homme, se bat en homme. Après douze années de guerres, elle rentre chez elle et révèle son sexe à ses anciens compagnons d'armes. Les linogravures en quatre couleurs de Clémence Pollet apportent beaucoup de profondeur à ce texte sur la guerre, la liberté et le genre qui résonne d'une brûlante actualité. A partir de 7 ans.


L'appel de la forêt
Jack London
traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Annie-France Mistral
illustré par Maurizio A.C. Quarello
Sarbacane, 96 pages





Il s'agit de la première illustration à la peinture en grand format (22 tableaux à l'huile et 10 dessins au trait) du célèbre roman jeunesse de Jack London (1876-1916) dont on célèbrera l'an prochain le centenaire de la mort. Dans "L'appel de la forêt", oublié aux Etats-Unis en 1903, l'écrivain américain met en scène Buck, un chien géant qui va quitter le monde des hommes après en avoir adoré un pour celui des loups, lors de la sauvage ruée vers l'or. Il passera de la paisible Californie aux glaces du Klondike. Un destin en quelque inverse de celui de Croc-Blanc, autre titre phare du romancier. Les illustrations de Quarello apportent autant de nouvelles fenêtres pour l'imaginaire à ce récit prenant. L'Italien n'est pas un inconnu: il avait notamment illustré les albums "L'autobus de Rosa" et "Le voyage de la femme éléphant" parus en français chez le même éditeur. Un bon roman pour bons lecteurs, ou à partager en famille.


Grand Loup et Petit Loup
Nadine Brun-Cosme
Olivier Tallec
Père Castor-Flammarion
32 pages






En format fortement agrandi et complétée d'une frise à colorier en jaquette, la réédition de cet album paru il y a dix ans et toujours aussi plaisant (54.000 exemplaires vendus). Une histoire d'amitié forte, entamée par plusieurs épisodes d'apprivoisement et dite en mots simples. Rappelez-vous. Grand Loup était heureux, tout seul sous son arbre. Il est bousculé par l'arrivée de Petit Loup. Il l'aide un peu mais pas trop. Le jour où ce dernier disparaît, Grand Loup est fou d'inquiétude. Les retrouvailles seront l'occasion de déclarations d'amitié réciproques. A partir de 4 ans.


Espèces de monstres!
François David et Olivier Thiébaut
Motus
48 pages







Il y en a des choses à regarder dans ce catalogue original de monstres apparaissant dans des tableaux subtils, composés d'éléments de récupération, en rapport bien entendu avec le thème abordé et brièvement présenté dans le texte, imprimé sur de vieux parchemins. Profil gauche, profil droit, les monstres se succèdent à bon rythme jusqu'au dernier qui fait tout simplement face au lecteur. Monstre de tendresse (loup ou grand-mère?), monstre mutant (un robot mais nouveau le robot), monstre fumeux (rapport aux voitures), monstre marin (plein de dents sous son sac plastique), immonde monstre (encore des détritus) et quatorze autres congénères racontent à leur façon notre monde, ses habitants, leurs craintes et leurs espoirs. Humour et imagination donnent ici des lettres de noblesse à l'expression "Espèce de monstre", bien trop mal utilisée. Dès 5 ans.


L'arbre à gâteaux
Etsuko Watanabe
Albin Michel Jeunesse
64 pages







Dans ce grand format coloré, graphiquement fort agréable, on suit sur doubles pages les aventures de Jeanne, une toute petite fille aussi mini que mimi qui vit sur une île sans fleurs ni arbres. Avec son ours en peluche Théo, elle part lire son nouveau livre à bord d'un dinghy jaune flottant sur un océan immense. Une histoire d'arbre à gâteaux, capable d'exaucer les souhaits des enfants grâce à ses fruits-gâteaux. Cela pourrait paraître un peu gnangan, ce ne l'est pas du tout. On va vivre de prodigieuses aventures en compagnie de Jeanne, menacée par un poisson gigantesque et sauvée par une pieuvre. La profondeur des mers donne vie à la peluche et le duo va passer de découverte en découverte dans les fonds sous-marins. Etsuko Watanabe compose de belles images expressives, prolongation de ces aventures multiples, dont les couleurs s'adaptent aux ambiances et qui rappellent qu'elle est Japonaise. Le duo finira par trouver l'arbre magique et, surprise, c'est lui qui exaucera son vœu avant d'être également entendu. A partir de 4 ans.


De A à D, ici
De G à M, ici