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jeudi 31 décembre 2015

Garder le meilleur pour la fin (de l'année): l'Italien Paolo Di Paolo en roman étranger

"Où étiez-vous tous", le deuxième roman de Paolo Di Paolo (traduit de l'italien par Renaud Temperini, Belfond, 260 pages) à être traduit en français après "Tanta Vita!" en 2014, nous montre combien grand peut être le fossé entre littérature italienne et littérature française. Grand mais pas infranchissable car la lecture de ce livre est fort réjouissante, pour peu qu'on s'y avance l'esprit libre et ouvert, sans œillères. Ce n'est pas pour rien que cet auteur remarqué est qualifié de "jeune prodige des lettres italiennes" par Antonio Tabucchi. Jeune car il est né à Rome en 1983.

L'histoire est celle de Mario Tramontane, professeur retraité, qui renverse devant le lycée un des ses anciens élèves, Thomas Marangoni. Fait divers ou accident volontaire? Quand les parents du jeune homme portent plainte, la famille Tramontane explose. Le père se mure dans le silence, la mère fuit à Berlin, la fille est furieuse. C'est Italo, le fils étudiant en histoire contemporaine, qui déroule ce récit privé, proche de l'enquête, tout en posant la question du lien entre les petites histoires de nos vies et la grande histoire du monde. Les vingt années de la politique berlusconienne dans le cas présent. En même temps, l'aventure paternelle oblige le narrateur à ouvrir les yeux sur le monde qui l'entoure, sur sa vie et sur ce qu'il en fait.

Ce qui est épatant dans ce roman, c'est son écriture faisant intervenir différents types de textes, des coupures de journaux, des dessins et bien sûr son ton original, hâché, morcelé, définitivement prenant.


Sept questions à Paolo Di Paolo

Paolo Di Paolo.
Comment êtes-vous arrivé à cette écriture originale?
Par le journalisme. C'est ce qui influence le thème et la structure de mes livres. La présence des journaux et des thèmes politiques viennent d'une passion pour le journalisme que j'avais adolescent. En ce qui concerne la structure du roman, j'aime l'idée que, sans devenir un auteur d'avant-garde, je puisse modifier les structures du roman et insérer des éléments différents. Je pense qu'on peut résoudre le débat sur la fin du roman des années 60 et 70 en disant que le roman est toujours en évolution et donc à remplir avec des structures différentes.
Vous terminez le livre par une note explicative.
En Italie, cette note finale a été critiquée parce que les lecteurs ne veulent pas toujours tout savoir. Moi, j'ai besoin de raconter ce qui se cache derrière le roman que j'écris. Le lecteur peut ne pas lire la note. Par contre, il peut être intéressé qu'on lui dise que le livre a été un pont vers d'autres lectures. Moi, en tant que lecteur, je suis curieux de savoir ce qu'il y a sur le bureau d'un écrivain. Il y a une façon très émotionnelle de lire les romans, quand le lecteur plonge dans l'histoire et ne veut rien savoir. On peut aussi lire le livre différemment, de façon plus consciente et plus profonde, pas seulement naïve. Le livre est parallèle aux objets sur mon bureau. Je ne raconte jamais une histoire juste pour raconter une histoire, alors je serais devenu scénariste et non écrivain.
C'est quoi, un roman, pour vous?
Pendant des siècles, les romans ont pu contenir des questions sur les références culturelles. Aujourd'hui, il est plus difficile de considérer ces aspects alors que pour moi, le roman, ce sont beaucoup de couches qui s'emboîtent, sans que ce soit compliqué pour autant. On peut demander au lecteur de commencer un voyage profond avec l'écrivain. Si quelqu'un lit un livre, va se doucher et ne se rappelle de rien, c'est que le livre n'a pas fonctionné. Je préfère qu'on ne se rappelle pas de l'intrigue mais d'un détail qui reste.
Après avoir fini un livre, videz-vous votre bureau des objets accumulés?
Pas vraiment. Alors que je suis encore en train d'écrire un livre, des objets apparaissent déjà pour le suivant. Pendant que j'avais rassemblé des objets pour "Tanta vita", j'ai commencé à écrire ce livre-ci. Certains livres demandent plus de temps. Je suis en train d'en écrire un nouveau, mon troisième roman. J'écris à l'ordinateur mais auparavant je remplis des cahiers de notes. Pour le roman que je termine, mes notes datent de 2011...
Comment avez-vous choisi le titre, une question sans point d'interrogation?
"Où étiez-vous tous", je l'ai choisi en pensant à une question qu'Italo pose à la génération de ses parents. C'est une question politique, comme un acte d'accusation: où étiez-vous pendant que l'Italie devenait ce qu'elle est aujourd'hui? Il est sans point d'interrogation pour montrer la volonté de comprendre: où étaient les personnes de sa famille pendant toutes ces années? C'est seulement en comprenant où étaient les membres de notre famille avant nous, nos grands-parents, etc., qu'on peut comprendre où nous sommes nous.
Avez-vous utilisé votre famille pour votre roman?
Quelques éléments de mon adolescence ressemblent à ceux d'Italo. Heureusement, mon père n'est pas celui d'Italo même si ma mère est enseignante. Peut-être est-ce en écoutant ses histoires sur le monde de l'école que j'ai pu imaginer la relation professeur-étudiants. L'élément le plus autobiographique est la présence du grand-père dans sa camionnette. 
Que pensez-vous de Berlin?
1) Dans les années 2000, Berlin est devenue pour beaucoup de jeunes une ville créative, encore plus que Londres.
2) Mais Berlin a une relation étrange avec son propre passé. C'est une ville capable de se montrer active comme ville moderne, remplie de chantiers, non pas belle comme Paris ou Rome, mais une beauté un peu européenne. C'est une ville chaotique du point de vue urbanistique mais obsédée par son passé. Elle est prisonnière de la question de conserver ses souvenirs plus que de celle des souvenirs eux-mêmes. Elle a peur d'avancer sans rappeler le passé et que le reste du monde le lui rappelle. 

Pour lire le début de "Où étiez-vous tous", c'est ici.

mercredi 30 décembre 2015

Garder le meilleur pour la fin (de l'année): Sophie Daull en catégorie premier roman

Il y a des livres dont on aimerait se contenter de dire: prenez-le, lisez-le et voyez comme vous l'aimez. Le premier roman de Sophie Daull, "Camille, mon envolée" (Philippe Rey, 186 pages) est de ceux-là. Un texte bouleversant, une mère se remémore le décès inopiné de sa fille de seize ans, emportée en quatre jours, mais d'une telle force et d'une telle lumière qu'il ne donne pas envie de pleurer. Ou alors sur soi, en se disant qu'on ne sera jamais à la hauteur de cette femme-là. Ou de son mari. C'est un livre de survie, d'amour, de souvenirs, de questions. Il ne mégote pas sur l'humour malgré le drame qu'il relate simplement au fil des souvenirs que la mémoire rappelle. Un "tombeau" sublime mettant en lumière des êtres de chair et de sang, d'émotions et de force.

Sophie Daull.
Ce roman, je l'ai lu début septembre, je l'avoue. Il m'a subjuguée. Mais comment partager ces émotions si intimes, celles de l'auteure devant son drame, les miennes devant son texte? Déjà alors, l'envie de conseiller le livre comme ça, en brut, sans l'artifice de mes mots. La peur de passer en dessous, à côté, la peur de mal dire, de ne pas assez dire ou trop. J'ai attendu l'inspiration. J'ai recommencé cette note cent fois pour finalement décider de l'abandonner et me contenter de dire: "Camille, mon envolée", prenez-le, lisez-le, ressentez-le.

J'en glisse juste quelques éléments, tant ça me paraît réducteur. Camille, enfant unique de seize ans, à qui tout souriait, a été emportée à la veille de Noël par une fièvre qu'aucun médecin n'a comprise. Le livre a la forme d'un double journal un peu décalé dans le temps, adressé à Camille: le premier débute une semaine après son enterrement et relate les événements qui se déroulent dans la famille, le second commence avec la dernière soirée de Camille et consigne sa douloureuse et brutale extinction jusqu'à la remise des résultats des derniers examens. C'est la mère qui tient la plume mais toute la famille est autour d'elle et de son envolée.







mardi 29 décembre 2015

Garder le meilleur pour la fin (de l'année): Philippe Jaenada en catégorie roman

Incroyable, et je ne suis pas la seule à le dire. Le dernier roman en date de Philippe Jaenada, le formidable "La petite femelle" (Julliard, 714 pages), n'a obtenu aucun prix littéraire, après avoir été sélectionné seulement par le jury du Renaudot et rajouté en dernière minute par celui de l'Interallié. Reste celui des Deux Magots dont il est l'un des quatre finalistes et qui sera remis le 26 janvier. Cette formidable brique de 700 pages est pourtant un des meilleurs romans des derniers mois.

Philippe Jaenada consigne la longue enquête qu'il a menée sur Pauline Dubuisson, cette jeune Française accusée d'avoir tué son amant au début des années 50. Pourquoi la France entière s'en prend-elle alors à cette jolie jeune femme? Cette haine massive a intrigué l'écrivain qui lui rend magnifiquement justice dans ces pages. Il déroule son enfance, son adolescence, sa jeunesse, sa soif de liberté dans les différents mondes qu'elle a côtoyés et qui, tous, l'ont enfermée. Il explique que Pauline Dubuisson n'est pas née au bon endroit au bon moment. C'est la France de l'après-guerre au moment du procès, ne l'oublions pas. Il y a des consciences qui veulent se racheter et un bouc émissaire pareil est une aubaine à ne pas laisser passer.

Pourquoi personne n'a-t-il pris la défense de l'accusée? Vu d'aujourd'hui, c'est incompréhensible. Mais Jaenada va rassembler toutes les pièces du dossier pour essayer de comprendre. En même temps, il brosse un tableau de la France des années 30 aux années 50. Il nous offre un épatant roman vrai, prenant, précis, incroyablement documenté sur son sujet et entrelacé de digressions personnelles qu'on découvre avec enchantement. Une manière d'écrire originale qui rend la lecture hautement addictive... Peut-être "La petite femelle" est-il un roman trop peu conforme pour les prix?

Sept questions à Philippe Jaenada

Votre roman précédent, "Sulak", sur un cambrioleur, était déjà un roman-enquête. C'est votre nouvelle voie?
Je me suis renforcé par rapport à "Sulak" qui se passait dans les années 80. J'ai rencontré des gens qui ont connu Bruno Sulak. J'avais une base de documentation et des témoignages, dont celui d'une fille amoureuse de lui. J'ai fait ce livre avec une retenue inconsciente pour les gens vivants.
Dans "La petite femelle", je ne suis pas tendre pour le frère de Pauline Dubuisson. J'ai eu toute liberté d'écrire mais par contre aucun témoignage direct, je n'ai rencontré personne. Mais j'ai travaillé énormément sur archives. J'ai eu des lettres, les traces de la police, de la justice. Le dernier dossier, je l'ai trouvé quand j'avais presque fini le livre.
Philippe Jaenada. (c) L. Reynaert.
Vous avez amassé une imposante documentation sur elle.
Cela m'a pris un an de recherches et un an d'écriture, sept jours sur sept, cinquante-deux semaines par an. Mais je n'ai pas la sensation d'un travail énorme: c'est comme quand on revient bronzé de vacances. J'avais le matériau brut sur Pauline Dubuisson. Mais je n'ai pas eu son "petit carnet" qui doit être dans une poubelle: dans les archives de la police, on parle d'un carnet disparu. J'avais une somme d'infos, comme un gros rapport de police. Ce qui est triste, c'est qu'il n'y a pas un point de lumière dans sa vie, sauf quand elle a entre 13 et 17 ans, mais c'était avec les Allemands.
Comment avez-vous choisi le ton du livre?
Je ne voulais pas écrire un livre au premier degré, qui aurait été triste et lourd. Je voulais de la légèreté. Je fais des digressions sur moi, sur ma vie, pour alléger l'histoire. Pour augmenter l'attention du lecteur. Quand ça va mal, je ne vais pas écrire "la pauvre". Ces parenthèses sont ma manière décalée de dire que je compatis. Mes émotions étaient vraiment fortes en écrivant ou en faisant mes recherches - j'avais les larmes aux yeux dans la salle d'archives juridiques. Mais je suis pudique, je donne du recul au lecteur. J'ai une histoire à raconter. Je tente de la raconter de la manière la plus sincère, la plus fiable, comme un conte.
Au fond, comment avez-vous rencontré Pauline Dubuisson?
Par hasard, juste à la fin de mon livre précédent. Chez moi, à Paris, je ne sors pas de mon appartement, sauf pour aller une heure par jour au bistrot. Là, on me pose des questions sur le livre suivant, sur le plaisir de parler de quelqu'un d'autre que moi. Peut-être une femme cette fois? Je discute avec une habituée qui me propose l'idée d'une femme cambrioleuse. Le lendemain, elle m'amène un livre sur les femmes criminelles du XXe siècle. Le bouquin est mal écrit, mais je le feuillette. J'y vois Pauline Dubuisson, présentée comme un monstre, comme une créature lubrique, cruelle, ayant le diable au corps, qui exécute le seul homme qui lui résiste!
Et vous avez voulu en savoir davantage.
J'ai voulu contrer les reproches qui lui étaient faits de parler trop bien, d'en faire une mauvaise femme. Je me suis renseigné sur elle. J'ai découvert que tout ce qui construisait cette légende de hyène malfaisante était des choses mensongères. Je me suis retrouvé à défendre le personnage que je voulais attaquer. Elle n'était pas née au bon endroit, dans la bonne famille, à la bonne époque. Si on la regarde objectivement, elle est une personne normale, presque une angelote de nos jours. Elle a eu 36 ans de vie et tout était contre elle. Pas d'école, un frère de treize ans plus âgé qu'elle, deux frères par moment, une mère effarante. Elle a vécu sa puberté sous l'occupation allemande. Dunkerque était une forteresse complètement fermée.
Qu'est-ce qui déplaisait chez elle?
Elle a été le bouc émissaire. Elle était trop libre dans sa tête. A 24 ans, elle avait connu cinq ou six garçons. Pauline Dubuisson menait sa vie mais a refusé de se marier, de connaître un seul homme, de demander pardon. Elle a réagi normalement à chaque étape de sa vie et a été accusée d'être une diablesse. Elle était en deuxième année de médecine dans l'idée d'étudier la pédiatrie quand elle a été demandée en mariage. Son refus était logique. Elle était en avance pour son temps. Ces jeunes-là vont être les parents des jeunes de 68. Le contexte est marquant, je ne le connaissais pas bien. C'est une période de basculement qui se concentre au procès de Pauline Dubuisson. Des vieux messieurs contre une jeune femme toute seule! Cela montre ce que la société va devenir après guerre. 
La couverture médiatique a été à charge, écrivez-vous.
Les femmes dans les journaux sont d'une cruauté incroyable! Que de mensonges pour l'enfoncer! Le journaliste Jean Cau est d'une méchanceté absolue. Même quand on veut rendre justice à Pauline Dubuisson, on invente des choses. Comme son viol à la Libération par des résistants. Cela a un effet pervers et accrédite la thèse qu'elle veut se venger des hommes. Je me suis renseigné sur Internet et sur Wikipédia.Tout est à disposition, les journaux, les livres d'époque. Il y a des erreurs, bien sûr. Mon but était de trouver ce qui reste quand on a enlevé tout ce qui est faux (la scène du parc, le viol). Il reste la vie d'une jeune femme nouvelle. Je refuse la thèse du crime passionnel par rapport à son fiancé, je penche plutôt pour l'accident. 







dimanche 27 décembre 2015

Quand 10/18 se met en habits de fêtes


Un cadeau de dernière minute? Pourquoi pas un livre de poche mais en version "collector"?
10/18 a revêtu quatre de ses titres, et pas des moindres, d'habits de fête, dont une nouvelle agréable couverture illustrée, à rabats de surcroît.


Un demi-siècle plus tard


Les choses
Georges Perec
10/18, 170 pages

"Une histoire des années 60", selon la définition que Georges Perec donne lui-même de son livre. Se rappelle-t-on que "Les Choses" parut en 1965 chez Julliard, à l'initiative de Maurice Nadeau, et reçut la même année le prix Renaudot? Un demi-siècle plus tard, il est passionnant de (re)lire ce roman, celui de Perec qui eut le plus grand succès. Un livre culte qui met en scène Sylvie et Jérôme, jeunes psychosociologues de la classe moyenne qui cultivent une idée matérialiste du bonheur au risque d'être happés par le vertige des choses... Oui, il y a cinquante ans.

Les premières lignes
"L'œil, d'abord, glisserait sur la moquette grise d'un long corridor, haut et étroit. Les murs seraient des placards de bois clair, dont les ferrures de cuivre luiraient. Trois gravures, représentant l'une Thunderbird, vainqueur à Epsom, l'autre un navire à aubes, le Ville-de-Montereau, la troisième une locomotive de Stephenson, mèneraient à une tenture de cuir, retenue par de gros anneaux de bois noire veiné, et qu'un simple geste suffirait à faire glisser. La moquette, alors, laisserait place à un parquet presque jaune, que trois tapis aux couleurs éteintes recouvriraient partiellement."



Le Cercle littéraire des amateurs
d'épluchures de patates
Mary Ann Shaffer et Annie Barrows
traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Aline Azoulay
10/18, 412 pages

Sorti au printemps 2009 en français chez Nil éditions (et en 2014 chez 10/18), le livre aussi délicieux que poignant eut un destin aussi incroyable que sa genèse: un formidable succès tant public (vingt mille exemplaires de la traduction française avaient trouvé preneur en quinze jours de mise en vente) que critique couronna ce roman épistolaire situé durant la Seconde Guerre mondiale. Malgré son titre. En effet, titrer un roman "Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates", il faut l'oser! Et encore, la traduction française n'est qu'un raccourci de la version originale, "The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society" (Le cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey).

Sous l'appellation déconcertante se niche un formidable roman, touchant, surprenant et très addictif, qui mêle littérature, amour et esprit de résistance à l'envahisseur. Sa genèse est déjà un roman en soi. Il est l'œuvre unique de Mary Ann Shaffer, une bibliothécaire et libraire américaine née en 1934. En 1976, elle visite l'île de Guernesey et découvre la vie des habitants sous l'occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Vingt-cinq ans plus tard, pressée par son cercle littéraire de se lancer dans l'écriture, elle repense à son excursion anglo-normande – toute sa vie, elle avait rêvé d'"écrire un livre que quelqu'un aimerait assez pour avoir envie de le publier". Elle se lance et opte immédiatement pour la forme épistolaire qu'elle pense plus aisée. Sa première version enchante son entourage et trouve un éditeur. Mais le contrat signé, Mary Ann Shaffer tombe gravement malade. Elle demande alors à sa nièce, Annie Barrows, de poursuivre son travail. Elle décédera en février 2008, peu avant la sortie du livre aux Etats-Unis.

Le roman débute en janvier 1946. Londres se relève péniblement de la guerre. Alors que Juliet Ashton, jeune écrivain, cherche un sujet pour son prochain livre, elle reçoit la lettre d'un jeune fermier de Guernesey, Dawsey Adams, qui possède un livre mentionnant son nom et son adresse. Il lui fait part de son admiration pour l'écrivain Charles Lamb et évoque une affaire de cochon rôti pendant la guerre et la création d'un cercle littéraire local pour échapper aux Allemands. Curieuse, Juliet lui répond, lui pose des questions, s'intéresse à lui, à ses voisins, à leur passé durant la guerre, raconte tout cela à son éditeur, à une amie. Avant de se décider à se rendre sur place, par amitié pour ces amis postaux.

D'autres prennent également la plume: les membres du cercle littéraire, une voisine acariâtre, peu enthousiaste à l'idée que Juliet écrive un roman à partir de ce que les habitants de Guernesey lui racontent. Surtout qu'elle veut y évoquer Elizabeth, personnage finalement central de ce superbe roman. Une jeune originale qui a disparu depuis son arrestation par les Allemands (pour avoir secouru un prisonnier polonais) et a laissé une petite fille née de son amour pour un médecin militaire allemand.

Des séquences du passé se révèlent dans ces échanges épistoliers, d'autres histoires d'amour se construisent au jour le jour. Plein de douceur, de beaux sentiments et de références littéraires, original et percutant, jamais mièvre, cet épatant roman offre une lecture extrêmement réjouissante.

Les premières lignes
"8 janvier 1946
Mr. Sidney Stark, Editeur
Stephens & Stark Ltd.
21 St. James Place
Londres SW1
Angleterre

Cher Sidney
Susan Scott est une perle. Nous avons vendu plus de quarante exemplaires du livre, ce qui est plutôt réjouissant, mais le plus merveilleux, de mon point de vue, a été la partie ravitaillement. Susan nous a déniché des tickets de rationnement pour du sucre glace et de vrais œufs afin de nous confectionner des meringues. Si tousses déjeuners littéraires atteignent ces sommets, je suis partante pour une tournée dans tout le pays. Penses-tu qu'un somptueux bonus l'encouragerait à nous trouver du beurre? Essayons, tu n'auras qu'à déduire la somme de mes droits d'auteur.
A présent, les mauvaises nouvelles. Tu m'as demandé si mon nouveau livre progressait. Non, Sidney, il ne progresse pas."




Un jour
David Nicholls
traduit de l'anglais par Karine Regnier
10/18, 622 pages

Cette excellente comédie romantique et sociale venue de Grande-Bretagne est arrivée en traduction française chez Befond début 2011 (elle sera reprise en 10/18 l'année suivante). Le troisième livre du Britannique David Nicholls, mais le premier à être traduit en français, est l'histoire d'un coup de foudre que ni Emma ni Dexter ne veulent voir. Sous une apparente légèreté, le roman fouille à fond l'humain et la société ! Cette comédie pleine d'humour et de charme raconte le long chemin qui mènera Emma et Dexter l'un vers l'autre tout en pointant, l'air de rien, les grands thèmes de l'actualité britannique des vingt dernières années.

Le roman débute le 15 juillet 1988, à Saint-Swithin. Dexter Mayhew et Emma Morley ont passé ensemble la nuit qui a suivi la remise de leurs diplômes universitaires. La vie s'ouvre devant ces jeunes gens, 23 ans, qui se sont à peine vus durant leurs études. Se seraient-ils trouvés en ce dernier jour? Lui vient d'un milieu bourgeois ; il est sûr de lui, insouciant, frivole. Elle est d'origine modeste, bourrée de complexes et de convictions.

Que vont-ils en faire de cette vie qui les attend? David Nicholls a eu l'excellente idée de raconter leur histoire, non de manière linéaire, mais de 15 juillet en 15 juillet. Un rendez-vous annuel qui photographie les mois écoulés au moyen de procédés graphiques d'écriture variés: narration, dialogues, lettres, flash-back, points de vue d'autres personnages, répétitions volontaires de textes. Une belle trouvaille qui aiguise l'appétit de lecture.

Si Dexter entame son existence adulte par deux ans de vacances, Emma étanche sa passion pour le théâtre. Mais elle peine à trouver du travail et à subvenir à ses besoins. Les petits boulots, comme serveuse dans un restaurant tex-mex, seront pour elle avant de se lancer dans l'enseignement où elle rayonne. Ecrire des livres? Elle y pense plus qu'elle ne le pratique avant que ses choix de vie, faits parfois à reculons, ne lui en donnent l'occasion. Dexter de son côté, deviendra une star de la télé qui découvre les paillettes, avec tout ce que cela suppose: femmes, alcool, drogue… L'ascension, puis la descente…

Les années se succèdent sans que Dexter et Emma se perdent de vue. Ils se voient plus ou moins selon les moments, se chamaillent souvent, pensent en réalité bien plus l'un à l'autre qu'ils ne l'avouent. S'aimeraient-ils?

Comédie romantique, "Un jour" brosse aussi un vif portrait de l'Angleterre récente. "Le livre était une histoire d'amour au départ", me disait à sa sortie David Nicholls. "Mais je voulais aussi décrire l'ambiance de la fin des années 80. Je suis sorti de l'université en 1988, comme Dexter et Emma. Les temps étaient austères, rigoureux. Tout le monde était politisé. Puis, en quatre ou cinq ans, tout cela s'est évanoui. L'époque est devenue frivole. C'était très désorientant."

Bien entendu, le lecteur voit tout de suite le coup de foudre entre Dexter et Emma. Eux pas. David Nicholls s'explique: "J'ai voulu m'inscrire dans la grande tradition des écrits romantiques, où les promis s'aiment mais se querellent sans cesse. Cela a donné de grandes œuvres, dont "Beaucoup de bruit pour rien", de Shakespeare, qui m'émeut plus que "Le Roi Lear". J'aime beaucoup le moment où les querelles s'apaisent et où le couple comprend qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. Le challenge d'écriture était d'autant plus intéressant que, dans la vie occidentale moderne, les gens peuvent se mettre ensemble comme ils veulent. Il n'y a plus d'obstacle comme avant: famille, parents, tradition, etc. Comment maintenir alors le suspense? Outre ceux de l'intrigue, j'ai placé des obstacles liés aux étapes par lesquelles passent les héros. Dexter à 23 ans est beaucoup trop frivole et immature pour comprendre qu'Emma est la personne qu'il lui faut. Emma à 25 ans est trop centrée sur ses problèmes pour s'ouvrir et aller vers ce que lui propose Dexter."

Serait-ce à dire q'un jour peut conditionner toute une vie? "Je suis sûr que oui. Il n'y a pas de jour qui n'ait d'influence sur le reste de notre vie. C'est le mot d'ordre du livre. Aucun jour de notre vie n'est ordinaire, banal, ou inutile. Dickens dit que si on enlève un jour, toute la chaîne de notre vie en est modifiée. C'est vrai pour moi. Quand je reviens en arrière sur ma vie, je m'aperçois qu'il y a eu à tel moment, une rencontre, un coup de téléphone, qui aurait pu modifier le cours de ma vie s'il ne s'était pas produit."

Bourré d'humour de tous les types, jusqu'au plus noir, ce roman séduit aussi par la finesse de sa construction, dont on ne s'aperçoit heureusement qu'à la toute fin du livre.

Les premières lignes
"Vendredi 15 juillet 1988
Rankeillor Street, Edimbourg
"Je crois que... ce qui compte, c'est de faire bouger les choses, dit-elle. D'arriver à les changer.
- Comment ça? Changer le monde, tu veux dire?
- Pas le monde tout entier, mais celui qui t'entoure... Si tu pouvais y changer quelque chose, ce serait déjà pas mal, non?"
Le jour allait bientôt se lever. Allongés l'un contre l'autre dans le petit lit, ils marquèrent un silence, puis se mirent à rire d'une voix rauque, cassée par leur longue nuit blanche."



Ainsi résonne l'écho infini des montagnes
Khaled Hosseini
traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Valérie Bourgeois
10/18, 498 pages

Il était vraiment attendu il y a deux ans, le troisième roman de Khaled Hosseini, qui avait déjà réjoui des millions de lecteurs avec "Les cerfs-volants de Kaboul" (2005) et "Mille soleils splendides" (2007), des romans se déroulant entre l'Aghanistan et les Etats-Unis, en parallèle à l'itinéraire de l'auteur. Il est paru chez Belfond en 2013 et a été repris en 10/18 en 2014. Le revoilà sous de nouveaux atours.

Khaled Hosseini est en effet né à Kaboul, en 1965. Cadet de cinq enfants, fils d'un diplomate et d'une professeur de farsi et d'Histoire, il a passé son enfance en Iran, puis à Paris, déménageant au gré des affectations de son père fixées par le ministère des Affaires étrangères. En 1980, alors que l'Afghanistan est occupé par l’armée soviétique, les Hosseini obtiennent le droit d'asile aux Etats-Unis et s’installent à San Jose, en Californie. Après une licence de biologie et des études de médecine, Khaled Hosseini devient interne au Cedars-Sinai Medical Center de Los Angeles en 1996.

En 2001, parallèlement à la pratique de la médecine, il entame l'écriture de son premier roman, "Les cerfs-volants de Kaboul". Le livre sort en 2003 aux Etats-Unis et bénéficie d'un extraordinaire bouche à oreille. Traduit dans plus de 70 pays, vendu à plus de 15 millions d'exemplaires dans le monde, acclamé par la critique, il devient un phénomène international.  Dès sa sortie en 2007, son deuxième roman, "Mille soleils splendides", se classe aussi sur les listes des meilleures ventes aux États-Unis et en Europe.

Marié et père de deux enfants, Khaled Hosseini vit actuellement dans le nord de la Californie. En 2006, il a été nommé ambassadeur par l’UNHCR, l'agence internationale des Nations unies pour les réfugiés. Depuis, l'écrivain s'est investi dans de nombreuses causes humanitaires. A l'occasion d'un voyage en Afghanistan, en 2007, il a créé sa fondation personnelle, afin de venir en aide aux populations réfugiées afghanes. "En tant qu'originaire d'Afghanistan, pays où la population de réfugiés est l'une des plus importantes du monde, la question des réfugiés est une cause dont je me sens proche et qui est chère à mon cœur. Mon rôle est de parler au nom de cette cause et d'être l'avocat public des réfugiés du monde entier."

Après une attente de six ans, la parution du troisième roman de Khaled Hosseini, "Ainsi résonne l'écho infini des montagnes", a été mondialement saluée. Il nous conduit d'un village afghan des années 1950 à la Californie des années 2000, en passant par Kaboul sous les talibans, Paris durant des  seventies et une petite île perdue de l'archipel grec aujourd'hui. Cette fresque historico-familiale nous donne à  connaître les destins de Pari, petite fille de 3 ans vendue par son père veuf trop pauvre, et de son entourage, dont son frère de 10 ans, Abdullah, sous forme d'un roman choral bouleversant.

Après le lien père-fils dans "Les cerfs-volants de Kaboul", le destin des femmes afghanes dans "Mille soleils splendides", Khaled Hosseini prend comme fil rouge de "Ainsi résonne l'écho infini des montagnes" l'amour entre un frère et une sœur.


 Les premières lignes
"Bien. Vous voulez une histoire, je vais vous en raconter une. Mais seulement une. Inutile de m'en réclamer une autre ensuite. Il est tard et un long voyage nous attend demain, Pari et moi. Vous aurez besoin de dormir cette nuit. Oui, toi aussi, Abdullah. Je compte sur toi, mon garçon, pendant que ta sœur et moi nous serons partis. Tout comme ta mère. Bon, une histoire, donc. Ecoutez-moi, tous les deux. Ecoutez-moi bien et ne m'interrompez pas."





mercredi 23 décembre 2015

Dans ma hotte de mère Noël 2

Dans ma hotte rouge, encore plein de livres évidemment.
Après les albums en couleurs excellents (à lire ici), d'autres en noir et blanc pour toutes les tranches d'âge tout aussi réussis.
Oui en noir et blanc, comme le faisait déjà la photographe américaine Tana Hoban dans ses cartonnés à destination des bébés ("Noir sur blanc, Blanc sur noir" ou "Qui sont-ils? Qu'est-ce que c'est?", chez Kaléidoscope).
Sans oublier tous ceux que j'ai déjà présentés précédemment (à retrouver sous le libellé "jeunesse")

Vert j'espère


Voici l'histoire
Sara Donati
Rouergue, 40 pages

Bon d'accord, il y a un peu de rose et encore un peu plus de vert dans ce très délicat album au crayon noir, presque sans texte mais aux dessins magnifiques et éloquents. A chacun de se construire son histoire au départ des éléments fournis: une graine qui germe et donne une plante géante, un éléphant qui s'ennuie devant sa télé et sort de chez lui, Hydromel l'amateur de thé qui attend une improbable visite dans sa maison. Quelle éloquence et quelle douceur dans ces pages carrées célébrant simplement l'amitié tout en éparpillant une théière à pois dans différentes images. Une découverte. Dès 4 ans.


Le vertige du vide


Annette
Gabriel Schemoul et Grégory Elbaz
l'école des loisirs/Pastel, 40 pages

Annette vit avec son papa sur une île. Ce matin-là, elle aide le pêcheur à préparer ses filets. La barque paternelle s'éloigne et la fillette reste seule dans la brume. Elle en a l'habitude. Mais ce matin-là n'est pas pareil. Sa solitude lui pèse. Elle s'angoisse: quand son papa reviendra-t-il? Les images la saisissent dans ses expressions d'inquiétude et d'ennui. Son trouble ne nous gagnerait-il pas? Quand, soudain, son nom est prononcé d'une voix grave. Ouf! Papa est de retour. Le danger est passé, la fillette rassurée. L'île retrouve ses couleurs. Premier album jeunesse de deux auteurs-illustrateurs, Gabriel Schemoul étant passé au texte ici, laissant les illustrations à Grégory Elbaz, "Annette" saisit avec beaucoup de justesse et de délicatesse la crise d'angoisse de la fillette. Le modelé de ses traits, ses attitudes, ses expressions, ses regards lui donnent une réelle présence. Dès 5 ans.

Courses folles dans la neige


Par une journée d'hiver
Ruth Krauss et Marc Simont
traduit de l'américain par Isabelle Finkenstaedt
Kaléidoscope, 40 pages

Quelle bonne idée de rééditer cet album paru en français en 1991 mais sorti à New York en 1949. C'est l'hiver, il neige. Tous les animaux dorment, les souris des champs, les ours, les escargots, les écureuils, les marmottes. Les images nous les présentent durant leur sommeil, bien au chaud chacun à sa manière dans l'immensité blanche. Tout d'un coup, tous les animaux se réveillent. Ils reniflent l'air et les images nous les montrent de nouveau, chacun à leur tour. Maintenant, tous les animaux courent et les images nous font partager leurs courses folles. Vers quoi? Ils s'arrêtent. Ils rient. Ils dansent. Pourquoi? Le mystère est levé en dernière page de cet album délicieux, plein de joie et de vie. Dès 3 ans.


Le chat d'une enfance


J'veux pas oublier mon chat
Troubs
l'école des loisirs/Mille bulles, 80 pages

Une fois n'est pas coutume, une bande dessinée. Celle que Jean-Mac Troubet, dit Troubs, consacre à Skippy. Non pas un kangourou comme y ferait penser une série télévisée mais un chat noir. Le chat de son enfance. Son chat, doté d'une forte personnalité, aimé et aimant. Il nous le raconte au quotidien, avec son caractère indépendant, son amour des souris, des écureuils et surtout de la liberté. Il évoque aussi la relation que sa soeur et lui ont eu avec ce chat magnifique. Les dessins sont très plaisants et l'album (sorti en 2007 chez Max Milo) une merveille. Dès 7 ans.


Ségrégation raciale


Nina
Alice Brière-Haquet et Bruno Liance
Gallimard Jeunesse, 40 pages

L'auteur prend le prétexte de l'enfance de Nina Simone, immense interprète de jazz s'il en est, pour aborder la question de la cohabitation des Noirs et des Blancs aux Etats-Unis avant Martin Luther King. C'est une idée mais elle ne fonctionne pas tellement bien. Nina adulte raconte à sa petite Lisa qui ne trouve pas le sommeil le quotidien durant ses jeunes années. Le piano, avec ses touches blanches et ses touches noires, et le bus où les Noirs devaient céder leur place aux Blancs. L'église, où sa mère ne peut prendre place au premier rang. L'arrivée d'un pasteur noir et de sa célèbre phrase "I have a dream". Basé sur les oppositions balnc-noir, le projet est méritoire mais le ton du texte ne paraît assez juste pour lui donner toute sa force. Dès 5 ans.


Déjà douze Gorey traduits en français


L'enfant guigne
Edward Gorey
traduit de l'anglais par Oskar
Le Tripode, 72 pages

Merveille d'humour noir que cet album carré s'inspirant du roman de Frances H. Burnett "Princesse Sara: aventures d'une petite écolière anglaise", datant de 1888. Tout le monde se rappelle de l'histoire de cette petite fille riche, tombée dans la misère à la disparition tragique de son père. L'Américaine avait toutefois imaginé un happy end particulièrement lacrymogène à son récit. Bien entendu, Edward Gorey (1925-2000) ne la suit pas sur ce terrain-là. Son "Hapless Child" écrit en 1961, revu en 1989, qui nous parvient pour la première fois en français, aura une fin tragique, conformément à la personnalité de l'auteur (lire ici). C'est d'ailleurs ce qui fait le charme de cet album noir de noir superbement illustré. Un tout grand Gorey!



La vague déchaînée: ou l'imbroglio de la poupée noire
Edward Gorey
traduit de l'anglais par Oskar
Le Tripode, 72 pages

Savait-on que les "livres dont vous êtes le héros", en vogue dans les années 1980, n'avaient en réalité rien inventé? Edward Gorey utilisait déjà en 1961 dans cet album revu en 1987 ce procédé de questions au lecteur l'envoyant selon sa réponse à l'une ou l'autre page pour la suite de l’histoire. En format à l'italienne, le récit ici est complètement absurde, que l'on suive Skrump, le chien hyper poilu, Naeelah, la poupée sans visage, Hooglyboo au bras en écharpe ou Figbash, animal tout noir aux bras démesurés. La formule peut paraître déconcertante au début de la lecture mais dès qu'on se laisse prendre, on est cuit et on découvre la force surréaliste en Gorey. Et le plaisir de lecture qu'il nous procure.