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lundi 8 mai 2017

Anne Fine à Bruxelles pour le prix Farniente

Anne Fine, à Bruxelles le 6 mai pour le prix Farniente. 

La vie est quand même bien faite. C'est par Anne Fine elle-même, excellente auteure britannique de romans pour enfants et adolescents, que j'apprends qu'elle se déplace à Bruxelles. A l'occasion du prix Farniente, me glisse-t-elle. Le prix Farniente qui existe depuis 2000 et n'a pas l'air de se rappeler de mon existence.

Tant pis. Dommage. Faute d'informations pratiques, j'ai raté Anne Fine et les autres auteurs venus à Bruxelles, Séverine Vidal, Eric Pessan, Matthieu Robin, Caroline Solé, pour assister à la remise des prix et aussi débattre et discuter avec les ados. Voici donc les résultats de l'édition 2017 du prix dont la remise officielle a donc eu lieu ce samedi 6 mai à Bruxelles.

Ci-après le palmarès, complété par mes soins du nom des traducteurs des livres nés en d'autres langues que le français.

Les lauréats 2017

en catégorie basket jaune (plus de 13 ans): "On est tous faits de molécules" de Susin Nielsen (traduit de l'anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec, Hélium, 2015).

Finalistes: "Quelqu'un qu'on aime" de Séverine Vidal (Sarbacane, 2015), "Aussi loin que possible" d'Eric Pessan (l'école des loisirs, 2015), "Tornade" de Jennifer Brown (traduit de l'anglais par Céline Alexandre, Albin Michel Jeunesse, Wiz) et "Ses griffes et ses crocs" de Mathieu Robin (Actes Sud Junior, 2015).

en catégorie basket verte (plus de 15 ans): "Blood family", d'Anne Fine (traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Dominique Kugler, l'école des loisirs, 2015). A lire ici, ce que j'avais écrit à l'époque de la sortie de ce formidable roman.

Finalistes: "Nous les menteurs" d'E. Lockhart (traduit de l'anglais (Etats-Unis)  par Nathalie Peronny, Gallimard Jeunesse, 2015), "Dysfonctionnelle" d'Axl Cendres (Sarbacane, 2015), "Nous voulons tous le paradis" d'Els Beerten (traduit du néerlandais (Belgique) par Maurice Lomré, La joie de lire, 2015) et "La pyramide des besoins humains" de Caroline Solé (l'école des loisirs, 2015).



samedi 6 mai 2017

La face cachée de "L'enciellement de Maman"


"Le "Backdrop", mot anglais, désigne la partie arrière d'un décor", expliquent  Carole Rigaut et Julien Amouroux sur la page d'accueil de Backdrop Atlas, le site qui présente, en français et en anglais, "la face cachée des œuvres révélée par les artistes mêmes".

Apparaissent actuellement sur le site une petite soixantaine d'œuvres dont les auteurs dévoilent les influences qui les ont conduits à leur réalisation: œuvres d'autres artistes (toutes pratiques confondues), documents de référence (livre, article de presse, extrait de film, photo personnelle, photo d'actualité, musique…).

C'est extrêmement intéressant et révélateur.
Surtout si on connaît l'œuvre présentée.

J'ai ainsi eu le plaisir de découvrir ici le "backdrop" du magnifique album jeunesse "L'enciellement de Maman" de Roxane Lumeret (Albin Michel Jeunesse, 2015), que j'avais personnellement proposé ici.

Huit éléments sont apportés par Roxane Lumeret à propos de cet album.
Je vous en dévoile un: l'artiste a écrit en 2011 "Le Bruit de la sieste", son mémoire de fin d'études, un roman constitué des récits intérieurs de deux personnages dont un ami commun est mort.
Et je vous laisse le soin de découvrir les sept autres. Retrouvailles et surprises dans cette face cachée d'un magnifique album.






vendredi 5 mai 2017

Les oiseaux si humains de Quentin Blake

La dédicace, dessin pour "Le Figaro Littéraire" en 2012. (c) Quentin Blake.

Les Londoniens ont bien de la chance. Ils peuvent visiter l'exposition de Quentin Blake "The Life of Birds" qui vient de s'ouvrir à la House of Illustration (adresse ici) et s'y  tiendra jusqu'au 1er octobre.

Autoportrait. (c) Quentin Blake.
Ils y découvriront l'inclination de l'auteur-illustrateur britannique, chantre en images de nombreux écrits de Roald Dahl, à dessiner des oiseaux, ces "petits amis emplumés" comme les qualifie leur créateur. Des œuvres connues mais aussi une vingtaine de dessins jamais montrés.

"J'ai toujours aimé dessiner des oiseaux", commente Quentin Blake. "Je ne sais pas vraiment expliquer pourquoi mais peut-être parce que, comme nous, ils sont sur deux jambes et ont des gestes expressifs. C'est une façon de commenter les gens que nous voyons autour de nous sans vraiment dessiner des individus."


L'exposition thématique proposera toute une série de dessins originaux provenant des archives personnelles de Quentin Blake, fortes de plus de 35.000 dessins. Des oiseaux dans des situations quotidiennes, commentaires originaux de la condition humaine.  Mais beaucoup des œuvres exposées ont été publiées dans le livre "The Life of Birds" de Quentin Blake en 2005, et traduit en français la même année par Gallimard. L'exposition présentera également des dessins personnels, créés depuis 2005, notamment pour le "Figaro Littéraire".

En introduction du livre, le critique Peter Campbell (1937-2011) écrivait: "Ces images sont le produit d'un demi-siècle consacré à la vie des personnages. Dans "The Life of Birds", Blake suit les traces de grands illustrateurs comme Daumier et Lear, et de fabulistes tels Esope et La Fontaine. Les oiseaux de Blake sont davantage comme des personnages de romanciers que des exemples de moralistes. Comme Daumier, il crée des individus qui sont des exemples, non réduits, de types. Les dessins sont, tour à tour, insidieusement charmants, absurdement tristes et vigoureusement observateurs. Ils suggèrent des sentiments sur le vieillissement, la vie de l'art, l'insupportabilité des personnes stupides et le désagrément des intimidateurs."

En français, l'ouvrage de Quentin Blake est devenu "Nous les oiseaux" (Gallimard, 80 pages, 2005) et a été préfacé par Daniel Pennac. Né en 1932, le Britannique qui a créé plus de 300 ouvrages, majoritairement en littérature de jeunesse, largement traduits en français, surtout chez Gallimard, a dédié en 2005 un album aux adultes. "Nous les oiseaux" s'inscrit dans la tradition picturale de la représentation animalière de l'homme. Mais quel souffle dans ces dessins à peine légendés! Quelle finesse dans l'observation de l'humain!

Sans sa préface à la version française, le romancier Daniel Pennac note que "quand il songe aux quatre vérités de l'homme, le dormeur Quentin Blake rêve oiseaux", et que "pour faire le tour de l'homme, c'est un oiseau que Quentin Blake dessinera d'abord". Pourquoi? Aux réponses évasives de l'intéressé, préférons ses dessins, nés "d'une vision". Chaque oiseau croqué raconte une histoire, parfois la nôtre. Petits bonheurs, joies profondes, tristesses infinies... En quelques traits délavés! Les expressions naissent de la courbe ou de l'intensité d'une ligne, du tracé d'une silhouette. Enfants, ados, adultes, Quentin Blake a tout vu de la vie, tout compris. Pour le dire, il choisit la tangente de ces "Oiseaux" qui nous masquent un peu. Ses dessins somptueux se lisent aussi simplement qu'un roman ou une nouvelle.

Deux autres dessins à découvrir dans l'exposition de Londres.

Aperçus profonds, dessin pour le "Figaro Littéraire", 2012. (c) Quentin Blake. 

La maîtresse, dans "Nous les oiseaux" (c) Quentin Blake.

Mais Quentin Blake n'avait pas attendu 2005 pour représenter des oiseaux. Il les aime trop. La preuve dans quelques albums pour enfants qui leur sont dédiés, sans oublier les exquises illustrations réalisées pour son personnage Armeline Fourchedrue.


Les Cacatoès
Quentin Blake
traduit de l'anglais par Marie Saint-Dizier
Gallimard Jeunesse
1992, plusieurs éditions

Un sujet en or pour les jeunes enfants au moment où ils adorent prononcer certains mots interdits. Car les cacatoès du professeur Dupont apparaissent à toutes les pages. Enfin, apparaissent au lecteur. Le scientifique lui, malgré ses lunettes, ne voit rien du tout. C'est peut-être l'émotion qui le rend aveugle. Écoutez ce qui lui arrive: lui dont chaque jour de sa vie se déroule selon le même rituel immuable (lever, toilette, salut sonore aux dix cacatoès vivant dans sa serre), ne trouve pas ce matin-là ses compagnons ailés. Ses "petits amis emplumés" en ont tout d'un coup eu par-dessus la tête de ces habitudes.

"Les  cacatoès" (c) Gallimard Jeunesse.
Espérant donner au professeur une leçon qui modifierait ses habitudes, les oiseaux ont filé à l'anglaise, s'enfuyant par un carreau cassé de leur maison de verre. Leur grand ami à lunettes, décontenancé par cette intrusion du hasard dans sa vie, visite toute sa maison à leur recherche. De la cave au grenier, en passant par la cuisine et la chambre à coucher, il cherche partout ses cacatoès. Mais ne les voit nulle part. Or, le lecteur, lui, gentiment pris à partie par l'auteur, retrouve dans chaque dessin les volatiles qui se dissimulent à leur hôte. Le savant finit par abandonner sa chasse aux cacatoès, bredouille! Après une nuit agitée, il reprend ses habitudes matinales. Quand il arrive dans la serre, miracle, les perroquets sont revenus. Ne pouvant contenir sa joie, le professeur Dupont les salue d'un superbe "Bonjour mes petits amis emplumés" qui marque le signal d'un nouveau départ desdits amis. Sera-t-il définitif? Un album très réussi, au texte et aux dessins débordants d'humour et de cocasserie.


Les poules
John Yeoman
Quentin Blake
traduit de l'anglais par Pascale Houssin
Gallimard Jeunesse
1993, 80 pages, plusieurs éditions

Nées à la ferme du Bois-Joli, une espèce de grand hangar destiné à la ponte industrielle, Flossie et Bessie, les deux poules de cette histoire, y mènent une vie paisible et fort monotone. N'étant jamais sorties de chez elles, elles vivent dans une ignorance heureuse, jusqu'au jour où un choucas ouvre inopinément la porte de leur cage. Les deux sœurs acceptent de le suivre pour aller déjeuner dehors et s'échappent sans le vouloir. N'ayant jamais appris à voler, elles ne sont pas à l'abri du danger mais le choucas les prend sous son aile….

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L'aventure commence, comique et mouvementée, à travers le village et dans la forêt, où le choucas parviendra à conduire, avec beaucoup de patience, ces deux poules têtues, peureuses et ingénues.






Trois petites chouettes
Emanuele Luzzati 
John Yeoman
Quentin Blake 
traduit de l'anglais
par Jean-François Ménard
Gallimard Jeunesse, 2014

De vers en vers et de strophe en strophe, trois hiboux facétieux nous entraînent autour du monde, au gré des saisons, d'un Noël au suivant, comme on marcherait dans un rêve.


Allez, les oiseaux!
John Yeoman
Quentin Blake
traduit de l'anglais par Marie Saint-Dizier
Gallimard Jeunesse, 1998

Que se passait-il au temps où les oiseaux ne savaient pas voler? Ils trottinaient dans les rues et envahissaient les maisons. Chez les Tiredaile, comme partout, la situation était devenue intenable. Par bonheur, M. Tiredaile avait l'âme d'un grand inventeur… Une aventure aérienne extrêmement drôle.



jeudi 27 avril 2017

Breaking news

Rien de grave: je fais un break.
Mais je vais revenir.
Et vite.

N'hésitez pas à lire ou relire.

Pour rappel: le libellé "jeunesse" conduit à la littérature de jeunesse et celui de "littérature générale" à celle des "grandes personnes".

Et tous les autres vous permettent d'affiner vos choix de lecture.




mercredi 26 avril 2017

Vincent Cuvellier, trente ans d'écriture déjà!

Vincent Cuvellier vu par Robin. (c) Gallimard Jeunesse/Giboulées.

C'est le 1er avril 2002, il y a quinze ans, que Vincent Cuvellier est devenu véritablement écrivain, dit-il. Quand il a trouvé chez lui, déposés par le facteur, ses exemplaires de "Kilomètre zéro", son premier roman pour préados publié au Rouergue Jeunesse - et réédité l'an dernier avec une nouvelle couverture de Max de Radiguès (lire dans les compléments).

Ecrivain, le Brestois l'était certes déjà depuis quinze ans. Mais si sa première publication, la nouvelle "La troisième vie" (Milan), écrite à 17 ans, fut lauréate du Prix du Jeune écrivain de langue française 1987, repérée par l'écrivain Christian Giudicelli qui l'a imposée au jury, elle ne l'a pas embarqué pour autant sur un long fleuve tranquille.

Bien au contraire! Vincent Cuvellier se remémore aujourd'hui son itinéraire d'écrivain peu gâté pendant ses quinze premières années d'écriture dans "Je ne suis pas un auteur jeunesse" (dessins de Robin, Gallimard Jeunesse/Giboulées, 128 pages). Il y confie aussi les quinze suivantes, bien plus gratifiantes. Un mélange d'autobiographie et d'essai littéraire dont le ton est donné dès le titre, pique au livre de Christian Grenier, "Je suis un auteur jeunesse" (lire dans les compléments). Car Vincent Cuvellier se revendique écrivain, écrivain tout court, même s'il admet que son public est celui des enfants et des adolescents.  C'est même un de ses sujets de discussion préférés, comme l'autonomie grâce aux droits d'auteur et pas aux prestations scolaires, les obligations morales de l'auteur ou non, la liberté de créer. Autant de thèmes qu'il aborde de face ou de biais dans son livre "bilan et perspectives". Sans "oui-ouin" mais avec la liberté de pensée et le brin de provoc' qui le caractérise. Et qui fait qu'on l'aime.

La vocation d'être écrivain, Vincent Cuvellier l'a depuis qu'il a 8 ou 9 ans. Il le raconte dans "Le pouvoir magique", un livret illustré par Robin et offert par Gallimard Jeunesse/Giboulées à l'occasion des 30 ans d'écriture de l'auteur. Ecrire est la grande affaire de sa vie, comme être autonome et indépendant, ambition qui lui a valu déboires et expérience.

Aujourd'hui, à 47 ans, dont 30 d'écriture et 71 livres publiés, l'auteur du roman pour ados "Ma tronche en slip" (Rouergue, 2014, nouvel épisode autour de son héros Benjamin) entame une nouvelle tranche de quinze ans.  Avec des livres qui sortent en chapelet ces mois-ci, d'autres à écrire bien sûr, mais aussi un magasin de livres d'occasion, Les gros mots, qu'il vient d'ouvrir à Bruxelles.

Fameuse année que 2017 pour le Français installé à Bruxelles depuis 2012! Il y vit avec son fils Joseph, dix ans, mieux connu sous le nom de Jojo. Hercule avait douze travaux, Cuvellier en a sept!

  • Première sortie en janvier: "La cire moderne" (Casterman), la première bande dessinée de Vincent Cuvellier avec Max de Radiguès, l'auteur du logo de sa boutique, sur l'improbable héritage qu'est une fabrique de cierges.
  • En parallèle, une bande dessinée mensuelle dans "Astrapi" (Bayard), "Les nouveaux" (à l'école) avec  Benoit Audé.
  • Février: ouverture de la bouquinerie Les gros mots (67 rue Lesbroussart, 1050 Bruxelles), près de la place Flagey (lire dans les compléments).
  • Fin mars,  sorties au cube: "Emile fait l'enterrement", avec Ronan Badel (Gallimard Jeunesse/Giboulées, 32 pages), le quatorzième album de la série, le quinzième, "Emile rêve" sortira en septembre, en parallèle au hors-série "Les mots d'Emile", voir dans les compléments); l'album "Mon fils", avec Delphine Perret (Gallimard Jeunesse/Giboulées, 96 pages, lire dans les compléments); l'essai sur la littérature jeunesse "Je ne suis pas auteur jeunesse" illustré par Robin (Gallimard Jeunesse/Giboulées, 140 pages, lire dans les compléments).
  • A la rentrée de septembre, sortie de "Histoires pour les jours pairs", avec Thomas Baas (Hélium), un titre à prendre au premier degré car il rassemble 183 nouvelles, une tous les deux jours!

Compléments

Kilomètre zéro
Vincent Cuvellier
Rouergue, 2002
réédition 2016

Partir marcher avec son père sur un chemin de grande randonnée, Benjamin n'en avait franchement pas rêvé. Pourtant, il le fera et découvrira quel homme est son père. Pas de morale mais un compte-rendu précis des kilomètres avalés à deux, comme les boîtes de conserve mal réchauffées et les pains au fromage fondu. Avec les moments horribles, ceux qui le sont moins et aussi ceux qui sont carrément réussis. On y croise furtivement une demoiselle qui a deux points de beauté sous l'œil droit.


Je suis un auteur jeunesse
Christian Grenier
Rageot, 2004

Auteur jeunesse confirmé, Christian Grenier a 25 ans quand, finalement, il accepte l'idée de ce métier. "Il m'a fallu des années pour devenir jeune", confesse-t-il en avant-propos de son émouvant  bilan-confession qui pose mille questions sans toujours y apporter de réponses, réflexion d'un auteur défendant une littérature de jeunesse de qualité.

Grenier nous raconte son destin peu habituel d'enfant tardif et solitaire d'un couple de comédiens. Son enfance gavée de théâtre, cette "machine à fabriquer de l'illusion" dont il observe les mécanismes, avant que le roman ne prenne place dans sa vie. Son amour d'ado, puissant et inébranlable, pour Annette, de plusieurs années son aînée. Sa vie d'enseignant et d'écrivain jeunesse, revendiquée haut la main par une comparaison comique avec la notion d'écrivain "vieillesse". Se perçoit surtout une immense passion partagée entre l'écriture, les centaines de mots assemblés chaque jour, et la lecture, des dizaines de livres lus chaque semaine, et ce, depuis toujours.


Je ne suis pas un auteur jeunesse
Vincent Cuvellier
Robin
Gallimard Jeunesse/Giboulées
2017, 140 pages

Papier mat blanc sur lequel claquent les mots bleus de la couverture et une silhouette aussi fière que nonchalante, tranche du même bleu fort, ni clair, ni foncé, le livre risque de surprendre. Par son ton et par ses invités, des "fantômes" convoqués tour à tour, le Général de Gaulle, Claude François et Lino Ventura! "Chacun des fantômes correspond à un de mes traits", explique l'auteur. "Ce sont mes amis imaginaires. J'ai pas mal galéré. Claude François, c'est "je vais y arriver", Charles de Gaulle m'aide à prendre de la hauteur, il est le mec qui a sauvé la France, Lino Ventura est celui qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Au début, je m'en suis pris plein la gueule. Avec Guillaume Guéraud, on était les rebelles." Et l'aval du père, en finale.

Vincent Cuvellier y raconte son itinéraire d'auteur qui "aime bien écrire vite et court", ses galères et ses bonheurs d'homme et d'écrivain. Ses rencontres avec deux éditrices, Sylvie Gracia au Rouergue qui le lance, et Colline Faure-Poirée (Gallimard Jeunesse/Giboulées) qui lui ouvre d'autres chemins et ressemble à Maria Pacôme. Il parle de lui, de ses livres réussis, de ses livres ratés, ceux qu'il a fait parce qu'il faut gagner sa vie. Il cause aussi de littérature jeunesse, évidemment. Ce n'est pas pour rien qu'il a lancé une page sur Facebook à ce sujet (12.000 membres) , l'a barrée pendant cinq ans avant d'en passer le gouvernail à Francesco Pittau en février. Vincent Cuvellier n'est pas tendre, on le sait. Il ne mâche pas ses mots. Balance ses roquettes contre les livres-médicaments et ceux qui les écrivent. En même temps, il défend son métier et l'idéal qu'il voit à son métier. Il est là pour écrire, pas pour rencontrer des enfants dans les classes à longueur d'année. Pas que le principe lui déplaise mais il veut vivre de ses droits d'auteur, pas des rémunérations liées aux rencontres scolaires.

Voilà donc une analyse autobiographique du secteur qui décoiffe et où on retrouve trop bien le Cuvellier de la vraie vie. "J'avais l'idée du livre depuis longtemps mais ma pensée n'était alors pas structurée. J'en avais fait une première version, trop en colère. J'en avais marre du milieu, des auteurs pédagos, des instits auteurs." La seconde version risque de les secouer aussi. Mais la réflexion n'est-elle pas salutaire?

Un seul regret, que la bibliographie finale ne mentionne que les livres publiés chez Gallimard.


Mon fils
Vincent Cuvellier
Delphine Perret
Gallimard Jeunesse/Giboulées
2017, 96 pages

"Cet album est la suite de "La première fois que je suis née"", sait Vincent Cuvellier qui y raconte son fils par petites touches. Sa vie avec lui, sa vie avant lui un peu. Des petits brins de quotidien, la naissance, la rencontre, le grand-père, les histoires, les sorties, la plage, Bruxelles, les projets.., posés là et éclairés par les dessins très simples de Delphine Perret. Des silhouettes au trait noir, relevées d'aplats de couleurs vives, en accord avec la lettrine du texte auxquelles elles se rapportent. "Jojo, mon fils, ne voulait pas que je fasse ce livre au début. Puis il l'a regardé un jour. Il l'aimait bien, et l'a amené à l'école à sa maîtresse."

Illustration de Delphine Perret. (c) Gallimard Jeun./Giboulées.

Un extrait de "Mon fils". (c) Gallimard Jeun./Giboulées.

Un livre qui est venu par petites tranches, se souvient l'auteur. Ce qui lui donne sa fluidité. "Je voulais éviter le côté formule philosophique. Désamorcer le sujet par des trucs très quotidiens. Ma technique est basée sur la spontanéité travaillée. Je réserve, je pense le moins possible à ce que je vais écrire, puis, devant la feuille, j'écris."

"Mon fils" est le portrait d'un fils par son père comme "Kilomètre zéro" était le portrait d'un père par son fils. Mais ça, c'est mon avis...


La première fois que  je suis née
Vincent Cuvellier
Charles Dutertre
Gallimard Jeunesse/Giboulées
2006, 108 pages

Ce très joli album en boucle commence à la naissance d'une petite fille, une noiraude avec un point de beauté sous l'œil droit. Il se poursuit par l'évocation de quarante-neuf autres "premières fois": rencontre du papa, annonce du nom, bisou, bain, pipi... Chaque fois, un court texte détaille la situation que traduit à sa manière le dessin. Au fil de ces cinquante arrêts sur images, moments de bonheur ou plus difficiles, le bébé grandit: petite fille, adolescente, jeune femme, future mère avec en projection dans l'avenir le rappel de "premières fois" à elle, et, finalement, nouvelle maman qui tient dans ses bras un bébé fille, une noiraude avec deux points de beauté sous l'œil droit et naît une deuxième fois!


La fois où je suis devenu écrivain
Vincent Cuvellier
Rouergue, 2012

Vingt-cinq ans après ses débuts d'écrivain, l'auteur se souvient de l'adolescent qu'il a été. Viré de l'école avant la fin du cursus, intéressé par les filles, enchaînant les petits boulots pas toujours enchanteurs mais adorant écrire et rêvant d'être écrivain. Ce qu'il est devenu.


La série des Emile
Emile est né en 2012. C'est un petit garçon qui vit sa vie de petit garçon, a ses émotions et ses interrogations de petit garçon. Avec une bouille qui n'est pas sans rappeler celle de Jojo petit. La série comptera quinze volumes et quatre hors-série à la fin de l'année!




Plein d'autres livres évidemment, des romans et des albums dont "Tony Tiny Boy" avec Dorothée de Monfreid (Hélium, 2013, lire ici), "Ils ont grandi pendant la guerre " (illustré par Baron Brumaire, Gallimard  Jeunesse/Giboulées, 2015), un documentaire sur des vieilles personnes qui racontent aux enfants d'aujourd'hui comment s'est passée leur enfance pendant la guerre.





Sur la porte
Les gros mots
Magasin de livres d'occasion
67 rue Lesbroussart
1050 Bruxelles
du mercredi au vendredi
de 14 heures à 18h30
le samedi de midi à 18h30
La vitrine.

On peut dessiner sur les murs (sous conditions).
Une immense vitrine vitrée permet de voir ce qui se trouve à l'intérieur. Des caisses en bois avec des livres pour enfants, anciens ou récents, principalement des albums dont on peut découvrir les couvertures. Des étagères alignant des livres sur l'enfance et ce qui tourne autour, histoire ou récits classés par genre ("coin du feu" pour les contes"). D'autres boîtes avec des dessins d'humour et de presse, des affiches, des dessins originaux, des cartes postales, des marque-page, etc... Des jouets, des marionnettes, des jeux de société. Aux murs, des dessins des visiteurs, invités à immortaliser leurs livres préférés.

Il est frappant de voir combien cette bouquinerie semble la déclinaison de la page Facebook "Actualité de la littérature jeunesse". Page qui remplaçait un projet de revue culturelle pour enfants qui a capoté faute de moyens.

"Pour le magasin, il ne faut pas spécialement avoir la folie des grandeurs", affirme le patron. "Je veux faire quelque chose à ma taille, comme mes livres, ni trop grands, ni trop petits. C’est important de savoir se situer. Il y a environ 2.000 livres en stock dont un tiers provient de ma collection personnelle. Les autres ont été achetés depuis septembre en perspective de la boutique."

L'écrivain bouquiniste Vincent Cuvellier.