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mardi 12 mai 2020

Le palmarès du prix Farniente 2020

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque34




Changement au prix Farniente, ce prix belge de littérature pour adolescents, l'équipe se renouvelle et s'agrandit. Double changement même puisque le coronavirus a bousculé le programme des festivités finales en cette année des vingt ans.

Le prix Farniente a été créé en 2000 par la Ligue des Familles mais s'en est séparé en janvier 2016 pour devenir une ASBL indépendante, gérée par Catherine Jottrand, Brigitte Stevens et Jacqueline Loss. Ses partenaires actuels sont Pêle-Mêle, la Foire du Livre de Bruxelles, CBC Banque, Cera, Thalys, la branche belge francophone de l'IBBY, la Fondation Roi Baudouin et des maisons d'édition.











Le prix Farniente s'adresse aux ados de 12 à 16 ans via deux catégories d'âge où apparaissent les dix romans sélectionnés (cinq dans chaque) chaque année. Elles ont été renommées cette année catégorie "dromadaire" pour les 13+ et catégorie "chameau" pour les 15+.
Il est décerné vers le printemps selon les votes des jeunes lecteurs. Comme le prix Bernard Versele de la Ligue des Familles qui s'adresse aux lecteurs jusqu'à 12 ans.
La proclamation du palmarès est l'occasion d'une rencontre entre auteurs lauréats et lecteurs.

Le nouveau prix Farniente, celui de 2020, était celui des vingt ans. Dit Farniente 2.0, il a vu l'ASBL Farniente s'associer aux ASBL La Trompette de Clio (spécialisée en littérature de jeunesse et organisatrice du Cosmos Festival) et Time 4 Events (spécialisée en gestion événementielle et culturelle). Passage de témoin et élargissement de la programmation et du champ d'action. Parmi les nouveautés, une remise de prix programmée en deux jours plutôt qu'un, une déclinaison sur Instagram (@leprixfarniente), la création du Prix Lama, prix littéraire BD pour ados (repoussé à septembre à cause de la crise de la Covid-19) et une une programmation à l'année !

A cause du confinement, la fête du Farniente s'est finalement tenue virtuellement, le 7 mai pour les "chameaux" et le 8 mai 2020 pour les "dromadaires", sur les réseaux sociaux, particulièrement sur Instagram.

Sélections 13+
J'ai ajouté les noms des traductrices
  • "Dans la nuit de New York", Anna Woltz (traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron, Bayard, 2018)
  • "Deux secondes en moins", Marie Colot et Nancy Guilbert (Magnard, 2018)
  • "Sauvages", Nathalie Bernard (Editions Thierry Magnier, 2018)
  • "Les quatre gars", Claire Renaud (Sarbacane, 2018)
  • "Nos vies en mille morceaux", Hayley Long (traduit de l'anglais par Laetitia Devaux, Gallimard Jeunesse, 2018)

Sélections 15+
Avec aussi le nom de la traductrice
  • "Le mur des apparences", Gwladys Constant  (Rouergue, 2018)
  • "L'espoir sous nos semelles", Aurore Gomez (Magnard, 2018)
  • "Nous, les filles de nulle part", Amy Reed (traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec, Albin Michel, 2018)
  • "Georges, le monde & moi", Illana Cantin (Hachette)
  • "La tête sous l'eau", Olivier Adam (Robert Laffont)

Lauréates

Verdict des 800 votants environ.

En sélection Dromadaire (13+) 

Marie Colot et Nancy Guilbert 
"Deux secondes en moins"
Magnard, 2018
Un roman belgo-français, écrit à quatre mains, sur la reconstruction d’adolescents fracassés après un drame.








En sélection Chameau (15+)

Amy Reed
"Nous, les filles de nulle part"
traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec
Albin Michel, 2018

Un roman américain qui, dans la lignée de #Metoo, dénonce la violence contre les filles au lycée et en dehors.


lundi 11 mai 2020

Une ode à l'enfance et à l'amour

#confinothèque33
Aujourd'hui, un de ces albums jeunesse qui ont croisé la covid19 et sont arrivés en librairies juste avant ou en même temps que la fermeture de ces dernières à cause des mesures de confinement.

Aimer et s'aimer. (c) MeMo.

Petit bijou de tendresse et de délicatesse que l'album "Sois moi et je serai toi" de Ruth Krauss au texte et Maurice Sendak aux illustrations (traduit de l'anglais par Françoise Morvan, MeMo, 48 pages), sorti aux Etats-Unis en 1954 et traduit maintenant en français. Ce sont des saynètes, de courtes histoires, des poèmes, des rêves, des jeux, chaque fois prodigieusement illustrés de centaines de petits dessins dans un impeccable rapport texte-images. En noir sur papier blanc cassé, sauf la couverture et les gardes agrémentées de vert et de rouge. Le thème? L'amour au temps de l'enfance principalement. L'amitié aussi.


Pièce de théâtre. (c) MeMo.

Jeux, paris, échanges, partages d'enfants dans une compréhension mutuelle teintée d'affection sincère se suivent dans des phrases douces, musicales, dialoguant avec les dessins. Le tout dans le monde réel qui a un air de paradis.


Aimer... (c) MeMo.

"aimer c'est quand on s'envoie des cartes postales
plus souvent qu'aux autres...
aimer c'est quand on te fait tomber dans l'herbe
et que ça ne fait même pas mal...
aimer c'est comme plaire
sauf que ça ne s'écrit pas pareil...
et qu'il y a comme du plus et du moins...
dans aimer il y a du plus!
aimer c'est quand tu donnes
un bras de ton bonhomme de pain d'épices.
Non, deux bras.
Et la tête!"
Et le dessin montre le petit garçon dire à la petit fille qui a le bonhomme de pain d'épices "Donne-moi seulement le sucre d'un bouton".


Une saynète et un poème (c) MeMo.

On est émerveillés par ces scènes enfantines, comme ces mariés dégustant de la soupe à l'oignon, ou la pièce de théâtre, ou les variations sur "plus tard" ou des souliers noirs, ou... ou ... Sans oublier la "Valse pour un cheval" et la "fête des Singes". Ou encore... Autant de petits moments de bonheur et d'imagination comme figés dans le temps mais qu'on peut partager. Toutes les 48 pages de l'album sont autant de délices qui se dégustent avec allégresse et reconnaissance.

Rêver. (c) MeMo.


A propos de Ruth Krauss (1901-1993), avec qui il a commencé sa carrière d'illustrateur et dont il illustrera huit livres finalement, Maurice Sendak (1928-2012) disait: "Avant qu'on commercialise des livres pour enfants, il y avait Ruth Krauss." On ne peut pas mieux dire que lui. Profitons de leurs albums.


Un remarquable rapport texte-images. (c) MeMo.


samedi 9 mai 2020

Hep, Taxi Pouet-Pouet!

#confinothèque32
Aujourd'hui, un de ces albums jeunesse qui ont croisé la covid19 et sont arrivés en librairies juste avant ou en même temps que la fermeture de ces dernières à cause des mesures de confinement.


Jaune, rose, orange, bleu canard, autant de couleurs flashy claquant bien sur le papier mat, des illustrations en style un rien rétro, des doubles pages de bon format, un trait vigoureux et pétillant et un texte rythmé et enlevé servent parfaitement cette histoire très drôle d'improbable virée en taxi. "Taxi Pouet-Pouet!" de l'auteur Stéphane Servant et de l'illustratrice Elisa Gehin (Gallimard Jeunesse, 32 pages) est irrésistible tant son propos est impossible et à hauteur d'enfant. Tant les enfants que ceux qui leur lisent vont bien s'y amuser.

L'histoire est simple. Une petite femme vêtue et chapeautée de jaune veut aller au bal du Petit Bois. Elle hèle un taxi mais n'est pas pressée. Heureusement. Car la route du Taxi Pouet-Pouet, hybride de taxi anglais pour la forme et new-yorkais pour la couleur, va croiser plein de gens très pressés et il va tous les embarquer. "Vite", lui crie le policier. "Vite", lui dit le Président-directeur général. "Vite", lui dit un grand monsieur qui va être papa. "Vite", lui dit un voleur... Et ainsi de suite, les passagers ne cessent de monter à bord, non sans avoir donné le motif de leur précipitation.



Les deux premières doubles pages. (c) Gallimard Jeunesse.

On s'amuse beaucoup, et grâce au scénario bien ficelé qui organise aussi quelques croisements entre les voyageurs, et dans les images qui montrent le taxi se remplir au point de quasi éclater! Les épisodes se succèdent, de plus en plus fous, de plus en plus rigolos. Ils sont déjà cinquante à bord du véhicule jaune. Que va-t-il se passer quand une dame prête d'accoucher lui demande de s'arrêter? Une finale triomphale et le vœu de la petite femme du début exaucé. De quoi bien s'amuser avec cet album rondement mené et admirablement conduit.


Pour feuilleter en ligne le début de "Taxi Pouet-Pouet!", c'est ici.





vendredi 8 mai 2020

Merveilleuse fable de Piret Raud sur la migration

#confinothèque31
Aujourd'hui, un de ces albums jeunesse qui ont croisé la covid19 et sont arrivés en librairies juste avant ou en même temps que la fermeture de ces dernières à cause des mesures de confinement.


Le petit arbre fuit devant la menace. (c) Rouergue.


Il y a quelque chose de poétique, de loufoque, de complètement original et d'éminemment rassurant en même temps dans l'œuvre de l'Estonienne Piret Raud. Tant dans ses textes que dans ses images tellement délicates et expressives (lire ici et ici).

Son nouvel album, le merveilleux "Un jardin merveilleux" (traduit de l'estonien par Olek Sekki, Rouergue, 48 pages) en apporte une nouvelle démonstration. A l'italienne, en noir, blanc et un peu d'orange pâle plus ou moins affirmé, il déroule sous forme de fable l'histoire d'un petit arbre chassé de la grande forêt où il vivait par une menaçante tronçonneuse. Une "horrible tronçonneuse". Sa route est longue, montagne, mer, mais il finit par arriver dans un jardin merveilleux, très différent de sa forêt natale. Bien rangé, pour le dire en résumé.


(c) Rouergue.

(c) Rouergue.

Les trois premières doubles pages. (c) Rouergue.

L'arrivée. (c) Rouergue.

Le voyageur sera-t-il sauvé pour autant? Pas sûr, les habitants revendiquent leurs racines ancestrales, et font sentir au nouvel arrivant que lui n'en a pas et ne mérite donc pas de vivre. Finalement, magnanimes, ils lui accordent un petit boulot de sous-fifre: balai. Et pas question de faire une erreur, la punition sera immédiate.

Le petit arbre s'applique et c'est là qu'on sait qu'on est dans l'univers de Piret Raud. Il balaie successivement hors du jardin une flaque de pluie, une étoile et un rocher. Quand il s'approche d'un oiseau pour l'écarter aussi, au motif qu'il n'a "pas de racines dans le sol", ce dernier se rebelle, l'interroge, lui fait voir et valoir un autre point de vue. "A mon avis", dit l'oiseau, "les choses les plus importantes sont celles qui sont MERVEILLEUSES!". Pour lui, c'est le chant. Et il s'exécute, charmant tous les arbres du jardin, leur faisant revoir leur façon de penser. Résultat, le petit arbre reçoit l'injonction de faire revenir ceux qu'il a balayés afin de leur demander ce qui est merveilleux pour eux.

La flaque, l'étoile, le rocher reviennent et racontent leurs histoires respectives. Les arbres aux imposantes racines réfléchissent et admettent la diversité. Tous sourient désormais dans le jardin merveilleux.

Pour feuilleter en ligne le début de l'album "Un jardin merveilleux", c'est ici.




Comme Claudine Desmarteau

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque30

Claudine Desmarteau dessine, écrit et publie depuis pas mal de temps déjà. Dessins de presse ("Le Nouvel Observateur," "Télérama", "Le Monde", "Les Inrockuptibles"), albums pour enfants au Seuil dès 1999 ("Maman était petite avant d'être Grande"), romans pour pré-ados et ados dès 2005 ("Trouilleland" chez Panama). Elle n'a peur de rien et a la manière de parler de tout. Un parti-pris de l'humour, noir parfois, et de la défense des enfants. Elle publie cette année son premier roman pour adultes, "Comme des frères" (L'Iconoclaste, 320 pages), fort réussi. C'est interpellant d'y retrouver sa manière de dire les choses, de ne pas tourner autour des sujets qui fâchent, de refléter le monde. Notre monde.

Les frères du titre sont des adolescents. La bande que Raphaël formait avec Kevin, Ryan, Idriss, Saïd et quelques autres. Une bande d'ados de seize ans, soudés, méchants, agressifs, rebelles. En perpétuelle confrontation. Et fragiles. Une bande d'ados. Quand arrive Quentin, avec sa longue mèche de cheveux dans le cou, le bloc se fissure pour mieux se ressouder. Le nouveau, dit "Queue-de-rat" devient d'abord le bouc émissaire puis sera intégré. A quel prix!

Raphaël raconte son histoire, leur histoire, ce qui le hante, en de successifs flash-backs, jusqu'au drame, six ans plus tôt. Car on sait qu'il y a un drame même si on ignore lequel. Ce roman est le sanglot d'une culpabilité, née de la violence de l'adolescence. L'auteure détaille l'enfance, la famille, l'école, les copains, la bande, les premiers sentiments amoureux, la découverte de la sexualité, les rodomontades et les interrogations, les rivalités et les jalousies. Le phénomène de la bande émerge brillamment dans ce roman nerveux, sans gras mais non sans émotion.

Claudine Desmarteau.
Claudine Desmarteau explique: "La cruauté du groupe, la sauvagerie de la bande. C'est parti de là. Et aussi d'une angoisse, qui ne me quitte pas. L'angoisse de la fatalité, où on bascule, bêtement, violemment, dans le drame, dans l'inconscience de la jeunesse."

La romancière a capté tout cela avec finesse, en de courts chapitres interrompus de dialogues, ne cédant rien à ses personnages, humains paumés qui pourraient être nos cousins ou nos neveux.

Pour lire le début de "Comme des frères", c'est ici.