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mercredi 24 novembre 2021

C'est quoi, être féministe en 2021?

Tristane Banon. (c) Lou Sarda.

Ce mercredi, une émission radio sur le harcèlement scolaire: "Des experts aideront vos enfants et petits-enfants à répondre aux moqueries, violences physiques, insultes, racket… A ne plus être des victimes… Ils leur donneront la confiance nécessaire pour se défendre…" Difficile de ne pas faire le rapprochement avec le nouveau livre de Tristane Banon, "La paix des sexes" (Editions de l'Observatoire, 186 pages), interrogeant entre autres le statut de la victime, qui suscite une foule de commentaires pour le moins désobligeants sur les réseaux sociaux. Un essai que j'ai lu avant de rencontrer son auteure mardi à Bruxelles.

Rappelons que Tristane Banon est la jeune femme qui, en 2011, en pleine affaire du Sofitel de New York, a porté plainte contre Dominique Strauss-Kahn pour tentative de viol sur elle en 2003 - elle avait 23 ans. Huit ans après. Trop tard, juge-t-elle actuellement.

Aujourd'hui, Tristane Banon a 42 ans. Elle est mariée, "avec un époux formidable". Elle a deux enfants, une petite fille de six ans, un petit garçon de vingt-et-un mois. "Quelle est la société qu'on me propose et qu'on propose à mes enfants? Cela m'inquiète. Et je pense que le climat mortifère actuel ne s’attaque pas aux vrais problèmes." Romancière, chroniqueuse, elle publie cet essai culotté qui interroge crânement le néo-féminisme et plaide ardemment pour qu'une femme qui a été victime puisse dépasser ce statut. Non pas l'effacer mais passer outre. En sachant toutes les difficultés que ce dépassement suppose. Et l'aide qu'il demande. Ne plus être victime, être libre. Elle écrit:
"Je suis une femme, je ne suis pas une victime, je l'ai été, ces choses-là passent.
Quand le statut de victime tend à devenir une valeur ajoutée, un anoblissement que certaines veulent acquérir à tout prix comme on cherche à atteindre un statut social, je pense, au contraire, qu'héroïser la victime plutôt que de vouloir la respecter, c'est tuer la guerrière, assassiner la créatrice, valoriser la soumise, poser un interdit sur le fait que la femme soit l'égale de l'homme."
Citant abondamment Simone de Beauvoir et Voltaire, elle souhaite sortir de l'ornière où les néo-féministes enferment les femmes victimes pour réhabiliter la lutte qu'est l'égalité des sexes. Obtenue en théorie, pas toujours mise en pratique.
"Je ne dis pas que les femmes ne rencontrent pas, encore aujourd'hui, bien des maux qu'il faut vouloir guérir, je dis que les inscrire dans une guerre des sexes perpétuelle, en appelant à la rescousse le passé d'une société au sexisme systémique clairement établi, ne convient pas.
La guerre des genres est un tango funeste qui conduira à sa perte notre égalité lumineuse.
Apprendre à s'unir plutôt qu'à se désunir, avancer dans le même sens, ne fût-ce que par instinct de survie, est notre seule issue face aux combats qu'il nous reste à mener. Désormais que les lois de l'égalité existent, c'est à nous tous de réfléchir aux moyens de les faire appliquer, c'est à nous tous de nous éduquer. Et d'éduquer les autres. Bien des batailles féministes restent à mener, s'aliéner la moitié de l'humanité pour y parvenir est une hérésie."
Un programme qui diffère de celui des néoféministes. Humaniste, Tristane Banon veut permettre aux femmes victimes d'aller de l'avant. Elle est adepte de la nuance et questionne l'éducation. C'est petit qu'on peut réfléchir à la notion de consentement, c'est grand qu'on est confronté à l'absence de solidarité lors de violences. Où en est l'égalité entre les hommes et les femmes? En vingt chapitres complétés de l'"appel des 164 personnalités pour défendre les enfants" qu'elle a impulsé en février 2021 (réclamant que le seuil à partir duquel un mineur peut consentir à un acte sexuel soit fixé à 15 ans et 18 ans pour les affaires d'inceste et non à 13) et d'une chronologie de l'égalité des sexes en France, "La paix des sexes" couvre à peu près tous les sujets qui fâchent - dont ceux du voile et du silence face aux talibans de Kaboul - et réfléchit, sans nier les dommages passés et actuels, à d'autres manières de les envisager. 

Pour Tristane Banon, la question du consentement demande un meilleur traitement de la plainte implique l'éducation dès le plus jeune âge. Elle interroge la notion d'assignation à résidence victimaire. "La question est de savoir si nous voulons vivre en démocratie ou en victimocratie", écrit-elle. Elle revient sur l'affaire Mila, oubliée par les féministes. Elle argumente contre la présomption de véracité, au nom du droit. Contre la reconnaissance de l'emprise en cas de viol, déresponsabilisant la femme. "Le droit n'a pas vocation à être moral, le droit a vocation à être le même pour tous", plaide-t-elle, précisant que ce sont les comportements qui doivent changer. Elle dénonce le terme fourre-tout qu'est devenu le mot "féminicide". Elle ajoute: "Chaque victime de violences conjugales, morte ou vive, a croisé des regards qui sont autant de complices. Nos silences sont coupables. (...) Il ne s'agit pas de la [la femme] rendre coupable de son sort, il s'agit de la rendre actrice de la solution, et de prendre, tous, notre part de responsabilités."
On peut ne pas être d'accord avec Tristane Banon mais il faudrait d'abord lire son essai et le lire jusqu'au bout avant d'émettre une opinion ou d'éructer contre elle.

Quelques questions à Tristane Banon

Pourquoi avoir écrit ce livre?
Je n'ai pas écrit ce livre pour me payer les néoféministes. Je n'ai pas le goût de la guerre. J'ai écrit ce livre parce que je veux que le féminisme soit de l'humanisme et que l'humanisme soit du féminisme. J'ai vu autant d'hommes que de femmes soutenir le féminisme.

C'est quoi, être féministe aujourd'hui?
Depuis 2011, année où j'ai dénoncé DSK, j'ai de plus en plus de peine à répondre. Ça dépend de quel féminisme on parle. J'ai donc cherché des textes référents. Les incontournables, Simone de Beauvoir, Élisabeth Badinter, Caroline Fourest. Je n'ai pas trouvé de féministe actuelle qui me ressemblerait. Je n'avais pas une folle envie de faire ce livre, d'aller à la guerre. J'ai soufflé l'idée du livre à beaucoup de monde. Sans succès. Alors je m'y suis collée.

Qu'y trouve-t-on?
Dans le livre, je propose un féminisme nuancé, un féminisme universaliste pour ceux qui ne se retrouvent pas dans la radicalisation du féminisme actuel. J'ai voulu pointer les lieux du sexisme et travailler à des pistes en vue de l'égalité.
La dénonciation permanente est utile pour mettre les problèmes sur le devant de la scène. Mais il n'y a rien derrière actuellement. Par exemple, dans le cas du meurtre sur conjoint, il y a toujours des voisins, des collègues, des amis du mari, qui ont vu et/ou su la violence dont était victime la femme. Mais ils n'ont rien fait. Par lâcheté ou en invoquant le respect de la vie privée. Moi je dis qu'il y va de la responsabilité collective des hommes et des femmes. Et je veux qu'il y ait des moyens d'agir.

Que proposez-vous?
Je veux de l'éducation, à l'école puisque c'est l'endroit où atteindre tous les enfants. A la maison, mais c'est souvent plus compliqué. Qu'on aborde notamment la question du consentement. J'ai été troublée et choquée par un témoignage que je viens de recevoir où une femme battue me dit qu'elle pensait que la première  séances de coups faisait partie du mariage. Ne pourrait-on pas imaginer que le jour du mariage, devant le maire, il soit dit que le mariage impose de ne pas porter atteinte à l'intégrité physique de la personne? Que cela soit dit pour l'homme puisque c'est lui qui, le plus souvent, est violent, mais que la femme entende aussi cette parole et s'autorise dès lors à réagir en cas de nécessité.
Je veux aussi que si on ne donne pas la parole aux filles, elles sachent qu'elles peuvent la prendre. Il faut le leur dire et le leur répéter.








vendredi 19 novembre 2021

Renouer et parler à l'enfant qu'on était

Trente-cinq bougies sur le gâteau, mais... (c) Le Lombard.

Que faire quand on a trente-cinq ans, qu'on fête seul son anniversaire, qu'on a un boulot qui n'est pas celui dont on rêvait? Quand on n'a pas d'amis à part le couple âgé des voisins, qu'on n'a plus d'amoureuse depuis des lunes? Bref, quand on déprime grave, seul dans son appartement sous les toits, devant les bougies de son gâteau d'anniversaire et sa bouteille de champagne? L'auteur-illustrateur Grégory Panaccione y apporte une réponse à la fois subtile et drôle dans le bel album de bande dessinée "Quelqu'un à qui parler", adapté du roman de Cyril Massarotto (Le Lombard, 256 pages).


Santé! (c) Le Lombard.

Dépossédé de son smartphone noyé dans un jet de champagne et, du coup, des numéros encodés dans son répertoire, le héros en manque de communication va appeler de son téléphone fixe le seul numéro dont il se rappelle, celui de sa maison d'enfance... Chose incroyable, une voix lui répond, celle d'un gamin de dix ans, qui porte le même prénom que lui, Samuel. Encore plus étrange, les deux portent aussi le même nom de famille.

Samuel d'aujourd'hui va rapidement se rendre compte qu'il parle avec lui-même enfant. Les deux vont vite aimer ces conversations secrètes et vont se confier l'un à l'autre. Car le premier a parfois oublié des événements de sa vie d'enfant et c'est son interlocuteur qui les lui rappelle. Il y a d'autres faits, plus graves, qu'il a bien gardés en mémoire et dont il peut avertir son interlocuteur. Pour prévenir un accident, pour consoler un terrible chagrin. 

L'auteur crée une agréable ambiance un peu fantastique avec ces vingt-cinq années écoulées qui empêchent le Samuel d'aujourd'hui d'utiliser son smartphone ou de parler de console Nintendo ou de Facebook au Samuel d'hier mais lui permettent d'intervenir un peu sur la vie du gamin. Le gamin qu'il était, plein d'énergie, de désirs et de projets qui l'interroge inlassablement sur l'homme qu'il est devenu aujourd'hui. L'homme? L'endormi. Le déprimé. Le désabusé chez qui brillent toutefois encore l'une ou l'autre braise, un chat noir visiteur chez lui, une nouvelle employée dans sa boîte. Ce petit bout d'homme, ce lui hier, va le réveiller, le piquer pour qu'il se donne notamment les moyens de vivre la belle histoire d'amour qui se présente à lui.

Très construit, l'album se partage entre la bande dessinée classique avec les cases en gaufrier pour l'histoire actuelle de Samuel et d'autres séquences proches du roman graphique, sur doubles pages, lors des échanges téléphoniques entre l'homme et l'enfant qu'il était. On se laisse embarquer dans cette histoire de vie, portée par des rêves d'enfance retrouvés et l'idée que tout n'est jamais complètement joué dans un destin. Très expressifs, les dessins de Grégory Panaccione ne s'encombrent pas de dialogues inutiles. Ils se différencient agréablement selon qu'ils traitent de réalité ou de fantastique. Pour les ados et les adultes.






mercredi 17 novembre 2021

Le prix Interallié à Mathieu Palain

Mathieu Palain et son éditrice Sophie de Sivry.

Encore deux, trois prix et ce sera fini pour cette année. Ce mercredi 17 novembre, on a appris que le prix Interallié allait à Mathieu Palain pour "Ne t'arrête pas de courir" (L'Iconoclaste). Son deuxième roman l'a emporté au deuxième tour de scrutin par cinq voix contre une à Stéphane Hoffman ("On ne parle plus d'amour", Albin Michel) et une dernière à Lilia Hassaine ("Soleil amer", Gallimard), qui ne figurait pourtant pas dans la dernière liste.

Mathieu Palain dit ceci de son livre: "L'histoire débute il y a quatre ans. En parcourant "Le Parisien", j'apprends qu'un mec de mon âge, qui a grandi près de chez moi, entre en prison pour des cambriolages. Plein de cambriolages.
Le mec s'appelle Toumany. Il a la particularité d'être athlète de haut niveau, champion de France du 400 m, qualifié aux Jeux de Rio. Dans l'article, le journaliste le citait à son procès. Il avait l'air d’être tout à la fois intelligent et au bout du rouleau.
Par empathie, et parce que j'avais l'impression que d'une manière ou d'une autre, on se ressemblait, je lui ai écrit une lettre qui disait, tenez bon, lâchez rien, quelque chose comme ça.
Un an a passé avant qu'il me réponde.
"Si ça vous intéresse encore, vous pouvez venir me voir au parloir." J'ai fait une demande de permis. Et le face à face a débuté.
"Ne t'arrête pas de courir" est une histoire vraie, qui plonge dans les failles d'un homme pour les mettre à nu. Et qui m'oblige, moi aussi, à me déshabiller."

Précédemment, le 15 novembre, nous avons aussi eu le prix Albert-Londres (livres) attribué à "Les Serpents viendront pour toi", d'Emilienne Malfatto (Les Arènes Reporters) et le prix du livre européen décerné  à "Niki", de Christos A. Chomenidis (traduit du grec par Marie-Cécile Fauvin, Viviane Hamy).


Attributions

Prix Envoyé par la poste (26 août)
  • Julie Ruocco pour son premier roman "Furies" (Actes Sud)

Prix du Roman Fnac (6 septembre)
  • Jean-Baptiste del Amo pour "Le fils de l'homme" (Gallimard)

Prix Blù Jean-Marc Roberts (15 septembre)
  • Mathieu Palain pour "Ne t'arrête pas de courir" (L'Iconoclaste).

Prix Senghor (17 septembre)
  • Annie Lulu pour son premier roman, "La mer Noire dans les grands lacs" (Julliard)

Prix François Billetdoux (24 septembre)
  • Robert Bober pour "Par instants, la vie n'est pas sûre" (P.O.L.)

Prix Nobel de littérature (7 octobre)
  • Abdulrazak Gurnah, écrivain tanzanien dont trois livres ont été traduits en français mais sont actuellement indisponibles

Prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco (12 octobre)
  • Annie Ernaux, pour l'ensemble de son œuvre (Gallimard principalement)
  • Abigail Assor, bourse de la Découverte pour "Aussi riche que le roi" (Gallimard)

Prix du Premier roman (18 octobre)
  • Maud Ventura pour "Mon mari" (L'Iconoclaste) en littérature française 
  • Daniel Loedel pour "Hadès, Argentine" ((traduit de l'anglais par David Fauquemberg, La Croisée) en littérature étrangère 
  • Mention spéciale à Gisèle Berkman pour "Madame" (Arléa)

Prix de la langue française (20 octobre)
  • Pierre Bergounioux, "dont l'œuvre contribue de façon importante à illustrer la qualité et la beauté de la langue française."

Prix Guez de Balzac (21 octobre)
  • Michel Deguy

Prix Femina (25 octobre)

Romans français
  • Clara Dupont-Monod pour "S'adapter" (Stock)
Romans étrangers
  • Ahmet Altan pour "Madame Hayat" (traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabane, Actes Sud)
Essais
  • Annie Cohen-Solal pour "Un étranger nommé Picasso" (Fayard),

Prix Médicis (26 octobre)

Romans francophones
  • Christine Angot pour "Le Voyage dans l'Est" (Flammarion)
Romans étrangers
  • Ahmet Altan pour "Madame Hayat" (traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes, Actes Sud)
Essais
  • Jakuta Alikavazovic pour "Comme un ciel en nous" (Stock)

Prix Victor Rossel (27 octobre)
  • Philippe Marczewski pour "Un corps tropical" (Inculte)

Grand prix du roman de l'Académie française (28 octobre)
  • François-Henri Désérable pour "Mon maître et mon vainqueur" (Gallimard)

Prix Décembre (29 octobre)
  • Xavier Galmiche pour "Le poulailler métaphysique" (Le Pommier)

Prix Goncourt (3 novembre)
  • Mohamed Mbougar Sarr pour "La plus secrète mémoire des hommes" (Philippe Rey)

Prix Renaudot (3 novembre)

Romans
  • Amélie Nothomb pour "Premier sang" (Albin Michel, lire ici)
Essais
  • Anthony Palou pour "Dans ma rue y avait trois boutiques" (Presses de la Cité)

Prix de Flore (4 novembre)
  • Abel Quentin pour "Le voyant d'Etampes" (L'Observatoire)

Prix Wepler (8 novembre)
  • Antoine Wauters pour "Mahmoud ou la montée des eaux" (Verdier)

Grand prix de littérature américaine (9 novembre)
  • Joyce Maynard pour "Où vivaient les gens heureux" (traduit par Florence Lévy-Paolini, Philippe Rey)

Prix Albert-Londres du Livre (15 novembre)
  • Emilienne Malfatto pour "Les Serpents viendront pour toi" (Les Arènes Reporters)

Prix du livre européen (15 novembre)
  • Christos A. Chomenidis pour "Niki" (traduit du grec par Marie-Cécile Fauvin, Viviane Hamy).


Sélections

Prix Interallié (17 novembre)
  • "Ne t'arrête pas de courir", de Mathieu Palain (L'Iconoclaste) 
  • "On ne parle plus d'amour", de Stéphane Hoffmann (Albin Michel)
  • "Mon maître et mon vainqueur", de François-Henri Désérable (Gallimard) 
  • "Bellissima", de Simonetta Greggio (Stock)

Prix du Meilleur livre étranger (24 novembre)
noms des traducteurs ajoutés par mes soins

Fiction
  • "Lilas Rouge" de Reinhard Kaiser Muhlecker (traduit de l'allemand (Autriche) par Olivier Le Lay, Verdier)
  • "Poussière dans le vent", de Leonardo Padura (traduit de l'espagnol (Cuba) par René Solis, Métailié)
  • "Les enfants de la Volga", de Gouzel Iakhina (traduit du russe par Maud Mabillard, Noir sur Blanc)
  • "Le chat, le Général et la corneille", de Nino Haratischwili (traduit de l'anglais par Rose Labourie, Belfond)
 
Non-fiction
  • "L'écho du lac", de Kapka Kasabova (traduit de l'anglais par Morgane Saysana, Marchialy)
  • "M l'homme de la providence", d'Antonio Scurati (traduit de l’italien par Nathalie Bauer, Les Arènes)
  • "N'oubliez pas leurs noms", de Simon Stranger (traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud, Globe)


Prix des 5 continents de la francophonie (16 décembre)
  • "Ceux qui sont restés là-bas", de Jeanne Truong (Gallimard)
  • "Dans le ventre du Congo", de Blaise Ndala (Mémoire d'encrier )
  • "Héritage", de Miguel Bonnefoy (Rivages)
  • "Le Jardin du Lagerkommandant", d'Anton Stoltz (Maurice Nadeau)
  • "Les Lumières d'Oujda", de Marc Alexandre Oho Bambe (Calmann-Lévy)
  • "Les Orphelins", de Bessora (JC Lattès)
  • "Le Palais des deux collines", de Karim Kattan (Elyzad 
  • "Pas même le bruit d'un fleuve", d'Hélène Dorion (Alto)
  • "Soleil à coudre", de Jean d'Amérique (Actes Sud)
  • "Les villages de Dieu", d'Emmelie Prophète (Mémoire d'encrier)

Prix Jean Giono (décembre)
  • "Le fils de l'homme", de Jean-Baptiste Del Amo  (Gallimard)
  • "Les bourgeois de Calais", de Michel Bernard (La Table Ronde)
  • "Milwaukee blues", de Louis-Philippe Dalembert (Sabine Wespieser)
  • "S'adapter", de Clara Dupont-Monod (Stock)
  • "Mohican", d'Éric Fottorino (Gallimard)
  • "Le voyant d'Etampes", d'Abel Quentin (L'Observatoire)
  • "Pleine terre", de Corinne Royer (Actes Sud)
  • "La Plus Secrète Mémoire des hommes", de Mohamed Mbougar Sarr (Philippe Rey)
  • "Sur les toits", de Frédéric Verge (Gallimard)

Prix Mémorable (janvier 2022)
  • "Chant des plaines", de Wright Morris, traduit de l'anglais par Brice Matthieussent (Christian Bourgois)
  • "La vie seule", de Stella Benson, traduit de l'anglais (Angleterre) par Leslie de Bont (Cambourakis)
  • "Tea rooms", de Luisa Carnés, traduit de l'espagnol par Michelle Ortuno (La Contre Allée)

jeudi 11 novembre 2021

Treize lauréats aux Prix 2021 de littérature de l'Union européenne

Les lauréats EUPL 2021 présents à Bruxelles.
(c) Gleamlight/Philippe Molitor.

Pourquoi aller passer quelques heures, mardi soir 9 novembre, à la proclamation des Prix de littérature de l'Union européenne 2021 (EUPL, lire ici), alors qu'aucun des treize lauréats n'écrit en français?

Pour passer un peu de temps dans le magnifique studio 4 de Flagey bien sûr.

Le studio 4 de Flagey. (c) Gleamlight/Philippe Molitor.

Surtout, pour entendre les lauréats lire un extrait de leur livre primé dans leur langue originale, même sans rien y comprendre, la traduction en anglais s'affichant sur un écran.

Trois étaient absents et présentés en capsule vidéo, les dix autres entourés de leurs ambassadeurs respectifs et de lecteurs enthousiastes ont été appelés en trois groupes successifs.

En vidéo, Aram Pachyan (c) Gleamlight/Philippe Molitor.

En vidéo, Lucie Faulerová. (c) Gleamlight/Philippe Molitor.

En vidéo, Laura Vinogradova. (c) Gleamlight/Philippe Molitor.

Le premier groupe. (c) Gleamlight/Philippe Molitor.

Le deuxième groupe.  (c) Gleamlight/Philippe Molitor.

Le troisième groupe.  (c) Gleamlight/Philippe Molitor.

Pour découvrir enfin les nouvelles voix de la littérature européenne, l'Europe étant à prendre au sens large. La preuve: ont été célébrés en 2021 les auteurs de treize pays, Albanie, Arménie Bulgarie, République tchèque, Islande, Lettonie, Malte, Pays-Bas, Portugal, Serbie, Slovénie, Suède, Tunisie et Moldavie.
Il faut se rappeler que les Prix de littérature de l'Union européenne se déroulent selon des cycles sur trois ans - le quatrième vient d'être bouclé. Les pays participants pour la période 2014-2000 sont les suivants: les pays  membres de l'Union européenne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Chypre, Croatie, République tchèque, Danemark, Estonie, Finlande, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Espagne, Suède, et d'autres, non-membres, Islande, Norvège, Albanie, Bosnie Herzégovine, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie, Géorgie, Moldavie, Ukraine, Tunisie, Arménie, Kosovo et Grande-Bretagne.


Palmarès 2021

Tom Kuka, journaliste et écrivain
Albanie
"Flama" (Calamity), un premier roman dont les métaphores se posent autant sur l'Albanie contemporaine que sur l'évolution de la société (Botime Pegi).
"Dans ma vie, je me suis souvent battu seul mais ce soir, je ne suis pas seul."

Aram Pachyan (absent)
Arménie
"P/F ", un livre expérimental qu'on peut lire dans tous les sens (Edge publishing house).

Georgi Bardarov
Bulgarie
"Absolvo te", un roman basé sur les histoires vraies de la Seconde Guerre mondiale et du conflit israélo-palestinien (Musagena).

Lucie Faulerová (absente car en train d'accoucher)
République tchèque
"Smrtholka" (Deathmaiden), un voyage un train qui aborde la mort tout en maniant les souvenirs et l'humour (Nakladatelství TORST).

Sigrún Pálsdóttir
Islande
"Delluferðin" (Runaround), un livre basé sur les histoires vraies des migrants d'Islande à New York à la fin du XIXe siècle "mais le titre en anglais a changé, c'est "Embroidery" maintenant" (Forlagið útgáfa, JPV).

Laura Vinogradova (absente)
Lettonie
"Upe" (The River), la découverte de soi et de sa famille à l'occasion d'un séjour dans une maison de campagne à côté d'une rivière (Zvaizgne ABC).

Lara Calleja
Malte
"Kissirtu kullimkien" (You've Destroyed Everything), des nouvelles aux narrateurs différents qui explorent divers aspects de la vie à Malte, des pires aux meilleurs (Merlin Publishers).

Gerda Blees
Pays-Bas
"Wij zijn licht" (We are light), arrêter de se nourrir afin de commencer une nouvelle vie, composée uniquement d’air et de lumière (Uitgeverij Podium).

Frederico Pedreira
Portugal
"A Lição do Sonâmbulo" (The Sleepwalker's Lesson), la fiction comme outil de l'écriture autobiographique (Companhia das Ilhas).

Dejan Tiago Stanković
Serbie
"Zamalek", patchwork des expériences vécues et des histoires entendues lors de ses longs séjours au Caire, en Egypte (Laguna).
"Je suis Yougoslave plutôt que Serbe."

Anja Mugerli
 Slovénie
"Čebelja družina" (Bee Family), un recueil de sept nouvelles liées par des coutumes anciennes et des traditions slovènes (Cankarjeva založba).
"Ce folklore m'était inconnu avant de commencer le recueil."

Maxim Grigoriev
Suède
"Europa" (Europe), roman sur l'exil et rappel de l'historique émigration russe (Albert Bonniers Förlag).

Amine Al Ghozzi
Tunisie
"Zindali, the night of 14 january 2011", les histoires de seize personnages qui se rencontrent à Sousse le jour du départ du président Ben Ali, les espoirs et les déceptions des printemps arabes (Editions Zayneb).

 
Amine Al Ghozzi, premier lauréat tunisien.
(c) Gleamlight/Philippe Molitor.


Autant de livres qui témoignent de la richesse, de la créativité et de la diversité de la littérature contemporaine européenne de fiction et dont on espère les traductions.
EUPL est un consortium composé de la Fédération européenne et internationale des libraires (EIBF), de la Fédération des associations européennes des écrivains (FAEE/EWC) et de la Fédération des éditeurs européens (FEE). Le prix de littérature de l'Union européenne existe depuis 2009 et est organisé conjointement par les trois membres du consortium.

Pour repartir avec le recueil "European stories", un memento à l'élégante tranche noire, aussi complet que plaisant, des treize gagnants 2021. On y trouve les noms des différents jurys nationaux, une courte bio de l'auteur(e), un résumé du livre chois, l'avis du jury, et surtout un large extrait de l'œuvre en langue originale et en traduction, anglaise pour douze des lauréats, française pour le gagnant serbe.

Pour le télécharger, c'est ici.




Et pour découvrir le kit de jardinage "Blossoming European literature" reçu à la sortie de la soirée.







mardi 9 novembre 2021

Treize lauréats pour huit prix littéraires en Fédération Wallonie-Bruxelles


Quatorze personnes sur scène: les deux lauréats 2020 ont rejoint 
ceux de 2021 (treize moins un absent excusé).
(c) Silvie Philippart.

Oyez, oyez, bonnes gens, voici la cérémonie de remise des prix littéraires 2021 en Fédération Wallonie-Bruxelles au Théâtre 140 ce lundi 8 novembre. Huit récompenses cette fois puisque tous les prix ne sont pas annuels. Attribués pour la plupart par la toute nouvelle Commission des Ecritures et du Livre (lire ici et ici) mais pas tous. Treize lauréats car il y a des ex-aequo, parfois même attribués à des auteurs écrivant en duo.

Au programme de la soirée, une ministre, Bénédicte Linard qui annonce "un futur contrat sur la filière du livre, de la création au public", une directrice générale adjointe au Service général des Lettres et du Livre, Nadine Vanwelkenhuyzen, qui dévoile le palmarès, une présentatrice ultra souriante qui s'embrouille et se fait reprendre par les auteurs sur scène, tous les lauréats, spontanés et volubiles, sauf un, excusé. Registre des prix remis: littérature de jeunesse, bande dessinée, littérature, langues régionales. Les grands absents: le public? même pas. Les grands absents de cette cérémonie enjouée, à compléter sur Objectif Plumes par les capsules vidéo de cinq à sept minutes réalisées sur les primés, ce sont les LIVRES! Pas un sur place pour montrer le travail des auteurs, auteure et autrices primés! Alors qu'un poème peut être lu, tout comme un extrait en picard ou en wallon. Quatre catégories illustrées et rien de ces œuvres à se mettre devant les yeux. D'autant plus dommage qu'un seul de ces prix graphiques avait déjà été annoncé.

Les lauréats à retrouver en capsules vidéo.


Palmarès

On pourrait le faire de façon classique mais allons-y autrement.

D'abord, les trois drôles de dames, ou dames drôles, tant elles se sont tout de suite entendues quand elles se sont rencontrées. 

A savoir, Anne Herbauts, prix triennal de Littérature de jeunesse pour l'ensemble de son œuvre (15.000 euros), 

Elisa Sartori, Prix de la première œuvre en littérature de jeunesse (5.000 euros) pour le leporello "Je connais peu de mots" (CotCotCot éditions) et 

Anna Ayanoglou, Prix de la première œuvre en langue française (5.000 euros) pour le recueil de poèmes "Le Fil des traversées" (Gallimard) *.

Ensuite, les trois hommes du Prix de la première œuvre en bande dessinée (5.000 euros), Antoine Boute, Stéphane De Groef et Adrien Herda, pour "Manuel de civilité biohardcore" (Editions Frmk & Tusitala). Trois garçons qui ne sont en rien des débutants mais qui ont travaillé ensemble pour la première fois.



Enfin, l'invisible José Parrondo, mais excusé, dont le  le Prix Atomium-Fédération Wallonie-Bruxelles en bande dessinée (10.000 euros) pour l'ensemble de son œuvre, avait déjà été annoncé.


Et aussi, Paul Pourveur, qui reçoit le Prix triennal de littérature dramatique en langue française (8.000 euros) pour "Aurore Boréale" (L'Arbre de Diane).

Du côté des langues régionales, les jurys aiment la parité et les ex-aequo.
Rose-Marie François pour "Filipè & Je.han" (Editions Micromania), un deuxième prix triennal pour le picard (lire ici) et le duo Michel Robert & Michel Meurée pour "Vauban Toudis Li!", au Prix triennal de littérature dramatique en langue régionale (2.500 euros), Michelle Fourez pour "Louise bel air" (picard de Tournai) et Armand Herbeto (wallon liégeois) pour "Mi sonle-t-i qui/ Il me semble que" au Prix de la première œuvre en langue régionale (500 euros).

 

* Je reviendrai prochainement sur ces trois drôles de dames.