| Tristane Banon. (c) Lou Sarda. |
Ce mercredi, une émission radio sur le harcèlement scolaire: "Des experts aideront vos enfants et petits-enfants à répondre aux moqueries, violences physiques, insultes, racket… A ne plus être des victimes… Ils leur donneront la confiance nécessaire pour se défendre…" Difficile de ne pas faire le rapprochement avec le nouveau livre de Tristane Banon, "La paix des sexes" (Editions de l'Observatoire, 186 pages), interrogeant entre autres le statut de la victime, qui suscite une foule de commentaires pour le moins désobligeants sur les réseaux sociaux. Un essai que j'ai lu avant de rencontrer son auteure mardi à Bruxelles.
"Je suis une femme, je ne suis pas une victime, je l'ai été, ces choses-là passent.Quand le statut de victime tend à devenir une valeur ajoutée, un anoblissement que certaines veulent acquérir à tout prix comme on cherche à atteindre un statut social, je pense, au contraire, qu'héroïser la victime plutôt que de vouloir la respecter, c'est tuer la guerrière, assassiner la créatrice, valoriser la soumise, poser un interdit sur le fait que la femme soit l'égale de l'homme."
"Je ne dis pas que les femmes ne rencontrent pas, encore aujourd'hui, bien des maux qu'il faut vouloir guérir, je dis que les inscrire dans une guerre des sexes perpétuelle, en appelant à la rescousse le passé d'une société au sexisme systémique clairement établi, ne convient pas.
La guerre des genres est un tango funeste qui conduira à sa perte notre égalité lumineuse.
Apprendre à s'unir plutôt qu'à se désunir, avancer dans le même sens, ne fût-ce que par instinct de survie, est notre seule issue face aux combats qu'il nous reste à mener. Désormais que les lois de l'égalité existent, c'est à nous tous de réfléchir aux moyens de les faire appliquer, c'est à nous tous de nous éduquer. Et d'éduquer les autres. Bien des batailles féministes restent à mener, s'aliéner la moitié de l'humanité pour y parvenir est une hérésie."
Je n'ai pas écrit ce livre pour me payer les néoféministes. Je n'ai pas le goût de la guerre. J'ai écrit ce livre parce que je veux que le féminisme soit de l'humanisme et que l'humanisme soit du féminisme. J'ai vu autant d'hommes que de femmes soutenir le féminisme.
Depuis 2011, année où j'ai dénoncé DSK, j'ai de plus en plus de peine à répondre. Ça dépend de quel féminisme on parle. J'ai donc cherché des textes référents. Les incontournables, Simone de Beauvoir, Élisabeth Badinter, Caroline Fourest. Je n'ai pas trouvé de féministe actuelle qui me ressemblerait. Je n'avais pas une folle envie de faire ce livre, d'aller à la guerre. J'ai soufflé l'idée du livre à beaucoup de monde. Sans succès. Alors je m'y suis collée.
Dans le livre, je propose un féminisme nuancé, un féminisme universaliste pour ceux qui ne se retrouvent pas dans la radicalisation du féminisme actuel. J'ai voulu pointer les lieux du sexisme et travailler à des pistes en vue de l'égalité.La dénonciation permanente est utile pour mettre les problèmes sur le devant de la scène. Mais il n'y a rien derrière actuellement. Par exemple, dans le cas du meurtre sur conjoint, il y a toujours des voisins, des collègues, des amis du mari, qui ont vu et/ou su la violence dont était victime la femme. Mais ils n'ont rien fait. Par lâcheté ou en invoquant le respect de la vie privée. Moi je dis qu'il y va de la responsabilité collective des hommes et des femmes. Et je veux qu'il y ait des moyens d'agir.
Je veux de l'éducation, à l'école puisque c'est l'endroit où atteindre tous les enfants. A la maison, mais c'est souvent plus compliqué. Qu'on aborde notamment la question du consentement. J'ai été troublée et choquée par un témoignage que je viens de recevoir où une femme battue me dit qu'elle pensait que la première séances de coups faisait partie du mariage. Ne pourrait-on pas imaginer que le jour du mariage, devant le maire, il soit dit que le mariage impose de ne pas porter atteinte à l'intégrité physique de la personne? Que cela soit dit pour l'homme puisque c'est lui qui, le plus souvent, est violent, mais que la femme entende aussi cette parole et s'autorise dès lors à réagir en cas de nécessité.Je veux aussi que si on ne donne pas la parole aux filles, elles sachent qu'elles peuvent la prendre. Il faut le leur dire et le leur répéter.