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vendredi 29 juin 2018

Farwest ou Cow-boy? Et pourquoi pas les deux?

"Farwest". (c) Pastel.

Parfois, deux albums sortent à peu près en même temps avec des titres qui pourraient faire croire qu'ils sont jumeaux alors qu'il n'en est rien.

C'est le cas pour "Farwest" de Peter Elliott au texte et Kitty Crowther  aux illustrations (l'école des loisirs, Pastel, 32 pages) et "Une super histoire de cow-boy" de Delphine Perret (Les Fourmis Rouges). Gros avantage: on peut lire les deux!

"Farwest" est une histoire de cow-boys qui partent individuellement à la chasse et trouvent leur place prise quand ils reviennent avec leurs prises. L'occasion de réfléchir à la notion de place à soi quand on a toute la place du monde ou à peu près. L'occasion de découvrir les avantages qu'il y a à  rencontrer l'Autre. A lui donner refuge. A partager et recevoir aussi. L'occasion de dire "Chez moi, c'est chez toi".

Apprendre à chasser. (c) Pastel.

Cependant "Farwest" est avant tout un album pour enfants.
Avec un texte clair et extrêmement musical, jouant agréablement sur les sons, placé de façon originale en haut des illustrations. Qui suit de près le narrateur et les émotions par lesquelles il passe en allant à la chasse, en étant forcé de partager son quotidien ou en découvrant ce curieux Koko.
Avec des personnages qu'on découvre avec plaisir, Jeff, Jim et le narrateur, cow-boys à grand chapeau, petit nez rond et moustache, leurs animaux, le magnifique cheval rouge et le chien blanc Jonas, fidèle à tous ses maîtres successifs, et évidemment les multiples hôtes, hommes et femmes, du trio initial.
Avec des illustrations aux crayons de couleurs de toute beauté, colorées et diantrement expressives. Des paysages immenses et des scènes pleines de vie entre les personnages. Chaque fois, un sens de la couleur parfait.
Avec un excellent rapport texte-images qui oblige le lecteur à ouvrir les yeux pour saisir toute la richesse de l'histoire. Ce qui se dit et ce qui se passe, ce qui se pense et ce qui se vit, sans oublier l'apthéose, extraordinaire, où on dirait qu'on a poussé les murs de la maison tant s'y pressent en nombre les remplaçants des uns et des autres. Car bien sûr, si la place se prend, leurs occupants successifs restent là tous ensemble. Dans une scène finale sur une page dont le rabat se déplie, on reconnaît notamment Rosa Parks et Martin Luther King. Un "Farwest" formidable à voir et à expérimenter. A partir de 4 ans.

Scène finale sur triple page. (c) Pastel.

"Farwest" est aussi un livre qui a toute une histoire. Au début, il y a eu Peter Elliott et la chanson qu'il avait écrite et composée sur le thème "Qui va à la chasse perd sa place". Sauf qu'à la fin, chez lui, on dit bienvenue. Ensuite, il y a eu l'album qu'il en a esquissé. Dont il a envoyé le texte à Kitty Crowther, en mars 2015! Celle-ci lui a proposé de l'illustrer à sa façon et quelle façon! L'éditrice a proposé d'en faire une chanson. Qui est devenue une séquence animée (ici). Peter dit de cet album: "J'ai écrit une histoire, Kitty en a fait un monde". De son côté, Kitty espère qu'on peut lire le livre de différentes manières. "On peut le voir comme une histoire d'immigration. Ou comme la peur de perdre son siège. Je me souviens qu'enfant, il m'était toujours difficile de trouver mon siège. De trouver ma place."



Elle précise que l’histoire de "Farwest" commence en page de titre. "Un Amérindien, dessiné au fusain, est assis sur son cheval. A côté de lui se trouve son chien. C'est une page en noir et blanc, comme cela serait arrivé il y a longtemps."

Davantage d'informations sur la gestation de ce livre ici (mais en anglais).







Après deux volumes d'aventures de Björn (lire ici), que nous a réservé Delphine Perret? "Une super histoire de cow-boy" (Editions des Fourmis rouges, 32 pages)! Attention, un titre peut s'interpréter de plusieurs façons. Même au sein du même album! Réussite que ce petit format qui se moque de tout ce qui devrait se trouver ou ne pas se trouver dans un album pour la jeunesse (merci le politiquement correct) et raconte une histoire absurde et très drôle en même temps.

Dans tout l'album, les pages de gauche affichent un texte court, écrit en blanc en lettres capitales sur un fond couleur bronze. Celles de droite abritent un petit singe (on verra pourquoi) dans ses diverses activités et un texte en encre bronze.

La super histoire commence. (c) Les Fourmis rouges.

"C'est l'histoire d'un cow-boy", dit le texte en page gauche.
" Je l'ai remplacé par un singe, parce qu'on m'a dit qu'un cow-boy ça faisait trop peur avec ses dents cariées et son air mauvais. Et son pistolet a été remplacé par une banane parce qu'un pistolet c'est trop dangereux", lit-on en page de droite.

Les choses se compliquent tout de suite après.

Diantre, quel appétit! (c) Les fourmis rouges.

Les pages de gauche vont nous raconter des choses horribles sur ce cow-boy: il mange des lapins au petit-déjeuner, fume des cigarettes et boit de grandes bouteilles de whisky, cambriole une banque un matin... Une vie de cow-boy en quelque sorte, souvent violente.

Mais aujourd'hui? Peut-on encore raconter cela aux enfants? Le raconter, peut-être. Mais le montrer en dessins?  Delphine Perret a trouvé la solution. En pages de droite, le texte initial sera corrigé et  présentera un singe (on sait pourquoi) en train de se brosser les dents, de mâcher du chewing-gum ou de faire une séance d’aérobic.

Et comme les enfants ne sont pas des idiots, ils vont déguster ce rapport texte-image détonant et en percevoir la dérision. Le face-à-face des deux histoires crée de délectables situations absurdes, rigoureusement traitées par le texte et pas l'image. Au final, on a donc eu "Une super histoire de cow-boy"! A partir de 4 ans.

Le shérif et le cow-boy se bagarrent. (c) Les fourmis rouges.

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