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mardi 18 juin 2019

Un retour aux origines qui donne de l'élan

Liévin en juin 2017. (c) Thierry Girard/Light Motiv.


Les amateurs de fiction littéraire connaissent un peu mieux Liévin et la région déshéritée du Pas- de-Calais depuis que Sorj Chalandon y a envoyé un de ses personnages de papier dans son très beau roman "Le jour d'avant" (Grasset, 2017, lire ici, Le Livre de poche, 2018, lire ici). Voilà qu'arrive comme en écho le magnifique livre de photos de Thierry Girard, dont le titre, "Le monde d'après" (Light Motiv, 240 pages), tinte comme une ouverture dans une zone sinistrée. Un jour/Un monde. Avant/Après. Rencontre de mots et de sens à travers des images.

Y a-t-il un après dans un monde estropié par les crises économiques, la pauvreté, le chômage, etc.? La réponse est largement oui dans cet album, le trentième de l'auteur, dont les clichés non légendés occupent les pages. Une région s'y révèle, par ses paysages, ses habitants, ses enfants, ses lessives qui sèchent sur les fils, ses mutations. Les habitations ont changé, les voitures aussi. Et que dire des paysages? Les terrils disparaissent ou accueillent une piste de ski, les brocantes et autres vide-greniers poussent comme des champignons, des murs s'écroulent mais du matériel de jardinage (serre, culture en hauteur) et de détente (piscine, transat) s'insèrent dans des espaces bien tenus. On démolit, on construit, on se promène, on pose pour le photographe, on joue, on se marie, on se bagarre pour rire...

Thierry Girard.
Thierry Girard a choisi de marier des photos d'hier et d'aujourd'hui, à quarante ans d'intervalle. Cela confère une belle dynamique à son sujet qui ne se fige pas dans les restes d'un passé douloureux mais rebondit dans le présent. Bien sûr, les transformations sont parfois plus réussies que d'autres. Le Mustang Burger en couverture secoue. Et alors? Bien sûr, le passé minier s'estompe et gomme ainsi les anciennes douleurs. Des forêts de bouleaux poussent ainsi sur les anciennes fosses. Bien sûr, la vie des gens est toujours compliquée. On en a la confirmation dans les dernières pages qui donnent les légendes précises des photos et distribuent au passage quelques claques au lecteur. Mais l'immense qualité de cet ouvrage, outre évidemment la qualité des photos, remarquablement valorisées par une mise en page sobre jouant sur les espaces blancs, est de montrer qu'un "après" est possible, qu'un autre "monde" se construit. Au-delà des nombreux volets baissés, demeures délabrées. Rappelant ainsi que la vie reprend toujours ses droits. Nulle mention par contre des appartenances politiques telles que les révèlent les résultats des élections. A garder aussi dans un coin de sa tête, car les photos d'hier et leurs légendes permettent de mieux comprendre ce qui se passe aujourd'hui.




Quelques doubles pages du "Monde d'après". (c) Light Motiv.

Les photos anciennes, en noir et blanc, faites au Leica, datent de 1978 et des années suivantes, quand le photographe a abordé le Nord et le Pas-de-Calais, en "artiste-arpenteur" comme se définit lui-même celui qui est né en 1951 et a opté pour la photo après des études à Sciences Po (Paris). Pas de mission spéciale, juste son intuition, des rencontres et la découverte du monde ouvrier. Les clichés récents, en couleur, réalisés en moyen format numérique, datent de 2017 et de 2018, quand Thierry Girard a décidé de revenir sur les traces de ses débuts dans le bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais.

"Le Monde d'après" parcourt le nord de la France d'ouest en est et donne à voir et à percevoir un territoire dans son essence même. Thierry Girard est plus qu'un photographe choisissant une image, son cadre, il est un humain à l'écoute des autres.

Plus d'informations sur ces voyages photographiques dans les billets de blog de Thierry Girard (ici, ici et ici).

On notera pour l'anecdote que le livre a été (très bien) imprimé chez l'entreprise quasi centenaire Graphius à Gand.




Impression du "Monde d'après" chez Graphius.


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