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vendredi 11 novembre 2016

La tranquillité intrigante de Junko Nakamura

Junko Nakamura.
Elle est discrète, Junko Nakamura. Aussi douée que discrète. Plasticienne, graveuse, dessinatrice, animatrice d'ateliers jeunesse... Les albums pour enfants de cette Japonaise née à Tokyo et aujourd'hui installée à Paris sont autant de petits bijoux. Elle en a notamment publié cinq chez MeMo - pour le moment:  "Au fil du temps" (2012),  "Cinq amis" (2013), "Quand il pleut" (2014), "Ce matin" (2015) et "La visite" (2016). Des livres aussi enchanteurs et réjouissants que simples mais exigeants.

On peut découvrir quelques-uns des originaux de "La visite" (et des affiches imprimées spécialement pour l'occasion) exposés à la librairie Candide (1-2, place Brugmann, 1050 Bruxelles) jusqu'au 23 novembre. Une librairie qui, je dis ça, je dis rien, est ouverte les jours fériés et les dimanches.

"La visite" est le dernier album en date de Junko Nakamura (MeMo, 40 pages). Comme le précédent, "Ce matin", il est imprimé en tons directs, ce qui signifie - en résumant très fort - qu'il faut pour cela séparer les différentes couleurs des illustrations, contrairement à l'habituelle quadrichromie. Des planches exposées à la librairie Candide permet de comprendre le procédé comme les images en fin de note.

Avec ses chaleureuses couleurs qui vont bien avec la période précédant Noël qu'il raconte, cet album sans texte en format presque carré est extrêmement attachant.

La couverture montre la porte d'une maison et d'autres indices, discrets. De double page en double page, on va aller au parc en compagnie d'une famille tandis qu'un chat blanc passe au loin. Puis dans une rue dont se laissent voir les intérieurs des maisons éclairées. Ici un chat noir, là quelqu'un au piano, là encore, un sapin de Noël. Des gros plans nous montrent la maison du chat noir, de l’extérieur et de l'intérieur. Puis a lieu une étrange visite dans la maison rouge: la chatte blanche y est reçue pour le thé par le chat noir mais ils ont tous les deux des habits et des attitudes d'humains. Lui lit une lettre, elle regarde par la fenêtre. Pendant ce temps, la séance familiale au parc se termine, la famille va bientôt rentrer, non sans que les protagonistes de cette double histoire ne se soient encore une fois croisés.

Les belles images de Junko Nakamura créent une très belle histoire, proche des enfants et des chats, passant gracieusement de la réalité à la fantaisie, posant des questions et offrant des esquisses de réponse que chacun interprétera à sa guise. Paisibles et imaginatives, elles réjouissent le cœur et les yeux. Pour les plus jeunes.



Trois doubles pages de "La visite". (c) MeMo.


En novembre de l'an dernier, on avait découvert avec le même bonheur l'album "Ce matin" de Junko Nakamura (MeMo, 44 pages), toujours disponible, dont les tons acidulés de soleil levant et le texte à la première personne célèbrent la beauté du nouveau jour et l'élan vers le monde. Si la bonne humeur est évidente, on voit bien que tout n'est pas simple pour les héros. Quitter son cocon nocturne, la table inspirante du repas, la douceur de la maison...

Le narrateur est un ours qui ressemblerait bien un peu à celui de "Nicolas et Pimprenelle". Il est le maître du chien Yupi, le premier levé. On les suit tous les deux dans leurs rituels matinaux: l'un qui éveille gentiment l'autre, la gymnastique, la préparation du petit déjeuner (chacun le sien), sa dégustation, le coup d’œil par la fenêtre, la vue de la voisine et de nouveaux préparatifs en vue de sortir de la maison. "Partons voir le monde", dit M. Ours en fin d'album, sous le dessin d'un soleil tout sourire. Pour les plus jeunes.



Joie contagieuse et belle complicité dans "Ce matin". (c) MeMo.


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jeudi 10 novembre 2016

Un trio de prix pour un long week-end

Récap des derniers prix littéraires décernés cette semaine.
Trois livres bien tentants.

Le Prix Interallié 2016 a été attribué, le mardi 8 novembre, à Serge Joncour pour "Repose-toi sur moi" (Flammarion). L'écrivain lui-même déclarait quelques jours avant: "L'espoir est la plus louable des antichambres...".
Comme lors de la désignation de bien des prix cette année, le lauréat a été choisi dès le premier tour de scrutin par six voix, contre trois voix à Eric Vuillard ("14 juillet", Actes sud) et deux voix à Gaël Faye ("Petit pays", Grasset).

Le président du jury, Philippe Tesson, a dit: "On a apprécié son caractère contemporain, sa densité. Un livre épais, construit, écrit, plein de sens différents, un livre complet. C'est un romancier d'expérience, il a une œuvre derrière lui, il fallait un jour qu'il ait un prix. Et nous sommes ravis que ce soit nous qui lui donnions."  Le jury se compose de Laurent Binet, lauréat 2015, Gilles-Martin Chauffier, Stéphane Denis, Jacques Duquesne, Serge Lentz, Christophe Ono-dit-Biot, Jean-Marie Rouart, Jean-Christophe Rufin et Florian Zeller.

Serge Joncour.
Serge Joncour est en effet l'auteur de nombreux livres, romans et recueils de nouvelles: "Vu" (Le Dilettante, 1998, Folio, 2000), "Kenavo" (Flammarion, 2000), "Situations délicates" (nouvelles, Flammarion, 2001), "In vivo" (Flammarion, 2002), "U.V." (Le Dilettante, 2003), "L'Idole" (Flammarion, 2004), "Les Collègues" (L'idée bleue, 2006), "Que la paix soit avec vous" (Flammarion, 2006), "Combien de fois je t'aime" (nouvelles, Flammarion, 2008), "L'Homme qui ne savait pas dire non" (Flammarion, 2009), "Bol d'air" (Les Éditions du moteur, 2011), "L'Amour sans le faire" (Flammarion, 2012), "L'Ecrivain national" (Flammarion, 2014 et "Repose-toi sur moi" (Flammarion, 2016).

Le livre primé est une histoire d'amour. Enfin. Celle d'Aurore, styliste reconnue, et de Ludovic, agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ils n'ont rien en commun si ce n'est le problème des corbeaux qui se sont installés dans la cour de leur immeuble parisien. Elle en a une peur bleue, alors que lui sait comment s'en débarrasser. Une façon originale de s'éloigner d'un quotidien très/trop? raisonnable. Un roman de l'amour mais aussi un roman du désordre. Car Serge Joncour fait entrer en collision le monde contemporain et l'univers intime. Il met en scène des aspirations contraires, ville et campagne, solidarité et égoïsme, dans une société qui se dérègle. L'amour serait-il la dernière façon de résister?

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Le Prix de Flore a aussi couronné, le mardi 8 novembre, Nina Yargekov pour son roman "Double nationalité" (P.O.L), jugée écrivain au talent "prometteur". Elle l'a emporté par sept voix contre trois à Cédric Gras ('"Anthracite", Stock) et deux à Boris Bergmann ("Déserteur", Calmann-Lévy). Selon la tradition, elle a reçu dans la soirée au Flore son prix (6.100 euros et un verre de Pouilly gravé à son nom, à y consommer tout le long de l'année).

Le jury, présidé par Frédéric Beigbeder, est composé de Jacques Braunstein, Manuel Carcassonne, Carole Chrétiennot, Michèle Fitoussi, Jean-René Van Der Plaetsen, François Reynaert, Jean-Pierre Saccani, Bertrand de Saint-Vincent, Christophe Tison, Philippe Vandel et Arnaud Viviant.

Nina Yargekov au Flore.
Pas de chance pour moi, j'avais lu par hasard les deux livres non choisis, n'ayant pas encore trouvé le moyen d'avaler les 684 pages pourtant bien tentantes de "Double nationalité",  le troisième livre aux éditions P.O.L. de Nina Yargekov, Hongroise et Française, née le 21 juillet 1980.

La jeune femme y aborde avec beaucoup d'humour l'amnésie d'une binationale qui croit être aux Galeries Lafayette alors qu'elle se réveille dans un aéroport. Tout de suite, on est séduit par le ton mi-amusé, mi-absurde. Car l'amnésique trouve dans son sac "deux passeports, deux téléphones, deux porte-monnaie, deux cartes bancaires, deux trousseaux de clefs ainsi qu'une lingette rince-doigts." Une seule lingette? Elle est le début d'interrogations qui vont nous mener loin...

L'éditeur précise: "A partir de cette amnésie s'agit-il de s'inventer une vie? de la reconstituer? Et s'il s'agissait de deux vies, en fait? Car c'est, comme son titre l'indique, cela le sujet de ce nouveau roman de Nina Yargekov: comment se débrouiller de deux cultures, deux langues, deux sensibilités, comment, de fait, mener une double vie alors qu'on voudrait beaucoup, même facétieuse et indisciplinée n'être qu'une? Mais, à l’inverse, comment supporter que le pays dans lequel on semble vivre se prépare à l'adoption d'une loi interdisant la double nationalité?".
Je me réjouis d'avoir encore 681 pages à en lire.

Pour feuilleter le début de  "Double nationalité", c'est ici.

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Enfin, le Prix Jean Giono 2016, a été attribué ce jeudi 10 novembre à Alain Blottière pour "Comment Baptiste est mort" (Gallimard) dès le premier tour de scrutin, par quatre voix contre trois à Jean-Baptiste Del Amo ("Règne animal", Gallimard). Rien n'a été dit de Stéphane Hoffmann ("Un enfant plein d'angoisse et très sage", Albin Michel).

Un doublé pour Alain Blottière donc, puisqu'il est déjà le lauréat du Prix Décembre 2016, décerné lundi (lire ici).

Doté de 10.000 euros, le Prix Jean Giono distingue "un ouvrage de langue française faisant une large place à l'imagination dans l'esprit de Jean Giono".

Le jury se compose de Tahar Ben Jelloun, Paule Constant, Franz-Olivier Giesbert, Gilles Lapouge, Erik Orsenna, Pierre Pain, Franco-Maria Ricci, Yves Simon et Frédéric Vitoux.





lundi 7 novembre 2016

Le Grand prix de littérature américaine 2016 décerné au primo-romancier Atticus Lish

Atticus Lish.

Créé l'an dernier  à l’initiative du libraire et éditeur Francis Geffard, fondateur du Festival America et de la librairie Millepages (lire ici), avec comme objectif de "couronner un roman américain, paru depuis le 1er  janvier, qui se distingue par ses qualités littéraires de premier plan", le Grand prix de littérature américaine devait être dévoilé le vendredi 4 novembre et ensuite remis à son lauréat fin novembre à Paris. Est-ce l'effet Brive? Ce n'est que dimanche matin que "Livres-Hebdo" a annoncé que la nouvelle récompense allait à l'Américain Atticus Lish pour son superbe premier roman "Parmi les loups et les bandits" ("Preparation for the Next Life", lauréat du prix Pen/Faulkner 2015, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy, Buchet-Chastel, 560 pages).

Un auteur dont le sourire et les paroles ne sont pas passés inaperçus lors du dernier Festival America à Vincennes en septembre, manifestation littéraire qu'il a arpentée de long en large, signant, rencontrant, dialoguant, toujours en compagnie de son épouse Beth, d'origine coréenne.

Le jury a déclaré: "Ce premier roman ambitieux se distingue non seulement par sa puissance narrative mais aussi par la force de ses deux personnages principaux […] qui vivent une histoire d’amour déchirante dans le New York des exclus du rêve américain. Mais ce livre résonne aussi particulièrement, au-delà de ce portrait sans concession d'une Amérique en crise, de toutes les grandes problématiques de l'époque qui est la nôtre. C'est ce qui en fait une lecture inoubliable, servie par la traduction impeccable de Céline Leroy". Il est composé de trois critiques - Orianne Jeancourt ("Transfuge"), Philippe Chevilley ("Les Echos") et Bruno Corti ("Le Figaro littéraire"), trois éditeurs - Emmanuelle Heurtebize (Delcourt Littérature), Olivier Cohen (L'Olivier) et Francis Geffard (Albin Michel) et trois libraires - Sylvie Loriquer (L'attrape-cœur), Jean-Christophe Millois (Librairie de Paris) et Pascal Thuot (Millepages).

"Parmi les loups et les bandits" est une tragédie contemporaine, puissante, lyrique. Le roman met en scène l'improbable histoire d'amour entre deux marginaux dans un New York spectral, encore en proie aux secousses de l'après 11 septembre. Zou Lei, une clandestine chinoise d'origine Ouïghour errant de petits boulots en rafles des Homeland Security Services, rencontre Brad Skiner, un vétéran de la guerre en Irak meurtri par les vicissitudes des combats.

Ensemble, ils arpentent le Queens et cherchent un refuge, un havre, au sens propre comme figuré. L'amour fou les mènera au pire, mais avant, Atticus Lish nous décrit avec soin cette Amérique d'en bas, aliénée, sans cesse confinée même quand elle erre dans les rues. Il nous assène l'histoire de ces hommes et de ces femmes qui composent le corps organique de la grande ville: clandestins, main-d'œuvre sous-payée, chair à canon, achevant sous nos yeux les derniers vestiges du rêve américain.

Né en 1972 à Manhattan, Atticus Lish est le fils de Gordon Lish, l'éditeur mythique de Raymond Carver mais aussi de Rick Bass ou de Richard Ford. Petit garçon, il fréquentait fatalement des écrivains, dont Don DeLillo qui l'a fait apparaître dans un de ses livres. Etudiant, il a abandonné après deux ans ses études à Havard au profit de petits boulots peu glorieux, ouvrier, maçon, déménageur, télémarketeur... Il s'est ensuite engagé pour quatre ans dans les Marines mais a quitté l'armée après dix-huit mois de service. La trentaine arrivée, il est retourné à Harvard, ce qui lui a donné l'idée d'écrire lui-même, puis a passé un an à enseigner l'anglais en Chine. Il a profité de ce déplacement pour voyager au nord-ouest du pays, là où vivent les Ouïghours. En parallèle à l'écriture de ce premier roman qui lui a demandé cinq ans, Atticus Lish est devenu traducteur du mandarin, langue qu'il pratique depuis l'enfance. Autant d'éléments biographiques que l'on retrouve d'une manière ou d'une autre dans son livre.


"Parmi les loups et les bandits" d'Atticus Lish l'a finalement emporté sur "New York, esquisses nocturnes", le premier roman de Molly Prentiss (traduit par Nathalie Bru, Calmann-Lévy) et sur "Les petites consolations", d'Eddie Joyce (traduit par Madeleine Nasalik, Rivages).

A noter que les trois romanciers étaient présents au dernier Festival America, que leurs trois romans se déroulent à New York, ceux des deux hommes dans la ville de l'après 11 septembre, celui de la femme dans la sphère artistique de la ville, une vingtaine d'années auparavant.





Alain Blottière lauréat du Prix Décembre


Le romancier français Alain Blottière, 62 ans, a reçu ce lundi 7 novembre le Prix Décembre 2016, le mieux doté des prix littéraires (30.000 euros), pour son roman "Comment Baptiste est mort" (Gallimard, 204 pages), sorti au printemps dernier. Il a été choisi au premier tour par sept voix contre quatre à Loïc Prigent ("J'adore la mode mais c'est tout ce que je déteste", Grasset) et une voix pour Jacques Henric ("Boxe", Seuil).

Le récit, pratiquement sans ponctuation, se présente comme le débriefing d'un adolescent, Baptiste, 14 ans, enlevé avec sa famille par des jihadistes au cœur du désert et le seul à avoir été libéré après plusieurs semaines de captivité. Ponctué d'hésitations, de silences, son débriefing par une personne non définie laisse apparaître des zones d'ombre, des secrets qu'il tient à garder. Le garçon semble aussi avoir perdu la mémoire d'événements importants. Peu à peu, néanmoins, se révèle l'histoire terrifiante de celui à qui ses ravisseurs ont donné le nom d'un renard du désert: Yumaï. D'autant plus terrifiante qu'elle est portée par une écriture sobre, presque douce.
"J'ai eu l'idée de ce livre", explique Alain Blottière sur son site personnel, "- et je l'ai commencé - bien avant la série d'attentats qui endeuillent la France depuis janvier 2015. L'idée ne m'est pas tout à fait tombée du ciel, mais de l'actualité, un drame bien réel: l'enlèvement de toute une famille française, dont de jeunes enfants, par les djihadistes de Boko Haram, en février 2013, dans le nord du Cameroun. La famille a été libérée deux mois plus tard. Il me semble que c'est la seule et unique fois que des enfants occidentaux ont été enlevés par des djihadistes, où que ce soit au monde. J'ai imaginé librement la suite, et particulièrement ce qui arrive à Baptiste, 14 ans,  l'aîné des enfants. Le désert libyque, partie du Sahara, que je connais un peu, m'a inspiré le décor."
Membre du jury du Prix Décembre, Amélie Nothomb en dit: "C'est un livre sublime, et j'étais prête à me battre pour lui. Je n'ai jamais voté au prix Décembre pour un candidat avec autant d'enthousiasme". Les autres jurés sont Eric Neuhoff (président cette année), Laure Adler, Pierre Bergé, Michel Crépu, Charles Dantzig, Cécile Guilbert, Patricia Martin, Dominique Noguez, Amélie Nothomb, Josyane Savigneau, Philippe Sollers et Arnaud Viviant.

Pour lire le début de "Comment Baptiste est mort", c'est ici.

Journée Mario Ramos ce 7 novembre (rappel)



L'auteur-illustrateur belge Mario Ramos était né le 7 novembre 1958 et sa date d'anniversaire a été choisie pour ranimer son souvenir en prenant plaisir à lire et relire ses livres - il en a créé trente-trois. Le 7 novembre est devenu la Journée Mario Ramos. J'en avais parlé ici. Mais une chose chasse l'autre et je fais un petit rappel de dernière minute. Pour cette quatrième édition, plusieurs nouveaux événements ont été mis en place, ici et là, par les bibliothèques, les associations et les librairies (à retrouver sur Facebook et Twitter avec #journeemarioramos).

Ainsi l'école des loisirs accueillera ce lundi en son siège parisien 250 enfants et des auteurs (à voir sur sa page Facebook à partir de 10h15), tandis que cent enfants viendront écouter les histoires de Mario chez Pastel à Bruxelles.

Les librairies Sorcières ont aussi décidé d'embrayer avec la journée et de fêter l'anniversaire de
Mario Ramos dans leurs librairies du 7 au 12 novembre. Et comme pour elles, qui dit anniversaire dit cadeau, elles offriront à cette occasion aux jeunes lecteurs un "jeu de l'oie pour partir à la découverte de l'œuvre de cet auteur talentueux".

Le réseau des librairies Sorcières comporte une cinquantaine d'officines dont deux en Belgique, L'oiseau Lire à Visé et Le Rat Conteur à Bruxelles.

Pour trouver la librairie Sorcière la plus proche de chez vous, il suffit de cliquer ici.

Pour télécharger et imprimer le jeu de l'oie Mario Ramos, c'est ici.


Si vous tapez le nom de Mario Ramos sur le site d'un libraire français, les deux premiers titres qui apparaissent sont "C'est moi le plus fort" et "C'est moi le plus beau", respectivement sortis en 2001 et 2006 et passés chacun l'année suivante en collection de poche Les lutins.
La bonne nouvelle de la semaine est qu'on peut désormais retrouver ces deux albums en format agrandi, réunis dans un coffret XXL (l'école des loisirs, Pastel, 2 x 32 pages). Dès 4 ans.


C'est moi le plus fort
Mario Ramos
L'école des loisirs/Pastel
2001, 32 pages

Quand le loup en couverture affirme "C'est moi le plus fort", personne ne songe à le contredire. On suit l'animal dans sa promenade de digestion et de réassurance. Tous ceux qu'il croise le confortent dans son sentiment de force: aussi bien le lapin de garenne et le petit chaperon rouge que les trois petits cochons et les sept nains zinzins de travail...

De jolies scènes sur fond blanc, graphiquement étudiées, alternent avec des doubles pages à bord perdu où le loup gonfle de fierté. Il se sent vraiment le plus fort, jusqu'à ce qu'une espèce de petite chose verte le contredise: sa maman serait plus forte que le loup! Qui a raison? Surprise en fin d'un album fort bien construit. La fin de l'histoire éclaire différemment toutes les pages qui ont précédé. Quelle pirouette! Une blague, une bonne, comme celles qui fascinaient le dessinateur. Solitaire quand il travaillait dans son atelier, convivial quand il menait des animations avec les enfants ou dédicace des albums.

La première page de "C'est moi le plus fort". (c) L'école des loisirs/Pastel.

On se doute que cette première aventure du loup où le rire permet d'échapper au pouvoir bête a séduit les enfants du prix Bernard Versele. Mario Ramos l'avait remporté avec "C'est moi le plus fort" en 2003. Il avait bien un peu caché sa joie en blaguant sur son loup: "Le loup, cela lui est monté à la tête qu'il remporte le prix Bernard Versele. Il est parti fanfaronner dans les bois. Il n'a toujours rien compris." Mais il était encore plus heureux de cette récompense que ce sont des enfants qui l'attribuent.

L'album primé résume bien son auteur, qui aimait répéter qu'"un bon dessin, c'est d'abord une bonne idée". On s'amuse quand un genre de petite crapaud affirme au loup que sa maman à lui est la plus forte! Il a raison! Il est un dragon et sa maman - déjà présente en couverture mais on ne le savait pas - est immense. "C'est la plus forte et aussi la plus gentille", précise l'auteur.

Le dessin efficace et drôle, élagué au maximum, a une force inouïe. On rit et on réfléchit. On lit et on reconsidère ce qu'on a lu. Mario Ramos aime bousculer ses lecteurs: "Cette compétition permanente entre les hommes me déplaît. Je veux remettre l'homme à sa place. Dans cet album, ce n'est pas papa le plus fort, c'est clairement maman dragon. Pendant tout le livre, le loup, masculin, fait son malin."

Pour lui, le livre parle aux enfants et aux adultes: "Les adultes pensent plus à l'actu, les enfants pensent plus au loup qui se fait avoir à la fin. Un enfant qui rigole d'un livre avec ses parents, c'est magique."

Provocateur, mais sans démagogie: "Je fais des livres pour que les gros vantards en aient plein la gueule à la fin, pour que ce ne soit pas comme dans la vie de tous les jours. Pourquoi les gens sont-ils tellement en compétition? Il y a place pour tout le monde."

Quand il allait dans les classes, Mario Ramos y secouait les enfants comme dans ses livres: "Je leur explique mes secrets de fabrication. Je les bouscule aussi. Je leur dis, par exemple, que les gens qui passent à la télé ne sont pas plus importants qu'eux. Ou qu'ils peuvent éteindre la télé. Ils sont surpris! J'essaie de leur apprendre à dominer les choses du monde qui risquent de nous écraser."


C'est moi le plus beau
Mario Ramos
L'école des loisirs/Pastel
2006, 32 pages

On avait quitté le loup de Mario Ramos en juin 2003, "parti fanfaronner dans les bois" après son triomphe au prix Bernard Versele. On le retrouve cravaté, "son plus beau vêtement", dans "C'est moi le plus beau". Un album né d'un lapsus téléphonique, m'avait expliqué Mario. Croyant parler de "C'est moi le plus fort", une interlocutrice lui donne comme titre "C'est moi le plus beau". "L'idée était là. J'ai immédiatement fait les croquis d'un loup avec une cravate." Mais il hésitait à réutiliser un personnage. Il teste son idée sur un autre animal et même une princesse. Sans résultat: il retombe toujours sur son loup. Le sort en est donc jeté. "C'est moi le plus beau" va reprendre le loup, un peu aminci.

La première page de "C'est moi le plus beau". (c) L'école des loisirs/Pastel.

Bourré de clins d'yeux au titre précédent, "C'est moi le plus beau" met en scène un loup cravaté qui se promène dans un bois afin que tout le monde puisse l'admirer. A chaque promeneur qu'il croise, il demande, comme la marâtre de Blanche-Neige à son miroir, qui est le plus beau. "C'est vous", lui répondent le chaperon rouge, les trois petits cochons, les sept nains, Blanche-Neige. Le loup se rengorge jusqu'à ce qu'il croise un jeune dragon - celui que le lecteur connaît mais qui a grandi et à qui ont poussé des ailes d'ange -, un animal qui n'a vraiment pas sa langue en poche!

Mario Ramos s'amuse avec ses héros, le loup comme les personnages secondaires, et avec le lecteur. A chaque scène entre les arbres, il glisse un oiseau rouge dont le rôle sera révélé en finale. La musicalité du texte va de pair avec de grandes questions: la beauté à tout prix ? l'excès de poids? Les images se veulent parfois devinettes comme lorsque les nains se cognent les uns aux autres. Voilà une très jolie fable sur nos travers, personnalisés par le loup, un album drôle et accessible à tous. Dès 4 ans.