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vendredi 6 juillet 2018

DTPE 3 Un village sarde grand comme l'univers

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.

Une vue de Sardaigne.


A en croire les Sardes et les voyageurs, la Sardaigne est une île qui laisse une empreinte sur ses habitants et sur les gens qui la visitent. Il serait très rare que l'on n'y retourne pas quand on l'a visitée une fois. Une opinion que conforte grandement le nouveau roman de Michaël Uras, le formidable "La maison à droite de celle de ma grand-mère" (Préludes, 320 pages) qui s'y déroule et en offre un délicieux et vivant kaléidoscope. Un bonheur de lecture orchestré par un maître brodeur d'histoires.

Difficile d'en résumer les grandes lignes tant la plume de l'auteur les enlumine et les enlace avec talent. Ce serait en plus faire injure au roman qui est bien plus qu'une succession d'événements, une fresque habilement dévoilée. Disons qu'on suit Giacomo, 35 ans, traducteur notoire, qui revient dans son île natale parce que sa grand-mère est au plus mal. Cela, c'est la version officielle. Car en fait, on va découvrir Giacomo de près, partagé entre ses visites à une aïeule facétieuse, sa traduction d'une version inédite de Moby Dick à terminer d'urgence, ses rapports avec sa mère légèrement envahissante, avec son père artiste et avec le reste de la famille dont le tonton Gavino, ses retrouvailles avec son enfance, qu'il s'agisse de Manuella, l'épicière dont il était amoureux, de Fabrizio, son pote d'alors, du Capitaine, ex-militaire qui s'occupait parfois d'eux ou du Docteur Ignazio, médecin au remède universel, son désir d'être au présent et peut-être au futur quand il croise la belle Romaine Alessandra à l'hôpital, médecin qui soigne sa grand-mère. Sans oublier les questions qu'il se pose à propos de tout et de rien. Sans oublier ses blessures intimes qui le minent, ni ses rêves et ses espoirs.

Tout cela est finement amené par Michaël Uras qui célèbre la Sardaigne, pays de son père, dans ce qu'elle a d'intime et sauvage tout en nous baladant en compagnie de ses attachants personnages au gré de sa fantaisie. Car chez lui, rien n'est prévisible et c'est ce qui rend la lecture de son quatrième roman tellement attrayante. L'auteur de "Aux petits mots les grands remèdes" (lire ici) tisse une intrigue extrêmement plaisante, ménage d'incroyables surprises, nous donne à aimer personnages profondément humains, hauts en couleurs mais non caricaturaux. Un livre qu'on lirait bien à petites doses pour mieux savourer la très belle histoire que l'auteur nous partage en conteur hors-pair.


Sans oublier
DTPE 1: "Moria" de Marie Doutrepont (récit, 180° éditions)
DTPE 2: "The t'Serstevens collection" (photos, Husson éditeur/IRPA)




jeudi 5 juillet 2018

DTPE 2 Le notaire passionné de photographie

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.

Qui a eu l'idée de prendre un portrait de groupe de dos? (c) Husson Editeur.

De quand date l'invention de la photographie? Officiellement, du 7 janvier 1839, jour de la présentation par Arago à l'Académie des sciences à Paris de l'"invention" de Daguerre, le daguerréotype, amélioration en réalité de l'invention de Niepce. Et on a tous en tête des clichés de cette époque et ensuite, vues extérieures ou portraits incroyablement figés. Le goût d'alors.

Oui, mais pas le goût de tous. La preuve dans la formidable collection "t'Serstevens", redécouverte en 2013 à l'IRPA (Institut Royal du Patrimoine Artistique) après un sommeil de près de cent ans! Elle y était répertoriée comme anonyme. Cette belle au dois dormant est forte de plus de 2.200 photographies datant du tournant entre le XIXe et le XXe siècle. Une collection qui a réservé de nombreuses surprises.

(c) Husson/IRPA.

D'abord, ce n'est pas seulement un homme qui poussait sur le déclencheur pour impressionner les plaques de verre, mais un couple. Emile Henri t'Serstevens (1868-1833) et son épouse Marie Dastot (1870-1943).

Ensuite, leur travail nous permet de découvrir un point de vue original et assez complet sur le mode de vie de la bourgeoisie bruxelloise à cette époque.

Enfin, les photographes amateurs, tous deux membres de l'ABP (Association belge de photographie), se singularisent par leur sens de l'image et le souci du  plaisir de celui qui verra l'image. Autant dans les scènes de rue ou les paysages dont les angles sont remarquables que dans les portraits ou les photos de groupe. Qui a eu l'idée de photographier ce qu'on appelle parfois un "rang d'oignons" de face mais aussi de dos? Les t'Sertevens, en 1908!

Le beau livre "The t'Serstevens collection" (Husson Editeur, 80 pages), dont l'intéressante introduction par Hilde Arijs, Elodie De Zutter et Jeroen Reyniers est trilingue, en rend fort bien compte. On y trouve un aperçu de cette incroyable collection. Le format à l'italienne rend hommage aux photos choisies. Les images se succèdent par séries thématiques de lieux, de personnes, de formes. L'impression de qualité enchante les nuances de noir et de gris.

Rue du Vieux moulin à Auderghem. (c) Husson/IRPA.

On se promène avec grand plaisir dans les rues, les paysages, les villes et les jardins tels qu'ils étaient il y a un peu plus de cent ans. Le couple résidait à Bruxelles, d'où de nombreux clichés pris à Auderghem, Boitsfort, à Stockel ou au centre-ville. Il voyageait aussi, à Bruges, à Anvers, à Dinant, à Knokke, en France aussi (Nice, Menton, Monaco, Antibes, Morlaix,..). Paysages et habitants se succèdent. Surtout, il s'est beaucoup amusé à se photographier ou à fixer sur la plaque famille et amis. En automobile ou en calèche, au parc, au jardin ou sur la terrasse. Les hommes jouent aux dominos quand ils ne font pas des blagues, les femmes brodent, les enfants prennent la pose, les chats boivent du lait, la vie de loisirs ou de travail se montre à nous, superbement saisie, avec une spontanéité et un sens du cadrage qui donnent une remarquable vitalité aux scène croquées.

Humour. (c) Husson/IRPA.

Pour la petite histoire, on retiendra que Emile t'Serstevens était le fils illégitime du notaire Ignace François Emile t'Sertevens (1834-1908) et de Marie Thérèse Doperé (1841-1873). Il ne fut reconnu par son père qu'en 1875 quand ce dernier se maria avec Julienne Verdier (1858-1946) avec laquelle il eut cinq autres enfants dont Albert t'Serstevens (1885-1974), écrivain fécond dont plusieurs livres sont encore disponibles aujourd'hui.
En 1901, Emile t'Serstevens, docteur en droit (ULB), reprend l'étude notariale de son père installée alors avenue de la Toison d'Or (jusqu'en 1909). Il sera notaire jusqu'en 1929. A noter que le successeur actuel est l'étude uccloise Marchant.

Sans descendance avec Marie Dastot, Emile t'Serstevens s'effaça petit à petit des mémoires - les t'Serstevens actuels sont principalement les descendants de son demi-frère écrivain Albert. Incroyable que la collection du notaire photographe ait dormi aussi longtemps à l'IRPA. La bonne nouvelle est qu'elle ait été retrouvée, que les connections entre clichés et auteurs aient été faites, qu'elle soit visible dans ce très beau livre et en ligne sur le site de l'IRPA.


Vers 1905. (c) Husson/IRPA.


Sans oublier
DTPE 1: "Moria" de Marie Doutrepont (récit, 180° éditions)




mercredi 4 juillet 2018

DTPE 1 "Bons baisers de Moria"

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.

Le camp de Moria sur l'île de Lesbos.


Mon titre, "Bons baisers de Moria", est évidemment ironique. Rémy de Gourmont ne disait-il pas que "L'ironie est une clairvoyance" alors que Jules Renard pensait que "L'ironie est la pudeur de l'humanité". Comment réagir autrement après avoir lu "Moria, chroniques des limbes de l'Europe" (180° éditions, 160 pages), le terrible témoignage de Marie Doutrepont, membre du cabinet d'avocats Progress Lawyers Network. Elle a passé trois semaines en mai 2017 au camp de réfugiés de Moria (île de Lesbos) en tant qu'avocate volontaire.

Durant ce séjour, elle a écrit vingt-et-une lettres à ses proches pour leur raconter ce qu'elle vivait au jour le jour. Dans le cadre de son travail et durant ses quelques heures de loisirs. Ce sont ces lettres qui sont réunies ici, telles qu'elles ont été écrites et envoyées l'an dernier. Seuls changements apportés, la modification des noms des protagonistes, évidemment, et quelques clarifications pour une meilleure lisibilité.

En ces temps où la nouvelle politique migratoire européenne fait la une des médias, il est essentiel de lire ce témoignage sur ce qui se passe dans un centre fermé comme celui de Moria, où s'entassent six mille personnes et auquel les journalistes n'ont pas accès. Et que l'Europe voudrait multiplier. Quelle démonstration de leur indignité que les billets de Marie Doutrepont. Exutoire nécessaire pour elle, réalité cachée de Moria pour nous. Le fait qu'ils soient comme un journal de bord rend leur lecture facile. Ce n'est pas pour cela qu'on n'est pas touché au plus profond parce que vivent là les réfugiés. Des gens qui croyaient avoir atteint la sécurité de l'Europe, au terme de périples vertigineux, et se retrouvent coincés, obligés à d'insupportables attentes pour tout et n'importe quoi. Des gens qui, néanmoins, révèlent constamment un espoir absolu en la vie et l'avenir.

La correspondance de l'avocate belge épingle journellement les faits saillants de sa permanence d'assistance juridique. Ses surprises les premiers jours, sa perplexité devant les (mauvais) systèmes mis en place, son questionnement ("Pourquoi faisons-nous cela à ces gens?"), les rencontres avec différents réfugiés, les visites médicales auxquelles elle les accompagne, les dossiers à rédiger et à faire traduire, la recherche de traducteurs, et aussi, le bleu merveilleux de la mer, la saveur des plats grecs, la bonne compagnie des autres bénévoles. Sans oublier une nécessaire ironie comme la prescription éternelle de paracétamol, peu importe de quoi vous souffrez.

De lettre en lettre, le lecteur partage les découvertes de la témoin. Les douleurs physiques et psychologiques liées à l'exil intenses, l'absurdité des règlements européens et grecs, le désastre de l'aide médicale, l'abandon des gens à leur sort, le manque de tout, la chaleur humaine des volontaires qui tentent de les aider... Le vertige est là. Sommes-nous bien en 2018? Est-ce cela la manière dont on traite des êtres humains, hommes, femmes, enfants? Des questions d'autant plus cruciales qu'elles se cognent à la beauté inouïe de l'île de Lesbos et à la force de quelques personnes qu'on suit tout au long de ces trois semaines, les réfugiés dont la grandeur d'âme est magnifique ou une formidable avocate grecque. "Mais", écrit Marie Doutrepont, "à Lesbos, l'atroce côtoie le sublime et heureusement pour mon équilibre mental, j'ai vu un peu des deux aujourd'hui."

"Moria" nous permet aussi de rencontrer différents réfugiés présents sur l'île en mai 2017 et dont Marie Doutrepont donne des nouvelles en postface. Quels destins! Un récit indispensable, écrit d'une plume quasi neutre (la réalité se suffit à elle-même), où se marient le meilleur et le pire, un regard profondément humain, un brin d'espoir malgré tout le désespoir échoué là.

Extrait
"J'essaye donc d'obtenir un rendez-vous pour Djihanne à l'hôpital. On nous dit de revenir à treize heures, on revient, on attend, les gens ne font de toute manière pas grand-chose d'autre que d'attendre leur tour, ici: leur tour pour la douche, le repas, le rendez-vous chez le médecin ou l'avocat, leur tour pour sortir d'ici et partir à Athènes, leur tour pour leur audition. Leur tour pour la vie. Les hommes sont extrêmement galants, il y en a toujours un pour me céder sa chaise ou son siège dans le bus, malgré mes protestations.
Mon gilet gris et mon badge ont fini par jouer. J'ai obtenu une date de rendez-vous pour Djihanne. Mardi matin, 8 h. Il n'y a pas d’assistant social ici, pas d'associations, rien, donc c'est moi qui vais l'y accompagner et traduire pour elle. Afin qu'un médecin grec puisse écrire en grec ce qu’un médecin de MSF avait constaté en anglais. C'est la procédure.
Je ne vous parlerai pas aujourd'hui de Kalongo, qui souffre de douleurs insoutenables au dos et à l'anus depuis qu'il a été torturé. A force d'insistance, il a fini par être examiné par un médecin à Mytilène, qui lui a dit qu'il avait une déchirure à l'anus, mais a oublié de lui donner un traitement, de sorte qu'il souffre le martyre à chaque fois qu'il défèque et durant de longues heures après. Je préfère vous dire qu'on est retourné manger chez Nikos et Katerina avec toute l'équipe hier, c'était le dernier jour de Wensley. Ils ont un livre d’or rempli de tous les alphabets du monde, ourdou, hindi, dari, farsi, arabe, latin et encore plus de langues. C'était délicieux, chaleureux. Un pope affublé d'une énorme bedaine, d'une vieille soutane noire et d'un petit chien blanc est venu prendre le café en fin de soirée. Il nous a interpellés avec force gestes en grec, puis est reparti en pétaradant dans une voiture rose défoncée.
Hors du camp, la vie est douce, à Lesbos. Il y fait tiède, on y mange bien et pour pas cher, la mer est belle, bleue et turquoise, les paysages à couper le souffle. Mais je ne peux pas m’empêcher de la voir autrement, la mer."



lundi 2 juillet 2018

Tout, tout, tout, vous saurez tout sur la foufoune

Lili Sohn.

Pied de nez magistral aux déceptions légitimes et aux vives réactions suscitées par la manière dont plusieurs albums jeunesse récents ont évoqué la sexualité féminine (lire ici, ici et ici), voici l'épatant roman graphique "Vagin tonic" de la Française Lili Sohn (Casterman, 224 pages). Enfin un guide complet et décontracté de l'anatomie féminine. Poilant et scientifique. Qui ne se prend pas au sérieux mais qui prend le sexe féminin au sérieux. Sans doute LE livre qu'on attendait.

Le constat. (c) Casterman Jeunesse.
Couverture flashy, illustrations toniques et explicites (ben oui, on est là pour ça), textes écrits à la main, ce "Vagin tonic" vaut son pesant d'or! Extrêmement documenté, il distille ses précieuses informations en suivant les recherches de l'auteure qui s'interroge sur son instruction, découvre illico ses lacunes et fonce tout aussi vite dans une  quête de savoir qu'elle nous partage avec un humour ravageur, tant dans le texte que dans les images. Parce que s'il n'y a pas de gêne à avouer son ignorance, il n'y a pas de gêne non plus à acquérir des connaissances.

De plus, l'ouvrage diffère du précis d'anatomie pure qui expose doctoralement. Il est humain, pose des questions, relaie des interrogations. Bien sûr, il explique clairement tout ce qui touche aux parties féminines du corps. Mais il ne s'en contente pas. Il lance aussi des réflexions sur des questions comme "qu'est-ce qu'être une femme?" et rappelle les grandes étapes historiques de la "libération de la femme". Toujours en plaisantant!

Le constat bis. (c) Casterman Jeunesse.

Lili Sohn commence par se présenter, elle et son information incomplète. Elle pose beaucoup de questions et y répond, tout en tordant le cou aux mythes et habitudes en place (les règles représentées en bleu, d'où viennent les bébés...). Et on en vient au fait: "Donc, tu veux faire une BD sur le.... vagin?"
Le programme. (c) Casterman Jeunesse.

Le vagin et tout le reste, on l'a dit. C'est-à-dire ce qu'est une femme (diverses définitions), le sexe de la femme cisgenre (aspect, vocabulaire, dessin), l'exploration de l'appareil génital et de ce qui lui est relatif, le clitoris, la médecine à propos du corps des femmes, le cycle ovarien (de la fertilité aux ragnagnas), la fécondation, la contraception, le plaisir, les rapports sexuels, la gynécologique, les tabous et les choses à savoir. Avec son ton pseudo-professoral, "Vagin tonic" se moque du qu'en dira-t-on et explique sans langue de bois tout ce qui peut être expliqué. Egalement sans fausse pudeur, d'une manière scientifique qui ne se prend pas au sérieux en apparence, en respectant la femme et en rappelant plein d'épisodes où la femme n'a pas été considérée. Enjoué, sûr de lui, nécessaire, ce livre fait un bien fou tant il manquait.

Le style Lili Sohn. (c) Casterman Jeunesse.

A qui le destiner? Aux femmes, aux ados, aux filles qui s'interrogent et veulent se connaître. Tous les chapitres ne doivent pas être lus au même moment. Je suis sortie de cette lecture enchantée (*). J'avoue que j'y étais allée avec curiosité mais avec un spéculum bien froid dans la poche, prête à le dégainer, échaudée par mes expériences précédentes. J'ai vite compris que je pouvais ranger l'instrument. Avec ses vagins en forme de fleurs dès les pages de garde, ce roman graphique dit magnifiquement tout sur le vagin, zone toujours taboue aujourd'hui, marie science, empathie, complicité et drôlerie, rayonne de textes clairs et de dessins simples mais efficaces et remarquablement drôles.

Lili Sohn.
Il faut dire que Lili Sohn sait de quoi elle parle. Née en 1984 à Strasbourg, après une enfance à la campagne, elle fait des études d'arts appliqués, de graphisme, de vidéo et d'arts visuels. A 29 ans, on lui diagnostique un cancer du sein. Bam, deux seins en moins mais congélation d'ovules préalable, deux seins en plastique en remplacement, des contrôles réguliers de ses ovaires et de son utérus. De quoi la faire s'interroger sur ce qu'elle sait et ne sait pas en ces matières. Pas assez selon elle.

En 2014, Lili Sohn ouvre donc le blog Tchao Günther où elle raconte  sa maladie en dessins et avec humour. "Afin d'informer mes proches et d'extérioriser mes émotions, j'ai décidé d'ouvrir ce blogue BD. J'y raconte mon quotidien, mes émotions, mon expérience, mes interactions avec le milieu médical et mes découvertes sur cette maladie", explique-t-elle. Il en émanera une BD en trois tomes,  "La guerre des tétons" (Michel Lafon).

En 2016, elle lance le blog Vagin Tonic, qu'elle présente ainsi: "Ce blog est un guide décontracté de l'anatomie féminine (biologiquement parlant, donc l'anatomie de tous ceux et celles qui ont une chatte, un minou, une vulve…) dans le but de pallier ma désinformation.
J'ai eu le cancer. Le cancer du sein. A 29 ans. Avant ma chimio, j'ai préservé mes ovules parce que le traitement peut rendre stérile. En suivant ce processus médical,  j'ai découvert que je ne connaissais pas mon corps. Je me suis alors intéressée de plus près à mes organes: mon vagin, mon utérus, mes ovaires… Je me suis rendue compte que j'y connaissais que dalle! Et je me suis sentie un peu conne. Et puis à un moment aussi, j'ai eu plus qu'un seul sein. Alors je me suis aussi demandé qu'est ce qui définit la femme?"

Elle adresse son blog "à tous ceux et celles qui ont une moule, un frifri, un abricot (appelle ça comme tu veux, elle t'appartient) et à tous ceux qui sont curieux de ce sujet. Il s'agit de suivre mes découvertes et mes questionnements sur le sujet: pourquoi j'ai envie de tuer tout le monde avant mes règles? Quoi? Mon corps contient tous mes ovules depuis que je suis née! Mais pourquoi les règles, ça a cette odeur bizarre? Et pourquoi déjà je m'épile? Y a quoi dans les seins? Qui a inventé les tampons hygiéniques? C'EST QUOI (être) UNE FEMME?…"

Tout un programme, réalisé en dessins uniquement!

Lili Sohn a vécu à Montréal pendant huit ans. Aujourd'hui, elle vit et travaille à Marseille en tant qu'illustratrice et auteure de BD.

Pour découvrir en vidéo comment Lili Sohn a dessiné "Vagin tonic" en ligne (via France Inter), c'est ici.



(*) mon seul bémol concerne le nombre de fautes d'orthographe.




Les 66 distinctions 2018 de l'Académie française


Comme chaque fin de juin, l'Académie française a communiqué son palmarès pour l'année, sans, depuis l'an dernier, les montants alloués en fonction des prix. Pas moins de 66 distinctions en cette année 2018! Le Grand Prix du Roman sera, comme de coutume, décerné à l'automne.
Et comme d'habitude, l'Académie n'indique pas les maisons d'édition (je les ai ajoutées).

Plaisir d'y découvrir les noms de Charles Dantzig, Christian Prigent, Marie Sizun, Thomas Clerc, Thomas Fersen, Gary Victor...
Joie de relever la diversité de l'édition française.
Gêne de découvrir à cette occasion des noms d'auteurs et des titres de livres.

Voici le  palmarès 2018.

GRANDS PRIX

Grand Prix de la Francophonie
M. Michel Tremblay (Canada, publié chez Actes Sud)

Grande Médaille de la Francophonie
M. Kamel Daoud (Algérie, chez Actes Sud)

Grand Prix de Littérature Paul Morand
M. Charles Dantzig, pour l'ensemble de son œuvre (publiée chez Grasset)

Grand Prix de Littérature Henri Gal
M. François-Olivier Rousseau, pour l'ensemble de son œuvre (divers éditeurs)

Prix Jacques de Fouchier
M. Guy Saigne, pour "Léon Bonnat. Le portraitiste de la IIIe République" (Editions Mare et Martin Arts)

Prix de l'Académie française Maurice Genevoix
M. Charles Dupêchez, pour "Hortense et Marie. Une si belle amitié" (Flammarion)

Grand Prix Hervé Deluen
M. Jean-Michel Delacomptée, écrivain et auteur de "Notre langue française" (Fayard)

Prix Léon de Rosen
M. Laurent Testot, pour "Cataclysmes. Une histoire environnementale de l'humanité" (Payot)

Grand Prix de Poésie
M. Christian Prigent, pour l'ensemble de son œuvre poétique (publiée chez P.O.L.)

Grand Prix de Philosophie
M. Didier Franck, pour l'ensemble de son œuvre (divers éditeurs)

Grand Prix Moron
M. Frédéric Worms, pour l'ensemble de son œuvre (divers éditeurs)

Grand Prix Gobert
M. Pascal Ory, pour "Peuple souverain. De la révolution populaire à la radicalité populiste" (Gallimard) et l'ensemble de son œuvre (divers éditeurs)

Prix de la Biographie (littérature)
MM. Olivier Philiponnat et Patrick Lienhardt, pour "Emmanuel Berl. Cavalier seul" (Vuibert)

Prix de la Biographie (histoire)
M. Jean-Pierre Bois, pour "L'Abbé de Saint-Pierre. Entre classicisme et Lumières" (Champ Vallon)

Prix de la Critique
M. André Tubeuf, pour l'ensemble de son œuvre (divers éditeurs)

Prix de l'Essai
M. Georges Corm, pour "La Nouvelle Question d'Orient" (La Découverte)

Prix du cardinal Lustiger
M. Nicolas Diat, pour "Un temps pour mourir. Derniers jours de la vie des moines" (Fayard)

Prix de la Nouvelle
Mme Marie Sizun, pour "Vous n'avez pas vu Violette?" (Arléa)

Prix d'Académie
M. Yves di Manno et Mme Isabelle Garron, pour l'anthologie poétique intitulée "Un nouveau monde. Poésies en France 1960-2010" (Flammarion)
M. Bertrand Jestaz, pour "Monuments vénitiens de la première Renaissance, à la lumière des documents" (Picard)
Édition de la correspondance de Pierre Bayle, sous la direction d'Antony McKenna, Edward James, Élisabeth Labrousse, Bruno Roche, Fabienne Vial-Bonacci, Wiep Van Bunge (Fondation Voltaire)
M. Stephen Smith, pour "La Ruée vers l'Europe. La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent" (Grasset)

Prix du Théâtre
Mme Hélène Cixous, pour l'ensemble de son œuvre dramatique (Grasset, Des femmes, Galilée principalement)

Prix du Jeune Théâtre Béatrix Dussane-André Roussin
M. Mohamed El Khatib, pour "C'est la vie" (Les solitaires intempestifs) et l'ensemble de ses ouvrages dramatiques

Prix du Cinéma René Clair
M. Bruno Dumont, pour l'ensemble de son œuvre cinématographique

Grande Médaille de la Chanson française
M. Thomas Fersen, pour l'ensemble de ses chansons

Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises
M. Gary Victor, écrivain haïtien
M. Thomas C. Spear, professeur de littérature à la City University of New York et fondateur du site de littérature insulaire francophone "D'île en île"
M. Anthony Lodge, professeur émérite de linguistique française à l'université de Saint Andrews (Ecosse)
Mme Marina Vazaca, responsable d'édition à Bucarest et traductrice de littérature française
M. Yoshio Fujiwara, éditeur au Japon d'œuvres classiques de la littérature française


PRIX DE FONDATIONS
PRIX DE POÉSIE

Prix Théophile Gautier
Mme Tanella Boni, pour "Là où il fait si clair en moi" (Editions Doucey)

Prix Heredia
M. Jean-Charles Vegliante, pour "Où nul ne veut se tenir" (La lettre volée)

Prix François Coppée
M. Jacques Goorma, pour "À. Hommages, adresses, dédicaces" (Arfuyen)

Prix Paul Verlaine
M. Thomas Clerc, pour "Poeasy" (Gallimard)

Prix Henri Mondor
M. Paul Audi, pour "« ... et j'ai lu tous les livres ». Mallarmé-Celan" (Galilée)


PRIX DE LITTÉRATURE ET DE PHILOSOPHIE

Prix Montyon
M. Gilles Lipovetsky, pour "Plaire et toucher. Essai sur la société de séduction" (Gallimard)

Prix La Bruyère
M. Georges Didi-Huberman, pour "Ninfa profunda. Essai sur le drapé-tourmente" (Gallimard)

Prix Jules Janin
M. Yvan Mignot, pour sa traduction des "OEuvres" (1919-1922) de Vélimir Khlebnikov (Verdier)

Prix Émile Augier
Mme Nathalie Boisvert, pour "Antigone au printemps" (Léméac)

Prix Émile Faguet
M. Alain Quella-Villéger et Bruno Vercier, pour l'édition critique du "Journal" de Pierre Loti (Les Indes savantes)

Prix Louis Barthou
M. Jean-Claude Lamy, pour "Jean-Edern Hallier. L'idiot insaisissable" (Albin Michel)

Prix Anna de Noailles
Mme Laure Buisson, pour "Pour ce qu'il me plaist. Jeanne de Belleville, la première femme pirate" (Grasset)

Prix François Mauriac
M. Éric Metzger, pour "Adolphe a disparu" (Gallimard)

Prix Georges Dumézil
M. Marwan Rashed, pour "La Jeune Fille et la Sphère. Études sur Empédocle" (PU Paris Sorbonne)

Prix Roland de Jouvenel
Mme Myriam Anissimov, pour "Les Yeux bordés de reconnaissance" (Seuil)

Prix Biguet
M. Dan Arbib, pour "Descartes, la métaphysique et l'infini" (PUF)

Prix Ève Delacroix
Mme Camille Laurens, pour La "Petite Danseuse de quatorze ans" (Grasset)

Prix Jacques Lacroix
M. François Sarano, pour "Le Retour de Moby Dick. Ou ce que les cachalots nous enseignent sur les océans et les hommes" (Actes Sud)

Prix Raymond de Boyer de Sainte-Suzanne
Mgr Christophe J. Kruijen, pour "Peut-on espérer un salut universel ? Étude critique d'une opinion théologique contemporaine concernant la damnation" (Parole et Silence)


PRIX DE SOUTIEN À LA CRÉATION LITTÉRAIRE

Prix Henri de Régnier
Mme Carine Fernandez, après "Mille ans après la guerre" (Les Escales)

Prix Amic
M. Stéphan Huynh Tan, après "Anarchie en France, en Allemagne et en Savoie" (Pierre-Guillaume de Roux)

Prix Mottart
Mme Adeline Baldacchino, après "Celui qui disait non" (Fayard)