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dimanche 8 décembre 2024

Les différents talents de Kitty Crowther

VU & approuvé
 
Kitty Crowther à la galerie Le Serpent Vert.

Depuis plusieurs années, Kitty Crowther développe en marge de ses albums pour enfants et de ses projets d'illustration  une recherche graphique personnelle. Des visages par dizaines, des petits et des très grands, des papillons, des chouettes, des variations sur le thème des fleurs aquatiques et d'autres sujets. Une exposition réunit une belle série de ces illustrations,  monotypes et peintures récentes dans l'agréable espace de la galerie parisienne itinérante Le Serpent Vert. Sont également proposées une dizaine d'images provenant de ses albums jeunesse, "Le petit homme et Dieu" (Pastel/l'école des loisirs) et " Dans moi" (MeMo).
 
Papillons verts.
(c) K. Cr.
Il est très intéressant de voir comment l'artiste belge, prix Astrid Lindgren 2010, diversifie son art tout en gardant son identité. On peut ainsi voir 80 petits visages en crayons de couleurs de la série Face the day, réalisée durant sa résidence à Fotokino (Marseille) au printemps de l'an dernier. Des monotypes de grands visages sont aussi présents aux cimaises, ainsi qu'une série de papillons verts et une attirante chouette. Sans oublier les études de plantes aquatiques. On y retrouve la sensibilité que l'on connaît dans son travail d'auteure-illustratrice pour la jeunesse où elle fait des merveilles depuis trente ans déjà. En témoignent les originaux des deux albums exposés. 

"Face the day". (c) Kitty Crowther.

Chouette. (c) Kitty Crowther.



Illustrations provenant d'albums jeunesse. (c) Kitty Crowther.

 
Pratique
  • Où? Galerie Le Serpent Vert, 4 rue des Guillemites Paris 75004.
  • Quand? Du mardi au dimanche de 14 à 19 heures jusqu'au 15 décembre.

 

samedi 7 décembre 2024

"L'illustration, quelle histoire!"

Expo des 20 ans.

Pfff, comme le temps passe! A Paris, la galerie Robillard fête déjà ses vingt ans. Combien d'artistes en littérature de jeunesse n'a-t-elle pas exposés? Impossible à dire. Pour fêter cet anniversaire, la galerie a d'une part organisé une journée professionnelle le vendredi 29 novembre autour du joli thème "L'illustration, c'est tout un art!". D'autre part, elle propose une exposition collective au titre identique depuis la même date (voir ici). Uniquement des œuvres inédites, la galerie ayant invité les illustrateurs et illustratrices qu'elle représente à créer un hommage à l'histoire de l'illustration, à un artiste ou à un de ses personnages (en vente également en ligne). Il est très intéressant de se plonger dans le catalogue qui a été réalisé pour cette exposition, réunissant les différentes œuvres et les raisons des choix des artistes. Des témoignages extrêmement touchants.

Les quarante-deux artistes qui ont répondu à l'invitation.
 
Géraldine Alibeu - Marion Arbona - Julien Arnal - Thomas Baas
Irène Bonacina - Rozenn Brécard - Benjamin Chaud
Julia Chausson - Carll Cneut - Joanna Concejo - Didier Cornille
Laurent Corvaisier - Rébecca Dautremer - Camille de Cussac
Federica Del Proposto - Olivier Desvaux - Marie Détrée
Manon Diemer - Hélène Druvert - Raphaële Enjary & Olivier Philipponneau
Tom Haugomat - Vanessa Hié - Victor Hussenot - Icinori
Delphine Jacquot - Martin Jarrie - Véronique Joffre
Florence Koenig - Charlotte Gastaut - Ilya Green - Cécile Jacoud
Magali Le Huche - Mona Leu-Leu - Chloé Malard
Fleur Oury - Aurore Petit - Clémence Pollet
Marjorie Pourchet - Éric Puybaret - Seng Soun Ratanavanh
Julia Spiers - Gaya Wisniewski

Quel plaisir de découvrir leur participation! C'est toute l'histoire de la littérature de jeunesse qui défile dans ces hommages. Des contes bien entendu mais aussi ceux qui sont devenus des "classiques". Quelques exemples de choix. L'album "Préférerais-tu?" de John Burningham pour Thomas Baas, "Fifi Brindacier" d'Astrid Lindgren pour Rozenn Brécard et Clémence Pollet, "Frédéric" de Leo Lionni pour Benjamin Chaud et Florence Koenig, Claude Ponti pour Joanna Concejo, "Caroline" de Pierre Probst pour Camille de Cussac, Corentin pour Rebecca Dautremer, Susie Morgenstern, Grande Ourse 2024, pour Hélène Druvert, "Fantômette" de Georges Chaulet pour Ilya Green, "Chien bleu" de Nadja pour Tom Haugomat, "Babar" pour Delphine Jacquot et Éric Puybaret, Tomi Ungerer pour Martin Jarrie, Richard Scarry pour Gaya Wisniewski. Sans oublier celui, sincère mais rattrapé par l'actualité, de Géraldine Alibeu à "Tom-Tom et Nana" de Bernadette Després.

Quelques-uns des hommages. (c) Galerie Robillard.
 
Galerie Robillard, exposition "L'illustration, quelle histoire!", jusqu'au 8 décembre de 11 à 19 heures, 38 rue de Malte (Paris 11).


vendredi 6 décembre 2024

Des mots et des rires pour un anniversaire



On avait fêté dans la joie les vingt ans des soirées "Portées-Portraits" de la Compagnie Albertine il y a cinq ans (lire ici). Cinq ans déjà! Le "speed-dating littéraire" avait dépassé tous les espoirs (lire ici). Lundi prochain, soit le 9 décembre, dès 19 heures, c'est la Compagnie Albertine fondée par Geneviève Damas qui fêtera ses 25 ans. Des noces d'argent, annonce-t-elle. Qui sont les époux? Elle bien sûr avec tout ce qu'elle a imaginé, créé, organisé durant ce quart de siècle, et le public qui l'a suivie, a reçu, s'est repu. De mots, de musiques, de rencontres...
 
Que se passera-t-il dans le superbe décor de la Maison Autrique? Serpentins et cotillons sont annoncés, pour une soirée pleine d'émotions. La littérature y sera abordée de façon originale. bien entendu partagée avec le public. Au programme, des surprises, dont on peut dévoiler l'organisation d'un grand jeu concours littéraire. Il aura comme maître de cérémonie et juge impitoyable Sébastien Ministru - une soirée "Portées-Portraits" lui fut consacrée (lire ici). Le journaliste, chroniqueur et auteur ne sera pas seul. Dans son équipe d'artistes plus incroyables les uns que les autres, on trouve les noms du comédien Itsik Elbaz et du percussionniste Laurent Delchambre. Ils inviteront le public à devenir les acteurs et les actrices d'une soirée festive et cultivée: quiz littéraire, tableau vivant, rires en pagaille et surprises en tous genres. Plus que tentant.


Infos pratiques et réservations 
  • Quand? Le lundi 9 décembre, dès 19 heures.
  • Où? Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
  • Combien? 9 euros prix plein (6 euros étudiant, 1,25 euros article 27)
  • Réservations? Envoyez un mail à reservations.compagniealbertine@gmail.com. Précisez dans votre mail votre nom et prénom ainsi que le nombre de places que vous souhaitez réserver. Versez l.es entrée.s sur le compte BE94 2100 9673 4314 en indiquant votre nom et le nombre de places.
Une soirée similaire aura lieu le 16 décembre à 20 heures au Théâtre Wolubilis.


jeudi 5 décembre 2024

La littérature jeunesse de retour sous la Coupole

La littérature de jeunesse revient à l'Académie française.

L'Académie française
vient d'annoncer la création d'un nouveau prix littéraire, le prix Marie Volle, destiné à un ouvrage de fiction ou à un ouvrage documentaire pour la jeunesse. Il sera opérationnel dès 2025. Doté de 1.000 euros, il est créé grâce au couple Christian et Nathalie Volle, mécènes notoires dans le domaine des beaux-arts, afin d'honorer la mémoire de leur fille Marie, décédée en 2005. Il sera annuel.
 
Le prix Marie Volle couronnera "l'auteur d'un ouvrage littéraire pour la jeunesse, susceptible de développer l'imagination ou les connaissances d'enfants ou de jeunes adolescents et d'éveiller leur goût pour la lecture".

Attention, le délai est assez court pour présenter des candidatures à la première édition du prix: avant le 20 janvier 2025. Pour entrer en compte, les ouvrages soumis doivent être écrits en langue française et publiés à compte d'éditeur en version papier. Ils doivent être parus au cours de l'année civile précédente (au cours de l'année 2024 pour le prix 2025). Tant l'auteur que l'éditeur peuvent présenter une candidature. Celle-ci doit comporter une lettre de candidature et deux exemplaires du livre, le tout étant adressé au Secrétariat des Commissions littéraires de l'Académie française, 23 quai de Conti, 75 006 Paris.

Il est intéressant de voir que l'Académie française reprend l'idée de distinguer un ouvrage jeunesse, complétant ainsi sa palette de prix littéraires, "à une époque où le secteur de la littérature pour la jeunesse est foisonnant", note-t-elle. En effet elle a déjà couronné par le passé des œuvres pour la jeunesse, aussi bien dans le domaine de la fiction que dans celui du documentaire.
 
Prix précédents

On a un peu oublié, et c'est normal, que l'auteur-illustrateur Philippe Dumas (lire ici) reçut le prix Biguet 1988 pour l'ensemble de ses albums. Ce prix annuel, créé en 1976, est destiné à l'auteur d'un ouvrage de philosophie ou de sociologie.
 
Quelques titres emblématiques de Philippe Dumas.
 
Précédemment existait jusqu'en 1984 le prix Sobrier-Arnould. Il fut créé en 1891 grâce à un legs dont le revenu devait être "distribué chaque année par moitié à deux auteurs des meilleurs ouvrages en littérature morale et instructive pour la jeunesse". Selon l'Académie, ce prix fut le premier prix institutionnel spécifiquement destiné à la littérature pour la jeunesse et il fut considéré comme le premier acte de légitimation littéraire de ce type d'ouvrages. Il a couronné de nombreux contes et histoires pour enfants.
 
Ses derniers lauréats sont:
  • 1984: André Bérélowitch et Ilios Yannakakis pour "Histoire du monde, des dates, des hommes et des faits" (Hatier).
  • 1983: Michel Grimaud, pseudonyme du couple Marcelle Perriod et Jean-Louis Fraysse, pour "Les contes de la ficelle" (Bibliothèque de l'amitié)
  • 1982:  Chantal de Marolles pour "Le Paysan, la Paysanne et les trois Souris" (Grasset Jeunesse).
En 1980, le poète Yves Pinguilly décédé il y a quelques jours le recevait pour "L'été des confidences et des confitures" (Rageot).

Remis pour la première fois en 1782 à "l'ouvrage littéraire le plus utile aux mœurs", le prix Montyon récompense s'intéresse  dès la seconde moitié du XIXe siècle à la littérature jeunesse dont on fait traditionnellement commencer le développement éditorial au cours des années 1830. Quelques titres.
  • 1872: Jules Verne pour la première série des "Voyages extraordinaires", comprenant "Cinq Semaines en ballon", "Voyage au centre de la Terre", "Vingt-mille lieues sous les mers", "De la Terre à la Lune" et "Autour de la Lune".
  • La lettre de candidature d'Hector Malot
    pour "Sans famille".
    (c) Académie française.
    1879: Hector Malot pour "Sans famille".
  • 1882: Anatole France pour "Le Crime de Sylvestre Bonnard".
  • 1894: Hector Malot pour "En famille".
  • 1925:  Léopold Chauveau pour "Le roman de Renard".
  • 1940: Germaine Acremont pour "La route mouvante", et non pour son roman le plus connu, "Ces dames aux chapeaux verts"; elle reçut en 1943 le prix Alice-Louis Barthou de l'Académie française pour son œuvre.
  • 1947: André Joubert pour "La grotte des demoiselles".
  • 1950: Berthe Bernage pour "Le Roman d’Élisabeth".
  • 1962: Maguelonne Toussaint-Samat pour l'ensemble de son œuvre.
  • 1974: Jacques Duquesne pour "Les 13 - 16 ans".
 
En 1976, le prix Montyon a été modifié tout en restant annuel. Il a regroupé une vingtaine de fondations mais continue de récompenser "des auteurs français d'ouvrages les plus utiles aux mœurs, et recommandables par un caractère d'élévation et d'utilité morales." La littérature de jeunesse en a disparu.


 



dimanche 1 décembre 2024

Le bonheur en couple, le couple du bonheur

LU & approuvé
 
Interrogations. (c) Esperluète.
 
On avait rencontré Madame dans "Bientôt l'été" (Esperluète, 2007, 178 pages). Elle s'inquiétait de son apparence physique. On a fait la connaissance de Monsieur, le "mari" de Madame, dans "Déjà Noël" (Esperluète, 2010, 178 pages). Il s'essayait au libéralisme. Frédérique Bertrand les réunit dans un nouveau roman graphique, "Encore heureux" (Esperluète, 192 pages), dans le même format que les précédents mais en polychromie alors que les précédents étaient respectivement en rouge et en noir. A nouveau un titre qui titille le lecteur selon la syllabe ou le mot qu'il accentue. 

En page de titre. (c) Esperluète.
Il y sera question de couple bien entendu, dès la page de titre, avec des interrogations, se laisser le temps, faire autrement, pour un mieux ou pas, quel présent, quel futur... Des questions, pas de jugement. Une quête, le bonheur. Dans tout le roman graphique, Frédérique Bertrand pose des éléments de la vie d'un couple. Elle nous les dépose. En long, en large et en travers. Une très longue vie en commun avec ce que cela suppose de complications, d'hésitations, de réflexions. Elle nous les propose. A nous de nous les approprier.
 
On parcourt avec un intérêt qui s'aiguise de page en page ce "Encore heureux" qui ne suit jamais le chemin de la facilité. On y retrouve la façon de l'auteure, son exigence. Ses jeux sur les mots et leurs sens. Ses séries visuelles ou écrites. On découvre chez elle de nouvelles variations graphiques, des jeux sur le plein et le vide, entre le noir et la couleur. En filigrane, l'éternelle question du couple et de sa durée heureuse. Mais sans drame. Avec des rires souvent, des sourires encore plus souvent. De l'imagination et de la légèreté. De l'humour quand cet homme-table inaugural galope, des surprises dans les expressions, "depuis des lustres et des lampadaires", des variations sur ses thèmes préférés, la maison, sa table et sa chaise... Comme on s'y reconnaît.

Les pages sont le miroir des existences des deux personnages entre sentiments et tâches domestiques. Le porte-voix d'espoirs de vie réussie, heureuse, que viennent parfois chambouler les objets ou les sentiments. Avoir l'espoir d'aimer et d'être aimé est une entreprise qui fait parfois perdre des plumes. Mais aimer et être aimé est aussi une base précieuse. On oscille, on vacille, on se rattrape, on continue. L'auteure-illustratrice nous partage les hésitations, les fulgurances, les doutes, les joies de ce couple dans son style graphique si personnel. Elle serpente entre le noir des fusains et la couleur des portraits, entre les textes manuscrits et les calligrammes, entre les croquis séquencés d'une même scène et des images carrément abstraites, entre Madame et Monsieur qu'on voit ensemble ou séparément. Tout son art est de ne jamais tout dire, de laisser le lecteur choisir entre la farce, le drame ou la comédie. Une façon aussi de pointer l'absurdité de la vie par moments. 
 
"Comme si", répété, charcutant la pensée. (c) Esperluète.
 
Eminemment graphique, allant jusqu'à utiliser les textes écrits tellement petits qu'ils sont illisibles et en deviennent image eux-mêmes, cet épais moyen format dissèque la relation d'un couple longue durée à la recherche du bonheur avec humanité et humour, réalisme aussi quand planent des nuages et s'achève avec une image finale, définitive.

Paroles en calligrammes. (c) Esperluète.



Ce que j'avais écrit à l'époque dans "Le Soir" à propos des deux premiers titres.


Une saison avec Carbelle

"Bientôt l'été" est une chronique illustrée attachante du temps qui passe et des lendemains qui chantent.

Une couverture sombre, mate. Une silhouette esquissée s'y avance. Bientôt l'été, annonce le titre. Avant de compléter: "25 décembre déjà Noël… bientôt l'été". Et de dérouler, de flûtes en bûches, le calendrier ombreux de la fin décembre. Opus délicieux que ce roman graphique que signe chez l'éditeur belge Esperluète la Française Frédérique Bertrand. La Frede dit avoir fait un "livre de filles". Plein de dessins et de mots. De rires et d'émotions. De grandes choses et de petites, mélangées, liées, imbriquées. Plein de vie, en résumé. Un livre de filles, mais garçons admis.

Il commence ainsi:  "Comme chaque année au premier jour, elle s'éveille ankylosée et nausée, enkilosée comme toujours…" Verdict de la balance, route jusqu'à l'été (bronzage, lecture), bonnes résolutions. "Réagissez tant qu'il est temps d'agir", est-il glissé à Carbelle. Et l'auteure de lâcher une immense tirade sur ce qui est bon pour les fesses: des exercices de gym dont on ne voit pas la fin mais qui, dans leur insolence, acquièrent la poésie d'un Prévert ou d'un Queneau. Les dessins s'emparent du sujet, le triturent, s'en détachent avant de laisser l'héroïne conclure, "non, entamer un régime n'est pas insurmontable".

Au fil des pages, on suit tout le maillage de la petite vie de Carbelle. Les bonnes résolutions, les matins heureux, les jours plus sombres, les pensées légères, les frustrations et les idées noires, les habitudes ou les surprises…

Tout l'art de Frédérique Bertrand est d'emporter la lectrice réjouie dans ses variations pleines de surprises. Un jeu de cadavres exquis ici, une idée (écrite ou dessinée) en appelant une autre. Là, une étude poussée d'une réalité féminine, telle une séance d'épilation. Essayages, repassage, brossage de cheveux, c'est avec une infinie douceur que l'auteure appelle les femmes à parfois lâcher prise, se faire plaisir. A lire sans attendre l'été.

"Bientôt l'été", Frédérique Bertrand, Esperluète éditions, 178 pages.
8 janvier 2008


Après Madame, voici Monsieur !

 
On avait rencontré et apprécié Carbelle il y a trois ans, dans "Bientôt l'été", beau et délicat roman graphique de la Française Frédérique Bertrand – mais publié en Belgique, chez Esperluète. On découvre aujourd'hui le "mari" de la dame dans "Déjà Noël", nouveau roman graphique de l'auteure, dont le titre apparaissait en annonce dans le précédent. Aussi masculin que l'autre était féminin. Aussi rouge que l'autre était noir, même si quelques notes foncées ponctuent à intervalles réguliers la teinte festive. Mais toujours réalisé selon ce très beau et délicat procédé du papier carbone qui donne un superbe aspect velouté aux dessins.

"Déjà Noël" est donc l'histoire d'un homme qui a le bonheur pour idéal mais vit terriblement sous pression. Il est plein de bonnes intentions mais semble souvent dépassé par les événements. Dès le début: la cravate qu'il est en train de s'attacher au cou lui échappe… Mon beau sapin? Une course folle plutôt, entre tout ce qu'il y a à faire. Car Monsieur vit en couple et travaille.

Autant de sujets d'interrogations que Frédérique Bertrand arrange avec humour et tendresse. Ses dessins savoureux semblent également se jouer du personnage. Ses textes en lettres imprimées, quelques mots ou de grandes pages, traduisent magnifiquement le temps qui passe et nous file entre les doigts, haché par les us de la société. Un anti-héros très attachant, un roman graphique percutant.
17 décembre 2010